FRANÇOIS 1*' (1544 KT
François I*%né le 15 février 1517, avait un peu plus de vingtsept ans lorsqu'il monta sur le trône ; il était par conséquent en â^e de gouverner par lui-même, et tout faisait espérer aux Lorrains que le règne de ce prince serait la continuation du règne d'Antoine, et que l'on retrouverait chez le fils les vertus que l'on avait admirées chez le père. Celui-ci avait eu soin de faire donner à son héritier l'éducation à la fois la plus brillante et la plus solide, et, vers l'année 1532, le roi de France avait demandé que l'on envoyât à sa cour le jeune prince, dont il était parrain, en sorte que ce dernier fut élevé auprès du dauphin, qui lui témoigna toujours beaucoup d'amitié. Le marquis de Pont-à-Mousson (tel est le titre que portait le fils d'Antoine) demeura en France six ou sept ans et ne revint en Lorraine qu'en 1539, lorsqu'il fut question de son union avec Christine de Danemark (1). Plusieurs années auparavant, le duc de Lorraine avait désiré lui faire épouser Anne fille de Jean II, duc de Clèves et comte de la Marck. Les négociations entamées dans
(l) V. Du Boullay,La vie et trespaSj etc.
ce but avaient réussi (1) ; mais Anne et François étaient encore si jeunes à cette époque, que Ton ne pouvait raisonnablement songer à les marier; plus tard les événements empêchèrent la réalisation du projet d'Antoine, et la princesse devint la femme du roi d'Angleterre Henri VIII, qui la répudia bientôt après.
Le nouveau duc n'eut pas plustôt donné les ordres nécessaires pour que le corps de son père fût déposé dans la collégiale Saint-Maxe, qu'il se dirigea vers Metz, où l'Empereur était arrivé dès le 6 juin (2). Charles V réunissait, près de cette ville et dans le Luxembourg, une armée nombreuse, à la tète de laquelle il espérait pénétrer jusque dans le cœur de la France. Ferdinand de Gonzague, un de ses généraux, qui venait de reprendre Luxembourg, dont les Français s'étaient emparés de rechef l'année précédente, reçut ordre d'assiéger Commercy, où le duc de Guise avait fait entrer une garnison française, et la ville de Ligny où s'étaient enfermés le comte de Brienne (3), plusieurs gentilshommes, quinze cents hommes d'infanterie et cinquante gendarmes. Commercy, que Gonzague attaqua d'abord, opposa une vigoureuse résistance, mais la place n'était pas capable de tenir plus longtemps contre une armée ; elle se rendit, et les Impériaux y commirent de grands désordres ; les halles furent incendiées, les tours du château démantelées, le pont de pierres démoli et qnantité de maisons saccagées et détruites (4). Ligny n'eut pas un meilleur sort ; le comte de
(1) V. Hugo, Traité histor. et erit,, p. 213. Il cite les Registres à Tappui de son récit et veut indiquer le cartulaire du Trésor des chartes ; malheureusement le renvoi est trop vague pour que Ton puisse découvrir ce qui concerne les négociations d'Antoine. Les t'ibles du Cartulaire n'en font aucune mention, mais on trouvait dans la layette GrueldreSj u<» 20, une liasse de pièces relatives à cette affaire.
(2) V. Les Chron. de Metz, p. 863.
(3) Il était soigneur de Ligny.
(4) V. Hist, de Commercy, par M. Dûment, t. I, p. 348-350.
Brienne, voyant que rartillerie avait pratiqué une brèche dans la muraille, demanda à capituler ; mais il se garda si mal pendant les pourparlers que les Impériaux entrèrent dans le château par surprise, et les Français se trouvèrent trop heureux de mettre bas les armes à condition d'avoir la vie sauve. On les conduisit les uns en Flandre, les autres en Allemagne, et la ville fut abandonnée au pillage, le 2 juillet.
Quand Charles eut appris cet heureux succès, il quitta Metz, visita Pont-à-Mousson et se présenta devant Toul, le 11 du même mois; les magistrats lui apportèrent les clés de la ville, et révêqne Toussaint d'Hocédy vint le recevoir, à la tète du clergé et le conduisit dans le palais épiscopal, où TEmpereur demeura jusqu'au lendemain.il était accompagné de son neveu Tarchidnc Maximilien, du prince d'Orange, de beaucoup de seigneurs, et d'un corps d'armée qui commit bien des excès dans les lieux qu'il traversa (1). Le temporel de Metz et celui de Toul, qui faisait partie de l'Empire, n'eurent pas seuls à souffrir du passage des troupes impériales, et celles-ci ne ménagèrent pas d'avantage les duchés de Lorraine et de Bar, malgré la neutralité de ces deux pays. Antoine, prévoyant ce qui allait arriver et sachant bien qu'en pareille circonstance un cordon militaire est plus utile que les promesses des souverains et que les ordres des généraux, Antoine, disons-nous, avait assemblé les États dans sa capitale, au mois d'avril précédent, et leur avait fait remontrer que la lutte entre l'Empereur et le roi de France exposait la Lorraine à être foulée par les gens de guerre, et qu'il importait de prendre des mesures efficaces pour prévenir leurs déprédations. Les États s'empressèrent d'adopter les propositions du prince ; <ic assavoir, lit-on dans le résultat , que « pour ceste fois tant seulement l'on lèvera quelque nombre de « gens de pied et de chevaulx pour mettre es lieux les plus « convenables es dict pays, et ainsy que trouvé sera estre requis,
(1) V. Benoit. Eist. de Toul, p. 631 et 632.
c selon roccasioQ da temps et nécessité des affaires. Et seront c lesdicts gens de pied et de chevaulx entretenuz et soldojez le « temps et espace de quattre moys commenceans au moys de « mai, juing, juillet et aoust prochainement ven ans, et conti- « nuans jusque > au mois de septembre jusques après ensuivant, c Poarquoy satisfaire et fournir au payement desdicts soulards c se lèvera, pour chascun mois durant ledict temps, sur les c subjectsdu domaine et snr les subjects des... prélats, comtes, c bai'ons et la chevallerie, la somme de neuf gros par chascun c desdicts quattre mois, laquelle somme sera imposée et gectée c par les esleus et déléguez desdicts prélats, comtes et susdicte c chevallerie, avec un clerc des finances pour adjoinct aux comte missaires députez pour veoir (et) nombrer les feuz en chascun « bailliaige... (1) »
Heureusement pour la Lorraine, TEmpereur était pressé d'entrer en Champagne. Ses troupes y pénétrèrent dès les premiers jours de juillet et formèrent le siège de Saint-Dizier, qui était défendu pai* Louis de Beuil, comte de Sancerre et par le capitaine de la Lande. Le 17, René de Châlon, prince d'Orange et gendre du duc Antoine, fut blessé d*un éclat de pierre et mourut le lendemain. Cet événement funeste causa un profond chagrin à la famile ducale, et le cœur de René ayant été déposé dans la collégiale Saint-Maxe, François fit placer sur le mausolée une statue représentant la mort (2), et que Ton regarde comme un des plus beaux ouvrages du sculpteur Ligier Richier de Saint-MibieL
L'Empereur était encore arrêté devant Saint-Dizier, qui résista pendant plus de six semaines, lorsqu'il vit entrer le duc de Lorraine. Le jeune prince, fidèle à la politique adoptée par
(1) La bibl. publ. de Nancy possède une copie authentique de ce résultat. On remarquera que les deux premiers ordres furent seuln convoqués pour la session.
(2) Ou plutôt un cadavre à moitié dévoré par les vers.
son père, venait proposer sa médiation à Charles V. Celui-ci rayant acceptée, François écrivit au roi pour l'instruire de sa démarche, en reçut une réponse favorable et s'achemina vers Tabbaye de Notre-Dame d'Avenay, dans laquelle le monarque lui avait donné rendez-vous ; mais il n'alla pas au-delà d'Épemay, car il fut attaqué dans cette ville d'une indisposition tellement grave, qu'il fut forcé de se retirer dans le château de Bar, oii il se mit entre les mains des médecins. De là, il dépêcha des courriers au Roi et à l'Empereur, pour leur faire connaître sa maladie et les prier de l'excuser s'il ne poursuivait pas la négociation qu'il avait entreprise (1).
La fatigue des paities belligérantes amena, bientôt après, la paix que le duc de Lorraine aurait voulu rétablir, et des conférences s'ouvrirent, vers le mois de septembre, à Crespy près de Laon. Pierre du Chat el et, abbé de Saint-Martin et le héraut d'armes Émond du Boullay furent chargés par François de se rendre dans cette ville pour veiller à ce que les intérêts de la Lorraine ne fussent pas oubliés. 11 obtint la restitution de Stenay, que son père s'était vu contraint, comme nous l'avons dit plus haut, de céder au roi de France, moyennant une compensation qui n'avait pas été donnée. Le roi s'était engagé à remettre au duc non-seulement la place elle-même, mais encore l'acte de cession; toutefois, il chercha mille prétextes pour se dispenser de tenir sa promesse ; il rasa les fortifications qu'il avait construites et même une partie des anciennes murailles; il demanda que le duc lui « fit ouverture (de la ville), toutes les « fois qu'il lui plairoit, pour faire parachever le surplus que « reste à démolir », et il fallut de nouvelles négociations pour obtenir une restitution pure et simple (2).
(1) V. Du Boullay, La vie et trespas, etc. Ce fat Emond du Boullay que le duc chargea d'aller trouver le roi pour lui demander une entrevue.
(2) V. cinq pièces relatives à cette affaire dans Calmet, ibid col. cccc-ccccv.
La Lorrain», qui n'avait pas eu à se louer de la discipline des Impériaux lorsqu'ils se dirigeaient vers la Champagne, en souffrit davantage encore à leur retour. Aussitôt après la conclusion de la paix, TEmpereur licencia la plus grande partie de son ai*mée, et les Allemands traversèrent notre pays pour s'en retourner chez eux. Une bande de sept mille lansquenets forma le projet de piller le bourg de Saint-Nicolas. Ces étrangers en avaient entendu vanter l'opulence et espéraient y faire un riche butin, mais ils avaient compté sans la vigilance de François, qui, à peine guéri de la maladie dont nous avons parlé, se mit à la tête de sa noblesse et des troupes composant le cordon, poursuivit les lansquenets et les contraignit à sortir de la Lorraine plus vite qu'ils ne l'auraient désiré. Ce fut, selon toutes les probabilités, une bande, semblable qui voulut, peu de temps après, s'emparer du château de Void, afin défaire ensuite acheter chèrement son départ. Un chanoine de Toul, qui s'était enfermé dans cette forteresse avec une poignée de soldats, se défendit si bien que les assaillants furent obligés de renoncer à leur entreprise (1).
Le passage des Allemands, pour la plupart luthériens, exposa notre patrie à un autre danger, et le duc craignit, non sans raison, qu'ils n'eussent fait quelques prosélytes. Pour y remédier, il promulgua, dans les derniers jours du mois de septembre 1 5/1/1, un édit qui renouvelait les dispositions des ordonnances publiées le 26 décembre 1523 et 13 octobie 1539 (2).
Le calme ne fut entièrement rétabli que dans les premiers mois de l'année 15&5, et François en profita pour prendre solennellement possession de la Lorraine. Dans ce but, il convoqua les États-Généraux dans la capitale, à la fin de mars ou vers le
(1) V. Benoît, Hist, de Toul, p. 634. Le P. Benoît assure que Void fut attaqué par ordre de Charles V, qui voulait faire de ce château un poste d'observation sur la frontière de Champagne.
(2) V. Rogéville, Dict. des Ordonn., etc., t. I, p. 565.
commencement d'avril. Quand il se présenta devant la porte Saint-Nicolas, il trouva les trois Ordres qui venaient à sa rencontre, et il fut harangué par Pierre du Chàtelet, obbé de Saint- Martin ; il prêta le serinent ordinaire et fut ensuite conduit processionneilement à la collégiale Saint-Georges; en un mot, on accomplit toutes les cérémonies dont noua avons précédemment donné le détail {1). Peu de jours apiés, il leloraba malade; ses médecins, Antoine Champier et Nicolas le Pois, loi conseillèrent de changer d'air, et il se rendit dans le châtean de Blàmont, où il restii environ trois semaines, sans éprouver aucun soulagement. On appela des médecins célèbres, entre autres. Bouquet, Morlet et Geoffroy; mais, malgré le concours de tant d'habiles praticiens, le mal ne lit qu'empirer. On demanda des consultations ans Facultés de Paris, de Louvain, etc. ; au milieu d'avis fort divergents, on crut deviner que la majorité se prononçait pour l'usage des bains de Plombières, et François se fit porter sur une chaise à bras dans la ville (If Remiremont, assez voisine de l'établissement thermal que noDS venons de nommer. Tous les jours, on amenait à Remiremont des tonneaux remplis d'eau puisée aux sources de Plombières, et le duc prit des bains jusqu'au h juin, sans que la douleui' diminuât; le 10 du même mois, la position du prince empii tellerafnt qu'on le crut sur le point de rendi e l'esprit. Le main cependant, il se trouva miîux, reçut les sacrements, di< quelques dispositions testamentaires, et reco'umanda ses enfant à son frère Nicolas, évèque de Metz, il expira le 12, à quatre heures après midi. Il n'avait pas encore accompli sa huitième année et ne survécut à son père que trois cent soixantetrois jours (2). Ses biographes ne fournissent pas beaucoup lumière sur la natura de la maladie qui l'emporta, maison
(1) V. Du Boullaj, La vie et tretpas, etc.
(2; V. Du Boulisy, ibîi].
a lieu de croire qu'il succomba à use série d'attaques d'apoplexie.
Ses entrailles furent inhumées dans l'église abbatiale de Remiremont, et son corps fut déposé dans la collégiale de Deneuvre, où l'on célébra des semces funèbres pendant trois jours. On remit la cérémonie des obsèques au mois d'août de l'année suivante, parce que la peste régnait dans plusieurs yiUes, que les princes de la Maison de Lorraine étaient absents, et que la duchesse douairière était fort avancée dans sa grossesse. En effet, trois mois après la mort de son mari, elle mit au monde une fille, qui reçut le nom de Dorothée. François laissait deux antres enfants : un prince âgé de trois ans, qui fut le gi*and duc Charles lll,et une princesse appelée Renée,qui épousa Guillaume, fils d'Albert III, duc de Bavière.
Dom Calmet a consacré dix colonnes de son ouvrage à la description des funérailles de François (1), et quoique les détails dans lesquels il est entré ne soient pas dépourvus d'intérêt, il nous est impossible de les reproduire ici ; nous aurons, d'ailleurs, occasion de revenir sur ce sujet, et nous ferons seulement observer que le fils d'Antoine est le premier duc de Lorraine dont on ait prononcé l'oraison funèbre. Pierre CaroH, docteur en théologie, remplit cette tâche, mais son discours ne nous ost pas parvenu (2). Chevrier, dont le soin principal est de dénigrer l'abbé de Senones, ajoute que les personnes c qui aiment à s'instruire t apprendront (dans le récit du Bénédictin) que le prince avoit c des gants riches, des bas cramoisis et des souliers de velours c blanc » (3).
Le cardinal de Lorraine et le duc de Guise ne survécurent pas
(1) V. t. II, col. 1277-1287.
(2) V. Chevrier, Hist. de Lorr,, p. 138.
(3) V. ibid., p. 139. V. aussi les fragments des Mémoires de Thierriat, règne de François l"*
longtemps à leur neveu. Le cardinal, qui passa presque toute sa vie en France, y mourut le 18 mai 1559; mais on rapporta son corps en Lorraine, et il fut enterré dans l'église des Cordeliers de Nancy, avec des cérémonies dont le roi d'armes, Edmond du Boullay, nous a conservé la description (1). Créé coadjuteur de Metz en 1501, Jean devint évèque de cette ville en 1505, après le décès de Henri de Lorraine-Vaudémont ; il obtint révêché de Toul en 1517 et eut ensuite, à la fois ou successivement, les archevêchés de Lyon, de Reims et de Narbonne ; les évèchés de Verdun, de Térouanne, d'Alby, de Luçon et de Valence, ainsi que les abbayes de Marmoutier, de Cluny, de Gorze et de Fécamp. Il fit toujours, au reste, le meilleur emploi des immenses revenus de ses bénéfices, encouragea les savants par des largesses et contribua au progrès des lettres et des sciences.
Le duc de Guise avait précédé son frère dans la tombe (12 avril 1550); sa vie est trop connue pour que nous tentions même de l'esquisser, et nous nous contenterons de rappeler que ce prince, habile et brave, fut, grâce aux services qu'il rendit à la France, le véritable auteur de la puissance de sa famille, que l'on vit s'élever pour ainsi dire jusqu'au trône, pendant la seconde moitié d^i^VI* siècle.
(1) V. Le catholicque enterrement de feu Monsieur le Reueren^ dissime et Illustrissime Cardinal de Lorraine^ etc.; Paris, Jehan d'Allier et Lazare Grenet, petit iiL-8<>.