DÉFENSE D ASTI, AVRIL-MAI
Le lendemain, en insistant avec angoisse sur les envois qui doivent sauver la situation, il annonce un petit succès. Dans une sortie nocturne, ses hommes d'armes ont surpris et enlevé un poste milanais de vingt-cinq hommes, sur le territoire du Montferrat,
« Mons' mon cousin, je suis très fort esbay, vcu que par
tant de foiz vous ay escript et que en cecy gist tout le fait et
salvacion du Roy, que autrement n'ay de voz nouvelles, aclendu
mesmement que la chose requiert grande et exlresme dilli-
gence, comme pourrez veoir par les lettres de mons^ d'Argen-
ton à vous adressans, lesquelles par ceste poste vous envoie,
et aussi le siège que de heure en autre j'actens, où me sera
impossible de résister, et seray contraint de desparlir et ha-
bandonner les passaiges, ce autrement ne suis secouru. J'ay
envoie par plusieurs et diverses foiz haster les nobles du
Daulphiné, et vous avoye escript que, de vostre part, y voul-
sissiez envoier, dont n'ay eu aucune responce. Toutesfoiz, par
lettres qui m'ont ce jour d'uy escriptes, ilz font la meilleur
dilligence que possible leur est, et ce monstrent en cecy très
bons et loyaulx subgeclz et serviteurs du Roy.
« Mes gens qui ceste nuyt estoient allez dehors ont trouvé
près d'icy xxv hommes d'armes du s^ Ludovic, lesquelz ils ont
ruez jus et amenez tous prisonniers en ceste ville, et n'en est
eschappé que ung tout seul ; dont vous ay bien voulu adver-
lir, parce que je scay que en serez très joyeulx. Priant Dieu,
mons' mon cousin, qui vous doint ce que desirez. Escript en
Ast, le xxii* jour d'avril.
« Vostre bon cousin y
« LOYS »
La lettre du 23 avril respire plus de tranquillité :
« Mons' mon cousin, j ay présentement reçeu les lettres
164 HISTOIRE DE LOUIS Xll
que m'avez escriples, et vous mercye de la bonne dilligence que avez faicle et faicles chascun jour pour envoier gens de par deçà, pour le service du Hoy, ou il est requis plus que jamais, pour plusieurs raisons, fere estresme dilligence et fere marcher les gens d'armes jour et nuyt, sans actendre leurs bagaiges ne autres choses. El ceulx qui sont les premiers, comme la compaignie de nions' le mareschal de Rieux, les fault fere venir en dilligence devant, sans les autres actendre. Vous prient, mons"^ mon cousin, que ainsi le vueillez fere, car, se j'ay quelque prompt secours comme vous ay escript, je pense fere icy ung tel service au Roy que a long temps en sera parole.
« Je vous ay escript deux ou troys foiz louchant le fait des Suysses, h ce que envoiez devers eulx pour en avoir deux ou trois mille, qui est la chose du monde qui plus peut servir au fait du Roy, pour plusieurs raisons que pouvez assez entendre. Si vous prye de rechef, nions"' mon cousin, tant comme je puis, que, ce fait ne Tavcz, y vueillez en toute dilligence pourveoir el me fere savoir ce que en aurez fait, ensemble de toutes autres choses; et depeschez tous les jours la poste pour me faire savoir de voz nouvelles, et je vous feray savoir des myennes. En priant JNostre Seigneur qui, Mons^ mon cousin, vous doiut ce que desirez. Escript en Ast, le xxm« jour d'avril.
« Vostre bon cousin,
<( LOYS »
Les troupes arrivaient : on vit entrer à Asti les belles compagnies du maréchal de Gié * et du bâtard Charles de Bourbon ". Ludovic, de plus en plus ému^ proposa à Galéas
1) C'esl-à-dire les quarante lances de celte compagnie restées en France Cominint'S, édition Dupont, II, 442).
2) Saiul-Gelais.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1495 165
de San Severino une nouvelle démarche près de Louis d'Orléans, pour l'engager à s'en aller spontanément : il offrait de retirer lui-même ses troupes. Galéas rougit d'une pareille communication : le 24 avril, il répond, du camp d'Annone, qu'il ne saurait comment faire de telles ouvertures; il prie Ludovic de les lui adresser toutes libellées, mais il ne croit guère à leur succès : le prince est trop gaillarde
Gaillard, Louis d'Orléans l'était, et bien résolu à se défendre, et même à attaquer. L'argent manquait : il en empruntait. Dès les premières menaces de Ludovic, il avait prescrit d'engager ses domaines, d'envoyer tous les fonds possibles, et il avait donné ses instructions dans ce but à Georges d'Amboise, qui remplit avec tout le zèle possible sa mission ^
Au commencement d'avril, le contrôleur François Doulcet, revenu à Blois en toute hâte, y prenait le trésorier Hurault et se rendit avec lui près de Georges; pendant ce temps, Georges partait, au contraire, pour Orléans, rejoindre le conseil ducal. On se pressait tellement, de part et d'autre, que Georges reçut, à son passage à Chartres, un secrétaire ducal qui venait au devant de lui. Georges travailla huit jours à Orléans, avec Hurault, Doulcet, le chancelier Denis Le Mercier. On manquait d'artillerie à Asti. Georges et le conseil traitèrent avec Hervé de la Coste, canonnier ordinaire du roi, pour l'envoi immédiat de quarante-huit coulevrines, avec affûts, poudre et canonniers; et, afin de hâter l'expédition, ils soldèrent d'avance les frais d'envoi (140 livres). Les émissaires du duc d'Orléans sillonnaient les routes avec une rapidité extraordinaire. Le secrétaire Seran, parti en poste d'Asti, alla voir à Moulins le duc de Bourbon ; c'est lui qui se trouvait à Chartres, d'où il revint
1) Arch. de Milan, Militare^ Guerre, 1495.
2) V. pour les détails qui suivent. Titres Orléans, XIV, 957-962 ; K K 902,
fo XXVII.
1G6 HISTOIRE DE LOUIS XIl
h Orléans avec Georges dWmboîse : le tout, chose incroyable, à cheval, en six jours. De là, Seran partit en Normandie voir le sire de Sainl-Evroult, et revint à Asti un mois après. Le Mercier, lui, s*ahoucha à Paris avec M. de Gravîlle et Geoffroy Ilaherl, évéque de Coutanccs * (les petites jalousies, les inimitiés disparaissaient devant Turgencc du péril), et leur emprunta 18,000 livres, qu'il expédia aussitôt au duc. Le général des finances, Gaillard, souscrivit à Temprunt ducal pour 12,000 livres, que Raoulet du Refuge porta aussitôt à Lyon en passant par Moulins : Gaillard reçut en échange une obligation de rente de 800 livres, soit 6,66 pour 100.
Bientôt un envoi d'argent de Blois parvint à Asti *.
Georges d'Amboise négocia aussi avec le comte d'Angouléme un emprunt de 40,000 livres, moyennant une délégation de 2,^00 livres d'intérêt annuel sur les revenus de Blois. Louis approuva cet emprunt, par acte signé à Novare le 15 juin*.
Le trésorier était reparti pour Lyon, sur Tordre du duc; il y resta du 1**' niai au 21 septembre, pour veiller aux expéditions d'argent, aux négociations d'emprunts, et traiter avec la régence, près de laquelle il fit, à Moulins, de nombreux voyages. L'organisation des envois d'espèces ne se pouvait qu'à Lyon ; un premier envoi parti de Blois, en hâte, sous la conduite do quatre officiers ducaux, avait dû s'arrêter neuf jours à Lyon, tous les officiers étant arrivés malades; ces ofliciiM's confièrent leur dépôt à des tiers; mais le cheval qui porlait l'argent se blessa avant d'arriver à Asti, resta en
1) Cf. ci-aj»rès.
2] Sur des inulels équipés en housses aux couleurs jaune et rouge; en revanclK', Louis fait rernetlre des robes de drap fin, d'or gris, aux quatre pai;eR njslés prés de sa lemme.
3) Mention, Glairairihiult 9i)9, 1^' 54 v^. Nous retrouverons, plus tard, sous le r.'i^fic de Lo'iis Xll, des pièces relatives au remboursement de cet emprunt.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1493 167
route, n fallait la présence du trésorier à Lyon pour parer h tous ces incoDvénicDts.
Du mois d'avril au mois de juin,emprunlseLespéditioiisd'ar' gent se succèdent. Le trésorier envoya Jean Caille à Avignon emprunter dans les banques 10,000 écus, sur une partie des joyaux du duc. Il contracta chez deux banquiers italiens de Lyon, Antoine Pin et Georges Auloin, un emprunt de 5,000 livres, remboursable au 1" novembre, sur d'autres bagzies. Ces marchands exigèrent un acte notarié, et un intérêt do H pour 100 payable d'avance, pour les six mois environ du prêt '. Il fallut, en outre, payer un courtage de 31 livres au courralier, Damas Chabi'iant, et transformer les livres françaises en écus d'or, au cours de l'Italie, opération qui coûta 40 sous par 100 écus. Nous verrons que, pour échapper au change, le duc essaya de battre monnaie lui-même.
Tout le monde croyait la guerre ouverte : les ambassadeurs de la ligue à Milan attendaient d'un instant à l'autre la nouvelle, si importante, de la prise d'Asti. Galéas envoya mémo à Ludovic dix-sept prisonniers, faits, selon lui, dans une escarmouche heureuse, où il avait repoussé les Français. Le bruit se répandit d'autre part que les Français avaient, au contraire, battu les Milanais dans deux rencontres sans importance '. Quant à Ludovic, avec une sérénité parfaite, il organisait les fêtes de son investiture. Il préparait aussi l'envoi d'une ambassade en Espagne ^ Bicntùt, la bruyante attaque d'Asti dégénéra en une simple conversation diplomaliijue.
Ludovic reçut la visite officieuse de deux Français, Antoine
1) Le Calatoijue JounanvaaU (n<>787J menlionne un emprunt du duc, & Lyon, u de 5,55Ct écus d'or n. C'est l'emprunt dont nous parlons, â son laux de remboursement. D'après une autre mention du mèmi; Cu(atojue (n° 921], les marchands prêteurs (Pin et Auloin) étaient siennoi$.
2) Dlario Feirurese, dans Muratori, XXIV, c. 299.
3) Sanudo, p. 321.
168 HISTOIRE DE LOUIS Xlï
Pataud, conseiller au parlement de Dauphiné, et Gobert des Massues, gentilhomme du roi : il leur confia ses plaintes qu'il les pria de transmettre au duc d'Orléans ; plaintes toujours les mêmes, sur Taugmentation des troupes d'Asti, sur les visées du duc en Milanais... Cette fois, Louis répondit, le 1*' mai, par une note signée de sa main, très énergique, très nette. H disait : Non. Les troupes d'Asti sont des troupes royales, envoyées là sur Tordre du roi et qui n'en sortiront que sur son ordre. Il proposait d'en référer au roi, et, en attendant, de suspendre les hostilités, moyennant un échange d'otages ^
Quelques jours après, Gommines, selon les ordres de Charles VIII, réclama des explications, à Venise. Il déclarait passer condamnation sur l'investiture impériale, il ne paraissait pas se douter même des droits du duc d'Orléans sur Milan : mais il demandait le motif des démonstrations de Tarmée milanaise devant Asti. Le Sénat prit la défense de Ludovic; c'est le duc d'Orléans qui avait réuni des troupes dans un but hostile, le duc de Milan ne faisait que se défendre. Le St'nat rappelait les diverses déclarations de Ludovic; il promettait le retrait des troupes milanaises, si Louis d'Orléans faisait d'abord évacuer le comté d'Asti*.
Le roi avait chargé aussi le comte de Caîazzo de représentations près de Ludovic, à propos de sa participation à la li^jjno. Ludovic répondit, le 2 mai, par une lettre évasive, où il ne désavouait rien : la ligue avait simplement pour but, disait-il, la conservation réciproque des Etats, le repos de rilalio, l'avantage de la chrétienté. Il venait d'interdire aux Crnois do recevoir l'armée française : cette interdiction n'avait pour but que d'éviter au roi des complications ',
1) Oriii:., Arch. de Milan, P. E. Frnncia,
2) Arrii . (1p Vonise, Scrreto, 35.
H) |{..?mini, V ir ,h> J. J. Trimlre, \],2[3.
DÉFENSE d'asti, avbtl-mat 1495 169
Charles VIII ne pouvait plus hésiter : le 8 mai, il avise en hâte le duc de Bourbon des menaces du « duc de Milan » contre le duc d'Orléans : « Faites y diligence, car, pour rien, je ne voudrois qu'il fut outragé du duc de Milan, et n'eusse pensé qu'il l'en voulu faire, car l'outrage je le repute à moy faict *... Pour l'amour de mondit frère d'Orléans, ne pouvés faillir a luy envoyer gens et secours le plus que vouspourrés... »
Heureusement, cette missive se croisa avec l'avis des mesures arrêtées d'urgence par le régent avant les ordres directs de Naples. Charles VIII reprend aussitôt la plume (le 9 mai), pour remercier Pierre et le prier de continuer, de hâter l'envoi de francs-archers, si ce n'est déjà fait, enfin de mettre le duc d'Orléans en état de garder, « ainsi qu'il m'a escript, les passaiges à ceulx qui les vouldront empescher à mon retour ». Le roi tient extrêmement à ce qu'aucun inconvénient n'arrive à son frère y faute de secours.
Les forces d'Asti commençaient à former un noyau notable. Grèce au prêt du comte d'Angoulême, Louis pouvait faire des enrôlements dans le pays, former une troupe milanaise. Le duc de Bourbon, depuis le commencement d'avril, venait d'envoyer successivement six compagnies régulières, les compagnies Bâtard Charles de Bourbon, Gié, celles deRieux, Bailli de Chartres, Charles de Bourbon commandait en pcrsonne la sienne. Un maître d'hôtel du roi, Jean de Gamaches, sieur de Sury-es-bois en Berry , avait été aussi expédié dès le début, pour servir, en quelque sorte, de chef d'étatmajor*. Deux mille cinq cents archers arrivèrent encore à la fin. Ces forces semblaient suffisantes au duc d'Orléans : Charles VIII, décidément ému, ne les jugea pas telles. Il
O-Fr. 3924, fo" 3 v«, 4.
2) II reçut une allocation spéciale de 120 livres en avril, et autant en juin(TO. Gamaches, 42).
d70 HISTOÎBE DE LOUIS XII
ordonna à la régence d'envoyer, sans aucun délai, deux ou trois mille Suisses de plus à Asti, deux ou trois cents lances dans les Alpes pour garder les passages et, au besoin, épaulerle duc d'Orléans, et enfin de lever le ban et arrière-ban du Languedoc. Le régent, mieux placé pour juger de l'ensemble des choses, no se préoccupait pas moins des frontières de France, où il expédia des ordres de surveillance rigoureuse*. Il lui parut nécessaire de conserver les forces du Languedoc en vue de l'Espagne. Il se borna à Tenvoi du ban et arrièreban du Dauphiné, qui arriva à Asti dans le courant de mai. Quant aux. deux cents lances des Alpes, elles ne s'y trouvaient pas encore le 22 mai '.
Ces mesures suffirent à refroidir Tenthousiasme de la ligue. Ludovic envoya Caïazzo à Venise, arrêter mûrement le plan de campagne. Suivant lui, Charles VIII ne pouvait revenir de Naplcs que par la route de Pise : il fallait veiller de ce côté. Toutefois, Ludovic insistait maintenant avec vivacité pour faciliter aulant que possible à Charles VIII un retour pacifique. Le 4 mai, le Sénat de Venise, sans repousser formellement ces propositions si nouvelles, décida, sans débats et presque à l'unanimité ^, des mesures belliqueuses. Mille hommes, de vieilles troupes, mis sur le pied de guerre, n'attendaient que le signal du départ. Le marquis de Mantoue reçut l'ordre de lever quatre mille hommes de pied, moitié Suisses, et de former une bonne cavalerie légère, avec les terribles stratiotes d'Albanie, qu'on réputait irrésistibles*. Le
1) Stein, lettres citées, n^ 27 : cf. fr. 25717, 173.
2) La Pilorgerie, p. 2r)0-263 : lettre de P. de Bourbon, ms. Parlement, /i74, f-34.
3) 180 voix, contre 4 (Arch. de Venise, Secrt^^o 35, 96 v°).
4) Pour le dire en i)assant, c'est un phénomène assez singulier de voir Charles VIII (jni se proposait de délivrer Constantinople, qui conoptait sur l'appui des Alhanais et Macédoniens, qui s'intitulait Empereur des Grecs, combattu, au contraire, par les Albanais, avec l'appui du sultan.
DÉPENSE d'asti, AVRIL-MAI 1495 171
même jour, le Sénat répondait d'une manière non moins énergique à l'envoyé de Jean Bentivoglio*.
Charles VIII, aussi, se préparait à la lutte. La résolution des Vénitiens ne trouvait dans le centre de l'Italie qu'un écho assez affaibli : Sienne restait hésitantç. Le duc de Ferrare, lui-même, le beau-père de Ludovic, entraîné par un courant d'opinion locale hostile aux Vénitiens et extrêmement favorable aux Français, demeurait indécis et penchait plutôt en leur faveur. Le pape, abandonné, peu soucieux de se livrer aux tombardo-Vénitiens, comme le lui conseillait Maximilien, passait par mille angoisses. Charles VIII envoya, le 12 mai *, une ambassade le rassurer'. Il n'y réussit pas. Malgré les conseils de ses amis, Alexandre ne put surmonter ses appréhensions* et finit par quitter Rome.
Le roi venait aussi de faire une importante recrue, en la personne du capitaine Jean-Jacques Trivulce, un des plus redoutables adversaires de Ludovic. Chef d'une des deux plus importantes familles de Milan, Trivulce avait en Milanais beaucoup d'influence et d'amis, et il connaissait le pays à merveille.
C'était un homme extrêmement énergique, très rude aux autres et à lui-même, fait pour la guerre, pour le mouvement, pour les combats : inflexible dans ses idées et dans ses actes, infatigable, aimant le coucher sur la terre dure, chevauchant en armes et nu-tête sous le plus brûlant soleil aussi bien qu'au milieu des glaces, possédé d'un besoin physique d'activité sans égal, au point que, la paix lui imposant, par aventure, des loisirs, on le vit, jusque dans sa vieillesse, les passer à cheval, sur la route de Paris à Milan, faute d'un meilleur
i) Arch. de Venise, Secreto, 35, p. 97.
2) LeUre de Charles VIII (Arch. de Milan, P. E., Francia).
3) Lamansky, Secrets d'État de Venise^ p. 29t.
4) V. sa leUre à Ferdinand et Isabelle, K. 1710.
172 HISTOIRE DÉ LOUIS Xn
emploi. Cet homme de bronze, très droit, très brave, mais peu diplomate, avait toujours vécu dans les camps : à la suite de ses premiers exploits, le pape (enta de se rattacher, en lui offrant le chapeau de cardinal. Trivulce refusa et resta fidèle au casque de fer. Venu en France avec Galéas Sforza pour la campagne du Bien Public^ au compte de Louis XI, il y laissa une grande réputation. Les actes, le caractère de Ludovic le More lui inspiraient un mépris profond, une sorte d'horreur : Trivulce se fit son adversaire passionné, îrréconciliable, et jura sa destruction. Un homme de cette trempe devenait vite un chef de parti redoutable. Ludovic l'exila, confisqua ses biens : Trivulce porta son épée aux adversaires du gouvernement milanais. Il reçut le commande m en td* une compagnie dans Tnrmée napolitaine; où, tout en combattant sous pavillon milanais, il ne tarda pas à tenir en réalité le premier rang. Il était Français de cœur; il trouvait dans les hommes d'armes français les compagnons de son choix, bien plus que parmi les mercenaires enrôlés au service de Naples. Son mariage avec Béatrix d'Avalos lui assurait une grande situation dans 1(» royaume de Naples. Ludovic essaya vainement de le désarmer, do le ramener, par des mises en demeure successives. Trivulce déclina tout; lorsqu'il vit Charles VIII se brouiller avec Ludovic, il so hi\la de se rapprocher du roi, et, dès le 7 avril, il reçut officiellement le commandement de sa compagnie pour le compte de la France, dont il allait désormais devenir un des plus fidèles et des plus illustres défenseurs*. Cos diverses considérations causaient à Ludovic le plus péniblo malaise : la présence de Trivulce dans Tannée française, (le sujets milanais dans les troupes du duc d'Orléans, lui pesait, car, on dépit des illuminations, des fêtes et des în-
\) Mr. de J.-J. Trivulce, par Rosmini, not. t. II, p. 210. Cf. noire édilion iW Jrtiîi tVAulonf I, 10: Gominines. édition Dupont, II, 333, 448.
DÉPENSE d'asti, avril-hai 1495 173
vestitares, U se sentait, dans soa duché, l'objet d'une réprobation presque générale. Il redoutait maintenant d'engager une partie, qu'il jugeait trop grave, et son représentant à Venise, Caïazzo, cherchait à calmer plutftt qu'à soutenir l'ardeur de ses alliés. Le 2 mai, il se résigna décidément h écrire à Charles VIII une lettre d'excuses'. Il passa ainsi tout le mois de mai, en proie à des anxiétés cruelles, et dans une complète incertitude. Maximilien et l'Espagne ne semblaient disposés à envoyer en Italie ni un homme ni un écu : l'on annonçait seulement l'arrivée d'un ambassadeur espagnol, qui, en effet, commença par s'arrèler à Cuneo, près de la du. chesse de Savoie, dans les premiers jours de mai, et que Ludovic attendait avec une impatience extrême*.
Il fallut, pour battre monnaie ', recourir à de nouveaux imp6ts, qui n'accrurent pas la popularité du gouvernement. Le commerce souffrait; plus de sécurité sur la frontière. Ludovic travaillait d'ailleurs à affamer la garnison d'Asti ; c'est à peine si la foire de Verceil, alors fameuse, put se tenir. Le capitan Fracassa s'en alla fourrager sur le territoire du Montferrat et enlever des bestiaux ; la marquise se hâta de réclamer et obtint leur restitution \ Le 7 mai, Galéas fit un mouvement et les Français sortirent d'Asti pour le repousser; il y eut collision, suivie de quelques morts de part et d'autre. Le mois se passa en alertes et en menues escarmouches, plus ou moins volontaires. Vers le 15 mai, sur l'annonce d'une reconnaissance projetée par les Français, que le bruit public transformait en un projet d'attaque, Ludovic fit enlever le pont de bateaux qui reliait Anuone à Arazzo'.
1) Arch. de Milan, P. E. Franeia.
2) 3 mai. Arcb. de Milan, Militare, Guerre, 1495.
3) Diario Perrarese, e. 306,
4) Sanudo.
5) 17 mai. Arcb. de Milan, Gaerre.
Milan et Asti onVaient, à ce moment, un spectacle sîngulièment disparate. A Asti, on souffrait de privations véritables, car la production indigène ne poaTait plus suffire pour le chiffre anormal de la population. Louis d*Oriéans menait une vie de soldat, assujettie à la plus stricte économie. Toute sa garde-robe tenait dans deux coiïres ferrés. Six chemises froncées, seize mouchoirs, une paire de bottes, une paire de souliers à triple semelle, une paire de pantoufles, voilà son équipage ; il fait soigneusement réparer et compléter son armure, sa gorgeite de maille ornée de deux anneaux d'or, son casque surmonté de deux plumes bleues fixées dans une monture ouvragée, ses fautes doublées de satin cramoisi. Il acheté une bonne couverture de camp, en drap blancheL L'écurie seule est bien montée; nous y trouvons, à côté du cheval de M. de Narbonne et des grands chevaux du duc, des courleaux, un cheval barbarisque^ deux hobins^ l'un noir et l'autre blanc, un cheval bayart, un grisou, un rouan, un « coureur », une grosse mule, une mule fauve, plusieurs mules ordinaires. Les sangles couvertes de drap d'or indiquent un reste de luxe; sauf une selle de velours noir, tout le reste est de cuir ordinaire et solide: les brides en cuir rouge, les rênes rouges ou blanches *. Quant aux vêtements de cérémonie, ils tiennent peu de place : pour le duc^ une robe de drap d'or, à porter à cheval, avec un manteau de drap écarlatc : un sayon de drap d'or, doublé de drap jaune et rouge, un manteau et un pourpoint de velours noir, pour figurer à pied ou sous la tente. Quinze de ses pages et sept enfants d'honneur (parmi lesquels le sire de Ronsart) reçoivent des vêtements de drap gris, des chapeaux à ruban de soie, des aiguillettes, des ceintures.
i) r)(Hail typique :1c duc se fait rossemelerune paire de bottes. Il distribue autour de lui (quelques paires de souliers, dont plusieurs dans le même cas.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1495 17S
Mais, même dans ces moments d'économie forcée, on retrouve la générosité naturelle du prince; il distribue des chevaux, des selles, des harnais; un de ses archers, un moment prisonnier, reçoit un chapeau. Il se plaît à commander de menus spécimens de Tart astesan : quelques pièces d'orfèvrerie, un couvercle de vermeil pour son verre. Un modeste rival de Léonard de Vinci, un certain Sévelac (ou Sénelac) exécute en or une Sainte-Barbe et un porc-épic, pour son guidon armorié, et peint en jaune et rouge ses chariots. Les bonnes sœurs du couvent de Sainte-Agnès, d'Asti, offrent au duc deux calottes sorties de leurs mains, l'une en soie soutachée d'or, l'autre en satin cramoisi. Elles en préparent une autre pour le roi, dans le retour duquel elles ont foi *.
Le duc fait aussi fabriquer par un orfèvre d'Asti deux coins à ses armes, pour frapper des ducats '.
A Milan, au contraire, on ne parlait que de fêtes, d'ambassades, de joie, de gloire, de somptuosités. L'arrivée de chaque ambassade amenait un redoublement de pompe. Ludovic multipliait les cadeaux magnifiques. Le 16 mai, le marquis de Mantoue arrive à Milan ; le 17, les ambassadeurs de Venise et de Maximilien ', ceux-ci précédant^, disait-on , leur maître en personne. Tout convergeait autour de la cérémonie d'investiture, préparée avec le plus grand soin par Ludovic lui-même^ et qui eut lieu le 26 mai, avec un apparat sans égal. Toutes les cloches de Lombardie sonnèrent; partout des feux, des danses et des banquets. Ludovic lança une proclamation très solennelle. Cela ne suffisait pas : un décret spécial inscrivit dans le calendrier l'anniversaire de ce jour mémorable, comme le jour de la fête nationale, que
1) Tit. Orléans, XIV, 959-962 : Joursanvault, 921.
2) Tit. Orléans, 962.
3) Diaire manuscrit de PhiL de Lischate.
176 HISTOIRE D£ LOUIS Xil
chômeraient à l'avenir les administrations et les tribunaux*. Après tant de démonstrations, Ludovic put croire son gouvernement solidement établi. Il partît pour Pavie, et, là, il reprit les préparatifs militaires, son cauchemar, avec une certaine mollesse. Pendant que l'argent coulait à flots pour les fêtes, l'armée, mal payée, et sans appui moral, donnait des signes de dislocation manifeste : la désertion se multipliait. Combien Ludovic regrettait tout bas sa fausse démarche, son illusion sur Asti ! Maintenant, comment reculer? Sans doute, Louis d'Orléans, immobile, paraissait attendre, l'arme au bras, le retour du roi. Mais, instinctivement, Ludovic craignait tout; il craignait de voir le roi se réconcilier avec Gênes, fut-ce au prix de Sarzana et autres places, et retrouver de ce côté une voie libre, un point d'appui peut-être. Des espions envoyés par Bergame, annonçaient vaguement le grossissement perpétuel des troupes d'Asti. Ludovic ne recevait aucune réponse aux ridicules protestations qu'il avait cru habile d'expédier en France : il ne connaissait pas le secret des rapports de la régence avec le duc d'Orléans; autant que possible il arrêtait les courriers, mais il ne les arrêtait pas tous*, et, du reste, les Français étaient avertis, car Charles VIII avait réclamé ofliciellemeut à Milan, le H mai, contre l'arrestation d'un ancien trésorier de Naples, Mathieu Coppola, son maître d'hôtel, qui se rendait en France avec un sauf-conduit '.
1) Formealini, // ducato di MilanOy p. 102, 103. Cf. C« Magenta, I Vis C'.mti e gll Sforza nel castcllo di Varna, IJ, 470.
2) Le 10 mai, Pierre de Bourbon envoie 10,000 livres au duc d*Orléans, |)Our soudoyer ses gens, afin d'assurer le retour du roi {Histoire de La Mure, II, li\,n.) Cf. fr. 20690, n' 20: Mandats de payement, par Pierre de Bourbon, régent, de 100 livres pour deux voyages dcHictiart le Moine, l'un près du roi, l'autre près du duc d'Orléans, 6 novembre 1495: K 76, 2, payement d'un autre courrier,
3) ArcJi. de Milan, Francia.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1493 177
Le gouvernement milanais saisit deux courriers de Pierre de Bourbon au roi, le premier en clair, le second en chiffres, et n'y trouva pas matière à se rassurer ; le régent, dans les lettres non chiffrées, parlait de si grands armements, que c'était à se demander s'il n'avait pas fait d'avance le sacrifice de son courrier.
Tout semblait concourir à accroître les tortures de Ludovic.
Charles YIll n'admettait pas ses excuses et annonçait hautement l'intention de se venger. Le 21 mai, le roi écrivait à la duchesse de Savoie une lettre très énergique, pour dénoncer y entreprise de Ludovic sur Asti, contraire à toute bonne foi, à tous les traités, serments et promesses. Je suis résolu, disait Charles VIII, à résister de telle manière que rhonneur et le profit m'en demeurent. Je fais envoyer à Asti d'ores et déjà des Suisses, des arbalétriers, toute sorte de troupes, en attendant une bonne grosse armée qui se lève en France. Il réclamait l'aide de la duchesse, et la priait d'envoyer à Asti des vivres, comme en général tout ce dont on aurait besoin. Cette lettre tomba dans les mains de Ludovic ^
Dans les derniers jours de mai, quatre cents lancesfrançaises sortirent d'Asti et s'avancèrent très nettement sur la frontière milanaise, où elles occupèrent une bourgade, pour se donner de l'air' .
Les alliés de Ludovic, les Vénitiens, le pape, commençaient à se fâcher de l'inaction de leur ami. Ils lui jetaient à la face le reproche d'avarice. Aucune puissance italienne ne possédait le magnifique budget du duc de Milan, 160,000 ducats par
1] Elle se trouve aux Archives de Milan.
2) A ee moment, Louis expédia dans la Rivière de Gênes un noyau de troupes assez important. Le bruit courut mémo qu'il allait arriver à Gènes en personne. Le 5 juin, le Conseil de Gènes décida une levée de mille hommes de pied (Arcli. du Ministère des Affaires étrangères de France, Génes^ 2, fo 230 vo).
an, — sans compter le budget du duché porté à ce même chiffre opime', — et on le voyait si prodigue pour les fêtes, pour les cadeaux ! Son simple budget ordinaire de dépenses personnelles s*élevait à 18,000 ducats; il dépensait la même somme pour rcnlrelien ordinaire de sa cour. On ne se rendait pas compte de rembarras réel des finances ducales, sous des dehors si brillants. Jusque-là^ les alliances avaient coûté cher à Ludovic, car il fallait les payer comptant. Il avait dû en passer par les exigences de Maximilien et, avant tout, lui solder intégralement la dot de sa femme, soit 400,000 ducats; Tinvestiture, longuement marchandée, coûtait 120,000 ducats. La France coûtait moins cher; cependant^ elle avait obtenu un prêt de 200,000 ducats, à gros intérêts, il est vrai. Et que d'autres dépenses depuis quelques mois! Bref, ce riche potentat, tout en écrasant ses peuples, se voyait réduit à envoyer à Gênes une partie de ses bijoux, pour payer les armements, et à la monnaie les belles médailles d'or de ses prédécesseurs. Pendant ce temps, Alexandre VI, « faisant, disait-il, sur Tavis de Ludovic, un effort douloureux pour son cœur, quittant Kome la veille d'un jour où le peuple vient en foule baiser les mains de son pontife »*, conjurait, au moins, Ludovic, de se montrer généreux, de ne pas imiter les empereurs de Byzance dans leurs soties économies; ce serait une avarice véritable, mal entendue, néfaste, inopportune'. Ludovic, gêné par Télat de son trésor, ne pouvait que presser l'arrivée des troupes vénitiennes. Les Vénitiens lui renvoyaient ses instances ; ils se plaignaient aussi de ne pas trouver de bon capitaine général... Ludovic s'offrit pour cet emploi...
1" (\L Arrhii'io Stor. Lnmhnrdo, 1S79, p. 230, un arlicle de M. César Gantù, ('vuluaiit 1h bu'li^tH total du Milaiii-iis en 1497 à 700.000 ducats.
2) Lettre du 1«' juin, à Ludovic: Climei, Notizenblatt,,. der K. Akademie fier Wissenschafteny zu Wien, année 1856, p. 448.
3) ('ilimel, Notizenblatt, p. 46(5.
DÉFENSE d'asti, AVRII.-MAI 149S 179
Pour se garer du côlé de Gênes qui lui tenait fort à cœur, il envoya Tordre d'armer à son compte dix galères et quatre navires construits pour la France et non utilisés, et d'ajouter deux autres navires; pour plaire aux Génois, on n'économisa pas. Venise concourut àladépense... *Onpriale roi d'Espagne, très influent à cause de nombreux liens d'affaires et des comptoirs importants des Génois dans son royaume, d'envoyer à Gênes un ambassadeur coopérer à l'œuvre de la ligue. Enfin, atout événement, Ludovic mit au châtelet de Gênes une bonne garnison, sur laquelle Ténergie bien connue du gouverneur Adorno pouvait s'appuyer.
On annonçait l'envoi de cinq cents Suisses de l'armée française à Sarzana. Trois fils d'Hiblet de Fiesque, réfugiés à Pise, se vantaient hautement d'aller à Gênes avec cinq mille Français. On pensait que Charles VIII établirait à Pise son quartier général, pour faire marcher de là son armée à Sarzana et y attendre le dénouement des événements préparés à Gênes*. Une petite flotte française de sept galères, trois fastes, deux navires, deux galions, et une brigantine, bien équipée et bien montée, vint jeter Tancre dans le port de Livourne, le 24 mai '.
Charles VIII s'avançait dans la direction de Sienne, par Rome. Ludovic, qui excellait dans les précautions, recevait, jour par jour, presque heure par heure, le compte rendu de
1) Le 24 mai, Commines se présenta encore devant le Sénat de Venise, par ordre du roi; il protesta contre Ja conclusion d^ine ligue, et chercha, dans une harangue médiocrement digne, à séparer Venise de Ludovic Sforza. 11 dit que Charles VII [ n'avait fait de mal nulle part, qu'il avait été bien reçu partout, notamoient à Pavie, qu'il voulait rendre aux Florentins leurs forteresses, qu'il désirait seulement rentrer en France sans rien demander. Il ajouta, du reste, que personne ne saurait arrêter le roi, « le duc de Milan pas plus qu'un autre, » Il finit en annonçant sérieusement une prochaine entrevue du roi avec l'Empereur « pour la croisade » (Arch. de (Venise, Secreio 35, p. 107 yo).
2) Lettre de B** Malaspina (Arch. de Milan, Guerre, 1495, Alessandria).
3) Sanudo.
i80 inSTOlUK DK LOUIS XII
sa marche '. On intercepta aussi un courrier parli de Ceprano, avec un paquel de lettres du 2o et du 27 mai.
Il y avait là des lettres de Saint-Malo et de divers officiers : presque tous les officiers disaient : « Nous arrivons à Asti. » Les lettres les plus intéressantes étaient celles du cardinal de Saint-Malo à la reine, au duc de Bourbon, au duc d'Orléans : elles variaient un peu de style, selon le destinataire. De Pootccorvo, le 25 mai, Saint-Malo représentait à la reine le roi comme fort désireux de la revoir, et de revoir le duc d'Orléans, qui venait de retomber malade. Saint-Malo se déclarait prêt à faire personnellement son devoir en ce sens, « ne désirant rien plus au monde que voir le roi en France » ; il calmait les transes de sa souveraine. Depuis sa variole' de Naplcs, le roi va bien, il a une bonne armée ; le duc d'Orléans est bien entouré à Asti ; tout marche pour le mieux. Au duc de Bourbon, il parlait un langage analogue : « Les Romains, ajoutait-il, refusent hautement d'embrasser le parti de Milan et de Venise, et se déclarent bons amis du roi : » le cardinal doutait de leur sincérité, mais il affirmait la volonté du roi de n'altafjuer personne. Avecleduc d'Orléans, son style devenait j>lus martial. « Le roi compte vous voir bientôt : il arrivera à Rome dans quatre ou cinq jours ; il a bonne compagnie ; je vous garantis que personne ne l'arrêtera : on n'a point peur ici de toutes les ligues italiennes. » Les autres lettres respiraient la confiance et Taudace. On traverserait Rome de gré ou (lo force : le pape promettait bon accueil, mais peu importe; les forces qui entourent le duc d'Orléans assurent le retour. En juin, on sera k Asti, en juillet à Lyon. « Nous n'avons nul souci, disait encore Saint-Malo à l'archevêque de Reims;
i) LiîiPSP (le ces rensei«;:npmenls aux Arch. de Milan, Gmrre^ 1495. 2) « Le vrrole », dil la Iraduction italienne.
DÉFENSE b'ASTl, AVRIL MAI i495 181
les forces d'Aslî nous seront d'un grand appui. » Une des lettres dut appeler plus particulièrement Tatlenlion de Ludovic et lui inspirer du souci. Cétait une lettre de Saint- Malo à Tévêque de Novare, d'où résultait la preuve certaine de rapports très particuliers entre Tévêque et la cour de France, car cette lettre était une réponse, et une réponse pleine de jactance. Naples est bien fourni, y lisait-on, nos gens ne rêvent que bataille. Le roi est gaillard, et bien résolu à aller voir « Monseigneur » à Asti. Ainsi, entre Saint-Malo et Tévêque de Novare, on ne parlait pas de Louis d'Orléans comme d'un étranger, on l'appelait A/on^^/^new?', ainsi qu'un prince dans ses domaines *.
Une autre lettre, écrite par Saint-Malo à Louis d'Orléans, le 30 mai à Valmontone, également interceptée, put apporter à Ludovic de nouvelles inquiétudes. En voici le résumé : Le Saint-Père s'est réfugié àOrvieto : le roi entrera lundi à Rome, M. de la TrémoïUe et le sénéchal de Lyon sont allés préparer ses logements. Le roi n'amènera pas les Suisses à Rome, il n'y restera qu'un jour pour faire ses dévolions à Saint-Pierre, et sera le 15 juin à Florence. L'armée ne demande qu'a faire et à prouver sa bravoure. Le roi, outre sa maison, mène douze cents lances françaises, quatre mille Suisses, deux mille arbalétriers gascons : Trivulce commande une compagnie de cent lances, et deux ou trois cents lances italiennes. Asti va recevoir de France de nouveaux renforts. Le roi ne demande que la paix; puisse-t-on l'obtenir pour ne plus guerroyer que contre les Infidèles! Les gens d'armes du marquis de Mantoue, à la solde de Venise, font dire qu'ils se battent à regret contre
1) Extraits traduits de ces lettres : Arch. de Milan, Duca d' Orléans »Vévéque de Novare, Jérôme Pallavicini, était un lettré fort distingué. Préconisé par Innocent VIII, en 1484, il avait dû partager les revenus de Tévêché avec Ascagne Sforza, qui prit le titre d'administrateur du diocèse (Basilica, NovaiHa, Novare, 1612, 4% p. 524 et s.).
i82 HISTOIRE DE LOUIS XII
les Français, dont ils louchaient jadis la paye. Jamais nos troupes n'ont eu plus d'entrain. Toule l'armée de Milan et de Venise peut venir : la roule que nous désirons est celle qui passera au milieu d'elle. Les vivres sont abondants, le voyage fort beau, le temps frais et excellent. Sans vous, le roi ne se hâterait pas, et peut-être d'Asti reviendra-t-il à Naples, quoiqu'il n'en ait nul besoin. On l'adore, à Naples; on a été désespéré de le voir partir, on est prêt à tout pour son service. Ces Napolitains sont braves gens et de bon vouloir. « Le roi vous montrera de belles choses qu'il avait à Naples, les plus belles que vous ayez jamais vues *. »
Ces lettres se passent de commentaires : elles montrent la souplesse du talent de Saint-Malo.
On voit aussi que la cour accueillait des ouvertures faites par les adversaires de Ludovic, dans son duché même, àNovare. Ulcéré contre Ludovic, et désormais en guerre ouverte avec lui, d'ailleurs ne redoutant rien, le roi embrassait donc le parti du duc d'Orléans et voyait avec plaisir parler des droits de son cousin sur le Milanais'. Il invita Louis à s'en prévaloir pour troubler le duché '.
Le 7 juin, Ludovic reçoit de ses agents l'avis confidentiel que Louis d'Orléans se prépare à quitter Asti le 9 avec son année; il prescrit aussitôt à Galéas une active surveillance *. Le 8, il donne ordre de jeter des ponts sur le Pô, pour le pas-
1) Traduction ilalieuno. Arch. de Milan, Francia.
2) Un ami du duc d'Orléans, Mcry de Rochechouart, reçut en gratification du roi une part de la contribution de 4.000 ducats due par la ville de MauCredonia (Boislislc, Élicnno de Vcsc, p. 100).
o) Alessandro Benedetli, // pitto (Varme dcl Taro (éd. de Novare, 1865), p. /j2 : Ant. Husconi, AuM'dio di Novara(No\'drSi, 1884), p. 4: Gh ilini, Annu/î (// Ali.->i>ajidriay p. 115.
4) Arch. de Milan, Milibire, Guerrcy 1495. Tous les détails qui suivent sont, sauf avis contraire, extraits de pièces du même fonds, et spécialement de la liasse C<>uijhu'n di NovaiOf à la date indiquée pour chaque fait.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1495 183
sage de l'armée vénitienne prêle à déboucher en Lombardie, et qui parut à Crémone le 21.
Ce même jour, on passait à Asti la revue des troupes, du moins de celles qui s'y trouvaient, car les nécessités de la garde et surtout l'extrême difficulté des logements et des subsistances les éparpillaient au point que neuf lances seulement de la compagnie de Ligny sur cent parurent à la monstre^.
Le 9 juin, un certain André Crivelli, préposé au poste de Vignale % adresse à Ludovic une lettre éperdue. De nouvelles troupes françaises sont arrivées à Asti. La nuit dernière, cinq cents chevaux ont traversé Slroppiana. On a cru voir avec eux, tant on redoutait la trahison, le frère de M. Galéas de San Severino (il se trouvait loin de là), avec des archers, et messire Constantin Arniti. « Tout fuit, tout se réfugie dans les forteresses. Vignale, mal fortifié, ne peut tenir. Je me recommande à Dieu et à sa Mère! » Vingt-quatre heures plus tard, Ludovic reçoit coup sur coup de bien autres nouvelles : à dix heures du jour, le 10 juin, le commissaire de Novare envoie en toute hâte demander des ordres : un hérault du duc d'Orléans, habillé à ses armes, venait de se présenter et de sommer la ville de se rendre sur le champ, sinon le duc, qui arrivait avec vingt mille hommes, la mettrait à sac le lendemain '. Une heure plus tard, quelques mots, crayonnés sur une feuille de papier, annoncent Foccupation de la ville, mais la forteresse tient encore. Bientôt, une adresse au duc, où Ton mit les signatures de tous les chefs de Tarmée milanaise, même du cardinal de la Rovère, du marquis de Mantoue, de Galiot de la Mirandole,
1) Fr. 25782, f. 149.
2) Le texte porte « Vinzalii ».
3) Cette lettre, des Archives de Milan^ a été publiée par M. Rosmini, Vie de J,-J, Trivulce, II, 216.
iSi HISTOIRE DE LOUIS XII
du seigneur de Carpi, dénonce Tincivisme de Novare qui vient de se vendre aux Français, et félicite la citadelle. Voici ce qui s'était passé.
La ville de Novare, riche, importante, située près de la frontière du Piémont, était une ville guelfe et aristocratique : au premier rang des citoyens importants de cette ville se trouvaient les membres de deux familles, distinguées par leur fortune, par leur influence comme par leur illustration et leurs alliances : les Caccia, les Tornielli. Or, depuis longtemps, Tavidité de Ludovic suscitait à Novare de violentes inimitiés. Sous prétexte d'acheverun grand canal, très anciennement en projet, qui devait joindre le Tésin à sa célèbre propriété de Vigevano, la Sforzesca^ Ludovic commença par s'emparer, violemment, de diverses propriétés particulières, qu'il joignit sans scrupule à ses propres domaines \ Puis, le canal se trouvant insuffisant, Ludovic, dans un but de pure spéculation privée, se concéda, dès le 14 novembre 1481, un décret qui autorisait l'expropriation, sans indemnité, pour cause de l'utilité publique, de tous les cours d'eau susceptibles d'alimenter un caut-^l dérivatif de la Sesia. ('e décret visait une vieille ordonnance de Philippe-Maria Visconti, depuis longtemps tombée en désuétude. Pour ne pas blesser les Novaraîs, Ludovic usa d'abord de diplomatie, et, par acte notarié, son compère Robert de San Severino, le père des San Severino actuels, convint, au nom de Ludovic, de ne détourner de la Sesia qu'une quantité d'eau limitée. Ces questions d'eau présentaient à Novare un intérêt capital, non seulement pour les industries suburbaines, mais pour l'agriculture du territoire, basée sur un système d'irrigation dont les premiers travaux remontaient à une haute antiquité. Après la Sesia, Ludovic s'at-
1) Rusconi, Lodovico il Moro, p. 25.
DÉFENSE d'astt, avkil-mai 1495 185
laqua à un vieux canal, qu'il prétendit accaparer, et pour lequel il arriva encore à une transaction avec la ville de Novare, en 1487-1488. Dans les actes de cette transaction, figure un ManfredTornielli*, fils de feu Grégoire, comme conseiller de la commune. Ces actes donnèrent naissance à la construction d*un nouveau tronçon de canal (appelé la Mora)^ laquelle s'effectua grâce à des spoliations criantes'. On s'empara, notamment, de cours d*eau appartennant au comte Jean- Baptiste Caccia et au comte Manfred Tornielli \ Pour faciliter les choses, Ludovic recourut à un expédient vraiment atroce. Il fit accuser d'un crinre imaginaire, un certain Innocent Caccia, mort depuis quelques années, et, sans se soucier de l'honneur de la famille, il fit rétroactivement condamner le défunt par des juges prévaricateurs à une peine infamante, c'est-à-dire entraînant la confiscation. Armé du jugement, il s'adjugea les biens du mort, au détriment des héritiers naturels, et put ainsi achever son canal. Depuis lors, la ville de Novare devint un foyer de haines mortelles contre lui *. Son frère Ascagne aggrava encore la situation, en s'adjugeant sans aucune espèce de droit l'évêché, grâce à sa situation en cour de Rome, et en forçant Tévêque titulaire à lui abandonner la plupart des revenus ^
C'est à la cour de Savoie que vint l'idée de mettre à profit la situation bien connue des esprits à Novare. Le sire de Valperga et le comte de Bresse entrèrent en rapports avec les
1) 11 est appelé, dans les actes français, Mainfroy Tornielly ou Mainfroy ToumieL II avait un frère, Dominique, entré dès Eon enfance au service intime de Ludovic et qui y resta jusqu*en 1500 (J J. 233, 39 : J J. 23i, 60.)
2) Rusconi, p. 25-39 : Paul Jove.
3) Id., p. 51-52 : C<* Morbio, Storia di Novara, d'après le récit contemporain du chanoine Goriccio, dit Barba.
4) Paul Jove.
5) Note ci-dessus, p. 181.
eiïaré, ne sachant quel parti prendre, courte à peine habillé, vers la porte Sainte- Agathe, où « Ton attendait, dit-il, Tennemi », avec le comoiandant de la citadelle, Philippin de Fiesque. Il croise Opicin le Blanc tout armé; il va à lui, rassure de Famitié de Ludovic, Tentraine vers la porte. Ils y arrivaient à peine qu'une clameur formidable part de la foule : « Les Français à la porte de Milan ! » Âuraicnt-ils donc fait le tour de la ville? « Soyez tranquille, messer Jean, ils n*en resteront pas là! », dit Opicin, qui salue poliment et disparait, en jurant (prétend le commissaire) de les empêcher d'entrer. Castiglione ne court pas, comme on pourrait le croire, à la porte de Milan, ni à la caserne : il va sur les remparts, voir ce qui s'y passe. Son valet de chambre lui apporte sa salade; il la revêt et envoie le valet surveiller Opicin. Le valet s'éloignait à peine qu'il rebrousse chemin à toutes jambes en criant : « Les ennemis sont entrés! les voilà! les voyez-vous? » Castiglione voit, en effet, passer deux gardes des portes qui fuyaient éperdument, comme son valet, et une foule de gens de la ville qui hurlaient : Franza! Franza! Le bon Castiglione, en paix avec sa conscience^ puisqu'il avait convoqué le conseil municipal et envoyé demander des instructions à Ludovic, suit alors son valet. Tous deux montent à cheval, parlent au galop, poursuivis jusqu'au bout du pont par une populace hostile, « cum periculo mio », dit-il, et ne s'arrêtèrent qu'à Boff'alora, sur la route de Milan. Le cheval du valet avait fini par rester aux mains de la foule; le coursier du gouverneur n'avait que des égratîgnures. Castiglione fit aussitôt couper les ponts derrière lui, et adressa à son maître un rapport tout chaud sur l'événement. Il retrouva, sur les routes, trois ou quatre de ses serviteurs, en fuite comme lui.
C'est ainsi qu'en moins d'une heure les troupes françaises entrèrent dans Novare. Deux cent cinquante lances pénétré-
DEFENSE d\sti, avril-kai 1495 189
renl d'abord ' , sans aucune effraction, car on oiïrit les clefs au premier capilaine. Le reste suivit '. Les troupes ne campèrent pas toutes dans la ville; la plupart revinrent prendre quartier dans les faubourgs, ou sous les murs.
Nous ne saurions exprimer la stupeur de Milan à ces nouvelles. Un crut tes Français aux portes de la capitale, et l'on ne voyait rien qui pût les arrêter. L'adresse volée par les chefs et capitaines ne suffisait pas à rassurer; pourquoi écrire au lieu de se battre? La panique, la colère, les baines accumulées, les mépris, tout se mêlait, se déchaînait. La foule, hostile, n'attendait qu'un signal pour se soulever et changer de maître. Les magasins se forment en un clin d'œi!, la ville prend un air d'émeute. Les amis de Ludovic, dans leur trouble, parlaient d'arborer, pour leur défense, les panneaux de l'Empire sur toutes les forteresses. Ludovic s'enfuit du château et se réFu* gie en grand secret cliez l'ambassadeur de Venise ', avec un petit groupe de serviteurs. Il suppliait son h6le d'implorer le Sénat de Venise. En quelques heures, il parut vieilli de dis ans ; lo lendemain, ses valets de chambre prétendirent avoir retrouvé dans son lit ses bagues, tombées de ses doigts subitentent maigris '.
De sa cachette, Ludovic put envoyer une proclamation rassurante* et quelques ordres : on prit les mesures les plus élé-
1) Nous prenons, ici, le chilTre donné par loulea les correspondances ou par les récits d'Italie. D'après la relation orilcielle, publiée par M. de la Pilorgerie {p. 309j, les forces françaises se réduisaient à vingt lances, commandéexparJeindeLouan. Ilfaul remarquer toutefois que larelation officielle, imprimée en France, à la hille, couLienl de nombreuses fautes d'impression.
2) Récit d'un témoin oculaire, publi é par M, Busconi, p. 7. Le récil de Sanudo, sommaire et plein d'une éïideule mauvaise humeur, contient quelques inexactitudes.
3] A. Benedetti.
4) Bugato, dans Rusconi, p. 9.
5) Minute, du 11 juin aux Arch. de Milan, MilUare, Guerr^; 1^95. Lu-
190 HISTOIRE DE LOUIS Xll
menlaires de défense et d'approvisionnement. Philippin de Ficsque, acrouru à Milan, rclourna vers Novare avec une compagnie de quarante hommes *.
Ludovic se posait une seule question : pourrait-il défendre Milan? San Scvorino reçut Tordre de se replier en toute hâte sur Vigevano et de s'y retrancher, comme au point le plas«ùr du duché, afin de couvrir le pays*. Mais Ludovic ne comptait qu'à demi sur cotte armée, son unique espoir : un des chefs lui écrivait, h Theure même de la perte de Novare : « Mes gens sont forts mécontents, car les Français s'avancent chaque jour ; ils ont pris Villanova(?) ; chaque jour ils courent le pays, jusqu'à nos portes, sans qu'on y pourvoie : à ce compte, ils iront bientôt à Sainto-Marie-des-Grâces '. Pour les réconforter, je leur promets l'arrivée des Vénitiens et des Allemands. Ils répondent qu'il leur faut de l'argent, non de bonnes paroles : sinon, ils se feront Français *. »
Le 10 juin, Louis d'Orléans quitta lui-même cette ville d'Asti, où il étoulîait, et partit par le Montferrat, avec presque toutes ses troupes '. MM. de Champdeniers et Jacques de Tintevillo, avec quinze archers et dix hommes d'armes faisaient oflice d'éclaireurs. La compagnie du bâtard de Bourbon, celle du maréchal de dié commandéeparlelieutenant JeandePIoret, toutes deux bandes d'élite, ouvraient la marché; ensuite
(Jovic irannonce pas la prise de Novare ; il dit : « Hier, le duc d'Orléans a '[uiltr' Asti pDur venir à Novare. » Il annuiice Texpédition de grandes forces mililiiircs.
1) Calvi, np., cit,^ 120 : Sanudo.
2) battre «le Ludovic au protonolaire Conradolo, de Gènes, 14 juin (Arch. de MiiîiFi, (liurir).
3i A MilîiF).
ï) Arrh. «le Milîu), Guerre
5) Nous nVuuiuus le bulletin ortieiel de cette marche, expédié de Novare le 15 (.1. de la Pilor<;erie, p. 300-3i:^ : Les nouvelles de M. iTOrléans, imprimé gulliique, à la Bibl tlièque de Nantes).
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 1495 191
venaient dix-huit hacqiiebutes envoyées d'Orléans, et dix belles pièces composant Fartillerie, puis les vivandiers, le bagage, puis le duc d'Orléans, suivi de deux cents lances, les francsarchers de Bourbonnais et d'Auvergne, très belle troupe fournie par le régent, les gentilshommes formant le ban et l'arrière ban du Dauphiné, la compagnie Champéroux, les francsarchers de Dauphiné, et, enfin, un assez grand nombre de gens d'armes en bonne tenue. Depuis quelque temps, le duc d'Orléans était repris de la fièvre, et sa maladie ne contribuait pas peu sans doute à entretenir la fausse sécurité de Ludovic. On ne l'aurait pas cru en état de participer à un coup de main. II marcha pourtant.
L'armée, empêtrée de bagage et d'artillerie, gênée par la chaleur, mit huit ou dix heures à parcourir trois lieues; elle passa la nuit à Moncalvo, et, le lendemain, elle alla dîner à Pontestura, dernière ville du Montferrat, oii Ton construisait sur le Pô un beau et grand pont, encore inachevé malheureusement. Vers quatre heures, elle passa le fleuve et coucha un peu plus loin. Le vendredi 12, au lever du soleil, elle traversa Verceil, « belle ville à M"® de Savoie ». Les gens du pays Taccueillirent avec force démonstrations de joie et de sympathie ; ils criaient : Orléans^ France, ils priaient Dieu et sa Sainte Mère d'aider le duc, de le conduire heureusement. L'armée traversa le Tésin à gué, dîna et campa jusqu'à une heure du matin dans le premier village milanais, sur la rive gauche. Les habitants reçurent Louis d'Orléans comme leur duc et sollicitèrent la conservation de leurs franchises locales : le marquis de Saluées, venu se mettre aux côtés du duc d'Orléans avec le dévouement le plus chevaleresque, répondit, en son nom, que le prince venait précisément apporter la liberté : il invita les habitants à envoyer leur charte, qu'on confirmerait. Grande joie dans le pays... Le samedi 13, aune heure
du matin, Tarméc s'ébranla en bon ordre, et à huit heures elle s'arrêta devant les faubourgs de Novare, pour reprendre haleine et préparer l'entrée. « Qui nous eust veu ensemble, nous eust nombre cstre xl mille hommes ; je crois que nous sommes plus de xviii à xx mille. Monsieur a la plus belle bande que je veisse oncques; il passera partout, qui que le veuille veoir. »
A dix heures, le défilé commença. La cérémonie dura plus de quatre heures, au milieu d*un enthousiasme indescriptible ; partout des cris : Orléans, Orléans^ France^ France, des applaudissements; les Novarais serraient les mains aux Français comme à des libérateurs, on ne voyait que la croix blanche de France. Louis d'Orléans, placé sous un dais, précédé du marquis de Saluées et du régent de Montferrat Constantin Arniti, maigre, jaune, exténué, connaissait trop les sentiment9 des Novarais pour s'étonner de cette ovation populaire : il ne s'étonna que de voir encore la garnison de Ludovic au château, car on lui avait dit que le château ne tiendrait pas plus que la ville *.
Philippin de Fiesque avait réussi à rentrer au château, avec sa petite troupe, par une poterne du côté de la campagne. Il essaya un simulacre de défense; il organisa des essais de sortie... Son lieutenant, Jacques Calcho, peu habitué aux responsabilités, n'avait pris, dans la déroute universelle, aucune précaution : la garnison était démoralisée. En voyant accoutrer les faucons et serpentines contre sa forteresse. Philippin leva la main et requist quon parla à luy : sans arrêter les préparatifs, Louis consentit à une trêve d'une heure. Philippin en profita pour venir en personne négocier ; le conseil de guerre, composé du duc d'Oléans, du marquis de Saluées, du jeune
1) Note anonyme du temps. Arch. de Milan, Guerre.
DÉFENSE d'asti, AVRIL-MAI 4495 193
fils du vicomte de Rohan, et des capitaines, accepta son oiïre de se rendre s'il n'était secouru dans les viug't-quatre heures.
Aussitôt avisé, Ludovic « cheustala renverse, toutpasmé», d'aulaat plusque le messager, dans son eiïroi, n'attribuait pas moins de quarante mille hommesau duc d'Orléaasi.
Le matin du 1i juin, le bruit se répandit dans Novare qu'il arrivait un secours à la citadelle; on disait l'avoir vu sur la roule de Milan. Parmi les gens d'armes français, ce fut une grande joie. Ils allaient donc enfin rencontrer les troupes de Ludovic, se donner le régal d'une bataille! Rien n'arriva et, à la vingt-deuxième heure du jour, la forteresse ouvrit ses portes. Jean de Louan ' et Gilbert Bertrand y entrèrent avec les archers de la garde personnelle du duc. La garnison, qui semblait « la plus aise du monde », les fêta aux cris d'Orléans, France, alluma des feux do joie, jeta ses armes avec ardeur. On lui fit décharger ses canons.
Philippin de Ficsque lira parti habilement do la situation; dans sa capitulation, il stipula pour la ville de Novare un certain nombre de privilèges, règlements d'octroi et autres, que Louis d'Orléans s'engagea a respecter. Un avocat qui se trouva là, Simon deGrili, dressa l'acte séance tenante, «suigièr d'Agogna », selon l'expression locale, autrement dit sur la place du marché. Philippin repartit ensuite pour Milan où Ludovic l'accueillit bien'. Quant à Louis d'Orléaus, il ne voulut pas, on le comprend, demeurer en reste de générosité et s'entendit avec le conseil do Novare pour accroître sponlanémeat le bénéfice de la capitulation *.
1) Chilire excessivement exagéré, comme on le verra par la suite.
2) Ou Ixiuvain.
3) P, Jove : Corio : Ruscoai, Assedio di Novara, p. 8. i] RuBConi, Assedio, p. 9.
194 HISTOIRK DE LOUIS Xll
Louis entra au château eu grand appareil, au milieu de sa garde, de ses gentilshommes et de deux cents Suisses; il y mit soixante aventuriers, sous la direction d'un des hommes d'armes de sa compagnie, Jean Guédon, et sous le commandement supérieur de Jean de Louan. Les Français apprécièrent beaucoup le château, et ses fortes murailles de vingt pieds de large, sur lesquelles deux chariots de France eussent passé de front. La moindre résistance, disaient-ils, aurait pu durer trois mois.
Au début, se produisirent quelques abus inévitables : les Suisses, les francs-archers se mettaient hpluiner lapoule^ selon leur vieille habitude. Le duc d'Orléans y mit ordre par les ordres les plus rudes. II fit occuper quelques châteaux des environs : c'était une promenade, chacun apportant ses clefs. Les Novarais n'exprimaient qu'un regret, celui que Moiiseif/nci(rnc fut pas arrivé plus tôt, car le commissaire ducal avait déjà commencé à percevoir une partie des 40,000 ducats imputés à la ville pour sa part dans les nouveaux impôts*.
Quant à Ludovic, aussi faible dans l'adversité qu'arrogant dans la bonne fortune, il versait des larmes, il songeait à se réfugier en Espagne, et s'en ouvrait à l'ambassadeur espagnol*.
Ce jour la, le 14 juin, Louis d'Orléans, partout reçu comme duc de Milan, devait marcher sur Milan : les portes s'ouvraient d'elles-mêmes, et c'en était fait de Ludovic. Le duc d'Orléans h la lete de la Lombardie, quelle sécurité pour le roi lui-même ! Le retour de l'armée se trouvait assuré. Le caractère de Louis d'Orléans, sa conduite postérieure, les reproches mêmes qu'on lui lit, tout prouve qu'il voulait marcher, qu'il n'aurait pas hésité. Mais il n'était pas libre de ses mouvements. Ni le régent, qui rajjpUN ail, ni le roi ne convoitaient la conquête de la Lom-
1) L:i Pilurgerie, ouvr. cité.
2) Ruscoin, ouvr. citr : O Morbio, Sloria dl iSovara,
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bardie pour le duc d'Orléans. La vieille politique de jalousie et de méfiance de la couronne envers les princes d*Orléans, les idées traditionnelles de Charles VI, de Charles VU, de Louis XI, les idées de Charles VIII surtout, subsistaient tout entières, et il s'y ajoutait une pensée de prudence : il s'agissait, avec les troupes royales d'Asti, de garantir la pleine sauvegarde de la personne du roi, ni plus ni moins, par le procédé le plus sur et avec le moins de risques possibles. On pouvait admettre et trouver bon que les troupes royales allassent, avec le duc d'Orléans et le commissaire royal Gamaches \ exécuter, sans aucun risque, un coup de main longuement mûri et préparé, qui ébranlait profondément Ludovic, couvrait la ligne des Alpes, défendait les pays subalpins contre toute intrigue, et opérait une diversion redoutable au revers de l'ennemi. Presque tous les historiens, même ceux qui reprochent à Louis d'Orléans sa marche sur Novare, lui reprochent aussi son arrêt. Comme dit Guichardin, ce sont des reproches faciles à formuler de loin... En réalité, une marche en avant, selon le vœu de Louis, paraissait naturelle et séduisante : mais elle présentait des aléas sérieux. A quelques heures de Tarmée vénitienne, peut-être de l'armée allemande, s'engager à fond dans la conquête d'un pays hérissé de forteresses, déchaîner contre soi l'Italie entière, sans profit direct pour le royaume, au bénéfice du duc d'Orléans, était-ce prudent, dans la situation où se trouvait le roi? La nouvelle de la prise de Novare éclata sur l'Italie comme un coup de foudre : fort exagérée naturellement, car on parlait de grandes batailles, de pertes importantes,
i) Toujours présent à Novare (Tit, Gamaches, 43). V. p. 169. Jean de Gamaches, s» de Quinquempoix, était un homme mûr, et une ancienne créature de Louis XI, qui l'avait marié, Je 19 juin 1470, à une riche héritière, Marguerite, dame de Sury es Bois et de Saiut-Quintin du Blet. C'était un tuteur donné à Louis d'Orléans, près duquel il ne se trouva guère en laveur après 1498.
iUlî niSTOIRK DE LOUIS XII
d'une armée milanaise prisonnière ; elle produisit des impressions fort diverses. Elle exaspéra les Vénitiens, et leur montra Turgence d'une action rapide : Alphonse d'Esté partit pour Milan avec une nombreuse suite *, malgré la neutralité promise de Ferrare... Or, Pierre de Bourbon sentait, en France, le besoin de bien ménager ses forces. Tout en expédiant encore au roi des renforls considérables*, il lui fallait veiller aux frontières, armer et réparer les places fortes, faire face au roi d'Espagne, qui, décidément, lançait deux grosses armées sur Perpignan et sur Fontarabie '.
Quant à Charles VIII, il se rapprochait lentement, sans rien savoir. L'insécurité des communications rendait les rapports impossibles. Le il juin, d'Acquapendente Louis de la Trémoïlle avait encore réussi à faire passer à Louis de Graville, gouverneur de Picardie, les nouvelles suivantes : « J'ay veu les lettres que m*avez escriptes, et vous mercyefort des nouvelles que m'avez mandées. Et croy bien les no[uvelles] que me mandez du Koy dos Romains : toutesfoiz j'espère que [alors] noLis aurons passé les harpes* de Boulongne, avant qu'il viengne on ce pays cy; car, à ce que je puis entendre, il n'acordo pas avec ses électeurs. Et, si nous sommes une foiz de la h[arpe], je ne congnois puissance qu'il n'y pensast bien avant que nous trouver. Nous ne demandons rien à homme, et nous en a[llons] nostre beau chemin. Uauroit tort qui nous demanderoit. Touchant le dilTorend de Mons' d'Orléans et du S' Ludovic, [onj pourra y venir au passer. Je ne vous en sauroie encoros [rien dire,] car l'un ne l'autre n'ont encores riens escriptde ces [difficultés]... Je ne vous escriptz riens de nou-
1) hhirio Verra rfiie.
1') 11 juin. Ms. Tarlement 474, 39.
:i) Fr. 20437, f" 65. - Commiries.
4) Les Alj)es de Bologne (les Apennins),
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veau en ces lettres, car elles [sont lues] d*amys ou d'ennemys, et mes que nous ayons une foiz [passé] le Rubicum, vous nous ferez des comptes de ce que avez [eu] en Picardie, et nous vous en ferons des estranges choses veues de par desa. * »
Les nouvelles du roi arrivaient si irrégulièrement que, le 6 juin, Tévêque d'Albi écrivait de Moulins au sire du Bouchage : « Nous sommes eshays, de par deçà, que nous n'avons eu de ses nouvelles ung moys a passé, mais Ton présume que c'est à cause des passaiges que le S"^ Ludovic a faitz rumpre, en manière que il n'y a poste qui puisse passer. Vray est que M*"*' d'Orléans a escript pardeçà que ledit seigneur estoit party de Naples et que le derrenier jour de may devoit entrer dans Rome, où il devoit eslre receu et très bien recueilly parle pape; mais ce qu'il en escript, c'est à la voilée, sans qu'il en ait eu seures nouvelles en plus que nous par deçà *. »
Le lendemain de son entrée à JNovare, Louis d'Orléans reçut un courrier du roi; ce courrier avait été dépouillé de ses lettres en route; il déclara seulement que le roi se portait bien et qu'il avait mis à feu et à sang Viterbe, à cause d'un refus de vivres '.
Charles VIII, à cette heure, entrait à Sienne, où i'altendaient des fêtes pompeuses. Il y resta plusieurs jours. Dans une lettre adressée, le 20 juin, à Pierre de Bourbon, il ne mentionne pas expressément les événements de Novare ; il se félicite seulement de savoir le duc d'Orléans en sûreté contre les a entreprises » de Ludovic, il annonce sa prochaine arrivée à Asti *. Ainsi le duc d'Orléans devait conserver purement la défensive.
1) Arch. de M. le duc de la Trémoïlle. Les bouts des lignes, restitués entre crochets, sont lacérés dans Toriginal.
2) Fr. 2919, f» 10.
3) La Pilorgerie, Docum» cité.
4) La Pilorgerie, p. 301.
i 98 mSTOlRE DE LOUIS XII
On peut jugor si Maximilien, sur la nouvelle des événemonts, s'oxhala on proclamations et en conseils. Il avertit, le 48 juin, Ludovic de se mettre sur ses gardes, surtout à Milan, car les nouvelles arrivées à Worms parlaient d'une révolution imminente et de l'extrême surexcitation des esprits. Maximilien priait son ami de garnir solidement le château de Milan, avec de bonnes troupes suisses, ainsi que Côme et tous les passages do frontière, attendu qu*il se tramait sûrement quelque chose; il l'engageait h mettre au château le capitaine Volsherich, il Côme le capitaine de Tirold, en leur donnant trois cents hommes; il les connaissait pour des hommes éprouvés, avec lesquels on pouvait dormir tranquille. En réponse à une lettre où Ludovic annonçait qu'il faisaitremplir le château de toutes les munitions possibles, spécialement de boulets et de charpentes, dans la crainte d'un siège, il lui renouvelait encore, le 19, les mômes recommandations pour Milan, Côme et la frontière, et l'ongagoait <i faire arborer partout l'écusson impérial. Maximilion écrivait aussi à Charles VIII pour l'inviter à no pas toucher au territoire impérial.
Lo 20, Maximilien se déclarait prêt à attaquer la Bourgogne. 11 demandait souloment au duc de Milan de nouveaux envois d'argont. Il exhortait Ludovic à ne pas laisser entrer déjeunes fommos au chAteau, car « c'est la perte des forteresses ». Lo21 enfin, illui expédiait douze exemplaires d'un mandement impérial, qu'il le chargeait de publier comme il le jugerait bon*. Ce mandement, adressé aux consuls et à la ville de Milan, était une sorte de proclamation, où le roi des Romains dénonçait, dans les tormos pompeux chers à la chancellerie impériale, la porfidio des traîtres qui avaient livré Novare. Il ontondait, lui, rassurer los bons et faire trembler les méchants,
1) Calvi, p. 120-123.
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punir les coupables, n'en pas laisser trace sur cette terre ; il réunirait les forces du Saint- Empire, etc. '.
Le 23 juin, il lança une proclamation plus solennelle encore, où l'énoncé seul de ses titres prenait une grande place. Il parlait en maître de l'Italie. Dans d'immenses phrases, Sa Majesté exposait la nécessité de s'entendre contre un très insolent vainqueur, et dénonçait Charles VIII, comme visant à la conquête de l'Italie cnlière, violant Rome, « domicile impérial, » voulant s'emparer de Milan et de Venise, ces très nobles
villes, insolent, ambitieux, traître Après une page de ce
beau latin, il s'excusait de renfermer sa colère et de ne pas s'étendre davantage ',
A ces fulminantes invectives, Louis d'Orléans riposta par nne proclamation, dont le texte nous a été conservé, sans que nous puissions dire si réellement elle fut lancée. Dans cet acte, en langue latine comme les actes impériaux, Louis d'Orléans, qui, certainement, entretenait des intelligences k Milan et espérait aussi une révolution, parlait au nom du roi de France, «Sur le bruit du meurire et de la mort du comte Galéas, usurpateur de notre duché, j'ai, disait-il, envoyé' demander BU roi, mon seigneur et père, la confirmation de mes droits ; il me l'a accordée avec clémence. J'ai droit au duché de Milan, du chef de mon aïeule Valentino, je le réclame hautement. Je chasserai l'usurpateur; car Dieu, qui nous juge, ne laissera
1) Arch. de Milan, Guerre : Vente d'autographes, 26 janvier 1885, Eugène Chamyay, n" 146; Revue des Autographes, mai 1885, n* 59. — M^me proclamation fut adressée aux autres villes, du moins à Alexandrie, où elle produisit grand efTet (Ghiltni, p. 115).
2) Orig. K.1482.
3) Il est probable que l'envoyé du duc était le sire de Champdeniers, chargé, d'abord, on s'en souvient, de sonder le terrain à Venise, et qui suivit le Toi & Naples. Champdeniers venait de rejoindre à Asti Louis d'Orléans peu de jours avant l'expédition de Novare, et il avait dû lui rapporter à ce iujetraulori!Btionduroi(Reçudu sire deChampdenierE, Tit. Rochechouarl).
pas impunis lant de crimes abominables, de violences, d'inf^^raliliidos, ih) cruanlés, de tyrannies ! Les événements actuels monlreut la justice divine. Quiconque résistera subira la peine des traîtres; les autres seront mes amis. Je respecterai les franchises. Le roi m'a ordonné de diminuer vos insupportables tailles. Je ferai tout pour vous soulager. Vous serez satisfaits. Je favoriserai les nobles et les peuples *. »
Ludovic ne manqua pas de prendre la parole dans ce concert de proclamations. Lo 14 juin, il signa une ordonnance qui diminuait les impôts et reconnaissait à tous les citoyens le droit de chasse *. 11 lança des lettres plus ou moins enflammées à diverses personnalités, aux villes du duché. Il pria les nobles et les habitants de Pavie de persévérer dans leurs bonnes intentions : (( la force ne nous manquera pas pour réprimer les insolences des barbares »*. Le 14 juin, jour même de la reddition de Novare, il annonçait Tévénement aux Parmesans, en flétrissant la lâcheté des gens « inexperts et d'âme vile », qui ont forcé la main à leur chef, Philippin de Fiesque; il ajoutaitson grand regretdenepouvoir secourir Novare dans la journée. Un peu plus tard, il annoncera la même perte aux Génois sur un autre ton. « Nous allons reprendre Novare, dit-il,
1) Copie (lu temps, sans formule, rlule, ni signature : Portef. Fontanieu, 149-150. Hennin indique même, d'après Muratori et Argelati, des monnaies ducales de Milan fiMppées au coin de Louis d'Orléans; mais MM. F. et E. Gnecclji, dans leur hrl ouvrage Mnnctt' di Milano^ n*en citent aucune. Hennin, du reste, renvoie, par méprise, à une suite de monnaies de Jean Galéas, qui portent la mention de Ludovic : « Lwiorico patruo guhematoro^, ou « guber nante », ou encore « Lu'Inricus patruus ynbrrnans d. Argelati indique une monnaie frappée à la légende habituelle : Lrnovios Adrelianesis Mkdiolani AC AsT. DN. /)'* nnnuli^ U(di:r, L 27).
2) liiairc inaniiscriL '/'.' P/t. (h Lischate,
o] Minute, aux Archives de Milan, Gwrvc. Barbares était Texpression consacrée. Le cardiuiil San Scverino, accusant réception de la lettre de Ludovic, à Pérouse, le 15 juin, fait des vœux pour la reprise de Novare à bref délai sur qucfitl barbarly comme Ludovic en manifeste la pleine confiance.
DÉFENSE d'astt, avbil-mai 1 495 20i
et, avec l'aide de Dieu, chasser les Français au delà de la Sesia {la frontière du Milanais). Notre armée s'organise sur un grand pied; Venise nous envoie un corps auxiliaire de six cents chevau- légers, vieux soldats façonnés à la guerre contre les Turcs. De jour en jour, nous attendons quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux; avec ces troupes, onpeut chasser les Français et aller même porter la guerre en France. En Parmesan, Venise oppose au roi huit mille gens de pied et trois mille lances , sans compter toules nos troupes du Bolonais, chevau-légers ou grosse cavalerie. Ainsi, tout s'annonce sous de merveilleux auspices. Néanmoins, ajoutait Ludovic, nous nous confions surtout en votre fidélité, en voire aideur pour le repos du pays, en votre volonté de montrer la valeurdes Génois. Voicil'occasiond'acquérir delà gloire. Vous êtes mes fils; je suis votre père. Soyez mes fils chéris, elc. '. »
Ludovic venait de recevoir une leltrc de Charles de Fiesqiie, du 19 juin, qui lui donnait des nouvelles de Charles VIII et çiii lui annonçait décidément l'intention du roi de marcher sut «iènes*.
Louis, enquittant Asti, avait laissé la direction de la ville k son maître d'hùtel, Georges, bâtard d'Auxy ', capitaine de
1) Guisliniani, CCLI.
2) Arch. lie Milan. Mititwe, Guerre, i4î6.
aj D'Auxy élait toujours resté sou homme de confiance. Voici un te^te qui en témoigne :
« Nous Georges d'Auxy, conseillsr et maistre d'ostel de Mons' le duc d'Orléans, de Miiian etc., certifiions a tous a qui il appartient que Jaques Hurault, conseiller, trésorier, argentier et receveur (gênerai des finances dudit seigneur, a paya et baiilè content la somme de dix livres dix sept solz six deniers tournois par lecommandement dudit seigneur a une demoiselle de Normandie, a laquelle ledit seigneur a fait don pour luy aider a nourrir uiig petit enfant, de laquelle somme... (etc.).,., le xv= jour d'avril, l'an mil un » un " et
Gborok B. d'Auxv, »
Blois, devenu, pour la circonstance, podestat d'Astî. D'Auxy dut céder, sans doute à contre-cœur, la capîtainerie de Blois au sire de Sandricourt * ; il reçut plus tard en dédommagement la capitainerie de Coucy *. Un capitaine de gens de pied, Laurent Prévost, flanqué, pour toute compagnie, de quatre hommes d'armes, reçut la garde de la citadelle d'Asti '.
En voyant s'aggraverles événements, Louis d*Orléans avait mandé son fidèle conseiller Georges d'Amboise. Georges se trouvaitdéjà à Asti lors de raffaire de Novare, car nous voyons un marchand de Lyon, Georges Toumeron, chargé de porter à Moulins des lettres pressantes « de Monseigneur et de M. de Rouen » à Tévêque d'Albi*.
1) Sandricourt fut nommé gouverneur de Blois en remplacement de Guyot Pot, par patentes ducales signées à Asti le pénultième avril 1495, contresignées Cotoreau (Vayssière, Le pas (Varmes de Sandricourt^ p. xxx). Cependant Georges d'Auxy prend encore le double litre de podestat d'Asti et capitaine de Blois dans une procuration pour ses afTalres, passée à Asti le 9 juin 1495 {Tit. Auxy, 28). 11 y a même de lui des reçus de gagescomme capitaine de Blois, du 25Vévrierl 495-1 49G, et du 28 juillet 1496 (id., 29,30).
2) Reçus de gages comme capitaine de Coucy en 1496, 1497, 1500, Tit. Auxy, n«-31, 32, 33,34,35.
3) Tit. Orléans, XIV, 063.
4) Tit. Orléans, XIV, 057.