CHAPITRE IV
FBRRi m (1251-1303).
Le règne de Ferri III, un des plus longs que nous offrent les annales de la Lorraine, est en même temps un des plus stériles en documents historiques, et, lorsque nous retracerons les événements dont ce pays fut le théâtre pendant la seconde moitié du XIIP siècle, nous aurons quelquefois à nous contenter de simples mentions, ou à substituer des conjectures à des faits précis et appuyés sur des pièces authentiques.
Nous avons dit que Ferri était bien jeune au moment de la mort de son père ; il était mineur, et il aurait eu par conséquent moins de seize ans, si, comme Tout pensé quelques auteurs, la majorité des ducs de Lorraine était alors fixée à cet âge ; néanmoins, il est bien probable qu'il n'y avait sur ce point aucune règle fixe et invariable, et tout porte à croire que Ferri avait dépassé l'âge de seize ans. Quoiqu'il en soit, le prince n'était pas en état de gouverner lui-même, et la régence ou la mainbournie, comme on s'exprimait à cette époque, fut confiée à la duchesse douairière, Catherine de Limbourg. Cette charge importante échut-elle de plein droit à Catherine, ou lui fut-elle conférée par les États ? La dernière opinion a été admise par Mory d'Elvange, mais il ne l'a corroborée par aucune preuve directe et péremptoire (1).
(1) V. Fragments historiques sur les Ètats-Qénèrawc en Lor^ raine, p. 13 ; Etats, Droits, Usages en Lorraine, p. 7.
Un des premiers actes da nouveaa gouyemement fut la con-clusion d*une sorte de ligue offensive et défensÎTe entre la duchesse, révêque de Toul, les comtes de Bar et de Luxembourg, contre les bourgeois de Metz et de Toul, qui méconnaissaient les droits de leurs évêques et avaient formé une confédération. L*esprit d'indépendance, gui animait les habitants de Metz et de Verdun, s'était aussi répandu parmi ceux de Toul, et, si les derniers n'essayèrent d'ébranler l'autorité de leurs évêques qu'un certain nombre d'années après les insurrections de leurs voisins, il faut l'attribuer au peu d'importance de cette ville, à la faiblesse de sa population, et peut-être à l'absence d'un prétexte. Ce prétexte ne tarda pas à se présenter ; le siège de Toul était occupé par Roger de Marcey, que nous avons vu rétablir la paix et l'union entre Jean d'Âpremont et les Messins. Roger, qui voulait améliorer la police intérieure de sa ville épiscopale, publia, en 12&3, un règlement relatif aux fabriques de drap. Il ne faisait, en édictant ce règlement, que suivre l'exemple de ses prédécesseurs, dont les prérogatives n'avaient encore souffert aucune atteinte ; mais les chefs de la bourgeoisie s'empressèrent de déclarer que l'acte de l'évêque était abusif et exorbitant ; que le droit dont celui-ci avait usé appartenait à l'empereur seul, et que la bourgeoisie devait être consultée et prendre part au gounement. On ne possède que peu de renseignements sur cette première lutte entre les Toulois et l'autorité épiscopale ; il parait toutefois que les bourgeois n'osèrent en venir immédiatement à une insurrection. Ce fut seulement en 1250, que Néméric Barat, maitre-échevin de Toul, se rendit à Metz et conclut avec les magistrats de cette cité, et par l'entremise d'Isambert Gromont, l'un d'entre eux, un traité par lequel les bourgeois des deux villes s'engageaient à se prêter un mutuel secours contre leurs ennemis ; et, pour s'assurer la bienveillance de Frédéric II, on eut soin de ranger au nombre de ces ennemis Guillaume, roi des Romains. Roger de Marcey avait quitté la ville de Toul, et dé-
«espérant de ramener les habitants à Pobéissance par les voies de la persaation et de la doncear, il réclama l'appui des princes séculiers ses Toisins. Catherine de Limbourg, Thiébaatll, comte de Bar, et Henri II, comte de Luxembourg, n'hésitèrent pas à se déclarer pour Tévèque et à lui envoyer des troupes. Thiébaut lui-même en prit le commandement et forma le siège de Toul. Les bourgeois, qui ignoraient entièrement le métier des armes, voulurent néanmoins se défendre, mais ils comprirent bientôt que toute résistance de leur part serait inutile ; le comte de Bar pressait les attaques, les secours prooiis par les Messins n'arrivaient pas, la disette ne pouvait manquer de se faire sentir. Les Toulois prièrent alors l'évèque de les traiter avec douceur; Roger de Marcey était disposé à les écouter, et la ville se rendit le 19 mai (an. 1252). Les bourgeois furent obligés de renoncer à leurs prétentions, le gouvernement municipal fut aboli, l'alliance avec les Messins rompue, et Guillaume de Hollande reconnu comme roi des Romains. L'évèque, après avoir remercié et congédié ses auxiliaires, rentra dans la ville et pardonna à tous ses sujets. Cette indulgence ne les désarma pas, et l'esprit de révolte, un instant comprimé, n'en devait éclater qu'avec plus de force quelques années après (1). On ne sait quelle récompense Roger de Marcey accorda à ses alliés pour les indemniser de leurs dépenses ; mais il est probable que ceux-ci ne se contentèrent pas du butin qu'ils avaient fait. La ville de Toul était cependant assez commerçante, et quelques uns de ses marchands tombèrent, sans doute, entre les mains des auxiliaires de Roger; c'est ce que l'on peut induire d'une déclaration publiée par Catherine de Limbourg, le 11 avril 1252, et par laquelle la duchesse réservait à son fils le quart du butin qui serait fait pendant la guerre, et défendait aux Lorrains, sous peine de
(I) V. Benoît, Hist. de Toul, p. 446 et 447.
commise, de donner aucnn secours aux Tonlois (1). La veille, c'est-à-dire le 10 avril, Catherine avait conclu avec les comtes de Bar et de Luxembourg, en présence de Thibaut IV» roi de Navarre comte de Champagne, un traité ayant pour but de mettre fin aux différends existant entre son fils, ou pour mieux dire entre elle et les comtes de Bar et de Luxembourg, et de prévenir les difficultés qui naissent ordinairement entre les princes dont les états sont voisins, et même enclavés les uns dans les autres. Il était convenu que le jugement de ces difficultés serait remis au comte de Champagne, et que, si un des contractants refusait d'accepter la méditation de Thibaut, il serait obligé de payer dix mille marcs d'argent. Les parties prenaient aussi rengagement de n'accorder réciproquement ni secours, ni retraite à ceux de leui*s sujets qui manqueraient à leurs devoirs; enfin, il était stipulé qu'aucun des contractants ne pourrait placer sous sa garde les villes et bourgeois de Toul et de Metz (2). Cette dernière clause du traité ne tarda pas à être violée, car, dès le 22 septembre 1253, la duchesse de Lorraine reçut à perpétuité sous sa garde les habitants de Toul, moyennant une rente annuelle de cent livres monnaie de cette ville ; et, pour sûreté de la convention, Catherine assigna comme garants, outre les villes de Nancy et de Neufchàteau , tous les seigneurs qui relevaient du duc son fils ; tels étaient les sires de Bayon, Damey, Dombasle, Neuviller, Beaufremont, Passavant, Haussonville , Parroye, Vandières, Florenges, et Cons-la- Grand'ville (3). On peut dire, pour excuser la duchesse, l"" que les Toulois ayant reconnu l'autorité de leur évêque, les motifs qui avaient engagé à introduire dans le traité de 1252 la clause
(1) y. cette déclaration, dans Calmet, Hist., t. Il, Preuves ^ col. ceeclxxj et cccclxx^.
(2) V. le texte de ce traité, ibid., col. cocdxix eccclxig ; V. aussi eol. cccdxxij.
(8) V. le titre, ibid., ool. cccclxxi^j et cccdxxiv.
dont il s'agit n'avaient plus aucune valeur, et 2*" que l'évêque Roger de Marcey lui-même avait cessé de vivre ; mais il n'en est pas moins vrai que la protection donnée aux bourgeois de Toul contribua à entretenir, sinon à augmenter, leur amour pour l'indépendance.
Thibaut IV ne semble avoir fait aucune tentative pour assurer l'exécution du traité, dont il était en quelque sorte le garant ; il mourut en 125il, et, en même temps, Ferri III atteignit sa majorité et prit en mains les rênes du gouvernement. Le jeune prince conclut aussitôt, avec le comte de Bar son cousin, un traité d'alliance offensive et défensive, dont ils n'exceptèrent que le roi de France, le comte de Flandre, quelques évêques voisins et le roi de Navarre-comte de Champagne (1).
Ferri fît ses premières armes, la même année, dans l'expédition entreprise par Charles d'Anjou, frère de saint Louis, pour conquérir le comté de Hainaut (2).
L'année suivante, au mois de juillet, le duc de Lorraine ratifia la convention matrimoniale conclue depuis 1250, et épousa solennellement Marguerite, fille de Thibaut IV. La convention obligeait ce dernier à donner à Marguerite douze mille livres monnaie de Provins ; le duc Mathieu assurait, de son côté, comme douaire à sa future belle-fille Neufchâteau, Châtenoy, Nancy, Port et Varangéville, de manière ace qu'elle eût un revenu d'au moins trois mille livres même monnaie ; et les deux princes s'étaient engagés à payer, s'ils manquaient à leur parole, une somme de trois mille marcs d'argent. Le traité de mariage reçut quelques additions au moment ou il fut ratifié, et Ferri régla, que si Marguerite lui survivait, et qu'ils n'eussent pas d'enfants, la princesse percevrait les revenus des châtellenies
(1) V. Chevrier, Hist. de Lorr., p. 266.
(2) y. Histoire des comtes de Flandre jusqu'à Vavèneinent de la maison de Bourgogne^ par M. Edw. Le Glay, t. II, p. 125.
de Lnnéville et de GerbéTÎller, qui Vêleraient à environ mille livres par an, jusqu'à ce que sà dot de douze mille livres fut complètement remboursée. Si la duchesse ell&-même venait à mourir, sa mère, la reine de Navarre, toucherait les revenus de Neufchàteau, Châtenoy, Port et Varangéville, évalués à deux mille livres, jusqu'à parfait remboursement de douze milles livres, c'est-à-dire pendant six années. La moitié de la dot de Marguerite devait être remise à Ferri le 7 décembre 1258, et la seconde moitié le même jour de l'année suivante ; moyennant le versement de cette somme, Marguerite renonçait à toute réclamation sur la succession de ses parents (1).
Le mariage de Ferri avec une princesse champenoise eut pour résultat d'augmenter l'influence déjà si grande des comtes de Champagne, et c'est vraisemblement à cette influence qu'il faut attribuer l'octroi d'une charte aux habitants de la ville de Neufchàteau. Leurs privilèges avaient été confirmés, en 1252, pendant la minorité de Ferri, par la régente Catherine de Limbourg (2). En 1257, le duc, ratifiant aussi les anciens privilèges des Neufchàtelois, leur en accorda de nouveaux ; en même temps, Thibaut V comte de Champagne, comme seigneur suzerain, garantit Texécution des lettres de Ferri ; les bourgeois euxmêmes déclarèrent, dans un acte particulier, accepter les concessions à eux faites par le duc de Lorraine ; et, aussitôt après, Ferri, probablement sur l'injonction du comte de Champagne, confirma l'acceptation des Neufchàtelois (3). Il serait superflu
(1) V. le texte de la ratification du traité, dans Calmet, HisL, t. II, Pr.y col. cccclxxv-cccclxxvij.
(2) V. ses lettres, dans Vignier, ouv. cité, p. 143.
(3) La charte de Neufchàteau, Tacceptation des bourgeois et la confirmation de Ferri, dont il existe des copies dans un des cartulaires de Champagne (v. f** 60 et 475), ont été publiées pour la première fois par Brussel, Usage général des fiefs, t. II, p. 1016-
de reproduire ici tous'lti iirtictea de l'espèce de charte que Ferri venait de leur octroyer ; mais nous analyserons plusieurs de ces articles, et cela suffira pour prouver que la charte était au moins aussi libérale que laZot deBeaumont, dont nous parlerons plus bas ; elle avait d'ailleurs avec cette loi plus d*une similitude, ou plutôt c'était la Loi de Beaumont elle-même avec quelques modifications (1). Voici les principales dispositions que la charte renfermait.
Le duc € retient la justice et la garde de ses églises et de lor c choses, et de ses chevaliers et de lor choses, et de ses fihex € (fiefs), et de ses juis (juifs) ». Le gouvernement intérieur de la ville et de l'administration de la justice sont entièrement abandonnés aux bourgeois et confiés, ainsi qu'il était réglé depuis le premier affranchissement, à treize individus nommés par le peuple. Ces magistrats, qui portaient le nom de jurés, devaient, comme nous l'avons dit, choisir parmi eux un président décoré du titre de mayeur. Ils n'étaient rééligibles qu'au bout d'un an. Aucun sujet lorrain ne pouvait s'établir dans la ville sans l'autorisation du souverain. Tout bourgeois &gé de moins de soixante ans était tenu de prendre les armes, quand le duc l'ordonnait; car il s'était réservé « son ost et ses chevauchiers »; mais on avait la faculté de se faire remplacer, et cette permission est accordée expressément aux marchands et changeurs qui fréquentaient les foires de la Champagne. Il y avait deux sortes d'impôts : l'impôt foncier était de deux deniers pour chaque livre de terre, c'est-à-dire pour chaque parcelle territoriale rapportant vingt sous ; l'impôt mobilier était plus lourd, car les reve-
(1) Toutefois, la charte de Neufchâteau ne dérive pas directement de la Loi de Beaumont, mais bien de la charte accordée, en 1230, aux habitants de Troues par le comte Thiébaut IV, et publiée uar M. d*ArboiB de Jubainville. La charte de Troyes, dont celle de l^eufchâteau reproduit presque littéralement les dispositions principales, est une sorte de copie de la Loi de Beaumont.
— Binas mobiliers avaient été taxés ijraiao»de six deniers la livre ; on avait néanmoins exempté de cette qpntribation les armes, les habits et les c aisemens » ou uslensiles de ménage. Les impôts devaient être levés par le mayeur et les jurés. Les pauvres étaient privés de certains droits dont on craignait de les voir abuser ; ainsi pour avoir « arbaleste en son hostel et quarraus c jusqu'à cinquante », il fallait posséder une fortune de vingt livres. Les bourgeois étaient obligés de moudre et de cuire dans les moulins et les fours du prince, à moins toutefois que ces fours et ces moulins ne fussent pas suffisants ; le duc s'était aussi réservé c sa prévosté propre, et sa justice, et ses amendes » qui devaient être c jugiéez as us et as coustumes dou Nouef- € chastel par li maeur et li jurez, à la requeste de son prévost ». Â Texemple de la Loi de Beaumontetde plusieurs autres chartes de ce temps, l'espèce de constitution accordée par Ferri III à la ville de Neufchuteau renferme un certain nombre de dispositions pénales. Le combat judiciaire est autorisé, et celui des champions qui était vaincu payait une amende. Le bourgeois qui frappait un homme était puni d'une amende de cinq sous ; elle était triplée, si l'agresseur avait « faict sang », et portée à soixante sous dans le cas où il avait employé « arme esmoulue ». Celui qui avait c fait plaie de coutel ouverte » était puni comme meurtrier. Le délit d'injure était réprimé par une amende plus ou moins considérable ; il en coûtait cent sous pour appeler quelqu'un larron ; mais on pouvait pour le vingtième de la même somme lui dire des choses plus malséantes.
Nous venons de voir que les concessions faites aux Neufchâtelois par le duc de Lorraine doivent être en grande partie du moins, attribuées à l'influence du comte de Champagne ; et la même cause amena sous le règne de Fem d'autres affranchissements, dont nous parlerons plus bas, et qui eurent de graves conséquences. La réalité de l'inflence exercée par les comtes de Champagne est démontrée par les actes de cette époque, et le
duc ménagea toujours, autant que possible, ces princes, dont il était obligé de subir la suiiraineté. Nous rappellerons seulement ioi la réserve faite par Ferri III, lorsqu'il prêta serment au roi de Castille, Alphonse X, récemment élu roi des Romains. Le duc de Lorraine lui promit de lui amener des troupes, chaque fois qu'il en serait requis, et de le secourir contre tous les hommes, à l'exception du roi de Navarre-comte de Champagne.
Les commencements du règne de Ferri furent assez paisibles, et ce prince chercha, comme son pcre, à augmenter, par une sage administration, la prospérité de ses états. Dès l'année 1255, il se réconcilia avec le chapitre de Remiremont, qui venait d'avoir des difficultés avec la régente Catherine de Lim bourg. Le duc, pour ramener la concorde, déclara renoncer à l'imposition du tonneux (tonnagium) que la régente avait établie dans le bourg de Bruyères et le village de l'Étraye, qui appartenaient aux chanoinesses (1) ; il consentit également à ne plus percevoir une taxe de vingt sous que sa mère avait imposée sur chaque maison faisant partie du domaine du chapitre, et promit de payer à ce dernier six cents livres monnaie de Toul, pour l'indemniser des dommages qu'il avait éprouvés. Cette transaction ne fut pas la seule que Ferri conclut avec l'église de Remiremont,et en 1274, à la suite d'une guerre contre l'évêque de Metz, il engagea pour quatre cents livres à cette église, dont les terres avaient été ravagées, les droits que les ducs possédaient dans le bouig de Bruyères, dans celui d'Arches et dans plusieurs autres lieux (2).
Au mois de décembre 1255, Ferri maria sa sœur Catherine avec Richard, fils de Thierry, comte de Montbéliard, et lui donna
(1) Le tonnagium était, comme le teloniumf un droit que Ton percevait sur les marchés.
(2) V. Calmet, Hist,, t. II, col. 348 et 349.
— saune dot de mille livres, qu*il se réserva de reprendre si Catherine ne laissait pas d*enfant (1).
Quelque temps auparavant, le duc avait transigé avec son oncle, Henri, comte de Luxembourg, relativement aux réclamations que Gatheritne de Limbourg pouvait élever sur la succession de ses parents. Le comte céda à Ferri tout ce qu'il possédait à Metz, à Marsal, à Stenay, etc., et le duc se déclara satisfait du dédommagement (2).
Au mois d'octobre de la même année, Ferri conclut avec son cousin Thiébaut II, comte de Bar, une alliance offensive et défensive, et les contractants réglèrent que leurs différends futurs seraient terminés par l'arbitrage de deux chevaliers nommés par le duc, et de deux autres choisis par le comte ; si les quatre arbitres ne pouvaient tomber d'accord, la difficulté devait être résolue par le duc de Bourgogne, et à son défaut par le comte de Chalon-sur-Saône. Pour assurer l'exécution de la convention, les deux princes fournirent chacun un cautionnement de mille marcs d'argent, et le cautionnement de celui qui manquerait à sa parole devait être confisqué au profit de l'autre (3).
Ferri III réunit au domaine ducal^ au moyen d'acc[uisitions successives, les salines de Rosières, qui appartenaient à diverses branches de la maison de Lénoncourt. Régnier d'Haussonville lui vendit sa part en 1257 ; Huard de Beaufremont céda la sienne en 1282 ; Simonin de Rosières, fils de Brun de Rosières, échangea, deux ans après, la maison-forte qu'il avait dans cette petite ville contre ce que le duc possédait à Charmes et à Fontenoy ; enfin, en 1291, 1294, 1296 et 1301, Jean, Vautrin, Agnès et Richard de Rosières abandonnèrent à leur souverain leurs
(1) V. le traité, daE8 Calmot,J7i5/.^ t. Il, Preuves, col. cccclxxij.
(2) V. le texte de cette transaction, ibid.. col. cccclxxvij et cccclxxviij.
(3) V. ce traité, ibid., col, cccclxxix.
parts dans les salines, pour de Targent ou moyennant des échanges (1).
En 1257, Ferri III fut obligé de prendre les armes poar secoorir Tévèque de Tonl, Gilles de Sorcy. Une bande d'aventuriers, étrangers pour la plupart à la Lorraine, avait pénétré dans les domaines de Tévéché, les ravageait et faisait le siège du château de Brixey, qui allait succomber ; le duc se hâta d* accourir, attaqua les aventuriers, leur tua deux cent^ hommes, les força de lever le siège du château et de s*enfiiir vers la Bourgogne (2).
La même année, Ferri conclut avec Rodolphe de Habsbourg un traité ayant pour but de mettre fin à certaines contestations qui existaient entre ce prince, le duc de Lorraine et Jean de Parroye ; mais on ne sait quelles étaient Torigine et la nature de ces difficultés, et, si Ton n*avait sous les yeux le texte du traité, on serait tenté de ne pas ajouter foi à son existence (3). La sagesse que Ferri avait montrée jusqu* alors, malgré sa jeunesse, avait répandu au loin sa réputation, et plusieurs souverains ne craignirent pas de lui soumettre la décision de leurs différends. En 1258, Ferri se rendit à Nuremberg et à Francfort pour réconcilier le duc de Bavière et le comte de Wurtemberg; quelques années après, il négocia le traité de Montéclair, qui rétablit la paix entre rarcheveque de Trêves, Henri de Fénétrange, et la noblesse de ce diocèse (k).
Le duc de Lorraine fut, en 1257, chargé d*une mission importante par une partie des électeurs allemands. Le roi des Romains, Guillaume de Hollande, ayant été tué, en 1256, dans
(1) V. Calmet, HisL, t. H, col. 309.
(2) V. idem, ibid.
(3) V. le texte de cette convention (il y a deux traités, Tun du mois de mai, Tautre du mois de juillet), dans Calmet, Hist., t. II. Preuves, col. cecclxxxet cccclxxxj.
(4) V. Benoit Picart, Origine de la Maison de Lorraine^ p. 297.
une guerre qa'il avait entreprise contre les Frisons, on se divisa sur le choix de son saccessear. Les archevêques de Mayence et de Cologne, le comte-palatin du Rhin et son frère, le duc de la Basse-Bavière, s'assemblèrent dans un faubourg de Francfort et élurent Richard de Comouailles, fils de Jean-sans-Terre et frère de Henri III, roi d'Angleterre. L'archevêque de Trêves, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg et le roi de Bohême ne voulurent pas reconnaître Richard, et se réunirent à Francfort pour procéder à un autre choix. Ferri III assista à cette diète, quoique les ducs de Lorraine n'eussent plus le droit de prendre part aux élections, et engagea les princes allemands à nommer Alphonse X le-Sage, roi de Castille. Alphonse était petit-fils, par sa mère Béatrix, de Philippe, dernier fils de l'empereur Frédéric-Barberousse, qui avait été proclamé roi des Romains en 1197. Le roi de Castille était par conséquent cousin du duc de Lorraine ; ce dernier vanta la richesse et la libéralité d'Alphonse, et il est probable que l'espérance de partager les trésors de ce prince contribua beaucoup à faire pencher la balance en sa faveur (1" avril 1257). L'archevêque de Trêves, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg et le roi de Bohême prièrent Ferri d'aller trouver Alphonse X, et de lui annoncer ce qui venait d'avoir lieu. Le duc de Lorraine partit pour l'Espagne, avec son oncle Renaud, comte de Castres, Gérard de Fontenoy et quelques chevaliers, et arriva dans la ville de Tolède, où le roi de Castille résidait ordinairement. Celui-ci parut flatté, et écrivit au souverain-pontife, Alexandre IV, pour solliciter la reconnaissance de son élection ; mais il était hors d'état de se rendre en Allemagne ; la guerre qu'il soutenait contre les musulmans d'Espagne et les dispositions inquiétantes de beaucoup de Castillans , qui semblaient prêts à se soulever, empêchaient Alphonse de quitter son royaume. Néanmoins, Ferri III lui demanda et en reçut l'investiture des fiefs que les ducs de Lorraine tenaient de l'Empire. Cette cérémonie , qui- s'accomplit le ik mars
1258 (1), fut constatée par un diplôme dont nous n'avons plus Toriginal,etquiaété vivement attaqué par différents critiques (2). D'après le diplôme, Ferri, s'étant agenouillé devant le nouveau roi des Romains, en aurait reçu cinq bannières (i7ext7/a), représentant les différentes dignités dont il était revêtu : comme grand-sénéchal de l'empire lorsque l'empereur se trouvait en deçà du Rhin ; comme chargé de présider aux duels qui avaient lieu entre ce fleuve et la Meuse ; comme voué ou comte de Remiremont ; comme marchis, et enfin comme souverain des abbayes de Saint- Pierre-aux-Nonains et de Saint-Martin de Metz, dont Alphonse lui transférait la régale. Le duc, de son côté, reconnaissait ce prince comme roi des Romains, et prenait l'engagement de le reconnaître aussi comme empereur, immédiatement après son couronnement ; mais il stipulait que le roi devait visiter l'Allemagne dans un délai de deux ans sans, quoi Ferri serait dégagé de sa promesse, Le diplôme constatant cette cérémonie fut rédigé à Tolède, en présence de plusieurs princes de la famille royale, des évoques de Jacn et de Zamora, de quelques seigneurs espagnols, de Renaud comte de Castres, de Gérard de Fontenoy, et des autres nobles qui avaient accompagné le duc de Lorraine. L'année suivante (1259), Alphonse, craignant de se voir abandonné par les princes qui l'avaient élu, et voulant s'atta* cher d'une manière plus étroite ceux qui s'étaient déclarés en sa faveur, accorda au duc une pension annuelle de mille marcs d'argent, à prendre sur les revenus de la ville de Burgos, à condition que Ferri lui demeurerait fidèle, suivant la coutume de Castille, et viendrait le joindre avec cent hommes d'armes, aussitôt qu'il serait averti, pourvu toutefois qu'il ne s'agit pas
(1) Et non pas 1259, comme Ta pensé Dom Calmet ; car, à cette époque, on avait coutume dans le royaume de Castille de faire commencer Tannée le 25 décembre.
(2) Ce diplôme est imprimé, d'apràs le cartulaire de Bar, dans Ciamet, Sist.^ t. II, coL cccclxxij et cccclxxxij.
d'aller combattre au-delà des Pyrénées, ou de faire la guerre au roi de Navarre, comte de Champagne, suzerain de Ferri. Il était aussi convenu que Tobligation contractée par le duc ne produirait plus aucun effet, si les mille marcs n'étaient pas exactement payés (1).
Quelques historiens , entre autres le P. Vignier (2) et Chevrier (3), ont tâché de démontrer que les deux chartes d'Alphonse sont apocryphes , et que jamais Ferri n'est allé en Espagne, et n'a obtenu du roi de Castille l'investiture et la pension dont nous venons de parler ; mais les doutes élevés par ces écrivains ne reposent sur aucune base solide. Nous ne voudrions d'autres preuves du voyage que Ferri fit en Espagne que son testament, dans lequel on remarque un legs de cent sous en faveur de l'hôpital de Roncevaux, situé, comme on sait, au passage des Pyrénées (4). Pour que Ferri se rappelât cette maison, en 1297, il fallait qu'il y eût reçu lui-même l'hospitalité, soit quand il se dirigeait vers Tolède, soit à son retour ; ou que du moins il eût pu reconnaître et apprécier les services qu'un pareil établissement rendait aux voyageurs, aux commerçants et aux pèlerins que leurs affaires, le négoce ou la dévotion conduisaient en Espagne.
Quant aux deux titres eux-mêmes , leur authenticité n'est pas moins incontestable ; Dom Calmet les a publiés d'après un cartulaire, auquel son écriture assignait pour date la fin du XIII' siècle ou le commencement du XIV*. L'Âbbé de Senones n'a pu voir les originaux ; mais on a la certitude que le titre de 1258, relatif à l'investiture donné à Ferri, se trouvait au nombre des pièces qui ont été enlevées par les Français, sous le règne
(1) V. ces deux titres, Eist.^ t. II, col. cccclxxxj , cccclxxxij et cccclxxxlyj.
(2) Ouv. cité, préface, p. 5.
(3) Eist. de Larr., t. I, p. 271-284.
(4) V. ce testament, dans Calmet, ibid., col. dxlvij.
de Charles IV, et qu*il est aujoiird*hai conservé dans un dépôt public à Paris (1). Quant à l'original du titre de 1259, il n*a jamais cessé d'app;artenir au Trésor des chartes royales de Lorraine, et il est encore revêtu du sceau de Castille que le roi y avait fait susprendre (2).
Des événements, dont le récit n'appartient pas à notre sujet, empêchèrent Alphonse de se rendre en Allemagne ; le pape Urbain IV semblait d'ailleurs pencher en faveur de Richard de Cornouailles ; après la mort de ce dernier, arrivée en 1271, les électeurs, voulant mettre un terme à l'anarchie, et sur l'invitation du pape Grégoire X, qui les menaçait de nommer lui-même un roi, s'ils tardaient à se réunir, les électeurs, disons-nous, tinrent en 1273, une diète à Francfort et choisirent Rodolphe de Habsbourg, 4ont le couronnement eut lieu à Aix-la-Chapelle. Malgré les protestations d'Alphonse, qui n'avait pas renoncé à faire valoir ses droits prétendus, Rodolphe fut reconnu par le souverain-pontife. Ferri s'attacha au nouveau roi, dont la famille descendait de la même souche que la maison de Lorraine; en 1275, il accompagna Rodolphe, lorsque ce prince se rendit à Lausanne, où il devait avoir, et où il eut, en effet, une entrevue avec Grégoire X ; et Gérard de Granson , évêque-élu de Verdun, se trouvait au nombre des prélats qui suivirent le roi à cette célèbre assemblée (3).
Après avoir vécu longtemps en paix avec tous ses voisins, le duc de Lorraine fut obligé de soutenir contre eux des guerres presque continuelles. Son oncle, Jacques de Lorraine, évêque de Metz, étant mort en 1260, Ferri engagea la majorité des chanoines à choisir pour évêque son parent Philippe de Florenges, trésorier de la cathédrale de Metz, prévôt du chapitre de Saint-
(1) V. Cartulaire de Lorraine, p. 77 et suiv.
(2) Layette Fiefs divers II, n» 20.
(3) Y. Calmet, HisU, t. II, col. 822.
Die. Philippe se mit, non sans peine, en possession de Tévêché, et prit immédiatement ses mesures pour en défendre les domaines, dont certains seigneurs voulaient s*emparer. Les Messins, le duc de Lorraine et Thiébaut II, comte de Bar, lui fournirent de puissants secours à l'aide desquels il parvint à repousser les attaques de ses ennemis , et notamment de Henri IV , comte de Salm et du seigneur de Lichtemberg. Il détruisit complètement le château de Lutzelbourg et fit élever, au confluent de la Meurthe et de la Moselle, dans un lieu nommé Condé, une forteresse redoutable, dont on ne voit plus que de faibles vestiges (1). Henri I", comte de Vaudémont, qui s'était jeté un des premiers sur les domaines de l'évêché de Metz, ne céda pas sans combat, et, ayant appris qu'un corps de troupes, composé de Lorrains et de Messins (2), occupait le village de Vaxoncourt^ près de Chatel, il les assaillit, en tua plusieurs, fit beaucoup de prisonniers, et poursuivit le reste si vivement que cent-quarante soldats se noyèrent en essayant de traverser la Moselle. Philippe et le duc, irrités de ces hostilités, envoyèrent contre Henri des troupes nombreuses, qui dévastèrent le comté de Vaudémont ; mais pendant ce temps le comte s'était porté sur un autre point, avec les aventuriers qui le suivaient , et avait dévasté les environs d'Épinal et de Bruyères (3).
Philippe de Florenges avait promis au comte de Bar des sommes considérables pour l'engager à soutenir son élection. Comme il ne put ou ne voulut s'acquitter, le comte l'accusa de simonie auprès d'Urbain IV, qui avait quitté l'évêché de Verdun pour occuper le siège de saint Pierre, et qui était l'ami particulier de Thiébaut IL II se rendit même auprès du pape,
(1) V. Richep, Chronic, lib. V, c. 8 12.
(2) Ces soldats n'étaient que des paysans {rustiei), levés à la hâte et sans doute mal armés.
(3) V. idem, ibid., lib. V. c. 16.
et, ne vonlant pas paraître attaqner directement Tévêque, il fit renouveler les accosations de simonie par qnelqnes-uns des chanoines de la cathédrale de Metz. Urbain IV accueillit favorablement cette plainte et chargea Thomas de Beaomanoir, archevêque de Reims, de signifier à tous les monastères du diocèse de Metz la défense de reconnaître Philippe comme évéque ; mais Thomas étant mort sur les entrefaites, la signification n*eut pas lieu, et le comte de Bar se montra disposé à transiger avec Philippe de Florenges. Celui-ci ne demandait pas mieux que d*entrer en arrangement; il savait très-bien que son élection était loin d'être régulière, et il craignait de nouvelles poursuites. En conséquence, il conclut avec Thiébaut un traité par lequel il confiait au comte la garde du temporel de Févêché, ce qui était une charge très-lucrative. Le comte, Tévêque et les bourgeois de Metz firent, en même temps, alliance ensemble et promirent de s'aider réciproquement (1).
Ces conventions déplaisaient fort à Ferri III. Il avait, ainsi que d'autres membres de sa famille, dépensé de grosses sommes pour soutenir l'élection de Philippe, et, voyant que ce dernier était dans l'impossibilité de les rembourser, il saisit les forteresses de Hombourg et de Turquestein, qu'il se proposait de conserver à titre d'indemnité. L'évêque les réclama, et le comte de Bar, en qualité de gardien de l'évêché, se mit en devoir d'appuyer par la force la prétention de Philippe. Au lieu de proposer une transaction, le duc de Lorraine réunit toutes ses forces, demanda des secours à ses parents et à ses alliés, et pénétra à l'improviste dans le duché de Metz, ainsi que dans le Barrois, pillant et incendiant un assez grand nombre de villages. Thiébaut 11 prit l'offensive à son tour, entra dans le duché de Lorraine et forma le siège du château de Prény. L'entreprise était plus difficile que le comte ne le pensait, et après avoir passé
^1) Ce traité est du mois de juin 1363 ; le texte est imprimé dans Calmet, SisL, t. II, Preuves, col. ccccxc et eccexcj.
cinq semaines devant la forteresse lorraine, il fut obligé de se retirer. Comme l'entretien et la solde des troupes qui le suivaient exigeaient de très fortes dépenses, il demanda queTévêque s*en chargeât, puisque la guerre ne continuait que pour la défense du temporel de son église ; n^ais Philippe de FlorengeS, dont les ressources étaient épuisées, répondit que le comte, disposant des revenus du temporel, devait les employer à payer ses soldats. Thiébaut résolut alors de faire la paix avec le duc de Lorraine, et s'adressa à plusieurs seigneurs qu'il connaissait et qui servaient dans l'armée de celui-ci. Ferri désirait, de son côté, terminer la guerre, et un traité, dont nous n'avons plus le texte, fut conclu au commencement de l'année 126il (1).
Le duc de Lorraine avait besoin de tout son monde pour réprimer le comte de Vaudémont, Henri I*', qui continuait ses brigandages. Le comte, ayant formé le projet de saccager la ville de Neufchàteau, dont la richesse excitait sa convoitise, prit à sa solde un aventurier bourguignon, fort habile, dit le chroniqueur Richer, dans l'art de piller les villes, les campagnes et les châteaux. Cet aventurier rassembla un certain nombre de malfaiteurs de sa nation et les déguisa en marchands. Us cachèrent leurs armes au fond de leurs ballots, entrèrent à Neufchàteau en petites troupes, afin de ne pas éveiller le soupçon, se donnèrent pour des commerçants étrangers et demandèrent l'hospitalité. Les bourgeois les accueillaient avec bienveillance, lorsque, à un signal convenu, les bandits saisirent leurs armes. Chacun commença à piller la maison de son hôte, et les Neuchâtelois, qui ne pouvaient songer à se défendre, prirent la fuite ou se cachèrent. Les aventuriers s'emparèrent de tout ce qui se trouvait à leur convenance, chargèrent leurs chariots des objets les plus précieux et s'acheminèrent vers leur pays ; mais quel-
(1) V. Richer, Chron. lib. Y,; Chevrier, ibid., p. 296.
ques lorrains, avertis de révénement, les poursuivirent, et s'étant embusqués sur la route, les attaquèrent à Timpronste et les taillèrent en pièces (1). Le duc de Lorraine, instruit de la part que Henri avait prise à cette expédition, entra, avec des forces imposantes, dans le comté de Vaudémont, le dévasta et obligea le comte à s*enfuir. Celui-ci remarquant trop tard la faute qu'il avait commise, et ne pouvant réussir à flécbir le duc, se retira dans le royaume de Naples, où il épousa Marguerite fille du duc d'Athènes (2).
L'élection de Philippe de Florenges ayant été l'objet de nouvelles accusations, il se rendit à Rome, en 126&, afin de se disculper auprès du souverain-pontife ; mais Urbain IV fut inflexible ; il déclara nulle, comme entachée de simonie, l'élection de Philippe, et donna l'évêché de Metz à Guillaume de Trainel, parent du comte de Bar. Ce prélat s'empressa d'indemniser le conte des dépenses qu'il avait faites pour la garde de l'évêché, et promit de lui payer vingt mille livres, qu'il hypothéqua sur les revenus de Vie et sur les salines de Marsal. L'union qui régnait entre Guillaume et Thiébaut et une ligue offensive et défensive qu'ils conclurent, au mois de février 1265, inspirèrent de vives inquiétudes à Ferri (3). Il craignit de voir le comte et l'évéque, devenus, au moyen de leur alliance, beaucoup plus forts que lui, raviver les différents terminés par le traita de 1-26/i, et, pour se prémunir contre une surprise, il se ligua avec Henri II, comte de Luxembourg, qui était en mauvaise intelligence avec Thiébaut II, bien qu'ils fussent beaux-frères. Gomme Henri n'était pas présent à la conclusion du traité, douze chevaliers jurèrent, en son nom, sur une hostie consacrée, qu'il observerait religieusement la convention ; et le comte de Luxem-
(1) V. Richer, Chron., lib. V.
(2) V. Calmet, Eist., t. I, col. ccij.
(8) V. Eist. de Metz, t. II, p. 457-459.
bourg consentait, dans le cas où il manquerait à sa parole, à être excommunié par les of&ciaux de Trêves, de Metz et de Toul (1). Le comte de Bar, voyant bien que cette convention était dirigée contre lui, avertit Tévèque de Metz de se tenir sur ses gardes, et entrant en campagne, dans les derniers mois de Tannée 1266, il brûla la petite ville de Ligny, qui appartenait au comte de Luxembourg. Ferri III rassembla aussi des troupes et menaça le temporel de Metz, sans commettre toutefois aucun acte d'hostilité. Pendant ce temps, Henri II, qui avait enfin réuni une armée, s'avançait pour opérer sa jonction avec le duc de Lorraine. Il rencontra Thiébaut et Guillaume près du château de Prény. Après quelques moments d'hésitation, les deux armées en vinrent aux mains, le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix (t& septembre); le combat fut long et sanglant; les soldats de Luxembourg, soutenus par un corps de Champenois, disputèrent vivement la victoire ; mais, après une lutte qui dura cinq heures et demie, ils furent contraints de chercher leur salut dans la fuite. Henri II, blessé d'un coup de poignard, « que n'eut mauvaise suite », fut pris et aussitôt conduit dans le château de Mousson. Un chroniqueur lorrain, Dampierre, cité par Chevrier, rapporte que le comte de Luxembourg, furieux de sa défaite, murmurait contre Dieu, pendant qu'on le menait dans cette forteresse. Un de ses chevaliers, nommé La Roche, qui avait été fait prisonnier en même temps que son maître, Texhortaît à la patience, lorsque le comte s'écria : c Patience, hé ! oui, patience; je n'ai plus de foi à tes avis ; tu me disais hier, en latin, que Dieu était pour nous, mais tu as pris le diable pour lui 3 (2).
Ferri III, consterné de la défaite de son allié, n'osa pas com-
(1) Ce traité est daté du 14 août 1266 ; il est imprimé dans Calmet, Hist.^ t. II, Preuves^ col, ccccxcj-ccccxciij.
(2) V. Chevrier, Hist. de Lorr., p. 297 et suiv.
mencer la guerre, et sa contenta d'envoyer le sire d'Haussonville pour porter à Thiébaut « plaincte que li comte eust «semblé c son ost et prins champ de bataille en lieu de sa mouvance et « de la duché. Li comte fit response que n*avoit faict un seul c dommaige en chose que puisse estre à subject ne possession < di seigneur Duc, ne avoit oncques vouloir de faire ; mais ne « pourroit s'estreindre (s'empêcher) de présenter l'ost et pourc suivre à outrecuidance son sien ennemi en quel pays se tro- « voit (1). » Le duc de Lorraine fut obligé de se contenter de cette réponse, et d'attendre des circonstances plus favorables. Le roi saint Louis voulut essayer de rétablir la concorde entre ces différents princes, et dépêcha Pérou, un de ses chambellans, pour écouter leurs plaintes et les disposer à la paix (2). La mission de Pérou n'eut pas d'abord de grands résultats, et une nouvelle guerre ne tarda pas à éclater. L'évêque de Metz prétendit que Thiébaut ne pouvait relâcher, sans son consentement les prisonniers faits à la bataille de Prény, et que les rançons devaient se partager également entre lui et le comte ; celui-ci soutint que la demande de l'évêque était mal fondée, fit un arrangement avec le comte de Luxembourg et reçut la rançon que ce prince fut forcé de payer. L'évêque, regardant cette manière d'agir comme une infraction au traité qu'il avait conclu précédemment avec Thiébaut, se jeta sur le Barrois et détruisit plusieurs villages aux environs de Briey. Le comte fit alors proposer au duc de Lorraine de réunir leurs forces contre Guillaume de Trainel, et le duc se hâta d'accepter une offre qui lui fournissait l'occasion de se' venger d'un prélat qu'il regardait comme son ennemi. Ferri et Thiébaut arrêtèrent, le 21 juillet
(1) V. Louis d'Haraucourt, Mémorial^ etc., règpiede Ferri III, dans le recueil cité.
S 2) Y. Hist. de saint Louis, par Joinville, édit. de 1826, p.
1267y les termes d'une convention, d*après laquelle ils ne devaient pas poser les armes que Guillaume ne les eût indemnisés des dommages dont ils avaient à se plaindre. La lutte fut courte, mais acharnée. Engelbert II, archevêque de Cologne, et Henri de Gueldj'es, èvêque de Liège, envoyèrent de puissants secours à révêque de Metz, qui fit prendre les armes à tous ses vassaux de l'Alsace et de la vallée de la Sarre ; les Lorrains et les Barrisiens furent battus à Domêvre et dans les environs d'Épinal ; les campagnes de la Lorraine et du Barrois eurent beaucoup à souffrir; le temporel de l'évêché ne fut pas plus heureux; enfin, les alliés incendièrent la ville de Moyenvic, qui appartenait à Guillaume et en détruisirent les salines. L'évêque et ses adversaires comprirent que cette guerre ne pouvait avoir d'autre résultat que de les affaiblir, et Thibaut V, roi de Navarre-comte de Champagne, ayant offert sa médiation, la paix fut rétablie, par un traité en règle, le 1" février 1268. Guillaume promit de livrer au duc et au comte le château de Condé-sur-Moselle, le 1*' avril de la même année, si pour ce moment il ne lui avait pas donné sur tous les points en litige une entière satisfaction ; Robert de Milan, évêque de Verdun, et Henri IV, comte de Salm, devaient avoir la garde du château jusqu'à cette époque ; et, si Ferri et Thiébaut n'étaient pas contents des arrangements proposés par Guillaume, ils pouvaient prendre possession de Condé, qu'il leur était interdit de démolir (1).
C'est ici que divers historiens placent un événement qui parait assez invraisemblable ; ils racontent que Ferri III, toujours irrité contre l'évêque de Metz, le fit enlever et l'enferma dans le château d'Amance, où il le retint pendant quelque temps. « En c l'an que fut 1269, dit Louis d'Haraucourt, après que fust esté c mainte bataille et composement d'accord entre li Duc de
(1) V. Hist. de Metz, t. II, p. 459-461.
« Lorhaine et li évesque (de Metz), qu'avoît esté prins et mis es « prisons d^Amance, furent les estats mis en interdict, à telles « fins que li dict évesque recouvra liberté de son corps ; mais c ne fut paix pour ce, et fut Ferri surprins par l'ost di susdict c évesque, que fut grande et piteuse desconfiture des Lorrains, ff que furent tous mis à fil d*espée, et li Duc ne devit (dut) son c sien salvcment qu'à bonnes jambes d'un sien coursier « qu'avoit là, et que fut bien à propos (1). » Malgré l'autorité de Louis d'Haraucourt, nous sommes porté à révoquer en doute la réalité de l'enlèvement de Guillaume, de sa délivrance et de bataille livrée à Ferri III. Le P. Benoît Picart fait observer, avec raison, que des faits aussi importants auraient imprimé d'autres traces dans l'histoire, et que d'ailleurs on possède des chartes de Guillaume qui ne laissent voir aucune interruption dans son administration, et ne permettent pas d'admettre qu'il ait pu être enfermé dans le château d'Amance pendant une année entière (2). Ce qui parait certain, c'est que, redoutant les embûches et les violences de Ferri III et de Thiébaut^ Guillaume de Trainel abandonna le gouvernement de son évêché à des vicaires et prit le parti de se retirer à Rome, où il serait mort en 1269 ou 1270. Le roi de France était parvenu, au mois de septembre 1268, à résoudre, au moyen d'un arrangement amiable, la principale difficulté qui avait brouillé les comtes de Bar et de Luxembourg (3) ; et, au commencement de l'année suivante, le duc de Lorraine s'accommoda avec Henri II, au sujet des pertes que ce dernier avait essuyées à la bataille de Prény. On a vu qu'au moment où il rencontra Thiébaut et Guillaume de Trainel, le comte était en marche pour joindre Ferri III, et on sait qu'au
(1) V. Mémorial^ etc., règne de Ferri.
(2) V. Eist. de Metz, ibid., p. 463.
(3) V. Joinville, Hist. de saint Louis; Calmet, HisU, t. II, col. 318 et 819,
moyen âge c'était la coutome que le seigneur secouru réparât les dommages de toute nature soufferts par ceux qui lui avaient donné assistance ; mais, comme Ferri avait, de son côté, des réclamations à élever contre Henri, celui-ci consentit à ne rien exiger pour l'échec de Prény, et les princes se remirent réciproquement ce qu'ils pouvaient se devoir (1).
Le duc de Lorraine ne resta pas longtemps en paix. Après la mort de Guillaume, le chapitre de la cathédrale de Metz choisit pour évèque un ecclésiastique romain, Laurent notaire ou protonotaire apostolique, que le pape avait envoyé à Trêves pour administrer le diocèse^ qui était fort troublé depuis la mort de Tarchevéque Ainold de Sieiden. Laurent n'eut pas plustôt pris possession de son temporel, que le comte de Bar, n'attendant pas même que le souverain-pontife eût confirmé le nouvel élu, demanda impérieusement le paiement des sommes que Guillaume s'était engagé à solder. Ferri 111 se joignit à Thiébaut et ressuscita ses anciennes prétentions. L' évoque traita d'abord avec le duc et promit de lui remettre huit mille livres, monnaie de Provins, payables en plusieurs termes, dont le premier devait échoir aux fêtes de Noël de l'année 1271 '; à condition, néanmoins, que Ferri restituerait à l'église de Metz les biens dont il s'était emparé pendant l'épiscopat de Guillaume (2). Peu après, Laurent conclut un second arrangement avec le comte de Bar, et se soumit à acquitter toutes les dettes contractées par ses prédécesseurs et hypothéquées sur la manse épiscopale. Comme il était facile de le prévoir, l'évêque ne se trouva pas en état de tenir ses promesses, et les deux princes le menacèrent de confisquer ses terres à leur profit. Le prélat les excommunia l'un et l'autre ; mais cette sentence ne fut pas généralement re-
(1) Le texte de ce traité est imprimé dans Calmet, Hist.^ t. II. Preuves, col. ccccxcvij.
(2) V. le texte de ce traité, ibid., col. ccccxcviij et ccccxcix.
connue, et Ton vit les Dominicains, dont Finfluence était trèsgrande, embrasser les intérêts de Thiébaut et de Ferri III, tandis que les Fransciscains soutenaient le parti de Tévêque. En 1272, le duc et le comte, après avoir enlevé le château de Gondé, allèrent attaquer la ville d*Épinal. Le siège se prolongea, et révèque se mit en devoir de le faire lever ; il pria Conrad de Lichtemberg, évèque de Strasbourg, de Taider, et se dirigea lui-même, avec ses troupes, vers le village de Hadigny, près de Châtel-sur-Moselle. Le duc de Lorraine vint au devant du prélat et le fit prisonnier, après l'avoir vaincu. Il marcha ensuite contre Tévêque de Strasbourg. Ce dernier fut également défait et tomba entre les mains de Ferri, ainsi que ses neveux, Frédéric et Louis, et beaucoup de seigneurs alsaciens qui les accompagnaient. Le comte de Bar se trouvait à cette bataille et contribua, par sa valeur, au succès de la journée. Les habitants d'Épinal, ayant ainsi perdu toute espérance d'être secourus, ouvrirent les portes de la ville et du château à Thiébaut II, à condition que le prince s'en regarderait comme simple dépositaire et rendrait sa conquête, aussitôt après avoir pris un arrangement avec l'évêque et reçu les sommes qu'il réclamait (1). Ferri pour se dédommager, attaqua sur d'autres points le temporel de l'évêché et enleva les villes de Marsal et de Vie, ainsi que les châteaux de Deneu\Te et de Réméré ville.
La captivité de Laurent et de ses vassaux durait depuis dix-huit mois environ, lorsque le pape Grégoire X ouvrit, à Lyon, au mois de mai 1274, le quatorzième concile général. L'évêque de Metz y envoya des députés, qui tracèrent un tableau touchant de la triste situation de leur maitre et supplièrent le souverain-pontife de le faire mettre en liberté.
(1) La ville se rendit dans les derniers jours de décembre 1272. Le texte de la capitulation est imprimé dans Calmet, Hist,, t. II, Pr., col. dij et diij.
Grégoire somma le dac de Lorraine et le comte de Bar de se rendre à Lyon et d'amener avec eux leur prisonnier. Les deux princes s'étant hâtés d*obéir, le pape les engagea vivement à conclure avec Laurent des traités équitables et à rendre la paix au diocèse de Metz, qui était en proie à mille désordres depuis le commencement des hostilités. Ferri et Thiébaut se prêtèrent d'autant plus volontiers aux vues de Grégoire, qu'ils étaient loin d'être d'accord entre eux au sujet des prisonniers qu'ils avaient faits, et du partage des rançons que ceux-ci devaient payer. Le comte voulait avoir la moitié des rançons ; le duc refusait d'accéder à la demande, et les deux princes avaient, dès l'année 1272, pris divers arrangements, mais sans pouvoir s'entendre d'une manière définitive (1). A la fin de juin, le duc de Lorraine consentit à restituer les châteaux de Deneuvre et de Réméréville, et à remettre en liberté tous les otages qu'il avait exigés de diverses villes ou de différents vassaux de Tévéque pour s'assurer de leur neutralité. Il conserva provisoirement Vie et Marsal jusqu'à ce que Laurent eût payé les sommes que le duc réclamait, et aussi afin de se mettre à l'abri des représailles que les personnes enlevées comme otages auraient pu exercer sur les terres de Lorraine, pour se venger de leur détention. Le duc s'engagea, par une clause particulière, à prêter main-forte à l'évèque jusqu'à la Saint-Remy prochaine, et cette promesse fut garantie par Bocmond primicier de Metz et Jean seigneur de Warnesberg (2). Le comte de Bar fut plus difficile à contenter, et ce fut seulement le 6 août qu'il rendit la liberté à Laurent. Celui-ci jura de verser entre les mains de T)iiébaut la somme de vingt mille livresqui avait été le sujet de la dernière guerre, mais il obtint de ne la solder qu'en vingt annuités de
(1) Dom Calmet a fait imprimer {Hist,^ t. II, col. d-dj) trois pièces relatives à ces arrangements.
(2) V. le texte du traité, ibid., col, diij-dv.
mille livres chacune. Aussitôt la eonyention arrêtée^ le duc de Bar restitua le château de Condé et la ville d*Épinal (1).
Le duc de Lorraine relâcha également Tévêque de Strasbourg, ses neveux et les nobles Alsaciens qui avaient partagé leur captivité. Rodolphe de Habsbourg lui-même fut forcé d*inter • venir pour régler cette affaire, et le duc exigea des rançons considérables, si l'on peut en juger par les lettres de Burckhardt de Géroldseck, à qui sa délivrance coûta cent cinquantedeux marcs d'argent (2). Le 7 décembre 127&, Ferri III et révèque de Metz s'entendirent sur les moyens de résoudre les difficultés qui continuaient à les diviser. Ne pouvant tomber d'accord sur les termes d'une transaction honorable pour les deux parties, malgré les efforts des commissaires que le pape avait chargés de servir de médiateurs , le duc et Laurent prièrent Thierry, voué de Wasselonne, et Liébaut, seigneur de la Haute-Pierre, de prononcer comme arbitres, sur les prétentions inconciliables qui avaient donné lieu à tant de troubles (3). On ne connaît pas le jugement des arbitres, et nous sommes même très-porté à croire qu'il n'était pas encore rendu, lorsque la guerre éclata de nouveau entre l'évêque de Metz et Ferri III. Voici à quelle occasion. Renaud, comte de Castres et oncle de Ferri, étant mort, Henri V, comte de Salm, épousa sa veuve, et Laurent lui donna l'investiture du comté de Castres, en lui faisant prendre l'engagement de ne jamais le remettre au duc de Lorraine. Celui-ci crut voir un acte d'inimitié dans une mesure probablement fort sage, et déclara la guene au prélat. Conrad, évêque de Strasbourg, qui voulait prendre sa revanche de la défaite qu'il avait essuyée, et Henri, comte de
(1) V. Hist. de MeiZy t. II, p. 464-469.
(2) Y. les lettrob de Rodolphe de Habsbourg et de Burekhardt, dans Calmet, Bist. t. II, Pr., col. dv-dvij.
(3) V. le texte de cet accord, ibid., col. dv^ et dviij.
— loi —
Deux-Ponts, se déclarèrent pour Laurent et lui fournirent des troupes. Ferri 111, de son côté, tâcha de réunir une nombreuse armée. Henri 1*', comte de Vaudémont, qui venait d'obtenir la permission de rentrer dans sa petite principauté, promit de servir fidèlement le duc de Lorraine, avec ses trois fils Renaud, Henri et Jacques, et de < lui aider dans sa guerre... de grande ff force et de petite force » (1) ; Jean sire de Choiseul fit une convention de même nature ; le comte de Bar refusa d'entrer dans la ligue et répondit que, possesseur de fiefs relevant des différents princes actuellement en guerre, il entendait garder la neutralité ; néanmoins, son fils Henri, qui était alors de mainbournie, n'eut pas la même prudence et joignit l'armée lorraine, avec cent cavaliers. Le comte d« Deux-Ponts, qui commandait les troupes épiscopales, attaqua celles de Ferri et les mit en déroute ; mais ce ne fut qu'après un combat acharné, dans lequel le comte éprouva des pertes considérables ; les soldats de l'évèque eurent encore l'avantage dans un autre combat et firent le sire de Choiseul prisonnier ; enfin, Conrad ayant rejoint
ses alliés, il y eut une troisième action, et les Lorrains, commandés par le duc en personne, remportèrent la victoire et prirent en partie les bagages de l'évèque de Strasbourg (2). Tons ces événements avaient eu lieu dans les derniers mois de l'année 1277 ; au commencement de l'année suivante , Ferri III et Laurent, fatigués d'hostilités qui ne profitaient à personne, chargèrent Gobert IV, comte d'Apremont, de prononcer un jugement arbitral sur leurs griefs respectifs. Le 2& août, Gobert décida que les sentences d'interdit et d'excommunication fulminées depuis les premières hostilités seraient levées sans exception ; que les prisonniers seraient rendus de part et
(1) V. la charte, ibid , col. «Iviij.
(2) V. Calmet, Hist. t. II, col. 323.
d'autre, hoimis le sire de Choiseal, qui serait obligé de payer une rançon à l'évéque ; que le duc de Lorraine n* avait ni droit de garde, ni seigneurie à Lay-Saint-Cbristophe, à Lejr et à Viller-le-Sec ; que Réméréville et Velaine-sous-Amance appartenaient à réglisc de Metz ; que Laurent payerait à Ferri deux mille livres monnaie de Metz, savoir : mille livres huit jours après la fête de Pâques (1279), et mille livres à pareille date en 1280 ; que relativement aux ravages causés par la guerre, tels que destructions de châteaux, incendies de villages, etc., on ne pourrait rien réclamer, et que les dégâts causés par les Lorrains se compenseraient avec les dévastations commises par les troupes épiscopales (1).
Laurent abreuvé de dégoûts et d*ennuis^ ne voulut pas résider plus longtemps à Metz. Il se retira en Italie, vers la fin de Tannée 1278, et y mourut bientôt après. Son successeur, Jean de Flandre, se mit en possession de Tévêché au mois d*avril 1280, et il était à peine installé que la guerre vint de rechef désoler la Lorraine. Toutefois, ce n'était plus contre Tévêquc, mais contre la ville de Metz que Ferri III avait pris les armes. On ne sait rien des motifs qui avaient amené cette nouvelle rupture, et on n*a que bien peu de renseignements sur les événements dont elle fut suivie. Les Messins, soutenus par divers seigneurs que T histoire ne nomme pas, furent battus par les Lorrains près du lieu qu*on appelle les Génivaux ; mais ils furent plus heureux quelque temps après. Ils défirent entièrement Ferri 111 dans les environs du château de Moresberg (Marimont) ; et le sire de Ghoiseul, qui accompagnait le duc, eut une seconde fois le malheur de tomber entre les mains de l'ennemi. Cet échec ayant rendu Ferri plus traitable, on négocia un accommodement, qui fut arrêté le 26 juillet 1281 ; les Messins
(1) V. le jugement arbitral Hist. t. II, Preuv., col. dix et dx.
déclarèrent qu'ils ne réclameraient pas de dommages-intérêts pour les ravages qui avaient été commis sur leur territoire, ni pour les violences dont plusieurs personnes avaient été victimes (1) ; mais il parait qu'ils ne renoncèrent pas à exiger des rançons de leurs prisonniers , car Jean de Choiseul paya une somme considérable, pour obtenir d'être mis en liberté. Aussitôt après sa délivrance, il pria Ferri, pour le compte duquel il avait combattu, de lui rembourser l'argent qu'il venait de verser, et de rindcmniser de la perte de ses équipages qui avaient été enlevés à Moresberg. Le duc ne s'y refusa pas ; seulement, comme il trouvait exagérées les demandes du sire Choiseul, il youlut qu'une estimation fût faite par le maréchal de Champagne, et celui-ci condamna Ferri III à donner une somme de deux milles livres. Une transaction, si simple et si conforme aux usages du XIII* siècle, est devenue la source de l'erreur la plus étrange. Quelques écrivains, trompés par la rédaction obscure de l'une des pièces relatives à cette affaire, se sont imaginé que le due de Lorraine, ayant fait la guerre au sire de Choiseul, avait été pris par ce dernier, et que les deux mille livres dont parle la pièce étaient la rançon du duc lui-même, et non celle de son auxiliaire. Le Père Hugo (2), le Père Benoît Picart (3) et le généalogiste René d'Hozier (li) ont soutenu cette opinion singulière, qui a plus tard encore été vivement défendue par Chevrier (5). Ces écrivains s'appuyaient principalement sur le passage suivant du traité intervenu entre le duc et le sire de
(1) V. Hist.de Metz, ibid., p. 475.
(2j V. Traité hist, et crit. sur l'origine et la gênéoalogie de la fMLxson de Lorraine ^ p. 112.
(3) V. Origine de la maison de Lorraine^ p. 302.
(4) Y. Preuves de la Maison de Choiseul,
(5) V. Hist. de Lorr., t. p. II. 28.
Choiseal : c Je Ferris, Duc de Lorraine et Marchis, faz sçavoir ff à tous ces que ven^ont et orront ces présentes Lettres, que c je me suis apaisies à Jehan signer de Choiseul, me féaul, ff de la reansson que il me demandeit par doux mille livres c de tournois, desquex doux mille livres dessusdittes je Tain € aj payéez cinc cens livres sèches , cinc cens livres Taio c doit payer à ceste prochaine feste sainct Remey, qui vient « ou chief d'auctaubre, etc. » Ceci est effectivement favorable en apparence à Terreur que nous combattons ; mais un passage de la quittance du sire de Choiseul ne doit laisser aucun doute sur la véritable signification de la phrase que nous venons de transcrire : « Je Jehan, sire de Choiseul, fais sçavoir a à tous que me suis accordeis et appaisies à mon chier Signour € noble homme Ferri, Duc de Lorreigne et Marchis, pour moy « et pour mes hoirs de la reansson que je li demandoie, dont je c fuis (?) remis quand je fuis pris, avec luy, à peignis de ff Moresperch, et de tous les damaiges, et de tous les despens
« que je fis en la prison, et que je fis à peignis devantdict
a parmy doux mille livres de tournois ; desques je ai receu eut « (huit) cent livres de tournois en deniers content (sic) et nom- « breis, etc. » Cette première quittance est du mois de juillet 1292 ; une seconde quittance, du mois d'octobre suivant, renferme des expressions analogues ; et le témoignage des deux pièces est confirmé par d'autres lettres du sire de Choiseul, d'une date antérieure et relatives à la transaction elle-même ; on y lit la phrase suivante : < Je Jehan, sire de Chozuel, fais a sçavoir à tous que de ma reanson que je demans à mon chier « signer le noble Baron Ferri, Duc de Lorreigne et March., « c'est assçavoir de la prison où je fuis pris à pougnei de « Moresperch, etc. :» Ajoutons que le duc acquitta aussi les rançons de Liébaut de Beaufremont et de Philippe de Bayon, faits prisonniers, avec le sire de Choiseul, à la bataille de Moresberg ; et que, dès l'année 1277, pendant la première captivité de ce
seigneur^ Ferri III avait promiâderindemniser de tout ce qu'il avait perdu et de la rançon qui devait être le prix de sa liberté (1).
Une autre particularité asseï curieuse se rattache également à la guerre entre le duc et les Messins. Jean de Flandre, évèque de Metz, était d*abord resté neutre entré les deux partis ; mais, vivement sollicité, sans doute, par les habitants de sa ville épiscopale, il était sur le point de prendre leur défense ; et le 27 mai 1281, le duc de Lorraine et le comte de Bar fixèrent le contingent qu'ils seraient, en cas de guerre, obligés de fournir au prélat, à cause des fiefs qu'ils tenaient de lui. Ainsi, le comte de Bar, tout en promettant d'aider le duc lorsqu'il serait en guerre contre l'évéque, stipula qu'il pourrait envoyer ace dernier vingt hommes d'armes, c por deservir les fiez qu'il c tenoit doudit eveske » ; et le duc de Lorraine fit une réserve de même nature (2).
La guerre n'éclata pas toutefois entre Ferri III et Jean de Flandre, et celui-ci fut, en 1282, pourvu de l'évèché de Liège. 11 eut pour successeur sur le siège de Metz Bouchard d'Avesnes, qui conclut, en 128&, avec le duc de Lorraine un traité destiné à mettre fin aux différents dont il a été plusieurs fois question (3).
La paix ne fut pas de longue durée, et il faut augmenter d'un chapitre le monotone récit de ces hostilités toujours renaissantes. Bouchard, ayant aliéné son pat^rimoine, acheta le comté de Castres, puis, en 1286, le vendit, mais avec faculté de rachat, au duc de Lorraine, qui s'imagina que l'évéque n'userait jamais de ce droit. Il se trompait, et deux années ne s'étaient pas
(1) Dom Calmet a publié toutes les pièces relatives V. Hist,. t, II, Pr., col. dix, dxj et dxi)) ; il s'est borné à mentionner, d'après le ctrtulaire de Bar, les lettres concernant Lièbaut de Beaufremont et Philippe de Bavon.
(3) y. le titre, ibid., col. dxiij.
(^ V. le texte de ce traité, ibid., col. dxig et dxx\J«
écoulées, que Bouchard, pour des motifs inconnus, pria Ferri de lui rendre le comté, moyennant le remboursement du prix. Le duc refusa d'exécuter la convention, attira dans son parti Henri, fils aine de Thiébaut II, comte de Bar, et se jeta, avec lui, sur le temporel de l'évéché de Metz. Attaqué h T improviste, le prélat se retira dans le château de Hombourg et fit part de son embarras à ses parents, à ses alliés et à ses vassaux, qui s'empressèrent de lui envoyer des secours. Conrad de Lichtemberg, évêque de Strasbourg, avait à cœur de venger sa défaite et fut un de ceux qui aidèrent le plus puissamment Bouchard d'Avesnes. A la tête d'une petite armée, il franchit la chaîne des Vosges, fît des incursions en Lorraine, et se retira chaque fois chargé de butin et sans avoir essuyé aucun échec. Ferri s'empara de la ville de Saint-Avold, qui faisait partie du temporel messin, la pilla et emmena les principaux habitants; mais l'entreprise n'avait pu s'exécuter si promptement que l'évêque n'en eût été informé, et, prenant aussitôt avec lui ses meilleures troupes, il vint s'embusquer dans le bois de Warray ou Varant, près duquel le duc devait passer à son retour. Bouchard, ayant aperçu les Lorrains qui s'avançaient sans défiance, sortit tout-à-coup de la forêt, les attaqua, dans les environs d'un village nommé Beuvanges-sous-Belrain, et les mit en déroute. Beaucoup de nobles allemands et lorrains furent faits prisonniers ; on remarquait parmi eux Wilhem de Manderscheidt, le comte de Vernbourg, Thierry de Kirperg, Hermann de Hardemar et le comte de Linange, qui s'était engagé au service de Ferri, avec deux gentilshommes et six écuyers. Le comt€ de Linange, vassal de l'évêque, fut traité avec bien plus de sévérité que ses compagnons d'infortune; enferme à Saint-Avold, puis à Marsal, il fut condamné à perdre tous les fiefs qu'il tenait de l'évéché, et de plus il n'obtint, dans la suite, sa liberté que moyennant une énorme rançon, qui fut payée par le duc de Lorraine. Ce prince acquitta également les rançons des autres seigneurs pris à Beu-
yanges, celles de leurs écuyers, et celles de quelques aventuriers qui servaient dans son armée (1).
Bouchard, profitant de l'effroi que l'issue funeste du combat de fieuvanges avait répandu dans la Lorraine, vint mettre le siège devant le château de Prény et pressa vivement cette importante forteresse. Ferri n'osa tenter le sort des armes pour la dégager, et eut recours à une autre voie pour atteindre son but. Ayant appris que Rodolphe de Habsbourg se trouvait à Mayence, il lui fit représenter que Bouchard d'Avesnes n'avait pas encore reçu l'investiture de son temporel, et pria Rodolphe d'inviter l'évêque à remplir ce devoir immédiatement. Ferri se flattait que Bouchard se retirerait ou du moins ne laisserait devant la foi teresse que des troupes peu nombreuses, qu'il serait facile de disperser ; mais le prélat, dont l'armée était considérable, se contenta d'une simple escorte et gagna Mayence, après avoir pris les mesures nécessaires pour la continuation des attaques. Rodolphe lui donna l'investiture et l'exhorta ensuite à terminer la guerre qu'il soutenait contre le duc de Lorraine ; néanmoins, Bouchard ne voulut rien entendre, et le roi des Romains ne jugea pas à propos d'insister. Revenu dans son diocèse, l'évêque de Metz pressa le siège de Prény avec plus de vigueur que jamais ; la plupart des évéques et des seigneurs de la vallée du Rhin lui avaient envoyé des renforts, et la chronique de Colmar dit qu'il avait quatre mille hommes d'infanterie et cent cavaliers armés de toutes pièces.
Il parait qu'il y eut une trêve sur la fin de l'année 1288, et que Bouchard, rebuté par les efforts inutiles qu'il avait faits pour s'emparer de Prény, consentit à une suspension d'armes. Ce fut alors que le comte de Bar, désirant profiter des embarras
(i) Dom Calmet a publié ou indiqué (Hist,^ t. II, Preuves^ col. dxxxiij-dxxzv) plusieurs pièces assez curieuses concernant les rançons et dommages-intérêts payés par Ferri III.
— lie —
que Yèrêque éproorah, coinnt qœlq a es dégâts sur ks terres da temjiorel ; mais le prélat pénétra ao^tôt dans le Barrois et força le comte à accepter tine tréTe. et plus tard à demander la paix (1). Les hostilités recommencèrent arec Tannée i2d9, et les Messins, qn d*abord étaient restés neutres, prirent parti pour leur éTcqne. Celui-ci battit les Lorrûns, dans un lien dont rhistoire n*a pas consenré le nom, et lenr fit nn grand nombre de prisonniers. On dte parmi les nobles qui tombèrent en son pouvoir, Jean de Rosières, Robert de Bérus, Thierry de Freistrofr, Ferri de Sierck, Vautrin de Rosières. Conrad de Sarrebriick, Jean de Bourbonne, Jean de Damelevières et quelques antres. Ils furent conduits à Metz ; toutefois, ils n\ demeurèrent pas longtemps, parce que Simon comte de Sarrebrûek et Gobert V comte d*Aprefflont s'intéressèrent pour eux et négocièrent leur élargissement. Ferri, craignant de Toir Tévèque pénétrer dans le cœur de la Lorraine, chercha de toutes part des alliés et des secours ; il s'assura la coopération du comte de Fribourg, de Henri margrave de Harbourg, de Frédéric de Furstemberg et de son frère, de Walter de Géroldseck^ de Burckhardt de Horbourg, du sire de Blâmont, prince la maison de Salm, et de quantité de nobles et d*aventuriers, auxquels il fut obligé de payer des subsides plus ou moins forts, suivant le nombre de soldats qu'ils lui amenèrent (2). La guerre se prolongea sans succès bien marqués, pendant Tannée 1289 et les deux années suivantes; enfin, au mois de novembre 1291, le duc et son adversaire posèrent les bases d'une transaction, qui fut convertie en traité, et par laquelle le duc de Lorraine s'engageait à restituer la ville de Rambeniller, Deneuvre, le château de Coudé, et renonçait à
(1) V. Meurisse, ouv. cité, p. 482.
(2) Y. quelques-uns de ces traités dans Calxnet, Hist. t. II, Pr, col. dxxxij, dxxxiij et dxxxv.
toutes prétentions snr le comté de Castres (1). Ferri acquiesça certainement avec répugnance à un arrangement qui donnait satisfaction à tous les prétentions, du reste fort légitimes, de révéque Metz ; aussi, deux années après, en 1293, voit-on Bouchard et le duc aux prises de nouveau l'un contre Tautre. On ne possède malheureusement aucun renseignement précis sur les causes de la rupture et sur les opérations militaires qui en furent la conséquence ; on sait seulement qu'il j eut une bataille entre le château de Bitche et l'abbaye de Stulzbronn, que Ferri y reçut une blessure grave, que ses troupes furent mises en déroute, et plusieurs de ses chevaliers faits prisonniers par Bouchard d'Avesnes. Un dernier traité, dont on n'a pas le texte, mais qui confirmait probablement celui de 1291, vint mettre un terme à ces longues et déplorables hostilités, et, le 19 octobre, le prélat, donna quittance à tous ses prisonniers (2).
La même année, le duc de Lorraine fut en guerre contre les bourgeois de Toul, et l'on n'est pas mieux instruit des causes de cette prise d'armes ; il y eut entre la ville de Toul et la forêt de Haye, près du village de Dommartin, un combat dans lequel les bourgeois furent vaincus ; ceux-ci, sentant bien qu'ils étaient trop faibles pour lutter contre les Lorrains, demandèrent la paix, au mois d'octobre, renoncèrent à toute réclamation pour les dommages qu'ils avaient soufferts, et payèrent la rançon d'un de leurs concitoyens appelé Jean Viard, qui était resté au pouvoir de l'ennemi (3).
On voit, dans ce traité, c li Maire, li Maistres-Eschavins, € et toutes li Universitez des Citeins de Toul j» agir en leur
(1) V. le texte de cet accord, ibid., col. dxxxnj et dxxxvij.
(2) Sur tous ces faits, v. Hist. de Metz^ ibid., p. 475*485 ; Galmtft, ibid., col. 326, 327, 331, 335 et 395-398 ; ^orcur^ton archéologique dans le pays de Bitche^ par M. Georges Boulangé.
(3) Y. le texte du traité, dans Calmet, Eist.X. 11^ Preuv.y col. dxl|.
propre et privé nom, sans aucune intervention de Tautorité épiscopale. Les habitants de cette ville étaient, en effet, parvenus, comme ceux de Metz et de Verdun, à détruire à peu près entièrement Tautorité de leurs évoques ; et, malgré le rescrit publié, en 1231, dans une diète tenue à VVorras, rescrit qui interdisait, d'une manière absolue, l'établissement de nouveaux corps de métiers et de gouvernements municipaux au préjudice des droits des seigneurs, Metz, Toul et Verdun avaient réussi, dans le cours du XIII* siècle, à monter au rang des villes libres, et les évéques s'étaient trouvés dans l'impuissance de s'y opposer efficacement. Chacun d'eux possédait, il est vrai, un territoire plus ou moins étendu, formant ce que l'on appelait le temporel de l'évôché ; mais ces territoires ne pouvaient fournir des troupes assez nombreuses pour assiéger avec succès des villes populeuses, et dont les ressources étaient considérables. D'un autre côté, les princes et seigneurs voisins, qui avaient continuellement des discussions avec les évoques et souvent même étaient avec eux en état d'hostilité, n'étaient pas toujours disposés à prendre les armes pour défendre les prélats. On les vit même s'unir aux bourgeois et les soutenir dans leurs rébellions. Les évêques se flattèrent pendant longtemps de réprimer les tentatives que les habitants des villes épiscopales faisaient pour s'affranchir ; plusieurs fois ils sortirent vainqueurs de ces luttes qu'ils n'avaient pas engagées ; mais la fréquence des attaques les fatigua, et ils abandonnèrent enfin, de gré ou de force, ce qu'on ne cessait de leur demander les armes à la main.
Dans les contrées possédées par des princes séculiers, c'està-dire dans la Lorraine et le Barrois, on n'eut pas sous les yeux le même spectacle. Les villes, la plupart fort peu importantes, ne songèrent pas à s'affranchir par les mêmes voies que les cités épiscopales, mais obtinrent presque toutes des ducs et des comtes eux-mêmes des libertés qui leur semblèrent suffi-
santés, et leur ôtèrent Tenvie de recourir à des insurrections, dont l'issue n'aurait pas manqué d'ailleurs de leur être fatale. On a expliqué diversement l'empressement des princes à prévenir les vœux de leurs sujets, et on a parlé de l'influence exercée par les comtes de Champagne. Cette influence n'est pas contestable ; les chartes données à certaines villes de notre pays l'établissent d'une manière péremptoire ; toutefois, nous pensons que l'exemple des cités de Metz, Toul et Verdun, presque continuellement en armes contre leurs évèques, et la crainte de voir les habitants des villes lorraines et barrisiennes imiter leurs turbulents voisins, ont contribué à déterminer les ducs de Lorraine et les comtes de Bar à affranchir les villes dont ils étaient seigneurs immédiats. Quant à celles qui relevaient de ces petits seigneurs dont les châteaux hérissaient le sol de notre pays, on comprend que les ducs de Lorraine et les comtes de Bar aient eu intérêt à procurer leur aflranchissement. Cette mesure devait, en effet, diminuer le pouvoir de vassaux souvent fort remuants et fort incommodes.
A partir du règne de Mathieu 11, les affranchissements devinrent communs ; sans rappeler Neufchàteau, dont il a été parlé au commencement de ce chapitre, nous avons recueilli les noms de neuf villes, bourgs ou villages qui reçurent des chartes depuis l'année 1231 jusqu'à l'année 1248. Plusieurs de ces chartes contenaient établissement de la Loi de Beaumont. On sait qu'en 1182 Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, fonda, presque sur la frontière du Barrois, une ville à laquelle il donna le nom de Beaumont, et que, pour la rendre florissante, en y attirant une population nombreuse, il accorda des privilèges que l'on appelle la Loi de Beaumont ; cette charte fut bientôt adoptée dans beaucoup de communes, et les ducs de Lorraine la concédèrent à leurs sujets, en lui faisant néanmoins subir quelques changements.
L'affranchissement le plus ancien, après la première charte de
NeufchâteaUy est celui de Mirecourt (1)^ Ferri, seigneur de cette ville, lui octroya, en 123&, des libertés dont son frère, Renard, seigneur de Coussej, se constitua garant. L'affranchissement était loin d*être complet, et Ferri s'était réser^'é certains droits fort onéreux pour les bourgeois, particulièrement la faculté de punir d'une amende de douze deniers l'individu qui refuserait de prendre les armes et de le suivre, lorsqu'il se mettrait en campagne pour faire du butin (pro prœda facienda). La charte renferme aussi, comme la Loi de Beaumont, quelques dispositions pénales ; « Celui qui sera trouvé, dit-elle, dans le jardin d'un c autre payera cinq sous ou aura une oreille coupée ». En 12/13, Thiébaut II, comte de Bar, accorda la Loi de Beaumont aux habitants de Varennes. Le titre, qui est rédigé en français, ne Tcnferme pas le texte de la loi, mais il en autorise formellement la mise en vigueur : « Je Thiébault, cuens de Bar, fais sçavoir à « tous ceulx qui ces Lettres verront et orront que j'ay jurei ma < ville de Varennes, les Bourgeois et le Chastel à la franchise de « Beaumont entièrement, sans mettre et sans ester, sauf ce que € je y retieng. . . (2). » Clermont-en-Argonne fut affranchi, trois ans plus tard, par le comte de Bar. Il est probable que cette ville obtint la franchise de Beaumont, mais la charte n'en dit rien (3). En 12&6, la même franchise fut accordée à Neuvilly (probablement Neuville-en-Verdunois) ; et en 1247, aux villages de Cons-la-Grand' ville (4), d'Aubreville et de Ru, que l'on doit, sans doute, reconnaître dans le village actuel de Rupt-aux-
(1) Nous ne parlons pas du village de Morville-sur-Seille, dont M. n. Lepage a publié la charte dans son Journal his, des cornmimes de la Meurthe, t. 1. p. 69-74. La charte de Mirecourt fait partie de la collection lorraine de M. Noël ; Y* aussi Calmet, Notice, 1. 1, col. 887 et 888.
(2) V. Calmet, Sis,, t. IL Preuves, col. cccclviij.
(8) La charte de Glermont est imprimée ibid., col. eccclx et cccclzj.
(4) La charte de Cens se trouve dans les archives deGrand-Failly.
Nonains (1). En 1248, on trouve deux affranchissements : celui d'un bourg ou village nommé Villers, qui fut mis à la Loi de Beaumont; et celui de la ville de Bourmont, dont la charte ne fait aucune mention de cette loi et présente beaucoup d*an'alogie avec la charte de Mirecourt (2).
Presque tous ces lieux faisaient partie du Barrois, et c*est seulement pendant le règne de Ferri III que la Loi de Beaumont fut introduite en Lorraine, où elle fut bientôt le partage détentes les villes et de plusieurs bourgs importants. Montfort, prés de Mirecourt; Châtenoy, ou les premiers ducs avaient souvent résidé, Arches et Bruyères furent émancipés, en 1263 (3) ; Nancy, Saint-Nicolas-de-Poii;, Lunéville, Gcrbéviller et Amance le furent en 1265 (&) ; toutes ces villes reçurent la Loi de Beaumont, mais avec certaines modifications qu*il nous est impossible d'indiquer.
Ferri de Charmes, qui appartenait à la famille des comtes de Toul, affranchit, en 1270, la ville de Charmes, dont il était seigneur ; la charte est, pour ainsi dire, calquée sur celle que le père de Ferri avait donnée, en 1234, aux bourgeois de Mirecourt ; on y retrouve une clause qui peint assez bien les habitudes de quelques petits princes de ce temps ; elle punissait d'une amende de douze sous le bourgeois qui refusait d'accompagner son seigneur, lorsqu'il sortait de la ville c pour faire c proye ou pour faire semblant chose » (5). Quatre années après, le sire de Florenges affranchit le ban de Buzy, qui était
(1) Les chartes de Neuvilly et de Ru sont au Cabinet des chartes, à la hibliothé(iue impériale; la charte d'Aubreville appartient aux archives du département du Nord.
(2) La charte de Villers est au Cabinet des chartes, à la bibliothèque impériale; celle de Bourmont est imprimée dans Calmet, Notice, 1. 1, col. 156-158.
(3) Y. Cartulairâ de Lorraine^ p. 93 et 94.
f4) V. ibid., p. 95et96.
(5) La charte de Charmes a été publiée par M. H. Lepâge dans sa StcUistique du département des Vosges, seconde partie, p. 100-102.
sa propriété. Ce ban, situé près de la ville d*Étain, était considérable et renfermait plusieurs villages (1). En 1276, Ferri III mit à la Loi de Bcaumont la ville et le comté de Longwy. Voici un passage de la charte qui est assez remarquable : a Je Ferri... « mets ceste ville et son chastel dans la franchise à la loy de « Biamont, en sorte que les Bourgiois de mon franc chastel de « Longwy, levant et couchant, gens nobles ou vivant comme « nobles, doient avoir chevaulx, hamois et armures, pour m'ac- « compagner en toutes mes chevauchies;... et ne payeront ne « fermes, ne ventes, ne tonneux par toute la chastellenie ; et « de la ville de Longwy doient toutes les franches ville de la « duchief, qui soient en la loy de Biamont, penre (prendre) « droict et loix, cordes et mesures (2) ». Ainsi, comme le fait observer Dom Calmet, il semble résulter de ce fragment que les villes lorraines, mises à la loi de Beaumont, devaient recourir à la ville de Longwy pour Finterprétation des dispositions de cette loi, qui leur était commune, et pour la vérification des mesures de longueur et de capacité.
Nous passerons sous silence beaucoup d'autres chartes moins importantes que celles dont il vient d'être parlé (3) ; mais nous ne devons pas omettre d'enregistrer la fondation de deux villes nouvelles, semblables aux villes neuves et aux villes franches que le XlIP siècle vit créer, en si grand nombre, dans certaines provinces de France. Hugues III, comte de Vaudémont, à son retour de la Palestine, avait, de concert avec l'abbé et les religieux de
(1) La charte de Buzy fait partie de la collection de M. Noël.
(2) Nous ii*avons pas besoin d'avertir que l'orthographe de ce passage a été notablement altérée par Dom Calmet, à qui nous rempruntons; V. HisU, t. II, col. 325.
(3) V. Calmet, Notice, t. I, col. 221, t. Il, col. 822; Statistique de ta Meurthe, par M. H. Lepage. t. II, p. 235. En 3262, Thiébaut II, comte de Bar, accorda à la ville de Pont-à-Mousson la Loi de Beaumont, puis celle de Stenay, qui avait beaucoup d'analogie avec la première ; V. Notice, t. II, col. 221.
Saint-Mansuy, f(»rmé le projet de construire, sur remplacement du village de Saulxerotte, une ville régie par la Loi de Beaumont et qui était peut-être destinée, à devenir florissante ; mais la mort de Hugues 111, arrivée en 1246, mit obstacle à Texécution de ce dessein, et Saulxerotte ne fut jamais qu'un chétif village (1). En 1279, le duc de Lorraine, Fabbé et les religieux de Mojen-Moutier fondèrent, à peu de distance de Raon-FEtape, une commune que Ton nomma la Neuvevilie-devant-Raon ; toutefois, ce bourg, que ses fondateurs supposaient devoir prendre un grand accroissement, à cause des privilèges qu'ils avaient accordés à ceux qui viendraient s'y établir, ce bourg, disonsnous, n'acquit aucune importance ; et on peut supposer que ses infructueux essais détournèrent Ferri 111 d'autres tentatives du même genre (2).
On a vu par ce qui précède que la plupart des villes nouvellement émancipées furent admises à jouir de la Loi de Beaumont, tandis que les autres recevaient des chartes qui se rapprochaient plus ou moins de cette loi-modèle. Nous avons indiqué déjà certaines prescriptions de ces dernières chartes ; mais, ne pouvant les analyser toutes, nous nous contenterons de faire connaître l'esprit général et les articles les plus remarquables de la Loi de Beaumont. On aura de la sorte une idée du régime introduit dans les villes lorraines. Nous emprunterons nos citations, afin d'être plus facilement compris, à une ancienne traduction française de cette loi publiée par Dom Calmet, et nous renverrons aux numéros qui ont été donnés, assez récemment, aux différents paragraphes qui la composent (3). On ne trouve
(1) V. Calmet, Hist,, 1. 1, col. ccij.
(2) Une copie des lettres de Ferri III se trouve dans la collection lorraine de M. Tabbé Marchai.
(3) Cette ancienne traduction est imprimée dans VHist. dé Lor^ rain€f l*"* édit., exemplaires cartonnés, t. II. Preuves, col. dxxxvij-dxlj. Nous donnons, à la fin du présent volume, le texte
pas daas ce monument législatif la classification rigoureuse qui répand tant de clarté dans les codes modernes ; les dispositions pénales, civiles et administratives sont confondues les unes avec les autres, et nous serons forcé de les rapprocher et de les coordonner. Voici d*abord celles qui fixent la nature et l'étendue des droits seigneuriaux, ceux du corps municipal, les règles que celui-ci doit suivre, les privilèges et les devoirs des bourgeois. Le prince se réserve expressément le droit de faire prendre les armes aux bourgeois, quand la nécessité Texige : « Li Bourc geois, dit Tarticle 53, iront en la chevaulchie le Seigneur, et € tel manière revenront.... le mesme jour, se il leur plaist » ; obligation qui ne constituait pas un service militaire fort pénible. Les amendes auxquelles les bourgeois pouvaient être condamnés se divisaient en deux portions égales ; la première revenait au seigneur ; la seconde entrait dans la caisse municipale (art. 51). L'administration de la commune était confiée à un mayeur et à plusieurs jurés choisis par les bourgeois ; ces magistrats, responsables des revenus seigneuriaux, n'étaient en charge que pour une année ; ils étaient rééligibles ; mais il fallait, pour rester en charge* obtenir l'unanimité des suffrages (art. 9). Le mayeur et les jurés rendaient la justice aux habitants, et cumulaient ainsi les fonctions administratives et judiciaires. Il n'était pas permis de décliner leur juridiction (art. 25). Les plaids avaient lieu trois fois par an (art. 54). Les jugements rendus par le mayeur et les jurés ne pouvaient
latin de la loi de Beaumont. Ce texte authentique est placé en tête d'un acte d^aveu et d^hommage du comte de Ghinj% à rarchevêque de Reims, acte qui est conservé dans les archives de l'empire, Trésor des chartes, carton 207, pièce n^l. Ce n'est malheureusement pas l'original, mais une copie exécutée par un scribe qui, sans doute, ne savait pas le latin. Aussi est-elle remplie d'incorrections, que nous avons rectifiées d'après le sens général des phrases et d'après la traduction française, traduction qui a été fÎEute sur un exemplaire un peu différent de celui dont nous parlons.
être attaqués que par la voie de Tappel, et cet appel, pour être valable, devait être interjeté immédiatement. Le fol-appel était puni d*nne amende de cent sous (art. 28, 32 et 33). Une amende moins forte était prononcée contre le bourgeois qui refusait de se soumettre aux mesures piîses, par le corps municipal, pour Tadministration de la commune (art. 52).
Tout individu qui se présentait, et demandait à'faire partie de la commune, payait un denier au mayeur et un autre aux jurés : c S*aucun devient nouvellement bourgeois, il donnera à l'entrée c ung denier au Maieur et ung aux Jurez, et recevra terre et c mazure dou Maieur, où li Maieur li devisera et assennera » (art. 11). f C'était, dit Chevrier, acquérir à bon marché»; mais il faut faire observer que cette disposition de la Loi de Beaumont n'a pas été appliquée aux personnes qui venaient habiter les lieux où cette loi fut plus tard mise en \igueur ; et, si l'on comprend que Guillaume de Champagne ait autorisé les magistrats municipaux à distribuer aux arrivants des maisons désertes et des terres sans maitre , il est non moins certain qu'une pareille distribution n'a jamais pu avoir lieu en Lorraine. U est bien probable aussi que l'article 45 n'y a reçu aucune application. Cet article, qui prouve combien Guillaume était pressé de peupler sa nouvelle ville, permettait d'y accueillir tous les individus qui le demandaient, à moins qu'ils ne fussent poursuivis pour vol et homicide, et encore leur était-il loisible de présenter leur défense et de repousser les accusations que l'on portait contre eux.
Les redevances que les bourgeois payaient au seigneur étaient assez légères. Tout habitant possédant une maison et un jardin soldait, chaque année, douze deniers en deux termes : c au Noël six deniers, et à la Sainct-Jchan six deniers ». Trois jours après l'échéance, le retardataire était puni d'une amende de deux sous. L'impôt qui grevait les maisons et jardins était, comme Ton voit, un impôt fixe. Celui qui reposait sur les terres
était, au contraire^ proportionnel, c De chascune fauchée de « preys, dit l'article 3, vous payerez quatre deniers le jour de c feste sainct Remy. » Article h : En la terre qui est cultivée, c vous payerez de douze gerbes, deux. En la terre qui sera mise c de bois à champ, vous payerez de quatorze gerbes, deux. » Distinction qui avait pour but d'encourager les défrichements. Tout bourgeois devait faire moudre son grain aux moulins du seigneur, et ne pouvait cuire son pain que dans les fours banaux ; le droit prélevé était d'un vingtième sur le grain, et d'un vingt-quatrième sur le pain (art. 5 et 6). Le bourgeois à qui l'on reprochait de n'avoir pas acquitté les impôts pesant sur ses biens, d'avoir fait moudre son grain ou cuire son pain ailleurs qu'aux moulins et aux fours seigneuriaux, était admis à purger l'accusation par un simple serment (art. 7).
A ces charges, qui n'avaient rien de bien onéreux, correspondaient des droits fort étendus. L'article 2 porte que c il loira aux
« Bourgeois vendre et achepter , sans vinaige et sans
c tonneu payer ». L'article 8 n'est pas moins remarquable, car il accorde aux bourgeois le libre usage des eaux, et la faculté de prendre dans les forêts domaniales tout le bois qui leur était nécessaire (1). Il est inutile de faire ressortir l'importance de ces deux articles, et il suffit de les lire pour voir combien de semblables privilèges devaient être avidement acceptés.
L'article 23 protégeait les propriétés des particuliers contre les usurpations, et punissait d'un amende de vingt sous celui qui envahissait l'héritage d'autrui. Une amende égale était prononcée contre l'individu qui réclamait un bien ne lui appaitenant pas. L'article 2 autorise chacun à aliéner librement sa propriété; mais l'article 10 soumet le vendeur et l'acheteur à
(1) Le texte latin de cet article est plus clair que la traduction française.
un droit de deux deniers, Fun était remis an majeur, et Tautre aux jurés. « Chacun, dit l'article 29, pourra prouver son venc daige jusqu'à trois solz par la main seule, i La preuve testimoniale est admise en matière civile, pourvu que la réclamation ne dépasse pas dix sous. Si la somme est plus considérable, le débiteur a le choix de payer ou de courir la chance du combat judiciaire (art. 30). Celui qui a reçu un champ, comme gage, ne peut se l'approprier, à défaut de paiement ; l'article 3& lui permet toutefois, mais seulement au bout d'un an et d'un jour, de s'adresser au mayeur et aux jurés, qui lui prescriront la conduite qu'il doit tenir. L'article &9 autorise les tavemiers à recevoir des gages sous certaines conditions. Le dommage causé à un étranger donne lieu à des réparations pécuniaires arbitrées par les jurés ; si le dommage n'est pas certain, le serment est déféré au bourgeois poursuivi (art. 35). c Se les vacheries, dit € l'article AS, sont trouvéez en vignes sans incurcion, elles « payeront douze deniers, et la menue beste qui sera reprinse c en bief payera six deniers. » La fin de l'article est relative au partage des amendes et aux bestiaux remis en gage. L'article 2& règle la prescription en matière civile et fixe le temps nécessaire à son accomplissement. « S'aucun tient héritaige an et jour saul c et quitte, et en paix, sans contredit de hommes manans en la c ville, il le tenra en paix delà en avant. »
11 est superflu d'analyser tous les articles qui concernent les crimes, les délits et leur répression. Ces articles sont au nombre de vingt-quatre, et plusieurs n'offrent que peu d'intérêt ; il est nécessaire cependant d'indiquer les plus remarquables de leurs dispositions ; on verra que cette législation pénale était favorable aux accusé.«, et qu'elle leur assurait des garanties suffisantes.
c S'aucun, dit l'article 16, met main à autre sans armes esmoc loes^ il payera quarante-cinq solz : au Seigneur trente-huit c solz, au Mayeur douze deniers, aux Jurez douze deniers, et
« au battu cinq solz. Et se li battu n'a tesmoing, li autre se ff purgera par le serment de deux loyaux hommes, et le c sien. »
€ S'aucun (art. 17) envaïst autre à armes esmolues sans férir, € et il est prouvé par loyaul tesmoing, il payera soixante solz : c au Seigneur cinquante-huit solz, au Mayeur douze deniers, c et aux Jurez douze. Et se cil qui se clamera n'a tesmoing, li c autre se purgera par le serment de deux hommes et le sien ; c et se avient qu'il li fasse sang et playe, il payera cent solz : c au Seigneur quatre livres, deux solz moins ; au Mayeur douze « deniers ; aux Jurés douze deniers ; au navré vingt solz, et les « dépens pour la playe saner. Et se li navré n'a tesmoing, li c autre se purgera par le tesmoignaige de sept bourgeois. Et se c li couppoit membre, ou occioit, et fust prouvé par loyal tesc moignaige, il serait corps et avoir à la voulenté du Sei- « gneur. »
L'article 27 prescrit l'épreuve de l'eau dans les accusations d*incendie, de vol, d'homicide et de rapt, et punit d'une amende celui qui accusait sans preuves. Plusieurs articles sont relatifs au délit d'injure ; tel est notamment le A3* : « Femme qui dira c laid à un autre femme (c'est-à-dire qui l'injuriera), s'il est c prouvé par le tesmoignaige de deux hommes ou de deux < femmes, elle payera cinq solz : au Seigneur quatre solz, au c Mayeur six deniers, et à celle à qui elle auera dit le laid six € deniers. Et s'elle ne veut payer l'argent, elle portera la pierre, c le Dimanche à la procession, en peure sa chemise (en pure a chemise). »
Comme la Loi de Beaumont restreignait beaucoup les privilèges des seigneurs et augmentait, au contraire, les droits des bourgeois, les nobles lorrains la virent, de mauvais œil, s'introduire dans un grand nombre de villes, de bourgs et de villages. Le duc, qui savait combien son autorité gagnait à l'adoption de cette charte, fit, sans doute, des efforts pour la répandre le plus
possible, mais il D*asa pas de toute la prudence nécessaire. Il porta aussi de notables atteintes au tribunal des Assises. On sait que ce tribunal était composé de nobles, qui jugeaient, en premier et dernier ressort, les affaires féodales et même les causes ordinaires les plus importantes. Les mécontents tinrent des assemblées secrètes et cherchèrent les moyens de mettre obstacle à des entreprises qui devaient, tôt ou tard, avoir pour résultat de diminuer considérablement la puissance et les droits de la noblesse. Enfin, ils formèrent le projet d'enlever le duc, et de le tenir prisonnier, dans le château de l'un d'entre eux, pendant le reste de sa vie, ou du moins jusqu'à ce qu'ils lui eussent arraché la révocation des actes qui les avaient lésés. Cet audacieux complot fut couronné d'un plein succès, et nous allons reproduire le naïf et curieux récit de Louis d'Haraucourt, le seul de nos anciens historiens qui ait parlé de cet événement avec les détails convenables. « Pour ce que li duc Ferri avoit c grandement envie de guerroyer, et vol ut à tout meshuy c mettre empeschement èz privilèges que certains de la Noblesse c des siens Estatz avoyent en prétention,|et dont n'usoyent en bons c et loyaux hommes, mais bien comme leur duisoit (plaisait) et à c à leur intérest, dont pouvre peuple moult eut de souffrance; ff li dicts de la Noblesse parfirent menéez sourdes et brigues à c telles fins que traversassent privilèges et franchises qu'avoit c Monsignor donné et gratifié certains lieux ; firent complotz, et c fut que, certain jour, es passetemps de chasse dans li bois c que sont pardessus li ville qu'a nom Laxou, qu'est tout proche c de Nancy, li Duc tant resta en plaisir que fut prins par la « nuict. Parquoy [une embuscade fut préparée par] (1) certain c Andrian des Ermoises, qu'avoit jolie femme à luy qu'on disoit
(1) Nous avons mis quelques mots entre deux crochets pour compléter le sens de cette phrase, que Mory d'Elvange n'a pas reproduite en entier*
« avoir privaatez et douces accointances au bon plaisir di Duc, c qu'estoit moult gentil prince que duisoit mieux à femelle c qa*estoit convoiteuse à esbats d'amour que le viel et bigloux (1) c Andrian. Et fut li duc Ferri prins et appréhendé à corps en c certain destour par gens armez, qui couvrirent son chef, en « tant que ne vit goûte, et fat grandement par longues alléez, c et venues proumené et finablement mis en la tour du chastel c de Maxéville (2), qu'est du fief dudict Andrian, et ne sçut « li Duc en quelle main estoit, ne siens serviteurs qu*estoit ff devenu.
c Un certain jour qu'avoit grandement faict bise et grosse c boulée, fut partie du toic en la susdicte tour enlouvé et mis c en désapoinct par li vent, et fut force que certain qu'on nomc moit Petit-Jehan, et que n'avoit qu'un œil, montist sur ladicte c couverture^ et chantoit chansonnement qu'avoit on faict en c complaincte, et disoit que li Duc estoit allé quérir en lieu ff qu'on ne sçavoit place à guerroyer, ou fille tant gentille que € ftist à son poinct, n'en estant onc à sa guise en ses Estatz (3). c Et fut oït li chansonneur di Duc, que ly pourparla et baillit c anneau qu'avoit au doigt, et l'y promit grand prix et fit com- < mandement qu'allast trouver sa Dame, et n'y faillist.
« Qu'ayant faict li couvreur Jehan, fut la dame Marguerite ff bien esbahie, et ne perdit tems li sire de Tillon, qu'estoit sien « gentilhomme, et print quelques dix cavaliers, qu'estoient gens ff à main et loyaux hommes, et chevauchèrent en grande haste « audict Maxéville, que n'est loin de Nancy, et fut li Duc Ferri
(1) Louche.
Ç3) Village situé au nord^ouest et à très-peu de distance do Nancy.
(8) Cette chanson curieuse ne s*est pas conservée, mais il existe encore une mauvaise complainte sur la captivité du duc Ferri. Elle paraît avoir été composée dans le siècle dernier, et la société d'archéologie Ta publiée dans son Recueil des poésies populaires de la Lorraine, p. 81.
c sorti de tour, que fut rasée à la mointance (moitié), et li fief c d'Andrian apprins et tombé par félonie, dont avint grand c honneur et amitance au sire de Tillon, que demanda qu*à tous c jours mais, pour souvenanee de ce qu'en premier avoit porté c secours à Monsignor, ly et sa lygnée, tant que seroient en « légitime procréation et engendrez de son chef, avinssent droict « et puissance aller en premier avant tous aultres, exceptant li c Seignor Duc, à Tadorement du Seigneur Dieu es jour que c bons et loyaux chrétiens festoyent sa mort, et que fut c accordé (1). »
Louis d'Haraucourt ne dit pas à quelle époque on doit rapporter cet intéressant épisode de la lutte qui durera pendant si longtemps entre nos ducs et la noblesse lorraine ; mais comme Temprisonnement de Ferri fut la conséquence des affranchissements opérés par le prince (affranchissements qui eurent lieu presque tous avant l'année 1270) ; comme, d'un autre côté, la chanson composée à l'occasion de cet événement fait supposer que le duc était encore jeune, puisqu'elle parle de la passion que réponse d'Andrian des Armoises éprouvait pour lui ; on ne peut guère admetre que la captivité de Ferri soit postérieure à Tannée 1269 ou à l'année 1270. Les historiens du XVIIl* siècle en ont, pour la plupart, contesté la réalité. Comme des écrivains sans autorité avaient prétendu que l'emprisonnement du duc s'était prolongé pendant cinq ans, Dom Calmet a parfaitement démontré que la série des chartes émanées de ce prince ne permet pas d'admettre qu'il y ait eu dans son règne une interruption de cinq années ; et comme aucune charte, aucun diplôme ne mentionne, même indirectement, un fait aussi grave, l'Abbé de Senones a conclu qu'il fallait ranger parmi les fables la captivité de Ferri III (2). Mais on peutrépondre que Louis d'Harau-
(1) V. Mémorial^ etc., régne de Ferri III, dans le recueil cité. (2)1V. Hist., t. Il, col. 344-346.
court, dont le témoignage est d'un grand poids, ne dit pas que la séquestration du prince ait duré cinq ans ; il est très-probable jujelle a été fort courte ; et les chartes publiées ou mentionnées Dom Calmet ne sont pas tellement nombreuses, ni de dates si rapprochées Tune de Tautre, que Ton ne puisse intercaler entre deux de ces pièces un interrègne de six ou huit mois. Enfin, sans nous prévaloir de ce que Temprisonnement de Ferri a été admis, comme un fait incontestable, par tous ou presque tous les historiens lorrains des XVI* et XVIP siècles, et même par le père Benoit Picart (1), nous ferons observer que Dom Calmet et ses contemporains ne connaissaient pas l'ouvrage de Louis d'Haraucourt. Le récit de ce chroniqueur est, d'ailleurs, corroboré par des preuves directes. Duplessis, conseiller de Charles IV, procureui* général du Barrois et auteur d'un livre intitulé : Chronologie sommaire des Ducs de Lorraine et de BcHT (2), rapporte que Ferri, ayant acccordé leur grâce à ceux des conjurés qui étaient les moins coupables, fit placer sur les tours de leurs châteaux des « enseignes et marques infâmes », que l'on voyait encore de son temps, et que les descendants de ces conjurés n'avaient osé faire abattre c crainte d'encourir la c commise et confiscation ». La famille des Armoises est une de celles qui furent ainsi graciées ; mais, pour rappeler la part prise par Adrian, seigneur de Maxéville, à l'enlèvement du duc de Lorraine, celui-ci prescrit que lorsqu'un membre de cette Maison mangerait à la table ducale, sa place serait marquée par un couvert renversé, usage qui se conserva jusqu'au règne de Léopold, bien que les services, rendus par les Des Armoises eussent racheté depuis longtemps la félonie de leur aïeul. Une autre preuve de la véracité de la narration reproduite plus haut est le droit que le chef de la famille de Tillon conserva
(1) V. Origine de la Maison de Lorraine, p. 809-311.
(2) Manuscrit dans la bibliothèque de M. Beaupré.
d'aller à 1* adoration de la Croix immédiatement après le duc, droit qui fut exercé même après le retour de Léopold. Ajoutons qu'une tradition constante avait conservé le souvenir, et mèm^ • les détails principaux de cet événement singulier. Une vieille ^' tapisserie appartenant à la collégiale Saint-Georges et deux tableaux anciens, dont l'un était suspendu dans l'église des Dames- Pécheresses à Nancy, reproduisaient les traits de Ferri, et Ton voyait à côté du prince une tour, de laquelle sortaient deux mains qui paraissaient implorer le secours de la divinité. Enfin, le P. Benoit Picart et le P. Vincent, qui a composé, au commencement du XVIII* siècle une histoire de Lorraine dont on possède quelques copies, assurent que, de leur temps, le peuple chantait encore une complainte relative à la captivité de Ferri III (1).
Ce prince ne se borna pas à punir, plus ou moins sévèrement, les nobles qui s'étaient associés à la conjuration ; il profita de la faite des uns, de la frayeur des autres et de Taffaiblissement de tous, pour augmenter son pouvoir et restreindre celui de TAncienne Chevalerie. La juridiction des Assises lui semblait, à raison de son indépendance absolue, attentatoire à Tautorité ducale, et il porta un coup terrible à cette juridiction, en ordonnant que ses jugements seraient à Tavenir soumis à la ratification du souverain (2).
Non content d'accoltre ainsi sa prépondérance, Ferri III ne perdait pas de vue les projets qu'il avait formés pour l'agrandissement de ses états. En 128il, Isabelle, héritière des comtes de Toul, lui céda la ville de Mirecourt, qui, à raison de son importance et de sa position, devint le chef-lieu du baillage de
(1) Dans cette discussion, nous nous sommes borné à présenter Tanalyse de cet excellent opuscule publié par M. Beaupré sons le titre suivant : De la captivité de Ferri itl, dit le Chauve, duc de Lorraine, dans la tour de Maxéville; Nancy, 1889, in 8».
(2)V.le testomentdeThiébaut II, dans Vignier, ouv. eité, p. 151.
Vosge (1) ; mais, quelques années après, Ferri vendit à Henri III comte de Bar, pour la somme de vingt-huit mille livres tournois, la ville, le château et la châtellenie de Longwy, possessions difficiles à garder à cause de leur éloignement (2). Le duc prit également des mesures pour faire fortifier les villes qui n* étaient pas encore ceintes de murailles. En 1266, il conclut un arrangement avec le chapitre de Saint-Dié, afin de mettre en état de défense cette ville, qui appartenait, comme on sait, moitié au duc, et moitié aux chanoines. Les deux parties convinrent de lever une taxe spéciale sur leurs sujets respectifs, et nommèrent des commissaires chargés de percevoir cet impôt et de surveiller les ouvrages, qui n*étaient pas terminés en 1280 (3). En 1279, Ferri construisit un château sur une des hauteurs voisines de Raon-l* Étape, afin de protéger cette petite ville (k). Plusieurs années auparavant, il avait fait réédifier la forteresse de Frouard, qui, sans doute, tombait en ruine. Les nouvelles constructions furent assises sur un terrain dépendant du prieuré de Lay-Saint- Christophe, et le duc, pour indemniser les religieux, consentit à leur payer annuellement un sens de soixante sous à prendre sur les revenus du four banal de Frouard (5). En 1292, le prince, ayant su que les personnes qui fréquentaient les bains de Plombières avaient été inquiétées par les courses de quelques aventuriers, éleva une forteresse sur le penchant de la montagne fermant, du côté du midi, le vallon où se trouvent les sources thermales (6).
Des contestations s'étaient engagées, postérieurement à la
(1) V. Calmet, Notice, t. I, col. 888.
(2) V. idem, ibid., col. 682 et 683. Le titre est daté du mardi avant la Saint-Remy 1292.
(3) Y. idem, Hist., t. II, col. 818.
(4) Y. idem, ibid., col. 326.
(5) Y, idem, Notice, t. I, col. 497.
(6) Y. Chronie. Colmar.^ ad an. 1292.
transaction de 127/i, entre le duc de Lorraine et le chapitre de Remiremont. Les chanoinesses se plaignaient de ce que les officiers ducaux avaient levé un aide de dix sous, monnaie de Toul, sur plusieurs maisons qui appartenaient à Féglise de Remiremont, et de ce qu*ils avaient pris à des laboureurs, sujets de la même église, du blé, des bœufs, des porcs et des moutons. Elles se plaignaient également de ce que le duc avait fait établir à Biécourt un étang sur un terrain acquis par le chapitre, et de ce qu'il avait construit, sans leur autorisation, le ch&teau de Plombières sur un fonds qui était leur propriété. Le duc reconnut la justice de ces réclamations, indemnisa les chanoinesses pour le préjudice que leur avait causé la création de Fétang de Biécourt, leur céda le haut-domaine du château de Plombières, qu*il conserva toutefois à titre de fief, et leur donna une satisfaction plus ou moins complète sur leurs demandes. L'accord fut conclu le 18 juillet 1295, et, comme on le croyait destiné à mettre fin pour toujours à des difficultés qui s'étaient renouvelées plus d'une fois, on le nomma YÉchapenoises^ ce qui dans le langage du XIII* siècle signifiait moyen d'échapper aux noises ou disputes (1).
Pendant que Ferri III, déjà parvenu à un âge assez avancé, cherchait à terminer les différends capables de troubler les dernières années de son règne, et à maintenir la paix et la tranquillité dans ses états, il faillit se précipiter, pour une querelle qui lui était étrangère , dans une guerre dont les résultats pouvaient être funestes à la Lorraine. Depuis quelque temps, |le roi Philippe-le-Bel et le comte de Bar étaient en discussion au sujet des frontières de la France. Le roi prétendait que la Meuse était la véritable limite entre son royaume et l'empire ; Thiébaut II
chartes
mont
soutenait, au contraire, que le ruisseau de Biesme, un des affluents de TAisne, formait la séparation des deux états, et que les plaids destinés à apaiser les contestations survenues entre les sujets français et les Barrisiens s*étaient toujours tenus sur les bords de ce ruisseau (1). La dispute avait pris naissance d'une démarche faite par Tabbé du monastère de Beaulieu en Argonne, qui, s'étant brouillé avec le comte de Bar, avait imploré la protection du roi. L'abbaye était placée à l'orient du ruisseau, par conséquent du côté du Barrois, et les comtes de Bar en avaient été reconnus seigneurs depuis plus d*un siècle; néanmoins, Philippe, charmé de trouver une occasion de s'immiscer dans les affaires de ses voisins, fit signifier à Thiébaut la défense d'élever à l'avenir aucune prétention sur l'abbaye de Beaulieu. Le comte ne se tint pas pour battu et réunit, à Saint-Mihiel, au commencement de l'année 1289, plusieurs seigneurs barrisiens^ lesquels attestèrent que l'abbaye de Beaulieu avait toujours été regardée comme une dépendance de l'Empire et comme située dans le Barrois (2). Thiébaut s'adressa en même temps au roi des Romains, Rodolphe P', qui fit faire une nouvelle enquête par Anselme, chanoine de la cathédrale de Liège, Érard de Landsperg et Hartmann de Ratzenhausen. Ces trois commissaires entendirent une foule de témoins, qui affirmèrent que le village et l'abbaye de Beaulieu faisaient partie de l'empire ; mais toutes les attestations n'eurent aucun succès, et Philippele-Bel ne diminua en rien ses prétentions. Ferri, indigné, comme les princes voisins, de l'usurpation commise par le roi de France,
(1) On trouve dans les Hémoires de Tancienne académie des inscriptions et belles-lettres, t. XVIII, p. 295-302, un travail de M. Lévesque de la Ravalière intitulé : Réponse au sentiment de Dom Calmet sur les limites d'une partie du royaume du côté de l'Empire^ avant Van i30i,
(2) Ces attestations sont imprimées dans Calmet, Hist,^ t. II. Preuves, col. dxxv-dxxvij. Elles sont datées du vendredi après les Bures 1288 (4 mars 1289).
manifesta Tintention d*appayer, au besoin par les armes, la résistance du comte de Bar. Philippe, qui avait épousé Jeanne héritière du comté de Champagne, s'offensa de voir un prince son homme-lige prendre parti contre lui, rassembla des troupes et s'avança jusque vers Chàlons, avec lé dessein d'envahir la Lorraine. Ferri, n'étant pas en mesure de lutter contre le roi et n'attendant de Rodolphe aucun secours efficace, se hâta de désavouer les projets qu'on lui attribuait, et, par le moyen de certains seigneurs de ses amis, obtint un accommodement sur la fin de l'année 1289 (1). Le monarque et le comte de Bar ne voulant se prêtera aucun arrangement, les choses restèrent ainsi pendant quelques années ; Thiébaut pour se venger de l'abbé de Beanlieu, commit plusieurs violences envers ce monastère, et Tabbé porta de nouvelles plaintes devant Philippe-le-Bel ; mais, comme Thiébaut était vieux et prudent, il se garda de pousser les choses à l'extrémité et évita soigneusement une rupture définitive (2). Ce prince mourut en 129/i, et son fils Henri III, qui lui succéda, n'eut pas la même sagesse. Il avait épousé Aliéner, fille d'Edouard I*' roi d'Angleterre, et ce dernier, qui était en guerre contre le roi de France, fit, sans doute, tous ses efforts pour persuader à son gendre d'opérer une diversion, en attaquant la Champagne. Divers souverains, auxquels déplaisaient l'ambition de Philippe-le-Bel et les tentatives qu'il faisait pour s'agrandir aux dépens de ses voisins, se liguèrent dans le but de lui opposer une résistance efficace. Adolphe de Nassau, roi des Romains, et Guy de Dampierre, comte de Flandre, étaient les principaux auteurs de cette ligue, et dès l'année 1295, Adolphe
(1) V. Calmet iTwf., t. IL col. 328-831; Chevrier, t. IL p. 32 •t33.
(2) Cependant, au mois de juin 1294, un arrêt delà cour du roi de France avait condamné le comte à payer aux religieux de Beaulien une somme de dix mille livres, à titre de dommages-intérêts y. cet arrêt, dans Calmet, ibid., t. IL Preuves^ coL duxix-dxlij.
avait ordonné àFerri III, comme membre du corps germanique, de soutenir le comte de Bar contre le roi de France (1) ; néanmoins, le duc de Lorraine, qui connaissait les embarras d*Adolphe et redoutait la puissance et la haine de Philippe, ne jugea pas à propos de déférer à Tinvitation du roi des Romains. Celui-ci envoya alors en Lorraine un de ses agents nommé Gros-Holtz, qui tâcha d'engager le duc à se prêter au désir des confédérés ; Ferri demanda deux jours pour délibérer sur un objet aussi important et assembla son conseil. Le sire de Parroje et quelques autres appuyèrent la proposition d* Adolphe. Le sire d'Haussonville, au contraire, fit valoir avec tant de force les raisons qui commandaient de rester neutre, que ce dernier sentiment remporta, et que Gros-Holtz fut obligé de partir sans avoir rien obtenu. Quelque temps après, le comte de Bar fit également demander à Ferri des secours, que le duc ne voulut pas accorder (2). Au surplus, les Lorrains ne furent pas tous aussi réservés que leur prince, et Henri II, sire de Blâment, s'engagea, moyennant une somme de deux mille livres tournois, à aider le comte de Bar dans sa guerre contre le roi de France (3). L*année 1296 se passa assez tranquillement ; mais en 1297. Henri III, voyant le roi occupé au siège de Lille, réunit toutes ses forces et se jeta sur la Champagne, qui était dégarnie de troupes. Vers la fin de Tannée 1295, Philippe avait enjoint au duc de Lorraine, comme vassal de la Champagne, de lui envoyer son contingent, et Ferri avait été contraint de se soumettre à rinjonction du roi et de donner à quelques soldats l'ordre d'aller se ranger sous la bannière de son suzerain. On ne dit pas qu'il
(1) V. le diplôme d'Adolphe, dans Calmet Hist. t. II. Preuves, col. dxli et dxl\j.
(2) V.Chovrier, p. 42-54. Le récit de Chevrier est appuyé sur les Mémoires de Thierriat.
(2) Le traité est imprimé dans Calmet, Hist., t. II, Preuves, col. dxliv et dxlv.Il est du mois de décembre 1295.
ait reçu une injonction semblable en 1297, et tout fait supposer qu'il resta complètement neutre.
Le comte eut d*abord quelques succès. Comme Tabbé de Beaulieu était le premier auteur de la querelle, Henri III dévasta son abbaye ; il pénétra ensuite dans la Champagne et j commit de grands ravages. Jeanne^ femme de Philippe-le-Bel, accourut pour défendre cette province, qui était son héritage, repoussa les Barrisiens et conclut avec Henri une trêve de courte durée. Celui-ci, qui se proposait de recommencer la guerre, tâcha de grossir son armée, et, le U juin, son beau-père Edouard I*' écrivit au roi des Romains, pour le prier d'envoyer des secours au comte de Bar, le plustot possible, afin de le mettre en état de combattre leur ennemi commun (1). Quand la trêve fut expirée^ Henri III envahit de nouveau la partie orientiale de la Champagne et la mit au pillage ; mais Gauthier de Crécy, seigneur de Chàtillon-sur-Mame, entra, de son côté, dans le Barrois avec une armée française. Le comte revint, en toute hâte, pour défendre ses états, livra bataille à Gauthier, fut entièrement défait et tomba au pouvoir de ses ennemis. Il fut conduit à Paris ; puis le roi le mena en Flandre à sa suite, le fit enfermer à Bruges et Vy retint jusqu'en 1301. Enfin, il consentit à remettre Henri en liberté, mais ce ne fut qu'après lui avoir arraché le traité le plus humiliant. Par cette convention, conclue le 5 juin 1301, le comte abandonna au roi, sans parler de plusieurs domaines situés dans l'intérieur du royaume, les chàtellenies de Conilans, de Chàtillon et de la Marche, consentit à se reconnaître vassal de la France pour toute la partie du Barrois située à l'ouest de la Meuse, tandis qu'autrefois il ne prêtait d'hommage à personne, et prit l'engagement de rétablir à ses frais le château de Wassy, qu'il avait détruit pendant une de ses expéditions en Cham-
(1) V. la lettre d*édouard, dans Calmet, ibid., col. dxlvj, et dans Rjmer, Fsedera, Conventiones, etc., t. II, p. 771.
pagne ; de payer nne somme de dix aine livres à Tabbaje de Beauliea, à titre de dommages-intérêts, on de réparer les dégâts qn*ii avait causés, de manière à ce que les religieux fussent in-' demnisés complètement ; enfin de partir pour Tile de Chypre ETant les fêtes de Noël, et d*y rester tant qu*il plairait au roi. Le malheureux comte partit, en effet, pour TOrient ; toutefois, Philippe-le-Bel^ ayant fait la paix avec le roi d'Angleterre en 1802, permit à Henri III de revenir ; et celui-d se mit aussitôt en route, mais il mourut à Naples ou dans les environs de cette ville. Edouard I", son fils et son successeur, fut obligé de faire hommage au roi de France pour la partie occidentale du Barrois, malgré la répugnance de la noblesse du comté, qui avait protesté contre le traité de Bruges, prétendant que Henri n*avait pu, sans le consentement des nobles de ses états, accepter des conditions aussi onéreuses. Philippe, pour s'attacher le jeune comte, lui montra de la bienveillance, lui rendit les châtellenies de Conflans, de Châtillon et de la Marche, et lui céda même la ville champenoise de Gondrecourt, avec la réserve que les comtes de Bar feraient hommage pour les villes dont il s*agit (1). Malgré radoucissement que Philippe apporta dans Texécution du traité, cette convention B*en eut pas moins pour Tavenir les conséquences les plus fâcheuses ; les rois de France intervinrent sans cesse dans les affaires du Barrois, et causèrent mille embarras aux possesseurs de cette principauté. A partir du commencement du XIV* siècle, elle fut de la sorte divisée en deux parties bien distinctes : le Barrois-non-mouvant situé à Test de la Meuse, et dans lequel Tautorité des comtes ne subit aucun changement ; et le Barrois-mouvant, qui s'étendait à l'ouest de ce fleuve, et où les souverains ne conservèrent plus qu'on pouvoir contesté et des droits souvent méconnus.
(1) V. Calmet, Hist., t. II, Preuves, col. 335-337, 343 et 344 ; Chevrier, p. 60-62; Rymer, t. II, p. 909.
En lisant ce triste épisode de nos annales, on a dû être surpris de voir que le roi des Romains n* avait fait aucune tentative pour secourir son allié ; mais son inaction cesse d'étonner quand on se rappelle combien la position d'Adolphe était difficile. Plusieurs électeurs s'étaient ligués contre lui et avaient formé le projet de le déposer; enfin, ils se réunirent à Majence, en 1298, le déclarèrent déchu de l'empire et choisirent, à sa place, Albert, duc d'Autriche, fils de Rodolphe de Habsbourg. L'électeur de Trêves, le comte-palatin, le duc de Bavière, quelques autres princes et toutes les villes impériales refusèrent d'abandonner Adolphe, et la guerre ne tarda pas à commencer. Ferri III se déclara aussitôt en faveur d'Albert ; outre la raison tirée du lien de parenté qui unissait la maison d'Habsbourg et celle de Lorraine, le duc avait un grief contre Adolphe. Ce dernier lui avait, en 1296, confié la garde de la ville de Toul, et, l'année suivante, sur la demande de l'évêque Jean de Sierck, il avait enlevé cette garde à Ferri, qui n'attendait qup le moment de se venger. Il envoya en Allemagne, avec un coi*ps de troupes, son fils Thiébaut, sire de Rumigny. Celui-ci se trouva à la bataille de Gelheim, près de Worms, dans laquelle Adolphe fut vaincu et périt de la main de son rival. Thiébaut suivit Albert à Francfort, où une diète ratifia l'élection de Mayence (1), et le vainqueur, pour récompenser le duc de Lorraine du service qu'il venait de lui rendre, lui permit de battre monnaie dans la ville d'Yve, que le duc inféoda au nouveau roi des Romains et reprit ensuite de ce prince- On possède encore le diplôme, qui est daté du 13 des calendes de novembre (20 octobre) 1298. Mais cette pièce, qui est assez courte, est fort obscure, et, malgré les nombreuses dissertations auxquelles elle a donné naissance, on ne sait pas trop ce que c'est que la ville d'Yve, et l'on ne connaît aucune
(1) V. Calmet, Hist. t. II, Pr., col. 337 et 425.
moimaie de Ferri 111 oa de ses sacc cj t o rs que Ton poisse attribuer à Fatelier monétaire de cette Tille inconnne (1).
Ea 1299, Albert et Pldlippe-4e-Bel conTinrent de se rétuiir fur les limites des deux états, pour traiter certaines afEûres fort importantes. Ferri 111, en qnalité de marchis, alla an de?ant da roi des Romains et l'escorta josqne dans la rille de Tool, où Albert fat magnifiquement reçn par rérêqae Jean de Sierck. Philippe s'était avancé, de son côté, josqa'aii chàtean de Foog, à une lieue de Tool, et le roi des Romains, en ayant été informé, lui députa l'archevêque de G>logne pour le complimenter. L'entrevue des rois eut lieu près de Vaucouleurs, dans une vaste prairie nommée les Quatre- Vaux. Le duc de Lorraine ne put y assister ; il tomba malade à Toul même, se fit transporter à Nancy et chargea son fils Thiébaut de le remplacer ; celui-ci fut présent à la conférence et imposa son scel au bas de plusieurs des actes importants qui y furent rédigés (2).
La maladie de Ferri n'eut pas de suites fâcheuses ; mais, dans les premiers jours du mois de décembre 1303, il fut attaqué d'une langueur à laquelle il succomba le 31 du même mois, à l'âge d'environ soixante-dix ans (3). 11 fut inhumé dans l'abbaye de Beaupré. Dès l'année 1297, il avait rédigé son testament, dont il confia l'exécution à l'évêque de Toul,
(1) Le diplôme d* Albert est imprimé dans Touvr. de Hngo déjà cité, p. xcviiî et xcix. Nous avons de bonnes raisons pour croire que la ville d'Yve est Yvoy, aigoard'hoi nommé Carignan.
(2) V. Calmet, Eisi. t. II, Pr., col. 338, 343 et 425; Benoit, Origine de la Maison de Lorraine^ p. 311.
(8) V. Chevrier, p. 63. Il ne donne que soixante-six ans de vie à Ferri III. Dom Calmet prétend, au contraire, que ce prince a vécu quatre-vingt-dix ans. Les deux assertions sont erronnées; Ferri, qui a régne cinquante-trois ans, et qui en avait à peu prés seize ou dix-sept à son avènement, devait avoir, au moment de sa mort, environ soixante-dix ans.
aa prieur des Frères-Mineurs de Neufchâteau, au prieur des Dominicains de Toul, à Henri sire de Blàmont, à Jean de Germiny, et à Wichart seigneur de Veilesperch (Velexberg). Après avoir recommandé à ses héritiers de payer les dettes qu*i) pourrait laisser, celles de son père, de sa mère et de son oncle Renaud, comte de Castres, il fait des legs à presque toutes les églises importantes, et à presque tous les monastères de ses états et des principautés voisines, ainsi qu*à divers hôpitaux, à condition de célébrer, chaque année, un service pour le repos de son &me et des âmes de son père et de sa mère, et aussi à condition que les revenus des legs seront employés à donner un repas aux chanoines, aux religieux et aux religieuses. 11 laisse quarante livres à chacun de ses chapelains, écuyers et sergents^ et cent sous c à chascun garçon de quel mestier qu*il fust, de € quoy qu'il servist ». Il prescrit de vendre sa vaisselle et ses joyaux d*or et d'argent, de réunir de la sorte, s'il est possible, une somme de deux mille livres et de la remettre à deux chevaliers, qui feront, à la place du testateur, le voyage d'outremer ; et, si la vaisselle et les joyaax ne valent pas deux mille livres, on doit compléter cette somme an moyen d'autres ressources; il lègue aux Templiers et aux Hospitaliers ses chevaux, palefrois et sommiers ; il enjoint de vendre son lit et ses vêtements et d'en distribuer le prix aux pauvres ; de donner sa chapelle au monastère qu'il se proposait de fonder, ou, s'il n*avait pu réaliser son dessein, d'employer le prix de cette chapeUe à la construction du monastère projeté ; et il recommande à ses exécuteurs testamentaires de veiller à l'accomplissement du vœu qu'il avait fait à cet égard, pour la réparation du tort que lui-même, ses parents et son fils Mathieu auraient pu causer involontairement à autrui, et des dommages qu'il avait commis, avec ses soldats, en foulant les blés et les récoltes des laboureurs. Enfin, il fait différents legs à la plupart dé ses enfants, et règle, avec le soin le plus minutieux^ tout ce qiU
J concerne Texécution des nombreoses dispositions con
dans son testament (1).
Ferri 111 n*avait pas attendu les approches de la morl 8*occaper de fondations pieuses. En 1261, il avait const couvent des Frères-Mineurs de Neufchàteau; en 1280, il ei élevé un autre dans la même ville pour les Clarisses, et 1 en avait été consacrée, en 1300, par Tévêque Jean de S Quand les Dominicains voulurent s'établir à Toul, il leui en toute propriété une vaste maison qu'il possédait dan! ville ; il autorisa des religieuses du même ordre à crc couvent dans un lieu appelé autrefois Marleru et aujourd' Madeleine, à peu de distance de Saint- Nicolas, et, qu< ! années plus tard, il leur donna l'ancien Château du(
I Nancy (2), que ces religieuses habitèrent jusqu'au momi
•i la Révolution. Les nouveaux ordres monastiques ne fure:
les seuls qui eurent part à ces libéralités, et en 1275, il 1 donation à l'abbaye de Beaupré, et confirma une autre doi faite antérieurement à la même abbaye par son aïeule, Agi Bar (3).
Ferri 111, qui était fort pieux, publia, le jour de la f< H] sainte Agathe (5 février; 1289, un édit prohibant les blasp]
et jurements, « à peine d'avoir le fer chaud au front » (/ autre édit promulgué le même jour, ou pour mieux dir autre disposition de l'acte précédent, interdisait la vent offices et bénéfices. « Pour avoir cogneu, disait le duc, plu « abusions en nostre pays, tant en justice que bonne e
(1) Le testament de Ferri III est imprimé dans Calmet, t. II, Preuv, col. dxlvj-di.
(2) V. Hugo, ouv. cité, p. xcvij et xcviij.
(3) y. Calmet, ibid., col. 348; Y. aussi Hugo, ibid., col cy.
(4) V. HogêyiWejDictionnaire historique des ordonnances trà?unaitx de la Lorraine et du Barrois^ t. I, p. 103.
€ police, et, comme avons entendu que plusieurs de nos
€ vassaux font un marchié publicque et de griefves exactions c sur les offices et bénéfices, nous défendons aussi très-espéciac lement toutes brigues, menéez et monopoles qu'on a faict et « pourroit avoir faict pour avoir lesdicts offices et dignitez, et c que les susdicts offices ne soient plus vénables ou temps qui c vient ; et en outre si défendons que nuls ne procurent aucun c bénéfice pour argent pour leurs enfants, sous peine de grosse c amende, et d'encourir nostre couroux et indignation trèsc grande (1). »
Marguerite de Navarre, femme de Ferri III, vécut jusqu'en 1310, d'après une tradition qui s'était conservée dans le monastère des Dominicaines ou Dames-Prêcheresses de Nancy. Elle reçut la sépulture dans l'église de ce couvent ; son tombeau était placé sous une arcade pratiquée dans la muraille méridionale du cbœur ; la duchesse était représentée couchée et les mains jointes ; elle était vêtue d'une longue robe peinte en rouge et d'un manteau d'hermine ; elle avait la ièie couverte d'une coiffe qui ne laissait apercevoir que la partie antérieure du visage, et aucune inscription n'accompagnait le tombeau ; mais l'écu de Navarre que l'on avait sculpté à Vintrados de l'arcade suffisait pour rappeler le nom de la princesse (2).
Elle avait eu de Ferri un assez grand nombre d'enfants, dont plusieurs lui survécurent. Nous avons déjà mentionné l'aîné, qui succéda à son père sous le nom de Thiébaut II ; le second, appelé Mathieu, fut sire de Belrouart, château près de Raonl'Étape ; il avait épousé Alix, fille de Thiébaut comte de Bar, et se noya par accident en 1281 ou 1282. Les autres enfants de Ferri et de Marguerite étaient : Ferri prévôt de Saint-Dié,
(1) V. idem, ibid., t. II, p. 192.
V. Lionnais, Hist» des villes vieille et neuve de Nancy p. 268.
seigneur de Plombières, de Brémonconrt et d'Einvaux (1) ; Jean, qui porta le titre de comte de Toul, mourut en 1306, et fut enterré dans le cloître de Beaupré ; Nicolas, sur lequel on ne possède que peu de renseignements ; Isabelle, qui épousa en premières noces Louis, fils de Louis de Bavière, comte-palatin du Rbin, et en secondes noces Henri III, comte de Vaudémont (elle mourut seulement en 1335 et reçut la sépulture dans Téglise collégiale de Vaudémont, qu'elle avait fondée, avec son mari, dix années auparavant) ; Catherine, femme de Conrad, fils du comte de Fribourg ; et enfin Agnès, qui entra dit- on, comme religieuse, dans le monastère de Longchamp, auprès de Paris. On a donné encore à Ferri deux autres filles : Marguerite, dont on ne connaît que le nom, et Agnès, qui aurait épousé Jean II baron d*Harcourt ; mais il ne semble pas prouvé que ces deux princesses aient fait partie de la famille ducale.
(1) Nous pensons que ce prince est le Ferri de Lorraine qui fat élu évoque d'Orléans, vers la fin du XIII« siècle, mais qui ne prit pas possession de ce siège. Ferri mourut en 1299 selon les uns, en 1312 selon les autres, et fut inhumé à Beaupré.