BARROIS
Bailliage de Bar vii»". ix* . xxxiv (7934).
Bailliage de Clermont ii"».iiii' .iiii''^. xvij (2497).
Bailliage de Bassigny iiii™. xix (4019).
Bailliage de Sainct-Mihiel x"». v'' . Ixvi (10566).
Somme toute pour le Barrois xxv». vi (25006).
Somme toute liii»". vi'' . xxxvij , com-
prins les franches gens.
(1) V. aux Archives du département de la Meurthe, le compte du Domaine de Nancy pour Tannée 1521-1522.
{^) V. notamment, aux mêmes archives, le compte des Deux-deville de Nancy pour 1541-1542, et le compte du receveur de la même ville pour 1590.
(3) Layette, États-Oénéraux , I, n« 21.
Ainsi, sons le règne d'Antoine, les duchés de Lon*aine et de Bar ne contenaient que cinquante- trois mille six cent trente-sept conduits imposables ; en multipliant ce nombre par six, qui est une moyenne convenable pour le XVP sièclB, on obtient trois cent vingt-un mille huit cent vingt-deux habitants ; et, si on y joint, comme on le doit, les clergés séculier et régulier, la noblesse et les indigents, on arrive à peine à quatre cent mille âmes (1).
Ce que nous savons relativement à la population de différentes villes lorraines est entièrement d'accord avec le document officiel dont l'extrait vient d'être produit. Nancy, était toujours une petite ville, et son enceinte n'avait reçu aucune augmentation depuis les sièges de 1475 et 1476. Vers l'année 1540, Mirecourt, chef-lieu du bailliage de Vosge, n'avait que trois cent cinquante feux, c'est-à-dire un peu plus de mille habitants (2). 11 est bon de rappeler, en passant, que la faiblesse de la population ne peut être attribuée à la misère et à l'émigration, qui en est la compagne ; la paix fut rarement troublée pendant la seconde partie du règne de René, et pendant les règnes d'Antoine et de François I", et les Lorrains n'eurent pas ou presque pas à souffrir des maux que la guerre entraine à sa suite. D'un autre côté, Volcyr affirme que le pays se suffisait à lui-même, et l'historiographe présente à l'appui de son assertion, un tableau complet des productions de la Lorraine.
Une des causes qui empêchèrent la population urbaine de prendre un grand accroissement fut une déclaration d'Antoine, lequel, pour ne pas mécontenter la noblesse, défendit de recevoir les vassaux de celle-ci dans les villes, à moins qu'ils ne
(1) Il est bon cependant de faire observer que fréquemment on réunissait deux ou trois familles peu aisées pour former un conduit. Mais aussi un homme opulent payait seul plusieurs cotes.
(2) C'est ce qui résulte d'une lettre du B. P. Fourier, en date du 20 septembre 1620. V., à la bibl. publ. de Nancy, le recueil ms. des lettres du B., vol. III, t. II.
demeurassent sujets de leurs seigneurs (1). Toutefois, et malgré ces obstacles, plusieurs villes et bourgs virent augmenter considérablement leur importance, et, en 1519, rélecteur-palatin Louis-le-Pacifique fonda, sur la frontière orientale du duché, Phalsbourg (2), qui fut plus tard réuni à la Lorraine (3). D'autres villes s'embellirent et améliorèrent leur police; en 1506, on pava les rues de Pont-à-Mousson pour la première fois (4); en 1595, on agrandit la place Saint-Epvre de Nancy, et l'on établit au milieu une belle fontaine, environnée d'un bassin de forme hexagone, et surmontée de la statue équestre de René II (5). En li97, les Quatre-de-ville, qui étaient, concurremment avec le prévôt, chargés de la police dans la capitale de la Lorraine, mirent à exécution un règlement assez étendu et renfermant des dispositions fort sages, dont quelques-unes soat.:;malheureusement tombées en désuétude, sur la taxe du pain, sur la vente et la sophistication des vins; l'achat du blé, de l'avoine, du poisson, des œufs, du fromage et des autres victuailles ; la garde des portes, le guet, l'arrosement et le balayage des rues ; la surveillance des hôtelleries, l'entretien des fortifications, etc. Un des articles du règlement, et ce n'est pas le moins curieux, concerne le droit de havage perçu par le bourreau sur les denrées que l'on apportait au marché de Nancy, droit dont l'acquittement se constatait au moyen d'une marque à la craie tracée par le maître des hautes-œuvres sur l'épaule des vendeurs. Un autre article confiait aux Quatre-de-ville « le régime et gouvernement « de l'hospital Saint-Julien j», dont ils devaient toucher c les « cens et rentes, tant de bled et d'argent que d'aultres biens,
(1) V. Layette États-Oénéraux , n» 33, B.
(2) Ou bourg du Palatin.
(3) V. Calmet, Notice, t. II, col. 195.
(4; V. idem, ibid., col 224.
continuât, de la Chron. de Lorr., dans Calmet, Hist,^ Preuves y col. cxv.
(5) V. la t. III, Preu
€ pour les despartir à Tusaige des pauvres, selon la fondation »• Nous ferons remarquer, à cette occasion, que le XVI" siècle vit naître bien peu d'hôpitaux, et nous ne pourrions guère citer que celui de Blénod-lès-Toul, doté par Tévèque Hugues des Hazards (1) ; mais les anciens hospices furent maintenus et reçurent une organisation plus régulière. On avait' même conservé les léproseries construites pendant les siècles précédents, et l'on y enfermait encore les lépreux, dont le nombre était assez considérable (2). Enfin, 'un troisième article du règlement de 1497 attribuait aux Quatre-de- Ville la surveillance des corps de métiers (3). Ces associations avaient fini par embrasser la généralité des arts mécaniques, et même les professions libérales. Il n'est pas jusqu'aux ménétriers qui ne formassent une corporation,et,en l&90,René II,«surlesplaintesquiluiavoiont esté faites € des abus glissez dans ses estats et pays par l'ignorance des € temps dans l'art et mestier de joueur de violon et aultres ins- € truments, desquels il arrivoit de grands inconvéniens », avait établi c ung mestre dudict mestier, avec pouvoir de créer des € lieutenans particuliers partout où besoin seroit, pour réprimer c les abus et les mulcter d'une amende de quarante sous » ; et le même édit défendait aux joueurs de violon, etc., de jouer sans avoir été hantez (k) par le maître ou un de ses lieutenants, à peine de vingt sous d'amende et de confiscation des instruments, et fixait le droit de han à sept florins du Rhin, moitié pour la corporation, et moitié pour le duc (5).
(1) V. Notice sur le bowrg de Blénod-lès-loul, par M. l'abbé Gnillanme, p. 102.
(2) V. Calmet. Notice, t. II, col. 236.
(3) V. le texte du règlement, dans Lionnois, Hist. de Nancy, t. II, p. 49-55.
(4) Hanté signifie admis dans le han ou la corporation.
(5) Y. Essai chron. sur les mœurs, coutumes et usages anciens, etc., par M. Richard, p. 44.
Dans quelques villes, comme Nancy, Bar (1), Saint-Nicolas, la corporation la plus importante était celle des merciers ou marchands. La pluplart n*étaient qne des débitants établis à poste fixe, mais plusieurs entretenaient des relations étendues et entreprenaient de longs voyages pour se trouver aux foires de 1.1 France, de TAllemagne et des Bays-Bas. En H84, le sire de A'ergy fit saisir et « destronsser, entre Chaalon et Beaulne, cera tains marchans. . . de Lorraine, au retour de la foire de Lion, « sous umbre du différent qui estoit entre Monsieur de Lorraine « et lui, pour raison de la seigneurie de Baffremont » (2). René prit sur-le-champ les mesures nécessaires pour faire rendre à ces négociants non-seulement la liberté, mais encore leurs marchandises; et le duc Antoine, non content de veiller à la sécurité des Lorrains que leurs affaires conduisaient à l'étranger, protégea les commerçants contre une espèce de corsaires plus dangereux que les voleurs de grand chemin, en fixant l'intérêt à cinq pour cent et en prohibant les prêts usuraires (3).
Une partie des marchandises que les Lorrains allaient porter dans les foires étaient des produits de notre pays. Sans revenir sur ce que nous avons dit, dans un chapitre précédent, relativement aux nombreuses verreries des environs de Darney, nous devons faire observer que ces manufactures se mnltiplièrent d'une manière étonnante pendant la première moitié du XVI' siècle. Les layettes Darney et les registres des Lettresp.itentes ne renferment pas moins de vingt pièces autorisant
(1) Oa lit dans une ordonnance du 1«' octobre 1520 que la ville de Bar renfermait des <x gens mécbaniques et marchands publics « très riches et puissana ». V. Kogéville, Dict. des ordon,, etc., t. I, p. 596.
(2) V. Procès-verbaux des séances du conseil de régence du roi Charles VllL pendant les mois d*août 1484 à janvier 1485, publiés par M. A. Bernier, p. 14, 188 et 189.
(3) V. sur cette matière une ordonnance du 1«' avril 1536, dans le Recueil de C.-F. Reboucher, ms. de la bibl. de M. Beaupré.
rétablissement de verreries ûouvelles ou contenant ascensement de verreries déjà existantes, lé tout dans la période comprise entre les années 1501 et 1563. D'autres usines de même nature furent créées sur la lisière de la forêt d'Argonne, et les verriers, animés par la concurrence, perfectionnèrent leurs ouvrages et ne se bornèrent plus à fabriquer des objets de peu de valeur. Volcyr a consacré un chapitre entier (le quatrième) de son Traité des singularitez du Parc d'honneur (1) à la description de cette industrie, qui était arrivée à son plus haut point de prospérité. « Les voirrières, dit-4l, sont par tous les c quantons dudict parc d'honneur, à grosse abondance et « diverses espèces de besongnes, comme premièrement appert « es bois d'Argonne, au bailliage de Cléremont, près des limites € de Champagne en Gaulle, là où Ton faict de plusieurs sortes « de voirres fins en la semblance de christallins, et d'autres « voirres communs, autant que l'on sçauroit soubhaicter; et « pour chose nouvelle veue de nostre temps, au lieu du Pont-à- « Mousson, quinziesme jour de juing ou environ, le maistre « voirrier fit présent au prince modérateur dudict parc (2) d'un « crucifix ifiis sur une grande croix de voirre, en grosseur de « la cuisse d'ung homme, accoustré si richement de couleur, « que Ton est oit aveuglé de la beauté et lueur. Joinct sembla- « blement que, à Raon, au pays de Vosgc, et à Saint-Quirin « Ton faict des mirouers qui se transportent par toute la chres- « tienté. Ce que l'on racompte fsicj avoir esté faict au lieu de « Bainville surnommé aux mirouers, assis sur la rive de Mezelle, « entre Charmes et Bayon (3). »
La Lorraine exportait aussi une assez notable quantité de
(1) C'est ainsi que Volcyr désigne souvent la Lorraine.
(2) Le duc Antoine
(3) V. Cronicqtte abrégée Par petits vers huytains des Empereurs, Roys et ducs Daustrasie: Auecqu^s le Quintemier, et singularités du Parc dhonneur^ f» xlv.
papier. Le moulin à papier de Ville-sur-Saulx en Barrois existait dès la seconde moitié du XIV*' siècle, mais ce fut seulement vers 1450 que Ton en vit fonctionner en Lorraine. Les ducs entretenaient à Frouard une papeterie domaniale, qui fournissait à la consommation du palais, de la chambre des comptes, etc. En 1500 ou 1501, des particuliers établirent à Mangonville, près de Bayon, une manufacture pareille, dans laquelle s'approvisionnèrent la Chambre des comptes, les secrétaires du prince, etc. , lorsque la papeterie de Frouard eut été détruite par un débordement de la Moselle. Deux autres papeteries existaient à la même époque. Tune à Baccarat, l'autre à Uxegney, à peu de distance d'Épinal (1).
Les habitants des Vosges continuaient à exploiter les immenses forêts de sapins qui couvrent une partie de cette contrée, et les trains de bois, flottés sur la Meurthe et la Moselle, parvenaient, au rapport de Volcyr, « jusqu'à FOcéan septentrional », grâce à une convention qui, à partir de Tannée 1507, leur permit de traverser la ville de Metz, pour descendre ensuite à Trêves et à Coblentz (2). La Moselle et la Meuse servaient dévoies de transport pour le commerce des vins renommés que la Lorraine et le Barrois produisaient dans les XV* et XVI' siècles. Les environs de Bar, de Pagny et plusieurs autres cantons jouissaient, sous ce rapport, d'une réputation méritée ; cependant, les vins de Champagne et de Bourgogne faisaient, en Lorrains même, une concurrence redoutable aux vins du cru, et, lorsque la récolte était chez nous remarquable au point de vue de la qualité et de la quantité, on prohibait l'entrée des vins étrangers, sous peine
(1) V. Recherches sur V indus trie en Lorraine^ p. M. H. Lepage, chap. II, des papeteries, dans les Mémoires de V Académie de Stanislas pour 1830, p. 4-10.
[2) V. la Chronique de Jean le CMtelain^ dans Calmet, Hist.^ Preuves, col. clv.
(2) t. II,
€ de payer vingt sous tournois pourchascune queue » introduite en fraude (1).
Notre pays faisait ua grand commerce de céréales ; car, selon l'expression de Volcyr, le sol était assez fertile pour fournir à € rentretènement et nourriture des habitants et de leurs voi- € sins ». Il en résultait que, dans les années fertiles, et même ordinaires,on vivait à très-bon marché. Les rivières et les luisseaux dont la Lorraine et le Barrois étaient sillonnés en tous sens, et les innombrables étangs qui couvraient une partie des terrains bas et humides contribuaient à accroître l'abondance, à cause de la quantité de poissons que Ton y péchait. Ce qui faisait dire à Volcyr « que le quaresme sans foison de marée on € passe facilement ». Quelques ruisseaux contenaient des moules perlières, qui étaient devenues l'objet d'un trafic lucratif ; € nous adjouterons, dit le naïf historiographe, que en la rivière € de Voullogne décourant entre Arche et Bruyères, venant du € costé de l'ancienne tour de Perle, se trouvent margarites et c unions que l'on nomme perles de bonne apparence et fines. « Semblablement, par le rapport de gens dignes de créance et « foy, en la rivière de Saille, laquelle passe au travers du lac et «c estang de Lyndre ; sans ce que aux fossez de Nancey en « anroient esté prinses et persées subtilement, moyennant l'art « et invention du feu bon pèlerin Viateur, plus ancien secrétaire « des roys et ducz dudict parc (2); et en y avoit de la grosseur € d'ung pois, lesquelles selon l'advis des orfèvres lapidaires et c maistres ouvriers approchent les orientales (3). » Ces artistes
(1) V., dans Calmet, Hist., t. III, ccclxxzvij, des lettres de René !«' conte
Preuves, col. ccclxxxvcontenant une interdiction de cette nature.
(2) Jean Pèlegrin, chanoine de Toul, mort en 1523. On peut voir aussi» relativement aux perles dé la Vologne, Calmet, Notice, t. II, col. 972.
(8) V. Chran. abrégée, etc., f» xlvij v«.
se servaient aussi, mais seulement pour les ouvrages communs, d'une espèce de calcédoine que Ton rencontrait dans dififérents lieux (1), et particulièrement auprès de Vaudrevange. Cétait également dans les environs de cette petite ville que Ton exploitait une mine d*azur, dont le rapport fut d'abord considérable, malgréja difficulté que présentait l'extraction . Cet azur, recherché par les peintres, s'exportait dans des pays éloignés. Le duc Antoine, « à son retour de Genne et Venise, rencontra, dit « Volcyr, plusieurs marchands parmy les Alpes et plains « (plaines) d'Italie, parlans le langage de son territoire et < dommaine ; leur demandant ce qu'ils mesnoient à gros farce deaux et paquets et de quel pays ils estoient, lesquelz « répondirent qu'ils transportoient de l'azur venant des mynnes ce de Valderfange, où les habitants parloient communément « allemant, rommant ou besin, qui est ung langage entremeslé ce des deux précédens ; dont se donna merveille, à cause qu'il « n'en avoit encores eut la cognoissance, estant pour lors « constitué en jeune aage de adolescence, avec ce qu'il avoit « longtemps fait résidence en la court du très-chrestien roi de « France, Louis XII (2). » C'est, sans doute, l'azur de Vaudrevange que l'on employa pour peindre l'intérieur de quelques églises allemandes, notamment Saint-Géréon de Cologne, et que l'on voit mentionné sous le nom à! azur d'Allemaigne sur des comptes du XI V* siècle extraits des archives de Bourgogne (3).
Les autres mines que l'on exploitait en Lorraine pendant les siècles précédents, et dont nous avons parlé plus d'une fois, continuaient à fournir des produits assez riches. Sous le règne de René II, on ouvrit des galeries nouvelles et l'on reprit des
(1) V. Chron» abrégée, etc., f» xlvij v°.
(2) V. ibid., fo xlix r<».
(3) Nous avons dit que Vaudrevange était le chef-lieu du bailliage d'Allemagne. Les extraits dont nous parlons sont imprimés dans le compte-rendu du congrès archéologique de Dijonr p. 112.
travaux abandonnés depuis longtemps (1). Le géographe Sébastien Munster, qui écrivait pendant le XVI' siècle, dit que les mines du val de Liepvre offraient de la galène, du plomb et du métal argentin, desquels on retirait, par la fonte, de l'argent, du plomb noir et du cuivre. De 1528 à 1558, ajoute-t-il, on a tiré de ces lieux sauvages six mille cinq cents marcs d'argent. 11 y avait alors dans cette vallée et dans les vallons qui l'avoisinent douze usines pour écraser, laver, fondre, départir et afiiner les métaux ; plus de douze 'cents maisons avaient été construites pour loger les mineurs, et la ville de Sainte-Marie s'était augmentée rapidement (2). Pendant la période de dix années, comprise entre 1535 et 1544, le droit que le duc de Lorraine prélevait sur le produit des mines du val de Liepvje monta, tous frais déduits, à la somme de vingt-un mille deux cent cinquante francs un gros et quinze deniers barrois (3). La richesse de cette exploitation devint la cause de plus d'une querelle entré Antoine et divers scigneuis alsaciens. L'archiduc Ferdinand, qui fut empereur après Charles V, manifesta même quelques prétentions sur les mines du val de Liepvre, et le duc de Lorraine fut obligé de lui céder une partie des profits par une transaction conclue le 10 mars 1526 (4).
Les exploitations de la Croix, dans le val de Saint-Dié, n'étaient pas moins abondantes et continuaient à fournir une grande quantité de mincirai d'argent. Dans l'espace de sept années, de 1538 à 1545, on apporta à la monnaie de Nancy neuf mille six cent quatre-vingts marcs d'argent provenant de ces mines, et le
(1) Y. Herquel, Historia Sancti-Deodati, cap. 15, dans Calmet, Hist,, t. III, Preuves, col. cxliij.
(2) V. Sébastien Munster, Cosmographia universalis, p. 432 et suivantes.
(3) V. Trésor des chartes, layette Val de Liepvre, n»» 16 et 18. Le droit du prince étant égal au dixième, le produit total fut d'environ deux cent douze mille cinq cents francs barrois.
(4) V. Rogéville, Diciionn. des Ordonnances, etc., t. Il, p. 90.
droit levé parle prince produisit de 1532 à 1539 la somme de quarantre-trois mille neuf cent- huit francs six deniers barrois. (1).
Volcyr, qui visita les raines des Vosges, fut frappé de la hardiesse des travaux qu*il avait fallu exécuter pour les mettre en rapport, et il a consigné dans son livre l'expression de son étonnement. « Or est, dit-il, que les mynnes d'argent, vers ce orient assises, es haulz monts de Vosge, après avoir reposé « par abondance, peult être, d*eaues incloses illecques, ou par « nonchallance des modérateurs et habitans, Tespace de mille « ans ou plus, ainsi qu'il nous auroit esté dict et racompté au (( dict lieu, auroient depuis nagueres songneusement esté remises « en estât et découvertes par la sollicitude du feu bon roi de « Sicile, René second de ce nom, comme vray monarque souvecc rain, faisant multiplier et accroistre les biens de son domaine, a non sans peine, fraiz, missions, travails et despens ; lesquelles « depuis certain temps en çà, avons été voir avec le bon prince « d'amour et paix (2),. . . et entré dedans par assez longue dis- « tance, où l'on veoit de merveilleux ouvrages, avecques inven- « tions soubz terre et fabricques estranges, par les lieux creux, (( en formes d'arches ; décourant l'eaue et ruisselant de toutes « parts, laquelle distille goutte à goutte des haultz rochiers « jusques à estre amassée dedans les porches mynnières, can- « nales, puys de profondeur espoventable, dont il convient la « tirer et espuyser sans cesse, ou tout l'artifice et structure de « si grosse préparation et appareil périroit incontinent. Mais au « regard de tirer ladicte mynne, et la mener hors des creux des- « dictes montagnes, édiffiées en labeur de mynnes, sur petits « tumbreauxroullans, les mynneurs, ouvriers et tireurs, estan»
(1) Le produit total fut par conséquent de quatre cent trente^ neuf mille quatre-vingts francs barrois.
(2) Le duc Antoine.
€ vestuzde peaux et envelopez assez légièrement de certes habitz c et couvertes, la transportent es forges prochaines, où par c grand artifice et moyen subtil est la transmutation de métaulx. (>, c faicte avec séparation et mixtion d'iceulx (1). » Plusieurs miniatures qui ornent un feuillet du graduel ayant appartenu au chapitre de Saint-Dié (2) représentent, les travaux dont Volcyr vient de nous donner un aperçu, et Ton voit parmi d*autres particularités curieuses , des chariots remplis de minerai et glissant sur des espèces de rails en bois, première ébauche de nos chemins de fer.
Les exploitations du val de Liepvre et de la Croix n'étaient pas les seules que la Lorraine possédât pendant le XVI* siècle ; il existait près de Lusse des mines de plomb, zinc, cuivre et argent; à Remémont, des mines de plomb et de cuivre; des gisements des mêmes métaux près d'Anozel, et enfin une mine (le cuivre à proximité de Fraize (3).
On tirait aussi des Vosges diverses espèces de marbres communs, et Volcyr, que nous citerons encore, a consacré à ces minéraux ainsi qu'à difTérentes pierres que Ton employait dans les arts, un chapitre intitulé : « Jaspe, marbre, albâtre, corail, « amétiste et autres pierres ». On y lit que « présentement on « tasche de polir ces pierres et- les mettre en œuvre plus que ( oncques, comme il appert par maints ouvrages somptueux et < magnificques qui multiplient de jour en jour, pendant le temps « de paix et repos, . . . dont certaines tables d'autelz, images ou ^ sépultures et jubez, faictz, érigez et construitz depuis naguères « à Metz, Toul, Verdun, à Bar, Sainct-Mihiel et au Pont-à-
(1) V. Chron, abr,^ etc., f» xliv.
(2) Ce graduel, maintenant déposé à la bibliothèque publique de Saint-Dié, est du XVI« siècle.
(3) V. Statistique des Yosges, 1. 1, p. 804; Recherches sur Vinsdustrie en Lorraine, par M. Lepage, chap. IV, de l'exploitation <les raines ; dans les Mémoires de V Académie de Stanislas pour 1851, p. 230 etsuiv.
T. lY. 8
«c Mousson, avecques certaines conlonnes de la fontaine da « chasteau de Nancey ».
L'importance des exploitations métallurgiques avait, depuis longtemps, commandé à nos princes de promulguer des ordonnances destinées à établir une police sévère parmi les ouvriers occupés de l'extraction et du traitement des métaux, et de régler tout ce qui concernait l'ouverture des nouveaux puits et les droits réciproques des mineurs. René II, imitant l'exemple de ses prédécesseurs, publia, le 2 juin 1508, un édit fort étendn, qui résumait, en les complétant, les prescriptions antérieurement en vigueur. Il permettait à toute personne de bonnes vie et mœurs de fouiller et faire travailler, quelque fût d'ailleurs h nation à laquelle cette personne appartînt, mais à condition^ professer la religion catholique. La juridiction, « tant sur perce çoniers et admodiateurs, que sur les ouvriers, manans et c habitans ]>, fut attribuée à un justicier, qui devait se faire assister, lorsqu'il siégeait, par un échevin et par quelques conseillers choisis parmi les mineurs. La surveillance des exploitations fut confiée à un général. Ceux qui désiraient fouiller devaient préalablement faire reprise des montagnes, lieux et places qu'ils se proposaient d'ouvrir, et l'on accordait à chacun des repreneurs vingt-huit toises, mesure des mines, tant en profondeur qu'en largeur à l'entour du lieu qu'il avait désigné pour l'entrée du puits. Si deux fouilleurs se rencontraient dans leui's excavations, le dernier venu était contraint de se retirer, à moins qu'il ne fût à la suite d'une veine par lui découverte. Les étrangers qui voulaient travailler dans les mines étaient affranchis des tailles et autres impositions ; on leur donnait on sauf-conduit pour s'y rendre, y séjourner et s'en retourner, mais ils ne pouvaient user de cette pièce pour se soustraire à l'accomplissement des obligations qu'ils avaient contractées envers les habitants du pays. Les marchands qui venaient acheter le plomb et le cuivre extraits des mines ou apporter des denrées quel-
conques étaient francs de gabelles, passages, etc. Les maisons, loges et huttes des mineurs étaient déclai'ées exemptes de servitudes et sujétions, et ils prenaient dans les forêts domaniales les bois dont ils avaient besoin pour leurs constructions. Ceux qui interrompaient leurs travaux pendant un mois perdaient le bénéfice de leurs concessions, et le justicier pouvait abandonner ces dernières à d'autres exploitants. Les premiers essais de tout nouveau puits devaient être fondus publiquement, afin que chacun fût à même d'apprécier la richesse de la mine. Le dixième du minerai était remis au justicier pour le droit du prince, et on portait l'argent à la monnaie de Nancy, où le marc était payé huit florins d'or ou seize francs barrois.
l|faTelles sont les principales dispositions de l'édit promulgué par René II ; il fut trouvé tellement sage que le duc Antoine le confirma, en 1518, et le rendit obligatoire, sauf quelques modifications, dans les mines d'azur de Vaudrevange (1).
Nous ne terminerons pas les paragraphes concernant l'industrie sans dire un mot de l'introduction de l'imprimerie en Lorraine. Rémond Messein, cité par Chevrier (2), raconte qu'en i486 un nommé Didier Virion amena de Paris à Nancy un garçon, qui imprima des vers à la louange de René II, mais qui, n'ayant pas été encouragé par le duc, prit le parti de retourner en France. 11 est difficile de démêler ce qu'il y a de vrai dans ce récit, et nous ferons observer qiie le registre du trésorier-général, pour l'année 1485-1488 (3), présente une mention qui doit avoir servi de base à l'assertion de Rémond Messein. Le trésorier transcrit Tordre qu'il a reçu de René de payer une gratification « aux « compaignons qui font les livres en impression près nostre € hostel de Harecourt à Paris, en don que leur avons faict pour
(1) V. Rogéville, Dict. des Ordonn,, etc., p. 85-89.
(2) V. Hist. de Lorr., t. III, p. 317 et 418.
(3) Ce registre est au Trésor des chartes.
les veoir besongner ». On peut admettre sans invraisemblance que les compaignons composèrent, sous les yeux du prince, une pièce de vers contenant son éloge , et cette version s*éloigne peu de la narration du chroniqueur ; seulement les vers auraient été tirés à Paris au lieu de l'être dans la capitale de la Lorraine.
Les annales de la typographie ne s'ouvrent dans notre pays qu'avec la première année du XVI* siècle. Le receveur-général Georges des Moynes remit, dans le courant de juin ou de juillet 1501, « à messire Pierre Jacobi, imprimeur demeurant à Sainct- « Nicolas, la somme de xx francs, pour avoir faict et imprimé a les ordonnances des or et monnoye nouvellement faictes, et ce « par ordonnance de Messieurs du conseil » (1). On ne connaît plus aucun de ces placards, mais la bibliothèque publique de Nancy conserve un exemplaire des Hore Virginis Marie ad vsum tullensis ecclesie^ petit volume in-/i° qui sortit, en 1503, de l'atelier de Pierre Jacobi. En 1518, le même typographe mettait au jour un poëme latin dans lequel Pierre de Blarm, chanoine de Saint-Dié, chante la guerre que René II avait soutenue contre le puissant duc de Bourgogne (2). Antoine avait voulu, dès l'année 1510, c'est-à-dire presque aussitôt après son avènement, faire imprimer ce poëme remarquable (3), et des motifs qui nous sont inconnus en avaient fait ajourner la publication. Vers l'année 1520, l'atelier de Pierre Jacobi passa entre les mains de Jérôme Jacob, qui donna, en 1525, un volume intitulé : Le sermon de charité^ avec la probation des erreurs de Luther, fait et composé par frère Illyrique, translaté de latin
(1) y. le registre du receveur-général pour 1500-15^1. Il est, comme le précédent, déposé au Trésor des chartes.
(2) Pétri de Blarrorivo Parhisiani insigne Nanceidos opvs de bello Nanceiano. Bac primvm exaratvra climatissime nvperrime in Ivcem emissum ; petit in-folio, de 130 feuillets.
(3) V. le compte du trésorier-général pour l'année 1510-1511.
en françois par le polygraphe (Volcyr) humble conseiller, secrétaire et hystorien du noble prince d'amoar régnant au parc d'honneur ; et, en 1528, Le livre de Jésus, petit ouvrage de piété, dont la mauvaise exécution annonce une décadence prématurée de Fart typographique dans notre patrie.
Il est inutile de mentionner d'autres pièces sans importance provenant du même atelier, mais on doit rappeler que Pierre Jacobi avait, à trois reprises différentes, transporté ses presses dans la ville de Toul, où il publia autant d'éditions de l'ouvrage sur la perspective (1) rédigé par le chanoine Jean Pèlegrin. Nous avons omis de dire que Pierre Jacobi était engagé dans les ordres sacrés ; un autre prêtre nommé Martin Mourot avait, dès l'année 1505, établi devant le village de Longeville-devant-Bar-le-Duc une imprimerie (2), de laquelle sortit, en 1527, une édition du Viat de Salui par Guillaume Petit. La capitale de la Lorraine ne possédait, à cette époque, aucun atelier typographique ; les ducs étaient forcés de faire imprimer leurs ordonnances à Saint- Nicolas, à Longeville, à Metz, à Strasbourg, et c'est par inadvertance que l'on a regardé comme exécutés à Nancy deux ouvrages de Symphorien Champier, médecin du duc Antoine.
C'est également par erreur que^ l'on a considéré Saint-Dié comme le berceau de la typographie lorraine. Les plus anciens produits de l'imprimerie dans cette ville sont deux éditions d*ane introduction à la cosmographie, suivie de la relation des quatre voyages d'Améric Vespuce (3), toutes deux de l'année 1507, et une grammaire en figures, composée par Philesius
(1) De artifieiali perspectiva,
(2) V. le compte du trésorier-général pour 1505-1506.
(3) Cosmographiœ inirodvctio, cvm qvibusdam geometriœ ac (utronomiœ principiis ad eam rem necessariis. Insuper quattuor Americi Vespucij nauigationes, Vniuersalis Cosmographiœ deseriptio tam in solido quam in piano, eis etiam insertis quœ Ptho- Itmeo ignota a nuperis reperta sunt; petit in-4o.
Vosgesigena et publiée en 1509 (1). L'auteur de la nouvelle histoire de Saint-Dié a signalé, comme antérieur de plusieurs années, et même comme remontant : à la fin du XV' siècle, un petit volume contenant des extraits de Plutarque, dé Sénèque et de Pétrarque, et un livret renfermant : 1** la bulle pontificale qui introduisit dans l'église de Saint-Dié la fête de la Présentation au temple, et 2** l'office de cette solennité ; mais de fortes présomptions portent à croire que ces publications sont postérieures en date aux premiers produits de Pierre Jacobi, et peutêtre même à l'édition des Hore Virginis Marie (2),
La création de l'imprimerie de Saint-Dié était due au chanoine Gauthier Lud, homme pieux et savant, qui tâcha d'inspirer à ses confrères l'amour des lettres et de rendre au culte divin son antique splendeur. Un des moyens qu'il employa, pour atteindre ce but, fut de faire représenter des espèces de mystères dans l'église même de Saint-Dié.
Le goût des Loi-rains pour ces spectacles était toujours très-vif ; nous mentionnerons plus loin les représentations dramatiques données à Nancy et à Bar-le-Duc, et nous pourrions en citer d'autres qui eurent lieu à Metz en i486, 1488, 1491, 1498, 1513, 1514 et 1520. Un peu plus tard, l'affaiblissement des croyances religieuses et l'introduction du Protestantisme dans cette ville ne permettant plus de songer aux mystères, et d'un autre côté le théâtre moderne étant dans l'enfance, on joua à Metz les comédies de Térence dans leur langue originale, de même que les Allemands remettent maintenant sur la scèw les tragédies de Sophocle. Il en résultait nécessairement que la plus
(1) Philesii Vosgesigenœ Grammatica figurata : octo partes wationiSf etc. ; in-4", grav. sur bois.
(2) V. Recherches historiques et bibliographiqtces sur les con^ mencements de V imprimerie en Lorraine^ et sur ses progrès jusqu'à la fin du XVII^ siècle, paf M. Beaupré, p. 20-94 ; Nouvelles recherches de bibliographie lorraine, par le même, p. 12-28.
grande partie des assistants se contentait d'admirer les décorations et les costumes ; toutefois, et quoiqu'il y eût au commencement du XVP siècle une décadence fâcheuse dans les études, beaucoup de personnes et même bien des nobles continuaient à apprendre la langue latine. Lorsque le cordelier Jean Glapion vint à Nancy, en 1421, prêcher la station du carême à la cour du duc Antoine, ce fut en latin qu'il composa et prononça ses discours ; preuve incontestable que le prince et les courtisans entendaient cette langue (1).
On fit en Lorraine, comme ailleurs, des efforts généreux pour raviver les études. Dans les dernières années du XV' siècle, la ville de Saint-Dié vit exécuter des travaux scientifiques assez importants ; la chanoine Gauthier Lud et l'alsacien Matthias Ringmann, plus connu sous le nom de Philesius Vosgesigena, y établirent une espèce de société littéraire ou d'académie, qui fut certainement la plus ancienne de notre pays (2). Dès l'année H73, Jean de Bade, archevêque de Trêves et les magistrats de cette ville avaient fondé une université ; mais sa création fut d'un faible secours pour la Lorraine, à cause de la différence des mœurs et du langage. Les jeunes gens qui se destinaient aux professions que nous appelons libérales étaient forcés d'aller chercher des maîtres au loin, ou de puiser toute leur instruction à l'école de praticiens souvent fort ignares. L'exercice de la médecine était, par suite de cet état de choses, tombé, en plusieurs lieux, entre les mains de charlatans non moins fedoumbles que les maladies dont ils voulaient arrêter les levages, et, pour remédier à cet abus, l'évêque de Toul, Hugues
(1) V. notre Notice sur Yolcyr^ dans les Mémoires de V Académie Stanislas poiir 1848, p. 89 et suiv.
(2) V. Histoire de Saint-Dié, par M. Gravier, jp. 202-204, 208 et 209; V. aussi dana la traduction latine de Ptolemée imprimée à Strasbourg en 1518 une lettre de Jean-François Pic de laMirandole.
— laides Hazards, inséra dans les statuts synodaux qu'il publia en 1515 la disposition suivante: « Nous deffendons que doresenc auant telles gens, soient hommes ou femmes, ne soient sy « hardies d'entreprendre charge de médiciner ou faire acte « de cirurgie en noz Cité et éuesché, sur peine d'excommunic ment et d*aultre amende arbitraire, jusques à temps que ih « seront examinez ou approuuez et admis par nous ou par « nostre Officiai estre idoynes et suffisans pour faire leur entre- « prinse » (1).
Mais si les duchés de Lorraine et de Bar ne comptaient alors qu'un bien petit nombre de savants dignes de ce nom, on y voyait, heureusement, quantité d'artistes en tout genre : architectes (2), peintres, sculpteurs, etc. Ce fut sous les règnes de René II et d'Antoine que l'on termina les grands édifices reUgieux entrepris au moyen-âge, et les portions de ces édifices, construites les dernières, ne sont pas inférieures à celles qui furent élevées dans les siècles précédents. De 1478 à 1483, l'architecte Jean de Ranconval (3) travaillait à la flèche pyramidale qui couronne la tour de la Mutte. Quelques années plos tard, Jacques d'Insming, grand vicaire de l'évêque Henri de Lorraine, faisait bâtir, à ses frais, la branche du transept da côté de l'évangile ; en 1498, on commençait, par les soins do chapitre, l'autre branche du transept et l'abside qui ne furent
(1) V.Miij.
(2) Il ne faut pas oublier de mentionner ici un architecte lorrain nommé Jamin, qui alla s*établir à Fontainebleau, sous le règne de François I«', et travailla dans cette résidence royale. Il eut des descendants, qui exercèrent la même profession, et dont les plus connus sont Gracieux Jamin, lequel a bâti, à Fontainebleau, la cour des cuisines terminée en 1609, et François Jamin, dont la vie se prolongea jusque dans la seconde moitié du XVII« siècle. V. Bulletin du comité de la langue y de V histoire et des arts de la France, t. II, p. 275 et 276.
(3) Il devait être fils de Henri de Ranconval, maître-maçon de la ville de Metz, dont nous avons parlé précédemment.
achevées qu'en 1519 ; le chanoine Martin Pinguet supporta les dépenses qu'entraîna rétablissement du jubé, et un artiste strasbourgeois, appelé Valentin Bouchs, peignit les vitraux de l'abside et d'autres encore (1). On exhaussait, comme nous l'avons dit, le portail et les tours de la cathédrale de Toul sur les plans de Jacquerain Rogier de Commercy; toutefois, les ressources du chapitre étaient si faibles que ce bel ouvrage risquait de demeurer incomplet, lorsque René II fit présent aux chanoines d'une somme considérable, qui permit d'activer les travaux. Grâce à la générosité de ce prince, de Louis XI, du clergé lorrain et de quelques particuliers, on réussit, en 1496, à poser le couronnement des deux tours. Au commencement du XVI* siècle, l'évéque Hector d'Ailly construisit près de la cathédrale une chapelle destinée à la sépulture des prélats; mais cette chapelle, qui est dans le style de la Renaissance, contraste avec l'édifice auquel elle se trouve maladroitement accolée (2).
Quoique la piété ne fût plus aussi vive qu'au moyen-âge, on ne se bornait pas à terminer les édifices entrepris depuis longtemps, et on vit élever plusieurs églises nouvelles. C'est ainsi qu'en 1516, Claude Baudoche, patricien de Metz, jetait les fondements de l'église Sainte-Barbe, qui était le but d'un pèlerinage trèsfréquenté (3) ; l'évéque de Toul, Hugues des Hazards, bâtissait l'église de Blénod, sa patrie (4); on achevait celle de Vézelise, remarquable par sa belle flèche en charpente et par ses magnifiques vitraux, maintenant mutilés et réunis, un peu au hasard, dans les baies de l'abside et du transept ; et les bénédictins de Yarangéville faisaient construire l'église de ce prieuré, que l'on
(1) V. Les Chroniques de Metz, p. 428 et suiv.. Notice sur la eaÛUdrale de Metz, par M. le comte du Coëtlosquet, p. 10-13.
(2) V. Notice historique et descriptive sur la cathédrale de Toul, par M. Tabbé Balthasar, p. 14 et 15.
(3) V. Meurisse, Eist. des évesques de Metz, p. 601.
(4) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 516.
peut proposer encore aujourd'hui comme un modèle à suivre pour les églises rurales. Mais aucun de ces édifices ne peut soutenir la comparaison avec la basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Le concours croissant des pèlerins et l'augmentation extraordinaire de la population de la ville firent sentir l'insuffisance de l'église dans laquelle était déposée la relique de l'évêque de Myre, et l'urgence d'élever un édifice plus vaste et plus en harmonie avec la célébrité du pèlerinage. Vers la fin du XV' siècle, Simon Moycet, prêtre séculier qui était chargé des fonctions de curé à Saint-Nicolas (1), conçut le dessein de rebâtir l'église sur un plan gigantesque. Son œuvre commencée, en 1481 (2), avec des ressources bornées, fut encouragée par le Souverain et par tous les habitants de la Lorraine. René II voulut poser la première pierre de la nouvelle église, et, pour faciliter le transport des matériaux que l'on tirait des carrières de Viterne, il fit empierrer sur une longueur de trois ou quatre lieues la route qui y conduit. On quêta partout; l'Allemagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, les cantons suisses envoyèrent des sommes énormes, et la ville de Metz fournit les dalles nécessaires pour le pavé.
Simon Moycet n'eut pas le bonheur de mettre la dernière main à l'édifice dont il est cependant le véritable créateur ; il mourut en 1520 et fut enterré au pied de l'autel de saint Nicolas. L'église ne fut complètement terminée qu'en 1544 (3); mais on doit
(1) Il était admodiateur de la cure^ qui appartenait aux Bénédictins du prieuré.
(2) Selon la Chroniqi^ de Lorraine (dans Calmet, Hist,, t. III, Preuves^ col. civ), et en 1495 seulement, d'après Tépitaphe de Simon Moycet, qui est gravée sur un des pilliers de l'église. Nous
Ï»référous le témoignage de la Chronique, parce que l'on voit dans a basilique des vitraux datés de 1508 et des années suivantes, et qu'il était bien difficile qu'une église aussi vaste fût en état d'être garnie de vitraux treize ans après sa fondation.
(3) Nous parlons de la bâtisse, car le couronnement des tours ne fut placé que postérieurement, et on faisait encore des quêtes en
faire observer que l'abside et les nefs furent achevées longtemps auparavant. Ce qui le prouve c'est qu'on voit dans l'église des vitraux datés de 1508 et des années suivantes; d'où il faut conclure que dès l'année 1520 la construction de l'édifice était déjà fort avancée.
Le plan est à peu près celui de la basilique latine : une nef principale, accompagnée de deux nefs latérales, et trois absides. Le plan par terre ne permet pas de supposer l'existence d'un transept ; néanmoins le transept existe, mais il n'est indiqué que par rélévation des voûtes , en ce sens, que les nefs latérales s'interrompent brusquement, et que la voûte atteint la même hauteur que la nef centrale. L'église n'est pas parfaitement orientée suivant les traditions de l'art catholique, et présente vers le milieu de sa longueur totale un coude tellement prononcé,que l'on ne psut guère admettre que l'architecte ait voulu se conformer à une règle assez souvent observée pendant le moyen âge. La longueur de l'édifice est de quatre-vingt-seize mètres, et sa largeur de trente-six dans toute l'étendue de l'église, puisque le transept n'est marqué que par l'élévation de la voûte dans deux travées seulement. La hauteur sous clé est de trente-deux mètres. La basilique de Saint-Nicolas, qui a été construite dans l'espace de soixante-trois ans (de 1481 à 1544), est homogène et appartient en entier au style ogival flamboyant. Il est caractérisé ici, comme ailleurs, par la forme des nervures, qui sont en général prismatiques et très-anguleuses ; par l'absence des chapiteaux; par l'enlacement et la multiplicité des nervures sillonnant les voûtes, et les meneaux divisant les fenêtres. Toutefois, il faut faire remarquer que les défauts du style flamboyant sont moins choquants à Saint-Nicolas que dans
154D, ainsi que cela résulte d'un diplôme de l'empereur Charles V, conservé dans les archives du département de la Meurthe, fonds de ]a Primatiale.
la plupart des églises de la même époque. Le style ogival tertiaire a conservé ici une sobriété d'ornements et une sagesse que Ton rencontre dans un bien petit nombre d'édifices religieux. Le vaisseau a neuf travées, y compris les deux travées du tiansept. Dans ces dernières, les piliers supportant la retombée des nervures de la voûte sont d'une hauteur prodigieuse, qui les fait paraître extrêmement grêles. Ils sont nus et entièrement cylindriques jusqu'aux deux tiers de leur élévation; mais la partie supérieure de celui du nord est ornée de filets droits, simulant des cannelures ; tandis que celui du sud présente des filets en spirale, qui donnent à cette portion du pilier l'apparence d'une colonne torse. Chacune des extrémités du transept est éclairée par des fenêtres immenses, dans lesquelles le style ogival tertiaire a déployé sa richesse d'ornementatioD. Elles encadrent des rosaces à meneaux variés et du plus bel effet. L'abside principale, de forme heptagone, est percée de cinq fenêtres ou lancettes, qui ont toute la hauteur de l'édifice. Elles sont divisées en deux compartiments par un meneau qui les rend encore plus sveltes et plus légères. Le portail, quoique d'un goût moins pur et moins correct que les constructions du même genre achevées dans les siècles précédents, ne laisse pas d'être remarquable ; il est accosté de deux tours placées sur la première travée des nefs latérales. La tour méridionale a quatrevingt-cinq mètres de hauteur; celle du nord est un peu moins élevée, et leur structure diffère à partir du point où elles se dégagent du massif du portail. Elles sont percées dans leur partie supérieure de plusieurs baies ogivales de grande dimension, séparées par des bandeaux couverts de sculptures, et couronnées d'archivoltes variées. Une corniche assez saillante termine les tours, et de nombreux contreforts, ornés de pinacles et de clochetons, les entourent de toutes parts. Derrière la petite abside septentrionale se trouve un bâtiment carré, qui servait autrefois de baptistère, et dans lequel on voit un autel décoré
d*an rétable et de statuettes placées dans des niches d'une délicatesse surprenante. Au dessus, règne une galerie à jour, surmontée de trois clochetons également découpés à jour et d'un travail exquis. On exposait anciennement dans le clocheton central, qui, à vrai dire, est plutôt un tabernacle, le bras renfermant la relique de saint Nicolas. Ce bras, présent de René !•' et d'Isabelle sa femme, mériterait lui-même une description détaillée ; il était en or et reposait sur une base de vermeil aux armes du donateur, et la manche était couverte de camées antiques (1), de perles et de saphirs (2). La plupart des fenêtres de l'église étaient garnies de vitraux peints ; tous ceux qui subsistent encore sont de la première moitié du XVP siècle ; ils ont par conséquent les défauts et les qualités des compositions de cette époque ; plus corrects sous le rapport du dessin que les œuvres des siècles précédents, ils ont moins d'éclat et moins d'harmonie. On distingue les armoiries des villes, princes, nobles et marchands qui ont donné quelques-unes des verrières, notamment l'écusson de Bâle qui figure trois fois sur une des fenêtres du bas-côté septentrional.
On nous adressera, sans doute, le reproche d'avoir parlé trop longuement de l'église de Saint-Nicolas ; mais cette basilique méritait l'exception dont elle vient d'être l'objet, parce qu'elle était réellement le sanctuaire national de la Lorraine, et parce qu'elle peut être considérée comme le véritable type des édifices religieux construits dans notre pays sur la fin du XV* siècle, et pendant la première moitié du XVP.Nous nous dispenserons par conséquent de rappeler quels furent chez nous les caractères
(1) Le plus beau de ces camées est aujourd'hui déposé à la bibliothèque publique de Nancy. Il représente Tapothéose d* Adrien et il a été gravé dans V Iconographie de Yisconti.
(2) On peut voir, à ce sujet, un ancien inventaire du trésor de Saint-Nicolas, inventaire par nous publié dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas pour 1849, p. 1 et suiv.
principaDX du style ogiral tertiaire, et nous ajouterons seulement que Ton remarque à Saint-Nicolas, comme dans la plupart des églises lorraines, Tabsencedu triforium et du deambulatorium^ absence qui constitue un des caractères propres de notre style architectural.
On voit sur les vitraux de Saint-Xicolas des cartouches contenant les monogrammes des artistes qoi ont exécuté ces verrières; mais leors marques sont indéchiffrables; nous pensons toutefois attribuer une partie de ces beaux ouvrages à des artistes lorrains, car les registres des comptables mentionnent plusieurs peintres verriers qui habitaient alors notre patrie; tels sont Simonin de Bar ; Jean de Saint- Nicolas; Thouvenin de Nancy et son fils ; François ; Georges Miilereau et Nicolas Grasset, qui paraissent avoir résidé dans la même ville ; Jean Paget et Jean Christophe, lesquels vécurent sous les règnes de René 11 et d'Antoine (1) ; Pierre de Francheville, dont l'atelier se trouvait dans le faubourg Saint-Dizier, et qui travailla dans la collégiale Saint-Georges et l'église des Cordeliers de Nancy (2); Petit Jehan de Soisorij peintre-verrier de Toul, que ces religieux employèrent (3) ; Jean, chanoine-régulier de l'abbaye de Lunéville et curé de Mont ; un nommé Martin et Panthaléon d'Ochier (Ochey), qui exécutèrent ou réparèrent certaines verrières delà même église (4).
Les peintres proprement dits sont bien plus nombreux que les verriers ; malheureusement les mentions qui les concernent dans les anciens comptes sont tellement abrégées, qu'il est ordinairement fort difficile de connaître la nature des ouvrages indiqués dans ces comptes, et même parfois de savoir s'il est
(1) V. Quelques notes sur des peintres lorrains des X7«, XYI* et XVII* siècles, par M. Henri Lepage, p. 80-89.
(2) V. le registre du trésorier-général pour Tannée 1543-1544.
(3) V. le compte du cellérier de Nancy pour Tannée 1564-1565.
(4) Y* le compte du cellérier pour Tannée 1569-1570.
question d'artistes ou de décorateurs ; de même que dans les passsages relatifs aux verriers on ne peut toujours distinguer les peintres des simples vitriers. Les registres dont il s*agit rappellent Bertrand Maillet, qui était mort avant Tannée 1481 ; Pierre Garnier, qualifié de peintre de René II ; Bernard de Lunéviiie ; les enlumineurs Georges et François Bourcier ; Barthélémy, qui fit en 1505, un portrait du pape saint Grégoire-le- Grand pour l'oratoire du prince ; Pierrequin Fauterel, qui coloria le tombeau de René dans l'église des Cordeliers, mais qu'il faut placer dans une classe plus élevée que celle des décorateurs ; et Hugues de la Paye, qui dès l'année 1511 est désigné comme peintre du duc Antoine, et que l'on regarde comme le chef de réeole formée sous le règne de ce prince. En 1522, Hugues recevait un gage de deux cents francs barrois et dirigeait les travaux que le duc faisait exécuter dans le palais et dans la collégiale Saint-Georges, Il fournissait aus^i des cartons aux verriers que nous avons mentionnés plus haut. Il mourut en 1539, au moment où il peignait dans le réfectoire des Cordeliers de Nancy une scène imitée du fameux Léonard de Vinci, et qui lui avait été commandée par Antoine. Le duc, ne voulant pas que cet ouvrage demeurât imparfait, confia le soin de le terminer à Médard Chuppin, qui avait hérité du titre de Hugues de la Paye. Cet artiste, doué d'un talent remarquable, était jeune encore en 1539, etle duc Prançois I", qui monta sur le trône quelque temps après, donna cent francs barrois à Médard et pareille somme à un autre peintre appelé Claudin Crock, afin de les mettre à même de se rendre en Italie pour se perfectionner (1) ; il paraît qu'ils y restèrent cinq ans, et nous ne les retrouvons en Lorraine qu'en 1550. Claudin Crock appartenait à ^e famille d'artistes qui travailla pour nos ducs pendant plus
0) V. le registre du trésorier-général pour l'année 1544-
de deux siècles. Jean Crock, le plus ancien que Ton connaisse, était « tailleur et maistre de pourtraitures et ymaiges ». Il habitait la ville de Bar et obtint de René II, en 1488, des Lettrespatentes qui Texemptaient de toutes tailles, aideShOt subsides (1). '1 sculpta en 1505, les statues de saint Maurice et de saint Georges pour la collégiale dédiée sous le vocable de ce dernier saint, et. Tannée suivante, le tombeau de Charles-le-Téméraire pour la même église.
Claude et Martin Crock, ses enfants, se firent un nom par des talents divers ; Claude ou Claudin, dont nous venons de parler, cultiva la peinture et fut chargé de nombreuses commandes par Antoine ; Martin fut sculpteur, comme son père, et employé aux ouvrages du palais ducal, jusqu'à sa mort arrivée vers 1542. On doit encore enregistrer ici les noms de Gabriel Salmon de Lunéville et de Georges Gresset, qui fut attaché à la maison du prince. Le premier peignit pour Philippe de Gueldrcs, et le second pour le duc Antoine, qui lui fit exécuter, entre autres tableaux, un Crucifiement pour l'église des Clarisses de Pont-a- Mousson (2).
Les productions de ces artistes ont péri presque toutes, et il ne reste guère aujourd'hui que la Cène du réfectoire des Cord©liers, laquelle a subi des restaurations qui lui ôtent une grande partie de sa valeur, et une peinture murale que l'on admire dans l'église Saint-Epvre de Nancy, mais dont on ignore rauteur. Elle représente différents miracles attribués à l'intercession de la Sainte Vierge, et rapportés dans le livre de Jacques de Voragine. Elle couvre une des murailles de l'ancienne chapelle de l'Immaculée Conception appartenant à la corporation des marchands, et ce fut à leurs frais que cette peinture fut faite, ainsi que d'autres qui ornaient les murailles voisines et qui ont été détruites ou défigurées.
(1) V. le registre des Lettres- Patentes pour les années 1486-1489.
(2) V. M. Henri Lepage, ibid., p. 9-31.
Bien que les peintres dont nous venons de rappeler lesœuTres fussent des hommes de mérite, aucun ne réussit à acquérir une réputation durable. Le seul artiste de cette époque dont le nom ait conservé une véritable popularité est le sculpteur Ligier Richier, qui florissait pendant la première moitié du XVI' siècle. Il était né à Dagonville, près de Saint-Mihiel, vers la fin du siècle précédent, et c*est presque tout ce que l'on connaît de sa biographie, mais qnelques-nnà de ses ouvrages lui ont heureusement survécu. Le plus remarquable est le Sépulcre que Ton voit dans l'église paroissiale de Saint-Mihiel et que Ton regarde comme un chef-d'œuvre. Richier sculpta ou modela pour l'église abbatiale de la même ville un Crucifix, une JVotre^Dame^e^ Piiié, une image de la Sainte Vierge portant l'enfant Jésus, an saint Michel, des médaillons et un jubé, qui ne subsista pas longtemps. La paroisse Notre-Dame de Bar-Ie-Duc, la collégiale Saint-Maxe, l'église d'Hattonchâtel et quelques autres possédaient aussi des productions de cet artiste célèbre ; il travailla également pour le duc Antoine et pour des simples particuliers, qui lui firent tailler dans leurs maisons des cheminées en pierre d'an goût et d'une délicatesse admirables (1). Richier eut un emale, souvent heureux, dans Mansuy Gauvain, jqui sculptait à la fois le bois et la pierre, et qui est même qualifié de menuisier dans le compte du receveur-général pour l'année 1505-1508. Son premier ouvrage fut la statue de Notre-Dame de Bonsecours, qui orne encore le sanctuaire de l'église de ce nom (2). En 1511, Antoine lui recommanda sa représentation pour en décorer l'entrée du palais ducal; en 1527, Gauvain exécuta la magnifique fontaine qui se trouvait dans le jardin du même palais ; en 1529, il embellit l'appartement de la duchesse ; en 1534 et en 1512, il fut occupé dans la collégiale Saint-Georges, dans le
(1) V. Calmet, Bibl. Lon\, col. 82a-826; Notice, t. I, col. 78 et 79.
(2) V. le compte du receveur-général pour Tannée 1505-1506.