CHAPITRE X
LUTTK CONTRE MAXIMILlEM
Le duc d*Orléans n'avait plus de parti, de conseil, ni môme de demeure. Son conseil, soigneusement épuré, fonctionnait à Paris, sous les yeux du roi; nous le trouvons réduit à sa plus simple expression, au sire de Marigny, à Guyot Pot et au contrôleur Jean Boudet'. Le duc avait remanié, au printemps précédent, la composition de sa maison personnelle, réduit le nombre de ses officiers', et introduit cinq personnages nouveaux, parmi lesquels Lancelot du Lac, seigneur de Chamerolles, et François de Saint-Amadour.
Peut-être Louis, dans le courant de janvier 1486, vint-il jusqu'à Melun', mais il vécut extrêmement effacé. Il paie,
1) Carlulaire de Bhis, 212, 215, 220.
2) En juillet-septembre 1485, elle comprend sept chambellans de première classe et six de seconde (MM. de Joyeuse, Pot, du Puy, Bracbet,de Hédouville, de Villiers, de Louan, de Beauvilliers, Valeran de Sains, Brésille, de Sully, de Lestrange, Duquelenet), quatre maîtres d'hôtel (MM. des Ormes, de Grouches, Aot. de Cugnac, d'Auxy, Malabaila), six écuyers d'écurie sept panetiers, cinq écbansons, quatre écuyers tranchants (dont le b&tard de La Trèmoïlle, J. de Brilhac, Ch. d'Arbouville), cinq gens de finance (J. de Moulins, Boudet, Serme, Cot^reau, Robin), cinq d'église (P. de Beauvau, S. Caillau, G. Milet, A. d'Aunay, J. Viarl), quatre médecins (J. Burgensis, S. de Bombelles, J. Thomas, Pierre le chirurgien), trois écuyers de cuisine, dix valets de chambre, deux gens de fruiterie, deux de panetcrie, deux d'échansonnerie, quatre huissiers de salle, sept maréchaux des logis, sept queux et deux galopim, six fauconniers, deux veneurs, cinq valets d'étable, cinq de fourrière, trois charretier*. Le total des gages d'un quartier ne mon- Uit qu'à 2142 liv., soit 8568 liv.par an (Orléans, 853. Cf. id., 849). Joyeuse, Pot, du Puy, furent remplacés, en 1486, comme chambellans, par Guill.de Montmorency et Jean de Carqualavain, Tun des capitaines de Beaugency (i(i.,860).
3) Coll. Ba«tard,956; Melun, 18janvier; paiement au bâtard de La Trèmoïlle.
ii8 HISTOIRE DE LOUIS XII
le 1'"'^ février, une fourniture d'une centaine de lances; sans doute, une vieille dette de Beaugency *... 11 disparaît... Du reste, intrigues, jalousies, mécontentements renaissaient comme de plus belle, autour d'Anne de Beaujeu. Le duc de Bourbon, méconnu, à son gré, se cantonnait, à Moulins, dans sa mauvaise humeur : homme faible, que sa vanité rendait la proie du premier flatteur venu, il faisait de sa petite cour un foyer d*aigreur et d'opposition. Commines, ulcéré dé déboires, y menait la campagne. Au dehors, un incident, assez bizarre, avait contribué à tendre les rapports, déjà refroidis, avec la Bretagne. Un jour, après boire, un sire de Cbàtillon, de la maison de Laval ', causant avec un écuyer, nommé M. de la Pallu, agent secret de Pierre de Beaujeu, lui dit que le gouvernement breton sollicitait, en cour de Rome, les dispenses nécessaires au mariage de M"" Anne avec le duc d'Orléans, et qu'on ne se préoccupait pas du premier mariage du duc, parce que, Louis XI étant parrain de son gendre, il aurait fallu, pour la validité du mariage, des dispenses qu'on ne trouverait point. ChAlillon pria La Pallu d'en informer M. d'Orléans. La Pallu porta la confidence , non pas à M. dOrléans, mais à M""*" de Beaujeu, qui répondit froidement que, le moment venu, on trouverait la dispense. Mal assuré de ses amis de Bretagne, le gouvernement français refusa nettement, en octobre 1485, à la mort du comte de Brosse ^
OBibl. de Blois, no 1525.
2) Ou de Foix? {Procédures politiques, p. 1029, 1227).
^) La France visait très directement à l'annexion de la Bretagne. Un iiirmoire rédigé pour Mm*^ de Beaujeu, probablement par Adam Fumée (publié par M. J. Havet, dans la Hcvuc historique, 188i, t. XXV, p. 275 cl s.) examine les divers moyens d'y arriver : intrigues, occupation du châleau de Nantes; abdication immédiate de François II; mariage du roi avec Anne de Bretagne ; rappel aux barons du traité de Montargis. Dès qu'on saura la mort du duc, il faudra envoyer aux États de Bretagne une aml^assadc, appuyée d'une bonne armée. Quelques barons bretons, soudoyés, feindront