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concourut, comme habile jouteur, à Tentraînement chevaleresque, qui se développait d'une manière intense dans un milieu frivole, et qui allait produire des événements graves.
Avant d'entrer dans le détail de ces événements, il nous reste à dire que Louis d'Orléans, depuis sa sortie de prison jusqu'à son départ pour l'Italie, se consacra aussi à des œuvres sérieuses. Il s'occupe, avant tout, de mettre ordre à ses affaires. Il recevait 44,000 livres de pension*. Il n'oublia pas ses serviteurs si éprouvés, et rendit leur place à ceux que les commissaires royaux avaient écartés". Dès la fin de 1491, nous retrouvons sa maison au grand complet, avec quatorze chambellans, trois médecins, neuf gens d*église ou secrétaires, onze qtieuXj dix chantres même, comme aux plus beaux jours*, et la garde princière de vingt-quatre archers, sous le commandement de Gilbert Bertrand, seigneur de Lys-Saint-Georges*. Il institua bailli de Sezanne^le 8aoùt 1491, le lieutenant de sa compagnie, son chambellan Robert ou Robinet deFramezelles*. Au fidèle Cotereau, il donne une maison à Olivet*; il dispose aussi de bon nombre des terrains d'Orléans\ Le bâtard de Pons, Jean
1) Fr. 26103, 895: fr. 20379, p. 58,59, 60. Il avait, en outre, ses gages de capitaine (1200 liv.), fr. 20379, p. 58, 59.
2) Le Maire, Antiquitez de la ville dOrléans, p. 397.
3) TU, Orléans, XIII, 905 : chambellans : MM. de Maillé, de Boissy, de Montmorency, de Bresse, de Louan, du Couldray, Robinet de Framezelles, à 90 1. t., de Champdeniers, de Beauviliier, Guion de Sully, d'Estellain, G'. Bertrand, de Montagu, Noël Delian, à 60 1. ; 6 maîtres d'hôtels : G" des Ormes, Al. de Màtibayle à 90 l., H. de Grouches, An t. de Cugnac, G«* d'Auxi, Macé de Villebresme, à 60 1.
4) Orléans, XIII, 913.
5) TU. Framezelles, 4, 8.
6) KK. 897, 212 v*, 230 v*»; François Doulcet, seigneur de Beauregard (près Blois), reçoit du duc le droit de faire un colombier, moyennant le profit féodal d'un u espervier sor », 1494. Bibl. de Blois, nos 1550-51; Pat. du duc, Paris, 5 mars 1492-93, abandonnant les émoluments du tabellionage de Blois à Ant. de Cugnac et François de Guierlay. Louis donne une petite gra. tiflcation au Ois de son ancien précepteur Jean Thomas, mo^ts^er, pour Tentretenir « aux escolles t> {Tit, Orléans, XIII, 013.)
7) KK. 897, (224) pour Huguet Bergereau, (225) Jacques Antoine de Lorme ,
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dit Ruscigny, reçoit, dans celte réorganisation, le til ciiyer el de grand fauconnier, aux gages de 10 écus d* trimestre V La liquidation dupasse dura assez longt c'est le 19 mars 1493 seulement que le maréchal d comme exécuteur testamentaire de Marie de Clèves, au duc les bijoux de sa mère. A vrai dire, Tinvenfa ces joyaux ne ressemblait guère aux somptueux invei (le Vîilontine de Milan : pourtant on y trouvait encore qu belles pièces, notamment une grande croix, ornée de de rubis et de diamants, à laquelle pendait une grosse p( forme de perle*. Louis avait engagé ses biens pour livres*. 11 apura ses comptes arriérés et fit payer quelqu nues licites laissées en Bretagne*; il alla prendre possesj Cbauny'\ Dès le 25 octobre 1491, il ordonne à sa Chaml comptes d*aQnuler impitoyablement tous les dons de d< qu'il pourrait consentir*. Il ordonna aussi la révision ( maines de Normandie ' etia suspension de tous les dro sage dans les forets ducales, jusqu'à ce que les intéresî tifiassent de leurs droits».
Dans cette période, Louis d'Orléans se sert presque tammont, pour la rédaction de ses lettres, du secrétaire
Vincent Boiilart, (226) H^. de la Couste, seigneur de Chanleau, (22i Briçonnet, général des finances, (242) Guyot de Mareau, (223) OcU Bombelles, (228 vo) Jean Houdoyer, (229 v) Jean de la Primaudaye
1) m. Pons, 30, 31.
2) Procédures politiques du régne de Louis XII, p. 675-677. f 3) Prochiures politiques, interrogatoire du roi.
4) Tit, Orléans, XllI, 929, 908 ; Deniers paiez en argent. Nous plus loin qu'il en payait encore en i494. Il ne fit revenir qu'en i bagages restés à Nantes (Jeanne de France, p. 237.)
5) Fr. 26103, 909; Pat. de Chauny, 9 avril 1493. Dés le li juill il confirma dans ses fonctions Raoullequin de Milly, nommé pi Chauny [)ar sa mine (fr. 26102, 683).
6) Moreau, 405, 59 v".
7) Moreau, 312; 19 mai 1493. Commission à Jean Sermet et Gi Doulcet. Cf. des notes de procès pour le domaine, Orléans, XIII, 9li
8) Condition forestière de V Orléanais , p, 351.
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reau, parfois du secrétaire Hervoël. Dans son conseil, nous voyons siéger MM. de Maillé, de Dampierre, de Valan, de St-Germain (Gilles des Ormes), de Brosse, de Champdeniers, de Monlfort,deBombelles,JacquesHurault,lemaîtredes requêtes Pierre Nynart, le contrôleur Guillaume Doulcet*, Denis le Mercier, fort en faveur et chargé, outre les fonctions de chancelier, de celles de général des finances', enfin, toujours et surtout, Guyot Pot. qui continue, jusqu'à sa mort, survenue en 1495, à signer des quittances. En 1493 et 1495, Guyot Pot reçoit aussi le remboursement do la somme, jadis avancée par lui, àAlençon'. Depuis la sortie de la Tour de Bourges, Tami le plus intime du prince, «son cœur et son conseil*/), est Tarchevêque de Narbonne, Georges d'Amboise.
Georges, dévoué dans la bonne et la mauvaise fortune, n'avait-il pas déconseillé jadis les expéditions de Bretagne, dont Louis d'Orléans reconnaissait, aujourd'hui, la vanité? N'avait-il pas montré beaucoup d'adresse pour se tirer de prison et en tirer le duc?... Sous cette influence nouvelle, LouisP'd'Orléans se montre sage, calme, pieux et généreux : sa bonté s'épanouit. Onle verra àParisdonnerunemaisonpourrétablissement d'un couvent de filles repenties*, visiterrBôtel-Dieude Paris où Ton disait chaquejour une messe pour LouisP'd'Orléans.dans la chapelle fondée à cette intention. Il rétablit la distribution de vêlements à treize pauvres, le jour anniversaire de la mort de son père* : il institue, dans la chapelle du château de Blois,
1) KK, 897, passim,
2) TU, Orléans, XIII, 910.
3) lï^ Pot, 89, 90 el suiv.. Guyot Pot r^^çoit, le 20 février 1492-93, 500 livres « par ordre du duc » ; or, le mandement ducal n*est signé que sept jours après, le 27.
4) Rapport de Fr« délia Casa, Négociations avec la Toscane, p. 249 : Saint-Gelais. Louis se lie étroitement aussi avec le comte d'Angoulême, d'après Saint-Gelais.
5) Gilles Corrozet, La Fleur des Antiquitez de la tr^js noble el Iriumphanle tille et cité de Paris, édition Willem, 1874, p. 59.
6) Bibl. de Blois, n*> 1554 (disli'O». do 1495.)
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une messe quotidienne des défunis, pour son père*. Toutefois, le souvenir de sa mère reste constamment inaperçu : ainsi lesreligieuses deThorigny, en Normandie, obtinrent une diminution de fermage pour deux moulins, à Condé-sur-Vire, en échange de services annuels; le service pour Charles d'Orléans est naturellement fixé au 4 janvier, mais, pour Marie de Clèves, la mention dans Tacte est restée en blanc '. Louis souscrit pour des réparations à tous les couvents d'Orléans*, à Tacquisition d'un calice pour un couvent du Lyonnais. Raoul du Refuge porte, en son nom, des « images » d'or et d'argent, aux pèlerinages de N.-D. de Liesse et de N.-D. de Boulogne*.
Dans son gouvernement de Normandie, il porte, autant qu'on en peut juger par un rapide séjour, les mêmes intentions bienveillantes, la même sollicitude pour la paix et le bienêtre du peuple. Il se préoccupe d'arrêter les pilleries des gens d'armes : au conseil du roi, dès le 6 janvier 1492, il avait contresigné, avec Pierre de Bourbon, Ligny et Graville, une commission au sire d'Urfé pour purger le royaume des compagnies, qui, restées sans emploi depuis la guerre de Bretagne, parcouraient les campagnes et rançonnaient le paysan*. A Rouen, il s'adjoignitcomme lieutenant-général unfrère de Georgesd'Ambois<î,Jean d'Amboise^ seigneur de Bussy ^ Le gouvernement
1) Orléans, XIIÏ, 929.
2) Orléans, XIll, 910 (Vidimus).
3) Lemaire {Anti'iuitez de l'églhe d'Orléans, p. 63) décrit de magnifiques tapisseries, acquises, dit-il, par r.ibbaye de Saint-Euverle, à cette époque.
■^) D'une valeur de 100 sous (Tit. du Refuge, 57 : paiem. du 20 juin 1493).
G) Jean d'Amboise, ancien capitaine de Louis XI, était conseiller et chambellan du roi, capitaine de vingt lances et pensionnaire de 1,200 livres depuis le conlmenceraent du règne. La disgrâce momentanée de ses frères neTatteignit pas, non plus que son frère Iluet d'Amboise, seigneur d'Aubijoux; au contraire, h pension de M. d'Aubijoux fut élevée de 1,200 livres à 2,000 livres, pendant l'année 1489. Jean d'Amboise tirait son nom de la terre de Bussy, en Champagne, dont il racheta, en 1476, un 6« de dîme, nommé la «dimede S'-Bale » (Tit. Amboise, 118, 123, 124, 134, 140, 152, 165).
7) Il reçut, de ce chef, une pension de 1200 livres du duo {Tit. Amboise,
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de Rouen devint une sorte de vice-royaulé : bientôt Georges d'Amboise se trouva appelé à la diriger directement, par suite de la mort de Tarchevêque de Rouen, Robert de Croismare, survenue le 18 juillet 1493. L'archevêché de Rouen valait par an 16,2G7 livres, sur lesquelles il fallait à peine déduire 1,000 livres de charges* : aussi, dès la nouvelle de la vacance, le pape Alexandre VI s'empressa de conférer le bénéfice à son
neveu, le cardinal Jean Borgia*.Le roi apprit cette désignation, le 29 août, avec un vif déplaisir ; on peut bien penser que le siège de Rouen semblait naturellement réservé à Georges d'Amboise. Le conseil du roi se réunit et, suivant Tusage en pareil cas, il se souvint subitement des prescriptions de la Pragmatique, il parla de provoquer une réforme générale de TEglise', en sorte que le pape n'insista pas : au contraire, il se hâta de nommer lui-même Georges d'Amboise, moiu proprio *.
Georges d'Amboise, né en 1460 à Chaumont-sur-Loire, avait donc à cette époque trente-trois ans. Elevé à la cour, c'était un homme de beaucoup d'esprit, de finesse, deprudence, et fort ambitieux. Son frère aîné, Louis d'Amboise, préféra toute sa vie la réalité du pouvoir à l'apparence ; le jugement sur et solide de Louis lui inspirait une prédilection pour le second plan, où il brilla constamment : ses autres frères se résignèrent tous aux plushautes situations^ Georges ne sepiquait point
155, 156, 163, 164, 158, 159, i68 à 171) et, pour son service et la police du duché, le commandement d'une troupe de vingt archers (irf., 104).
1) Deville, Compte de dépenses du chdteaiL de GaiUon, p. 483.
2) Desjardins, Négociations, I, 248 et note.
3) Des jardins, Négociations, I, 249.
4) Pat. royales, de Lyon, 17 jtiillet 1494, portant que le pape, sur la demande du roi, a donné l'archevêché de Rouen à G. d^Amboise (Ârch. de la Seine-Inférieure, G. 1138).
5) Il eut un frère grand-maître de Rhodes, cinq évêques, deux gouverneurs de provinces ; de ses neveux, fun fut grand-maîlre, amiral, maréchal et lieutenant-général du roi à Milan ; deux autres, cardinaux, etc.
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•de cette modération ni de cette philosophie : son caraetëpe, moins souple et plus énergique, le portait hardiment vers la promi^^o pKice, partout où il se trouvait: il aimait le pouvoir pour le pouvoir. Cependant,il avait plutôt l'esprit de gouvernemont, l'activité, Thabileté, la sagacité, le sens juste d'un grand administrateur. Tadresse indispensable pour maintenir au gouvernement le prestige nécessaire, que les vues d'un homme d'Etat proprement dit, capable de jeter sur l'avenir un regard profond et d'embrasser de vastes horizons. Pénétré du principe d'autorité et de tradition, fort expert dans l'art difficile de diriger les hommes par la douceur, il excellait à allier, dans la pratique quotidienne des affaires, la force et Tonclion : il tenait, à la fois, du courtisan et du prêtre, il avait la circonspection de l'un, lo culte de l'autre pourTidéal et pour les procédés intellectuels, mais il ne se souciait point des grands partis ni des décisions radicales. Dans un temps où s'agitaient les sentiments les plus contraires, où Ton sentait se dessiner une crise sociale redoutable, il s'appliqua constamment à éviter les excès, à amalgamer, à fondre les principes opposés, à pallier le mal plutôt qu'à l'attaquer fortement dans la racine. Par sa hauteur de vues, il échappa, presque seul de son époque, à l'amour effréné du lucre, cette plaie des hommes de la cour. Il était habitué à l'opulence; la richesse venait à lui; il la Laissa venir, comme le complément naturel du pouvoir, sans rien faire pour l'attirer, et il eût rougi de la prendre pour but de son existence : un noble orgueil le plaçait au-dessus de la vanité et de l'intrigue. Plus tard, nous le verrons accueillir, sans hésitation, le tribut personnel des peuples étrangers, signe de leur vassclage : mais il donna l'exemple inouï de]ne point multiplier ses bénéfices. Tandis que tous les prélats de l'Église française cumulaient des séries d'abbayes et de prieurés, et même, quand ils le pouvaient, des évêchés ou des archevêchés, Georges d'Amboise tint à honneur de ne jamais ajouter à son
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archevêché aucun bénéfice : mais il visait à la tiare. Sa foi chrétienne était profonde, son cœur loyal, son esprit droit; il eut un peu le tort de croire trop facilement à la loyauté et à la droiture d'autrui, et on le verra se laisser jouer par des fourbes, comme Ascanio Sforza et le roi Ferdinand d'Espagne, parce qu'il leur attribuait volontiers cette religion du serment et de la parole donnée, dont lui-même se montra toujours l'esclave.
Sa physionomie donnait bien l'idée de son tempérament. C'était un homme assez gros, dont le visage, massif et charnu , s'épaissit de bonne heure. Rien de relevé n'apparaissait sur sa figure, à laquelle son nez fort et long, ses lèvres épaisses, ses joues pendantes, son triple menton donnaient même, au premier abord, un caractère vulgaire et sans charme. Mais de grands yeux noirs, vifs, expressifs, ardents, largement ouverts, animaient et enflammaient cette forme massive : on y voyait luire un éclair; l'intelligence, l'énergie, la chaleur du cœur jaillissaient par là, avec une force contenue*.
Georges d'Amboise fut donc élu archevêque de Rouen*, par la grâce du roi et du duc d'Orléans : le 31 juillet 1493, les envoyés du roi, le maréchal de Baudricourt (assez souvent mêlé à de semblables missions), M. de Clérieux, le président Du Verger, l'abbé de S*-Ouen de Rouen et autres personnages se présentèrent à la séance du chapitre cathédrale auquel ils remirent des lettres du roi et du duc d'Orléans pour recommander l'élection de Georges, alors archevêque de Narbonne. Le chapitre, fidèleaux formes traditionnelles, reçut ces
1) Statue de son tombeau, à la cathédrale de Rouen ; ms. Clairambault 1116, 133, 135 v^ Sa devise était : Mis fulta manebunt (lat. 16225, exemplaire de vers de Cinthius, à ses armes).
2) Legendre, Hist. du cardinal d^AmhoUe, p. 42: « perpacificametconcordem postulationem capituli » (Chronicon archiepiscoporum Rothomageri' $ium). Il résigna immédiatement Tarcbevêché de Narbonne.
lettres avec respect et reconnaissance, et déclara s'en rapporter au Saint-Esprit, tout en espérant que le Saint-Esprit donnerait des inspirations conformes au désir du roi et du duc. Ces inspirations se faisant attendre, MM. de Clérieux et le président Baillet réunirent de nouveau le chapitre, le 20 août, et, en présence d*un grand nombre de Rouennais, le requirent formellement, au nom du roi, de procéder à Télection. Le chapitre, à l'unanimité, reproduisit sa première réponse, mais il se réunit le lendemain 21^ et, après prime^ la communioD générale, le Veni Creator, et le scrutin solennel, il annonça l'élection de Georges d'Amboise à l'unanimité'.
1) Procès verbaux publiés par Legendre, Hist. du cardinal d'im6oii?. p. 394-396.