CHAPITRE XII
Pendant que le duc de Bretagne offrait sa fille à TarchiduCy sa réconciliation avec Rieux rendait courage à un autre prétendant, le sire d'Albret. Au mois de décembre 1487, Alain réunit des troupes ; son lieutenant alla mettre cent lances au service de la Bretagne, et lui-même passa en Espagne pour demander un secours à Ferdinand le Catholique ^
Le duc d'Orléans, serré de si près par ses concurrents^ voulut profiter de l'absence du roi pour une campagne d'hiver. Il investit Vannes, avec Tarmée bretonne et sa bande personnelle, le 25 février 1488. Isolée, fortement canonnée, minée, mal munie, la place dut capituler le 3 mars, et le duc d-Orléans fit prisonniers vingt officiers, notamment le sire de Champéroux et le bâtard Charles de Bourbon ; le reste des troupes se retira, la vie sauve*. A ce moment, le duc d'Orléans commandait véritablement la Bretagne et dirigeait tout le gouvernement*. Aprfes Vannes, Auray et Ploërmel se rendirent; le vicomte de Rohan^ resté seul au service du roi, se trouva dans une situation difficile.
Le procès criminel intenté à Georges d'Amboise, Geoffroy de Pompadour, à Philippe de Commines, George Gaston, Guillaume Boisboissel et autres, pour complicité avec le duc d'Orléans, se poursuivait au parlement de Paris. De
1) Dupuy.
2)'JaligQy.
3) Saint-Gelais.
Loches, les accusés avaient été amenés sous bonne escorte dans les cachots de la Grosse-Tour de Corbeil. Georges dWmboise ne tarda pas à tomber malade : il sollicita son transfert à Paris * : ses deux médecins n^obtinrent que l'aulcyrisation de le transporter dans une chambre, fort grillagée et fort bien gardée, mais où pénétrait le jour*. On mena ensuite les prisonniers à Meung-sur-Yèvre. Le parlement voulait pousser vivement l'instruction ; le pape s'interposa des le début et réclama le jugement des deux premiers accusés, comme évéques. Ce conflit' arrêta la poursuite; le nonce interrogea les évèques avec les commissaires du parlement;
1) Fr. 25541, fo 67; ordre du roi au parlement d'envoyer des commissaires à Corbeil vérifier si réellement on traite mal G. d'Amboise : « le gouverneur de Lymosin qui est capitaine dudil Corbeil nous a dit et certifHé qu'il n par les galieries ot par lout ledit chasteau, toutes les foiz qu'il veuit, avecques ses gens qui le gardent. » Le 6 novembre 1487, le roi rappelle au parlement cette lettre, où il l'invitait, dit il, à examiner la requête présentée par Georges et appuyée par ses frères. Le parlement n'avait même pai répondu. Le roi envoie, d'office, à Corbeil , son maître d'hôtel, Phil. Guérin^ avec pouvoir d'aviser (X'« 9319, 15).
2) Arrêt du 24 juillet; U. 786 : Godefroy, p. 571-673.
3) Il prit, de suite, un caractère aigu. La procédure mixte eut lieu, d'abord, à Meung-sur-Yèvre , sous les yeux du nonce , par les soins de rofflcial de Tours, Pascal, et de deux commissaires du parlement. Pascal écrit au parlement, le 17 avril 1488, que, venu interroger les prisonniers, qui «ont remis au nonce depuis quinze jours, il a plusieurs fois mandé le procureur général, et qu'il a fini par passer outre à son absence, sur la menace du nonce d'en référer au roi. Robert Briçonnet, commis avec M. de Ferrières, mande, le 19, au parlement, que le nonce a refusé de l'admettre comme conseiller, mais seulement comme clerc. M. de Ferrières part (X** 9319, 49, 50). Le 2 juin 1488, le parlement décida d'ouir le procureur général pour cette aiïaire, et, le 5 septembre, il arrêta l'envoi d'un greffier crioiinel à Tours (fr. 23286, f°" 138, 144). Mais le roi, qui avait voulu s'en occuper personnellement, ne se soucia [)as d'ouvrir des crédits spéciaux pour la dépense des enquêtes, et son intervention brouilla tout. Dans une lettre du 4 octobre 1488, en réponse à des ordres formels du roi, un nommé Brète expose toutes les difficultés de TalVaire dont il cherche visiblement à se détacher; il se plaint surtout de n'èlre pas payé : Cum labor in dampnOf crescit mortalis egestas, dit-il (fr. 25541, f» 27).
TalTairc traîna^ ; Geoffroy de Pompadour obtint, bientôt, sous le couvert de son frère, une petite provision du temporel de son évêché.
Le 23 juillet 1487, le roi avait signée à Ancenis, une sommation au duc d*Orléans de comparaître, comme pair du royaume, devant le parlement de Paris, « suffisamment garni de pairs », pour y répondre de l'accusation de lèse-majesté. Il la réitéra, le 12 août, à son départ d'Âncenis *, et le 20, de Chftteaubriant, il la notifia aux pairs, en les convoquant, sans jour fixe, « au premier jour plaidoyabic » après la Saint- Martin. Cette menace demeura vainc. Il n'était pas facile de réunir les pairs et d'obtenir d'eux un jugement. Défaut fut donné contre le duc d'Orléans, qu'on cita de nouveau pour le 14 avril 1488. Le duc de Bretagne fut compris dans la poursuite. Quant à Dunois, il était simplement cité devant les assises ordinaires du parlement. Le 22 janvier, le roi convoqua, de rechef, les pairs, pour le 14 avril"; mais, bientôt, les nouvelles de Nantes irritèrent et surprirent le roi au point qu'il manda immédiatement les pairs à un lit de justice, qui se tint le 20 février en grand apparat. Les pairs ne furent pas nombreux : outre les ducs d'Orléans et de Bretagne naturellement absents, le comte de Flandre, représenté par l'archiduc, ne parut pas; le duc de Bourbon, retourné à Moulins et presque mourant, s'excusa sur sa santé\ ainsi que M. d'Alençon; M. d^Angoulème allégua ses occupations : il se mariait.
1) InstructioQ d'iaiiocent VIII à frère Baldassar (1489). Pour l'affaire des évèques, il s*en remel à ses ambassadeurs, et pense que le roi acquiescera
if la justice et l'honnèleté » (Dupuy, 594, f* 103).
2) Godefroy, p. 573.
3) Godefroy, p. 574 : P. 1373% cote 2422 : fr. 2832, f^" 119, 120.
4) II mourut le 1^' avril. Louis d'Orléans, attribuant son absence à leurs anciennes sympathies, lui écrivit de Vannes, le 12 mars, comme à « soo bon père », pour renouer leurs relations et lui demander ses instructions {Autogr, de Saint-Pétersbourg (I), 1, 51).
Anne de France avait profité des circonstances pour lui donner une jeune nièce sans fortune qu'elle avait à sa charge '^ Louise de Savoie, fille du comte de Bresse. Dans la maison d'Angoulème, on rêvait pour le comte quelque riche héritière, par exemple Marguerite de Flandre, la fiancée du roi, car le bruit commençait à se répandre que le roi pourrait bien épouser fmalement Théritière de Bretagne*. Le mariage avec Louise de Savoie excita peu d^enihousiasmc. Louise n*apportait qu'une dot do 35,000 livres, payable en trois années ; il fallut cinq ans pour la toucher, et encore grâce aux libéralités de M. et M"' do Beaujeu*. Néanmoins, le contrat fut signé à Paris, le 16 février 1 188 *. Le roi ajouta à la dot les terres de Melle et de Chizé en Poitou, dont le nouveau ménage entra en possession le 20 mars. Il faisait en outre au comte d'Angouléme une pension de 12,000 livres, et lui accorda diverses faveurs, notamment la capitainerie de Bazas '. Ainsi le comte d*AngouIème se tenait en dehors des événements.
Somme toute, les princes du sang et pairs de France furent représentés au lit de justice du 20 février par M. de Beaujeu, par le comte de Vendôme, MM. de Laval et de Guise, et Louis
1) Dans 1p compte d»» janvier 1486 (fr. 20604), on trouve des dons de fourrures ;i Jean Martin et Guill. MyecAe^ médecins du roi (f** 163 v«, 169 v"), une allocation [)arliculièr(? de 5,878 livres à M*"* de Beaujeu, sur les fonds de l'argenterie (f* 170 v*), et, parmi les menus dons (tels qu*une gratification au garde des lévriers de M»® de B»»aujeu, des draps de soie à François de Pontbriant), la mention d'un don de 80 livres, pour ses étrennes, à « M"'' Loyse de Savoie, fille de M^^^ de Bresse, cousine du Roy..., pour lui avoir dix aulnes de salin cramoisi de Venize, pour en faire des habiliemens... pour eslre pluslionnestement en lacompaignéede M"* de Beaujeu » (f^ 167).
2) Sainl-Gelais.
3) Reçu, en 1493, de 13,000 livres fournies par Pierre de Bourbon [CataL d\iutogr., de M. Bnylf*^ Z^ décembre 1885, Et. Charavay).
4) Godefroy, p. 567. Le mariage était décidé depuis décembre 1485 (PP. 44, LFu). Cf. Hilarioa de Coste, Vie de Louise de Savoie^ dans ses Éloqe$ et riVs...
5) Fr. 20370, f>. 6r>, 66.
Sainl-Père-Avy,consciller et mailre des requêtes derhôleM,el Martin de Ilellefaye *, seig^neurdc Ferrières en Brie, conseillei au parlement, commissaires du séquestre', eurent à liquidei d*urgence les comptes ducaux, car Louis d*Orléans, par suite de son brusque départ, avait laissé en suspens tous ses fournisseurs, boulangers, bouchers, drapiers, marchands de vin et autres, jusqu'à Tapothicaire, lesquels s'adressaient au parlement pour être payés. Le duc avait battu monnaie, et emprunté de l'argent \ Son trésor était en déficit de 5,915 livres et devait !2,626 livres aux divers marchands '. Quant à sa maison, elle se trouva sans emploi et sans rémunération. Cette maison, depuis un an, avait subi de nouveaux changements, motivés par les événements et par le besoin d'économies. Aa commencement de 1487^ le duc avait supprimé la moitié de ses chambellans^ deux maîtres d'hôtel, cinq panetiers, trois gens de finance, trois gens d'église, un médecin, un faucounier, un veneur, et trois valets ; mais il avait ajouté cinq panetiers, trois échansons, un huissier et un maréchal des logis. La maison ducale, depuisle départ pour la Bretagne, se composait
1) Sirnon Davy, que nous avons déjà vu figurer comme envoyé royal en Orléanais (p. l.'M, n. 1), était un seigneur Orléanais, possesseur de la terre de Saint-Père, |avs d'Orléans, et issu d'une famille de serviteurs des ducs. Un Simon Davy avait été le compagnon de captivité du duc Charles en Angleterre.
2) Martin de Bellefaye était un des conseillers envoyés au roi par le parlement, à la suite de la démarche du duc d'Orléans, en janvier 1485, et chargés d'interroger Commines en 1-487. C'était une ancienne victime de Louis XI {Ordonnance fi, XIX, 338). Il fut aussi commis, par arrêt du H mars, à suivre avec B. Briçonnet la procédure contre les évoques, sous la direction personnello du roi qui, le 28 mai 1488, l'envoie au parlement rendre compte de l'état du procès {Histoire de d'Aubcry^ !<>■ 131, 137 v»).
3) Ils l'étaient de fait, comme nous l'avons dit. i) Prorra de divorce ^ interrogatoire du roi.
.")) On expédia encore au duc, en Bretagne, quatre-vingt-dix tonneaux de vin. Le trésuritT avait déjà assignatio7i pour la somme de 5,915 livres, mais il 110 put en être appointr. lien référa au conseil du roi et aux commissaires, et faut pourchassa qu'il obtint son appointement et celui des mar-
ainsi de six chambellans, quatre maîtres d'hôtel, sept écuyers d'écurie, quatre panetiers, huit échansons, quatre écuyers tranchants, trois gens de finance, deux d'église, trois médecins, deux écuyers de cuisine, neuf valets de chambre, et le personnel inférieur habituel. Le service de la chasse ne comprenait plus que cinq fauconniers et un veneur *. Tout ce personnel se trouva fort dépourvu de la saisie des biens ducaux: la duchesse Jeanne s'ingénia à secourir les plus misérables, bien qu'elle eût elle-même charge de sa propre maison, sur sa pension personnelle ' : malgré la saisie, elle put toucher quelques-uns des revenus en nature du domaine personnel, sur lequel elle possédait, d'ailleurs, un droit de douaire*; elle fit venir ce qu'elle put du comté d'Asti, qui échappait à la saisie. Pour les soins de celte difficile gestion, elle appela à former un petit conseil improvisé le protonotaire de Clfeves, M. de Saint-Germain, qui s'était séparé de son maître dans les derniers événements, M. de La Monta, qui se trouvait à Asti lors de la fuite en^Bretagne *. Les séquestres affectèrent de traiter avec faveur les sœurs du duc d'Orléans ; M"" de Foix et de Fonte-
chands {TU. Orléans, XIII, 908, 864. — Cf. JoursanvauU, no-*1186, 3025).
1) K.*535, IX. Rôle des officiers, en février-mars 1486-87. Chambellans : Guill. de Montmorency, Valeran de Villiers, Jean de Louan, Guyonde Sully, Anl. de Lestrange, Jean Dupuy, seigneur du Couidray. — Maîtres d'hôtel : Hubert de Grouches, Georges d'Auxy, Anl. de Cugiiac, Macé de Villebresme. — Écuyers d'écurie : Fr. de Guierlay, Gilb. Bertrand, Fr. de Cugnac, Janot de Casault,Jean Guybé, le petit Janot, Louis de Hédouviile. — Kchansons : René de Montgommery, Fr. d'Entragues, Jacques de Tinteville, Georges do Sully, Jacques de Surgères, Ch.deRochechouart, Raoulletdu Refuge, Giresme de MallebaUle. — Parmi les panetiers , Fr. du Refuge ; parmi les écuyerp. tranchants, Jean de Brilhac. — Gens de finance : Fr. Doulcet, Guill- Rousseau, Jean Cotereau. — Gens d*église : Pierre de Beauvau et Artus d'Aunay. — Médecins: Jean Burgensis, Salmon de Bumbelles, Jean Thomas. — Écuyers de cuisine : Guill. Doulcet, Ant. Herpin, etc.
2) K. 73, n« 47 : paiement à Jeanne de France, sœur du roi, de 2,000 1., sur sa pension de 10,000 (16 janvier 1486, anc. st.).
3) TU. Orléans, XHÏ, 865, 866.
•i) TU. Orléans, Xllf, 867.
212 HISTOIRE DE LODIft XU
viaultconlimièrenl h toucher sans difficullé loul ce qui pouvait h'ur reveuir'. Ils prinmt soin aussi de se faire bieDvenir dans les iliimaines ducaux, et de donner salisfactîon aux intérêts. On poussâtes travaux (tes nouveaux quartiers d'Orléans; le nii ai'corda uni'oxomptiou d'impôts aux ouvriersqui voudraient y habiter*. (Charles VIII el Anne de France écrivirent pcrsonuflicmont an partcmont pour lui recommander un procès qae soutenait uno abttaye de Itlois, l'abbaye de Bourg-Moyen '.
Nous avons laissé Louis d'Orléans à Vannes, prêt à se lancer, ,ivec SCS Allemands indisciplinés et pillards qu'il maitrisail très difricilemcnt. Louis résolut de pousser l'épée dans les reins ii' vicomte de Uolian. On leva encore un fouage de lî sous sur toute la Hretagne, et on marcha sur Josselin*. Itohan capitula le 20 mars, en son nom, au nom de son frère et de ses adhérents. Louis se montra chevaleresque, comme d'hahiliiile ; il donna un sauf-conduit aux soldats français. Kolian laissft-sa famille, remit ses places en gage, et obtint la permissiou daller voir le roi ', sur parole de revenir dans deux mnis ; le duc lui promit pleine satisfaction dans les queslinris liligii'iisi's {pour la dot de sa femme et la seigneurie de (iavre)', si, à son retour, il voulait prendre du service.
.\nn(! de itL'.iuj'tu, au courant des moindres incidents de celU? lutte, friiiiiissail d'inipatieuce. Le 8 mars, quinze jours (ijiri's 11' lit (11.' jtjslirf, le roi se trouvait à Tours, et l'amiral
1) ri(.<)r;.Mris, XI11,8C.8-871 : ms. cili: lî'. f- 280 v : maiidemenL royal du ■-'Il fi-vriLTaiix i|-'ux iiuniniissaires, de payer h M, et M°" de Foii In pension de :i.5(K) iivr.'S, duL> -tl verlu de leur contrai di- niarinpe, K. 553, XVII, 7 (!■■ Tiii ne m' |)ri''v.iliil pas di* la réduction consenlie par eui) : Joursanv.,
■•, l.i'irruiv : .\n:\,. dn l,i>iivl A. 2I8S.
4i L. d,^ la TiùiDuiJe. V''n-ci}.uwf;ure de CliarUi VIII. p. 3.
5) En i WW, le vii-oiule de Kolian louchait du roi une pension du 12,000 1. (l'ruci-l. p'jliti-i., p. XI. m).
6) Dtipuy.
de Graville formait, à Pouancé, une armée de dix mille hommes, auxquels on ajouta cinq mille Suisses. Le gouvernement écrasa la France de tailles, et pratiqua des emprunts sur les villes, sur les officiers de finance, afin de préparer un coup décisif. Louis de la Trémoïlle reçut le commandement en chef de Tarmée, avec un élat-major magnifique de vieux soldats, le maréchal de Baudricourt, les sénéchaux de Toulouse et d'Agen, le sire de Sainl-André^ le capitaine Adrien de rHospital. Le 14 mars, Anne lui écrivait déjà d'agir: « Rohan tiendra bon ; faites quelque exploit, pour qu'on lâche prise*. » La Trémoïlle ne voulait rien risquer et exagérait même la prudence; il ne se soucia point de s'engager à la hâte, de se compromettre peut-être, pour sauver un personnage tel que Rohan, sur qui couraient les bruits les plus contradictoires, les uns le représentant comme en négociations avec la Bretagne, d'autres comme victorieux et comme ayant tué douze cenis hommes. L'armée française n'avait pas grande cohésion et se plaignait d'être insuffisamment payée. Bien des gens d'armes la quittaient, sans congé, en invoquant leurs affaires personnelles et l'expiration du temps légal de service de ban et arrière-ban. Un gentilhomme , Jean d'Auxi ou Daussy, dont on connaissait les attaches avec la Maison d'Orléans, donna le signal de la désertion'.
Malgré les instances réitérées et très vives du gouvernement, La Trémoïlle resta donc l'arme au bras, à l'entrée de la Bretagne, attendant l'heure où son armée serait au grand complet et posséderait en abondance de l'artillerie et des provisions ; il se borna à déblayer les environs ; il prit le petit bourg de Marcillé, défendu par trois cents Bretons, et en rasa les fortifications. En dépit de tout ce qu'il savait de la faiblesse des forces bretonnes, il laissa, sans s'émouvoir, Rohan capi-
1) Correspondance tle Charles VIII .
2) LeUre du 19 mars (Ms. de Saint-Pétersbonrjr, f® 8.")!.
tiilcr Cl n entama la campagne que le 18 avril, jour où il parut sons les murs do ChAteaubriant.
Lo 18 mars, le gouvernement breton avait donné ordre à ses milices de se réunir dans c^tte dernière ville. La lenteur des Bretons qui répondaient h l'appel, le voisinage do l'armée de la Trémoïlle obligèrent de modifier Tordre, et de désigner, le 2 avril, Montforl-sur-Meu comme point de. réunion. Lescun, avec douze cents hommes, resta seul à Chàteaubriant pour soutenir le premier choc, mais les seigneurs breton?, réunis à Nantes, lui donnèrent leur parole d*honneur de prendre à revers l'armée française, le cinquième jour de Finvestissement prévu. Le duc de Bretagne se laissait encore, chose incroyable, amuser par des négociations avec Charles YIII, dont un envoyé officiel se trouvait près de lui à Nantes * ; Louis d'Orléans s'était établi à Rennes, où il avait amené Champéroux et ses autres prisonniers*; il centralisait tout, activant les préparatifs avec la plus grande ardeur, réclamant les milices, pourvoyant Chàteaubriant des approvisonnements nécessaires. A la première nouvelle du mouvement de l'armée royale, il écrivit dos lettres désespérées, pour réclamer la levée immédiate de tout homme en état de porter une arme ou un bâton; le roi, disait-il avec vérité, veut conquérir le duché «etdestruiro M. nostre cousin le duc et mes cousines ses filles... A cestc foys, gist le recouvrement ou perdition du pays ' >». La
1) Dupuy.
2) Ms. de Saint-Pétersbourg, p. 85.
3) Preuves de l'Histoire de Bretagne, t. III, c. 585. Le ms. fr. 25541, f'"' 57, 58, contient un Mt^moire des lettres escrittes par le duc d^Orléans aux villes, baillis et rapitaines (le Normandie^ note manuscrite, sans date, d'après laquelle le duo d'Orléans aurait adressé des lettres à vingt et une villes, sept baillis, six capitaines de places, aux capitaines ou lieutenantscommandants (les compa^^nies d'ordonnance (P'oix, Clèves, Guise, Urfé, Beaumont-Polignac, Du Moulin, La Palisse, bailli de Caux), et aux capitaines des gens de pied et de rarrière-ban. Le titre manuscrit (plus récent) attribue ces lettres à l'année 1488. Si rette indication est exacte, Louis d'Orléans aurait tenté alors les derniers elîorts pour soulever la Normandie.
TrémoïUe, grâce à uae artillerie incomparable, pressa rudement Châteaubriant ; en trois jours, il ouvrit une large brèche, où Ton put combattre corps à corps. Lescun,qui commandait, devait et voulait tenir ; mais ses Bretons indisciplinés se mutinèrent, selon l'usage. Il ne put qu'obtenir, avec beaucoup de peine, une capitulation honorable, moyennant Tabandon de son artillerie, la remise de huit otages, et la garantie de la restitution des prisonniers de Vannes; le roi donna ordre de raser les fortifications de Châteaubriant ^ Sur ces entrefaites, le sire d'Albret, venant de Bilbao, débarqua en Bretagne, avec un corps important de Navarrais et d'Espagnols. L'espoir des Bretons se ranima *. Le roi s'était rendu à Angers ' après avoir soigneusement fait purger cette ville delout ce qu'elle renfermait d'éléments bretons ^ Lescun, alors à Angers avec d'autres officiers bretons, affectait beaucoup d'entrain, et jurait, dans ses lettres au duc d'Orléans, de se trouver à «c la bataille» : les lettres étaient interceptées ^ Le 14 mai, l'armée bretonne n'avait encore pu se réunir : le duc se vit obligé de lancer un nouveau mandement. Les Etats mirent à sa disposition quelque finance ; le camp breton s'établit à Blain. Cette faible démonstration suffit à faire reculer La Trémoïlle, qui s'entoura de retranchements ; cette fois, les railleries et même les reproches de la Cour ne manquèrent pas ; La Trémoïlle ne s'en émut point et attendit imperturba-
1) Corresp, de Charles YÏU.
2) Les Français arrêtèrent un courrier de Tévôque de Léon qui annonçait renvoi d*un contingent allemand , et qui portait « des nouvelles du païs de Flandre » à MM. d'Orléans et de Dunois (Porlef. Fontanieu 146, p, 183).
3) Le duc de Bourbon étant mort le !•' avril 1488, M. et M™« de Beaujeu devinrent duc et duchesse de Bourbon. Pierre prêta hommage au roi le 29 avril (P. 139 : Vrocéd, politiq,, p. 1138 et s.).
4)Marchegay, Notices et pièces historiques^ p. 313 et s.; Notices et documents historiques, (1857), p. 444, 445. Les portes d*Angers étaient rigoureusement closes.
5) Corresp, de Chartes VIII, p. 68.
blemcnt d'importants renforts de gens d'armes et de francsarchers dont il exigea Tenvoi. En les lui adressant, le roi renouv(»la Tordre formel de marcher. La TrémoïUe grossit la garnison de Dol et se livra à quelques marches dans la direction de Fougères; puis, tout à coup, se dérobant, il tomba comme la foudre sur Ancenis avec son artillerie: au bout de quatre jours de forte canonnade, la garnison, n'ayant plus une casemate intacte, capitula(19mai). Les fortifications furent rasées ^ La prudente lenteur de La TrémoïUe avait eu rinconvénient de laisser la question bretonne prendre au dehors une certaine gravité. Ce n'est pas que la France redoutât TËspagne, qui paraissait s*engager avec d'Albret, ni Tarcbiduc, plus que jamais occupé par les Gantois, mais on pouvait craindre une intervention anglaise ; Topinion publique, dans toute l'Angleterre, éclamait avec force celte intervention et, seul, Henri VII, circonvenu par des conseillers à la solde de la France et par les lettres alTectueuses de Charles VIII, s'y opposait. Charles VIII protestait de son désir de la paix; il alla jusqu*à proposera Henri VII de reprendre le rôle de médiateur. Henri accepta. 11 ne pouvait pas moins faire, il était débordé : le propre oncle de la reine, lord Scalles, malgré la défense du roi, venait, avec Taide du gouvernement breton, d'organiser une expédition de sept cents hommes, qui débarqua à Sainl-Malo dans les derniers jours de mai. II est vrai qu'Henri VII désavoua hautement et officiellement Texpédition^ et que le vicomte d'Aunay, avec la garnison laissée à Dol par La TrémoïUe, surprit la troupe anglaise dans une embuscade et en tua une bonne partie ; néanmoins, l'arrivée de soldats anglais à Rennes produisit un grand effet : la rumeur publique exagérait leur nombre et il semblait que la puissance anglaise allait de nouveau s'ébranler ^ Le sire de Laval se hâta d'en référer au roi.
1) Dupuy : Jaligny : Correap, de Charles VIII.
2) Vitré, 29 mai (Ms. de Saint-Pétersbourg, fo 243).
VAUy était fort nombreuse et comprenait des éléments assez variés : les personnages importants du gouvernement breton, le prince d'Orange, Dunois, Lescun, Coetmen: quatre commissaires du duc d'Orléans, Denis Le Mercier, Gilbert Bertrand, Jean Boutet, Guillaume de Soupplainville : deux serviteurs du sire d'Albret, Regnauld de Saint-Chamand et Geoffroy de Saint-Martin: sept Bretons *. Les ambassadeurs trouvèrent le roi on bonnes dispositions. Ils ne se présentèrent pas comme des vaincus : ils demandaient la restitution des places bretonnes, et même la réparation de certains dommages. La Cour s'arrêta d'autant moins à de pareilles propositions, qu'elle no recherchait pas bien sincèrement la paix. Dans sa correspondance avec La TrémoîUe, Graville s'en exprime franchement et parle de toutes les négociations comme d*an leurre *, d'une comédie, destinée à fournir au Conseil royal d'Angleterre le moyen d*apaiser l'opinion anglaise, en lui montrant l'impossibilité de la paix et l'agonie de la Bretagne. Les amis du sire d'Albret comprirent bientôt, et éprouvèrent une légitime indignation. Le 22 juin, les Rohan ayant envoyé à Nantes un trompette pour parler à Tévêque, le prince d'Orange reçut ce trompette et le chassa'. Le prince se rendit à Vannes, avec le sire d'Albret et le maréchal de Rieux, pour concentrer les troupes convoquées aux environs. Le maréchal de Rieux se flatta même, à l'ombre de la trêve, de reprendre Touffou. Mais tous ses mouvements étaient épiés, La TrémoîUe les connaissait sur l'heure *. Les États de Bretagne votèrent encore un fouage, écrasant, de 63 sous par feu et un emprunt
1) Corresp. de Charles VIIL p. 241.
2) Ofilcielloment le roi écrivait que c'était la Bretagne qui refusait la paix (Correspondance^ publiée par M. He la Borderie, III.)
3) Ms. (le Saint-Péterbourg, f" 108, Lettre du maréchal de Rieux à M. de Montafilant et à Olivier de Coetraen, du 18 juin (1488); fr. 20489, p. 70 (Fonds Bourré.)
4) Ms. (le Saint-Pétersbourg, r> 116 (Lettre de La Trémoille).
de 207,000 livres. Les négociations continuaient pourtant, conformément aux vœux de toute la Bretagneet du parti d'Orléans. La présence du sire d'AIbret compliquai! singulièrement les choses : dès la première heure, Alain s'était posé en maître et exigeait son mariage immédiat avec Anne ; en toute autre circonstance, on aurait souri de le voir acharné à la poursuite d'une *petite fille de onze ans, à qui sa vue faisait pousser les hauts cris. Bien que les nécessités de la guerre tinssent d*Albret éloigné et qu'il ne restât presque personne à Nantes, les amis du duc d'Orléans vivaient dans un état constant d*alertes. D'Albret possédait les scellés de toute la cour de Bretagne ; il n'y manquait que celui du duc d'Orléans : Dunois même avait donné sa signature, il la reprit par un subterfuge ; il la redemanda à M"' de Laval, sous prétexte de prendre modèle pour le scellé du duc d'Orléans qu'on réclamait, et ne la rendit pas*....
La Cour repoussait donc toute transaction. Un arrêt du parlement, du 23 mai 1488, venait de déclarer coupables du crime de lèse-majesté Coetmen, Dunois, Lescun, et les gentilshommes passés au service du duc d'Orléans, notamment le bailli de Montargis Guillaume de Soupplainville, Jean Boutet, Nicolas Péan, Jean de Louan, Robert de Framezelles... ; l'arrêt prononçait la confiscation de leurs biens *. Quant à Denis Le Mercier, c'était chose faite : sa maison de Paris n'existait plus et le roi avait donné ses biens à ce Louis Lucas, dont nous avons antérieurement mentionné le mariage scandaleux avec la fille du seigneur de Courcelles '.
D'Angers, le 7 juillet, le roi envoya au parlement Tordre de mettre Lucas en possession immédiate, malgré toutes oppositions *. Dans un sentiment analogue de colère et de
1) Alain Bouchard : N. Gilles.
2) Godefroy, p. 575 : le P. Anselme, III, 184 : ms. Dupuy 38, 147.
3) Voir ci-dessus» tome I, p. 334.
représailles, il datii du Verger, chàleau du maréchal de Gié, le 19 du même mois. Tordre de reprendre et de presser le proct»s de revendication intenté par le comte d'AngouIême au sire d'Albret pour le Périgord*. On ne comprend pas trop, dans ces conditions, comment Dunois, après l'expiration de la trêve, put encore rester à Angers avec Lescun et se leurrer de l'espoir d'une solution pacifique.
CharlesVlII refusa la prolongation d'armistice; le 12 juillet, La Trémoïlle parut avec l'armée royale et de nouveaux renforts devant Fougères, où s'était renfermée la fleur de la Bretagne.
La Trémoïlle se fiait surtout à une artillerie, que nous verrons plus tard, en Italie même, défier toute comparaison, il ne paraissait pas d'humeur à rivsquer une bataille en rase campagne. Au quartier général breton de Rennes, les avis étaient partagés. Si l'on en croit d'Argentré, Rieux sentait qu'une bataille perdue pouvait tout compromettre ; lui aussi, voyant le pays à bout de courage et de ressources, ne voulait rien risquer, il soutenait la nécessité d'une tactique expectanle, comme celhî que venaient de pratiquer en Artois, avec tant d'habileté^ les maréchaux des Quordes et de Gié : appuyé sur une place aussi forte que Fougères, on pouvait surveiller l'armée assaillante, la harceler par des surprises incessantes, gêner ses approvisionnements, gagner du temps, laisser ainsi se former la ligue de l'Angleterre, de l'Espagne, delà Lorraine et des Pays-Bas; en tout ras, on gagnerait l'hiver, et alors on s'abriterait dans des places fortes, pendant que l'armée royale se replierait nécessairement. Par malheur, l'état même du pays ne pernjeltait plus d'attendre. L'artillerie royale, dès le premier jour qu'elle tonua sur Fougères, en désempara tous les réduits. La Trémoïlle employa ses soldats à dériver le cours d'une petite rivière (jui traversait la ville. Ouverte de toutes parts, Fougères capitula^, le 19 juillet, avec les honneurs de la
guerre. A cette nouvelle, rémotion fut poignante dans le camp breton. Le duc d'Orléans et le maréchal de Rieux se portèrent sur Dinan et Dol; La Trémoïlle, toujours prudent, ne voulut point allendre leur choc et retira ses garnisons.
Le 24 juillet, toute l'armée bretonne se trouvait réunie à Andouillé.Ellene comprenaitquequalrecenls lances fournies, et huit cents chevaux allemands ; Tinfanlerie, bretonne, espagnole etnavarraise, comptait huit mille hommes, plus le contingent de trois cents fantassins anglais *. Elle avait, du reste, la plus belle et la plus martiale allure ; tous ces gens, d'origine si diverse, appelaient la bataille et semblaient résolus à vaincre ou à mourir. Mais une mésintelligence profonde régnait parmi leurs chefs. Alain d'Albret devenait le mauvais génie de la Bretagne.
Dans laQuit même du 24, une sorte de mutinerie, de prise d'armes, se produisit, « parles folles testes des Gascons «^ : Louis d'Orléans et le prince d'Orange, réveillés en sursaut, n'eurent que le temps de sauter sur leurs épées ; à l'instant, ils virent arriver d'Albretet Rieux, ils crurent à un complot et ne s'en cachèrent pas. Le lendemain 23, nouvelle et pénible altercation. Le samedi 26, la garnison de Fougères arriva, et Tarmée se trouva au complet. On se décida aussitôt à marcher sur Saint-Aubin-du-Cormier qu'occupaient les Français, etl'onalla camper le jour même à Orange. Le lendemain, 27, qui était un dimanche, l'armée bretonne s'arrêta, et se confessa, pour se préparer à la bataille. Cette halte donna encore naissance à de nouvelles difficultés. Des gens mal intentionnés, exploitant la présence de Dunoisà Angers, firent courir le bruit que les princes français gardaient de secrètes intelligences avec les chefs de l'armée française. Une partie de l'infanterie se mutina encore. Le duc d'Orléans et le prince d'Orange, excédés, pour
1) Nie. Gilles.
2) Nie. Gilles.
222 IfISTOIRK DE LOUIS XII
couper court à la crise, quittèrent tout commandement, et se mirent à pied avec les Allemands, en déclarant qu'ils se battraienlcomme desimpies fantassins. Le lundi 28juillet, Tarmée se mit en ordre de combat : Rieux commandait Tavant-garde, d'Albret le gros de Tarmée, Châteaubriant, gendre de Rieux et ami de d'Albret, Tarrière-garde. Pour en imposer aux Français, ils placèrent les soldats anglais en avant, et même ils donnèrent le costume anglais à dix-sept cents Bretons*. En arrivant sur un sommet, près d'un rocher appelé le « Rocher Tiolet », les Bretons aperçurent brusquement, entre deux bois, Tarmée française, qui s'avançait sans défiance, en simple ordre de marche, par files. La Trémoïlle la commandait, précédé d'Adrien de THospital à Tavant-garde, et suivi du maréchal de Baudricourt à l'arrière-garde. L'armée française n'élait pas sensiblement supérieure à Tarmée bretonne relie complait quinze mille hommes, dont sept mille Suisses*. Le maréchal de Rieux et Claude de Monfort, lieutenants du prince d'Orange, voulurent, en l'apercevant, tomber droit sur elle ; ils étaient sûrs de la surprendre et de la rompre. Lo sire d'Albret ne partagea pas cet avis, il s'arrêta au conlrairo, et passa près de deux heures à rallier son armée, à la diviser on deux ailes, commandées par Rieux et par lui, à placer sur les côtés l'artillerie et les bagages, et à renvoyer en arrière le sire de Châteaubriant avec une réserve. La Trémoïlle, surpris, envoya deux détachements de cavalerie, sous les ordres de Gabriel de Montfaucon et de Jacques Galiot, éclairer la situation : d'après leur|rapport, pendant que ses cavaliers couvraient son front et se battaient déjà contre des coureurs bretons au bord du ruisseau de Riquelon, il disposa son armée on bataille derrière ce ruisseau. Au lieu de s'affaiblir
1) Dijpuy. On répaïulait le bruit que les Bretons élaipol sept contre un! {Chronvjiin ik Blaye^ dans les Archives historiques de la Gironde^ t. XIII,
2) Revue de Bretagne et Vendée y 1877, p. 330 et suiv.
par une réserve, comme d'Albrel, il chercha à tirer parti de tous ses hommes, à profiter de son artillerie et do la supériorité de sa cavalerie.
Rieux, à la tête de Taile droite bretonne, ouvrit le feu par une charge extrêmement vigoureuse sur Taile gauche française. Les Français plient sous le choc, et reculent. Mais lord Scalles, Claude de Montfort tombent. L'artillerie française foudroie rinfanlerie allemande : les Allemands, décimés, font un mouvement qui les sépare de Tarmée bretonne. Aussitôt, Jacques Galiot se précipite dans cette trouée, avec six cents chevaux. -Il tombe mortellement frappé... La charge pénètre comme un coin dans Tarmée bretonne, culbute sa faible cavalerie, ses bagages et jusqu'à son arrière-garde. Les Bretons, ainsi pris de deux côtés, perdent contenance ; leur dépôt de poudre saute ; le sauve-qui-peut se dessine et devient, en un instant, général. Rieux, lui-même, entraîné par la déroute, court jusqu'à Dinan : d'Albret fuit. La lutte se change en un horrible massacre. Le fils aine du vicomte de Rohan^ dont le père combattait dans Tarmée française, trouve la mort dans les rangs bretons. Les Français ne font aucun quartier à tout ce qui porte la croix rouge d'Angleterre. L'armée bretonne laisse six mille hommes sur le champ de bataille, l'armée française quatorze cents seulement.
Quant au duc d'Orléans et au prince d'Orange, au milieu de lansquenets et des débris de Tarméc bretonne, ils faisaient des prodiges de valeur et luttaient l'arme au poing, avec une extrême bravoure ; peu à peu ils reculèrent jusqu'à un taillis, où ils se cantonnèrent. Quand il ne resta plus qu'à se rendre, le prince d'Orange déchira sa croix noire et se jeta par terre entre les morts, pour essayer de se dissimuler, mais un archer français, qui avait autrefois servi dans sa compagnie, le reconnut et le sauva, sans nul doute, eu le faisant prisonnier. Des Suisses réussirent à s'emparer de Louis d'Orléans qu'ils
22 i HISTOIRE DE LOUIS Xll
saisirenlavec beaucoupdo peine, Tépécàla main ; exalté: pareille résistance, ils s'apprêtaient à le tuer, quand qu hommes d'armes français intervinrent, repoussèrent I rhjîrs. se saisirent du prisonnier et Tun d'eux se chargea défendre. Lessoidats allemands, que les deuxprincesanii de leur bravoure, firent seuls bonne contenance jusqu au et la plupart sauvèrent vaillamment leurs vies. Quant kï bretonne, si ferme au début, elle semblait anéantie. Les p virent sous leurs yeux massacrer des files de Bretons a[ comme un troupeau de moutons... La bataille s*était fio bonne heure. L'armée française passa le reste de la jo sur le champ de bataille *.
La grande nouvelle parvint au roi avec une extrême ra et, le lendemain 29 juillet, des avis enthousiastes partait chîlleau du Verger dans toutes les directions. Le gouverna lit rhanler un Tf* Ih'tfm à Notre-Dame de Paris, et céléb victoire par des feux de joie et des processions '.
Les chevalitîps français rendirent, du reste, un hom
unanime à la bravoure du duc d'Orléans, pris « Tép
poinq:, le visage à Tennemi, avec grand danger et ho
* immortel de prouesse » ^, et à la vaillance de ses lansqu<
I Oa otlVit à ces braves gtms de servir dans Tarmée fran
I ce (ju*ils acr(*plèrenl *.
I (Juoi(jue l'armée royale eût perdu dans cette « malhei
et diverse journée » d'excellents officiers, notamment Ja Galiot ^ ses pertes passèrent presque inaperçues dans thousiasmc de la victoire. L'on exagérait môme les rési
1) Nicolo Gillos ox^ollont rocit d»^ la balaiile) : Jali^ny : Mi M. df» la Bonierie, Curnspondauce i1^ Charles YHI, leUre IV el Êclai nu m s.