‹ Histoire de Lorraine (volume 2)Chapitre 6 sur 20 · V. Câlmet, BiW. lorr., col. 545 cl · texte numérisé non relu

V. Câlmet, BiW. lorr., col. 545 cl

cependant très-urgent de s'occuper de cette abbaye, dont les religieuses avaient cessé de garder la clôture et s'étaient habituées à vivre presque comme des séculières. Heureusement, Anne de Vinlrangc se décida, quelque temps après, à exécuter ce que Ton exigeait d'elle, en rétablissant la clôture et en prohibant les coutumes que l'on avait réprouvées comme contraires à la règle de saint Benoit. Les communautés de la ville de Metz, bien que réformées, à l'exemple de beaucoup d'autres, depuis le commencement du siècle, avaient de nouveau négligé les prescriptions de ce code. Au mois de mai 1 499, l'évèque Henri de Lorraine promulgua des statuts aux termes desquels les religieux et les religieuses ne pouvaient plus sortir des cloîtres sans permission, parcourir la ville sans être accompagnés , manger ou coucher hors de leurs maisons sans cause grave, assister aux jeux et aux spectacles, être parrains ou marraines, donner ou recevoir des présents, si ce n'était avec l'autorisation des supérieurs, aliéner enfln les biens des monastères sans l'aveu du prélat, qui imposa de plus l'obligation de lire, tous les mois, un chapitre de la règle (4).

La difficulté que l'on éprouvait à conserver les anciennes abbayes, et à entretenir dans ces maisons un nombre suffisant de religieux , empêchait d'en établir de nouvelles. Au XVe siècle, on ne fonde plus de couvents, et c'est à peine si l'on a le courage d'achever ceux que l'on avait commencé à construire en des temps plus heureux. La quantité des hôpitaux ne parait pas non plus s'être accrue considérablement , car l'affaiblissement de la foi entraîne d'ordinaire celui de la charité ; mais on donna une meilleure organisation aux hospices de toute nature que les XIIIe et XIVe siècles avaient vus naître. En 4438, René Ier et Isabelle publièrent une ordon-

(1) V. Calmct, Uist., t. H, col. 1224 et 1225.

nonce pour l'administration de ces établissements (1). Chacun d'eux était régi par un maître ou gouverneur , assisté d'une sorte de commission de surveillance composée de deux personnes, prises, autant que possible, parmi les descendants des fondateurs (2). La commission examinait les comptes du gouverneur et procédait, chaque année, au récolement du mobilier. Toutes les offrandes devaient être versées dans un coffre muni de trois serrures, dont les ciels restaient entre les mains du gouverneur et des membres de la commission ; la Domination de celui-là appartenait au prince, et, par un singulier privilège, le gouverneur de l'hôpital Saint-Julien de Ktoey avait le droit de visiter tous les autres hospices et de choisir les membres de leurs commissions administratives.

Le gouverneur pouvait t prendre du bois pour l'affouage

» raisonnablement, et maronnage pour édifier et pour

• les réparations et réfections nécessaires...; il pou voit

» mettre porcs es bois du domaine en la saison accoustumée, » pour le vivre et provision nécessaire de f nos pilai rai-

• sonnablement par l'advis du gruyer, sans pour ce payer

• iuleun droict ». Ou lui accorde également la faculté de pêcher ci faire pécher « au filet et treuble » dans les rivières voisines, mais « pour la substentation seulement.... du mais-

• trede l'hôpital, des pauvres créatures malades qui y sont, » et des serviteurs tant seulement, sans que nulle aultre per- » sooae puisse participer au poisson qui ainsy seroit prins ». Le doc ajoute à ces avantages importants la donation à chaque maison d'un demi-muid de sel à livrer , tous les ans, dans la saline de Dieuze. Comme on hébergeait les pauvres voyageurs, une disposition spéciale détermine les mesures à adopter, en rasde guerre, pour empêcher des soldats ennemis ou des

(I) Efe est imprimée dans Rogéville, Dict. de* ordoun., 1. 1, p.

[t] LuD|H3Tiatice de l'hôpital Saint-Julien de Nancy engagea ïlcne I" k wftoeour le nombre de* membre* de la commission administrative ; y. +*, ib«L, p. 583.

espions de pénétrer dans les villes sous le costume de mendiants. Ceux qui c requéroient pour Dieu l'hospitalité de » Thospital » devaient être escortés par un des portiers jusque dans la maison ; il leur était enjoint de ne pas la quitter, de ne parler à personne, sinon en la présence du gouverneur de la ville, et le lendemain malin on les reconduisait jusqu'à la porte que Ton refermait sur eux.

Les réformes tentées vers la fin du XVe siècle ne portaient pas uniquement sur des habitudes coupables et entièrement opposées soit aux régies monastiques, soit aux statuts synodaux ; on essaya d'abolir aussi des usages que leur antiquité devait recommander à l'indulgence des rigoristes. Telle était la coutume établie dans le chapitre de Toul de col la lion ne r au chœur pendant le carême. Ce repas, dont l'origine se perdait dans la nuit des temps, ne donnait lieu d'ailleurs à aucun scandale, puisque les chanoines se bornaient à manger un morceau de pain et à boire une petite mesure de vin pendant la lecture qui précédait les complies (1). Telles étaient aussi les danses exécutées par les chanoinesses de Remiremont, le lundi de la Pentecôte. Elles prétendaient, lit-on dans un mémoire concernant la réforme de ce chapitre, c .avoir le droit

> de danser après dîner en la cour de la maison abbatiale : la » première danse appartenante à Madame l'abbesse, et la se- » conde au chapitre. Que si ladite dame abbesse ne veut ou » ne peut s'y trouver, ajoute le mémoire , elle est obligée de » fournir une dame à sa place pour danser. Auquel jour

> encore lesdites dames veuillent que les bourgeois dudit

> Remiremont paraissent en armes, et qu'ils passent devant » elles en l'église et parmi la maison abbatiale, et au troisième » tour ladite dame abbesse leur doit à boire en sadile maison, • pendant que lesdites dames dansent à la vue d'iceux et des » estrangers arrivés ce jour audit Remiremont. Et lesdites

(I) V. Benoit, ibiil., p. 642.

» dames disent encore que leurs principaux officiers, savoir :

> les sieurs grand prévost, grand et petit chanceliers et le

> chancelier de Testai, qui sont tous ecclésiastiques, leur » doivent certain nombre de danses ; et de fait, lesdits oflî- » tiers, te bonnet quarré avec le bouquet sur la tète, ou leurs • lieulenans et commis, les mènent danser dans l'après-souper ■ audit cloître, et dure ladite danse beaucoup à cause du grand » sombre d'icelles (i). » Le lundi de la Pentecôte était un vériuble jour de fête pour le chapitre et la ville de Remiremont ; les habitants de huit villages voisins se rendaieot en procession dans l'église de saint Romaric, et, pour se distinguer des autres, chaque communauté portait des branches de différents arbres ou arbrisseaux : Dommarlin du genévrier, Saint-Amé du muguet, Saint- Nabor de l'églantier, Saint-Etienne du cerisier, Vagney du sureau, Saulxures du saule, Rupt du chêne, Kamoochamp du sapin. Trois autres communautés ne tenaient que de trois années Tune , et portaient : Raon du genêt, Plombières et Belle- Fontaine de l'aubépine, tue dernière paroisse, Saint-Maurice, n'envoyait pas de procession, mais deux hotléeê de neige , que Ton employait sans doute à rafraîchir le vin ; et si, par hasard , les habitants de ce village ne pouvaient plus trouver de neige, ils dénient donner aux chanoinesses deux bœufs totalement t>Uci. Les processjons , reçues à la porte de l'église par un des chapelains et par les deux dames chante-noU$ , étaient successivement introduites dans l'édifice, et tandis qu'elles en faisaient le tour, les jeunes filles entonnaient d'anciens cantiques ea langue vulgaire , connus sous le nom de Eyriolés. Chaque paroisse avait le sien et tachait de le chanter avec plos de perfection que les autres. Après la messe et le Te Drum, les chanoinesses distribuaient des épingles aux filles

W V de* ci traits de ce mémoire dans l'ouvrage de M. Richard: Tradibofu etc. , p. 157 cl 158. Le mémoire a été rédigé eu 1012 ou 1UI3.

qui composaient les chœurs, et pendant que le conseil de ville donnait un somptueux repas aux gentilshommes, aux officiers du prince et à ceux du chapitre , les huit paroisses se retiraient dans des tavernes séparées et se livraient, jusqu'au soir, aux plaisirs de la table et de la danse. Une certaine licence régnait dans celte Tète bruyante, et les villageois ne craignaient pas, lorsqu'ils retournaient chez eux, de briser, avec les branches qu'ils tenaient à la main, les fenêtres des bourgeois qui ne s'empressaient pas de les ouvrir pendant le défilé des processions (1).

Un abus bien plus' dangereux que la collation, des chanoines de Toul , et que les danses des chanoinesses , était la prérogative singulière que revendiquait le curé de Lay- Saint-Remy. Il prétendait pouvoir marier les enfants sans le consentement de leurs parents, pourvu que ceux-là se présentassent en habits de voyage, comme des fugitifs, qu'ils eussent leurs chevaux attachés à la porte de l'église , et que le futur eût déposé ses armes sur l'autel (2).

Les droits utiles dont les curés jouissaient en Lorraine étaient presque analogues à ceux que possédaient les ecclésiastiques des pays voisins. On pourrait cependant signaler quelques exceptions assez curieuses. Ainsi le curé de Vagney avait la faculté de faire mener deux voilures de bois par chaque propriétaire de charrue , auquel il remettait deux pains de seigle pour le conducteur ; tous les paroissiens lui devaient un jour de corvée ; le marguillier ou sacristain était obligé de couper le bois nécessaire pour le service du presbytère, mais il était nourri tant que durait ce travail ; chaque meunier donnait au curé une tarte ; celui-ci levait un denier sur les grandes meules de foin, avait droit de justice pour la dime et les

(1) V. Traditions etc., p. 1Î>2-1(H); v. aussi Kyriolés ou Cantiques qui sont chantez à l'Eglise de Mesdames de Remiremont , etc. ; Rcmiremont, 1773, in 8*.

(2) V. Slalist. de la Mcurthe, par M. H. Lepagc, t II, p. 287.

dommages commis par les animaux, ainsi que sa port dans les amendes, nommait les bangards, ne payait aucune redevance pour le pâtre, avait le tiers de la dime et prenait toute celle d'un laboureur a son choix (1). Dans d'autres villages, le curé recevait, outre la dime, des offrandes en nature ; ailleurs elles se faisaient au profit de la paroisse elle-même. Les fabricants de fromages de Gérardmer et lieux voisins avaient coutume de se rendre, le 23 avril, â Champdray, dont l'église était dédiée à saint Marc. Ils offraient à ce saint des provisions de toute espèce : des fromages, du beurre, des œufs, quelquefois même des veaux et des chevreaux. Le trésorier de l'église se tenait devant le portail, acceptait ces dons et les vendait aux enchères au profil de la paroisse (2). A Langatte, chaque habitant présentait à l'église, le 3 novembre, des corbeilles contenant du pain, du sel, du blé et de l'avoine ; mais quand le coré avait béni les oblations, les habitants les remportaient cnei eux, mangeaient le pain et le sel et donnaient le blé et Tavoine a leurs animaux (3).

Afin de lutter avec succès contre les tentatives que certains esprits orgueilleux et ennemis de la discipline allaient faire pour renverser l'édifice de l'Eglise, ou du moins pour Le remanier au gré9 de leurs désirs ; afin de déraciner enfin les superstitions qui, dans les campagnes surtout, avaient résisté aux aaatbémes des conciles et à la vigilance des évèques, il aurait fallu que tous les membres du clergé séculier possédassent une instruction suffisante. Malheureusement, cette instruction manquait en général ; car les universités, crwfaisant disparaître presque tontes les écoles épiscopales et monastiques, ne les avaient pas remplacées, et les jeunes clercs avaient rarement le moyen, ou la volonté d'aller étudier loin de leur patrie.

(I) V. Climat, Notice, t 11, col. 691 et 692 f S) V. Stei»L des Votgef, t. I, p. 707. 3 V. Sut»i. de h Mcurlhe, ibid., p 28*.

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