‹ Histoire de Lorraine (volume 3)Chapitre 6 sur 11 · THIÉBAUT II · texte numérisé non relu

THIÉBAUT II

Au moment où Fcn*i III descendit dans la tombe, son fils aine Thiébaut II avait, depuis nombre d*années, atteint Tâge viril. Il avait épousé, vers 1281 ou 1282, Isabelle fille de Huon, sire de Rumigny, qui était mort depuis quelque temps. Le duc et la duchesse de Lorraine donnèrent à leur fils une dot de six milles livres tournois, pour sûreté de laquelle ils engagèrent la ville de Neufchàteau, Montfort, Châtenoy et autres lieux qui relevaient de la Champagne. Il fut stipulé, dans le contrat, que si Thiébaut mourait avant son père et laissait un enfant mâle, le jeune prince succéderait au duché, attendu que tels étaient

c li us et la coustume dou pais » ; et Ferri s'engagea à faire

attester Texistence de cet usage par les comtes de Juliers, de

Salm, de Castres, de Deux-Ponts, de Linange, et par le sire de

Blàmont (1). Peu de temps après, Ferri III, qui n'aimait pas à

reconnaître la suzeraineté de la Champagne, céda, en toute

propriété, à son fils Thiébaut, Neufchâteau et les autres lieux

sur lesquels sa dot avait été assignée ; et Thiébaut devint vassal

de la Champagne, ou pour mieux dire de Philippe-le-Bel qui

épousa rhéritière de cette province. Il parait que le fils de

Ferri fit quelques difficultés pour se reconnaître homme-lige du

roi de France ; Dom Calmet a même cru que Philippe, dans

Tespérance d'attacher fortement à ses intérêts les Lorrains, dont

les secours pouvaient lui être utiles, ne s'était pas montré fort

exigeant sur cet article, et avait accordé à Thiébaut, vers

Tannée 1298, des lettres par lesquelles il renonçait à ses droits

sur Neufch&teau et sur les autres villes de la mouvance, lettres

qui n'auraient pas eu d'effet, faute d'enregistrement. Mais Dom

Calmet s'est trompé, et ce qui le prouve c'est qu'au mois de

juin 1300, Thiébaut fit ses reprises entre les mains du roi de

France, en qualité de mari de la comtesse (2). A cette occasion,

Philippe donna à son vassal des lettres^ où il déclarait que

toutes les difficultés qui pourraient s'élever entre lui, les

bourgeois de Neufchâteau et le prince lorrain seraient jugées

aux Assises d'Andelot, et en appel aux Grands-Jours de Troyes.

Il s'engageait à ne pas recevoir en Champagne les sujets de

Thiébaut qui voudraient abandonner ses domaines, ou du moins

lui reconnaissait le droit de saisir et de confisquer les biens des

émigrés. Enfin, il lui permettait de tenir à Neufchâteau des

(1) Ce contrat a été publié par Calmet, Hist.f t. II, Preuv, col. dxi^-dxv.

(2) V. Notice, t. II, col. 1)84.

Juifs et des Lombards, selon la coutume, et d'y frapper des monnaies qui n'auraient pas cours en France (1).

Philippe lui fit bientôt sentir d'une autre manière que le titre d'homme-lige n'était pas un vain mot. Le roi, qui luttait alors contre les Flamands, enjoignit à Thiébaut de lui amener son contingent, et le vassal se hâta d'obéir, 11 prit part, le 11 juillet 1302, à la bataille de Courtray, où l'armée française fut complètement défaite. Au rapport d'un chroniqueur lorrain (2), le prince ayant aperçu dans la mêlée un soldat français qui s'était dégagé d'une troupe de Flamands, par lesquels il avait été entouré, et qui avait ensuite tué deux ou trois de ses ennemis avec leurs propres armes, le prince, disons-nous, fut si charmé de la valeur de ce soldat, qu'il mit pied à terre, l'embrassa et lui donna une agrafe de rubis qu'il portait sur son armure. Le courage que Thiébaut montra dans cette sanglante bataille ne l'empêcha pas de partager le sort de la plupart des seigneurs qui servaient dans l'armée de Philippe ; il fut pris et conduit à Lille. Les Flamands offrirent de lui rendre la liberté moyennant une rançon de six mille livres de petits tournois, et, pour réunir cette somme, Ferri III fut obligé d'engager plusieurs de ses domaines ; Isabelle de Rumigny engagea elle-même les terres de Martigny et de Bures, et fit le voyage de Flandre pour y porter la rançon de Thiébaut (3).

L'année suivante, ce prince monta sur le trône, mais les commencements de son règne ne furent pas tranquilles. Ferri III avait déjà, soit avant, soit après son enlèvement, porté de rudes atteintes aux privilèges de la noblesse, et Thiébaut se hâta de

(1) V. un vidimus des lettres de Philippe dans le Trésor des Chartes, layettes Neufchastel et Chastenoy, I, n? 10.

(2) Paul Qervais cité par Ghevrier, t. II, p. 95.

(3) V. Galmet, Sist., t. II, col. 428 et 429 ; Histoire des comtes de Flandre ji4squ'à Vavénemsnt de la maison de Bourgogne^ par M. Edward Le Glay, t. II, p. 242.

rimiter. Les exemples, et peut-être les conseils de Philippe-le- Bel, lui avaient fait prendre la résolution d'amoindrir autant que possible, la puissance de rAncienne Chevalerie ; il était d'ailleurs « quand estoit jeune,... fort enclin à suivre conseils que disoient c que luy duisoit (convenait) estre le maistre... > Il publia une ordonnance c que deffendoit à tout chascun noble, ayant chastel c et fief, d'armer est et ferroirie de guerroiement, sous quel « tiltre ou prétexte ce fust, sans qu'il (le duc) l'ait consentit. La c susdicte ordonnance fut ensuivie d'aultres, et fut dict que li < jugement des sieurs qu'estoient de la Chevalerie ne seroit « tenu, ne gardé, si, comme avoit voulu faire es reigne d'avant, c que li jugement ait deu estre mis en la boche (bouche) du Duc « qui seroit, ni sans qu'à li jugement ait mis son seel et vou- « loir... (1) » Ces mesures opéraient une révolution complète dans la constitution de la Lorraine ; prohiber les guerres privées et n'accorder de valeur aux jugements rendus par le tribunal des Assises que s'ils étaient ratifiés par le duc, c'était enlever aux nobles toute l'influence dont ils avaient joui depuis la création du duché (2). Aussi Thierriat ajoute-t-il que « les gentils- « hommes furent grandement esbahis et courroucez »; ils ne s'en tirent pas là ; la plupart se concertèrent, prirent les armes et déclarèrent la guerre à Thiébaut. Le duc avait prévu ce qui devait arriver et se disposait à étoufiFer la révolte. Avec une armée composée de ses propres vassaux, et de beaucoup de ces mercenaires dont le métier était de louer leur courage à ceux qui en avaient besoin , il marcha contre les nobles , les rencontra près de Lunéville, leur livra bataille et remporta la victoire. Son autorité n'éprouva plus désormais aucune résis-

(1) V. Mémoires de Thierriat^ règne de Thiébaut II, dans le recueil cité.

(2) On a vu toutefois, dans le chapitre IV du livre III, que Ferri III avait porté de graves atteintes au pouvoir de la Chevalerie et à la juridiction des Assises.

tance ; il commença par châtier ses adversaires ; les uns furent bannis ; d'autres obtinrent la permission de rester, mais virent démanteler les forteresses où ils avaient cherché un asile (1). Il profita aussi de sa victoire pour publier de nouvelles ordonnances, qui achevèrent d'abaisser les nobles ; il leur défendit d'assigner le champ pour des duels sans son consentement, et leur interdit de punir de mort ou de bannir leurs vassaux avant d'avoir obtenu son approbation. Pour prévenir toute tentative de révolte, il disposa que le gentilhomme accusé d'avoir ourdi quelque trame contre la personne ou les prérogatives du prince traiterait avec celui-ci du rachat de sa vie, ou payerait dix milles livres de petits tournois et perdrait son fief (2).

Peu de mois avaient suffi au duc pour mettre son autorité à l'abri de toute contestation, et, dès l'année 130il, nous le retrouvons dans l'armée que Philippe-le-Bel conduisait contre les Flamands, pour réparer le désastre de Courtray ; on peut conjecturer que l'empressement de Thiébaut n'était pas tout-à-fait volontaire, et que le roi lui avait intimé l'ordre de le suivre ; il paraît cependant qu'une sorte d'amitié s'était formée entre Philippe et le duc, et il est possible que ce dernier sentiment ait déterminé Thiébaut à conduire des secours à son puissant voisin. Quoiqu'il en soit, le duc se distingua à la journée de Mons-en-Puelle, et contribua par sa valeur au gain de cette bataille, qui fut livrée le 18 août 130il. Quelque temps après, il négocia, de concert avec le duc de Brabant et le comte de Savoie, une trêve qui mit fin à ces sanglantes hostilités, et qui fut, l'année suivante, convertie en traité définitif (3).

Philippe-le-Bel retourna triomphant à Paris, puis se rendit

(1) V, Calmet, Hist,, t. II, col. 429. On n'a que bien peu de détails sur cet intéressant épisode de nos annales.

(2) V. Coupures de Boumon, régne de Thiébaut II, dans le recueil cité.

(3) y. Galmet, ibid., col. 429-481.

en Lorraine peu après, dans le but apparent de fiure une visite d'amitié à Thiébaut II. Celui-ci ne négligea rien pour recevoir son suzerain de la manière la plus convenable ; « furent maintes « festoiries en la ville de Nancy, où furent joustes, coursiers et c luiteurs, avec grand nombre de ménestrels, festes, feux, c armemens et simulachres de guerre, dont fut le roi en grande c joie et satisfaction (1) ». Mais, malgré ces beaux dehors de confiance et d'intimité, Philippe nourrissait toujours le projet d'agrandir ses états du côté de la Lorraine. En 1289, 1291 et 1301, le chapitre de la cathédrale deloul avait, moyennant une redevance, placé ses domaines sous la protection du roi. En 1300, les bourgeois de cette ville s'étaient mis également sous sa garde (2). Vers le même temps, en 1301, Pierre du Bois, avocat du roi au bailliage de Coutances, présentait à Philippe, qui l'agréait, un livre dans lequel étaient indiquées toutes les mesures à prendre pour assujettir les pays voisins de la France, et notamment le duché de Lorraine (3). « S'il est vrai, disait « l'auteur, que Votre Majesté ait acquis récemment et se propose « de conserver le souverain domaine du royaume d'Arles, et des « terres situées en deçà du Rhin et de la Lombardie, depuis la c mer du midi jusqu'à celle du nord, comme il y a là une c quantité de duchés, de comtés et de provinces dont les habi- « tants furent toujours belliqueux, et tellement habitués aux « combats que la guerre est pour eux une chose naturelle, dont a ils n'ont aucune crainte, les fils et les descendants de ceux

(1) V. Thioppat, Mémoires.

(2) V. Calmet, Notice, t. II, col. 635 et 636.

(3) Cet ôuvpage intitulé : Summaria brevis et compendiosa doctrina felicis expeditionis et abbreviationis guerrarum ac litium regni Francorum, est contenu dans le manuscpit 6222. C. do la bibliothèque impépiale {olim 2128. 1. et 10316). M. N. de Wailly en a donné une excellente notice dans les Mémoires de l'Académie des inscpiptions et belles-lettpes, t. XVIll, seconde paptie, p. 435 et suiv.

f qui ont succombé, loin d'être corrigés par la mort de leurs c ancêtres, ne craindront pas d* exciter des guerres et des sédic tions, et ils ne s'arrêteront pas à moins d*j être contraints c par des moyens nouveaux et terribles. Cet opuscule a c été entrepris pour fournir au roi le moyen de conserver sa c conquête et d'en faire d'autres plus importantes. ...

Pour entrer en matière , l'auteur suppose que le duc de Lorraine refuse d'obéir au roi (1). «On l'exhortera d'abord à ren- « trer dans le devoir ; ensuite on s'adressera aux grands barons c du duché, et on leur déclarera que, s'ils se montrent rebelles, on ravagera leurs terres, et qu'ils seront punis dans leurs biens et dans leurs personnes. Mais, tant qu'ils ne verront pas exécuter ces menaces, ils n'y croiront pas et n'y feront aucune attention ; il vaut mieux en effet qu'on se borne à les énoncer en termes généraux (2). Après ces préliminaires, le roi enverra sur les terres de Lorraine, au moment où les blés commencent à mûrir, une armée nombreuse de cavaliers et de fantassins, qui se présentera devant les villes et les forteresses. Si les garnisons refusent d'en ouvrir les portes ou d'accepter immédiatement le combat qui leur sera offert en rase campagne, on arrachera les vignes et les arbres fruitiers, on brûlera les moissons dans tout le territoire. Mais la vie des hommes sera épargnée, à moins qu'ils ne deviennent agresseurs ; et, dans ce cas même, si la nécessité n'oblige pas d'en agir autrement, on se contentera de leur couper une main et un pied pour ne pas précipiter leurs âmes dans l'enfer. Quelques précautions sont nécessaires pour assurer le succès de cette tactique nouvelle. Le roi fera disposer les forteresses les plus voisines du duché pour y transporter les grains, les animaux et les récoltes dont on aura dépouillé la terre enne-

« mie. L'armée royale, en se retirant, laissera dans ces forte- « resses des garnisons suffisantes pour garder les routes et les ff passages qui conduisent au duché, afin d'intercepter toutes c les communications et de réduire à la famine le duc et tout c son peuple. Quant aux habitants et aux seigneurs des contrées c voisines, on leur défendra expressément, sous peine de s*ex- « poser à une pareille dévastation, de fournir des vivres aux < vaincus, de les recevoir ou de leur donner passage. La famine c les réduira donc à l'obéissance, et l'on n'aura pas à se reproc cher la mort de leurs âmes. Ce n'est pas tout : cette punition « exemplaire leur ôtera pour toujours l'esprit de rébellion ; et, « comme elle inspirera aussi aux autres peuples une crainte c salutaire, le roi, après avoir reçu de ses ennemis des gages c de soumission, pourra travailler hardiment à subjuguer les « autres nations (1). » Mais une autre objection se présentait. Pourra-t-on ravager un duché aussi étendu sans rencontrer de résistance, et sans être entraîné à faire la guerre par les moyens ordinaires? L'auteur reconnaît que cela est possible, mais non vraisemblable. « Comment croire en effet que le duc de « Lorraine osât braver une armée qu'aucun prince vivant, s'il « jouit de son bon sens, n'aurait la hardiesse d'attendre en rase c campagne ? Mais si le duc était assez présomptueux pour ne « pas fuir devant de pareilles forces, il faudrait donner cours à « la justice et exécuter la sentence de l'Ëcriture : Celui qui « n'obéira pas au prince mourra. A plus forte raison, celui qui « s'efforce de le tuer ou de vaincre son armée (2). »

Pendant que Philippe-le-Bel, aveuglé par son ambition, se laissait ainsi présenter ces projets dictés par la servilité, la démence et l'hypocrisie, Thiébaut II écoutait docilement ses

(2) V. fo 5 v« Mous avons emprunté à M. N. de Wailly cette traduction et cette analyse.

conseils, et, suivant les exemples fâcheux donnés par le roi, cédait à la tentation de toucher aux affaires spirituelles. Une ordonnance, publiée à cette époque, règle que c moines ou moc niales qu'aujont en couvent et closture passé et demouré « anniversaire d'an et journée, n'auront puissance ny oncques « avoir droict en hoiries de quoy ce feust, ne apporter troubles « en biens et loyalles prinses et reprinses qu'auront faictes c siens ». La même ordonnance disposait que toute femme qui aurait pris le voile sans faire de vœu, et le quitterait pour se marier, perdrait tous ses biens et serait punie à la volonté du prince (1).

Thiébaut partit pour Paris bientôt après, dans un but que nous ne connaissons pas, et il s*y trouvait encore lorsque le roi apprit l'élection du pape Clément V. Philippe se rendit à Lyon, pour assister au couronnement du souverain-pontife, et engagea le duc de Lorraine à raccompagner. La cérémonie eut lieu le 1& novembre 1305, et on sait que cette journée fut signalée par un grand malheur ; au moment où le cortège revenait de Téglise primatiale, un mur, sur lequel une foule de personnes étaient montées, s*écroula tout-à-coup et écrasa, dans sa chute, plusieurs gentilshommes, le frère du pape et le duc de Bretagne ; d'autres furent blessés dangereusement, et le duc de Lorraine eut une jambe et un bras cassés.

Quand il fut complètement rétabli, il revint dans ses états pour les défendre contre une agression subite. Le comte de Vaudémont, Henri III, petit-fils du comte Henri I*', que Ferri III avait autrefois expulsé, déclara la guerre à Thiébaut, en 1306, et pénétra dans la Lorraine avec six cents hommes. On ne s'attendait pas à cette incursion, dont les motifs sont restés dans l'ombre, et aucun préparatif n'avait été fait pour la repousser. Le comte n'osa insulter la ville de Nancy, mais il en ravagea les

(1) V. Coupiêres de Boumon, lègne de Thiébaut H,

tleniours et incendia les riUages de Tandoesnc^ Loiib, Tille et Champigneulles. Le due, foienx de tdît tnîler de la 8<Mte les environs de sa capitalr^ ramil des tioapcs à la kite, entra dans le comté de Yandémoiit ci le défasta. Pcndatt ce temps, Henri ID continnait ses dqmdatîons dans la Lamine ; il était à Rémâ:éville,^lor8qQeTliiébaatTint Ini offrir le combat ; Henri, qoi avait reçn des renforts, l'accepta et défit les Lornins ; pen de jonrs après, le dnc vonlot prendre sa rennche ei , attaqua de rechef le comte près de Pnlligny ; mias il fnt tnttn me seconde fois et fat même blessé. Malgré ces AtwL aTsntages, Henri aurait fini par succomber sans Tinterrention d'Othon de Granson, érèque de Toul. Le prélat, désirant empêcher une nouyelle effusion de sang, engagea les deux prinees à fure la paix (an. 1306), et le comte obtint la main d'Isabelle, fille de Ferri 111, qui avait épousé en premières noces le fils du comtepalatin (1).

Ce fnt également en 1306 que se tint Tasemblée de G>lomb^, dans laquelle fut décidée une question importante au sujet de la succession au duché. Thiébaut U avait plusieurs en&nts, et la difficulté qui fat résolue dans rassemblée dont il s'agit ne pouvait être alors soulevée ; néanmoins le prince désirait prendre des précautions [pour l'avenir. On a cm que la réunion de Colombey avait été convoquée dans le but spécial que le duc avait en vue (2) ; c'est une erreur ; la réunion n'était autre chose qu'une session ordinaire des États, à laquelle les nobles seuls et les prélats avaient le droit de participer. Il parait qu'il ne s'y trouva d'autre prélat que l'évêque de Toul, Othon de Granson ; mais les nobles y étaient en grand nombre, et malgré l'assertion

(1) y, Calmet, Eist., t. II, col. 432.

(2) Telle paraît être l'opinion de Chevrier (V. p. 82). Cet écrivain s'eùit trompé en affirmant, d'après Louis d'Harauconrt, que l'assem* blée avait eu lieu à Neufehâteau, et non à Colombey.

de Chevrier qui n'en compte qu'une vingtaine, les mots alii complures placés, dans le diplôme donné par Tévêque, après les noms et les titres des principaux seigneurs ne permettent aucun doute à cet égard. Sur la proposition du prince, et, après une mûre délibération, les États déclarèrent, le samedi 27 août, que, d'après l'usage constamment suivi en Lorraine (1), si le fils d'un duc venait à mourir avant son père, et qu'il laiss&t des enfants légitimes, garçons ou filles, ces enfants devaient succéder au duché, à l'exclusion de tout autre héritier, et même de leurs oncles. Les nobles ne se bornèrent pas à constater la coutume, ils prirent l'engagement formel de la faire observer (2). Leur décision, sur laquelle nous aurons plus tard l'occasion de revenir, établissait deux points importants : la reconnaissance de la représentation ou du droit de succession dans la ligne directe, et la faculté pour les femmes d'hériter de la couronne, même quand la famille ducale comptait des princes plus rapprochés de l'auteur commun. Cette dernière partie de la déclaration était d'autant plus nécessaire que le contrat de mariage de Thiébaut, rédigé vingt-cinq ans auparavant, semblait appeler les mâles seuls à la succession ducale, lorsque le fils aîné du prince régnant mourait avant celui-ci.

L'année suivante, la guerre éclata entre Thiébaut II et l'évèque de Metz, Renaud de Bar, pour un motif assez singulier. Le pape Clément Y, désirant contribuer au succès des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalcm, qui avaient entrepris la conquête de l'ile de Rhodes, fit lever des décimes dans toute la Chrétienté ; et, comme il avait eu occasion de connaître le duc de Lorraine à

(1) Le cas ne 8*était pas encore présenté dans la Maison ducale, mais il 8*était offert bien des fois dans les successions des principales familles nobles.

(2) L*acte dont il s*agit a été publié par le P. Vignier, ouv. cit6, p. 149 et 150.

Lyon, il le chargea de procéder à cette opération délicate dans son duché, ainsi que dans les petites seigneuries voisines. L*éyêque de Metz fut offensé de voir un laïc chargé de lever des décimes sur les biens ecclésiastiques. Thiébaut paraît avoir été un homme assez entreprenant et assez vif; il outrepassa probablement les instructions du souverain-pontife, ne se renferma pas dans les limites de la commission qui lui avait été donnée, et refusa d'écouter les remontrances et les observations du prélat. Malgré la résistance de Renaud, il exigea la décime des églises appartenant au temporel de Tévêché ; Tanimosité ne tarda pas à s'en mêler, et Tévêque, s'imaginant, peut-être avec raison, que le duc cherchait à le molester, lui déclara la guerre (1) et appela à son aide Edouard I*', comte de Bar, qui était son neveu, et Nicolas, comte de Salm. Pendant que les Lorrains prenaient le château de Warmerange, qu'ils détruisirent, Renaud attaqua Lunéville, s'en empara et l'abandonna au pillage. Tournant ensuite ses armes d'un autre côté, il forma le siège du château de Frouard, vers la fin du mois d'octobre 1308. Le duc, qui ne voulait pas laisser tomber entre les mains de ses ennemis, une place aussi importante, marcha contre eux ; il venait d'être renforcé par le contingent que lui avait amené le sire de Blàmont, et il arriva près de Frouard le jeudi 7 novembre. Les assiégeants, prévenus de son approcboche s'étaient rangés en bataille, dans la plaine qui s'étend jusqu'au confluent de la Moselle et de la Meurthe, et dans un vallon faisant suite à cette plaine, et qu'on nommait le champ de Saint-Martin^e-Bel. Thiébaut, dont les

(1) Une copie manuscrite, citée par Dom Calmet {Notice, t. 1, col. 269 et 270), raconte différemment Torigine de cette guerre. Elle rapporte que Tévêque de Metz accusa Thiébaut d'avoir frauduleusement détourné à sou profit une partie des décimes levées par lui, et que le duc commença les hostilités pour tirer vengeance de ce qu'il appelait une calomnie. Ce récit ne manque pas de vraisemblance, mais l'autre est plus autorisé.

troupes étaient bien inférieures en nombre, eut d'abord regret de s*être avancé avec une telle précipitation ; mais, ses adversaires lui ayant donné le temps de se reconnaître, il eut recours h une manœuvre qui lui réussit. Gagnant aussitôt la crête de la colline qui s*élevait sur sa gauche, il obligea Tennemi à changer son ordre de bataille et se procura à lui-même Tavantage du terrain. Puis, au moment où Tarmée du comte de Bar et de Tévêque commençaient à gravir la hauteur sur laquelle se trouvaient les Lorrains, Thiébaut fît mettre pied à terre à sa cavalerie, qui ne lui était d*aucun secours, et commanda à ses soldats de faire rouler sur les assaillants plusieurs quartiers de rocher, et quantité de grosses pierres amoncelées sur le bord du plateau. Les Messins et les Barrisiens^ surpris par cette espèce d'avalanche, rompirent leurs rangs et reculèrent en désordre ; beaucoup même furent écrasés ou blessés par le choc des rochers que Ton précipitait sur eux. Les Lorrains, prenant à leui* tour ToDensive, descendirent dans le vallon et achevèrent la déroute de leurs ennemis. Deux cents au moins étaient restés sur la place; les autres s'enfuirent et quelques-uns se noyèrent en traversant la Moselle et la Meurthe. Les comtes de Bar et de Salm et divers gentilshommes furent faits prisionniers. L'évèque de Metz consterné de cette défaite, proposa au vainqueur d'entrer en accommodement et le supplia de mettre les deux comtes en liberté ; le duc consentit à confier à des arbitres le jugement de la querelle, mais refusa de relâcher ses prisonniers et les tint même étroitement enfermés. Les prétentions réciproques des parties rendirent l'arrangement très-difficile ; les négociations traînèrent en longueur ; Thiébaut mourut avant leur conclusion définitive, et le traité ne fut ratifié que sous le règne de son successeur (1) ; cependant un accord provisionnel concernant certains points en

(1) V. Calmet, Sist., t. II, col. 484, 435 et 447; Chevrier, p. 85-92.

litige fut arrêté, le dimanche h juillet 1311, par les arbitres, Érard de Bar, sire de Pierrepont, et Jean I", comte de Salm, oncle du comte de Salm qui avait été pris à Frouard. Les arbitres ordonnèrent à l'évèque et à Thiébaut de relâcher réciproquement leurs prisonniers sans en exiger de rançons, et de restituer à quelques particuliers les biens qui leur avaient été enlevés ; ils déclarèrent qu'ils ne statueraient pas avant le 15 août au sujet des indemnités réclamées pour la destruction du château de Warmerange (1) ; quant à la décime, cause ou prétexte de cette guerre, le duc avait continué à en faire la collecte jusqu'au moment où la prise de Rhodes la rendit inutile.

Quoique ce prince ait entretenu de fréquents rapports avec la France, il ne laissa pas de prendre part aux affaires de l'Empire. En 1308, Albert d'Autriche avait été assassiné par son neveu, Jean de Souabe,et le 29 novembre, les électeurs choisirent pour roi des Romains Henri, comte de Luxembourg, qui régna sous le nom de Henri Vil. Thiébaut se rendit en Allemagne, à cette occasion, et assista au couronnement du roi, qui se fit à Aix-la-Chapelle, le 6 janvier 1309. Henri s' étant mis en route pour l'Italie, l'année suivante, le duc voulut l'accompagner et nomma, pour administrer le duché pendant son absence, un conseil de régence composé de Jacques de Germiny, archidiacre deVosge, et de cinq gentilshommes. Arrivé à Milan, le duc tomba malade, et, se croyant empoisonné à dessein ou par accident, revint en Lorraine. Sa santé lui permettant de se livrer encore à quelque travail, il veilla, de concert avec Jean d'Azillières, évèque de Toul, à la levée d'une décime que le pape avait accordée au roi des Romains (2), Il conclut aussi un traité avec Jean d'Arzilières au sujet de la garde de la ville de Toul. Henri VII,

(1) V. le titre de ce jugement arbitral^ dans Vigoier, ibid., p*

(S) Y. Calmet, Eist.f t II^ coL 485 ot 486.

poar récompenser Thiébaut de rattachement qa*il lui avait montré, avait donné au duc la garde de cette ville et prescrit aux bourgeois de lui obéir ; mais Tévéque, craignant qu'une pareille concession ne lui causât plus tard de grands embarras, persuada à Thiébaut d'y renoncer pour se contenter d'une pension annuelle de cent livres ; et, comme les bourgeois manifestaient des appréhensions, le duc les rassura, promit de respecter leurs libertés, et jura d'être leur protecteur en toute circonstance (1).

11 était en ce moment très-occupé d'une querelle dont les suites pouvaient être désagréables. Les bourgeois de Neufchùteau, que les habitudes de négoce rendaient plus difficiles que d'autres sur la valeur intrinsèque des signes monétaires, imputèrent au duc d'avoir altéré les monnaies. Le reproche n'était pas dépourvu de vraisemblance, car on pouvait supposer que Thiébaut avait cédé à la tentation d'imiter le roi. On sait que Philippe était digne de servir de modèle sous ce rapport, et on connaît les moyens qu'il mit en œuvre pour augmenter ses revenus. < Gens de Neuf-Chasteau, qu'avoient en conseil, c raconte Thierriat, maints chevaliers des plus grands, porc tèrent plainte et accusation contre Monseigneur, disant € qu'avoit mis force cuivre es ses monnoies, et qu'argent de luy « n'estoit que faux. Parquoy luy donnoient en leurs discours le « renom qu'estoit mal loyal et faux monnoienx* De ce Monsei- « gneur le Duc fut outrecuidé, détestant la malice des susdicts c accusateurs, dont vint en son âme grande haine et désir de < vengeance à l' encontre d'iceux (2). t La colère de Thiébaut /

était d'autant plus excusable que l'assertion des Neufchàtelois ne reposait sur aucune base solide. « Les monnaies qui nous c restent de ce duc, écrit Mory d'Elvange^ déposent en sa

(1) V. Benoît, Hist. de Toul. p, 471 et 473.

(2) Y. Mémoires f ibid.

c faveur. L'argent en est très-bon et très-au-dessus du titre de c la plupart de celles que Ton trouve en France dans les mêmes « années (1). »

Les bourgeois de Neufchfcteau, non contents de porter contre Thiébaut une accusation injuste, se rendirent coupables de sédition (2), et ce prince en fit arrêter plusieurs, entre autres Wiriet, Humbelot et Le Petit principaux auteurs de ces troubles; mais les bourgeois s'adressèrent aussitôt à Louis-le-Hutin, qui, après ]a mort de la reine Jeanne, avait pris possession du comté de Champagne. Louis, ou pour mieux dire son père, Philippe-le- Bel, qui conservait l'administration du comté, somma le duc de réparer les torts dont se plaignaient les habitants de Neufchâ^ . teau. Sur le refus de Thiébaut, Philippe, a^ssant au nom de*son fils, ordonna d'instruire l'affaire au criminel (3) et enjoignit aux sires de Joinville, des Barres, dcMenois, de Vienne et autres d'entrer en Lorraine pour forcer le duc à donner satisfaction au comte de Champagne (&). Ils pénétrèrent jusque dans les environs de Damey ; en même temps, le roi fit occuper militairement la ville de Neufchàteau, et Dom Calmet rapporte que ce prince mit en liberté les bourgeois que Thiébaut avait fait emprisonner (5). Le duc de Lorraine, ne se sentant pas en état de résister, fit des propositions d'arrangement; et Gaucher de Châtillon, comte de Porcien et connétable de France, fut le négociateur du traité, conclu le 13 janvier 1312. Le duc promit

(l) V. Recueil pour servir à C histoire métallique des Maisons et Duchés de Lorraine et de Bar, règne de Thiébaut II, ma. de la bibl. publ. de Nancy, n» 27.

. (2) V. Hugo, Traité sur l'origine de la Maison de Lorraine, p. 124etl25 ; Mopy d'Elvange, liecueilpour servira Vhist. métallique, etc., règne de Ferri IV.

(3) V.Hugo, ibid., p. 125.

(4) V. Calmet, Hist., col. 437.

(5) V. idem. Notice, t. H, col. 125.

Qi^indemniser les Neufchàtelois, et, pour sûreté de rengagement, s'obligea à remettre au fils du roi les forteresses de Montfort, de Frouard et de Châtenoy, dans lesquelles devaient être placées des garnisons champenoises. Il était également stipulé qu*il y aurait une suspension d'armes depuis le 13 janvier jusqu'à la Pentecôte ; aussitôt après cette fête, Thiébaut irait, sous la garde du connétable, prêter foi et hommage au comte de Champagne pour NeufchiUeau et les autres lieux que nous venons de mentionner, et le comte retirerait les garnisons qu'il aurait envoyées à Châtenoy, à Frouard et à Montfort (1). On verra tout-à-rheure pourquoi le traité ne fut pas exécuté.

Cette affaire n'était pas la seule qui tourmentât Thiébaut dépuis son retour d'Italie. La suppression des Templiers, résolue dès Tannée 1308, fut effectuée bientôt après. Au moment où éclata l'orage, les Templiers de Lorraine furent poursuivis, mais avec bien moins de rigueur qu'en France. On commença contre eux une procédure ; il n'en résulta aucune charge grave, et l'inquisiteur des Trois-Evéchés manda à Philippe-le-Bel qu'il n'avait rien découvert qui pût servir de base à une accusation, et que l'interrogatoire qu'il avait fait subir à plusieurs Chevaliers n'avait révélé, relativement à leur réception dans l'ordre, aucune circonstance suspecte. En 1310, un concile provincial, réuni à Trêves, prononça une sentence d'absolution, après avoir entendu dix-sept témoins, qui furent tous favorables aux inculpés (2). Cependant, il est question de Templiers lorrains et barrisiens dans l'interrogatoire subi à Paris, devant les commissaires pontificaux, par le grand-maître, Jacques de Molay, et deux cent trente-un Chevaliers ou frères-servants, et il n'est que

(1) Un des originaux de ce traité se trouve au Trésor des chartes, layotte Neufchastel et Chastenoy, l, u? 13.

(2) V. Histoire critique et apologétique de tordre des Chevaliers du Temple de Jérusalem, dits Templiers, par le P. M. Jeune, t. II, p. 253.

trop probable, d'après cet interrogatoire, que les crimes imputés aux Templiers français étaient communs aux Chevaliers lorrains (1). Quoiqu'il en soit, le décret prononcé par le pape Qément V, au concile de Vienne, reçut, peu de temps après, son exécution dans notre pays. Les Templiers de Metz furent dispersés, et leurs biens partagés entre les Hospitaliers et les Chevaliers Teutoniques (2). Ceux de Verdun eurent le même sort; leurs domaines furent donnés aux Hospitaliers ; et, quant à leur maison, qu'ils avaient cessé d'entretenir d'une manière convenable, elle était, depuis Tannée 1302, en la possession des religieux deTabbaye de Chàtillon (3). On n'a pas de renseignements positifs sur le sort des Templiers lorrains. Si l'on ajoutait foi à une vie manuscrite de Thiébaut II, citée par Dom Calmet, et hVEpitome des Gestes des soixante trois Ducz de Lorraine, etc., par le P. Jean d'Aulcy, Thiébaut aurait jeté en prison et fait périr beaucoup de ces Cheveliers (4). Mais les deux ouvrages dont il s'agit ne méritent pas assez de confiance pour que l'on s'en rapporte aveuglément à leurs récits ; et il est beaucoup plus vraisemblable que dans la Lorraine, comme dans le Barrois, on se borna à chasser les Templiers de leurs maisons. Il paraît toutefois que certains Templiers lorrains partagèrent le malheureux sort des Chevaliers français. Ils s'étaient réfugiés dans le Temple de Brouvelieures, situé aux milieu des montagnes des Vosges, et où ils espéraient probablement demeurer oubliés. Si les renseignements dont s'est servi M. Gravier sont exacts, le Temple fut cerné de nuit, en 1313, et les assaillants, y ayant pénétré, massa-

(1) V. Procès des Templiers (dans la Collection de documents inédits sur Vhistoire de France), t. I, p. 499, 500, 527, 586, 630 et 631.

(2) V. Les Chroniques de la ville de Metz, p. 37.

(3) V. Roussel, Hist, de Yerdun, p. cviij.

(4) Ces exécutions remonteraient à Tannée 1311 et seraient antérieures au décret de Clément V.

crèrent les habitants, pillèrent la maison et la rasèrent complètement (1). En Lorraine, les Hospitaliers ou Chevaliers de Rhodes héritèrent, comme à Metz et à Verdun, des biens qui avaient appartenu à l'ordre supprimé. Les Temples de Virrecourt, de Lunéville, de Norroy, de Xugney, de libdeau, de Gélucourt et plusieurs autres furent de ce nombre ; quelques-uns retournèrent aux familles de leurs fondateurs (2).

Le duc de Lorraine n'avait pas vu la fin du procès des Templiers ; la maladie de langueur dont ce prince avait été attaqué en Italie n'avait cessé de faire des progrès, et il mourut le 13 mai 1312. Il avait fondé, en 1308, l'église collégiale de Damcy. Cette église, placée sous l'invocation de saint Nicolas, était dessenie par un doyen et douze chanoines séculiers, auxquels le duc assigna des revenus considérables à Darney, Bleurville, Belrupt, Dombasle, Valois et Dommartin. Il réserva, tant pour lui que pour ses successeurs, le droit de nommer les chanoines, permit à ceux-ci d'élire leur doyen, et d'acquérir des biensfonds en Lorraine jusqu'à la valeur de deux cents livres de rentes, et leur imposa l'obligation de prêter serment de fidélité au duc régnant (3). Dom Calmet croit que Thiébaut faisait sa résidence ordinaire à Darney (4) ; le prince a pu y demeurer quelquefois, mais le soin qu'il prit d'embellir les châteaux de Nancy et d'Einville prouve qu'il les habitait souvent.

(1) Y. Histoire de la ville èpiscopaU et de V arrondissement de

impuissance

voit, dit-on, quelques raines du Temple, à deux ou trois kilomètres de Brouvelieures, dans la forêt de Frémifontaine.

(2) Y. Notice sur Quelques établissements de tordre de Saint- Jean, etc., par M. H, Lepage, p. 41, 44, 48-51, 53 et 56.

(3) Y. le titre de fondation, dans Calmet, Hist,, t. Il, Preuves^ col. dlviij-dlxj.

(4) V. Notice, t. I, col. 808.

Le duc avait dicté son testament le 2& avril 1312 ; après avoir recommandé de payer ses dettes et d'indemniser les personnes qu^il avait lésées, il fit des legs plus ou moins importants aux chapitres de Saint-Dié et de Damey ; il laisse quarante livres de petits tournois àsir Jeban, son chapelain ; trente livres à Mahuet, son clerc; une maison située à Porcieux à Jacquemin le bai*bier, « en guerdon dou service qu'il m'a fait », dit le duc ; dix livres monnaie de Tonl à Jehan, Pierson et Thomassin ses trois chambellans, et vingt livres à Pierson le panetier. Suit une longue liste de legs pour différentes églises et plusieurs monastères, eiitre autres l'abbaye de Bouzonville, les Cordeliers de Neufchàteau, de Toul et de Verdun, les Dominicains de Verdun, de Toul et de Metz, les Dames-Prècheresses de Metz et de Nancy, etc. Le duc ordonne de réparer le dommage qu'il avait causé à l'abbaye de Chaumouzey, en détruisant le moulin qu'elle possédait à Art-sur-Meui-the ; il choisit sa sépulture dans l'abbaye de Beaupré, enjoint à ses exécuteurs testamentaires de lui faire élever un tombeau du prix de cent livres tournois, et donne à l'abbaye cinq cents livres de petits tournois, ses palefrois et son lit^ à condition de chanter chaque jour une messe pour le repos de son âme et de celles de ses prédécesseurs. Enfin, il prend toutes les mesures propres à assurer l'accomplissement de ses dernières volontés ; a et, se mes hoirs (mon fils) empaechoit la saisine ne « l'esséculion de mon testament, je le mes, dit-il, sous le péril « de l'âme de li, et que Dieus li piust demander au jour du ju- « gement, ensi com à cheluy qui m'aureroit failli de foy et de « promesse ».

Un codicille, rédigé le 2 mai, onze jours seulement avant la mort deThiébaut, renferme quelques dispositions supplémentaires assez intéressantes. Le duc prescrit de remettre quatre cents livres de petits tournois à un « vaillans homs », qui devra se rendre en Orient pour le repos des âmes de Ferri III et de Thiébaut lui-même ; il recommande de restituer à leurs légitimes

propriétaires plusieurs héritages dont il s'était emparé pour agrandir les parcs de ses châteaux de Nancy et d'Einville, et il ordonne « que totes les mauvaises costumes qui estoient eslec véez en son tans soient rappeléez et mises à niant ». Il indique ensuite d'une manière particulière deux de ces coutumes, mais en termes tellement obscures qu'il est assez difficile de savoir ce que le duc voulait exprimer. La première phrase semble dire que les Lorrains pourront à l'avenir payer « lor tailles et lor rentes » avec toutes espèces de monnaies, tandis que, pendant le règne de Thiébaut, il n'était permis de faire ces paiements qu'avec les monnaies dont le cours avait été autorisé dans le duché. La seconde phrase, qui n'est guère plus claire, prouve que le duc, arrivé au terme de sa canière, se repentait de la conduite qu'il avait tenue à l'égard de la noblesse ; il ne lui rend pas cependant tous les privilèges dont il l'avait dépouillée, mais il parait déclarer qu'à l'avenir l'exercice des droits de justice appartenant aux gentilshommes ne sera plus subordonné au bon plaisir du prince, et que leurs jugements n'auront plus besoin, pour leur validité, d'être revêtus du placet ducal (1).

Le testament de Thiébaut mentionne quelques-uns de ses enfants. Isabelle de Rumigny, sa femme, lui en donna sept, et et même huit, si l'on en croit le P. d'Aulcy et le P. Benoit. L'aîné de ces princes était Ferri, dont nous allons raconter la vie ; le second nommé Mathieu, qui épousa, en 1311, Mathilde fille de Robert 111, comte de Flandre (2), fut seigneur de Teintru, du ban de Sapt et de Passavant, et mourut sans postérité ; Hugues, troisième fils de Thiébaut, eut les seigneuries de Rumigny et de Boves, se maria, en 1317, avec Marguerite dame de Beaumetz (2), et ne laissa pas d'enfants. Thiébaut avait quatre

(1) Le testament et le codicile de Thiébaut II sont impr'méidans Vignier, p. 150-152, et dans Hugo, p. cvj-cxij.

(2) V. Martène, Thésaurus anecdot., t. III, col. 418.

filles : Marie, femme de Guy de Châtillon, seigneur de la Fèreen-Tardenois et fils de Gaucher de Ch&tillon, connétable de France ; Marguerite, mariée, en 1311, à Louis Y comte de Chinj; Isabelle, épouse d'Érard de Bar, sire de Pierrepont, un des arbitres chargés de prononcer sur les différends qui s'étaient élevés entre le duc de Lorraine et l'évèque Metz ; et Agnès, qui apporta le comté de Bitche en dot à Éberhard comte de Deux-Ponts (2). D*oà l'on voit que Thiébaut imita le funeste exemple donné par quelques-uns de ses prédécesseurs, qui, pour doter leurs enfants, avaient démembré le duché de Lorraine et aliéné des portions considérables de leurs états.

(1) Son contrat de mariage se trouve dans Vignier, p. 159.

(2) Y. Benoît, Origine de la Maison de Lorraine, p. 322.

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