‹ Histoire de Loius XII (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · LUTTE CONTRE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE MAXIMILIEN

Anne nous apparaît encore sous des formes sveltes et gracieuses, dans le tryptique de la cathédrale de Moulins, attribué à D. Ghirlandajo : son teint était clair ; on vantait surtout ses beaux yeux, dont la splendeur sereine répandait, selon Le Maire de Belges, une « rosée ». A vingt-deux ans^ elle pouvait avoir tous les charmes... S'il fallait aux propos de Brantôme une réfutation sérieuse, si le récit seul des événements n'y répondait pas déjà surabondamment, ne serait-ce pas le cas de rappeler le caractère un peu sévère, un peu hautain, mais droit et solide, de la fille de Louis XI? Anne do France a passé au pouvoir dans des temps trop difficiles pour ne pas encourir Tappréciation partiale de bien des juges. Tous les témoignages s'accordent pourtant à reconnaître certains traits fort accusés de sa physionomie morale. Anne aimait Tautorité, comme son père, mais avec infiniment plus de tact, avec de Fonction, avec de la douceur. Comme lui, elle appréciait les côtés positifs de l'existence, le pouvoir, l'argent.

On Ta accusée d'avarice et d'orgueil.

Admettons ces deux vices ; on reconnaîtra qu'ils n'ont jamais dépassé les limites de la convenance la plus stricto. Lorsque Charles VIII prit le pouvoir, quand Louis XII monta sur le trône, Anne, en dépit de son orgueil, donna, la première, l'exemple méritoire de la plus loyale obéissance. Son avarice... M"* de Beaujeu recevait volontiers des présents, selon la mode du temps ; mais un ambassadeur italien , qui arrive à la cour de France les mains pleines d'or pour acheter des amitiés, écrit à son gouvernement qu'il se garera surtout de M"* Anne, ennemie de tels procédés.

La vérité est que M"® Anne de Franco laissa après elle un souvenir prolongé de vertu et d'honneur. Brantôme*, qui

1) Brantôme, édition de la Société de l'Hisloire de France, II, 358 : VIII, 100, et pages 99 à 105.

Il li

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la calomnie, qui parle de sa corruption, de son hypocrisie, de ses rancunes, salue, en elle, quelques pages plus loin, la

grande éducatrice de son temps, « splendide et magnifique ». Lui-même déclare que toute demoiselle de haut parage tenait à passer par la cour d'Anne ; il dit qu'Anne de France fit de Charles VIII un des grands rois de France, « proclamé empereur d*Oricnt pour toute sa valeur ». Il proclame la fierté de la princesse, — jamais roi, dit-il, n'écrivit des lettres si altières, — et la rigueur de ses mœurs; il cite même une certaine expérience de gaine et d'épée, à laquelle elle se serait livrée devant une de ses demoiselles, pour la punir d'une faute. Le bon llilarion de Coste témoigne aussi, dans ses Vies des dames illustres, quel souvenir survivait à Anne de France, un siècle après sa mort. Il représente cette grande princesse comme « extirpant Timpudicité eiplanlani f honneur au cœur des dames ». Elle mit hors des rangs toutce qui sentait rinconduite et déclara au mal une guerre acharnée ; elle renvoya « Cypris à Paphos, sépara Tolive du lierre, le laurier du myrlhc ». Son palais était une académie de vertu et d'honneur. Les contemporains ont tous subi l'attrait de cette femme supérieure ; il faudrait les citer tous, pour citer les hommages de leur admiration. Deux de ses secrétaires nous ont laissé le récit de sa conduite politique et le tableau touchant de son intérieur. A peine si les auteurs les plus indépendants, comme Barthélémy de Loches qui écrivait au temps de ses grandes disgrâces, trahissent un léger sentiment de réserve. Ils trouvaient Anne un peu trop virile, pas assez femme... Octovien de Sainl-Gclais, poète attitré du comte d'Angoulème, célèbre en elle « une autre Semiramys, ou nouvelle royne des Amasones, en ce siècle rescuscitée pour capter paix, » dont « le loz et renommée voilent » an point que

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« toute terre en est garnie^ ». Les petits pastoureaux, dit Le Maire de Belges, l'appellent Atirora, c'est-à-dire « déesse matutine, Tespoir des pélirins, et la précuseressc du soleil de justice*». Enfin, Âûne s'est peinte elle-même, avec sa haute raison, son bon sens, son esprit philosophiqucetreligieux, dans les Enseignemeyits qu'elle rédigea pour sa fille Suzanne. En présence de tant de témoignages et de preuves si inéluctables, les dires de Brantôme tombent d'eux-mêmes. Brantôme attribue aussi les malbeurs de Louis d'Orléans à la passion dont il se prit pour Anne de Bretagne. Malheureusement pour ce nouveau roman et pour les détails dont l'agrémente le charmant conteur, nous savons que Louis d'Orléans projetait déjà^ sous Louis XI, d'épouser Théritière de Bretagne, avant de l'avoir vue, et que l'enfant n'avait pas sept ans lorsqu'il la vit.

Le seul fait précis qu'on puisse retenir du récit de Brantôme est une anecdote : un jour que Louis jouait à la paume avec des dames de la cour, une contestation s'éleva et M™* de Beaujeu, constituée arbitre, la résolut contre le duc. Lui, « haut a la main et devinant le coup », aurait murmuré, assez haut pour qu'on Tentendit, la plus grossière injure qu'on puisse faire à une femme. M"'*' de Beaujeu s'en serait montrée fort blessée. Si l'anecdote est vraie, on comprend assez facilement l'impression de M"'*' de Beaujeu. Seulement, cette impression n'est pas tout à fait celle dont l'accusait Brantôme '.

1) Le séjour d'honneur.

2) Le temple d'honneur.

3] Le portrait d'Anne, à la fin de sa vie, nous est fourni par son tombeau; C'., François 1'^ chez Madame de Boisy^ par Rouard, p. 31.

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