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CHAPITRE IX

iiSS PREMIÈRE iu:i*ti;re avkc la cour

Louis (rOHéans affectait des allures de régent, et tenait à Paris une sorte de cour *. Guyot Pot*, un pou meurtri de sa réconle mésaventure, Dunois, y occupaient le premier rang, puis le seigneur de Sandricourt, ami d'enfance, bien dévoué, sinon de grand conseil, Vatan, Montagu le Blanc, Jean de Louan, pensionnaires de 400 livres, François Brésille, pensionnaire de 100, François de Luxembourg ^ Hubert de Grouches, seigneur de Griboval \ Pendant que le débile et malingre Charles VIII végétait à Gien, on menait dans ce jeune monde joyeuse vie, afin, tout à la fois, de s'amuser et de se rendre populaires. Ce n'était que parties de paume avec des bourgeois % aubades, fêtes. Le maréchal des Querdes ne craignit pas d'envoyer ses ménestrels \ Griboval était chargé de payer les tabourins, ménestrels et joueurs de farces. Louis aliéna à bas prix les terrains de Tancien hôtel d'Orléans, au coin de la rue Saint-André-des-Arls, près de la porte de Bussy, au profit de trois magistrats du parlement et

1) Jean Bouchet, Annales d'Aquitaine,

2) V. not. KK. 897, fo 205.

3) Comle de Marligues. Il épousa, quelque temps après, la veuve de son cousin Louis de Savoie, marquis de Gex, Louise de Savoie, fille de Janus de Savoie, comte de Genève.

4) Les comtes de Foix, d'Angoulême et M. de Luxembourg recevaient des pensions de i,000, 2,500 et 240 liv. (TIL Orlôans XII, 849 : Pot, 74, 76, 77 : Joursanv., 587 : fr. 26099, 85).

5) Jours,, C41 (don de chausses à Etienne Le Roux, pour la paume). 0) Uevue des aulo'jraphes, fa se. 99, n^* 249, 250.

PREMlflRB RUPTURE AVEC LA COUR 119

do la Chambre des comples, G. Ruzé, J. Hurault et N. Violle, qui s'y construirenl des hôtels*. Il sillonnait les routes de ses messages* ; il se rendait sans cesse au parlement ou à Thôtel de ville, pour savoir « et entendre ce qu'on y faisait », s'ingéniant à s'attacher les membres, grands ou petits, des corps constitués *, et attaquant avec vivacité le gouvernement, auquel il reprochait d'enfreindre les décisions des Étals généraux, de dépasser le chiffre d'impôts fixé par eux ; il se posait en victime : à prendre oinsi en main la cause du peuple, il savait, disait-il, les dangers qu'il courait ; à Vincennes, dernièrement, il avait failli être assassiné : mais il ne craignait rien, au milieu de la loyale population parisienne, dans la « ville capitale » du royaume, siège naturel du gouvernement*... Il oubliait sa signature, mise au bas de l'ordonnance d'impôt. Le 17 janvier, il crut l'heure définitive arrivée. II se présenta au parlement, avec MM. de Dunois et de Richebourg. Après avoir fait sonner les titres de son maître, lieutenant général du roi à Paris, en Ile de France, en Champagne et en Brie, et prolesté de son respect pour le parlement, le chancelier Le Mercier lut un long manifeste, qui équivalait à une déclaration de guerre*. Le duc d'Orléans rappelait dans ce factum ses efforts pour la réunion des Etats, pour le soulagement du peuple, l'opposition d' « aucuns qui désiroient avoir le roy et le rovaume entre mains », la décision néanmoins obtenue que le roi gouvernerait tout seul. « Les États ont fait d'excel-

1) KK. 897, 205 (19 janvier).

2) Fr. 26099, 88.

3) Nicole Gilles : Joursanv . , 587.

4) Procès de divorce, interrogatoire du roi.

5) Michaud et Poujoulat : Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Phil. de Commines, IT, 30 : Godefroy, 466 : Jeanne de France y p. 181 : Extrait,.,, pubWè en 1652, in-4*>, aut'c des observations de Sovil de Cinq- Lieux (Lud. de Quiocé) ms. Dupuy 84, f° 103, etc.

i20 niSTOlRE DE LOUIS XH

lentes ordonnances ; mais elles ne sont pas observées. Le roi n'est pas libre : sons prétexte (l'on ne sait quelles coutumes locales, d'après lesquelles une fille majeure pourrait tenir en bail son frère mineur, eût-elle douze ans et lui vingt, M"' de Beaujeu entend tenir en bail tout le gouvernement et le royaume. Personne n'est plus en sûreté près d'elle : n'a-telle pas expulsé, malgré le roi, des serviteurs choisis par ses parents? Elle abandonne la Pragmatique. Et quel désordre dans les finances ! Il reste encore à solder un déficit de 400,000 livres sur Tannée dernière. Il a fallu recourir, illégalement, à de nouvelles tailles et à un expédient détestable : on a réformé l'exercice financier, dans le seul but de reporter du 1" janvier au 1*' octobre le commencement de l'année financière. D'accord avec des princes du sang et d'autres notables gens du royaume, le duc proteste, au nom de la liberté du roi et du salut du peuple, contre un régime qui écrase le pays, persécute l'Église, trouble la justice, dédaigne les belles ordonnances des Etats. Il s'est retiré à Paris, capitale de la France et ville-fontaine de justice, où il prie le roi de venir, pour y trouver la liberté et les conseils des princes, du parlement et des notables, pour convoquer les États, gouverner selon leur conclusion^ et « oster les désordres et abus ». Personnellement, certes, le duc d'Orléans n'ambitionnait rien ; il déclarait, au contraire, prendre rengagement formel de s'éloigner, pourvu que les personnes qui détiennent le roi se reculent aussi, et laissent le champ libre aux États. Plusieurs princes du sang et notables veulent, à tout prix, arracher le roi à la sujétion de M"*' de Beaujeu et de son entourage, conformément aux décisions des Etats. Le duc d'Orléans compte sur le parlement pour adhérer à ces vues et donner à la couronne cette marque de loyauté. Il espère être à même bientôt de remontrer au roi le dévouement de ceux qui auront tenu

cette conduite : en tout cas, ses amis trouveront en lui ]*aido le plus absolu, sans y épargne?^ corps et biem ; ils n'ont pas à se préoccuper des ordres qu'on peut arracher au roi, car, en ce momenl, on peut lui dicter des actes contraires à son honneur et à ses intérêts... »

Le premier président Jean de la Vacquerie était un homme de haute autorité, d'esprit froid et pacifique, rompu au maniement des grandes affaires*. Il répondit, avec une extrême courtoisie, mais avec non moins de fermeté ; il parla de paix, et pria le duc « non pas pour response, mais par exhortation », de bien peser sa proposition, de ne pas so laisser entraîner par de faux rapports, do songer à son rôle dans la Maison de France. Quant au parlement, institué seulement pour la distribution de la justice, il n'a point mission de s'ingérer d'affaires gouvernemenlales, de guerre, de finances : en toutes choses, il obéira au roi, son maître, et ne peut recevoir aucune remontrance, aucun acte sans son exprès consentement. Si cette réponse verbale ne suffit pas, le président offrait de provoquer une délibération ultérieure de la Cour et d'en transmettre les conclusions. Denis Le Mercier insista : le duc d'Orléans, dit-il, s'adresse au parlement comme à la cour souveraine de justice, qui « doit avoir l'œil » sur les grandes affaires du royaume, il ne demande que le retour du roi à Paris et sa liberté ; il ne propose pas de rien retirer à M"« de Beaujeu, à laquelle il souhaite, au contraire, tous les biens possibles. Le parlement doit avertir le roi de la situation et savoir si l'état actuel le satisfait; il suffira de poser celte question pour que M'^^'de Beaujeu se retire... Dunois prit k son tour la parole : il rappela rillustralion de la Maison d'Orléans,

1) n fut plusieurs fois ambassadeur. En i488, le gouvernement l'envoya en Artois et en Picardie près du maréchal des Querdes, pour négocier la paix (fr. 26101, M\), Cf. Cavrois, Jeamle la Vacquerie.., (Paris, 1872. 8").

son dévouomonl au roi, son désinléresscmenl. On le voit, le duc actuel brille, lui aussi, par les mûmes qualités, il ne demande ni autorité, ni gouvernement : il s'éloignera, il sVn ira, une fois son maître libre : sur un ordre du roi, il se rendrait à la cour avec un seul page. Mais l'on a enlevé violemment au roi des cbambellans, qu'on a chassés et menacés ; on a menacé le duc lui-même, s'il paraissait les soutenir... Peut-on admettre do pareils procédés, et le duc ne doit-il pas s'en plaindre? Il veut seulement, pour le roi, Tindépendancc et un bon conseil ; il souhaiterait Tapaisement, par la réunion des États et le concours de tous les vieux serviteurs de la royauté. Le duc d'Orléans alla ensuite tenir les mêmes discours à rhôtel de ville, devant le corps municipal, puis à l'Université, dont il avait provoqué la réunion solennelle *. Il dépêcha aussi aux villes du royaume, le 18 et le 19 janvier, les lettres apportées de Bretagne, avec la signature de François II ou la sienne, suivant les cas*. Il s*occupa, en môme temps, de recruter des capitaines. Nous avons encore sa lettre du 19 janvier, pour l'enrôlement du bâtard de Cardonne, le vaillant aventurier jadis entré au service de Louis XI '. C'était toujours au nom des atFaires de Foix, mais personne ne s'y trompait. René d'Alcnçon, en Normandie, faisait publiquement, aussi, des recrues, et attendait, à en croire le bruit public, une armée bretonne de 200 lances et 1,000 hommes de pied*. Les offi-

1) ProrAlures polit iijuesj p. 1078.

2) Pour Orléans (fr. 15537, ^230,0^^.), Compiègne (Arch. de Compiègne, citées par M.Hel'Épinois), Sens, La Rochelle... (Pélicier, p. 92: Valois, Bibliotitèqur dt: VÉc. des Chartes, 1882, p. 618, n. 2 : fr. 20432, 59; 20431, 4i).

3) Fr. 15537, f° 232 (manuscrit aujourd'hui perdu). Sur le bâtard de Cardonne, V. notre édition des Chroniques de Louis Jf/, par Jean d'Aulon, I, p. 239.

4) Le 23 janvier, le duc de Bourbonnais prescrivit à ses lieutenants de réprimer les brigandages des gens de guerre et étrangers dans les environs de Castres, c^est-à-dire les gens du sire d'Albret (K. 76, 23).

ciers royaux effrayés en référaient à « Madame », car ni du jeune roi, tenu au château de Gien, ni du conseil, laissé à Montargis, il n'était plus beaucoup question. Le 19 janvier, Louis d'Orléans adressa au roi une déclaration violente, où il reproduisait ses conclusions ; il se disait résolu à employer corps et biens, parents et amis pour le délivrer, « tant pour la léaulté que je vous dois, comme vostre subjet et parent, qui aussi suis tenu à vous aimer par privaulté et bien que m'avez fait »,et assuré d'avoir avec lui dans cette entreprise la plupart des bons sujets et serviteurs de la royauté *. Le même jour, le parlement se réunit et décida, « sans faire aucune réponse », d'adresser un rapport verbal au roi par une délégation, composée du premier président, des conseillers Guillaume de Cambray, Jean Simon, Raoul Pichon, Jean Pellieu, et de Tavocatdu roi Robert Thiboust*. Anne de Beaujeu avait ramené le roi à Montargis. Le 20 janvier, en réponse à la lettre qu'apportait Montagu le Blanc, on fit signer au roi une déclaration péremploire. Le roi voulait garder près de lui M"* de Beaujeu, sa plus proche et sa plus dévouée parente, selon les volontés de Louis XI, qui avait choisi le sire de Beaujeu". Il la gardait par un acte de sa volonté royale et nullement en vertu de coutumes dont il n'était pas question. Il déclarait aussi ne rien regretter de sa conduite passée, et il trouvait les allégations du duc d'Orléans inexactes, sou langage bien nouveau. Il avait toujours traité le duc d'Orléans avec affection et bonté, mais, si on voulait troubler le royaume, il

i) Kervyn : Pélicier, p. 247 : fr. i5537,f« 227.

2) Godefrqy, 469.

3) Déjà, dans le traité avec le duc de Lorraine, Anne avait allégué, avant tout, la volonté de Louis XI, pour expliquer le rang qu'elle occupait « pour servir le roy son fils ». Par ordonnance du 18 janvier, Charles VIII déclara, avec une certaine ostentation, exécuter les volontés de son père en faveur de N.-D. de Cléry (K. 73, n° 22 bis).

124 HISTOIRE DE LOUIS Xn

saurait y pourvoir. La France connaissait la vérité des choses. Le roi promettait d'examiner la demande de convocation des Etats; toutefois, il comptait, avant tout, sur Tobéissancc et le respect dont protestait le duc d'Orléans, et, au besoin, il saurait les requérir. Il envoyait au prince Pierre Doriole et le sire de Monteil, pour s'expliquer*.

La cour craignait une insurrection à Paris. Le conseil adressa d*abord aux villes des missives royales, d'une expression un pou différente selon les destinataires. A Bourges, ville ardente et fiévreuse, le roi, dès le 24 janvier, représente le duc d'Orléans comme un prince égaré et proteste des meilleures dispositions à son égard '. A Troyes, ville toute dévouée, il parle un lang«nge bien plus sévère et plus libre : il prie la ville d'envoyer quelques délégués et dénonce MM. d'Orléans et de Dunois comme jiuteurs d'accusations mensongères*.

La cour se rapprocha lentement de Paris, jusqu'à Melun, par Malcsherbes* ; elle paraissait hésiter à rentrer. Quelques jours après, Anne, en grand secret, fait partir une troupe de cent ou de deux cents archers, pour occuper les portes et fermer les chaînes des rues. Au môme instant, le duc de Bourbon envoie au duc d'Orléans l'avis secret de son arrestation imminente*. Louis jouait à la paume, aux Halles. Sans perdre une minute, il court chez lui avec Dunois, Guyot Pot et Le Mercier, met sa robe, monte sur un mulet et fait expédier son équipement.

1) Pélicier, p. 249.

2) ArcI). municip. de Bourges, AA. 13.

3) Lellre publiée pur Stein, Bulletin (le la Soc, de VHist. de France^ 1889, p. iOiK

4) Malesherbes appartenait au sire de Graville, dont Anne était sûre. On voulait s'assurer de Corbeil et de Monlargis. La cour était encore à Montargis le 21 (lettre à Bourges). Elle était le 26 et le 27 à Malesherbes, d'où l'on écrit à Compiègne (Archiv. de Compiègne), le 28 à Melun (letlre à Troyes).

5) rrocvd. polit Iq., p. 1021.

PREMIÈRE RUPTURE AVEC LA COUR i2o

A Saint-Cloud, il retrouve ses amis; ils passent un justaucorps et des bottes^ montent à cheval, galopent loule la nuit, et arrivent à Manies vers Taurore. Ils allaient reprendre haleine, quand trois archers*, accourus en hâte, annoncent que leur fuite est découverte. Ils remontent à cheval et, en plein jour, gagnent, sans s'arrêter, Verneuil, première ville du duché d'Alençon, où ils trouvent un accueil honorable. Pendant que le duc d'Orléans sortait par une porte, Anne de IJeaujou entrait par l'autre avec le conseil, sans apparat, mais tranquillement, grâce aux précautions prises. On crut d'abord que le duc Louis s'était enfui à Pontoise". Dès qu'on sut la vérité, Anne lui dépêcha le maître d'hôtel de la Ileuze, avec une lettre qui le priait de revenir et lui offrait telles sûretés qu'il voudrait. Nous ne savons pas la date précise de cette nouvelle fuite, mais nous croyons pouvoir la fixer au 3 février. Le 29 janvier, Louis d'Orléans expédiait encore, de Paris, des lettres au nom du duc de Bretagne, et la lettre destinée à la ville de CliAlons ne parvint même à son adresse que le 4 février*. Le 28 janvier, le conseil, réuni à Melun, faisait une nouvelle recrue : il admettait au bénéfice de la paix d'Arras Marie de Luxembourg, femme du sire de Romonl, et sa sœur Fran(^oise *. Enfin, le roi se trouvait à Paris le 4 février, jour où il

1) Jeanne de France : fr. 26099, 11(5.

2) Nicole Gilles, Bouchet, Barthélémy de Loches, Alain Boucli.ird le croient encore, dans leurs récits.

3) M. de Cherrier.

4) Godefroy, p. 469. Marie de Luxembourg, comtesse de Vendôme et de Marie, fille du comte de Saint-Pol Pierre II de Luxembourg, et de Marie de Savoie, sœur de la reine Charlotte. Ses frères, Louis, Claude et Antoine, moururent jeunes : sa sceur Françoise épousa Ph. de Clèves, sieur de Ravenstein, mort en 1500. Elle hériU de tous les biens. Marie épousa : 1° Jacques de Savoie, comte de Romont, dont elle eut Mari».» de Savoie, femme du comte de Nassau; 2° François de Bourbon, comte de Vendôme, dont elle eut quatre fils et deux filles. Son mari, mort à Verceil en Wd'y, la nomma exécutrice testamentaire. Elle vécut cinquante et un ans dans la plus

écrivait à la ville de Compiègne pour la remercier de sa fidélilé».

Bientôt les villes répondirent aux missives du roi, avec un empressement propre à rassurer la cour, et Commines ayant osé reparaître, le duc de Lorraine le chassa rudement. Nous avons nommé parmi les appuis de Louis d'Orléans révêque de Liège et Guillaume de la Marck ; par une ordonnance du

5 février, le roi renouvela sa protection aux communes de Flandre'. Pour flatter le parlement et la chambre des comptes, on accorda à tous les magistrats dispense de ban et arrière-ban ^

A la lettre du roi, Louis d'Orléans répondit de Verneuil, le

6 février ^ : « J'ay receu les lettres qu'il vous a pieu m'escripre par le s' de la Heuze, vostre maistre d'ostel, et bien ouy et entendu ce qu'il m'a dit de par vous, vous remerciant très humblement du bon vouloir qu'il vous plaist me monstrer avoir que me tire devers vous, qui est le plus grant désir que j 'aye en ce monde ; et me desplaist de ce que n'ay peu demourer on vostre villedo Paris pour vous veoir,acauseque fuzadverty par plusieurs que, en y demourant, estoie en danger de ma personne. Et par ce me suis retiré icy avecques mon cousin, mons' d'Alencon. Et au regart des seuretez qu'il vous a pieu me faire offrir par vostredit maistre d'ostel, que les auroie telles et si bonnes que vouldroie, quant tout scroit soubz vostre voulenté et commandement, je n'en vouldroie point.

chaste viduité et mourut à La Fère le !•' avril 1546. Hilarion de Costa lui a consacré une notice dans sa Vie dea daines illustres (t. II ,p. 582 et s.).

1) Archives de Compiègne. — Lettres de janvier y à Bourges, Poitiers, Mcaux, Vczelay, citées par Pélicier, p. 90, n. 1; à Cbàlons, par M. de Cherrier. On a dit, par erreur, que la cour était rentrée le 5 seulement (Cherrier, Dupuy^.

2) Godefroy, 472.

3) Oidonnaiicesy XIX, 489.

4) Orig. fr. 20855, no 22.

première: rupture avec la cour 127

Mais, aiant aucunes gens autour de vous, dcsquelz me double qu'ilz persévèrent a me faire en nuy en ma personne, je croy que ne me vouldriez commander me mectre en leur dangier. Et me semble que, pour sauver ma vie, ne devez eslre mal contant de moy. Toutes foîz, mons', pour ce que lousjours je désire le bien de vous et que seroie très desplaisant que aucun mal vint en vostre royaume par le débat d'entre nous voz subgeclz et pareus, nous avons intencion d'envoier par devers vous, mondit s' d'Alencon et moy, et nous meclrons en tel devoir que congnoistrez que voulons cstre et demourer voz bons humbles et loyaulx subgeclz et serviteurs. Noslre Ires redoubté et souverain seigneur, plaise vous nous mander et commander voz bons plaisirs »^ etc.

Le style même de cette lettre, collective au début, personnelle à la fin, et jusqu'à sa facture matérielle, laissent l'impression d'une certaine diversité d'appréciations entre Louis d'Orléans et son hôte. René d'Alençon, plus âgé, plus rassis, plus désintéressé, voyait sans doute les choses avec moins d'emportement. Le message du roi s'était croisé avec une première lettre de Louis» pleine de récriminations personnelles, apportée par François de Luxembourg. Louis se plaignait de la main-mise du roi sur les garnisons de Melun et de Corbcil, qui dépendaient du gouvernement de Paris, de la défense faite à la compagnie d'Orléans, stationnée à Brie-comte-Robert, de rejoindre son chef.

Sans attendre même le retour du sire de la Heuze, on soumit à la signature du roi, le 8 février, une lettre qui devait mettre fin à toute négociation* : « Mou frère, disait le roi, quant vous serez devers moy ainsi que je m^aclens que bricf

1) Fr. 20855, f» 53 : minute originale ou contemporaine, sans signature (classée au nom de Louis XI). Peut-être celte lettre ne fut-elle pas envovée.

428 HISTOIRE DE LODIA Xll

serez el comme je vous ay fait savoir par le s»* de la Heuzc et par plusieurs aulres, je vous dire les causes qui m'ont meu d'en fere ce que jusquez cy en a eslé fait. Toultes voyes, veu et considéré ce que ceulx qui sont avec vous vous ont fait fayre et la fin ou je scay certainement qu'ilz tendent, laquelle ilz ne saroient desguiser en fasson que je sceusse entendre que ce ne soit pour mon mal, et veulx bien qu'ilz sachent (quelque chose qu'ilz dient, que je ne suis que ung enli'ant et que je ne parle que par boulche d'aultruy) que je n'en seré james content d*eulx s'ilz ne changent leur propox. Veu aussi qu'ilz vous en ont emmené si souldainement de ceste ville sans cause et pour chose toute contraire a vérité, en laquelle je m'actendoye vous trouver et bien vous traicter, vous ne vous devez pas osmerveiller si j*ay eu quelque ymaginacion contre eulx que desdites places et gens d'armes ilz me voulsissent pourchasser mal. Mes, tout ce nonobstant, ne que qu'il en soit, quant voz gens n'ont point esté mis hors desdilcs places, ne ne vous peut rien avoir osté, ne ne feré tant que vous gouvernerez envers moy ainsi que vous devez el que y estes tenu, en mcctant toutes voz questions entre mes mains, comme vostre chicf et souverain sg% sans user de voye de fait, car a nul de mon royaume n'apartient de Tentreprandre sans mon exprès congié et commandement. Et, quant il fauldroit que je le feissc, ce seroit a vostre grant et évident tort et a ma 1res grande desplaisance, et plus que de homme qui soit vivant. Et a Dieu », etc.

Pour tempérer celte fermeté de ton, le roi ajouta en postscriptum : « Je ne feré chose dont raysonnablement ayez cause de vous mal coiitonler. »

Au lieu de ronlrer à Paris, Louis se rendit à Alençon, où son exaltation put se donner libre carrière. Il maudissait Jeanne de France, il aurait voulu épouser « la moindre ber-

gère* », et, du reste, il ea épousait, dil-on. Vers cette époque, naquit un enfant, que nous retrouvons, à vingt-deux ans, archevêque de Bourges, sous un nom, Michel de fiussy, qui semble le rattacher à la famille d'Amboise; cependant la rumeur publique en attribuait la paternité au duc d'Orléans'. Ajoutons, sans chercher à ce sujet aucune explication, qu*une nommée « La Râtelle » figure dans les comptes de 1484 et de 1485, avec une modeste pension de dix ou vingt-quatre livres, « pour s'entretenir plus honnestement ». Le dernier compte trimestriel de 1483 mentionne un don de quatrevingt-cinq livres t. , à une certaine Philippe de Saint-Jean ', « pour sa gesine »^ don qui parait dépasser le chiffre des aumônes ordinaires.

A Yerneuil, Louis avait reçu d'assez bonnes nouvelles. Raoul du Refuge revenait de sa mission près du comte d'Angoulème. On comptait sur l'amiral de Bourbon, à qui Dunois avait adressé, le 25 janvier, un pressant message \ Mais surtout Louis fut heureux d'apprendre le succès de Chaumart. Envoyé à Rome, comme nous le savons, Chaumart avait été arrêté par une maladie, près d^Asti; alors, il avait, scion ses instructions, expédié un mémoire en deux parties pour solliciter la nullité du premier mariage de Louis, les dispenses nécessaires au nouveau. Un serviteur, nommé Etienne, avait remis ce mémoire au procureur de Bretagne à Komc, et rapportait en France l'accusé de réception. L'affaire, régulièrement introduite, allait suivre son cours '\ Louis envoya

1) Procédures politiques, p. 1079.

2) Lettres du roy Louis Xll, l. II, p. 152. A, Le Ferron parle de ses amours avec une blanchisseuse de la cour.

3) Orléans XII, 846.

4) Kervyn de Leltenhove, op. cit.. Il, 35.

5) Procès de divorce, déposition de Chaumart.

Il 9

130 HISTOIRE DE LOOIS Itll

aussitôt cette nouvelle, par Sandricourt, aux ambassadeurs bretons à Paris, sous les yeux du roi *.

Louis se trouvait sans un sou vaillant : Guyot Pot lui prêta 1,400 écus dor, le 10 février', pour parer au plus pressé. Raoul du Refuge partit pour Tltalie, Guyot de Tin te ville pour la Bourgogne ; le Petit Janot, écuyer d'écurie, faisait la navette entre MM. de Foix et d'Orléans, à travers tout le royaume*. Mais Raoul du Refuge fut dévalisé par des brigands.

Enfin la Bretagne s*ébranla. Philippe de Mon tauban prit, le lo février, le commandement de deux cent cinquante lances, destinées à marcher sur Alençon\ L'armée bretonne emporta , au mois de mars , la place d'armes des barons insurgés, Ancenis, et détruisit le port ^ L'Espagne menaçait la France et réclamait le Roussillon*.

Bientôt les troupes royales cernent la Bretagne et l'isolent de la Normandie. Le duc de Lorraine et le prince d'Orange amènent le roi à Évreux et dépèchent à Alençon le sire de Maigné, avec une mise en demeure à Louis d'Orléans de rejoindre le roi \

Louis se trouvait dans une situation très critique. Malgré tous ses efforts, les membres éparpillés de la coalition tardaient à se réunir. De graves symptômes se manifestaient dans ses domaines. Tous les deux ans , la ville d*Orléans procédait à l'élection de ses échevins, sous la présidence du gouverneur ducal ou de son lieutenant. Les élections surve-

\) TU, Hédouville, 39. Un autre émissaire, Jeaa Guibé, était à Rennes [Tif. (jiiibé, -J).

•') TU. Pot, 8J.

3) Kr. 'Mm, 112. 111, 118 ; TU. Du Refuge, 50.

4) trouves (Je VHistoire de Bretagne, il, 1410.

5) Dup'jy, II, 03.

0) K. Ii82.

7) Alain Bouchard. Cf. A. Beael, Charles Vlil à Ëvreux (Rouvn» iSSS)

PIIEMIÈRË RUPTUUE AVEC LA COUll 131

Dant au moment du trouble, le 6 mars 1485, Robert de Foville, l'ancien député d'Orléans, voulut, comme d'habitude, y intervenir : il trouva de l'opposition , il persista , et fit triompher ses candidats. On recourut au roi ; six jours plus tard, un mandement royal, daté d'Évreux, le 12 mars, invalidait l'élection. Bien plus, le gouvernement, devenu tout d'un coup fort susceptible en matière de liberté électorale, ordonnait une instruction criminelle contre Foville , et y commettait un maître des requêtes de l'hôtel, fils et pctit-fils des plus fidèles serviteurs de la Maison d'Orléans , Simon Davy, seigneur de Saint-Père Avy*. Inutile d'ajouter que l'instruction n'aboutit pas ; de nouvelles élections eurent lieu dès le 16, en sens contraire des premières. Marie de Clèvcs renvoya Foville à Asti *.

Louis d'Orléans s'était rapproché d'Evreux ; il se trouvait à Vemeuille li mars'. Il hésitait fort : Dunois lui remontra la nécessité d^obéir au roi. Louis finit par s'exécuter.

Le chroniqueur Nie. Barthélémy de Loches, à qui nous devons un récit détaillé de tous ces événements, nous dépeint, en termes pittoresques, la réconciliation du duc d'Orléans avec le roi, et son séjour à Ëvreux. La colère de la cour égalait bien l'irritation du duc ; beaucoup de gens, sans se gêner, parlaient de rébellion et ne réclamaient rien moins qu'un procès de lèse-majesté. Louis reçut pourtant bon accueil : selon le conseil de Dunois, il gagnait du temps, par une soumission apparente. Il arriva le soir près d'Ëvreux et y fit une entrée nocturne. Il trouva préparée une installation aussi large que le permettait insuffisance de la ville. Une

1) Jusque là homme de confiance de Louis (V. ci-dessus, p. 55, n. 2).

2) Boucher de Molandon, Rtviue des Sociétés savantes, 7« série, V, 1881 : Arch. municip. d'Orléans : Cat, de Joursanw

3) TH. du Refuge, 56; lat. 17059, 187.

grande partie de la cour s'était portée à son avance ; cette première nuit se passa en conciliabules avec des gens qui n'auraient pas osé venir en plein jour, notamment avec le duc dcLorraineetleprinced*Orangeeux-mêmes,que le duc essaya, séance tenante, de détacher de M"*"* Anne *... Le 23 mars, il avait repris sa place à la cour et au conseil, et son masque d'impassibilité. Le samedi saint, 2 avril, il envoie Sandricourt chercher, à Paris, des saars* pour chasser.

Aumêmemoment,Ieconseildu roisupprîmaitlcparlcmentet la chancellerie de Bourgogne, auxiliaires naturels des princes'.

Après Pâques, la cour partit pour Rouen. Si le duc put trouver dur de figurer à la suite du roi dans la ville la plus sympathique à sa cause, il n'en laissa rien paraître. Le matin du 14 mars, le jeune roi, en robe de satin cramoisi , « sur ung bien gentil mulet », entra à Rouen, pour ainsi dire en triomphe, précédé du clergé séculier et régulier du pays et d'un grand déploiement de cortège : pages, arbalétriers à cheval, sergents royaux, municipaux et vicomtaux; le bon roi d'Yvetot , Jean Blanchet, portant les clefs de Rouen, avec vingt-quatre enfants de la bourgeoisie magnifiquement vêtus ; le bailli, les bourgeois de la ville, sur des montures variées, la plupart habillés d'écarlalc, le chancelier, les magistrats, les arbalétriers du roi ; la cour, MM. d'Orléans, de Bourbon, de Nemours, de Graville, de Beaujeu, de Torcy, de Richement, l'amiral de Bourbon et une foule de seigneurs... Les cent gentilshommes de la garde, richement équipés, fermaient la marche. Dans la ville, on ne voyait que des représentations, des échafaudages de toute sorte, pavillons, fleurs de lis, inscriptions en vers ou en prose, logogriphes, tout cela compliqué, luxueux, agré-

i) Ms. 868, fonds de la reine de Suède, Bibl. du Vatican.

2) Fr. 20099, 119 : TiL Hédouville, 41.

3) Ordonnances, XIX, 539.

PREMIÈRE RUPTURB AVEC LA COUR i33

mente de jolies filles et de personnifications multiples. Dès les premiers pas, le roi se vit représenté au milieu de tentures dorées et fleurdelisées, enlre la Justice, la Prudence, la Force et la Paix, que figuraient de belles personnes en toques de soie et en robes très riches : au-dessous, un groupe de bergers et de bergères complétait l'idylle ; en haut, sept autres personnages figuraient encore sept vertus choisies, dont les sept initiales formaient le nom du roi Charles, Conseil léal, ffault vouloir, Amoxxv populaire, 7?oyal povoir, Libéralité, JE^spérance, 5apience. Quatre autres échafauds, répandus jusqu'au château, représentaient le mot : Roeti (Rouen)*. Louis d'Orléans céda facilement à la joie générale. Le jour même de l'entrée, les galans sans souci/ lui représentèrent une farce, et plus d*une fois il se procura le même plaisir dans la suite du mois '. Il déploya le plus grand luxe ; son lit de camp était couvert de drap d'or, ses harnais brodés, les housses de ses grands chevaux magnifiques '. Le 24 mai, il organisa une joute, pour laquelle un lancier de la ville lui fournit vingtcinq lances \ Il profita aussi de la circonstance pour mettre un peu d'ordre à ses affaires de Normandie ^

Malgré ses occupations et ses plaisirs, il lui montait à la tète comme des nausées de tristesse. Il était homme, il était jeune ; un ardent besoin de jouir delà vie Télreignail, bien plutôt que Tambition. Un jour, dans les rues de Rouen, avec Guillaume Doulcet, il regardait passer une fille du bas-peuple, fraîche, gaie, au corsage opulent ; il s'écria qu'il voudrait bien perdre sa femme et épouser celle-là. Il se plaisait à répéter

\) Ms. Dupuy, f« 42; récit contemporain, par un certain Jean Paners. Cf. Ch. de Beaurepaire, Entrée et séjour de Charles VHI à Rouen tn iSMi.

2) Laborde, Les ducs de Bourgogne, III, 7157, 7158 : Joursanv., 853.

3) Joursanv., 675.

4) Lai. 17059, n» 188.

5) Fr. 20379, p. 57.

13i HIST01RK DR LOITIS Xtl

son mol favori sur l^agrément d'épousor une berçère *. Cri de la jounesse, que rien ne pouvait retenir ! Jeanne de France, pondant ce temps, vivait sans doute à Amboise, où Anne de Beaujeu lui adressait quelques consolations d'ordre positif, des cadeaux, un supplément de pension '.

Nous avons vu, trois mois et demi auparavant, le roi démentir le duc d'Orléans, lorsqu'il réclamait une nouvelle réunion d'Etats généraux et parlait d*un déficit de 400,000 livres, car^ malgré les belles théories de son ami Philippe Pot sur les droits du peuple, Anne de Beaujeu ne se souciait point de recommencer l'histoire de H84. Elle profita du triomphe du roi dans le pays parlementaire, pour trancher cette grosse question. Une ordonnance rendue à Rouen, le 4 mai 1485, énumëre les charges de TÉtat, pensions à l'étranger, défense des frontières, politique extérieure, et avoue un déficit de IG3,800 livres ; elle prescrit un nouvel accroissement d'impôts «pour cette fois seulement», déclarant impossible une seconde réunion des Etals, et alléguant, pour s'y soustraire, Tavis « des princes et conseil, réunis en grand nombre à Rouen • ». La Normandie s'exécuta : ses Étals locaux, réunis sous les yeux du roi, votèrent nn supplément de tailles. Mais ces allures commencèrent à choquer le duc de Bourbon. Louis d'Orléans s'en aperçut et saisit l'occasion de se rapprocher de lui, au point qu'un arrangement précis intervint entre eux^ Ensuite, il quitta la cour, sous prétexte d'aller revoir sa femme.

Anne de Beaujeu en voulait à la Bretagne. Spontanément , sans consulter le conseil, elle ordonna de laisser rentrer à Angers les internés de Saumur. Elle offrit au vicomte de Rohan la

1) Procès (le divorce, déposition de Doulcet.

2) Fr. 20^24, f«> 2 (Reçus, avec sceau de Jeanne).

3) Fr. 257t6, n« 38.

4) Saint-Gelais.

PREMIÈRE RUPTURE AVEC LA COrR 135

maîn d'une des filles du duc de Bretagne, que, dans le Irailé de Montargîs, du mois d'octobre, elle s'engag^eail à marier magnifiquement. Elle s'assurait aussi du sire de Lescun. Le gouvernement breton, avec sa lenteur proverbiale, passa les mois de mai et de juin à masser des troupes devant Chàteaubriant. Son armée s'ébranla au mois de juin. Mais la présence des barons bretons dans l'armée adverse allait donner à la guerre une couleur de guerre civile : lorsque les deux armées se trouvèrent en présence, il advint ce qu'on craignait à Nantes : au lieu de se combattre, elles s'entendirent, se réunirent et marchèrent ensemble sur Nantes, pour « se soumettre au duc et rétablir Tordre ». Landois, en cotte extrémité, fit décréter hors la loi toute l'armée transfuge; c'était frapper la Bretagne entière ; le chancelier refusa de contresigner l'ordonnance. L'armée arrive, entre, et, aux acclamations du peuple, pénètre dans le château. En vain, Jean de Foix et le cardinal son frère, gardiens fidèles de François II dans ces moments dramatiques, essaient courageusement de tenir tête à Témeute et de parlementer. On n'arrête pas une foule déchaînée sur une proie... Les barons emmenèrent Landois, en donnant leur parole de le respecter et de le livrer à la justice. Le malheureux ministre, coupable do clairvoyance, subit^ avec énergie et dignité, des interrogatoires sommaires, et, le 19 juillet, fut pendu, sans autre forme de procès : le duc apprit le supplice de son ami après l'exécution. De là, un revirement complet dans la politique bretonne. Le nouveau gouvernement changea brusquement d'altitude au dehors; il négocia avec la France et conclut, presque aussitôt, un traité d'alliance intime, qu'on fil sanctionner au duc le 9 août. Le pouvoir d'Anne de Beaujeu parut ainsi défier toute contestation; il triomphait en Bretagne comme en France, sous forme d'un triumvirat composé desespen-

sionnaires, les sires de Rieux, de Lescun et le prince d*Oraiige. En même temps, la journée de Bosworth délivrait la France en Angleterre de son plus redoutable adversaire.

Louis d*Orléans, revenu à Btois par Chartres, sans traverser Paris, ne cherchait qu'à s'effacer. Il envoie à sa mère, retirée à Chauny, son écuyer Robinet de Framezelles; il adresse Sanflricourt à M"' de Beaujeu, à Creil * ; il écrit, en termes cordiaux, à un des tenants de la cour, le sire du Bouchage, pour recommander deux officiers*. Il justifie son voyage en se rendant près de sa femme à Montrichart, vers le 19 juin» et il y reste quelques jours. On le vit plusieurs fois encore avec ell6 à Blois, bien qu'il trouvait le sacrifice surhumain'. Il recueille^ avec un soin extrême, la succession d'Olivier le Daim» roc- ^ l'argent, les bagues, même le cheval du défunt, un cheval rùucaw^ • qu'il se fait remettre par la veuve ^. Il s'occupe de chiens Il se rend populaire à Orléans, en obtenant du roi une alloc tion de cinq deniers par minot de sel vendu en France, so environ 10,000 Hntcs, afin de construire avec luxe les nouveaur^ remparts de la ville; on abattit les deux i?ti//^5 des arbalétrie comprises dans les anciennes fortifications, et l'on ouvrit un no veau quartier, très vaste, très beau, entre les portes Bannie ParisisetSaint-Laurent^ Les gens deBlois, euxaussi, enbrave sujets, faisaient réparer leurs murailles; Louis y contribu par une ordonnance, rendue à Bloisle 1" juillet, où il proclam sa reconnaissance envers ses « bons et honnêtes » citoyens^ Chaumarl avait fini par se guérir et par rentrer en France

1) TU. Framezelles, 2 : Hédouville, 42.

2) Guion et Georges de Sailly. Montrichart, 19 juin (Fr. 2Ô28, f» 1).

3) Vroch de divorce^ inlerrogat. de Louis XII.

4) Moreau, 405, 83.

5) 11 donne à un de ses hommes 102 sous pour la pension de huit chieni courants, 10 juin (Bibl. de Blois, n® 1518).

6) Lemaire, p. 12, 506, 527, 26 : KK. 897, 211.

7) Fr. 20379, p. 56.

138 HISTOIRE DK LOCfS Xfl

marche des princes sur Paris. La cour sortit de Paris le 46 août et vint se fixer à Malesherbes, appuyée sur des forces qu'on estimait à 20,000 hommes*. Louis d'Orléans continuait à jouer le respect ; il fil annoncer qu'il se rendrait au devant du roi jusqu'à Orléans. René de Lorraine riposta qu'il menait le roi à Blois et qu'il en » délogerait » le duc*. Cependant il faisait tâter \e terrain k Orléans par le sire du Bouchage. Du Bouchage, bien muni d'argent, haranguâtes Orléanais, parla de leur siège mémorable, mentionna délicatement la force de Tarmée royale, excusâtes erreurs du due d'Orléans par l'ambition de son entourage. On attendait avec anxiété, à la cour, les nouvelles de du Bouchage, qui devait en envoyer d'heure en heure. Ce fut un grand soulagement quand on le sut maître de la situation, et le roi lui adressa, le 23 août, de chaudes félicitations, tout en lui prescrivant de ne pas se départir de la plus rigoureuse surveillance '. Du Bouchage devait voir aussi le duc d'Orléans, mais, sur ce point, il échouai En même temps que lui, les envoyés ducaux, le chancelier La Mercier^ Jean de Louan et d'autres gentilshommes, entraient par une autre porte pour annoncer aux Orléanais l'arrivée prochaine du duc, avec des forces militaires, bien disciplinées, qui ne gâteraient rien. Les Orléanais, pris entre deux feux, répondirent, froidement, qu'ils ne voudraient pas encourir la colère de M"" de Beaujeu, et qu'ils sollicitaient seulement le respect de leurs vendanges et de leurs celliers. Le roi entra dans la ville le 25 ou le 26. Quant au duc d'Orléans, ramassant toutes ses forces (environ quatre cents lances et des bandas de gens

1) Saint-Gelais ; hozierhistorial.

2) Goficfroy, 450 (lettre de 1485).

3) Ymbert de Batamay, par M. de Mandrol, 126 et puîv. : L. de Lincy.

4) Fr. 3924, f« 9.

5) Barthélémy de Loches Tappelle, par erreur, Jean Grespin.

PREM1ÈRR RUPTURK AVEC LA COUR 139

de pied '), il s*étab)il à Beaugency. Beaugency, adversaire séculaire d*Orléans*, appartenait à Dunois, et avec son vieux donjon, ses fortifications, sa bonne situation sur la Loiro, à huit milles d'Orléans, paraissait facile à défendre et à ravitailler. Dunois prit la direction des opérations, Louis le commandement de la cavalerie; ils attendaient avec confiance les renforts promis.

Le duc de Lorraine reçut, séance tenante, la récompense de son énergie. II sq trouvait dans une situation analogue à Louis d'Orléans : marié à une femme stérile et peu agréable, Jeanne d*Harcourt, il désirait ardemment s^en séparer. Il ne put obtenir qu'en 1488 l'annulation de son mariage : néanmoins, le 28 août 1484, à Orléans même, il épousa une Jolie et riche orpheline, âgée de seize ans, Philippe de Gueldre, fille d'Adolphe de Gueldre el de Catherine de Bourbon, niôce de M. de Beaujeu. On comprit ainsi le lien qui l'attachait à la cour. Pour Louis d'Orléans, c'était un cuisant parallèle. Anne et Pierre présidèrent eux-mêmes au contrat, et mirent dans la corbeille une baronnie des environs d'Amiens '.

Le 30 août, sous forme d'une lettre à son ancien ami, M. de Torcy, Louis d'Orléans lança une sorte de manifeste. Il écartait fermement la personne du roi, il semblait même oublier Anne de Beaujeu, et ne s'en prenait qu'à l'étranger, à M. de Lorraine. Il relevait vivement les menaces de René : « C'est partie de M. de Lorraine et de moy », et il repoussait toute autre appréciation, comme « non véritable * » . Pour

1) Nie. Gilles. Barthélémy parie de 8,000 fantassins et de plus de 2,500 chevaux.

Z) A Beaugency, on appelait les Orléanais chiens^ à cauçe (Je j.eurj^ varice*, à Orléans/oD appelait les gen^ (Je Beaugency chats^ à caqse de leur (juplicité commerciale (Ni£. Barthélémy de Loches, ms. du Vatican), Cf. ci-dêss,u?, t. I, p. 362,

3) SainU-MarUie : Anselme ; Godefroy, p. 48T-488. Cf. fr. 38aS, P» 274.

4) Godefroy, 460.

i40 mSTOIRE DE LOUIS Xll

prouver le contraire, on donna le commandement de Tarmée royale, non pas an duc de Lorraine, ni même au comte de Bresse, mais à un jeune homme de vingt-quatre ans, tout nouveau et tout français, à ce Louis de la TrémoïUe, qu'Anne de Beaujeu s'était promis de mettre en lumière. Le conseil répliqua aussi par des lettres catégoriques , adressées aux villes, où il rappelait le pardon récemment accordé aux entreprises du duc d'Orléans, dans la pensée qu'elles ne se renouvelleraient plus. Loin de rester tranquille, le duc a « recueilli » grand nombre de gens de guerre, qui vivent sur le peuple, à Blois et à Beaugency, et il fomente des troubles qu'il ne saurait justifier par des paroles « controuvées. » Le gouvernement a résolu d'agir, « en manière que le désordre de la pillerie cesse, et nostre peuple soit délivré d'oppression, et que la force et acte nous en demeure ». Le gouvernement rejetait sur les fauteurs de désordre la responsabilité des nouveaux impôts. Il invitait les villes à ne recevoir d'eux aucune remontrance, à arrêter leurs messagers, à faire bonne garde, à n'admettre que les gens d'armes du roi*. En même temps, le conseil, traitant pour la première fois Louis d'Orléans en ennemi, envoyait le hérault Normandie lui signifier, ainsi qu'à Dunois et à Foix, de « se départir ». Les princes refusèrent la signification. Le roi d'armes Monljoye n'eut pas plus de succès. Apprenant que des gens d'armes se réunissaient à Toiirs, le conseil y expédia François de Ponlbriant, capitaine do Loches, Louis de Marrafîn et Rigault d'Oreille, tous trois anciens serviteurs de Louis XI*. Louis d'Orléans

i) Letires du 31 août, au Puy(fr.3924, ^9),du22aoûl,àChâ!ons(Che^^ie^).

2) Sur F. de Ponlbriant, v. notre Introduction au Procès du maréchal de Gié, En i48i, Louis XI lui donna les amendes de Lisieux(fr. 25715, 324). Le petit Marrafin était un personnage très connu à la cour et médiocrement pris au sérieux. Jean Bouchet {Annales d'Aquitaine) raconte les plaisanteries de Louis XI sur son compte, parce qu'il portait im collier d*or volé, disait-on,

112 IIISTOIKK Dl£ LOltlS Xlt

lôme, le 18 septembre. Tordre, au nom du roi| de se rendre immédiatement à Moulins avec toutes ses forces. A cet ordre personnel, le connétable joignait un mandement public^ près* crivant, aussi au nom du roi, sous peine de confiscation et do rébellion, la levée immédiate du ban et arriôre-ban d*Angoumois, ainsi que Tenrôlement de tous les gens de guerre disponibles. Le sire d'Albret agissait de même dans ses immenses domaines. La cour, justement émue, ne put que dépécher en hâte à ses officiers l'invitation pressante d'empêcher, à tout prix, la jonction de ces diverses troupes. Alain d'Albret disposait de huit mille hommes : il partit pour Moulins, où devait le rejoindre sa compagnie de cent lances. Le comte d'Angouléme s'ébranlait avec trois mille hommes de pied et cent ou cent cinquante hommes d'armes bien équipés à ses frais '. On peut juger du désordre par un rapport du 28 octobre, où un envoyé royal, Jacques d'Aubusson, écrit comment il a arrêté un seigneur» à la tète de quatre cents hommes, qui croyait se rendre à ces convocations sur l'appel du roi ; Aubusson lui a fait prendre la, croix 6laiicàe{deFrajace) et il guette l'arrivée d'une autre troupe de six ou sept cents gascons» qu'il essaiera aussi défaire <( bons chrestiens comme les autres' ». Enfin, l'armée royale marcha sur Beaugency,et l'investit, mais elle n'osa pas livrer d*assaut ; elle ouvrit la tranchée, et, malgré les sorties des assiégés, elle réussit à bloquer la place. Louis, avec Dunois, le capitaine Carquc^ levant, Jean de Foix et les autres officiers, se multipliait, voulait tout voir, montrait beaucoup d'activité, de courage et d'entrain : il veillait aux postes des remparts» il dirigea des sorties qui coùtèrcut aux assaillants quelque monde. Dunois, au contraire, trouvait fort imprudent dose laisser ainsi cerner

1) Saint-Gelais : A/ain cTA/ôref , parM.C. Simon, p. 20 :Oodefroy,p.500,îï01.

2) Wst, man. de iVAuberyt fo 65.

^REMIÈUB RUPTtHfe: AVLC LA COUR 143

par des forces fortinégales, et si loin du connétable de Bourbon; rinvestissement consommé, il jugea la partie perduc.Il monlra avec tant de force à Louis d*Orléans Tinutilité d^une résistance qu'après beaucoup d'instances, il en obtint Tautorisation de voir La Trémoïlle. La Trémoïlle accepta une entrevue; Dunois lui proposa de rendre la place, si on leur garantissait, à tous, la vie, la liberté et leurs biens. Profondément surpris, le jeune général craignit un piège; il promit d'en référer au roi, qui se trouvait à Saint-Laurent-des-Eaux, et, en attendant, il donna pour la garde du camp des ordres plus rigoureux que jamais. Avec cette sagesse dont il devait fournir tant de preuves, il appuya la demande de Dunois. Le conseil y accéda, à condition que Louis d'Orléans se mit au pouvoir du roi et que Dunois s'en allât à Asti, car on le croyait le mauvais génie du duc d'Orléans. La Trémoïlle porta lui-même la réponse au duc; il trouva le prince fort abattu. Après trop d'enthousiasme^ Louis, privé de nouvelles, séparé de la France entière, bloqué, découragé par Dunois^ désespérait trop brusquement. Il accepta, en principe, ces conditions, si peu honorables, et se rendit au camp royal, où il obtint seulement l'assurance que Dunois pourrait revenir après un an d'exil. Dunois dut encore considérer l'exil comme une faveur', car le roi exigeait douze otages, et Dunois figurait sur la liste V

Nous trouvons Charles VIII au château de Beaugcncy le 22 septembre, au château do Blois le 5 octobre. Le roi traita en maître les domaines du duc d'Orléans, occupa ses châteaux, destitua ses officiers compromis. On remarqua la sûreté avec laquelle il désignait les victimes'.

1) Saint-Gelois : Barthélémy, etc. Le duc nomoia Dunois son lieutenant général à Asti (Moreau406, i55).

2) Marchegay, Lettres missives de Thouars, lettre du 1«^ juin 1487.

3) Le 28 septembre, Commines fut destitué de ses fonctions de sénôchnl lie Poitou (Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations, 11, ,%, 37^.

iii UISTOIKE DE LOUIS XII

Bref, celle échaufTourée ne fit honneur à personne. Les frayeurs el les hésilalions de la cour, Técho renconlré par le duc d'Orléans dans tout le royaume el jusqu'au sein du parlement trahissaient la faiblesse du gouvernement. Quant à la campagne militaire, Bouche t lui-même, panégyriste de La TrémoïUe, ne pense pas à en tirer gloire pour son héros. D'autre part, la subite défaillance de Louis d'Orléans montrait une grande imprévoyance. Sa chute, un peu ridicule, a pu valoir à son entreprise de la part de Thistorien Paul Emile la qualification de guerre folle, Nicole Gilles, bien placé pour apprécier sainement les choses, dit plus vrai lorsqu^l appelle la paix de Beaugency une paix fourrée^ c'est-à-dire un armistice avant la lutte finale.

Louis d'Orléans subit l'humiliation d'accompagner l'armée royale à Bourges ^ Les troupes du connétable et du comte d'Ângouléme commençaient à paraître sur les frontières du Berry, où des ravages signalaient leur présence. Au moment d'eu venir aux mains, MM. de Gié, de Gravilie, de Lorraine, le cardinal de Bourbon % intervinrent, et, moitié menaces, moitié persuasion, obtinrent un accommodement. Des deux côtés, oh se promit de tout oublier, on jura la paix, où fut compris le sire d'AIbret. Le comte d'Angouléme se rendit à Bourges, et le roi lui fit « maigre recueil » '. Le gouvernement se décida enfin à ratifier la paix avec la Bretagne ; puis les princes se séparèrent dans les premiersjours du mois. Le roi se rendit, par le Gatinais, àMelun,oùil resta jusqu'à Noël, Jean de Foix el son frère partirent pour Nantes *, Louis d'Orléans

1) Le 10 oclobrc 1485, il fuit acheter à Blois une provision de fils d'arbalète (Bibl. de B]ois, 1520), le 21, quinze chapeaux pour ses quinze pages [kl,, 1521).

2) Nie. Gilles : Bouchard : Barthélémy de Loches : Sainl-Gelais.

3) Nie. Gilles : Sainl-Gelais.

4) Nie. Gilles : Itinéraire de M. Pélicier.

pour Orléans. Par deux ordonnances d'octobre et de novembre, le roi paya sa dette envers les Orléanais, en leur confirmant d'anciens privilèges pour Tacquisition des francs-fiefs et l'exemption de Tarrière-ban * . Toutefois, comme le concours de la ville n'était point sorti des bornes négatives, il confirma aussi les privilèges de l'université, rivale, de Bourges. Il prit quelques mesures de pacification : il exempta Lyon des contributions nouvelles, ratifia le don de 10,000 livres obtenu, selon l'usage, par le duc de Bourbon des États de Languedoc. Le 1*' décembre 1485, une ordonnance somptuaire, selon le vœu des États généraux, prescrivit des limites au luxe des babillements*. En Languedoc, selon le vœu des Etats locaux, le roi constitua une grande commission, chargée de « réformer la justice », avec le concours de cinq délégués des États. La commission, placée sous la présidence de l'évèque d'Albi, comptait parmi ses membres, Pierre de Couthardi, Guillaume Maynier, Palamède Forbin, Jacques de Tournon'. On voit que l'évèque d'Albi continuait, à travers les événements, à jouir d'une haute faveur : membre du conseil, chancelier de Tordre, pensionnaire du roi pour 1,200 livres, il obtint l'année suivante une augmentation de pension de 800 livres*. Son frère Georges, évêque de Montauban, recevait 800 livres, M. d'Amboise-Aubijoux n*en recevait que 700 ; il en obtint bientôt 1,200, ainsi que M. d'Amboise de Bussy *.

1) R* 20638, f- 149 : Ordonnances, XIX, 608.

2) K. 76, 36 : Ordonnances, XIX, 610, 615. Le gouvernement breton donna aussi au vicomte de Rohan une salisfaction de préséance (ms. de dom Morice, p. 295).

3) Comptes de Charles VIII (août 1485-août 1486). Une lettre de Guillaume Briçonnet « à Madame » parait indiquer qu'on acheta à Montpellier une maison pour la province : « Le pays en sera bien joyeux » (Bibl. de rinstitut, ms. Godefroy, 291, f* 39).

4) Quittance du 9 sepL 1486 : TU, Amboise, 127, 128. Cf. fr. 26097.

5) Comptes d'août 1485 à 1486, d'août 1487 à 1488.

Louis d'Orléans rentra à Orléans, sans éclat, honorablcmcnl. Il s'y conduisit avec modestie et avec douceur ; il récompensa les services de Denis Le Mercier, de Jacques Uurault, do Jean Cotcreau, par la cession, à peu près gratuite, de terrains dans la nouvelle enceinte : Macé de Villebresme reçut quarante toises. Le duc n'osa refuser une concession à Jean Fromage, sommelier du roi, mais il laissa la Chambre des comptes de Blois retarder Tenregistrement nécessaire, qui n*eut lieu qu'en 149oi.Ce séjour du duc laissa de bons souvenirs. Les Orléanais virent d*abord d'un œil très méGant tous ces gais compagnons, à peine échappés de Tarmée de Beaugency : bientôt, la ville ne se reconnut plus elle-même. Chaque jour, c'était quelque joute, quelque cavalcade, quelque nouveau spectacle. On vint des environs pour y assister; des gentilshommes accoururent. Peu à peu, les bourgeois d'Orléans eux-mêmes se laissèrent gagner par la contagion ; un instant oublieux de l'antique culte du bas de laine, deposilo illo antiquœ parsymoniœ ritu^ dit un chroniqueur Orléanais *, ils se prirent à donner des réceptions et des dîners. Les vieillards s'étonnaient d'une animation si nouvelle pour eux, et ils y prenaient goût: jeux, gaité, séduction des militaires, espérances subites des mères qui avaient des filles à marier, audace même de ces jeunes filles, autorisées, pour la première fois de leur vie ', à jeter les yeux sur de beaux hommes et à les trouver beaux..., ce fut un tourbillon, une révolution dans les mœurs de la ville.

i) KK. 897, fos 232, 240, 211, 213 vo, 215, 218 vo.

2) Nie. Barthélémy, auquel nous empruntons ces détails (Ms. du Vatican].

3) « Iniiuptisque puellis, sublato muliebris verecuodiœ rubore, ora virorum pulchra videri! »

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