CHAPITRE XVIII
DÉFENSE d'asti ( AVRIL-MAI 1495)
Sur le pied de guerre, l'armée des Sforza comportait habi* luollemenl une force de quarante-trois mille hommes environ et de neuf mille trois cents hommes d'armes, sans compter la maison du duc, Tartillerie elle train*. De plus, le duc de Milan s'appuyait sur l'Allemagne; il comptait trouver dans cette alliance le prestige qui lui faisait si cruellement défaut. En effet, l'Empereur ne pouvait plus refuser l'investiture. Le 5 avril, les ambassadeurs milanais la reçurent solennellement à Worms; le 6, ils prêtèrent serment pour leur maître*. Il en résulta naturellement à Milan une nouvelle série de fêtes et de réjouissances, auxquelles prit part le corps diplomatique. Ludovic crut devoir inviter personnellement Charles VIII, mais l'ambassadeur de France s'abstint d'y paraître '. Venise rivalisa avec Milan : elle célébrait la conclusion de la ligue par dos illuminations, par des processions, où figuraient les divers ambassadeurs, tenant à la main des palmes vertes ^ Quelques jours plus lard, le pape envoya aux Vénitiens la rose d'or.
Maximilien approuva énergiquement la clause secrète qui adjugeait Asli à Ludovic : il voyait à cet endroit le nœud
1) Ordine drW csercito ducale Sforzesco (1473), d'après un ms. de laTrivulziana, publié par M. Visconli [Arch, st. LombardOf 1876, p. 455-478).
2) Fr. 1G074, n' 27.
3) L'investiture fut libellée définitivement par Maximilien le 23 avril. Le 24, lo pape envoyait à Ludovic de chaleureuses félicitations. Il avait, disaitil, appris la <,'rande nouvelle par Ascagne (Pièces publiée par Chmel, NoH" zenblaU, 1856, p. 446, 447).
4) Sanu'Jo.
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gordien de la situation; aux yeux de tous les stratégistes S la prise d'Asti coupait la retraite de Tarmée française. Il écrivit à Ludovic d'agir sans délai, de ne pas perdre une minute : c'était Toccasion de « saper par la base Tentreprise des ennemis, de s'assurer d'eux, de venger l'Italie ». A vrai dire, Maximilien n'envoyait que des conseils ou des ordres : faute de mieux, il ne ménageait pas sa plume : il expédia, par exprès, deux lettres, dans sa pensée fort importantes ; l'une, destinée à légitimer l'occupation d'Asti, portait interdiction formelle à Louis d'Orléans, sous peine de déchéance du fief impérial d'Asti, de conserver le titre de « duc de Milan »; l'autre invitait la duchesse de Savoie à bien garder les Alpes et à ne pas laisser passer de Français. La clef de rilalie ainsi prise, Maximilien s'occupa avec zèle de recruter des adhérents à la ligue. Il écrivit au duc de Ferrare, aux Siennois, pour stimuler leur patriotisme hésitant. Il manda le duc de Lorraine pour ressusciter ses prétentions à l'héritage de la maison d'Anjou •.
Le duc de Lorraine semblait fort bien disposé ; il envoyait à la même heure une ambassade à Ludovic. Tout allait dépendre de la contenance du duc d'Orléans.
Galéas de San Severino établit son camp tout près d'Asti : il comptait s'approcher encore et élever des batteries contre la ville : pour s'épargner cette peine, il offrit au duc de se retirer la vie sauve. Il envoya un trompette. Le duc d'Orléans dit simplement au parlementaire : « Est-ce que vous êtes à ce traître de Ludovic? » — « Monseigneur, répondit l'autre, il sera bientôt ici ^ »
1) Guichardin.
2) Calvi, op. cit., p. 112-113.
3) Sanudo. Nous empruntons à son récit ^vès bien renseigné les détails qui suivent, à moins d*indication contraire.
ISi HISTOIRE DE LOUIS XII
Galéas marcha do surprise en surprise lorsqu'il apprit^ non seulement cette réception, mais l'activité de Louis et les premiers résultats, notés par des espions. Certes, Louis d'Orléans, démuni de tout, devait regretter amèrement sa belle compagnie, son fidèle, son hardi lieutenant Robert de Framezellos, sur qui il aurait pu compter : des cent hommes de la compagnie d'Orléans, le roi, dans son dévouement pour Ludovic, en avait emmené quatre-vingts avec le lieutenant ^ Mais déjà, en quelques jours, Louis avait groupé autour de lui deux mille bommes: on annonçait des renforts de France. La nouvelle des desseins de Ludovic était parvenue, rapide comme Téclair, à Pierre de Bourbon ; des gens d'armes commençaient à arriver du Dauphiné. Un espion de Ludovic, nommé J.-J. Cotta, en passant à Asti le 13 avril, vît entrer soixante lances et des archers en bon ordre, et entendit dire qu'on attendait cinq cents autres lances*.
Depuis le commencement de la campagne, le duc d'Orléans croyait Asti appelée à devenir la clef de la situation. Si les événements se déroulaient avec une soudaineté et une violence qui dépassaient sans doute ses prévisions les plus pessimistes, du moins ne le prenaient-ils pas moralement au dépourvu. Il se préparait donc, avec une extrême vigueur, à tenir résolument tele à la tourmente prévue, à s'ensevelir, s'il le fallait, sous les ruines d'Asti; il garnit de quelques soldats, en toute hc\te, les villages voisins et donna l'ordre absolu.de ne laisser circuler que des Français.
Ses lettres, ses billets font revivre son énergie ardente, sa vaillance, ses angoisses; nous nous reprocherions de ne pas lui laisser la parole.
1) Sainl-Oelais: La Pilorgerie, p. 274.
2) Arch. de Milan, 3/i7/^a?'e, Guerre, 1495.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1495 158
Le 14 avril, en transmettant au duc de Bourbon un paquet de lettres de Commines, il lui écrit :
<( Monsieur mon cousin, présentement et depuis au matin que vous ay escript et dépesché la poste, ay eu ung pacquet de lectres de mons*" d'Argenton estant a Venize, lesquelles il m'a fait savoir que les ouvre et voye et incontinanl les vous envoyer à dilligence, ce que je foys par ceste poste; et par îcelles pourrez amplement veoir et savoir du fait du Roy et dltalye, ou, pour Dieu, mons' mon cousin, pourvoyez on toute extresme dilligence, et principallement a m'envoyer gens a ce que je puisse garder les passaiges des montaignes pour avoir secours de France, affin d'éviter à ces inconvéniens et sauver la personne du Roy. Car je suis délibéré y employer ma personne et mes biens, sans riens y espargner. Cest d'Asl, très hasté, ce xttii* jour d'avril , àcinq heures du soir.
« Vosire bon coimn,
« LOYS *
Ludovic ne pouvait pas croire à tant d'audace : la démarche vainement tentée par Galéas, il résolut de la renouveler luimême, avec plus de poids et d'apparat. De Yigevano, où il s'était retiré, peu soucieux de risquer sa personne dans dos
1) Au dos : « A Mons^ mon cousin ^ mons^ de Bourbon. » Cette lettre, ainsi que celles qui suivent, existe en original dans la collection d*autographes de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, section I, série I. La lettre du 14, celles du 15, du 19, du 20 et du 22, ont été publiées par Godefroy, dans son Histoire de Charles VllU p. 700-702, avec quelques variantes, d'après la copie de Godefroy qui se trouve dans ses papiers (Bibliothèque de rinstitut). A cause de leur importance, nous en donnons le texte d'après la transcription récemment faite par M. Bertrand à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Elles portent toutes, au dos l'Envoi. Plusieurs de ces lettres avaient été signalées aussi, mais avec quelques inexactitudes, par M. le comte de la Fernère, Deux années de mission à Saint-Fétersbourg^ p. 11 et suiv. M>ie Dupont a donné, d'après Godefroy, celles du 14 et du 22, dans son édition de Commines (IIl, 418, 419).
périls militaires qui répugnaient à son tempérament, il envoya à Asti, le 14 avril, son écuyer François de Casale*. Casale devait se plaindre que, depuis longtemps, la rumeur publique attribuait au duc d'Orléans l'intention d'attaquer Ludovic et de conquérir Milan; intention vraiment surprenante et dont on ne voyait pas bien les motifs. La concentration à Asti de grandes forces militaires, Tembauchage même de sujets milanais, sans aucun agrément du gouvernement, obligeaient Ludovic à prendre, sans tarder davantage, des précautions : il se résolvait donc à occuper Asli, non pas pour se l'approprier, mais pour garantir sa tranquillité. Casale ajouterait que les lettres impériales d'investiture pour Ludovic venaient d'arriver le matin même, et, par suite, il devait inviter le duc d'Orléans à ne plus se parer du titre de duc de Milan et à donner ce titre à Ludovic^
Trois jours plus tard, le matin du vendredi saint, 17 avril, Louis d'Orléans reçut communication de l'ultimatum si précipitamment envoyé, selon les recommandations de Maximilien. A l'appui de cette démarche, les avant-postes milanais occupèrent en force les deux points extrêmes de la frontière, Annone et la Rocca d'Arazzo, ce dernier assez bien fortifié. Le bruit d'une arrivée imminente de Maximilien reprenait aussi faveur, et rendait la situation encore plus aiguë.
Selon Saint-Gelais, Louis « qui, de son naturel, ne se laissait pas aisément épouvanter par menaces », répondit qu'on n'entrerait à Asti que sur son corps. Les Archives de Milan' possèdent encore sa réponse à Ludovic : elle est es^trêmemcnt
1) Rosmini a lu « François Gasati a. Dans la réponse de Louis d*Or]éanSy nous trouvons le nom de « Técuyer François de Casale »> personnage que nous rencontrerons plus tard, dans des circonstances bien différentes.
2) Rosrnini, Vie de J.-J. Trivulce, II, p. 213.
3) P( t. EsterCy Frayicia,
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brève, en effet : Louis s'en réfère seulement à la réponse verbale qu'il a faite, dit-il, à Casale. Aussitôt, il rend compte de l'entrevue à Pierre de Bourbon dans les termes suivants :
« Mons' mon cousin, ce jour d'uy et depuis que j'ay dépesché le doien de Lisieulx pour aller devers vous, le s^' Ludovic a envoyé devers moy ung de ses gens, nommé messire Françoys de Casai, par lequel il m'a fait dire que, pour ce que le Roy est son ennemy, il* voulloit il ce asseurer de son fait, et à ceste cause que je meisse entre les mains de messire Galéas de Saint Severin, qui dit estre mon serviteur et amy, ceste ville et autres mes places, et que je me relire oullre les mons. Et il me baillera seurecté, telle que je vouldray, de me rendre et faire rendre tout, incontinant que le Roy sera de retour delà les mons en France, et que je n'y perderay rien. Et ce je ne le veulx faire, il mectera peine de la prandre par force et m'en gecter hors, a mon grant dommaige et de tous mes gens et subgeclz. Sur quoy, je lui ay, promplcment et sur le champ, fait responce que la ville et places estoient miennes et de mon patrimoigne et hérilaige; par quoy de les mectre en autres mains ne m*en aller hors de mes pays, je n'en estoye point délibéré, et tousjours me trouvera icy ou au devant de lui, prest et appareillé de me deffendre et actendre le Roy, ainsi que lui a pieu me mander et escripre puis peu de temps en ça. Et, à ceste cause, ay renvoyé incontinant le s' de Casai pour dire a son maîstre ceste responce; dont vous ay bien voullu advertîr, a ce que, en toute extresmc dilligence, me vueillez secourir et aider à sauver et garderies passaigcs pour le retour du Roy, ainsi que par tant de foiz vous ay escript : ou autrement vous entendez assez l'inconvénient qui en peut advenir et le dangier ou est la personne du Roy, s'il n'est
1) Il faut probablement lire Si.
secouru. Car j'ay nouvelles seurcs que le Roy des Rommains est a Trente, près du marquisat de Mantoe, avecques xxx. m. hommes, que les Ytaliens lui ont payes, et doit estre dedans XII jours vers Boulloigne ou Fleurance. Et pour ce, pour Dieu, pourvoyez a tout de vostre costé, car je suis délibéré de vivre et mourir pour sauver le Roy et lui fere service. Lundi ou mardi, sans point de faulto, doy avoir le siège icy, et est desja leur avant garde a Novi et a la Rocque, qui n'est que à Iroys mille d'icy.
« Mons^ mon cousin, je vous mercye, tant comme je puis, des bonnes offres et parolles que m'avez fait dire par Le Gouldroy^ Et vous prie que vueillez continuer et tousjours me trouverez voslre bon et loyal parent etamy, aidant Mostro Seigneur, qui vous doint ce que desirez. ËscriptaAst, ce jour de grant vendredi, à midi.
u II me semble que en dilligence me devez envoyer mons'
do Saint André ou quoique autre homme de bien, car je suis
mal pourveu de telz gens.
« Vostre bon cousùij
(( LOYS
l)*As(i, Casale s*en alla porter à la duchesse de Savoie pareille sommation. En même temps^ Ludovic s'empressait de communiquer à Maximilien le texte de ses instructions écrites à Casale. Maximilien les loua fort; il encouragea vivement Ludovic et Venise à persévérer : il confiait à ces deux puissances le soin de garder les passages du nord de Tltalic, jusqu'à la Toscane et la Romagne : quant à Rome, il ne jugeait pas à propos de s'en préoccuper, et il préférait offrir au pape un abri dans le nord do Tltalie. Maximilien témoignait aussi à Ludovic la plus vive atTeclion. Il parlait ironiquement
1'! Probable uiem le sire du Couldrov, ôcuver du duc d^Orléaos.
DÉPENSE D*ASTI, AVRIL-MÂl 1495 189
de rambassade française dirigée par Du Bouchage, en route depuis le 13 novembre, et il déclarait ne l'avoir pas encore vue *.
Louis d'Orléans, en proie à une sorte de fièvre, renouvelait chaque jour ses vives instances de secours : le jour de Pâques (19 avril), il écrit « très à la hâte » à M. de Bourbon, par un serviteur qu'il envoyait à Georges d'Amboise, et qui devait renseigner le régent au passage. Louis conjurait encore Pierre de faire « extrême diligence, en l'affaire du Roy », autrement tout irait mal; le régent connaissait maintenant la situation^ et savait « que, en cecy, n'est question que du fait du Roy^ pour quoy il me semble que Ton y doit avoir autre regard. »
« J'actens à mardi le siège, et y vient le s^ Ludovic en personne... »
Le lundi de Pâques, Louis, qui compte sur l'attaque pour le lendemain, devient plus pressant encore. R réclame, à grands cris, de l'argent, des troupes; il prie qu'on vende tous ses biens, et se tient prêt à donner sa vie. R se recommande à l'influence de M°* de Bourbon.
« Madame, humblement à vostre bonne grâce me recom^
mande. Je rescriptz à Mons' mon cousin, comme pourrez veoir,
vous suppliant. Madame, que y vueillez avoir regart et faire
en manière que le Roy soit secouru. Car icygist tout son affere.
Madame, pardonnez moy, si vous plaist, de ce que plus souvant
ne vous ay escrit, car j'ay esté si enbesoigné et suis encores
que je ne scay auquel entendre. En priant N'® Seigneur qui
vous doint bonne vie et longue. Escrit en Ast, le xx* jour
d'avril.
« Vostre très humble et obaysant frère %
« LOYS
1) Calvi, p. 113> 114.
2) On remarquera que, pour toucher la sœur de Jeanne de France, Louis 8*appelie son frère, tandis que, vis-à'^vis du duc de Bourbon, il reste cotisin*
160 HISTOIRE DE LOUIS Xll
Voici sa Icltre à M. de Bourbon :
« Monsieur mon cousin, vous avez bien peu savoir, par tant de lettres que vous ay escrîptes, TafTaire qui est par deçà et la noccessité où je suis : et d'eure à autre se remforce l'armée des ennemys de plus en plus. Et demain ou mercredy doivent venir mcctre siège icy devant, sans point de faulte; par quoy, ce n'avez fait par tout dilligence, je vous prie que la faciez et espécialmcnt fault que en toute dilligence envoiez en Suysse pour avoir deulx ou troys mille Suysses, car j'ay esté adverty que le sf' Ludovic y a envoyé en quérir. El, ce n'avez l'argent de leur payement, faictes vendre ou engaiger mes terres et les vostres, avecques toutes noz veselles et bagues; car, ce nous ne faisons dilligence de secourir le Roy par ce bout icy, il sera en ung très grant dangier, comme povez assez entendre, vous priant de rechief que n'y ait aucune faulte. Et de moy vous povez tenir seur que je y emploieray la personne jusques au mourir. S'il vous plaist, me ferez plus souvent savoir do voz nouvelles que n'avez fait par cy devant. Priant Dieu, Mons*" mon cousin, qui vous doinl ce que desirez. Escript a Ast, le xx° jour d'avril au matin.
« Le Roy, de son mouvement, sans estre adverty de ces choses, m'a escript du vu* jour de ce moys que ce qui me feroit besoing par deçà, tant de gens que d'argent, le vous feisse savoir et que le m'onvoieriez.
(( Il fault que envoiez a dilligence quelque clerc avecques argent pour fournir aux choses neccessaires, et de moy je baîlleray tout ce quo je pourray fournir, tant de mes amys que de moy.
« Tout a cestc heure et depuis mes lettres escriptes, les
onnemis ont envoyé sommer une de mes places qui est a
(Icmye lieue d'icy, nommée Jan (?).
<( Vostre bon cousin,
« LOYS, M
DÉFENSE d'asti, AVHIL-MAI 1495 161
£n efTet, si le mardi de Pâques, 21 avril, Ludovic avait eu Ténergie de se mellre lui-même à la lêle des troupes et de marcher droit à Asti, comme il l'annonçait et comme on s'y attendait, il ne laissait à Louis que la perspective de défendre plus ou moins chèrement sa vie. Mais, à quoi bon le dissimuler? Ludovic n'était pas brave ; voyant Louis armé et résolu à se défendre, il avait peur. Il voulait bien faire le tour d'Asti, terroriser Saluces et la Savoie avec le nom de Maximilien, occuper même les passes des Alpes loin de rennemi; mais il ne se trouvait décidément pas assez fort pour attaquer le duc d'Orléans. Il dépensait beaucoup d'énergie dans son langage, dans ses préparatifs, dans de nouveaux armements ; il préparait des fêtes extraordinaires pour célébrer dignement son investiture, il vantait la puissance de la ligue, il laissait toujours annoncer sa venue prochaine à l'armée, et c'était tout. Un espion du podestat de Crema, arrêté à Asti, puis relâché, sur son serment qu'il allait en pèlerinage à Saint-Antoine de Viennois, avait pu pénétrer jusqu'en Dauphiné. Il rapportait que les lettres du duc d'Orléans aux parlements de Paris, de Grenoble et autres, ainsi qu'au duc de Bourbon, agitaient le royaume entier. De grands préparatifs se faisaient pour empêcher Ludovic de couper la retraite du roi, par un coup de main sur Asti. A cette nouvelle, Ludovic adressa lui-même aux parlements de France et aux principaux personnages de la régence de vives protestations, qu'il expédia par des exprès séparés : « Rien de plus éloigné de sa pensée que l'idée de s'emparer d'Asti, ou de couper la retraite du roi; voyant le duc d'Orléans grossir ses forces à Asti, menacer son État, il prenait simplement des précautions contre une agression ; il se défendait, il n'attaquait pas ». Il se prévalut aussi de ses bons rapports avec la marquise de Montferrat, pour lui écrire, et la prier de bien recevoir ses gens, de conserver, au moins, la m 11
162 IJISTOIKK DE LOUIS Xll
neiilralilé. La marquise répondit qu'elle entendait rester du côté de la Franco.
Néanmoins, des postes milanais s'installèrent, sans coup férir, sur la frontière du Monlferrat, pour envelopper Asti.
Un peu rassuré par la vérité qu'il commençait à entrevoir, Louis d'Orléans ne put croire pourtant à la pusillanimité de son adversaire; le retard de Tattaque lui semblait dû aux armements très considérables qui se faisaient à Milan, pour Taccabler plus sûrement sans aucun doute. Le 21 avril, il écrit au régent :
« Mons^ mon cousin, à ceste heure sont venues des lettres d'un mien amy qui me advertist que la cause pour quoy le s^ Ludovic a dissimullé jusques îcy à me assiéger a esté et est pour ce qu'il a congneu que je suis délibéré de me deffendre et ne partir d'icy, et que, pour ce faire, j'ay assemblé le plus de gens quej'aypeu; et àcestecause, ily veultveniravecques une grosse puissance, laquelle il fait toute extresme dilligencc d'assembler, et amène mille hommes d'armes et xv. m. hommes de pié, lesquelz il doit avoir demain ou jeudy tous ensemble, et inconlinant me doit venir poser siège de tous coslez. A quoy, au l'aide de Dieu, je pense résister, mais que j'aye mon secours, ainsi que par tant de foiz vousay rescript; et espère y faire ung tel service au Roy qu'il en sera à jamais parlé.
« Je vous prie, MonsVmon cousin, que faciez dilligence
par lout à m'envoyer gens, et ce n'avez envoiez en Suysse, ne
faillez à y envoyer, comme vous ay dernièrement escript^ et
d'oure en heure me faictes savoir de voz nouvelles. Escript à
Asl, le XXI jour d'avril.
« Vostre bon cousin,
« LOYS »é