‹ Histoire de Loius XIIChapitre 13 sur 20 · CI). XIII · texte numérisé non relu

CI). XIII

4) \\ parait probable, étant donné le retour de Charles VIII aux conseils

vais rapports »... Charles fit mander les baillis de Normandie ^ pour ouvrir une enquête.

Le duc d'Orléans quitta Rouen le 3 février*, pour aller retrouver le roi. Sa santé était si mauvaise qu*il ne pouvait marcher qu'à petites journées, avec d'extrêmes précautions ; il n'arriva que le 6 février à Paris, où il s'arrêta quelque peu*. Il voyageait avec apparat, toujours escorté de vingt et un archers de sa garde particulière et d'une suite de vingt-cinq chevaux et onze mulets. Plusieurs gentilshommes de la maison du roi le suivaient*. Il ût un nouveau séjour à Moulins avec

de sa sœur, qu'une partie des avis donnés au roi pour sa conduite en général, et plus spécialement envers le duc d'Orléans, émanaient de Madame de Bourbon elle-même. Nous avons vu combien, lors de sa régence, elle avait énergiquement tenu au maintien des rapports de Louis d'Orléans avec sa sœur Jeanne, combien peu elle avait apprécié, en 1484, Masselin et le parti libéral. Ses avis durent servir de canevas aux intrigues contre le duc.

1) En quittant Rouen, il fait les dons suivants : « A ung menuysier qui a fait unecheze pour monseigneur, a lénifies estatz a Rouen, argent xxiii s. — A ung medicin de Roueu, qui a guery et gouverné Comminge, page de monseigneur, qui estoit malade... (d'une maladie honteuse), argent vu 1. V s. t. — A monseigneur, pour offrir devant Nostre Dame de la Rotonde de Rouen, argent xxxvi s., m d. » {TU, Orléans, 999).

2) KK 897, 274 : lettres de Paris, contresignées Gotereau.

3) Il vint à petites journées. Le samedi 3 février, il partit après dîner, soupa et coucha aux Andelys à l'hôtel du Bratz-cTOr; on mangea cinquante-six douzaines de pain, trente-deux livres de beurre, trois cent cinquante œufs, deux cent cinquante harengs et quantité de carpes, brochets, anguilles, lamproies, etc. (Tit, Orléans, 863). La dépense est de 109 livres. Le dimanche 4, il dîne aux Andelys, soupe et couche à Magny; le lundi 5, il dîne à Magny, soupe et couche à Pontoise (Tit, Orléans, 999, 1000 : dépenses de ces deux jours, 54 livres 7 deniers et 48 livres 15 sous). Les habitants de Pontoise lui offrent deux poinçons de vin. Ce jour-là il a, dans sa suite, vingt-trois chevaux et douze mulets. La dépense du 4 est de 54 livres 7 deniers, celle du 5 de 48 livres 15 sous, sans compter la dépense de Salonion de Bombelles portée à part, y compris diverses dépenses extraordinaires. Louis donne partout de larges pourboires. Le 5, on consomme un quartier de bœuf, un veau, six moutons et demi, dix-sept chapons, quatre perdrix, deux bécasses, trois connins, trois chevreaux, vingt et une livres de lard à larder, deux livres de lard u à potage ».

M)i) HISTOIRE DK LOUIS XI!

le roi, très ooiirl cette fois. Il voulut suivre Charles VIII sur la route dt» Lyon, où l'on préparait encore une expédition sur Naples K En passant à La Palisse, il éprouva une faiblesse et dut s'arrêter; on lui envoya un médecin en toute hâte.

Charles VIII ne se portait pas beaucoup mieux*. Au retour, le duc le suivit jusqu'à Bourges. Leur mésintelligence allait croissant. En traversant le Nivernais, les princes s'arrêtèrent chez Claude Legroin'. Charles VIII, devant le duc d'Orléans et le sire de Polignac, lisait pieusement un livre de confession : tout d'un coup, il s'arrêta, et, montrant au duc le chapitre de la Luxure : « Mon frère, dit-il, ce livre parle bien à vous ». Le duc repartil en termes amers, grossiers même, qu'il n'en serait pas ainsi si on lui donnait une autre femme. Le roi devint tout rouge, fit un geste de courroux, puis il se retint et baissa la tète*.

De tels rapports devaient amener un éclat. Le roi, cédant aux suggestions de Ludovic le More, voyait dans le duc d'Orléans et Tri vulce l'obstacle à sa réconciliation avec Ludovic ; il se résolut à les sacrifier. Malgré les protestations de Louis et du cardinal <rAnihoise% on se sépara en très mauvais termes. Le roi rontra à Amboiso; le duc se retira aux Menti Is-les-Blois,

1) ('.har'u»s VIII aniiont^'a à Trivuice son arrivée à Asti pour Pftques en termes si ronnels que Trivuice abandonna le projet d^aller à Musocco rejoinlre les Suisses avec lesijuels il avait passé un traité personnel d'alliance (Hosmini), traité, du reste, qui cadrait mal avec le rapprochement du roi et de i^udovie.

'J « Pii'.iiam adolesoenliam Caroluscum parum caste egisset, vires illi intabwerant iia ut anle paueos menses quam moreretur macilentia eztenuatus al<jiie elTirtus • lV.>ctus; preleritas intérim detestari voluptates» {R. Gaguin, Suj>' r Fidiir. Ot->tis),

3) Vu iioiunie (iurrin le Groin, très connu alors, avait été bailli de Saint- Pierre-!. «-Moulier (.I»'an de Troyes).

4) .It'iinuf de F/m/i'v^ p. 2j(k

5) Saiiii-inlais. CA'. dans JuursanvauUy no 404, mention d*une ambassade du fluc d'Orléans on Louibardie, en 1407.

près de sa femme, fort meurtri, n'osant plus paraître devant le roi, voyant ses amîs en disgrâce et attendant lui-même d'un instant à l'autre un ordre d'exil*. Ses ennemis à la cour chantaient victoire et, selon l'expression de Saint-Gelais « rompaie7it les oreilles du roi » de ses méfaits : c'était le bruit commun qu'il « se tramait » contre lui « quelque chose de sinistre » ; le roi devait « lui oster ses archers et ses gens, et l'envoyer ailleurs, et M^de Rouen à Romme* », après les fêtes de Pâques. Le lundi 2 avril, Trivulce reçut du roi Tordre de quitter Asti et son service : une lettre du duc d'Orléans au trésorier d'Asti confirmait la disgrâce '.

Depuis quelques jours, Charles VIII se trouvait souffrant; ses médecins, constatant des tendances à la congestion, l'engagèrent à des précautions II n'en fit rien; le malin du 7 avril, samedi, veille de Pâques-Fleuries, il alla à la chasse, revint tard, se fit laver la tête, dîna*, monta chez la reine et descendit rapidement avec elle dans une vieille galerie abandonnée du château d'Amboise*, où était provisoirement installé un jeu de paume, et que la reine ne connaissait même pas. En y entrant, il se frappa la lête contre le dessus de la porte, qui était très basse. Il ne s'en plaignit point et regarda jouer, en causant : « Il espérait, disait-il^ ne plus jamais commettre de péché, véniel ni mortel, s'il pouvait. » Comme il prononçait ce mot, il tomba à la renverse, et perdit la parole.

1) Il était aux Monlils le 3 avril, et Jean de Louan, gouverneur d'Orléans, son ancien conseil de la guerre de Bretagne, était de nouveau son principal conseiller (KK 897, 256 v°). Ce même jour, 3 avril, il obtint du roi un remboursement de 5,000 livres u sur ce que luy prestasmesa Verseil, et ce oultre autres sommes dont il nous a nagaires fait appointemenl » (fr. 20379, p. 60). Le 2 février il avait touché 22,000 livres, moitié de sa pension {id,).

2) Jeanne de France, p. 243, 246 ; fr. 19602.

3) Da Faullo (qui était alors à Asti et se dit témoin ocula're).

4) Burchardi Diarium^ t. II, p. 456 : Commines.

5) Appelée Hacquelebac ou Hacquelebant, du nom du capitaine que nous avons cité plus haut (p. 4).

402 IlISTOlUl!: DE LOUIS \u

Colle scène se passait vers deux heures après-midi. La reine et tous les assistants s'empressent; on porte le mourant sur une paillasse, dans celte galerie malpropre, ouverte à tout venant. 11 fallut euliaîner la reine dans sa chambre, presque de force. Les médecins accoururent; ils déclarèrent le mal sans remède. A peine le roi parut-il, deux ou trois fois, recouvrer la parole; on l'entendit alors balbutier quelquesprièresàla Vierge, à saint Claude, à saint Biaise. Il expira* vers neuf heures du soir*.

Louis d'Orléans était roi'. C'était le 7 avril 1498; 7 avril 141)7, selon le slyle français contemporain, Tan S4S9 de la création du monde selon les uns*, 6899 selon les aulres^

Rarement vit-on un deuil semblable. La soudaineté du coup suus lequel succombait un prince de vingt-sept ans, le brusque changement qui en résultait, les sages dispositions récemment marquées par le feu roi, sa loyauté, sa générosité, sa bonté vraiment rare et parfaite, tout s'unissait pour arra-

\) Charles VlU mourait d'une altauue d'apoplexie (ou catarrhe), d'après ruiiaiiiinitt* des témoignages (Commines, Guichurdin, Michel Ris {De regibus)^ B^ipchard, Joan Bouchet, Jean de Sainl-Gelais, Octovien de Saint-Gelais, Cronarn di (icnoim, di Aless. Salvago, publ. par Desimoni, p. 79 ; lettre de Du Bouchage, cilée par M. de Mandrot, Ymbertde JBaf arm/y, p. 208). L'historien de Bavard et Nie. Gilles parlent d'une « faiblesse, » sans préciser. J. de Sainl-Golais affirme que l'attaque eut lieu instantanément après le coup. Commines dit, au contraire, que le roi ne cessa de causer, il cite ses paroles ; son récit recueilli deux jours après, à Âmboise même, paraît plus digne de foi qu'aucun autre. Cependant les Vénitiens afTectèrent de la mort du roi une joie tellement vive qu'on les accusa de l'avoir empoisonné. On se rappela même que, peu avant l'accident, Charles VIII s'était approché un fruit (lu Midi, une orange, du visage... (Lamansky, Secrets d'état deVenisef p. 300). Aussi Belieforest attribue sa mort à « une orange empoisonnée. »

2) y store Aîithonine (fr. 1371, f» 293) : Commines. « Infra octo boras », (lit le Diariian de Burchard. La lettre officielle de Louis XII à la reine de Ca.stilie (II. di' la derrière. Le XV h siècle et les Valois, p 4), porte w 1 heure du soir », d'après M, le comte de la Ferrière.

*,)) (l(.)mmiiied.

i) Jules Tahuel, Ilisloricd franciw rcgum genesis, p. 31 (Lyon, 1560, in-4»).

5; Ystore Antkoninc,

DERNIÈRES ANNÉES Û£ CHARLES Vm (1495-1498) 403

cher des larmes. On oubliait les défauts de celui qu'on pleurait. A aucune époque la France ne se montra aussi docile^ aussi fidèle, et ne se solidarisa autant avec son roi qu*à la fin du xv siècle. La mort du roi, c'était le deuil de tout le monde.

Dès qu il eût expiré, ses chambellcuis lui rendirent les derniers devoirs, établirent son corps sur un lit de parade : les chanoines de Saint-Florent d'Amboise, les cordeliers et surtout les Bonshommes ^ ces fils spirituels de François de Paule, protégés du roi qui leur avait donné leur couvent d'Amboîse, se relayèrent au chevet, pour y réciter des prières.

Au premier bruit de l'accident, Louis d'Orléans vint à Blois. 11 y reçut coup sur coup des nouvelles par divers chevaucheurs, et, entin^ dans la nuit, il apprit que le roi n'existait plus. A cet avis, le duc sanglota et se répandit en louanges du défunt \

Naturellement, « tout homme courait vers le duc d'Orléans * )). Le château de Blois se vit assiégé dès Taube par une foule de solliciteurs, désireux, les uns de ne point sortir des offices et pensions, les autres d'y entrer. Le sire du Bouchage, Tun des premiers arrivés, fit au château « récit de toutes les choses comme elles estoient advenues '. »

Durant la nuit, des chevaucheurs d'écurie partirent dans toutes les directions porter aux commandants de forteresses Tordre de « tenir bon et de faire bonne garde » .

Louis éprouvait une vive émotion, car Charles VIII avait le don de se faire aimer, et ceux même qui pouvaient se plaindre reconnaissaient sa douceur et sa droiture d'intentions \ Il courut à Amboise dès le matin, en témoignant un grand chagrin ; on le reçut comme le roi. Il monta à la chambre

1) Sainl-Gelals.

2) Commines.

3) Mandrot, ouvr, cUéy p. 207.

4} Commines.

de paradtî, à Tentrée de laquelle il fit une grande révérence ; après avoir jeté de Teau bénite sur le corps et dit une prière, il se relira*, en pleurant a moult chauldement ■ » . Il ne voulut pas se présenter chez la reine', qui se trouvait dans un état de douleur et de prostration complètes : Anne de Bretagne était accroupie par terre, refusant obstinément toute nourriture depuis vingt-quatre heures, et faisait mal à voir. Louis d'Orléans envoya pour la réconforter M. de Saiut-Malo, fort inconsolable, lui aussi, de la morl de son maître, et l'évêque de Condom, Jean de la Marc, personnage universellement estimé pour son talent d*orateur et sa sainteté. Saint-Malo fondit en larmes, à la vue de la reine. La malheureuse femme, qui restait veuve, sans enfants et sans parents, isolée dans le monde politique, à vingt ans, se jeta dans ses bras, et ils confondirent leurs sanglots. Jean de la Mare l'exhorta doucement au courage; il la décida à accepter quelque nourriture*.

Louis d'Orléans résolut de donner aux obsèques du roi une solennité sans pareille. Après avoir passé la journée à Amboise et veillé aux mesures les plus urgentes % il revint au château do Blois. (Vest là que, le lendemain, lundi de la Passion, 9 avril, la garde royale^ et une nombreuse réunion où Ton voyait des seigneurs, des courtisans, des personnes accourues des points les plus divers, le saluèrent roi de France '.

1) Saiiit-Gelais.

2) Cl. (le Seyssel, i//s/. singulicre du roy Louis XII, Paris, 1587, p. 46.

3) Suint-Oelais dit, au contraire, qu'il s'y présenta, « en s^oCTranl à elle ». Saint-riclais coiifoncl certaineinent avec la di-marche, toute courtoise et mieux l)lacéo, (juo Louis fit, auprès de la reine veuve, quelques jours plus tard.

4) Tioliori, f"^ 38 : Brantôme : Le Ferron. Ce dornier reproduit môme ud long discours, fort ampoulé, qu'il prête à Jean de la Mare.>

5) Saiiit-Gt'lîiis, T)) G ni cl jardin.

7) Sanuto.

Il resta à Blois jusqu'au 17 avril', plongé dans le grand labeur des premiers moments, et, plus d'une fois, pendant ces jours, il fil la route d'Amboise. De là il se rendit à Orléans ', pendant les obsèques du roi. Il tint à rester duc d'Orléans jusqu'au jour où le cercueil de Charles VIII disparut dans le caveau de Saint-Denis.

Charles VIII laissait ses finances dans le plus complet dé* sordre'; les comptes de la maison royale pour 1495 et 1 496 n'étaient pas réglés ; les dettes les plus urgentes de l'administration intérieure restaient en souffrance, au grand détriment du service* ; les comptables à tous degrés se relâchaient de la régularité des écritures* ; le roi n'obtenait d'ar-

1) Pour le 9 et le 10, V. Saint-Gelais ; pour le 11, M. de la Perrière, Le X\h siècle et les Valois, p. 4; pour le 13, Ordonnances, t. XXI, p. 21; le 14, Godefroy, Histoire de Charges VUl, p. 746. Le 15 était le jour de Pâques. Pour le 16, Gozzadini, Memorie^ doc. 67, Desjardins, Négociations^ t. II, 12. Pour le départ du 17, lettre d'Y. de Batarnay, publiée dans nos Procédures politiques du règne de Louis XII, p. ll.'>3.

2) Claude de Seyssel dit qu'il fut à Amboise encore le 9; une lettre de lui à Isabelle la Catholique, pour annoncer son avènement et la mort de Charles VIII, est datée d'Escures, près Blois, le mardi 11 avril. Celte lettre, qui appartient au British Muséum (fonds Egerton), a été publiée par MM. Leroux de Lincy (Vie d'Anne de Bretagne, t. III, p. 103), et de la Perrière (à l'indication ci-dessus), mais avec quelques erreurs. Au lieu d'JSscureSy M. Leroux de Lincy a lu Esvrey, et traduit Évry : M. de la Perrière a reporté cette lettre à une autre année que 1498. Il est à remarquer, du reste, que le 11 avril 1498 était un mercredi et non un mardi. Il est fort probable que la lettre préparée le mardi en chancellerie ne put être signée qu'à la hilte le 11 par le roi, en passant sur la route d'Amboise, à Escures, simple lieu de relai, où il ne séjourna pas certainement.

3] Dans sa détresse financière, il avait cependant fait équiper à nouveau, de la façon la plus luxueuse, avec des garnitures d'orfèvrerie dorée, les deux cents archers français et écossais de sa garde (ms. Clairambauil 224, n^ 359). 11 avait appointé à Alain d'Albret 24,750 liv., en Bretagne, en Languedoc et à Narbonne (reçu d'Alain, du l*'mars 1498, id,, n^ 362).

4) Pr. 3087, fo 94; fr. 2926, f" 71 et suiv.; fr. 2914.

5) La commission judiciaire instituée en 1485 pour la réformation de la justice en Languedoc n'avait pu être remboursée même de ses frais (Reg. des Etats du Languedoc, en 1502).

406 msTOTRE DE tons xn

gcnt que par des emprunts ou des impôts forcés, au jour le jour. Éprouvés par un hiver très rigoureux, las d'une lutte si rude, les paysans saluèrent la mort du roi, que pleuraient les courtisans, comme le signal d'un affranchissement des tailles*. On vit les paysans de TAunis organiser sur l'heure un vaste complot, pour ne plus payer aucun impôt jusqu'à la fin de Tannée, et, s*il le fallait, résister par la force aux sergents des élus*. Et cependant le trésor royal se trouvait vide, au point de ne pouvoir faire face aux obsèques ordonnées par Louis XII : le nouveau roi se chargea de les payer sur ses biens patrimoniaux* ; dès son arrivée à Blois, il écrivit aux gens des Comptes de Paris, qu'il voulait « sur toutes choses » qu'on déployât le plus d'honneur et de solennité possible aux obsèques de son « tros cher seigneur et frère le roy* ».

Louis XII chargea Louis de la Trémoïlle de conduire le deuil, comme premier chambellan, avec toute la maison royale, et le cardinal de Gurck, Raymond Péraud, si attaché à Charles VIII, d'officier avec huit ou dix évéques ; dans les villes situées entre Amboise et Saint-Denis, et finalement à Notre-Dame de Paris, on devait célébrer, par de pompeux services, le passage du cortège. Le roi fît plus ; il envoya des chevauchcurs commander des services dans les principales églises du royaume"*.

Frère Laurent Bureau% provincial des Carmes deNarbonne,

1) Fr. 20108, 460.

2) JJ 2:w, f»> 71.

3) Sainl-(}elai8 : Cl. de Seyssel, Les louanges du roy Loys JCfi"*, p. 134 Cf. un paiement de 2,00) livres à Pierre Fauchet, pour lei obsèques do Charles Vlll, le 20 septembre iA9S (CataLJoursanv,, 203).

4) Porter. Fontanie.i : Godefroy, p. 746 : Ordonnances, XXI, p. 21, n. 3.

5) Ordre envoyé an Piiy, où on les Ct5 éhra en grand apparat. V. la description dans le Liber de Podio, d'Et. Médicis (publié par Chassaing, 1,266).

6) C'est par erreur que Commines indique à deux reprises Jean de Rély comme confesseur du roi. Jean de Rély avait cessé de remplir cet ofHoe.

DERNIÈRES ANNÉES DE CHARLES VHI (i 493- i 498) 407

confesseur de Charles VIII, resta confesseur de Louis XII et reçut de larges gratifications \

Le grand écuyor Pierre d*Urfc, chargé d'organiser les cérémonies, comme il convenait à sa fonction, élabora une ordonnance,(\yï\\ fit imprimer, pour guider chacun des participants', fixer la tenue, les préséances, Tordre de marche de chacun. Les obsèques de Charles VIII no coûtèrent pas moins de 43,000 livres : mais elles sont restées comme un type de la pompe dune cérémonie de ce genre '.

Au bout de quelques jours, le corps du roi remplaça son effigie dans lacliapelle ardente; on le couvrit d'un poêle de drap d'or, à croix blanche, à bordure d'hermine et de velours rouge fleurdelisé, avec un dais de velours noir à croix blanche ; les insignes de la royauté posés sur le cercueil. La porte était ouverte; tout le monde pouvait entrer, les diverses églises se relayaient pour chanter des offices.

On transporta enfin le corps à Téglise Saint-Florentin, où eut lieu le premier service, le mardi de Pâques, avec un apparat sans égal. Vingt-cinq messes furent célébrées à la fois, tandis que, détail touchant, la confrérie Saint-Nicolas célébrait aussi, suivant sa coutume, un service pour le confrère royal trépassé.

1) K. 77, n» 25. Vincennes, 14 mai 1498. Patentes donnant à frère Laurent Bureau, pour services rendus à Charles VllI et au roi depuis son avènement, « le revenu, profit et émoluments de nostre bourse ordinaire », et la moitié des collations '< que nous avons le droit de prendre en nostre chancellerie », comme s'il était notaire-secrétaire du roi (expéd. d'un vidimus de Lyon, 4 déc. 1503).

2) Ordonnance faicte par me$sire Pierre Durse (Durfé) pour lenterrement du corps du bon lioj/ Charles huytiesme, s. 1. n. d., in-4o, 12 feuillets ; plaquette rare, dont un exemplaire se trouve dans un recueil delà Bibliothèque Sainte-Geneviève, aux armes du président De Tbou : réimprimée en 1874 (Paris, in-12), et dans les preuves de VHistoire de Charles VllL

3) V. le long récit donné par Gaguin, livre XI; la. Mer des Histoires; lé Cérffmonial françois ; Godefroy, Hist. de Charles VIII, p. 753 ; fr. 4339, 4340, 4341, 4317, f* 35, etc.; le récit du greffier du parlement (cité par M. de Mandrot), X*» 150i, les 21, 29 avril et 17 mai 1498.

La ville et la confrérie voulurent escorter, avec des torches et des bougies, le corps de Charles VIII depuis sa sortie du château jusqu'en dehors des faubourgs \

Nous ne décrirons pas en détail Tordre du cortège officiel. Vingt-quatre officiers portaient le cercueil, avec vingt-quatre archers de la garde, torches en main. Après la levée du corps, faite par le cardinal de Gùrck, quatre évêques et bon nonribre de religieux, s'ébranla la longue suite des huissiers du roi, trompettes, hérauts, sergents, rois d'armes, maitres des requêtes; le grand écuyer portant Tépée du roi : le clergé : le corps, entouré de quatre cents pauvres en deuil avec des torches : les princes du sang et une foule d'officiers ou de seigneurs, évalués au chiffre de sept mille •.

MM. du Bouchage, de Piennes, de Vesc, du Moulin, comme chambellans, portaient les quatre coins du poêle d'or. Quatre autres personnages, MM. de Mauléon, do^ Montauban, de Rocheforl, de Ravelf portaient les coins d'un autre poêle de velours noir. Vingt-quatre Suisses, armés de hallebardes, escortaient les princes du sang'. Claude de la Châtre tenait le guidon du roi, roulé autour de la lance.

Sur les roules que devait suivre le cortège, toute circulation était suspendue deux heures d'avimce. Vingt-quatre archers à cheval s'en allaient attendre l'arrivée du cortège à l'entrée do chaque village et Tescorlaient avec des torches jusqu'àTéglise,

1) Invrnt. dr$ avrhivcs d'Amhoise, par M. l'abb? Chevalier, CC 113,200.

2) Vordr,'. et pompe ils ob.'iecques et funt^railles du Roy Charles huitiesme^ ms. ori^^ conliMnporain, fr. 4S39, r°* 1-9. Ce récit, inédit, donne des détails que l'on ne peut naturellement trouver dans l'ordonnance deD*Urfé, préalable à la cérénionie,..

3) Kn l'absence du roi, les princes du sang n'étaient représentés que par le jeune comte de Montpensier, et par les jeunes comtes de Guise (de la maison (rArmaf^nac), et de Dunois, le sire d'Avesne (fils aîné du sire d'Albret), le duc d'Albnnie («le la maison royale d'Kcosse). Le duc de Bourbon ne les suivit pas.

OÙ se faisait une halte, pour une cérémonie réglée d'avance, avec une lenteur majestueuse.

Le cortège arriva le samedi 20 avril à Notre-Dame de Cléry ; il y passa la journée du dimanche, pour le service solennel, et en repartit le 22 *. Charles VIII était resté fidèle au culte de son père pour Téglise de Cléry, quil avait, lui aussi, enrichie des témoignages de sa dévotion '. On y laissa son cœur, déposé dans un pelit coffret de plomb^ sous les dalles, en face du tombeau de Louis XI '.

On arriva le 28 à Notre-Dame-des-Champs, près Paris. Une grande plateforme était dressée, où l'effigie de Charles VIII, le visage moulé d'après nature, la couronne en tête, Vordre au cou, le sceptre en main, avec des bijoux et tout le costume royal, était étendue sur un lit de parade, richement drapé de drap d'or et de velours noir et bleu.

Des gens de la cour passèrent la nuit autour du catafalque. Sur le long parcours qui s'étend de Notre-Dame-des-Champs à Noire-Dame, le service d'ordre fut admirablement organisé et assuré par des conducteurs. Dans toutes les églises de Paris, les chantres et les attachés de la chapelle royale avaient veillé à la pompe des ornements et des autels. Les personnes du cortège trouvèrent leurs logis apprêtés, comme si le roi vivait

encore.

Le 29, lorsque Timmense procession se mit en marche, comprenant tout ce que la capitale comptait de corps organisés, parlement, université, corps municipal, etc., la foule remarquait particulièrement les torches à deux écussons fleurdelisés portées par des pauvres, les postes et messagers du roi, la

1) Lettre de Du Bouchage, de Cléry le 22, publiée par M. de Mandrot,

2) Lat. 17138, f» 30.

3) Recherches historiques faites dans Véglise de Cléry, par M. le comte de Balby de Vernon, Mémoire lu, le 17 avril 1873, à la réunion des Sociétés savantes f à la Sorbonne.

4i2 HISTOIRE DE LOUIS XII

ment au service do Cléry, avec le duc Pierre de Bourbon*.

Cette grande cérémonie, malgré les précautions minu< lieuses de D*Urfé, ne se passa point sans difficultés de toute sorte. Le 28 avril, il avait fallu, à la demande des intéressés, vérifier les privilèges de préséance présentés par chacun. On avait répandu dans la ville un ordre de cérémonie, qui causa une grande rumeur dans l'Université, parce quMl paraissait contraire à son rang traditionnel. L'Université convoqua les imprimeurs pour savoir de qui émanait cette pièce exécrable ; personne n'ayant osé en avouer la paternité, elle la fit solennellement brûler durant les obsèques*. A Tentrée de Notre- Dame, Tévêque de Beauvais, comme pair de France, protesta violemment contre le rang qu'on lui assignait parmi les autres évèques : D'Urfé s'interposa pour éviter un éclat, mais Tévêque fit dresser procès-verbal de ses protestations'.

D'Urfé aurait désiré que l'honneur de tenir les coins du poèlc revînt, en partie, à quelques-uns des principaux personnages de la cour : le Parlement s'y opposa formellement et en revendiqua pour ses présidents seuls tout Tbonneur. Mais la basilique de Saint-Denis fut le théâtre de la scène la plus scandaleuse, qui eut pour héros D'Urfé lui-même. Sitôt la cérémonie achevée, le grand écuyer fit enlever par ses gens tout ce qui se trouvait sur le cercueil du roi (où il ne laissa que le drap de l'église), c'est-à-dire les poêles d'or, de velours, d'hermine, le ciel de drap d'or, les écussons, le lit, la toile de Hollande, la portraicture du roi, robes, manteau, collier, couronne, sceptre, etc.. Toutes ces dépouilles, suivant lui, formaient le bénéfice de sa charge. Les religieux de Saint-Denis y mirent opposition, au nom de l'abbaye : il en résulta un

1) Saint-Gelais.

2) Du lioulay, Uistoria Universilatis Parisiensis.

3) Heg. du Parlement : ext. fr. 4340, ^ 33, /r. 4339, etc.

procès*, qui ne se dénoua qu en juillet 1501, par la condamnation de d'Urfé*.

Les courtisans^ venus d'Amboise à la suite du corps de leur maître, ressentaient, en réalité, plus d'inquiétudes pour leur situation, et de fatigue physique, que d'émotion. Plus d'un, nourri des bienfaits de Charles VIII et même de Louis XI, éprouvait la terreur d'une réaction qui semblait inévitable : « Fettes bien garder les portes de noz maizons, affin que quelques mauvais garssons n'y entrasset pour nous pillier'», écrit Du Bouchage à sa femme le lendemain de la cérémonie, en guise d'oraison funèbre .

A l'issue des obsèques, le dîner funéral d'usage réunit le parlement et les officiers de la maison royale, dans une salle Du Palais. Le cardinal de Gùrck dit les grâces^ et le sire de Chaumont prononça le licenciement de la maison, au milieu d'une tristesse générale.

C'est un. statuaire italien, Paganini, de Modène, qui fut chargé de l'érection du magnifique mausolée de Charles VIII à Saint-Denis ; on plaça Charles VIII près du tombeau de Carloman, avec une épitaphe emphatique et très louangeuse \

1) K 76, 21-23 : X«* 1506, f» 167 V : Félibien, Hist. de Saint Denys, p. 371.

2) Ce grand rassemblement devint encore Toccasion d'un crime dans une maison mal famée, rue des Graveliers, à Paris. Après l'enterrement du roi, et après souper, un archer de la garde royale française (compagnie Crussol) étant allé, avec des valets de pied du roi, dans cette maison voir une fille, nommée Collette Culdebuchette, s'y prit de querelle avec un serge nt-à- verge du Châtelet qui s'y trouvait ; l'archer fut grièvement blessé, le sergent périt (JJ 230, 23 v«).

3) Mandrot, p. 212.

4) Ce beau monument était un tombeau de marbre noir surmonté de la statue de bronze de Charles Vlll à genoux, en habits royaux ; aux quatre coins, quatre anges de bronze doré tenaient les armoiries du roi, y compris celles de Naples. Tout autour régnait une série de niches, garnies de statuettes de bronze. La statue et les quatre anges furent enlevés et envoyés à la fonderie, en 1792 ; le monument lui-même fut démoli, le 4 août 1793.

414 HISTOIRE DE 1X)VIS Xlt

La mort do Charles VIII donna lieu, à nombre A'épitaphesy de lamentations ou autres compositions littéraires *. Robert Gaguin, jadis ambassadeur^ déplora les vicissitudes de la fortune*, Fauste Andrelin, orateur officiel, formula trois épilaphes', Jean Bouchot*, homme de grand style, célébra le prince pacificateur et brave '^. Simon Nanquier, poète lalin, prit sa plume et peignit avec sensibilité le sort de ce jeune prince, moissonné au milieu des fleurs du printemps, à Tépoque où le rossignol s'éveille, où la nalure rit et se pare d'espérances et de promesses. Il le représenta comme la bravoure même et le fils des preux; bon, protecteur du malade, de l'orphelin , de la veuve; gai, avec la clémence d'Auguste, grave, avec la piété d'Ënée, dévoué au droit et à l'équité :

Le soir du 17 octobre 1793, on ouvrit le cercueil de Charles VIII, posé sur des tréteaux ou barres de fer : on n*y trouva ique des restes d*os desséchés (Berlhevin, Recherches sur les derniers jours des roiSf p. 293| 275).

1) V. aussi les vers cités par Godefroy, Histoire de Charles VHl, p. 103.

2) Compendiuriit lib. XI,

3) Varia Epitaphia^ dans le recueil de Fauste Andrelin, imprimé à Paris le 4 octobre 1504, pour Jean Petit (12 ff. in-4). La première épilaphe est la plus développée :

u Dum sua régna studet cœtu decorare diserlo, Inque omni sanctos œde iocare patres ; Dum pressos nimio populos relevare tributo Et gerere iovicta splendidiora manu, Interceptus obit... »

La dernière consiste en ce seul dystique :

«c Relligio, bonitas, animus, donatio, justum, Hoc sita sunt tecum, Garole summe, loco. »

4) Les généalogies, effigies et épitaphes des rois de France (f*, 1545), fo 64 vo.

5) Petit de corps, de vouloir non pareil, je pacifiai, lui fait-il dire, tous les princes, sauf le duc d'Orléans qui, avec d'autres gens « (dont fault que je me plaigne) », se battit à Saint-Aubin, a et la fut pris par gens de pied rustiques. » Je lutta^, àFornoue, à dix contre un, je délivrai Louis d'Orléans à Novare. « Je fuz courtoys, beninget libéral »,..

DERNIÈRES ANNÉES DE CHARLES VllI (14951498) 415

Non Venus hune mollis, non hune furibunda voluptas Juslicie a reclo delraxit tramile M

Octovien de Saint-Gelais, poêle et courtisan, célébra le triomphateur des guerres do Bretagne, le restaurateur du roi Henri d'Angleterre, le palladium de la Picardie et de la Bourgogne, l'ami de TEspagne et le restituteur du Roussillon^ le prince qui avait fait la guerre dltalie pour une revendication légitime, « non par folye », et transformé le royaume en « Jardin de paix encloz de justice », qui aurait fait davantage encore s'il eût vécu*.

1) Nouv. acq. lat. 169, fo» 80, 81 : Opusculum de funere Caroli Vl/f, cum commento Simonis Nanquerii, Paris, 1606, S» : cf. De lubrico temporis curriculo, Bucolicon de funere Caroli octavi, Paris, 1563; De lubrico temporis curriculo, deque hominis miseridj necnon de funere chnstianissimi Régis octavi, cum commento familiari^ éd. gothique, s. d.

2) Fr. 1721, fo» 34-35, épitaphe de Charles VIII « par un quidam »; elle est Iranscrile dans les Hardiesses des Princes (fr. 10420) comme du « gentil evesque de saincl Gelais ». Elle esL imprimée dans le Vei'gier d'honneurm Cf. fr. 3939. Oclovien de Saint-Gelais est l'auteur d'une composition bizarre : « Complainte sur la morl de Charles VIIJ » (fr. 13761). Après un prologue long et lourd, apparaît la France (suivant Tusage), qui, naturellement, remonte au siège de Troie, pour montrer que tout le monde meurt, et passe aisément en revue, depuis cette époque, un certain nombre de grands hommes disparus. Ensuite vient une espèce de chant de la Mort, dont les premiers vers ne sont pas mauvais :

u Mort est de soy le royal fondateur, De liberté le vray restaurateur, Le seur Hen de paix et de concorde, D'amour parfaicte divin augmentateur. »

La France convie toutes les professions et tous les pays à pleurer :

« Pleurez, thiares et chappeaulx.

Croix, crosses, mitres a troupeaulx,

Voz joyaulx,

Vos sandaulx,

Voz manteaulx.

Et voz seaulx

Ont perdu leur tresp^r insigne,

Qui tant digne,

Lo parlement de Paris aussi, qui avait si énergiquément tenu bon contre le roi en 1493, délibéra, le dimanche 29 avril, un hommage respectueux à sa mémoire. Il déplora la mort de Charles YIII, heureux et victorieux, puissant, aimé, plein de bon cl haut vouloir, qui, en quatorze ans, a reçu et pacifié les divisions, réconcilié princes et sujets, « lesquelz n'estoient pas en petit nombre qui, par mauvais conseil, s'esloient par un temps esloigncz de luy, sans ce que, depuis et de tout son règne, de quelconque faulte qui fut contre luy commise, il en ait voulu prendre vengeance » : du roi bénin et clément à tous, patient, endurant, qui a conquis la Bretagne, et dont la chevaleresque conduite contre presque toute Tltalie est à jamais digne de mémoire *. Loin de s'opposer à ce concert de louanges ou de s*en offenser, le nouveau roi en donnait Tcxemple.

Quelques années plus tard, le fonctionnaire dévoué du nouveau règne, son écrivain patenté, Claude de Seyssel, résumera ainsi la carrière de Charles VIII : « Jaçoit qu'il ait esté un bon prince, plus noble et plus grand beaucoup de cœur que de corps, convoiteux d'honneur et de gloire, et désirant toutes choses bonnes et honnestes autant que son aage a peu porter^ doux, courtois et béning, libéral à ses serviteurs et amis, humain et gracieux à toutes gens, et dès qu'il eut commencé à faire de grans choses et vertueuses, tellement que Ton pouvoit espérer de luy tout ce que Ton peut d'un bon

Qui tant bénigne.

Qui lanl ensigne

El mode encline

Faisait voz monstres grans et beaulx. »

Voilà comment on arrivait k un évèché et à des bénélîces. Quand la France a fini (Je parler, il faut encore procéder à l'audition d'une « voix divine », puis « l'acteur » déclare que c'est fini.

1) Fr. 4339, 1<^ il. Le parlement abordait ensuite les questions de préséance.

prince, s'il eust vescu aage d'homme, loulesfois estant défailly en la fleur de jeunesse, et lorsqu'il commençoit à entendre son cas et prospérer, ne peut en aucune manière son règne, estre comparé à celuy du Roy qui est à présent... * »

Ici s'achève Thistoire des trente-six premières années de l'existence de Louis XII.

Jusqu'à présent, on a pu s'en apercevoir, le récit de cette carrière princière nous a retenu bien souvent dans les menus détails de la vie privée, dans des données, pour ainsi dire anecdotiques. Un nouvel horizon, maintenant, se découvre; s'il plaît à Dieu, nous allons plus largement nous mouvoir dans les grands espaces de l'histoire, et, au-dessus des hommes, audessus du détail pittoresque des choses, voir la France même.

Louis XII arrivait au trône, mûri, formé par les vicissitudes amères que nous avons racontées, par mille heurts^ par des difficultés incessantes de toute nature, par une dépression permanente. Les difficultés tenaient à deux causes, qui se résument en une seule : la situation fausse du premier prince du sang, héritier éventuel de la couronne, trop haut placé pour rester étranger à la politique, et, en même temps, pour ne pas s'en trouver systématiquement exclu.

Pénétré de la grandeur de sa race, héritier d'une maison acculée, de père en fils, au rôle ingrat de chef des mécontents, si ce n'est des révoltés, Louis apportait nécessairement sur le trône des traditions toutes différentes de celles de la maison royale ; un plus grand souci des choses intellectuelles, de ces questions d'art, de lettres, de sciences, où la maison d'Orléans avait dû rechercher le lustre et l'occupation que lui refusait la politique; une conviction profonde et vécue des inconvénients du pouvoir trop absolu, inconvénients diffi-

1) Lu Roy Charles huktiesme, et de ses gestes, Histoire du Roy Loys XII, édilion de 1587, p. 54 et s.

elles à comprendre pour Thonime destiné à régner (Louis XI par exemple), mrme quand il eu a souffert, mais incarnés dans une race, li)rs(]ue, traditionnellement, cette race en a élé noiirr'hi [dus <]ue pcM'sonne, quand elle les a plus durement ressentis que le dernier des paysans. Le fils de Louis et de Charl«\s d'Orléans ne pouvait (juc porter au pouvoir, avec des ambitions particulières, le besoin de calme, de régularité, de repos, et un esprit tempéré.

A cette première cause, éloignée, de la disparité des tendances, s'en joignait une autre, personnelle à Louis XII, quoique se rattachant intimement à la première. Son existence avait été entièrement faussée par le mariage que lui avait imposé Louis XI, comme couronnement d'une politique, bientôt séculaire, de défiance. Sous Louis XI, sous la régence de Charles VIII, comme au fond des dernières difficultés qui allaient encore, en 1498, mettre aux prises le duc d'Orléans et le roi sans animosilé personnelle, partout on retrouve celle cause de désarroi et de désespoir.

x\insi, si Louis XII s*était agité et s'il avait été souvent coupable, il avait beaucoup souffert; c'est pourquoi il s'était remis aux mains, douces et réconfortantes, de son ami Georges d'Aniboise. La France, aussi, dans tout ce xv* siècle, s'était beaucoup agitée et avait beaucoup souffert. Après taat d'orajji^es, de labeurs, après avoir si souvent jeté à travers les bourrasques une semence inutile, l'heure était venue, pour elle, (le jouir d'un large rayon de paix et de soleil. Les fleurs (Ir l'arl, (Ip l'esprit, allaient édore et s'épanouir, pour une moisson ib', plus. 11 fallait que le moissonneur do la Provîdrnci* dans ce monde nouveau appartint à une race nouvelle et qu'il eût pris pari à la peine.

Quittance des chantres de Charles d'Orléans

(Tome /, pages 88, 97, 347,)

Nous avons signalé le goût de Charles d'Orléans pour ses chantres, sa situation lors de la naissance de sa fille Marie; nous avons mentionné Charles d'Arbouville, chambellan, homme de confiance de Marie de C lèves; Charles dArbouville fut nommé, le 30 janvier 1464-1465, gouverneur d'Orléans, d'où il dormait à la duchesse des nouvelles de la cour * .

Je Charles d Aibouville, chevalier et chambellan de monseigneur le duc d'Orléans, de Milan, etc., confesse avoir receu aujourduy de Jehan Vigneron, commis par mondil seigneur a Toffice de son trésorier, la somme de xxvii s. vi den. t., laquelle j'avoye baillée par le commandement dudit seigneur a ses chantres, pour don a eux fait par ledit seigneur pour avoir dit et chanté pour icellui seigneur sapiencia*, Tesmoing mon seing manuel, cy mis le xv' jour de décembre, Tan mil cccc cinquante et sept.

Darbouyille.

(Oiig., litres Arbouville, n« 11, à la Bibliothèque nationale de Paris.)

1) TU. Arbouville, 12, 13.

2) Sapientia^ antienne de l'office de Noël, qui se chunte le 17 décembre*

Lettres patentes de Louis XI relatives au comté d'Asti

{Tome /, pages 20i et suivantes,)

Nous avons parlé des efforts de Louis XI pour dépouiller la maison d* Orléans du comté dAsti, qu'il voulait attribuer à Sforza ou^ tout au moins, comprendre dans la dot de Marie d'Orléans,

Ajoutons à ce sujet quelques détails complémentaires.

Le Si îiovembre 1461 ^ le duc de Milan répond par une note écrite aux propositions de Jean de Cro'y, accréditée la fois par le roi et par le duc de Bourgogne auprès de lui. Croy a indiqué trois solutions possibles pour régler les prétentions du duc d Orléans sur le duché de Mila7i: 1^ une indemnité en terres; 2^ une indemnité en argent; 3^ la conclusion d'une trêve.

Le duc de Milan, tout en protestant de son droit plein et entier^ se déclare prêt à une transaction^ par dévouement pour le roi y et dans l'espoir de se faire du duc d'Orléans un ami et un protecteur. Il offre de payer une somme raisonnable ; ilprie le 7'oi de faire accorder la main de la fille unique du duc d'Orléans à S071 second fils Philippe-Marie. L'ainé de ses fils est lié par des fuinçaillcs^ impossibles à rompre, à la fille du marquis de M(mtoue ; le troisième doit épouser la fille du roi Ferrand de Ndples; mais Sforza déclare aimer son second fils à l'égal de rainé; il lui assurera un revenu de 25,000 florins. Avec la possession d'Aui et du duché d'Orléans^ Philippe-Marie sera ainsi im grand et puissant seigneur. Il est ^âge convenable j il demande à entrer au service du roi et à sa cour; il a si bon caractère ce qu'il fera vivre My^ d'Orléans dix ans de plusyy. Il avait été question pour lui d'une fille de M'^^ de Savoie; mats M>'^^ de Savoie n'a pas voulu,

A défaut de ce mariage^ Sforza offrait de raclieter les droits du duc d'Orléans sur Milan et Asti.,. [Bibl. nat. de Paris y Archivio S^orzosco).

. V affaire en resta là. Mais Louis XI ne la perdit pas de vue

et ne cessa pas cTinsister près du duc d'^Orléans, L'envoyé mila" nais Emmanuel de Jacoppo écrit au duc de Milan le 9 sep* tembre 1463 que, pour Asti, « le roi a meilleure occasion que jamais. Le duc d'Orléans lui fait des instances pour une question qui le touche fin a l'anima. Le roi a résolu de ?ie pas lui répondre avant que le duc n'ait remis t affaire d Asti entre ses mains » (Archivio Sforzesco). Le roi, en effets tintbon^ et suggéra t abandon des droits du duc d Orléans sur Milan et sur Asti, moyennant une irulemnité de 300,000 ducats. François Sforza accepta avec enthousiasme ; sa joie déborde inconsidérément daiis ses lettres du 2i novembre 1463^ au roi, au duc de Bourgogne, à Jean de Croy, à son ambassadeur Alberico Malleta (Archivio Sforzesco).

Tout en poursuivant si vivement cette négociation, Louis XI se trouvait avoir déjà disposé dAsti, qui ne lui appartenait pas, en faveur dun autre personnage.

Comme nous l'avons dit, il avait jadis projeté à son profit U7i partage du Milanais : il avait intéressé dans ses entreprises Philippe de Savoie, comte de Bresse^ en lui promettant Asti, Philippe ne le tenant pas quitte de sa promesse, le roi, faute d'Asti, dut lui promettre les comtés de Diois et Valentinois, qu'il ne lui donna pas davantage. Il finit, en 1473, par lui conférer les terres du Lauragais, par les patentes suivantes :

Loys, par la grâce de Dieu roy de France, savoir faisons a tous presens et a venir, que, pour consideracion de la proximité de lignaige et affinité, esquelz nous actient nostre très chier et très amé frère et cousin Phelippes de Savoye, conle de Baugye et seigneur de Bresse, et des grans, notables et recommendables services qu'il nous a faitz par cy devant et de plus grans qu'il nous a promis et espérons et cuidons qu'il nous fera cy après, tant a Tentour de nostre personne que au fait de nos guerres et autres nos plus grans et principaulx affaires, en plusieurs manières. En faveur et pour raison desquelles choses, ayons nagaires promis a nostredit frère et cousin la conté de Valentinoys et de Dyois, ou lui bailler autres terres et seigneuries en recompense de la conté d'Asts, que libéralement lui avions donnée, se en povions bonnement recouvrer. A icellui nostre frère et cousin, pour les causes et consideracions dessusdites et autres

a ce nous movans, avons donné, cédé, quiclé, transporté et délaissé, donnons, codons, quictons, transportons et délaissons, par ces présentes, de nostre certaine science, grâce especial, pleine puissance et auctorité Royal, pour lui, ses hoirs et successeurs, nos païs, jugerie, terre et seigneurie de Lauraguez, leurs appartenances et appendances, situées en nostre seneschaucée de Thoulouse, ainsi qu'elles se comportent et ex tendent de toutes pars, tant en villes, places, chasteaulx et fortresses, justice et juridicion haulte, moyenne et basse^ mère, mixte et impere, hommes, hommaiges, lotz, ventes, quinctz, requincts, deniers, foires, marchez, fours a ban, forestz, bois, garennes, rivières, pescheries, estangs, molins, viviers, coulombiers, vignes, prez, pasturaiges, terres lavourables et non lavourables, cens, rentes en deniers et en grains, corvées, et toutes autres rentes et revenues, prouffiz et emohimens quelconques : ensemble la jugerie de Villelongue, située en ladicte seneschaucée de Thoulouse, avec tout le revenu et prouffit d'icelle et des judicatures des baillyes, notaireries, jauleries, les albergues de ladicte judicature, et les gros exploiz de la court du seneschal audit lieu de Villelongue, et généralement tous autres droiz appartenans a icelles jugeries, terres et seigneuries, sans aucune chose y retenir ne reserver pour nous et les nostres, fors seulement les foy et hommaige, ressort et souveraineté, pour lesditz pays, juperies, terres et seigneuries, et leurs dictes appartenances et appendances; ledommaine et revenu desquelles monte et peut valoir, comunes années, la somme de six mille livres tournois ou environ, que Ton dit valoir et monter aussi communs ans ladicte conté d'Astz, avoir, tenir, possider, exploicter et en joyr par nostre dit frère et cousin, le conte de Baugye, sesdits hoirs et successeurs, d'ores en avant, perpetuelement et a tousjous (sic), et autrement en faire comme de leur propre chose et heritaige, en payant les charges et faisant les devoirs deuz et acoustumez, ou et ainsi qu'il appartiendra. Si donnons en mandement a noz amez et feaulx conseilliers les gens de nostre court de parlement establye en nostre pays de Languedoc, de noz comptes et trésoriers a Paris, au seneschal de Thoulouse et a tous nos autres justiciers et officiers, ou a leurs lieuxtenans presens et a venir et a chascun d'eulx, si comme a lui appartiendra, que nostredit frère et cousin et sesdits hoirs et successeurs ilz facent, souffrent et laissent joyr et user, pleinement et paisiblement, de noz presens grâce, don, cession, quictancc et transport, en baillant a icellui nostre frère et cousin ou a ses procureurs ou commis a ce, reaument et de fait, la possession et saisine desdits pais, jugeries, terres et seigneuries de Lauraguez et de Villelongue, et des villes,

NOTES ET ÉCLATRCTSSEMENTS 423

places, chasleaux, forteresses situées et eslans en iceulx et de leursdictes appartenances et appendances, et par rapportant cesdictes présentes signées de nostre main, ou vidimus d'icelles et recongnoissance sur ce souffisant de nostredit frère et cousin tant seulement, nous voulons nostre trésorier et receveur ordinaire de ladicte seneschaucée de Thoulouse présent et a venir et tous autres qu'il appartiendra, en estre et demourer quictes et deschargez par nosdits gens des comptes, ausquelz nous mandons ainsi le faire sans difficulté : nonobstant que lesdits paîs^ jugeries, terres et seigneuries de Lauraguez et de Yillelongue soient de nostre ancien dommaine, que en vueille dire que d'icellui ne povons ne devons donner ou alienner aucune chose, et quelzconques ordonnances faictes par noz predeccesseurs roys de France et nous sur le fait et alienacion d'icellui nostre dommaine, et autres ordonnances, mandemens ou deffenses a ce contraires. Et afm que ce soit chose ferme et estable a tousjours, nous avons fait mectre nostre scel a cesdictes présentes, sauf en autres choses nostre droit et Tautruy en toutes. Donné a Amboyse, ou mois de février, Tan de grâce mil cccc soixante onze^ et de nostre règne le onziesme.

LOYS

Par le Roy, le viconte de la Belliere, gouverneur de Roussillon, les sires de la Forest, du Lude, de Monglat, maistre Jehan Herbert, et autres presens.

Flameng.

(Orig., parch., grand sceau pendant : aux Archives de Turin*.)

Lettre de l*évêque d'Aire au roi Louis XI

{Tome i, page H.)

Vévéque d'Ai?*e, Tristan d'Aiire, se fit Tinstr liment docile de Louis XI pour le mariage de Louis d'Orléans et de Jeanne de

1) Le texte que nous publions a été très obligeamment transcrit à notre nlention par notre ami, M. lô docteur Carlo Merkel, Térudit bien connu.

France, Son caractère se peint dans la lettre qui suitj adressée au roi :

Mon souverain seigneur, je me recommande a vostre bonne grâce le plus 1res humblement que faire le puis. Et vous plaise savoir, mon souverain seigneur, que j'ay sceu, par unes lettres que m'a escriptes mons' le baillif de Constantin, que vous avez esté mal content d'une requeste que je vous ay fait fere de la prébende de Tournay, pour l'occasion de cellui pour lequel en la demandoit. Mon souverain seigneur, vous avez bien eu cause de vous mal contenter ; mais, pour mon excuse et ma descharge, je rescripz le cas tel qu'il fut a la vérité a mondit s' le baillif. Si vous supplie que de vostre bénigne grâce vous plaise loyr et a moy imposer telle pénitence qu'il vous semblera que devray porter. Car je scay bien que je feiz mal d'escripre si legierement, sans estre autrement informé pour qui. Ja Dieu ne me doint tant vivre que je face ne consente aucune chouse qui doye estre a vostre desplaisance! Et pour non vous enuyer, mon souverain seigneur, ne vous en escripray plus au large, vous suppliant, pour Dieu, que ne vueil lés croire en nul rapport contre moy, tant que m'ayés oy, car tousjours me trouvères vostre très humble et très loyal subgect et serviteur, comme tenu y suis et que estre doy. Mon souverain seigneur, je prie nostre seigneur qui vous doint bonne vie et longue, et acom plissement de voz très haulx et nobles désirs. Escript a Romme, le XVII"* jour de novembre.

(Autog.) Vostre très humble et très obéissant subgect et serviteur.

L'evesque d'Ayre.

{Au dos) Au Roy, mon souverain seigneur.

(Orig. ms. fr. 2811, f» 101, à la Bibliothèque nationale de Paris.

Joutes de 1484

{Tome II, page 100.)

Nous avons, à cet endroit de notre récit, donné des détails sur les exploits de Louis d'Orléans, aux joutes de Paris, en 1484, d'après l'histoire manuscrite de Barthélémy de Loches, à la Bibliothèque du

Vatican. Au moment où paraissait le tome II, nous avons découvert dans les manuscrits de la Bibliothèque du palais de TËscurial un récit contemporain de ces joutes, que son étendue ne nous permet pas de reproduire ici, et sur lequel nous nous réservons de revenir. C'est un manuscrit in-4", d'une bonne écriture du xv* siècle, en espagnol, coté E j V 5, de 90 ff. La note finale porte que ce livre fut traduit à Paris de français en castillan, par le commandeur Sancho de -la Fosca, commandeur de la commanderie de Tanpas (?), par le commandement de très magnifique et illustre seigneur, le seigneur comte de Benabente, et achevé à Vihcennes le 25 novembre 4484. Le récit original, en français, avait probablement été tiré en une plaquette imprimée, dont il ne reste plus de traces. Les comtes de Benabente étaient des grands seigneurs de Castille, au sujet desquels les archives de Simancas renferment d'importants documents.

Au f° 59 du manuscrit, une miniature, assez grossière, mais curieuse, représente le tournoi, le duc d'Orléans en lice : auxf'» 59 v°-62, sont reproduits les blasons des jouteurs. Le duc d'Orléans (f* 59 v®) fit, le premier, pendre son écu (Orléans-Milan) le mercredi 21 juillet, et écrire son nom en lettres d'or : Loys. Les deux écus pendus après le sien sont ceux de Jean Baucher, s&'' d'Yvetot [trois têtes de loup^ de sable languées de gueules, sur champ d'argent), et de Jean Martel [lirtis marteaux de gueules sur champ d'or). Puis vinrent une foule de seigneurs, français ou étrangers.

— Erratum. A la fin de la note 3, page 100, tome II, au lieu de « II, 231-247 », lire : « I, 184-231 ».

Pièces de comptabilité intime du duc d'Orléans, relatives aux

RAPPORTS AVEC LA COUR (fin do 1484), AUX ARMEMENTS d'AlEN- ÇON ET A LA RENTRÉE EN GRACE (1485).

(Tome II, pages il 6 et suivantes.)

Je Georges d'Auxi, escuier, conseiller et maistre d'hostel de mons. le duc d'Orléans, de Milan, etc., confesse avoir eu et receu de Jaques Hurault, conseiller, trésorier, argentier et receveur gênerai des finances de mondit seigneur, la somme de unze livres tourn.,[pour ung voiage par moy fait de la ville de Melun a Gien devers le Roy, pour les afl'eres de mondit seigneur, ouquel voiage j'ay vaqué, tant a aller,

42ti HISTOIRE DE LOFIS XII

«î^j.Mirnor i\\i^ retournera Paris devers iceluy seigneur, par Tespace lie nnye j.iHTÔe?. au feur lie xx s. t. par jour, vallant ladite somme de \î ! t., lie 1 1 î'.u-î'e yy n>e tiens pour contant et bien jaié, et en .iv .y; .:: il r.i:v.îe iiioii 1*1 s*" :e duc, sondit trésorier et tous autres.

va m

Tc>\y.y.vi^ îv.,.n ^eir^r manuel cy mis, le viu jour de décembre^ l'an

ir:l i" \'.'.;i** et quatre.

George f. Dauxt.

^Or-^.. ri:rtf Auxy, n" !9.

Kv; là pu-e:.*:o vie n:oy Je; an Soiine. secrelaîre de mens, le duc d'Oîlt-ir?. de Mi'an, e:.* . Gec^r^ies d'Auxi. escuîer, maisire d'ostel de :r.or..: : <", a c:nfe?>i* av.-^ir eu et receu re Jacques Hurault... la s:*v.::".t' de v.îirer.:e iivr-.-s :ourn.. que ledit s" luy a données et ordony.;\< :vv.r l:îy .\î ier a >'.;rp>rter la despence qui luy conviendra fere, et r'.u>:t-.:r* h. "^n: n'es de ^ruerre. lesquelz ledit s' a fait demourer avec V «^2: ',:.:.: Gtvrpe? Pîuxi pour la jprde du chastc-1 d'Alençon. De I.;qu:\.e <::v.me. .. le xx;i' jour de février. Tan mil oûoaiii" et

N^u> Cie.'ve? ivi<:ird TauxT, conseiller et maistre d'ostel de

in,rr.s. vu; .: v': i.ïr.s. de Mi'an et de Valois, etc.. oeiliftions a tous ,". .: :.. :■:; : v f r. * q .:t- r. : -j > .; v : ns ce j ou r à' uy fait prandre on pre-

r.:cr a f^f . es.ai y Tvir le Ixc-y r.:i>tre sire a Evrenx la quantité ée deux <:\:.:rs .■ ; >t , ■.. T/. r.:-s n'àvons pour ce fait paier que le dnût de ': i:'rr.:er j:ur de n:ar5 mil iiii'ni:" et quatre.

GCORSE F.. DaUXT.

P.î:v> :i- ;:YrTAî-.:.Tt :!ït.ve ru pic D*0autax5« sm so^ssaoxn \ ' ' .r\>>. sy> FArr.'TN ave: D. >•:':>. son rAKiai^asx vtths

.: .-t-^ ; > .. V .1} •>:.: • -. .-. 7.>r: >: r-: .T.ii*îre d'bnslel de

■. ' ?. :.: y. ...:., f. . r.rn f:".r h tous £ qui i] appartient

NOTES BT ÉCLAIRCISSEMENTS 427

Jaques Hurault, conseiller, trésorier, argentier et receveur gênera] des finances de mondit s**, a paie et baillé contant, par son ordonnance et commandement, les parties et sommes qui s'ensuivent. C'est assavoir, au prieur de la Magdalene de Chasteaudun, pour avoir baptizay renflant de mons. de Dunois, lequel mondit s' a tenu sus fons, en don a luy fait par ledit s', six escuz d'or ; a la nourrisse et aux femmes de chambre de madame de Dunois, vingt escuz d'or ; au tabourin de maditedame, deux escuz d'or; et au chantre de chapelle de madite dame, demy escu d'or. Qui sont en tout la somme de vingt huit escuz d'or et demy , a xxxv s. pièce, valtant la somme de quarente neuf

livres, dix septsolz , six deniers tourn. Tesmoing , le xxv« jour

d'octobre, l'an mil cccc quatre vingts et six.

George b. Dauxy.

{Extrait de TOrig., Titres Auxy, n° 22.)

Je Georges, bastart d'Auxy, escuier, conseiller et maistre d'oslel de mons. le duc d'Orléans, de Milan, etc., confesse avoir eu et receu de Jaques Hurault, conseiller, tre:>orier, et receveur gênerai des finances de mondit seigneur, la somme de soixante huit livres, quinze solz tourn., pour me rembourser de pareille somme que j'ay [donnée] et baillée a l'esleu Mathurin Viart et Guill. de Nery, lesquelz avoient gaigné ladite somme de mondit seigneur au jeu de la paulme, aux halles d'Orléans. De laquelle somme , le pénultième jour d'octobre, l'an mil cccc nu»* et six.

George B. Dauxy.

{Extrait de TOrig., irf., no23.)

Je Georges d'Auxy, escuier, confesse avoir eu et receu

la somme de sept livres, six solz, huit deniers tourn. ^ pour

ung voiage que j'ay fait partant de Blois a Partenay devers mons. de

huer à Louis XII, encore duc d'Orléans, par des historiens superficiels; Louis XII, comme les princes de maison souveraine, n*j jamais signé ses lettres, même avant son avènement, que : «Loys», tout court. Lorsque la mention de duc d'ûj'léans accompagne la signature, elle Ta précède, et elle comporte toujours la mention de Milan, sous cette forme : « Leduc d'Orléans, de Milan f de ValoiSy etc. Loys ». Son écriture, d'ailleurs, ne ressemble aucunement à celle de son filleul. Ces diverses considérations n'ont pas empêché le bibliophile Jacob, dans son livre Louis XII et Anne de Bretagne^ peu exact comme illustrations et comme texte, de donner le fac-similé d'une lettre de Louis d'Orléans-Longueville, à titre de spécimen autographique de l'écriture et des lettres de Louis XII.

Dunois, ouquel voiag^e je vaqué par l'espace de unze journées, au feur

de XIII s. un d. t. par jour. De laquelle somme , le xix>»*' jour de

décembre, Tan mil cccc un»» et six.

Georges. Dauxy.

[Extrait de TOrig., irf., n»24.)

Lettre du premier président La Yacquerie au Roi, sur le PROCÈS DE Georges d^âmboise et autres prisonniers en 1487.

(Tome II, page i06.)

Mon souverain seigneur, je me recommande si très humblement que faire puis a vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir, mon souverain seigneur, que j*ay receu voz lettres, par lesquelles me mandez que tiengne la main a ce que les procès des prisonniers pour avoir conspiré contre vous et vostre royaume soient mis en estât de juger et prestz pour y besongner par vostre court, a la Sainct Martin prouchai n.

Mon souverain seigneur, Ton a fait et continue Ton chascun joura toute diligence a achever lesdits procès ; lesquelz seront prestz dedans ledit jour de Sainct Martin. Mais sur le fait des evesques, l'on n'y peut plus avant procéder que maistre Jehan Bret, vicaire de mons' de Tours, ne soit venu et présent; et tanlost qu*il sera arrivé, seront appeliez voz procureur et advocatz, et délibéré, eulx oys, ce qui se devra faire, et icelle deliberacion exécutée diligemment.

Mon souverain seigneur, je prie Dieu qu'il vous doint bonne vie et longue et arcomjplissemeiit de voz très haulx et très nobles désirs. Escript a Paris, le dixiesme jour d'octobre.

Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur,

Page 1