‹ Histoire de Loius XII (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Au commencement de Tannée 1487, l'avenir matrimonial des fdles du 'duc de Bretagne commençait à s'embrouiller. Louis d'Orléans, Maximilien et le sire d*Albret, comptaient tous trois sur la main de Taînée. Aussi , avant de se fendre à Nantes, comme Ten pressait Dunois, Louis d'Orléans hésitait et réclamait un engagement formel, sans réserves, signé du duc et de la duchesse de Bretagne, scellé de leur sceau, contresigné du vice-chancelier de Bretagne, Guillaume Guéghan. Le duc de Bretagne le délivra, avec une seule réserve, très raisonnable : il renvoyait la célébration du mariage à Tépoque où sa fille aurait Tâge nubile et oh Ton serait en possession des bulles nécessaires. Pour plus de sécurité, rengagement du duc et de la duchesse de Bretagne reçut encore les signatures du cardinal de Foix, du prince d'Orange, et des amis mêmes du sire d'Albret, le maréchal de Rieux, M"* de Laval, le sire de Comminges, jusqu'à celles des capitaines des gardes ou des archers, jnotamment du capitaine de la garde allemande. En attendant cette pièce décisive, Louis tenait conseils sur conseils, en grand mystère, dans la chambre d'un chanoine de Blois, Simon Caillau, auquel son secrétaire Boutet emprunta même 200 écus pour le voyage de Bretagne. Partirait-il, ou ne partirait-il pas? On se le demandait chaque jour, sans rien résoudre. Au reste, son secret n'en était un pour personne*.

1) Procès de divorcey dépositions de Bertrand, Caillau, Guierlay, Dupuy, La Fallu.

La cour s'émut et lui dépêcha successivement trois ou quatre personnages, pour lui persuader de venir à Amboise. En dernier lieu, Louis reçut la visite du maréchal de Gié, avec lequel il restait en termes affectueux. Sur les représentations du maréchal, le duc promit, paralt-il, de ne pas aller en Bretagne, et de se rendre à Amboise, où il envoya même M. de Marigny en donner l'assurance*.

L'ambassade bretonne arriva au château d'Amboise, aussitôt après le jour de Tan ; elle protestait du désir de la Bretagne d'observer loyalement le traité de Bourges; mais elle se plaignait des prétentions de Charles VIII à la succession du duché et des «c empiétements » du parlement de Paris. Quant à la lutte engagée entre Maximilien et le roi, l'ambassade affectait une neutralité absolue ; elle avouait le projet de mariage formé, avant la guerre, entre l'archiduc Philippe el la jeune Isabeau. Elle réclamait la convocation des États généraux et le pardon du comte deDunois. Mais & peine arrivée, elle reçut de nouvelles instructions, datées du 6 janvier, qui lui prescrivaient d'insister surtout sur ce dernier point: le duc de Bretagne entendait prendre fait et cause pourDunois, et confondre sa cause avec la sienne. Lescun et le prince d'Orange, sur le dévouement desquels on comptait peut-être encore à la cour, écrivirent, de leur côté, des lettres particulières au roi, pour le presser de ménager Dunois, de ne pas le pousser à bout, cl ne cachèrent pas qu'ils considéreraient une attaque contre Parthenay comme un casus belli, Dunoisse multipliait, et la conju-

1) Lettre du roi à Bourré, 14 janvier; fr. 20432,75. Jaligny est moins afOrmatif. Saint-Gelais dit que le roi, apprenant les intelligences de Louis d'Orléans avec Danois, « a ceste cause envoya devers Monseigneur d'Orléans qui estoit a Blois ; et y feut monseigneur le mareschal de Gié et avoil charge de l'amener. Et esloit le Roy délibéré de le bien Iraicler. Mais mondict seigneur d'Orléans s*excusoit le mieulx qu'il pouvoit, car il avoit autre intelligence, comme apperra cy après ».

ration reposait entièrement sur ses soins. Au nom du duc de Bretagne, il adjura les princes de se ranger sous la bannière (lu duc d'Orléans, pour servir le roi *, et le duc d'Orléans de se rendre à Nantes.

Le roi témoigna beaucoup de bienveillance à Tambassade et la festoya presque quotidiennement. Il n'avait pourtant pas encore formulé de réponse, lorsque parvint à Amboise la nouvelle de la disparition subite du duc d'Orléans. Parti de Blois, la veille, au soir, avec des chiens, des oiseaux, et quatre-vingt ou cent chevaux, Louis s'était dirigé, en équipage de chasse, à Châteaurenault. Il y avait rapidement dîné, puis, laissant tout son train, s'était lancé sur la grande roule. Le galop des chevaux, l'aspect insolite de la cavalcade avaient seuls donné réveil. On lança des coureurs après lui, mais bien inutilement' : Louis d'Orléans s'était rendu d'une seule traite à Fontevrault ; il en était reparti avant le jour, et, au moment où on se mettait à sa poursuite, il gagnait Clisson, franchissant en quelques heures deux à trois cents kilomètres. Celte fois, il touchait le but'. Le 13 janvier, il couchait à Nantes*.

Au moment de Talerte, le 12 janvier, un des officiers du duc d'Orléans apporta au roi une lettre datée de la veille, à Blois, où Louis annonçait simplement son voyage, motivé par

1) Lettre à l'amiral de Bourbon (Qodefroy, 506), qui était moribond.

2) Lettre à Bourré : Jaligny. D'après Barthélémy, N. Gilles, J. Boucbet (Annales d' Aquitaine), Louis se trouvait encore à Orléans ; il reçut la visite flu maréchal de Gié, chargé de l'amener de gré ou de force, à Amboise : le duc donna sa parole d'honneur d'être le lendemain à Blois. Il s'y rendit, mais pour partir aussitôt. Saint-Gelais, Michel Ris (De regibus Francorum, lib. III), et les témoins oculaires constatent, comme J al igny, que Louis s'était rendu à Blois quelques jours avant son départ (Proc^« de divorce^ dépositions de S. Caillau, de G. Bertrand). Toutefois, il était encore à Orléans le 5 janvier (fr. 26100, n» 268).

3) Déposition de G. Bertrand.

l '.'»/ •. d^Siinl-PH^r3')Mr^. fr. n h\\., 1M2, f» i.

un message du duc de Bretagne, qu'il communiquait au roi, disait-il : il promettait de revenir dans le plus bref délai, et protestait de la pureté de ses intentions envers le roi. Le maréchal de Gié reçut une lettre analogue '.

Voici ce qui s*était passé. Louis venait de recevoir par son envoyé, Gilbert Bertrand, une lettre du cardinal de Foix^ avec la copie des engagements souscrits '. Il assembla une dernière fois son conseil, auquel se trouvèrent D. Le Mercier, les sires de Joyeuse, de Louan *, de Lys-Saint-Georges, tous hommes jeunes et de raison médiocre *. Après un dernier examen général de la question, le duc répéta encore qu'il ne voulait pas partir pour la Bretagne sans une assurance rigoureuse ; ce conseil, à l'unanimité, émit Tavis que Ton ne pouvait, vraiment, rien exiger de plus ', et Louis partit.

Ces détails, bientôt connus, excitèrent une vive colère à la cour; on nommait les coupables, et, au premier rang, Dunois, le principal*. L'agent de H'"*' de Beaujeu à Nantes l'informait de Tentente de Dunois avec la Bretagne. Cet agent cherchait à s'assurer au moins de Lescun, et préparait dans Tombre une nouvelle insurrection des barons bretons contre leur duc\ Les ambassadeurs bretons n'avaient plus qu'à quitter Amboise : « Ils ont fait fort des esbiulz, disans qu'il n'en estoit nouvelles a l'eure de leur partement », écrit Graville. La cour, cepen-

1) Oodefroy, p. 505 : Jaligny,

2) Et un reçu des origiDaux, prudemment laissés en dépôt chez le cardinal de Foix (déposition de Gilb. Bertrand).

3) Jean de Louan , très en faveur, était capitaine de Coucy depuis le 15 août 1486, avec 500 liv. de gages. Ces gages furent flxés et payés les 5, 8 et 11 janvier 1487 (fr. 26100, 265-268).

4) Jaligny.

5) Déposition de G. Bertrand.

6) Jaligny.

7) Oodefroy, 504, 505 : Preuves de dom Morice.

dant, décida d'envoyer de suite à Nantes André d'Espinay'. Sur Tordre du duc d'Orléans, tout son train quitta Blois, pour aller le rejoindre; on vit passer sur les routes ses divers officiers. Le maître d'hôtel G. Daussy * partit le dernier, avec Técuyer Guierlay : tous deux furent arrêtés un peu après Tours, et ramenés à Amboise, où ils comparurent devant \c

roi lui-même, qui leur parla avec beaucoup de fermelé. Le to\ blâmait le duc d'Orléans d'être parti malgré ses assurances contraires, et lui reprochait d'avoir emmené deux archer» ^* la garde royale : « Vous en répondez sur vos têtes », di^^^ aux officiers, puis il les fil conduire par un trompette jusq«-^ , la frontière bretonne'. En même temps, le hérault d'arn^ ^^ Valois allait porter à Rome une note du duc d'Orléans, po la reprise de son travail de Pénélope. Valois fit passer 1 pièces sous les yeux du pape, et rapporta, bientôt après, uu^ réponse à Nantes*.

La cour expédia, d'urgence, des ordres pour la garde et la défense de la frontière*. Dans les domaines du duc d'Orléans (du moins à Compiègne), elle fit annoncer et blâmer sa fuite, et donna Tordre d'armer**.

La trahison était partout\ On arrêta plusieurs messagers des princes, porteurs de lettres chiffrées, qu'on parvint à traduire. On apprit ainsi que le Midi tout entier allait se soulever, par les soins du sire d'Albret. Dans l'entourage du roi, plusieurs membres du conseil, Geoffroy de Pompadour, Georges

1) Lettre du 49 janvier, fr. 2923, fo 28.

2) Ou d'Auxy.

3) Déposition de Guierlay : Clir. de Barthélémy de Loches.

4) Le trésorier Hurault raconte lui-même avec quel effroi il remit à Valois 28 écus pour ce voyage (Proce^s^/e^itvorce, dépositions de Hurault, de Valois).

5) Pélicier, p. 126, n. 1.

6) 27 janvier (Arch. de Compiègne).

7) Jaligny. Le gouvernement, dirigé par le sire de Graville, se livra à une foule d'enquêtes secrètes.

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d*Amboisc, le sire de Bussy d*Amboise et Commines correspondaient avec le duc d'Orléans; ils ne complotaient rien moins, eu cet instant décisif, que d'entraîner le roi lui-même en Bretagne. Georges d'Amboise, assure Saint-Gelais, se croyait sûr du succès et voyait déjà « partie gagnée ». Malheureusement, leur messager Georges Gaston, trop rusé compère, eut soin de se laisser prendre, et révéla tout'. Les conjurés furent aussitôt arrêtés. Le roi donna Tordre d'arrêter l'évêque d'AIbi, frère de Georges d*Amboise ; mais un chanoine d'Amboise^ qui lui avait des obligations, monta à cheval et devança à Albi les gens du roi. Louis d'Amboise put s'enfuir à Avignon, d'où il réussit à se justifier et à obtenir son pardon'.

Le roi, cette fois, n'hésita plus à prescrire une instruction criminelle contre le duc d'Orléans et le comte de Dunois, pour crime de lèse-majesté'. Cette mesure entraînait le séquestre des biens \ Simon Davy, seigneur de Saint-Père Avy, maîlre des requêtes de l'hôtel , et Martin de Bellefaye, soigneur de Ferrîères en Brie, conseiller au parlement, furent institués commissaires royaux, pour « régir et gouverner ^) provisoirement les terres du duc d'Orléans \

La guerre ainsi ouverte, M. et M"* de Beaujeu, suivant leur tactique habituelle, cherchèrent à la porter dans le camp dos coalisés. Pierre envoya au sire d'Albret, par Tévêque d'Asti^,

1) Jaligny. Ce Gaston était au service cl*01ivier de Coetmen, gouveroeur d'Âuzerre, membre du conseil et l'un des conjurés.

2) Jaligny. Cet auteur, ainsi que B. de Loches, insinue, du reste, que, soit promesses, soit menaces, on arracha aussi des aveux et des renseignements à plusieurs serviteurs du duc d*Orléans (peut-être Daussy et Guierlay.)

3) Ms. Dupuy, 38, 339.

4) 18 janvier (Portef. Lancelot 16, f° 127).

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