MARUGE DE LOUIS D^ORLÉANS
d'un titre, il accusait amèrement sa mère de faiblesse. Un jour, il dit à Rabodanges, « qu'il voudroit estre aussi povre gentilhomme comme lui et qu'il ne feust point marié », traitant ainsi cet écuyer avec un mépris qui ne rentrait guère dans ses courtoises habitudes'. Louis XI attisait le feu, en rappelant grossièrement au jeune prince la réputation d'impu. dicité de sa mère '. Quoique tous les actes d'administration ducale fussent toujours passés au nom de Marie de Clèves ', comme tutrice de son fils, déjà les graves difficultés financières dont nous avons parlé * se préparaient entre elle et Louis. Marie s'excusait d'avoir cédé au roi; elle répétait qu' « on n'eût osé désobéir'^ ». Néanmoins, elle avait cédé surtout aux conseils et aux prières de Rabodanges.
Jamais son fils ne lui pardonna les diverses impressions de cette époque. Il disait tout haut que, jamais^ il ne se marierait avec Jeanne : <x Monseigneur, vous serez marié », lui disait un jour le sire de la Jallaye, un de ses écuyers. a Non, répondit l'enfant, sauf contre mon gré ^ »
A ces protestations, Louis XI répondit par des menaces. La
1) Récit de Rabodanges lui-même, Procdd.^ p. 1059.
2) Joan. Joviani Pûntani, De sermone, iib. III, liU 2, p. 1647.
3) Procéd. politiq., p. 985. Elle se désolait de la répulsion de Louis pour sa femme, elle y voyait la fin de la Maison d'Orléans (id.).
4) Le récit de ces difficultés, qui trouverait ici sa place chronologique, a été rattaché, pour ordre, aux matières de l'administration financière, t. I, p. 378 et suiv.
5) Jeanne de France, p. 91.
6) Pro€éd,y p. 1001. Ce n'était un secret pour personne. L ambassadeur de Milan écrivait à son gouvernement, le 4 février 1475, que le jeune duc ne voulait pas entendre parler de sa femme, tutta contrafatta et molto difor* mata : dans quatre ou cinq ans, ajoutait-il, dès que le jeune duc sera un homme, il secouera le joug et ira trouver le duc de Bourgogne, ou surtout le duc de Bretagne, dont il pourrait bien devenir l'héritier. Le roi fait le plus grand mal à la Maison d'Orléans et veut lui imposer un mariage impossible. Le « gentilhomme qui administre la maison » (Vatan?) s'en est ouvert à Tambassadeur, à Tinsu du roi, et a suggéré la pensée d'un mariage du
rumeur publique lui prêtait la volonté d*exiler le prince, de le rendre « le plus pauvre gentilhomme du royaume », s'il résistait*. Quant à Marie de Clèves, elle ne se trouvait plus en état de lutter. Nous Tavons laissée, précédemment', traquée, harcelée par ses créanciers, réduite, depuis 1473, à vendre ses diamants ou à les mettre en gage'; elle avait fait engager pour 1 ,200 écus d'or le célèbre diamant de la Maison d'Orléans, connu sous le nom de Rubis de la quenouille^. Il lui fallut emprunter, par son orfèvre Jean de Luz, 1,420 livres, en donnant pour gage un tableau d'or, des reliques de « sains et sainctes de Paradis », et un collier d*or, enrichi de trente-quatre perles, seize rubis et un gros balais perse*. Elle en était aux expédients. Elle fut obligée, en 1475, de solliciter elle-même les habitants du duché, et elle envoya trois de ses officiers, François de Villebresme, Girard Compaing et le gouverneur d'Orléans, Charles d'Arbouville, dans toutes les châtellenies, «pour faire consentiriez habitants d'icelles a Toctroy » de taille demandé « pour lui aider a soy acquiter envers ses créanciers ». Cette demande d'aide se heurta en Berry à de grosses difficultés, et à des procès
duc avec une Sforza, qui réglerait les difficultés pendantes. Mais la difficulté serait Topposition du roi (Dépêche de l'ambassadeur Bollati^ publiée par M. de Gingins la Sarra, Dépêches des ambassadeurs milanais sur les campagnes de Charles le Hardi, I, p. 38). L'historien de Louis XI, M. Legeay, s'étonne de l'ingratitude de la Maison d'Orléans envers Louis XI, qui « lui avait donné sa fille Jeann« en mariage » {Histoire de Louis Xly 1, 136, et II, 529). Les historiens anciens ont fait à Marie de Clèves le reproche inverse; ils hii reprochent d'avoir forcé son fils à obéir au roi (Adveriissement servant d'instruction pour le mariage de Louis J/I, Dupuy, 581, 135 vo).
1) Procéd. politiq.j p. 1012.
2) En 1472. Tome I, p. 319.
3y Jeanne de Francr, p. 69.
4) Champollion, Louis et Charles d'Orléans, 111,27.
5) Orléans XII, 784. La duchesse les dégagea le 27 septembre 1476, après le mariage de son fils.
MARIAGE DE LOUIS d'oRLÉANS i^
devant les élus d'Issoudun. Il fallut que les commissaires de la duchesse en arrivàsseut à régler, paroisse par paroisse, à Tamiable et devant notaire, la quote-part accordée *. lien fut de même à Meaux*. La duchesse dépèche des exprès pour chercher tout ce que contiennent les caisses des greniers à sel : un reliquat étant signalé à Coucy, elle envoie à deux reprises le réclamer. Elle fait verser par les receveurs de Normandie tout ce qu'ils peuvent donner. Elle envoie des émissaires au roi « pourchasser » la pension de 42,000 livres attribuée à son fils et à elle'. Dans ces conditions, il lui était indispensable àfi ménager le roi. Aussi les dispositions de son fils lui causaienmille angoisses. Elle fit un jour des reproches au jeune chanoine Chardon; elle J'accusait d'être un de ceux qui empêchaient son fils d*obéir ; elle lui dit « de prendre garde, qu'il ferait arriver malheur au duc, à elle, à lui-même et à tout le monde ».
On reçoit avec honneur M. de Linières lors de ses passages par Orléans*. En 147S, sur la défense du roi de laisser entrer aucun homme armé à Orléans, l'administration ducale s'empresse de publier les ordres du roi *.
Peu de temps après la signature du contrat*, Marie de Clèves se rendit à Linières pour voir sa belle-fille. L'entrevue fut cruelle. Assurément la duchesse n'attendait rien de bon; mais lorsqu'elle se trouva en face d'une enfant qui dépassait tous ses rêves de difformité, elle s'évanouit presque; elle se
2) En Valois, tout se passa bien, ainsi qu'à Orléans {Joiirsanvault, 3022).
3) Orléans, XII, 781 (octobre-décembre 1475).
4) M. de Linières passa à Orléans le 24 juin 1474 et y repassa le 24 août, et reçut chaque fois deux pots de vin ; M. de Narbonne, le 1" juillet, Madame la chancelière le 9, Guyot Pot le 10 (Arch. mun. d*Orl., CC. 667).
5) H. 54, dans le Catalogue du Fonds Bourré^ par Vœsen.
6) Jeanne de France y p. 108-120.
18 lllSTOlKE DE LOUIS Xlt
jeta sur un lit, en pleurant ; elle criait : « Ah ! Notre-Dame, faut-il que mon fils ait celte femme ainsi difforme ! » Il fallut lui prodiguer des soins, ouvrir sa robe, délacer son corset, pour l*empêcher de tomber en syncope.
Louis XI, une fois le mariage fait, éprouva la même curiosite. Il manda sa fille au Plessis. Jeanne arriva et descendit au village du Plessis, dans l'hôtel habité par la duchesse de Bourbon ; car le roi résidait au milieu de Tenceinle fortifiée, dans une maison garnie de pieux, où il ne recevait personne. Un mah'n^ soutenue sous le bras par le sire de Liniëres, elle se rendit à la maison royale. Louis XI, à travers les vitres de la galerie, la vit arriver; il fit un grand signe de croix, en s'écriant qu'il ne la croyait pas si laide. A son entrée, il lui adressa à peine quelques mots et ordonna au sire de Liniëres de la remmener.
Il n'en poursuivait pas moins en cour de Rome l'obtention des dispenses nécessaires au mariage. Sixte IV, par bref du 19 février 1475, conféra à son légat les pouvoirs nécessaires. En attendant, le roi voulait que Louis se rendît de temps en temps à Linières. Le jeune homme se montrait fort récalcitrant. La duchesse, effrayée de la tournure des choses, dit un jour, devant son fils et ses gens, qu'elle voudrait bien recueillir Jeanne auprès d'elle à Blois, mais que, la princesse étant fort délicate, elle craignait, en cas de malheur, les accusations du roi. Elle demanda l'avis de son fils : « Qu'on ne m*en parle pas, dit Tenfant, je voudrois estre mort! »
La duchesse amena elle-même son fils à Linières et ne repartit qu'après lui avoir persuadé, ordonné d'y rester sept ou huit jours, pour plaire au roi ; elle promettait de revenir le chercher et de le ramener à Blois. Mais Louis, sitôt sa mère partie, s'en alla aussi et arriva à Blois en même temps qu^elle. Marie de Clèves s'en prit au gouverneur de l'enfant,
MARtAGK DE LOUIS D*ORLÉANS 19
au sire de Yatan; elle le manda et lui déclara qu'elle lui laisserait toute la responsabilité, que la conduite du duc'retomberait sur lui. Elisabeth de Vatan, demoiselle d'honneur de la duchesse, fut chargée aussi de témoigner à son père le mécontentement, l'irritation de sa maîtresse, qui disait que c'était la faute de Yatan et des autres genlilshommes du duc, si Tenfani ne « se souciait » pas de M"' Jeanne. Yatan déplorait le mariage; mais, depuis lors, il se fit le champion des visites à Liniëres. Un jour, le bruit d'une altercation violente fit retentir tout le château. On s'en émut, au point de demander aux serviteurs du jeune duc de quoi il s'agissait... Il s'agissait de décider un voyage à Liniëres ; on entendait les éclats de la voix de Yatan, chargé par le roi, disait-on, d'annoncer à M. d'Orléans que, s'il n'allait voir sa femme, il le ferait « jeter à la rivière, et qu'il n'en serait aussi peu de nouvelles que du moindre homme du royaume )>.
Au reste, Louis XI s'occupait des moindres détails de la conduite de son gendre. Il chargea le trésorier Michel Gaillard de voir à BIoîs deux écuyers de la Maison d'Orléans*, qu'il savait encourager le duc dans sa résistance aux ordres de sa mère, et de les menacer de sa colère, s'ils continuaient.
Louis se résignait donc à se rendre en Berry de temps en temps, mais contraint et forcé; jamais sa femme ne le vit sourire. Il s'y rendait sur les injonctions de sa mère, qui pleurait ensuite et disait dans l'intimité « qu'elle aurait mieux aimé perdre tous ses biens jusqu'à la chemise, que de voir un tel mariage ». Sa mère l'y conduisit plusieurs fois; la plupart du temps, c'était le sire de Valan.
Bientôt, la main de Louis XI s'appesantit sur l'entourage
1) Probablement Brésille, échanson du duc, et Guierlay, son écuyer d'écurie (U7i, 1472; K, 71, il : Orléans XI, 768).
(lu jeune duc. Un matin que l'un des écuyers de la Maison, Brésille, seigneur de la Jallaye*, attendait le lever du prince, un détachenient d'archers vint Tarrêler, au nom du roi. Vainement, Valan, présent à la scène, chercha à s'interposer, se porta fort de Tinnocence de Brésille, offrit même de la caulionner. Les archers, selon Tordre du roi, emmenèrent Brésille, le mirent à cheval, et le conduisirent à Tours, dans une maison attenante à celle de Tristan THermite. On lui riva aux pieds un boulet et une grosse chaîne de fer, fixée à un pilier. Après deux ou trois jours d'attente en celte situation, Brésille vit arriver des gens du roi ; ceux-ci Tinterrogèrent,et lui firent trois ou quatre fois subir la question, avec tant de force que la serviette^ placée dans sa bouche, en sortait plus rouge que son pourpoint de satin rouge. On accusait Brésille d'empêcher le duc d'aimer sa femme. Après plusd(B six semaines de chaîne*, l'accusé vit paraître Tristan rilermite lui-même, escorté d'un moinejacobin, d'un bourreau chargé de cordes, et d'une troupe de serviteurs. Tristan lui annonça que, par ordre du roi, sa dernière heure était venue ; il l'engagea à mettre ordre aux affaires de sa conscience et lui offrit le jacobin pour se confesser. Brésille protesta, avec la plus vive énergie, à plusieurs reprises, de son innocence, de son dévouement au roi; rien n'y fit. Résigné alors, il se confessa, et Ton commençâtes préparatifs de l'exécution. Elle allait avoir lieu, lorsque le sire de Bressuire survint, avec un ordre de sursis. Deux ou trois jours après, le roi fit inviter
1) Dès 1389, nous voyons Regnault Brésille, chambellan du roi, envoyé en Allemagne (fr. 20976, 5). Le Brésille, dont il s'agit ici, né vers 1441, était page de Charles d'Orléans en 14i8 (KK. 271) : il se maria en mars 1484 (Orléans \II, 832). Au baptême de Louis, c'est lui qui portait la salière d'or el une serviette.
2) Pendant lesquelles il dut payer son entrelien et le salaire de ses gardiens, c'est-à-dire dix sous d'or par jour.
MARIAGE DE LOUIS d'oRLÉANS 21
Brésille à enlrer dans Tordre de Saint-Jcan-de-Jérusalem, à prononcer ses vœux, à recevoir la croix et Thabit des mains du grand Prieur de France. Brésille, pour éviter la corde, fit tout ce qui plut au roi, et s'estima très heureux. A Linières même, au milieu de la nuit, en présence du duc, de Vatan et des autres gentilshommes, Hector deMonteynard, un des conseillers ducaux, fut arrêté par les gens du roi, arrêté avec des menaces terribles, sous l'inculpation de pousser le jeune Louis à la rébellion contre sa mère et le roi. Comme Brésille, il subit le cachot et dut prendre la croix de Saint-Jean. Un autre écuyer, François de Guierlay*, se vit arrêté aussi et mené pendant quelque temps à la suite du roi. Le fils même du sire de Vatan, Pierre du Puy, menacé du même sort, s'enfuit.
Louis XI porta ainsi la terreur parmi les serviteurs et amis du duc Louis. Ces jeunes hommes qu'il frappait, tous âgés d*une trentaine d'années, tous de Tinlimité du prince et dévoués à la famille d'Orléans, étaient des gens énergiques, capables d*un coup de main pour sauver leur maître. Il les dispersa. Guierlay se renferma dès lors dans son rôle d*écuyor d'écurie, chargé des achats de chevaux et de leur surveillance ; il devint, sous Louis XII, chambellan et premier écuyer^. Le
1) François de Guierlay ou Guiverlay, né vers 1442 (d'après sa déposition, Procédures politiques du régna de Louis X/J), avait été an service de Louis dès sa naissance, comme écuyer d'écurie (BibI de Blois, n« 1453 : 15 déc. 14G4). 11 épousa, en août 1470, Marguerite de Cugnac (a//asCoignac), sœur d'Antoine de Cugnac, enfant d'honneur. La duchesse paya les tabourins de la noce (BibI. de Blois, n°» 1470, 1551). La famille Guierlay était originaire du Berry (KK. 896, CCX, rachat à Guillaume de Guierlay. Cf. fr. 20494, 93; TiL La Trémoille, 50 : etc.)
2) Procéd., p. 1031. Guierlay reçoit encore, en 1474, deux aunes de satin cramoisi, gagnés aux jonchets avec la duchesse (Joursanv., 637). Dès octobre 1483, il reparaît dans les comptes comme écuyer (Orléans XII, 823, 824), et habille les pages du duc {Joursanv.y 639). 11 fic^ure dans le compto
jcuno fils du sire de Vatan put revenir; pour Brésille, fils d'un serviteur de la Maison, élevé par Charles d*Orléans, et qui n'avait jamais jusque-là quille la cour, il ne reparut qu'aussitôt après la mort de Louis XI, comme chambellan, avec une pension de cent livres ; il se maria alors sous les auspices du duc, sans souci de son titre de chevalier de Saint-Jean. Quant à Monteynard, qui était dauphinois, le duc, obligé de s'en séparer, l'envoya à Asti, et le nomma capitaine d'un des forts de la ville. Il ne négligea, du reste, aucun moyen d'adoucir la disgrâce et de faire sentir à Monteynard son amitié : il lui donna des terres importantes, un assez bon appointcment et des gratifications. Monteynard, quelques anuées après, fit en Piémont un très brillant mariage, dans la famille des marquis de Montferrat. Il devint gouverneur d'Asti, et il y périt sous le règne de Louis XII ^
Grâce à ces mesures, on atteignit peu à peu l'année 1476, année où Tàge de Louis et de Jeanne allait permettre la consommation de leur mariage.
Les grands seigneurs, par leurs marques habituelles de déférence envers la duchesse d'Orléans, semblaient vouloir, dans son malheur, lui témoigner leur platonique sympathie. Il n'y avait plus d'alliance possible contre le roi ; mais la duchesse recevait des aubades. Les liUheurs ou herpeurs du duc de Bourbon, de M. de Lyon (le cardinal de Bourbon), du
de janvier-mars 1482 de la duchesse comme écuyer d*écurie (Orl. Xlï, 817). En 1497, on le retrouve capitaine du château de Brie {Joursanv,^ H57).
1) Sur H. de Monteynard, v. Cartularium mojiast. de Domina, Lugd., 1859, p. 53. Monteynard ne fut pas longtemps en prison; car le 1" juin 1475, Louis d'Orléans lui donne les terres de Jean-François de Ceva, à Montebasiglio (KK. 897, 200 v*» : V. t. I, p. 230). Il devint, en même temps, chambellan et capitaine d'un des forts d'Asti, aux appointements de 1440 liv., (reçu du G novembre 1476, Bastard, 1380 : compte du 31 janv. 1478, KK. 527), et, par pat. du 13 novembre 1470, la duchesse lui donne une gratification de 72 liv. (iVi., 933).
MARIAGE DE LOUIS d'oRLÉANS 23
sîre d'AIbret,du duc d'Autriche*; Tenvoi d'un cheval hobin par une ambassade bretonne qui traversait Orléans ' ; la visite d'une ambassade anglaise , qui se rendit à Linières pour présenter ses hommages au jeune duc et lui offrir un « bréviaire de cire' », marquèrent seuls Texistence politique de la Maison d'Orléans dans ces années. Tout convergeait vers le roi. Guyot Pot se multipliait à son service ^ La femme d*Ktienne Le Loup, un de ces misérables de bas étage qui entour.iient le roi, ayant traversé Orléans, la ville poussa le royalisme jusqu'à lui offrir des pots de vin, comme à une très grande dame'^.
Le cardinal-légat, que Louis XI venait aussi de faire arrêter comme un simple Brésille, signa enfin, le 6 août 1476, un bref qui déléguait l'archevAque de Bourges ou les évèques d'Évreuz et d'Orléans, pour donner les dispenses nécessaires au mariage de Louis et de Jeanne, et Louis XI se mit immédiatement en devoir de faire célébrer la cérémonie \
Une fois de plus, une dernière fois, on rédigea le contrat, qui fut signé, le 28 août 1476\ avec la sulonnilé habituelle
1) Orléans XII, 781.
2) Pour aller trouver le roi; 24 octobre 1475 (OrL-ans XH, 781).
3) Elle arriva à Orléans le 18 octobn*, nçut Hciix pots de vin, et se rendit à Linières (Archives municipales frOrl«»an?, (X. r>«)8). Elle venait Ae c(miclure la paix. On lui offrit GO sous, et on fit une « aumône » de 30 sons \ son héraull (Orléans XII, 781). Louis XI obligea la ville d'Orléans, malgré ses réclamations, à lui donner 3,000 liv. Un des ambassadeurs resta maladi* à Orléans (Arch. mun. d'Orl., CC. GIVÎ).
4) Commissaire du roi à rasseml)lée de Noyon (15 Février 1475; fr. 10187, 96), il prit une part très active aux négociations avec le duc de nourgof»ne et à TalTaire du connétable de Sainl-Pol. Le 8 décemlire, la dudipsse lui écrit deux fois à Saint-Quenlin, et elle ('crit ô M. de Narbonne à Vernon (Orléans XII, 781). Pot traverse Orléans le 16 décembre (Arch. munie. d'Orléans, CC. 668).
5) 18 novembre (Arch. municip. d'Orléans, CC. 668).
6) Jeanne île France^ p. 91.
7) Jeanne (le France, p. 92. D'après lancien Inventaire des archives de
de ces actes. Louis XI arrivait de Lyon; il s'arrêta, pour ce motif, quelques jours au Plessis-les-Tours avec la reine et le dauphin *. Lo contrat reproduisait simplement les stipulations précédentes ; comme témoins, y figurèrent le sire de Beaujeu,le chancelier Pierre Doriole, le vicomte de Narbonne, le maréchal de Lohéac, les sires de Graville, de Ghaumont*, du Lude, M. de Linières, Guyot Pot, le maître des requêtes Jean Chambon, les conseillers Raoul Pichon et Jean Pelieu ^, et le notaire Jean Lelong, notaire à Tours.
Quant à la bénédiction nuptiale, elle fut donnée aux jeunes époux de la manière la plus expéditive. François de Brillhac, abbé de Pontlevoy, el, depuis deux ans, évêque d'Orléans, se trouvait à son abbaye de Pontlevoy, près de Blois, lorsqu'il reçut, le 7 septembre au soir, la visite de Doriole et de l'évêque de Châlons *, qui lui présentèrent une lettre de Louis XI, Finvitant à bénir le mariage de sa fille, et le bref du cardinallégat, lui conférant le pouvoir de donner les dispenses *. Lévêque lut la lettre du roi ; il parcourut aussi le bref, mais si vite qu'il le prit pour un bref du pape, et qu'il n'observa même pas quels pouvoirs il lui conférait exactement, tant il se sentait peu disposé à discuter. Pourquoi Louis XI choisissait-il
l'évêché d'AIbi, il y eut deux contrats, l'un passé devant Louis XI au Plessis-les-Tours, le 25 août (jour de saint Louis), l'autre devant Marie de Clèves le 28 août [Portefeuilles de Lancelot, t. V).
1) Jean de Troyes.
2) Charles d'Amboise, sire de Chaumont, père de l'évêque d'Albi et du cardinal d'Amboiï^e, était en grande faveur en 1476 : pensionnaire du roi, gouverneur de Champagne, gouverneur de Langres, il commanda l'armée contre le duc de Bourgogne en 1478, avec succès, et il défendait la frontière depuis plusieurs années, non sans difficulté (TU. Amboise, n° 79, etc.). Il venait de faire reconstruire le château de Chaumont (id,, n°» 92, 93, 94).
3) Ou Pellieu, reçu conseiller le 10 août 1471 (X«» 1485, f° 183).
4) Geollroy III, évéque de Chàlons de 1453 à 1503 (Gallia Chrisliana, IX , c. 895).
5) Jeanne de France, p. 93-97.
MARIAGE DE LOUIS d'oRLÉANS 25
Tévequc d'Orléans ? Sans aucun doute, par suite de son dessein d'opposer toujours au duc des noms Orléanais. Brilhac était un familier du ch<\teau de Blois, un ancien prieur de Saint- Jean de Grave à Blois, le propre frère de ce Georges de Bril- Ihac, ami dévoué du duc Charles, dont Louis XI maria un peu brusquement la fille K II semblait donc piquant de s'adresser à lui pour bénir le mariage forcé du duc.
Dès le lendemain matin, 8 septembre, Tévêque se rendit avec le chancelier au château de Montrichard * ; immédiatement, en présence de la reine Charlotte, des jeunes époux et de quelques autres personnes, Doriole expliqua qu'on allait exécuter un bref du pape, et, sans autre forme de procès ', l'évêque sépara les deux époux, les envoya chacun dans une chambre séparée, en les informant qu'ils pouvaient réfléchir, qu'ils étaient libres. Environ deux heures après, il alla chercher le duc et lui demanda, selon Tusage, s'il consentait à se marier : « Helas, Monsieur (TOr/eans^ mon amy, répondit Louis, que ferai ge? Je fie sauroye résister, il me vauldroit autant estre mort qve de faillir a le faire ^ car vous cognoissez a qtiifay affaire, » — « Taisez vous de par le deable, s'écria vivement un des assistants*, vous en pouriez trop parler. » L'évêque n'insista pas et se borna à dire : « Monsieur^ doncques * estez vous délibéré de passer oïdtre ? » — « Il in est force et 71' y
1) Galliii Christiana, VIII, c. i386. Louis Xllle fit, plus tard, arcbevôque d'Atich. Il venait d'avoir des démolies avec Louis XI.
2) Louis XI avait acquis Mon».ricliard en 1462 du comte de Tnncarville, par échange avec la seigneurie de Gournay {Ordonnance s ^ XV, p. 257).
3) Tel est le récit de l'évêque lui-mAme ; mais il paraît exagéré. D'après l'Inventaire des archives de lévéché d'Albi, ces archives contenaient une dispense que Fr. de Brilhac aurait libellée, lui-même, le même jour {Porte f. de Lancelot, t. V).
4) Nommé Jean Dumas : peut-être le sire de l'Isle (V. Procihlurea politiques, p. 1231, no 3). L'autre assistant était un nommé Boutet, secrétaire du duc.
a retnede »^ repartit le duc. Sur ces mots, le prélat Temmena à la chapelle du château. On plaça les deux jeunes époux au bas de la nef, selon la coutume, près de la porte ; on avait revêtu Jeanne de Franco d'une robe de drap d or*. L'évèque mit une chasuble et s*avança, les dispenses dans la main. Le chancelier Doriole déclara que les formalités étaient accomplies et les dispenses accordées ; l'évèque demanda aux deux époux s'ils se prenaient Tun Tautrc pour mari, pour femme, ils répondirent oui, il les déclara unis pour la vie, et s'en alla aussitôt dtner à une auberge du village, à l'enseigne des Trois-- Rois. Après son départ, on dit la messe dite de hénisson. Louis d'Orléans sanglotait.
Le roi n'assistait pas à cette cérémonie ; il semble que la duchesse d'Orléans n'y parut pas davantage.
L'évèque d'Orléans, honteux de son rôle, repartit pour Pontlevoy à la dernière bouchée. Le chancelier lui réclama les dispenses et les conserva, en disant qu'elles ne pouvaient servir de rien au prélat. Le roi, au contraire, tenait évidemment, et non sans motif, à les conserver.
Louis XI partit aussitôt pour l'Anjou, au pèlerinage de Notre-Dame de Béhuart, afin de remercier cette vierge de l'abaissement de ses ennemis. Dans la fidèle ville d*Orléans, l'attendaient au passage une jeune femme et une jeune fille de la bonne bourgeoisie de Lyon, dont il avait fait ses maîtresses à son dernier voyage * et qu'il n'avait pas osé mener à Montrichard. Depuis quelque temps, le roi, toujours très préoccupé de sa santé, se trouvait sujet à des vapeurs, à des maux de cœur et à des infirmités intimes, qu'il attribuait à ses soucis et surtout à une continence trop prolongée. Aussi, quand il
1) Jeanne en fit faire plus tard une chasuble. (Vérification de 1739, Sum- ' marium pour sa béatification, en 1742, p. 131). ^
2) Jean de Troyes.
MARUGE DE LOUIS b'ORLÉANS 27
quittait la reioe^ preoait-il très froidement ses précautions contre le retour de ces légers troubles dans sa santé royale.
Après la messe du mariage, un diner fut donné au château de Montrichard, et le soir un souper. Le jeune Louis ne pouvait dominer son chagrin, il pleurait, il n'aurait pu manger. Le lendemain du mariage, même accablement.
Ainsi se célébrèrent ces noces, au milieu de Tindignation générale de tous les gens de bien, et des plus grands murmures. Ce n'était qu'un cri parmi les amis de la famille d'Orléans. Les uns, les plus nombreux, ne pouvaient prendre au sérieux le mariage, et le considéraient comme un vain simulacre. D'autres relevaient les irrégularités de la procédure suivie par l'évéque. L*évéque, avant d'accorder les dispenses, devait se livrer à une information sérieuse, faire connaître régulièrement ses pouvoirs et sa décision ' ; or tout s'était borné à des explications de Doriole'; quelques-uns allaient même jusqu'à conclure que les dispenses n'existaient pas. La consternation et la fureur étaient générales, et le jeune comte de Dunois lui-même, dans sa loyauté, sentit alors s'éveiller dans ses veines le sang de son illustre père.
En même temps, et dans la même chapelle du château de Montrichard, Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, bénit le mariage de son frère, le sire de Beaujeu, avec Anne de France. Pour ce mariage, des dispenses étaient également nécessaires, mais, comme on ne les possédait pas encore et que le roi tenait à marier symétriquement ses filles, on passa outre, sauf à régulariser plus tard la situation. Plus tard, en effet, après l'arrivée du bref, l'archevêque de Lyon procéda rétroactivement aux formalités canoniques. Il sépara
1) Sainl-Gelais.
2) Louis XII affirma plus tard [Vroc^dures, p. 899) que l'évî^que ni personne n'avait parlé de dispense.
les époux, non pas une heure, dans deux chambres séparées, mais durant trois jours, dans deux châteaux différents. Le sire de Beaujeu resta au Plessis-les-Tours avec le roi, sa femme à Amboise avec la reine. Durant cette séparation, Beaujeu se permit d'envoyer son confesseur, le franciscain Jean Maillet, voir sa femme, pour lui expliquer ce dont il s'agissait et lui porter un petit billet affectueux : « Pour quoy, ajoutait Beaujeu dans ce billet, je vous prie que cependant ne vous veuUez pourveoir d'autre mary, car de moy et de mon cousté vous estes bien asseurée. » Les dames d*Ânne de Beaujeu la plaisantaient aussi sur cette séparation : « Madame, vous n'estes plus mariée et povés bien avoir ung autre mary, et aussi monseigneur peut bien avoir une autre femme.,. », lui disait-on, et autres lazzi de ce genre. Enfin, le cardinal de Bourbon, au bout de trois jours, déclara Tinstruction close sur la situation des époux; il leur donna Tabsolution, délivra une dispense régulière et les espousa de rechief. Le mariage, célébré à Montrichard par ordre de Louis XI, se trouvant nul en droit, M. et M"" de Beaujeu, plus tard, tinrent à faire officiellement constater sa complète réparation.
Chose bizarre : après le mariage, Jeanne de France, <( Madame ma fille, » comme disait Marie do Clèvcs*, ne vint pas à Blois ; on la renvoya à Linières. Mais Louis XI veillait avec un soin plus ombrageux que jamais aux visites de son mari. Il triomphait : « Si je vous eusse cru, écrivait-il à un de ses familiers, je n'eusse pas fait le mariage de ma fille Jehanne et du petit duc d'Orléans, lequel j'ai fait, quelque refus qu'il en ait sçu faire, car bon besoin luy en a esté. Je ne puis trop m'esbahir qu'il vous mouvoit a s'en aller contre mon opinion. » Le 4 novembre 1476, il accorda une exemption per-
\) Mi^moire dWl. de Poitiers^ cité par Lecoq, Marie de Cléves.
MÂRUGE Dis: LOUIS 1)*0RLÉANS 29
manente de tailles aux habitants de la basse-cour de Liniëres, en considération du séjour de sa fille ' .
Quant à son gendre, il paraissait souvent à la cour, toujours, on le comprend, sur le pied de la sagesse et de la retenue*. Mais, à Liniëres, il se gênait moins. Forcé de s'y rendre, il abreuvait de menus dégoûts et d'amertumes la triste enfant, douce, très pieuse et très dévouée, qui portait maintenant son nom. Il y fit de longs séjours avec elle; des témoins intimes racontent que, jamais, on ne le vit, non seulement adresser à sa femme quelque témoignage d'affection ou de courtoisie, mais même lui parler. M. de Linières, plusieurs fois, Texhorta avec instances à sauver du moins les apparences; beaucoup de visiteurs notables venaient du Berry, et même des provinces voisines, disait-il ; tout le monde aimerait à ne pas assister à des scènes aussi pénibles. Sur ces exhortations, le duc tournait la tète et prenait Tair de penser à autre chose. M. de Linières disait aussi à Jeanne : « Madame ^ parlez a monseigneur, et monstrez lui semblant d'amour. » — « Je ne ouserois parler a luy^ répondait la malheureuse princesse ; car vous et chasctm veoit bien quil ne fait conte de moy, »
A table, pendant le benedicite ou les grâces, que Ton disait toujours debout, Louis tournait régulièrement le dos à sa femme. Il défendait d'une manière absolue de prononcer le nom de Jeanne; si quelque étranger enfreignait cette défense, on voyait à l'instant Louis pâlir, perdre toute sa gaieté... Il avait, au milieu de ses folies, des heures noires. « Que ne faites-vous bonne chère? » lui disait un jour, à Janville, Elisabeth Fricon. Il fépartit qu'il voudrait être mort.
1) En 1478, Jeanne intercède près de son père en faveur de plusieurs paroibses menacées par lui (Raynal, Histoire du Berry, III, p. 104),
2) Sainl-Gelais.
âO tilStOlRIC i)l£ LOUIS Xlt
Pourtant, il lui fallut considérer Jeanne comme sa femme, bon gré mal gré ; autrement, dit-il lui-même, il eut été afollé par le roi, qui veillait avec une extrême rigueur à Taccoroplissement intégral des devoira conjugaux. « C'est grand merveille, raconte Saint-Gelais, de ce qu'on faisait au duc d'Orléans et les menaces qu'on lui adressait », pour qu'il partageât le lit de sa femme. Il y allait de sa vie. « J'aurais grand honte de réciter comme on en usait autour de lui, tant hommes que femmes. » Louis XI alla jusqu'à envoyer un médecin, Gérard Cochète, veiller aux rapports des époux. Celui-ci pria un jour, Pierre du Puy, fils du sire de Vatan, de profiter d'un moment d'intimité avec le duc pour l'exhorter è recevoir sa femme, après sa partie de paume quotidienne, quand il revenait, le corps agité, le sang à la peau. Du Puy se défendit vivement d'une pareille commission. Le médecin le prit de haut et lui donna l'ordre, au nom de Louis XI, de parler. II ajouta qu'il fallait bien spécifier que le jeune duc prit garde à ses paroles et à ses actes, car, lui, Cochète, en devait compte au roi . « Le diable nC emporte ; fameroye mieiilx avoir la teste coppée que je le fisse », s'écria Louis, lorsque Pierre du Puy se décida enfin à accomplir le message. On ne put, paraît-il, rien obtenir sous ce rapport. Après chaque partie de paume, le duc voyait arriver sa femme : il la repoussai!, et faisait entrer d*autres dames... Et cela, quoique Louis XI le menaçât de mort, si Cochète ne faisait pas un rapport favorable.
Louis allait partout, semant les plus amères plaisanteries. Un serviteur de sa mère, Jean Cotereau, lui confiait les mérites d'une dame : « Plût à Dieu que vous eussiez épousé Madame Jeanne, et moi celle dont vous parlez ! » A son chancelier Le Mercier et à d'autres gens de sa maison, il répétait qu'il voudrait bien leur voir épouser, à eux, Madame
Mariage de louis d^okléans 31
Jeanne... On on venait ^ parler, dans rintimité, de l'annulation du mariage* Louis osa dire, un jour, qu*il n'attendait que la mort du roi. Jean Piiiori, évêque de Bethléem et aumônier de la duchesse, consulté par elle et par son fils, énonça Tavis que l'annulation serait facile à obtenir et que, quant à lui, il trouverait l'affaire extrêmement simple.
Du reste, Louis XI lui-même, malgré le cynisme de ses lettres confidentielles et de ses ordres secrets, éprouva le besoin, une fois le mariage fait, de se disculper aux yeux du public. U vint solennellement à Bourges, sous prétexte d*un pèlerinage aux reliques dé Saint-Ursin, que Lisieux disputait à la ville de Bourges ; il vit sa fille, en présence de la cour ; en l'apercevant, il affecta un profond étonnement. Il déclara qu'il ne la croyait certainement pas telle, — c'est-à-dire aussi difforme, — que, s*il l'avait vue ou s'il avait su la vérité, il ne l'aurait pas donnée au duc d'Orléans ; que M. de Linières était ung mauvais fol de lui avoir laissé croire que sa fille était moins laide...
Le roi, après le mariage, ordonna fort exactement de verser à son gendre la dot annoncée, cent mille écus d'or. Louis d'Orléans fit part de cet ordre à son conseil, sans dissimuler son intention de la refuser. Le conseil lui fit la cour, en décidant le refus à l'unanimité, sauf une voix, celle de Gilles des Ormes, seigneur de Saint-Germain. Gilles des Ormes, neveu d'un capitaine de Cbambord^, était venu fort jeune à la cour de Charles d'Orléans et compta parmi ses poètes. Caractère droit, honorable, loyal, il osa formuler un avis différent ; suivant lui, le duc devait bien traiter sa femme et recevoir la dot; il n'y avait prince dans le royaume qui ne s'estimât honoré d'épouser la fille du roi de France ; une conduite prudente et
1) Et capitaine de Cbambord, lui-môme (quittance de 1471 : Bibl. de Blois, 1476).
32 HlSroHlE DK LOCIS XII
convenable, duus une circonstance si grave, s'imposait pour éviter bien des maux. Mais, à la sortie du conseil, un gentilhomme prit à part Gilles des Ormes, et l'avertit que le duc, malgré son amitié pour lui^ ne pouvait pas admettre son attitude...
Cette question de dot revint plusieurs fois en délibération. Louis, souvent à court d'argent, tint bon, et Ton n'osa plus lui en parler. En bien des circonstances pourtant, son trésorier, il l'avouait, fit les vœux les plus vifs pour une solution différente. Car bientôt son modeste budget n'allait plus suffire au jeune prince et il fallut, pour soutenir son rang, vivre d'expédients, d'emprunts qui atteignirent jusqu'à cent mille livres. Une si grosse dot aurait aussi évité les embarras dont nous parlerons plus loin. Aucune considération ne fléchit Louis.
Quant à Louis XI, il se borna à continuer à Jeanne^ sous le nom de M. de Linières, une pension dérisoire, 1,200 livres, qui ne suffisait pas à l'entretien le plus modeste de la maison. M. de Linières dut y suppléer sur sa fortune personnelle, et encore Jeanne se trouvait réduite à l'état le plus misérable, le plus indigne d'une fille de roi. On ne payait pas les gages de sa maison et ses gens ne continuaient à la servir que dans Tespérance de pouvoir, en restant chez elle, arriver enfin un jour à toucher leurs arriérés. La pauvre enfant portait des robes de camelot vulgaire, souvent percées au coude.
Pendant ce temps, le roi payait à la duchesse douairière d'Orléans une pension annuelle de 11,000 livres, gage de docilité ; il donnait à M"* de Beaujeu 10,000 livres par an *,
1) Quittance de 1482 (K. 72, no 76). Pierre n'avait reçu d'abord que 8,000 (K. 72, n® 26. — 1479). Un détail curieux témoigne, étant donnée Técononiie extrême de Louis XI, de sa préférence pour sa fille Anne.. C'est un compte spécial des dépenses d'Anne de France « a présent femme de M. de