‹ Histoire de Loius XII (volume 2)Chapitre 17 sur 24 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LE DUC d'ORLÉANS A LA COUR

En déclarant faire grâce à Louis d'Orléans par un acte de sa volonté spontanée, le roi écartait les noms irritants de Jeanne de France et de M"' de Bourbon. Une ordonnance rendue à Tours, le jour même de la sortie de prison de Louis, trahit certains accords préalables, certaines garanties, auxquelles le roi fait allusion en ces termes : « Advertiz du bon et entier vouloir, amour, et affection, que nostredit frère et cousin a envers nous, et du grant et singulier désir qu'il a de nous faire service, desirans se tenir près de nous pour nous servir de luy en plus grans et especiaulx afferes... » La procédure de lèse-majesté n avait pas continué ; le roi n'avait donc qu'à lever le séquestre des biens du duc d'Orléans, et à déclarer « son frère et cousin en sa bonne grâce, parfaite amour et dilection.» Ainsi, Louis avait donné sa parole de rester beau-frère du roi, de demeurer près de lui jusqu'à nouvel ordre, de le servir loyalement. L'ordonnance porte la signature, en première ligne, du duc d'Alençon, puis du comte de Montpensier, refroidi à l'égard de M. et M""* de Bourbon par de graves questions d'intérêt ; des sires de Foix et de Candalle, du sire d'Albrel, fort en faveur,depuis que, furieux de l'échec de ses projets d'hy menée, il avait trahi la duchesse

2i0 HISTOIRE DK LOL-IS.XII

de Bretagne et vendu Nantes à deniers comptants < ; du maréchal de Gié, toujours politique et conciliant; enfin, d'hommes tels que du Bouchage, Miolans, Etienne de Vesc, courtisans avant tout, et partisans des projets do Charles YIII sur ritalie, projets qui rendaient la liberté du duc d*Orléans nécessaire. L'amiral de Graville, quoique opposé au nouveau courant d^idées dont témoignent les noms qui précëdeat, signa lui-même *.

Louis resta au Plessis-les-Tours près du roi et reprit possession de ses domaines '. Il était bien changé, grâce aux leçons de Texpéricnce et aux conseils de Georges d'Amboise, et il trouvait tout bien changé. Depuis la guerre de Bretagne, Charles VIII avait conquis sa liberté : Tenfant

i) Saint-Gelais le vanlc dans le Séjour d'honneur^ publié à ce moment. En janvier 1491, il avait vendu Nantes moyennant 110.000 écus comptant, 25.000 livres de renie, la capitainerie de Biyonne, 24.000 liv. de pension à ses enfants, et la garantie de la possession paisible de la seigneurie d'A^esnes (Clément Simon, Alain 'fAlhret et la sticce$3ion de Bretagne, p. 30). Les 1 10.000 liv. furent réglées par à-comptes dans l'année : 74.000 étaient payées Itî 10 juillet U91 (fr. 26102, n" 679): Avesnes fut restitué à son fils le 24 sept. 1 i93 (K. SU, 2. Cf. Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations, 11, 19, 87, n. 2). Son serviteur, Gencien de Marcillac, s' de la Boîsseou de la Bouesse, reçut exactement, depuis lors, une pension de 300 liv. « pour service... fait, rie la priiise et reddicion des v'IIe et chastel de Nantes » {TU, Marcilluc, 4). Alain d'Albret était en procès pour le comté de Périgord avec le comte d'Angoulé T : depuis nombre d^années, le roi laissait traîner ou faisait reprendre ce procès, selon qu'il désirait ou non être désagréable à Tune ou l'autre des parties (X'* 9319, 86, 114, 137, 138, 124, 126, 128, 38, 52, 60...).

2) Quoi qu'en dise Saint-Gelais. V. Procéd, polUiq., p. 673 et suiv.

3) Louis était à Orléans en janvier 1492, à Paris en février. Il se trouvait à Paris le 5 juillet, et se retrouve à Rouen au mois d'août, notamment le 12 août. 11 est ta Orléans en décembre 1492, à Paris en janvier et février 1493 et le 5 mars, à Ctiauny le 8 avril, puis à Compiègne, à Sentis au mois de mai, à Paris en juillet, à Orléans le 28 août, à Blois en septembre, au Plessis-les-Tours le 17 septembre, le 3 octobre et le 5 novembre, à Amboise le 9 décembre, à Blois en décembre, à Amboise le 6 janvier 1494, au Plessisles-Tours le 22 janvier, à Mal un le 24 mars (Cartulaire du comté de Blois, 224,219 V", 220 V î\ 2:30 v : Bibl. de Blois, n<»« 1541, 1550 : fr. 26103, 969 : Tit. Orlénns, XIII, 911,913; 906, 908,909, 912:fr. 10237, 172: fr. 25- 717, 146 : P. 1395>,c. 152: Ordonnances, XX, 377, 413, 427).

L£ DUC d'oRLKANS â LA COUR 241

avait fail place à une sorte de jeune paladin, rêvant d'expéditions extraordinaires, rebelle à toute espèce de conseils. Au plus fort de la guerre de Bretagne, le roi, grisé de ses succès, s'était laissé séduire par des appels partis de Rome, par le mirage de la couronne impériale. L'Italie et, derrière elle, rOrient, l'attiraient, le fascinaient; il devait naturellement compter sur le concours du duc d'Orléans, pour des projets de ce genre. Louis d'Orléans passait pour entreprenant et chevaleresque : on ne pouvait plus redouter son influence en Bretagne, où son parti n'existait plus. Ceux de ses gentilshommes qui y étaient restés, s'étaient vus en proie aux soupçons les plus outrageants : Dunois avait fini par les donner en otages à Ricux, comme garantie de la restitution de la jeune duchesse. Un de ces otages, Jean de Louan, eut le courage d'écrire à Dunois de ne pas se préoccuper d'eux et de garder l'enfant pour leur maître *. Dunois pourtant s'exécuta, et ainsi finit, en 1489, le parti d'Orléans. Depuis lors, la mort de Lescun, survenue en avril 1490, la détention du duc d'Orléans, la retraite du prince d'Orange et de d'Albret avaient modifié complètement la situation ; depuis le mois de décembre 1490, la jeune duchesse, mariée par procureur à Maximilien, était devenue une princesse allemande : tous les actes de Bretagne se passaient au nom de «Maximilien et Anne, roi et reine des Romains, duc et duchesse de Bretagne » . II devenait urgent d'en finir, et Louis d*Orléans était trop bon patriote pour ne pas y travailler volontiers de toutes ses forces.

On peut dire qu'en fait Charles VIII avait pris possession du duché ; il était solennellement entré dans la capitale, à Nantes, avec une magnifique escorte de princes et de pensionnaires, au son des flûtes et des tabourins, aux acclama-

1) Dupuy, II, 172

lions el à la liesse de toute la population, clergé, peuple e bourgeoisie : rien ne manquait à la fête, ni le dais habituel d drap d'or, ni les tapisseries dans les rues, ni les table dressées et le vin prêt à couler '. 11 ne restait à prendre qui Rennes, et cependant on se trouvait encore loin du but L*argcnt manquait au trésor royal, malgré des tailles énormes et répétées '. Il /allait interdire Texportation des blés à L^ Rochelle ', échelonner des troupes du fond de la Bretagne aux frontières de Picardie et de Bourgogne. On venait encore de lever des gens de pied, mais ces gens réclamaient leur paie d'avance pour marcher *, et les finances ordinaires et extraordinaires ne suffisaient plus *.

A rintérieur, l'opinion publique ne se montrait même pas favorable à l'annexion violente de la Bretagne. En dépit du soin, pris par Louis XI, d'acquérir les droits de la Maison de Blois, la magistrature française, dans son intégrité scrupuleuse, n'admettait point la réalité de ces droits, encore moina

\r 1) Fr. 2.4()5>, f- 143.

^j! 2] La taille ^'élait élevée, en 1489, à 2,400,000 fr. On avait reculé les

;j pensions, coiilraclé des emprunts, obligé les provinces à fournir et équipée

t un liomme par quatre-vingts feux (fr.25716, n«* 79, 82, 83, 100 ; fr, 20638,

;1 3) Fr. 20615,33; ordre du 27 juillet 1491.

4) En 1190, nous trouvons des garnisons suisses, môme dans leBas-Poi«

^ ton ; 131 Suisses à Saint-liilaire, 223 à Clisson; en 1491, 174 Suisses el

190 lances à Vitré, 209 Suisses à la Roche-sur- Yon, 189 à Pont-de-Scées, 79 lances à Redon, 505 lances à Assigny, près de Rennes. Des renforts

^' arrivent de tontes parts ; 273 lances nouvelles sont expédiées à Assigny ;

; ù Saint-Auhin-du-Gormier se trouve réunie, le 3 septembre, une armée d(

w^ 1,819 lances, en grande partie suisses, nouvellement mises $us^ à qui on paie

un mois d'avance. 584 lances, de nouvelles troupes, paraissent aussi devani

Il Nanles. On enrôle des marins... (fr. 25781, f" 56, 59, 64, 65, 70 à 74, 78,

}• 5) Fr. 25717, n" 119. On voit, plus tard, les élusde Coutances el Garen-

lan écrire qu^» « les harnais de guerre du pays sont trop usés et ptrdus par la i;,nierre de Bretas^ne », les nobles du Quercy déclarer qu'ils ont perdu

î; en Bn'tagne Ions leurs chevaux et qu'on ne peut s'en procurer «ne pour or

:!i ne pour argi-nt » (fr. 25541, fo» 70, 61).

LK DUC d'oRLÉANS ▲ LA COUR 243

le droit de conquête. Déjà en 1488, après Saint-Aubin, lorsque la Bretagne se trouvait à la discrétion du roi, le conseil avait agité la question de mettre le siège devant Rennes et de conquérir le duché. Le chancelier Guillaume de Rochefort repoussa cette proposition en termes fort remarquables : a II faut, disait-il, examiner si les droits du roi sont fondés : conquérir le pays par le simple emploi de la force brutale serait le fait d*un tyran, et non Tacte d*un roi preux. Ce serait contrefaire Alexandre de Macédoine, Jules César et autres capitaines payens, qui vivaient sans foi et sans loi. Quelle que soit Tutililé de conquérir la Bretagne, on ne peut le faire contre le droit et la raison. Les ambassadeurs bretons demandent eux-mêmes Texamen des droits du roi : ils ont raison. Si les droits sont fondés, le roi traitera les Bretons comme des sujets; sinon, il s'exposerait à un échec irréparable * »... Ce grand langage, si digne d'un homme d'Etat, trouva de Técho, et le roi, sans déposer les armes, dut se préoccuper dès lors d'établir juridiquement ses droits. Il n'y réussit pas très bien ; le parlement de Paris persista à lui refuser, malgré ses instances, un avis favorable (septembre n88) *. Au point de vue extérieur, la situation ne présentait pas des côtés moins délicats. Les voisins de la France, ulcérés de ses succès, spéculaient sur ses embarras intérieurs. Dès le début de 1489, une triple alliance s'était conclue entre l'Angleterre, l'Espagne et la Maison d'Autriche, pour sauver à tout prix la Bretagne. Anne de Bourbon recourait à la diplomatie défensive, et ne trouvait rien de mieux, à la fin de mars 1489, que de renvoyer le prince d'Orange en Bretagne, comme son émissaire. Qu'allait faire

1) Al. Bouchard.

2) X*» 9319. 94: L.1 Flèche, 18 septembre (1488). Ordre de réunir les titres du roi : X*» 9323, !*• 67, 68 : le chancelier ayant fjiit assembler des a gens notables et.des plus anciens de la cour », pour débattre les droits du roi sur la Bretagne, le parlement, à qui le roi demande son avis, se borne à déclarer « qu*il a tout remis au chancelier » (20 et 24 septembre).

2ii HISTOIRE DE LODIS Xll

le prince' 7 II allait préparer les voies à un mariage entre 1er lui-même et l«i jeune duchesse. Sans doute, Charles VIII ava déjà une fiancée, Marguerite d'Autriche, placée près de Ii par Louis XI, qui, dans sa prévoyance, comptait ainsi répare TefTet d'une conduite impolitiqne envers la Bourgogne. Hais puisque le roi vivait en état de guerre ouverte avec son futu beau-père, les vues de Louis XI perdaient leur intérêt, e Anne de France parut, un moment, accepter la maindeCathc rine d'Aragon pour son frère *. En réalité, on pensait depni longtemps à Anne de Bretagne' : un conseiller fort écouté à 1 cour, François de Paule, s'exprimait ouvertement dans ( sens \ La rumeur se fit jour, au point que la jeune Margaeri voulait absolument suivre le roi en Bretagne ^, et ce bn n'avait pas peu contribué à aigrir le débat avec Louis d'( léans. Depuis lors, pendant les négociations, mêlées guerres, qui occupèrent les années 1489 et 1490, et qui abc tirent au traité de paix apparente de Francfort et au projet conférences d'Avignon, les alliés ne manquèrent point d'im ter sur deux points essentiels ; examen des droits du roi la Bretagne ; libération du duc d'Orléans. Sur ces deux poii

1) C'est le prince qui, le 7 avril 1489, avait écrit au roi et à la reine d 1 pagne un engagement formel de ne pas marier Anne sans leurconsenten " (U de Lincy, Vie (VAnne de B., III, 70).

2) Bergen rolh, Calendar of Lclters.,. rclaling to the négociations betu England and >pain, prcserved in the Archives of SimancaSf I, LX.

3) Le vicomte de Kohan l'écrit même en toutes lettres au roi (Preuvei Dom Morice, III, 630. — Cf. le Mémoire d'Adam Fumée en 1486, cité pr demmenl). Louis de Laval écrivait à Charles VIII {Autogr. de Sainl-Pét bourg, LXXI, 8o9 : copie, fr. n. acq. 1232, f<» 196) : « ... Sire, je ne suis des plus jeunes de voslre pais, ni de ceulx qui ont moins veu de choses suis tenu loyaumenl vous conseiller. Mais, sire, croyez que, si vous ne pn

i en voslre main le duché de Bretaigne el luy tenir en marriant la fille aiî

^ en la maison de celiuy que chascun congnoist avoir le meilleur droit, el

recompenser ainsi que vous pouvez bien faire, vous serez très mal cons

et engendrerez aullrement guerre perpétuelle en France et en Bretaign Ji 4) Procéd. de canonisation, Libellus,

V 5) Journal de Poulquard, cité par Pélicier, p. 163.

lii:

ils comptaient trouver, en France même, un écho. Le traité de Francfort (juillet 1489) stipula formellement que le roi ferait connaître les motifs de la détention du duc d'Orléans \ et qu'on y aviserait*. L'ambassade impériale envoyée à Tours, en juin 1490% insistait aussi sur cette clause, sans provoquer, d'ailleurs, de réponse précise, et elle exploitait le silence du roi dans un sens désavantageux. Le pape même, chose plus grave, appuyait les démarches *. En 1491 , l'horizon se chargeait de points noirs. L'Angleterre, l'Autriche, l'Espagne, fortement alliées, menaçaient positivement la France : le duc de Milan venait d'accéder à une coalition, qu'il jugeait puissante ^. On niait ouvertement les droits de la France sur la Bretagne ; on accusait Charles VIII d'abuser de la force * ; on multipliait les efforts près du pape pour l'entraindr, lui aussi, dans la lutte ^..

Les choses prenant cette tournure et le duc d'Orléans ne pouvant plus rien espérer en Bretagne, le roi n'avait aucun motif de retenir en prison un prince, dont le concours semblait utile dans les questions bretonnes et indispensable dans les questions d'Italie, ne fût-ce que pour tenir en respect le duc de Milan et procurer à Asti un point de ralliement dont on ne pouvait se passer.

Toutefois, Louis d'Orléans, bien conseillé par Georges d'Amboise, son libérateur, ne rapportait pas à la cour les ardeurs

1) Dupuy, II, p. 186: Laurentii Vallensis Historiarum Ferdinandi Régis Aragoniœ, lib. III, p. 58.

2) Rapport d'A. Flores, cité par Pélicier, p. 169.

3) Dupuy, II, 172.

4) Rawdon Brown, Cafendar of State papers and m, rel. to english affaires preserved in the Archives of Venicet I, 192 : Instruction à l'ambassade dirigée par Rabot, en novembre 1491 (V. plus loin).

5) Rymer, V, p. IV, p. 15, 17, 25.

7) Fr. 15870, n« i. Le roi avait pourtant fait mine de justifier de ses droits (X«»9320, 79,0rdre d'extraire l'arrêt du 7 septembre i441,en faveur de Charles de Blois, pour le produire à Avignon, conformément au traité de Francfort).

et les inconséquences du temps où il suivait les avis de Jean de Lonan et autres écervelés. Sans doute, il entendait payer sa delte de gratitude par le plus loyal appui ; mais les allures déraisonnables, les fantaisies, l'esprit volontaire, les projets immenses du jeune roi Témurent, et son premier acte fui de se rapprocher de M. et M"« de Bourbon aussi formellement que possible : le 4 septembre 1491 *, il signa avec Pierre de Bourbon une ligue étroite pour le service du roi, ligue à laquelle accédèrent les personnages avisés qui venaient de la négocier, Dunois, le maréchal de Baudricourt, LiOuis d'Amboise, évèque d*Albi, et son frère Georges, les sires de Miolans, Dumas de Tlsle, du Bouchage^ Etienne de Vesc, en un mot le nouveau monde politique '.

Fidèle à sa parole et à son désir de tout effacer, Louis donna l'exemple de Toubli '. Nous le voyons remettre au premier président du parlement, ce même Jean de la Vacquerie, qui, jadis, Tavait si froidement reçu, un droit de lods et ventes, et Denis Le Mercier fait exécuter cette décision *. Louis retrouve à la cour ses cousins, Engilbert de Clèves et Philippe deClèves, seigneur de Ravenslein , restés au service du roi*; Engilbert venait même de se rattacher à la cour par son mariage, le 23 février 1490, avec Charlotte de Vendôme*. Nous voyons aussi le beau-frère de Louis, Jean de Foix, qui n*avait pas

1) Le 5, mourut à FontevraulL la sœur dévouée de Louis, Tabbesse Anne. Un tombeau lui fut érigé en 1498.

2) Godefroy, 616-617 : Ln Mure, Hist, des ducs de Bourbon, Ul, 215 (sous la date de 1489).

3) Plusieurs letlrps au parlement attestent son inîîuence(X'*9320,7,8,10).

4) 13 et 16 octobre 1492 : fr. 26183, 856, 857.

5) C'est Philippe qui, en 148S, tenait la France au courant des affaires du roi des Romains (Portef. Fonlanieu, 147-148). Le roi lui donne 8,000 \W. le 5 mû 1491, 3,000 liv. le 11 juillet 1491 {TU. Clèves, 14, 15, 16, 17). 1^ 28 janvier 1492, il lui envoie à L*Kcluse une gratification de 5,000 iiv. (jW., 18).

6) Ms. Dupuy, 570, p. xlii.

SQÎvî la même voie, rentrer en pleine faveur et prendre désormais nçe large part aux bienfaits royaux \ En revanche, le 1*' septembre 1491, Louis d'Orléans contresigne, en conseil du roi, l'ordonnance instituant le vicomte de Rohan lieutenant général du roi en Bretagne V

A sa sortie de prison, le duc d'Orléans reçut une pension de 10,000 livres^ ; si on ne lui rendit pas la lieutenance générale de rile-de-France, on lui donna en échange une charge presque aussi importante, qui lui convenait à merveille, le gouvernement de Normandie, le premier poste administralif de France à cause du voisinage de l'Anglelerre et de la richesse du pays. Louis devait y trouver deux appuis fidèles, qui lui manquèrent presque aussitôt : Dunois, Tâme de son parti, mort subitement le 25 novembre 1491 \ au milieu des événements que nous allons raconter (Louis d'Orléans reçut du roi la garde de ses trois enfants, François, Louis et Anne, et, par conséquent, la jouissance de leurs biens') ; le duc d'Alençon, mort aussi peu après, le 1^' novembre 1492 (sa veuve, Marguerite de Lorraine, reçut du roi, le 5 novembre, la garde deses enfants •).

1) Tit.Foix, 210, 211 ; don de 1,000 fr., et franchise pour 4,000 tonneaux de blés extraits des quatre gcnéralit<^s.

2) Dom Morice, Preuves, III, c. 705.

3j Sur laquelle il toucha 5,000 livres dès le 17 et le 31 juillet 1491 (fr. 20379, p. 58).

4) Il existe de Dunois un reçu de pension de 2,000 liv., sous la date du 18 mai 1495 ; la sifsrnalure est contrefaite (Clairamb. 1122, 72).

5) Tours, 2 déc. 1491 (K. 74, 32»); par lettre de Melun, 24 mars 1493, Louis d*Orléans reconnaît avoir reçu, en vertu de cette p^^rdp, la haule juslice, le tiers et danger des bois de Tancarville, comme les avait le s' de Tancarville avant le comte de Dunois (fr. 10237, 172). Le roi donna à Agnès, comtesse de Dunois, 3,000 liv. pour payer les obsèques de son mari (fr. 20379, p. 144). Le duc d'Orléans lui abandonna annuellement la gabelle de Châleaudun (Tit. Orléans, XIII, 906, 909, 912, 948, 954. Cf. id., 907). Le roi lui permit, par patentes du 10 nov. 1492, de relever les fortincations de Parthenay (Port. Fontanieu).

6) Fr. 10237, 180 : Ms. Dupuy, 84. -— Inscription tumulaire dans les M(*m. de la Soc, des Antiquaires de Normandie, t. X, p. 328.

248 HISTOIRB DB LOUIS Xlt

Par cette politique de générosité mémorable, Charles VIII, victorieux, se rattacha pour jamais ses anciens adver^res.

La seule grosse difficulté, pour Louis, c*était la reprise des rapports avec sa femme. . Malgré sa bonté native et les nécessités des circonstances, il ne pouvait se faire à l'idée de devoirà Jeanne de France sa libération ' ; la femme du sire de Valao, Elisabeth Fricon, attachée au service de Jeanne, en causant un jouravec Louis^ effleura cette question : « Madame Jeanne était si bonne que ses juières, bien certainement, avaient préservé le duc du mal. »Louis branla la tète, et se contenta de faire la grimace ^ Cependant, il se conduisit convenablement, mèmcà l'égard de Jeanne. On le vit plusieurs fois près d*elle àTours.à Amboise, à Blois, à la Madeleine-les-Orléans, ailleurs encore'. Unjourmème,leduc,s'étant rendu de Paris à Etampes, envoya un exprès chercher Jeanne à Chàteauneuf-sur- Loire : la bonne Jeanne accourutaussitôt et resta chez son mari plusieurs jours. Quelque temps après, Louis dut s*exécuter d'une manière publique. Jamais, il n'avait consenti à l'entrée solennelle de Jeanne à Orléans comme duchesse : plus de quinze ans après son mariage, il lui fallut accomplir, ou du moins laisser accomplir celto formalité officielle, qui consacrait leur union. Il se contenta, d'ailleurs, d'envoyer 500 livres, pour en solder les frais. Jeanne de France accomplit son entrée avec une certaine pompe : vêtue d'une robe de drap d'or, on la porta, en raison de ses infirmités, dans une litière *, tendue également de drap d'or. Le chancelier du duc la précédait : quatre chambellans, placés autour d'elle en guise des quatre barons

1) Jeanne de France^ p. 229.

2) Procès de divorce^ Héposition H'Élis. Fricon.

3) Il achète à Roland Brahainpf, chapelier, huit chapeaux noirs pour ses pages et ceux de la duchesse (Joursanv.^ 642).

4) Sa santé était de plus en plus faif>le. En 14f91, elle écrit à sa sœur : n Je vous remercie de vostre lictière, de laquelle je me suis bien trouvée >» (Bibl. de l'Institut, ms. Godefroy 291, fo 16).

LE DIX d'oRLÉANS A LA COUR 249

réglementaires, tenaient les quatre coins du drap, pendant que quatre citoyens d'Orléans, des plus notables, portaient le dais sur sa tète. Jeanne reçut un très bon accueil, tant du clergé que des bourgeois et bonnes gens de la ville. On lui fit fête : la ville lui offrit 2,000 livres en vaisselle d'argent *.

Louis, jusqu'à son départ pour Tltalie, continua ainsi à se laisser voir de temps en temps avec elle. Quant au reste, il n'éprouvait aucune répugnance à servir Charles VIII.

Pour en finir avec la Bretagne, où Rennes ne pouvait pas opposer une défense bien sérieuse, il fallait agir adroitement et rapidement. Le 5 octobre 1491, sur la demande du roi, la chancellerie des « roi et reine des Romains, duc et duchesse de Bretagne » expédia un sauf-conduit pour deux ambassadeurs français, Tévèque d'Albi et du Bouchage, avec soixante chevaux ^ Ce déploiement inusité de force, cet appareil si militaire pour une mission pacifique sentait assez fort la conquête. Une légende, accréditée lorsdecette ambassade etrépandue par les amis de Maximilicn, assure que le roi offrait à la duchesse Anne 100,000 livres de rente, un séjour en Bretagne, et le choix entre trois maris, MM. do Ligny, de Nemours ou d'Angoulême ; mais qu'Anne protestait, qu'elle réclamait Maximilien, ou,entoutcas;unroi ou fils de roi. On se persuade difficilement que le gouvernement français voulût respecter la Bretagne au profit des Luxembourg ou des Armagnac, ces puissances dont Louis XI n'était venu àbout qu'à coups de hache. Le comte de Ligny était un homme avec lequel il eût fallu trop compter, le duc de Nemours une sorte d'écervelé sur lequel on n'aurait pas pu assez compter : quant au comte d'Angoulême, sa qualité d'homme marié, prêt à devenir père ', nous dispense d'insister. Il est plus probable que, sous le

i) Jeanne fie France, p. 229-230.

2) B. de Mandrot, Ymheri de BtUarnay , p. 175.

3) Marguerite d'Angoulême naquit Je 12 avril 1492.

couvert de ces faux bruits, les plénipolentiaires français tâlèrent le terrain au profit du roi *, et que, ne trouvant pas d'écho, ils n'insistèrent point. La jeune Anne avait seulement quatorze ans, et son intelligence était moyenne. Rien ne la préparait à la candidature de son adversaire. Dans son innocence, elle se savait mariée à Maximilien, elle ne croyait pas possible de songer à un autre. D'ailleurs, elle n'était entourée, conseillée et défendue que par des Allemands, sous la haute surveillance de Tenvoyé impérial, maréchal de Polhaim. On alla donc au plus pressé ; dans le traité conclu à Laval^ le 15 novembre 4491, Charles VIII et Anne s'engagèrent à faire juger leurs droits par une commission de douze arbitres. En attendant, la ville de Rennes devait être remise aux ducs d'Orléans et de Bourbon, et administrée en leur nom par le prince d'Orange, qui la rendrait à qui de droit. La duchesse licencierait immédiatement ses troupes allemandes, et ne conserverait que quatre cents hommes pour sa garde : elle recevrait du roi jusqu'à nouvel ordre une pension de 120,000 livres, et pourrait se retirer chez son mari avec les honneurs de la guerre '. Le roi ne tenait qu'au licenciement immédiat et amiable dos Allemands. Comme ces gens réclamaient pour partir leurs soldes arriérées, il les fit réunir à Montfort-sur-Meu^ pour leur distribuer, de ses propres deniers^ 120,000 livres, et les expédia.

Charles VIII se considérait comme tellement maître du pays que, dès le 27 octobre, il convoqua à Vannes les États de Bretagne, pour leur demander des subsides '. Les États se ■^ . *

1) Dans les inslruclions données à une ambassade qui arriva le 1( novembre 14^1 à Rome, sous la direction de Jean Rabot, le roi se défend de vouloir la guerre. Il veut la paix, dit-il. On parle fort étrangement, selon lui, du duché de Bretagne ; il se déclare prél à justifier de ses droits et demande qu'on en fasse autant (fr. 15870, n» 1).

2) Preuves de i'Hisr. iie Bretagne, 111, 707.

3) Dupujr.

réunirent, et, plutôt que de payer ces subsides, réclamèrent le mariage de leur duchesse avec le roi. Au surplus, Louis d'Orléans, arrivé à Rennes, se chargea de décider la duchesse, avec Taide de Dunois, du prince d*Orange, du maréchal de Rieux et de la comtesse de Laval. On fit expliquer à Tenfant par son confesseur que son mariage avec Maximilien n'était pas un vrai mariage ' ; bref, le duc rapporta au roi une réponse affirmative '.

Le roi partît, aussitôt, avec une compagnie de cent lances et de cinquante archers ', pourvoir sa fiancée. Il entra dans une chapelle de pèlerinage, à la porte de Rennes, puis il eut une longue audience de la jeune duches?e. Trois jours après, Anne et Charles VIII étaient fiancés secrètement, en présence du duc d'Orléans, de M»»' de Bourbon, du prince d'Orange, de Dunois et du chancelier breton Philippe de Montauban. La nouvelle des fiançailles se répandit sur l'heure. Qui fut étonné ? l'ambassadeur impérial, paraît-il. Il venait précisément d'obtenir de la chancellerie bretonne un mémorandum officiel, plein de récriminations^ qu'il allait envoyer à la France * : il protesta contre l'entrée du roi ; il n'en pouvait, dit-on, croire ses oreilles *. On poussa l'ironie jusqu'à l'inviter à la noce . Mais il quitta Rennes. Le roi était si tranquille que, lui aussi, s'en alla, après la rédaction du contrat, et s'en vint au Plessisles-Tours attendre sa femme...

Le duc d'Orléans Ty suivit, s'installa à Tours, et, pendant

1) Dupuy. Par ses femmes, qu'on avait soudoyées, selon A. le Forron.

2) Une tapisserie contemporaine représente Louis rrOrléans demandant la main de la duchesse Anne; elle est déposée au Musée de Tours. Cf. Catalogue descriptif des armures,., de la collection de If. Ernest de Roziére, Paris, 1860, 8».

3) On ne s'explique pas bien comment, sur la foi de Molinet, on a pu traiter de secrète une démarche ainsi faite, puisque le roi était certainement suivi, y compris sa cour, de cinq cents personnes.

4) L. de Lincy, Vie d^Anne de Bretagne, I, 75 note.

5) Dupuy.

tout le mois de décembre, il y tint table ouverte en grande liesse, malgré la mort de Dunois. Il eut pour commensaux les plus habiluels MM. de Foix, d'Angoulème, d'Alençon, de Lautrec, de Clérieux, de Vendôme, d'Avaugour, de Roussy, et divers gentilshommes de Thôlel. Nous possédons encore les menus de ces festins, qui semblent comme la revanche du brouet noir de Guérin; le 1" décembre, par exemple, pour recevoir MM. d'Avaugour, de Roussy et de Lautrec, onn*achela pas moins de soixante-huit douzaines de pains, un demi-bœuf, dix-sept moulons, vingt-sept livres de lard, vingt-huit chapons, trois perdrix, quatre lapins, quatre bécasses, dix pluviers, deux sarcelles, un faisan, deux oies, deux eschinées de porc, deux douzaines de merles, un quarteron d'œufs, et six livres de graisse ( la base essentielle de la cuisine à celte époque ). Les pâtés de service étaient au nombre de vingl-qualrc, les pâtés de coing au nombre de trois. Pour les sauces, on employait du verjus, du persil, des poireaux, des verdures diverses. Il y avait au râtelier trente-cinq chevaux, répartis entre les auberges deï Écu-de-France eide Saini-Pierre. Si l'on ajoute la fourrière, c'est-à-dire les dépenses de bois, de paille, etc., et Tentretien des lévriers, le prix d'un cierge de six livres, allumé en l'honneur de saint Eloi, dix sous donnés aux pauvres par l'aumônier, cette journée coûta 81 livres, sans compter les dons aux ménestrels, joueurs de guitare ou moines mendiants.

Le lendemain, vendredi 2 décembre, jour maigre, la dépense atteint 107 livres. Le dénombrement des poissons accumulés nous entraînerait trop loin ; deux grandes carpes et trente-huit belles carpes de service tiennent la place d'honneur ; puis viennent huit soles, un saumon, quatre raies, treize rougets, deux dorades, des pluies, brochets, merlues, lamproies, etc., tout cela fortement assaisonné de poivre, de poudre blanche, de girofle, de sucre... Le samedi, 3, jour maigre également,

LE DUC d'orléans A LA Goua 253

la dépense atteint 114 livres: il est vrai qu*une charge de poisson expédié de Rennes est arrivée gâlée. Le lundi, S, on mangea, entre autres choses, quatre cochons*. On voit par ces détails intimes que le duc d*Orléans prenait bravement son parti.

Le mardi 6 décembre, des Taube, le duc d'Orléans quitta le Plessis-les-Toursavec cinq chevaux, et se rendit à Langeais, pendant que ses bagages le suivaient par eau dans cinq coffres ' ; la jeune Anne de Bretagne était arrivée à Langeais ainsi que le roi : on signa le contrat, aux termes duquel Anne et le roi se transportaient réciproquement et pour toujours leurs droits sur la Bretagne : si le roi mourait le premier sans enfants, la reine s'engageait à n'épouser que son successeur ou le plus proche héritier du trône ; son douaire devait être pareil à celui de Charlotte de Savoie *. La jeune reine était une petite fille à lamine éveillée, bien faite, agréable, malgré une légère claudication. Elle avait employé les quelques jours qui séparèrent les fiançailles du mariage, à commander de superbes toilettes. Toute sa suite était habillée de velours fin ; elle-même, voyageant dans une litière magnifique, portait une

robe évaluée à plus de 60,000 francs de notre monnaie actuelle. Ses historiens estiment à 126,000 francs sa robe de noces : une robe de drap d*or, chargée d'or en bosse, et fourrée de martre zibeline *.

Son mari, malgré ses vingt ans, son activité, son esprit chevaleresque, ne payait pas de mine. Petit, grêle, avec une grosse tête à traits accentués, son tempérament, fort médiocre de naissance, était ravagé par de précoces désordres. Il ne man-

1) TU. Orléans, XIII, 876, 877, 878, 879 el suiv.

2) m, Orléans, XIII, 880.

3) Preuves de VHist. de Bretagne^ III, c. 585-586 : Commines, édition Godefroy, t. V, p. 455.

4) M. de la Borderie, Revue des provinces de VOuest, juillet 1854 : L. de Liocy, Vie d'Anne de Bretagne ^ 1, 86.

25 i HISTOIRE DE LOUIS XIT

quait pas do gens pour prédire que le roi ne vivrait pas loi temps. Le duc d*Orléans signa le premier au contrat, pi vinrent le duc de Bourbon, les comtes de Foix et de Vendôn le chancelier G. de Rochefort, Tévèque d'Âlbi Louis d*Amboij le prince d^Orange, Philippe deMontauban, le sire de Guéméi: le grand maître breton Coetquen. Après la signature, le roi la reine passèrent dans la grande salle du château de Langeai où Tévèque d'Albi leur donna une sorte de dispense, et 1 maria. Jean deRély, confesseur du roi, dit la messe '.Ensui on s*cn vint dîner; la cour soupa et coucha à Langeais.! duc reçut à sa table, le soir, MM. d'Alençon et de Foix, et i bon nombre de gentilshommes '. Le lendemain, lacourrevi au Plessis-les-Tours ; et, ce jour-là même, le roi donna à^ jeune femme 2,120 livres pour payer et renvoyer en AUemagi sa garde personnelle de cent vingt Allemands ' ; il y ajou { ,500 livres pour une dette arriérée et 2,000 « pour aiïair qu'il ne veut nommer » *. Le duc d'Orléans ne revint àTou que le 8 décembre. 11 y resta gaîment * jusqu*au 22 décembn il alla au Plessis-les-Tours passer, avec le ménage royal, 1< J fôtos de Noël et finir le mois ; le 31 décembre, on se rendit

;j; Aniboise pour le jour de Tan. Le duc d'Orléans termina cet

année mémorable par un souper, auquel assistèrent MM. d'Aï goulême, de Foix, de Nevers, le maréchal de Bourgogne divers gentilshommes ^

Les comptes du duc, au mois de décembre 1491, nous pe:

i mettent de lixer les dépenses annuelles de son maître d'hAte

j :. Du 1*"' au 13, le duc nourrit toute sa maison : la dépens

1) Durn Morice : Dupuy.

2) TH. Orléans, XIII, 880.

3) Leur capitaine depuis 1489, Louis de Menlhon, seigneur de Lorna resta toutefois au service de la reine comme écuyer [TiL Menthon, 6).

,r: 4) Ms. Clairamb., 307, fo 110 v^

\f 5) Godefroy, p. 95.

6) TU, Orléans, XIII, 881-904. Le duc fit renvoyer à Blois sa batterie t cuisine.

—fi

moyenne atteint 87 livres par jour. Le 13, « la despence de bouche des chambellans, gentilshommes de la maison et autres a esté rompue » et convertie en argent : les dépenses en nature ne s'élèvent plus qu'à 36 livres par jour, mais, en somme, le chiffre total demeure le même, ce qui permet d'évaluer à 30,000 livres par an le pied nouveau de sa maison. Le service des gages, trimestriellement soldé par un conseiller de la Chambre aux deniers ducale, s'élevait, de son côté, pour le dernier trimestre ou quartier de 1491, à 4,374 livres payées « au bureau », soit à 17,486 livres par an\ Un certain nombre d'officiers recevaient, en outre, une distribution de sel en nature ( deux minots chacun ) *. Les menues dépenses, aumônes^ dons etc., subissaient naturellement de grandes variations : le compte du 1" quartier de 1494 les porte à 4,730 livres, soit, en chiffres ronds, à 15,000 livres par an, ce qui ferait monter le chiffre des dépenses à plus de 60^000 liv. par an, sans comprendre les comptes spéciaux et importants do draperie, pelleterie ou fourrures, d^argenterie, et les charges proprement dites, telles que la rente due par le duc à sa sœur atnée. Si à l'évaluation des revenus ducaux, que nous avons donnée précédemment, on ajoute 44,000 livres de pension, on verra que les recettes et les dépenses s'équilibrent avec peine. Cependant les dépenses ne firent que s'accroître les années suivantes'.

1) TU. Orléans, XIII, 905.

2) V. not. TU. Orléans, XIII, 911.

3) En mars 1492, le duc donna, eu outre, une indemnité extraordinaire à tout son personnel, de 3 sous par jour aux gens inférieurs, de 5 sous aux couêlUleurSj archers et autres, de 4 sous aux ofGciers secondaires (fauconniers, coureurs, etc.), de 6 sous aux gentilshommes. Framezelles, du Coudray, Vatan, de Brosse, Gilb. Bertrand, G. des Ormes, Fr. deOuierlay, Louis de Hédouville, Jean Guibé, Nicolas de Louan, Ch. de Rochechouart, etc., reçoivent ces 6 sous (fr. 26103, n» 778). En revanche, il paraîtrait que, par une ordonnance du mois de novembre 1492, contresignée de l'archevéque de Narbonne, il aurait réduit les gages de plusieurs ofûciers d*Asti (Moreau, 406, 171 v»).

La brusque nouvelle du mariage du roi suscitait un

lion universelle et des sentiments bien divers. Le roi

de faire écrire partout; il «inonda» de lettres explica

France et Tétranger, il envoya à l'Empereur une ami

spéciale. Le jour même de son mariage, le 6 décembn

il fit adresser par Pierre d'Urfé à rUniversité de Par

très longue lettre pour déduire les motifs politiques

événement et en expliquer la forme, assurément ini

Il y avait lieu de se scandaliser de voir le roi de France

pourvu d'une femme que, depuis dix ans, on élevait à ses c

s'en aller, brusquement, sans formalités, sans cérémonie

avis préalable, loin de toute ville, au fond d'un donjc

province, en épouser une autre, à la sourdine ; on pouv

demander si ces procédés ne dissimulaient pas quelque

de tête de jeune homme, quelque amourette peut-èti

grave celle-là, puisqu'elle touchait aux traditions <

monarchie. D'Urfé, au nom du roi, proteste énergique

contre cette impression, déjà répandue :

« Monsieur le recteur et messieurs les docteurs et m( i de la noble université de Paris, comme chargié de j

Roy, vous fais savoir aulcunes choses, pour vous advei

donner a entendre le mariage fait entre nostredil seignc

^- la ducesse de Brelaigne. Duquel mariage vrayement je a]

l pour cuidans la chose soudainement avoir esté faicte, par

j'' mené le Roy a Rennes et luy avoir fait veyr ladite dw

1) Lesjeune^:gensT^étaientllnisqllepa^fIes fiançailles, elle contrai de n

liii-niéine prévoyait la rupture possible du lien, avant la consommai!

épousailles : mais, en fait, on trailait la jeune fille de reine. Charl<

lui-même, écrivant au roi d Angleterre, dit, à propos de la surpr

Saint-Omcr par les Anglais : « Geste muliere touche grandement no

S'. frère et beau-pere (Maximilien) et nous aussi, à cause du mariage de

!%' très chère et très amée corapaigne la royne» (Letters and papers \

W- of ihe reigns of Richard Ul and Henri VII, by J. Gairdner,

vl appendice B, p. 289). Anne de Bretagne ayant pris le titre de Reii

;q y Romains, Charles VIII épousait sa belle-mère.

lié; l>tC DORLBANS A LA COL'R 237

laquelle, en la convoîtani, Feust congneue, ainsi que jesnes gens font legierement, fcrus du dart d'amours, quant voyent a leurs yeulx ung miroir quy bien leur plaist. Mais la chose n'est pas ainsy, comme vous poulpes plainement veyr et entendre seloncq la vérité que vous en cxposeray, remonstrant les causes et mouvemens quy ont causé ledit seigneur avoir

condescendu audit mariage»

Acetle époque, oùrondécouvrailpartoutdes indications surnaturelles, l'esprit public se frappait encore de voir le comte de DunoiSy agent et fauteur de ce mariage irrégulier, tomber mort de cheval, sur la route de Nantes à Tours, le 23 novembre 1491, en revenant de le conclure *.

Néanmoins, la raison et le loyalisme aidant, Timpression s'effaça vite. La jeune reine, entourée de grands honneurs sur tout son passage, reçut à Saint-Denis, le 8 février, la couronne royale, avec le cérémonial le plus imposant. L'honneur de la conduire revenait, selon Tusage, au duc d'Orléans. Anne de Bretagne pénétra donc dans la basilique, au bras du duc, la queue de sa longue traîne de satin blanc tenue par la duchesse Anne de Bourbon en grand costume de drap d'or. Le cortège offrait un aspect imposant*. Toutes les princesses portaient des chapeaux d'or, La reine prit place sur une estrade. Pendant la messe, Louis la mena à Xoffrande^ où elle remit du vin et de Tor ; pendant toute la cérémonie, il tint au-dessus de sa tète la lourde couronne de France '. Ensuite la reine,

i) Molinet. — Coraraines écrit : « Si lesdits mariages furent ainsi changés selon l'ordonnance de l'Église ou non, je m'en rapporte à ce qui en est, mais plusieurs docteurs en théologie m'onl dit que non et plusieurs m'ont dit que oui ; mnis quelque chose qu'il en soit, toutes ces dames ont eu quelque malheur en leurs enfants. »

2) Présents MM. d'Orléans, de Bourbon, d'Angoulême, de Foix, de Graville, d'Orange, de Monlpensier, Engilbert de Cléves, Louis de Luxembourg, etc., etc.

3) Saint-Geiais : Cérémonial françois ; L. de Lincy : Entrée d'Anne de Bretagne à Paris, par Jean Nicolaï {Bulletin de la Soc. de l'Histoire de France^ 1845-46, p. 111, 112).

suivie ile la cour, fit à Paris son entrée solennelle, au rail d'un concours immense*. Le 23 mars, le roi lui fit cadc d'une vaisselle d*or et d'argent*. Elle aimait le faste; elle tarda pas à goûter son opulence et sa fortune nouvelles'.

Hors de France, le mariage de Charles VIII fil pousser 1 hauts cris. Charles VIII. et ses jeunes conseillers, enragés leurs projets sur Tltalie, comme disait le maréchal de Gi( se pressèrent d'eiïacer à tout prix cette mauvaise impressio Le roi d'Espagne réclamait le Roussillon: Charles Ville la faiblesse de le lui abandonner par le traité de Barceloo malgré les réclamations des habitants de Perpignan q voulaient rester Français*.

Le roi d'Angleterre fit entendre les menaces les pi violentes; il rassembla le parlement^ réclama des subsides se déclara résolu à envahir la France.

Il ne négligeait pas non plus les petits moyens. II y avait Bretagne un certain nombre de gens, qui s'étaient fait trouble une carrière et que la paix allait laisser sans empi Dès le mois de décembre 1491, Henri VII accepta les servi d'un de ces hommes, nommé Pennée, qui se faisait fort, ] ses relations avec le capitaine de Brest, nommé Carreau, livrer la place de Brest et, par là, de donner aux .Anglais clef du pays. Il fallait un chef à la conjuration; on débauc aisément le vicomte de Rohan. Depuis le mariage d*Ânne Bretagne, Rohan, quoique lieutenant général du roi, art tait une hautaine mauvaise humeur '.Un personnage,

1; Jean Nico'ai : Le Céréinnnial franrois,

2) Fr. 20616, rjo U, Reçu, de Paris, 25 mars 1491, a. st. Cf. Inventi des joyaux... du château de Nantes, 12-13 avril 1491, n. acq. fr. 1 (pul)l. j»ar M de la Borilerie).

3) Un droit de joyeux avènement fut levé sur le royaume {Catalogue la v«Mile du 28 mai 1887, Eugène Charavay, n© 15, l»"^ février 1492).

4) Lettres au roi, fr. 25541, [^ 76, 83."

5) Il écrivait au roi les lettres les plus amères. Par une lettre, de

LE DUC d'oRLÉANS A LA COUR 259

décrié, ne pouvait plus gêner : on le destitua de ses fonctions, où il fut remplacé parle prince d^Orange. Rohan entra donc volontiers dans le complot, sur la promesse de devenir duc de Bretagne. Les conjurés s'entendirent aussi avec le sire de Romefort, Louis de Roban-Guém(!'né, qui promit de livrer Morlaix. — Chose bizarre, Tadminislration bretonne ne semblait occupée qu*à évincer partout les gens du parti français, le parti triomphant. L'Angleterre chercha à exploiter le mécontentement des évincés et leur intérêt : elle trouva quelque écho, et elle annonça, pourle 8 juin, un débarquement' coïncidant avec une brusque attaque sur Nantes et Saint-Malo. Pour donner du cœur et de Taudace aux conjures, le roi d'Angleterre fit, en attendant, croiser sa flotte dans les eaux armoricaines, où elle devait tenir la mer jusqu'à la Sainte-Catherine*.

Au mois de mai, les Anglais tentèrent même une descente à Penvénan, près Tréguier, d'où les gens du pays les repoussèrent*. Sur cet incident, Charles VIII lit appel aux Bretons; les Bretons répondirent froidement : ils en avaient assez delà guerre, et même, sur les côtes, la présence des soldats et leurs déprédations excitaient un sourd mécontentement \ Mais la garnison de Brest était en partie française et comprenait notamment la moitié de la compagnie d'Orléans*. Dès le mois de mai, le capitaine Carreau transmit conridenliellement au

e 4 juin de La Oarnache, il réclame 500 liv. « tic plat »>, qu'où lui aurait promises par mois (^u^o^. de Saint-Pétersbourg, n.a. f. 1232, f*» 210).

1) M. de la Borderie, Un complot bnton deMCCCCXCIl. Nantes, 1884, in-4.

2) Autog. de Saint-Pétersbourg, fo 254, lettre du 5 août.

3) La Borderie, p. XIX.

4) La Borderie, pièce XXXV] : Aiitog, de Saint-Pétersbourg, fo 252, lettre du 17 juillet.

5) Le 17 juillet, le prince d'Orange, venu inspecter Brest, trouve Carreau plein de zèle. La flotte française venait d'arriver en rade, après iiu brillant combat contre la (lotte espagnole; une Hotte anglaise de quarante-cinti navires croisait en mer (Autog, de Saint-Pétersbourg, f» 213). — Le duc d'Orléans, pour faire des économie.-*, avait licencié presque tous les liomincs qu'il était censé garder à Blois et, le roi les réclamant, il se trouva bors

2o0 HISTOIRE DE LOUIS XII

roi les ouvertures des conjurés, et reçut ses instructions p les postes*. Les Anglais ne se présentèrent pas au jour dit; contraire, le prince d'Orange réclama, le 29 juillet, u instruction judiciaire contre les fauteurs du complot', et a course marilimc contre les Anglais, afin de les dégoûter leurs entreprises*. Malgré les instances du prince, le roi voulut pas pousser plus loin Taffaire*. Henri VII essaya prendre sa revanche en débarquant à Calais,le 6 octobre, et meltant le siège devant Boulogne. Charles VIII, résolu à finir avec lui, lui offrit ce qu'il réclamait officiellement^ c'ei à-dire 600,000 livres qu'il disait dues par la Bretagne, et paix fut signée sur cette base*.

Quant aux Bretons, Charles VlIIleur donna satisfaction [ une ordonnance du 7 juillet 1492, qui réorganisait le duel en maintenant ses' coutumes et son administration locale, prince d'Orange, resté Tami intime de Louis d'Orléans *,re(; le 2 novembre 1492, à titre définitif, sa nomination de gou^

fl'ôtat (Je les fournir (Lettre de L. d'Orléans, du 30 juin; AiUog. de Sai IVtersbourg, n° 53, fo 261.)

1) Lettres du prince d'Orange du 30 mai et du 17 juillet (Autog, deSî Pelersbourg, f*»» 245, 252; lettre de Carreau, fr. 25541, P» 97).

2) Jnunanv., n*» 108.

:\^ Lt-llrc «Iii 5 août [Autog. de Saint-Pétersbourg, fo 254).

4i Le vicomte de Hohan conserva même sa compagnie de cent lai (fr. 261U3, 846). U roi lui donna 600 livres le 21 juin 1492 (ms, doni Morice, p. 303), et, en 1495, le nomma un des conservateurs de la de Senlis.

5) 6 d('c. 1492 (Clîampollion-Figeac, Letlres de rois.,,, II, 502). U d'Angleterre retint néanmoins à son service le procureur général de I tagne, Olivier Coi^tlogon, compromis dans la conspiration (id., p. 604 : Moroau, 708, p. 133, 107. 112. Cf. Rymer).

6) li était, aussi, proche parent et ami île la reine(V. nol. Sanuto, Di t. III, 3«6), et lié par ses intérêts à la Bretagne, où Anne lui avait d< Touffoii et Sucinio, et où Charles VIII lui donna le comté de Penlhièvi (in grand nombre de terre>(.\rch. du Doubs, E, 1212). Il recevait 24,00011 par an sur le domaine de Bretagne (Preuves de VHist. de Bretagne, 855). Kn mars 1492, le roi l'autorisa à exporter gratis deux mille cinq c tonneaux de blé (fr. 20379, p. 67).

LE DUC d'oRLÉANS A LA COUR 261

neur de Bretagne, bien due à la fermeté avec laquelle il venait d'arrêter un complot, un instant inquiétant par ses ramifications extérieures*.

Il ne restait plus qu'à s'entendre avec le roi des Romains, Maximilien, chose difficile, puisqu'on venait de lui prendre sa femme et d'infliger à sa fille une injure mortelle. Vainement Charles YIII essaya de le désarmer par une ambassade. Maximilien fulminait : que pouvait-il faire? réunir la diète à Augsbourg, demander de l'argent et des soldats? C'est ce qu'il fit, et sans résultat : ses embarras en Flandre le paralysaient. Il se donna du moins la satisfaction de parler. Il parut en Allemagne un pamphlet des plus violents, et évidemment de source officieuse, qui, après avoir rappelé en détail les événements des dernières années et dépeint, sous les plus noires couleurs, la perfidie de la France, concluait par un appel véhément à une prise d'armes. L'auteur protestait vivement contre Tenvoi de l'ambassade française; il en dénonçait le machiavélisme. Il attribuait à Charles VIII toute sorte de préparatifs contre l'Allemagne, l'envoi d'une armée contre la Gueldre,des négo-

1) Lettres de Charles VIII aux habitants de Troyes, le 12 mars 1492, pour appuyer les demandes verbales de ses envoyés, le 7 août pour leur demander des fusils, le 9 octobre pour leur enjoindre de payer une contribution extraordinaire de 3,000 livres (Stein, Ann, Bulletin de la Société de VHist. de France^ 188>, p. 203 et suiv.). Par patentes du 28 février et du 28 mars 1492, Charles VIII expose que la coalition de TAngleterre et du roi des Romains l'oblige à lever le ban et l'arrière-ban, et, en outre, vingt quatre mille hommes. La fin de la guerre de Bretagne a causé aussi dés dépenses énormes. Le budget est en déficit ; il faut au moins 800,000 livres pour mettre sus Tarmée pendant six mois. Le roi exposera sa personne et les princes du sang ; il impose d'offîce le royaume et demande à ses sujets M partie de leurs biens » (Ir. 25717, 122, 124). En 1493, on fait encore, contre les Anglais, des dépenses « merveilleuses »... (id., 145). On craignait une descente «n Guyenne. Au mois de mai 1492, le comte d'Angoulôme, lieutenant général du roi, fait inspecter, avec soin, les ports (fr. 20615,34). Il écrit au roi, le 27 mai, de La Rochelle, que le bruit continue d'une descente des Anglais et qu'il veille, avec vigilance, à la défense de la côte. A Bordeaux et à Bayonne, on signale, en mer, de grandes forces anglaises, et la peur est extrême {Autographes de Saint-Pétersbourg, I, 1, n*» 73 bis).

2f>2 HISTOIRR DE LOUIS XII

cialions avec ('lèves, une attaque contre le Luxembour, des menées à Metz... Quels exemples! disait-il, quelle fol (l'ambilionl Où allons-nous? Debout, César!

Dans son ardeur, le polémiste ne s'embarrassait même p de raccomplissemenl matériel du mariage de Charles VII Il représenlail Anne comme victime d'une tromperie de Charte qui lui aurait fait croire que Maximilien était empoisonné sur le point de mourir. Le mariage avec Maximilien était v lable : Taulre n'existait pas. Charles Vlll était un homme sai loi ni foi : il l'avait bien montré dans sa conduite envers Lou d'Orléans. A Francfort, il avait dû promettre, à la face ( l'Europe, de délivrer son cousin, et il venait à peine de 1 rendre la liberté*.

A ces violences de paroles, Charles VIII répondit par Tord au maréchal des Querdes de retourner en Picardie dès le mois < janvier 1492, avec pleins pouvoirs de lever des gens de pi< et d(» les commander en chef*. Le comte d'Angoulême par faire celle campagne avec des Querdes*.

La lutie se poursuivait aussi sur le terrain diplomatiqu L'Empereur et le roi des Romains envoyaient à Rome messag sur messages; ils faisaient, par l'entremise de divers cardinau les plus vives inslances pour que le pape refusât son approl tion au mariage de Charles VIII. Dans la hâte du mariag Charles VIII n'avait attendu ni dispenses de Rome, nidécisio quelconques : l'évêque d'Albi s'était borné à une procédu des plus sommaires, et encore plus irrégulière. Maximili< sonlenait donc, et non sans raison, au point de vue canoniqu la nullité du mariage de Charles VIII, et la validité de s< propre mariage.

1) Le Glay, ISégncia lions entre la France et CAutriche^ 1,1.

2) Fr. 25717,117. Le 17 février, iMonne 1,000 livres à la femme de Philip de Clèves, ami de la France et adversaire de Maximilien (iJ., 120) .

3) .lalig[)y.

LE DUC d'oRLÉANS A LA COUR 263

D autre pari, Charles VIII pressait vivement par sonambassadeur Villiers de la Groslaye la régularisation de l'affaire. Comme Innocent VIII avait hâte de voir le roi marcher contre Naples, on comptait sur lui : cependant le pape se faisait prier. « Le pape, écrivait au roi l'ambassadeur, est délibéré vous complaire en toutes choses, mais il se plaint que ne voulez rien faire pour luy ne pour ses parens qui sont voz serviteurs. » Innocent envoyait sa bénédiction au roi et àlareine : il l'envoya même trois fois de suite; il y joignait mille protestations ; on ne tirait de lui rien de plus précis que cette reconnaissance, bien indirecte, du mariage. Charles VllI finit par lui adresser une lettre comminatoire : il y joignit copie de la procuration de mariage du roi des Romains, dans laquelle les jurisconsultes français relevaient, eux aussi, des causes de nullité, & leurs yeux radicales. Le pape reçut fort aimablement la lettre, le 17 février 1492, se déclara « très joieux » de constater la nullité de la procuration allemande ; enfin, il promit à Tambassadeurde lui donner une dispense, dûment plombée, et antidatée, c'està-dire datée du .'S décembre précédent, veille du mariage, sous la condition expresse que le fait resterait « fort secret », à cause de l'opposition de Maximilien et d^un grand nombre de cardinaux. Puis la conversation s'engagea sur Naples, où Charles VIII devait payer la concession du pape *.

Il était temps de recevoir ces dispenses, car le bruit s'accréditait à Paris que le mariage du roi serait cassé. Ce bruit se répandit aussi en Bretagne et en Angleterre et favorisa Téclosion du complot dont nous venons de parler. Un ancien secrétaire du duc François II, Maur de Quènequevilly, breton pur, homme de confiance d'Anne de Bretagne ", de retour en Bretagne, disait à qui voulait l'entendre que le « roi français » lui avait proposé une ambassade à Rome pour traiter Taffaire

i) Dépêche de l'ambassadeur, 17 février : fr. 15541, f* 201. Cf. Delaborde, Hist. de rExpéditûm de Charlea VlII, p. ?22.

2) Procéd, politiq. du régne d^ Louis Xlly p. xciii.

(ie son mariage, mais qu'il avait refusé et qu'il avait préféi quilter Paris *. A Rome, aussi, ou se montrait fort scandalis du mariage de Charles VIII *, d'autant plus que, pour press< les dispenses el prévenir toute objection, Charles VIII ava annoncé, de Rennes^ à son ambassadeur près le Saint-Sièg( que le mariago était non seulement conclu, mais consommi Quoi qu*il en soil de la valeur de cette assertion, on parla couramment du rapt d'Anne de Bretagne, et même de se adultère, par allusion à son précédent mariage '. Après s'éti tant pressé, Charles VIII ne pouvait plus en avoir le dément Il oblint enKn un bref de dispenses, antidaté du 16 décembre et il dut sVn contenter '.

Il nous parait probable que, sous les auspices du duc d*0 léans, (Jiarles VIII, pour ne pas s'exposer au sort de Maxim lien, s'était, en elTetybien et duement marié de fait à Renne sans autre cérémonie qu'une bénédiction de iiançaille Ainsi s'expliquent l'intervention du confesseur d'Aime, les ii lances de son entourage, puis la tranquillité de Charles VI

i) Claudedt'Seyssel, lui-même, si porté à louer luul ce qui était coDlra aux vues <lo Louis Xf, trahit à ce sujet son sentiment intime. Charles VI «lil-il, « npudia » Marguerite, « qu'iceluy roy Charles avoitespouséeent aa>(e et leniie pour sa femme un bien long temps » (Jiist. singulière du f Louis Xl!y édil. 1587, p. 4).

2) Burrhard. Diavium, I, p. 4*36 et note. * Feria secunda,5 decembris (149 venerunl ad Urbem novitates ex curia Caroli octavi régis Francorum efiiscopudi Lornbarieiiseni et abbatem Sancti Antonii,oratore8Suos, ips regetn Krancie conlraxisse inalrimonium et illudcarnali copula consumma: c ini illuslrissima domina Anna, regina Romanorum et Britannie ducissa, ( prius, anlo arinum vel circa, malrimonium per verba de presenti cum iuv tissimo Maximiliano, Rotnanorum rege, contraxerat, quod fuerat eliam facie Kcclesie soîemnizatum. »

3) Preuves de l'Hist. de Bretagne, llf, c. 7\\. M. de Charrier préteadcep< dant qu'en 1493 Alexandre faisait encore des difficullés pour ces dispens

4) La question demeura très controversée entre les théologiens et juristes. Au xvii« siècle encore, Amelol de la Houssaye, dans le Disco placé en lèle de son recueil des Préliminaires des traitez (Pîiris,iQ-i2, 16! la déclare douteuse, et justifie Giiarles VIII par la raison d*État.

5) Ci-dessus, p. 256.

LE DUC d'oRLÉANS A LA COUR 265

s'en allant à Tours et sûr d'y voir arriver sa femme, Tahurissement de Tambassadeur impérial et son départ, enfin la célébration des noces à Langeais, sans le moindre apparat, presque honteusement, loin même du commun de la cour, qui était resté à Tours. De !à aussi, le scandale qui se produisit, même en France, et la lettre si explicite de Pierre d'Urfé \ Le roi espérait recevoir les dispenses requises avant la célébration du mariage, mais le pape abusa de la situation. Tout cela ne tira pas à conséquence, parce que Maximilien, le principal intéressé, se trouva hors d'état de réparer le fait accompli. Charles YIII essaya tout, d'ailleurs, pourle désarmer ; il entoura sa fille Marguerite de grands égards * et la fit reconduire à la frontière de la manière la plus convenable ^. Il rendit à Maximilien les deux belles provinces contestées qui devaient former la dot de Marguerite, l'Artois et la Bourgogne, malgré

1) Complot breton de MCCCCXCII, par M. de la Borderie, p. 29.

2) Il donna ordre exprès à M*^^ de Segré, première dame d'honneur de Marguerite, de continuer son service près d'elle et de ne le cesser qu'à la frontière. On était un peu embarrassé de Marguerite : on commença par l'envoyer au château de Blois, puis à Melun, à Amiens, d'où Ton espérait la rendre, enfin à Meaux. Marguerite était profondément blessée et se plaignait tout haut. Jean Le Maire de Belges, son écrivain, lui attribue ce mot: « Les vins sont verts, les serments n'ayant rien valu » {La couronne margarilique). M™® de Segré essayait de la consoler : m Madame, lui disait-elle, vous ne vous devez pas ennuyer ; vous estes fille d'u ng grant Roy et seurd'un grant prince ; vous ne pouvez faillir d'estre une grant princesse; puisque vous n'avez peu avoir le Roy, vous en aurez ung autre. Il est beaucoup d'autres roys. » L'irritation et la méfiance étaient telles de part et d'autre que ces mots, mal interprétés, donnèrent lieu à la rumeur qu'on voulait empoisouner Anne de Bretagne; et Charles VIII, quelque temps après, envoya à Marguerite elle-même un émissaire pour en avoir le cœur net (Procéd. politiq,f p. 100 et s., 113 et s.). Marguerite ne se consola jamais et, bien différente d'Anne de Bretagne, elle finit, à ce que rapporte Le Maire de Belges, par se composer cette épitaphe : « Gy gist Margot, la gentil'damoiselle, qu'ba deux maris et encorest pucelle. »Elle ne Tut rendue enfin qu'en 1493 à Valenciennes.

3) La reine Anne, elle-même, hii tit un cadeau de toilette et de bijoux L. de Lincy). Cr. fr. 25717, 146 : Pat. de Tours, le 17 septembre 1493, contresignées par le duc d'Orléans, Graville, Ligny, etc., ouvrant un crédit « pour renvoyer honnestement Marguerite. » Cf. Cherrier, 1, 249.

26r> HISTOIRE DE LOUIS XII

le vœu de ces provincos (de l' Artois, surtout ) * ; Maximiiier se résigna à ces conditions inespérées de paix : il ne sV résigna pourtant, malgré les efforts de Charles VIII % que lorsqui la reine eut un Tils. En 1493, quand elle allait franchir h frontière, Marguerite de Flandre disait encore à sa dami d'honneur : « Le Roy est marié, et la Reine a un enfant '. > Ce fils naquit le 10 octobre 1492 *, et on le baptisa trois jouri après dans la chapelle du Plessis-les-Tours. Le duc d^Orléans méritait bien Thonncur d'être le premier parrain, Pierre di Bourbon fut le second ; tous deux figurèrent on robe de dra[ d'or « moult riche >>. MM. de Nemours, de Foix, de Vendôme, rinfantde Foix portaient Taiguière, la salière, le bassin... et le prince d'Orange, en longue robe d*or, le dauphin lui-même; puis venaient M"*' d'Orléans^ de Bourbon, la reine de Sicile et la cour. Ce qui donnait à cette cérémonie une physionomie toute spéciale, c'était une escorte de cinq cents archen portant des torches: on eût dit un baptême militaire *. Un frère mineur, Jean Burgonsis, administra le sacrement, et présence du saint ermite, François de Paule, objet de la véné ration et de la dévotion universelles •. La France entière fêta

1) A son passage à Arnis, Marguerite fut reçue aux cris, français, de: Noelf Noël. Elle s'écria : « Ne criez pas NoeL mais Vive Bourgogne ! » (L< Glay, AV^orm/ions, II, i2o).

2) Autofi. rifi Sainl-IVtersbourg (n. a. fr. 1232, ^ 266 bis), leUre du comlf de Nassau, recommandant au roi de rendre, le plus tôt possible, Marguerite. Douai, 30 juin 1492.

3) Pmcéd. politiq.f p. 101. On prétendit que M™* de Segré lui répondit « L'on vous en deiTera bien », mais ce propos fut démenti par elle. La nais sance m^me du dauphin ne désarma pas la critique. La Bibliothèque d( Bourgogne, à Bruxelles, contient (n*» 11182) un libelle-chanson contr Charles VIII, où l'on traite son mariage d'illégitime et son fîls de bâtard dont il faut faire un évéqu •.

A) Le roi écrit, le jour même, aux gens des Comptes [Catalogue de Bure 1853, n' !82) : «Grâces a Dieu et N. D.,envyron quatre heures de matin, nostn trescbere et 1res amée compaigne la reyne est accouchée d'un beau 61z.... j

5) Oodefroy, Cérémonial françois, li, 138: Hfsf. de Charles VIII, 62* (lieg. de la Ch. des Comptes) : fr. 2834, f» 174.

6) La reine Anne lui témoignait la plus vive dévotion, et lui attribua 1

LE DUC d'oRLÉANS A LA^COUH 267

cet heureux événemenl *. Et comme le jeune roi ne se piquait point de marcher dans les sentiers battus, qu*il lui fallait partout des choses romanesques, il donna à son fils le nom de Charles-Orland. On pouvait maintenant penser à ritalie.

Il restait pourtant des germes de dissensions. L'amiral de Graville, qui, jusque-là^ tenait le haut bout dans le conseil du roi, ne vit peut-être pas sans dépit la lieutenance générale de Normandie passer aux mains de Louis d'Orléans ; en tout cas, il eut avec Louis une altercation violente. Amiral de France et grand seigneur normand, Graville jouissait d'une influence locale très considérable : il passait pour le palladium de la province. Vers le i*^'' janvier li92, les députés de Rouen, venus féliciter le duc d'Orléans de sa nomination, ne manquèrent pas de visiter Graville après le roi et le duc, et reçurent de lui aussi des lettres qu'ils lurent le 7 janvier à leurs commettants*.

Louis d'Orléans prit possession de son gouvernement après le mariage du roi ; dès le mois de mars 1492, nous le trouvons à Rouen \ Mais son faste, sa générosité n'effaçaient pas facilement, dans Tesprit pratique et économe du Normand, les souvenirs du passé. Vers le mois de mai 1492, un conflit se produisit dans une afl'aire banale, à propos de l'arrestation d'un ecclésiastique qui disputait une prébende à un autre : Tarrestation avait été opérée par ordre du parlement de Paris. La Normandie entière s'émut de ce petit fait, que le duc

naissance de son fils (Procès de caiiooisation, passim). Le 20 octobre 1492, Louis d'Orléans fait acheter par le sire de Sandricourl une belle mule, de dix écusd^or, pour Toffrir au « saint homme » (TU, Hédouville, 4i. Il s agit ici de François; cependant un des huissiers du roi s'appelait le saint h(mme. V. TU. Orléans XIIÎ, 929).

1) Paiement des fêtes de Nîmes, par Et. de Vesc, 20 février 1493(Portef. Fontanieu).

2) Perret, Notice.., sur L. Malet de GravUUy p. 148 et suiv.

3) 20 mars, perception de 4 minots de sel en franchise au grenier de Rouen, par les soins du maître d'hôtel Macé de Villebresme (TU. Villebresme, 97).

d'Orléans blâma vivement. L'amiral de Graville, loujoi amoureux de popularité, saisit Toccasioa de se mettre relief: il prit ouvertement l'affaire en main à lacour, ilécri en Normandie pour dire qu'on comptât sur lui, qu'il fer près du roi le nécessaire. Le parlement résista, de sorte q l'affaire s'envenima. Ce fut encore l'amiral qui reçut à Pa les députalions des Etats, qui les présenta au roi; bref, montra un zèle et un dévouement tels que les envoyés n( mands le proclamèrent « Père du païs ». Comme amiral comme capitaine de IlonQeur, le grand port militaire de Ne mandie, Graville commandait aussi les troupes et les maoŒ vres de mer : de là, de nouvelles sources de conflit, dont le d d'Orléans se plaignit fort, dans l'intérêt même de Tadministi tion du pays et de la sécurité des côtes.

Le rapport suivant, adressé au roi, le 9 juin 1492, fe mieux cormaître qu'aucun commentaire les préoccupations < duc d'Orléans :

(« Mon très redoublé et souverain seigneur, à vostre bon grâce me recommande tant et si 1res humblement que faire puis.Mons', si tostque fuz arrivé en ceste vostre ville de Roue je envoyé en toute diligence quérir mon lieutenant, leqi esloitalié mener des gens a Ilonnefleu pour armer voz navin ainsi que le visadmiral et ceulx qui en ont la charge 1 avoient faitscavoir.Et avoit mondit lieutenant menéavecqu luy le cappitaine Philippes du Moulin 'et sa compaignie, aussi ung nombre des miens et d'autres de voz ordonnant avecques des gens de pié tant que a gens d'armes n'a ten Mais quant vosdits gensdarmes ont esté la, ledit visadmii et ceulx qui ont la charge de la mer ont assemblé le cons des mariniers et ont trouvé que vostre navire n'estoit puisse de combatre le gros navire d'Angleterre. Et, pour descharg le peuple, ont renvoyé lesdits gens de guerre et mondit lieui

1) Philippe du Moulin, seigneur de Lassay, en Sologne.

LE DUC d'oRLÉA.NS à LA COUR 269

nant. Mons', je me suis enqueis a iceluy moa lieulenant s*il avoil point eu de nouvelles du demouranl de leur année et s'ilz faisoient nulz semblans de dessente. Il m'a respondu qu'il a fait ouyr ung marchant italien qui ne fait que venir d'Angleterre, en la présence du visadmiral et ceulx qui ont la charge de voz navires, lequel a respondu ce qui est contenu en sadeposicion, laquelle je vous envoyé. Et si vous plaist avoir ledit marchant, je levons envoyeray. Mons', je feray diligence d*en scavoirplusaulong et tousjours vous en advertiray, et, si parvient rien, je mecteray peine de vous servir le moins mal que je pourray. Si je voy que ce ne soit riens, je m'en retourneray incontinent devers vous.

« Mons% j'ai trouvé, par deçà, le peuple en grant desespoir pour la pillerie des gens d'armes, et m'en suis informé, mais j'ay trouvé que les graus plaintes sont venues des gens de pié, lesquelz on a fait aller et venir trois ou quatre foiz sans ce que besoing en feust. Et y a eu ung polit ordre jusques ycy. Mons', je y eusse pieça mis Tordre, mais je ne scay qui sont les commissaires ne les cappitaines qui en ont la charge, car rien ne s'en est adressé a moy, comme derrenierement que feuzpardeçale vous feis scavoir. Toutes foiz, Mons',j'ay envoyé de tous cousiez et espère y donner si bonne provision quevostre pouvre peuple y sera soulaigé, qui en a bon besoing. Aussi ay envoyé parlout pour faire serrer les gens d'armes et mectre en leurs garnisons.

«Mons', ceulx de ceste ville m'ont fai lune grant remonslrance de leur prisonnier qui est en la conciergerie, et m'ont prié vous en escripre. Si vous supplie, Mons', qu'i vous plaise y donner quelque provision, autrement aypaour qu'il en viengne quelque scandalle.

« Mon très redoublé et souverain seigneur, commandez moy tousjours voz bons plaisirs pour iceulx acomplir, o l'ayde du Créateur, qui vous doint très bonne vie et longue et Facom-

270 HISTillRK DK LOnS XII

plissement de voz très nobles désirs. Escript en voslre ville Rouen, le neufiesme jour de juing.

<« Vostre très humble et obaysant sugel et serviteur,

LoYS «. »

Le conflit de Graville avec le duc d'Orléans donna presq

à Tamiral lesallures de chef de parti, et menaça de troubler

concorde si péniblement acquise. De retour k Paris, le d

d'Orléans trouva la cour et, en premier lieu, M. et M"*

Bourbon, fort hostiles à toute intrigue. M. et M"° de Bourb

déploraient les idées du roi et redoutaient des malheurs. Te

H la doctrine de Louis XI, c'est-à-dire à la politique classiq

d'unifîcalion absolue et d'efforts sur les frontières du nord

de Test, ils considéraient les projets sur Tltalie comme

roman, comme une chimère très dangereuse, dont ils avaii

été heureux que le duc de Lorraine débarrassât la royau

Mais ils sentaient Tinutilité des raisonnements avec un jeu

emporté qui n'en écoutait aucun : non ponwU brachh

contra torrentem^ écrivait un ambassadeur; du moins ils v(

laiont cimenter fortement l'union autour du roi, pour qu'auci

difficulté inlérieure ne vînt aggraver les périls prévus. Au5

avec une admirable abnégation personnelle, loin dencoura<

Graville. ils le blûmèrenl. Ils firent plus : le 5 juillet 1492,

relue Anne, le duc d'Orléans, le duc et la duchesse de Bourb(

réunis secrètement à Paris par les soins du conseiller le p

inlluent du duc d'Orléans, Georges d'Amboise, archevêque

Narbonne, jurèrent entre ses mains, sur un morceau de lavr

croix et d'autres insignes reliques, « de bien etloyauments

virleRoy » et de s' «aimer, entretenir, favoriser, sousteni

i: supporter l'un l'autre comme soy mesme, » de prendn

t cœur réciproquenionl tous leurs intérêts comme des intéi

\\ personnels, et de toute leur force. »< Et pour ce qu'il peut es

), \) {Au dns) c( A mon 1res reJoubtti et souverain s«5^, Moris' le Roy, »

:> On^'. à la Bibliolh. Imp. de Saint-Pétersbourg. Autographes, {{), i, n'

(d'aprôs la copie de la Bibliothèque nationale do Paris).

qu'aucuns pourroient par cy après porter paroles et faire entreprises et pratiques de nous mettre en défiance et soupçon, malveillance et malcontentement les uns contre les autres, » au préjudice du but cherché, « et entre autres le seigneur de Graville, admirai de France », ils s'engageaient à se révéler les uns aux autres toute intrigue dans les vingt-quatre heures, et à « ne faire avec ledit admirai, procurer ou faire procurer aucune amitié ou intelligence ny a autre de par luy, sans le sceu, vouloir et consentement » de tous. Il s'agissait de défendre le roi contre ses propres irréflexions par une forte ligue. « Et en outre. Nous, ducs d'Orléans et de Bourbon, qui devons estre appelez aux affaires dudit seigneur et de son royaume, promettons et jurons, par le serment dessusdit, faire appeller Tun l'autre, ou gens pour nous, ausdites affaires. Et s'il advenoit que aucuns voulussent empescher que nous y trouvassions, que l'un n'y demeure sans Tautre, si n'est par le vouloir et consentement l'un de l'autre. »

Le serment se terminait par Textension de l'engagement à tous les serviteurs des parties '. Procès- verbal en fut dressé.

Ce pacte ruina l'influence de Graville, qui ne tarda pas à s'apercevoir combien il avait été joué par Georges d'Amboise. On continua pourtant à lui faire bonne mine :1e 14 septembre 1492, le roi l'honora encore d'un séjour au châleau de Malesherbes".

La jeune cour semblait, avant tout, ardente au plaisir. La reine était une personne fine, ambitieuse, et amoureuse, si jalouse de son mari qu'elle ne voulait pas le perdre de vue, même à la chasse, au point que, eu 1493, grosse de sept mois, elle expia son imprudence par une fausse-couche, au château de Courcelles, en Orléanais, chez les Lucas et les Brilhac '.

1) Godefroy, p. 626 : Ordonnances, XX, 335 : La Mure, III, 215 (sous la date du 4 sept. 1489).

2) Vente d'autographes du 28 mai 1887, Eugène Charavay, Catalogue, n' 56 (Mandement pour l'hommage de Louis de Luxembourg, c*® de Ligny).

3) Desjardins, Négociations (les ambassadeurs florentins, I, 245.

Il est probable que, quanta elle, elle espérait trouver dans une ligue avec MM. d'Orléans et de Bourbon un frein pour la conduite privée du roi plutôt que pour sa conduite politique. Elle exerçait, du reste, quelque influeuce sur Charles VIII; et Ton aurait pu croire qu*elle oubliait sa Bretagne, tant elle s'intitulait avec plaisir « Royne de France par la grâce de Dieu ' ». Mais elle n'oubliait rien ; en certains personnages de lacour, elle revoyait toujours l'ancien ennemi de son enfance : il lui fallut bien du temps et des services pour pardonner à Louis de la Trémoïlle la bataille de Saint-Aubin. Elle ne pardonna jamais aux Bretons passés au service de la France, comme le maréchal de Gié... Sous sa baguette dcfée,lecbàteau d'Amboise prit un air d'élégance et de somptuosité : des tapisseries représentant des suites d'histoires «, des verdures, avec des oiseaux ou des hommes sauvages, garnirent les murs; de grans tapis vé'/y/A' couvrirent les planchers. On renouvela la literie, le linge de table, la vaisselle d'argent pour la marquer à la devise du roi. Des tapissiers capitonnèrent les lits en damas gris et jaune, tendirent des pavillons, érigèrent de grands ciels de satin vert. Pour la réédification du château, Charles VIII établit sur le royaume une aide spéciale', et à son départ pour l'Italie, il laissa encore bien des mémoires impayés. La petite chapelle du château, ce bijou de sculpture, reçut aussi des tapisseries, dos tables d autel ^ en or, en argent, en soie, sur lesquelles on voyait la Passion, l'Annonciation, la vie de Notre-Dame*. La vieille demeure des d'Amboise et de Louis XI s'illumina d'un éclair de gatté. On s'amusa : Louis d'Orléans prit naturellement sa part des plaisirs. Les joueurs de luth et les ménestrels de la reine, ceux de Blois et de Bourges, reçoivent ses gratifications. Il

1) Fr. 20424, f» 3.

2) L. de Lincy, IV, 77 et suiv.

3) Fr. 25717, V-»' 130-131.

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