‹ Histoire de Lorraine (volume 4)Chapitre 7 sur 11 · I. lY · texte numérisé non relu

I. lY

palais, et dans Téglise des Clarisses de Pont-à-Mousson ; et à cette dernière date, il se faisait aider par son fils, qai parcoomt la même carrière que Mansuy, mais avec moins de succès et de réputation (1).

Les ducs René II et Antoine, qui encoaragèrent tous ees artistes, peintres et sculpteurs, ne furent pas moins généreux pour les gens de lettres. Ce fut le second de ces princes qui fit publier le Liber yanceidos de Pierre de Blarru, dont Timpression fut dirigée par Jean Basin de Sandaucourt, chanoine de Saint-Dié. Pierre de Blarru, sur la vie duquel on ne possède que peu de renseignements, était chanoine de la même collégiale, et, malgré Tobscurité qui enveloppe ses actions, son nom jouira toujours d'un éclat mérité. Cheyrier, ordinairement si prompt à rabaisser la gloire de ses compatriotes, n*a pu s'empêcher de s'exprimer comme nous : c Quelque faible que soit le poème de c la NancèidCy j'ose dire, écrit-il, qu'il passera à Fimmortalité; c deux cent cinquante années semblent garantirce témoignage; c mais Blaru devra cet honneur bien moins à son génie, qu'au c noms des héros fameux qu'il a chantés, et qu'à révénemeot c mémorable qui forme le sujet de son poème (2). » Â côté de la Nancéide^ qui célèbre la victoire de René II sur les Bourguignons, vient naturellement se placer la RusUciade, consacrée au récit de la guerre heureuse du duc Antoine contre les paysans de l'Alsace. Ce livre eut pour auteur un autre chanoine de Saint- Dié, Laurent Pillart, plus connu sous le nom latinisé de PiUadius. Quoique le bon chanoine n'en fût pas à son coup d'essai (il avait précédemment composé diverses pièces latines qui

(1) V. Mansuy Gauvain {Biographie artistique)^ par M. Henri Lepage, dans le Bulletin de la Société d'Archéologie lorraine, t. 1I| p. 51-60.

(2) V. ibid., t. VIII, p. 38. En 1727, Dom Galmet conseillait à rim primeur Cusson de donner une nouvelle édition de la NancéOe, Ce poëme a été réimprimé en 1840, avec une traduction française par M. Schûtz» deux volumes in S^»

l'ont pas vu le jour), il fit corriger son œuM'e par un de ses amis, qu*il appelle Christmann, et par un de ses confrères, Jean Herquelou Herculanus dont nous avons déjà parlé. Les six livres de la Rusticiade, revus et amendés de la sorte, furent publiés à Metz, en 15/i8, par Jean Palier; car il n'existe plus en Lorraine aucun atelier typographique ; et, comme cette édition était devenue d'une extrême rareté, Dom Calmet a fait réimprimer le poëme à la fin de sa Bibliothèque lorraine, dans laquelle il porte sur l'écrit de Pillart un jugement presque semblable à celui que Chevrier prononçait, quelques années plus tard, à l'égard de Pierre de Blarru (1).

Ce dernier et Laurent Pillard n'étaient pas les seuls poètes que le chapitre de Saint-Dié comptât parmi ses membres ; on y voyait encore les chanoines Hugues Carbanus et Jean Basin, dont les noms ont échappé à l'oubli, mais dont les ouvrages n'ont pas en la même destinée (2).

A côté de ces littérateurs on doit placer Pierre Gringore, dont la réputation franchit les limites de la Lorraine, ou même, pour parler plus exactement, se forma loin de notre pays. On ignore le lieu et l'époque de la naissance du poète ; on sait seulement qu'il vit le jour vers l'année l&ôO, et il insinue, dans un de ses écrits, qu'il était fils naturel du comte de Vaudémont, Ferry II.

c Grand suis fortuit par naissance ;

c Car Vaudémont. . . Muse, de réticence

€ Vous faut user. Et si y a bastard,

c Pour moy est-il gloire ou hazard ? »

11 alla de bonne heure s'établir à Paris, et se fit connaître dès l'année 1&90, selon quelques biographes, par la publication d'un livret intitulé : Les ditz et autoritez des sages philosophes. En

(1) V. col. 748 et 749.

(2) Y. Calmet, Bibl. lorr.j col. 84 et 246.

1&99, il donne Ze chasteau de Labour , poëme allégorique sor les tribulations de la vie, et principalement sur les malheurs des gens mariés. Bientôt après, il fait imprimer Le cliasteau d'amour et les Lettres nouvelles de Milan, Avec les regretz du seigneur Ludovic. En même temps nous le voyons diriger un théâtre qu'il alimente de ses productions, et sur lequel il se refuse pas de paraître lui-même quelquefois, comme Tavaient fait et comme devaient le faire plus tard d'autres poëtes dramatiques. Dans les comptes de l'hôtel de ville de Paris, Gringore est qualifié, c compositeur, hystorien et facteur de mystères i, et les mentions qui le concernent vont de l'année 1502 à 1517. Pendant cette période de sa vie, il publia successivement Les ahuz du monde (1504) ; Les folles entreprises, qui traictent de plusieurs choses morales (IbOb); L'entreprise de Venise (1509); L'espoir de paix; La coqueluche , et La chasse du cerf des cerfz (1510), diatribe des plus violentes contre le pape Jules 11, auquel le roi de France faisait alors la guerre. En 1511 et les années suivantes, il fît jouer le Jeu du prince des sots et mère sotte; la moralité de V homme obstiné, nouvelle satire contre le Souverain-Pontife, et une farce intitulée : Faire vaut miens que dire. En 1519, il revint en Lorraine, et le duc Antoine, qni, selon Chevrier, se plaisait à la lecture des vers de Gringore (1), lui conféra la charge d'huissier d'armes, avec un gage de soixantedouze francs barrois. Peu après il fut nommé héraut d'armes, avec le titre de Vaudémont, et devint l'ordonnateur des fêtes de la Cour. Bien qu'il n'eût jamais manié l'épée, il montra da courage dans la guerre contre les Rustauds, et il faillit périr devant Saverne. Le danger qu'il avait couru dans cette circonstance augmenta, sans nul doute, son éloignement pour les Luthériens €i leurs doctrines, contre lesquels il venait de publier un factom qu'il intitula Le blazon des Héréticques, et qui renferme une

(l) V. ibid., p. 89.

réfutation des hérésies nées dans les premiers siècles du christianisme» Ce fut durant son séjour à Nancy qu'il composa les Menus propos^ Le testament de Lucifer, et une traduction en vers des Heures de Nostre^Dame, travail dont Tavait chargé la duchesse Renée de Bourbon. Comblé des faveurs du prince, le poète ne quitta plus la Lorraine que pour faire certains voyages dont le but précis n'est pas connu, mais qui, selon toutes les apparences, se rattachaient aux rapports diplomatiques d'Antoine avec ses voisins, et, malgré sa qualité de héraut d'armes, il continuait à diriger les représentations dramatiques de la cour. Il mourut au commencement de l'année 1539, après avoir mis la dernière main à quelques ouvrages de genres bien différents, parmi lesquels nous citerons seulement Les visions de mère sotte et une paraphrase des Psaumes de David (1).

Il ne parait pas que depuis son retour en Lorraine Gringore ait rempli le rôle d'acteur dans les représentations dont nous avons parlé ; il se bornait à fournir aux comédiens les pièces qu'ils devaient étudier et à surveiller la mise en scène. Les principales villes lorraines, qui semblent avoir joui rarement de pareils spectacles pendant les règnes des princes angevins, furent dédommagées par René II et par son fils. En 147/i, « le jour de c karesme prenant », René fit jouer devant lui une moralité, dont BOUS ne connaissons pas le sujet (2) ; trois ans plus tard, on représenta « Le jeu et feste du glorieux sainct Nicolas », devant le duc qui se trouvait alors dans la ville de ce nom, et il semble que ce mystère fut composé par Jacquemin Berthremin, tabellion à Nancy (3): l'année suivante (1478), René fut diverti par une farce due à des artistes nomades que les Lettrespatentes (h) appellent « les galians sans sossy » (souci). En

(1) V. Pierre Gringore, par M. Henri Lepage.

(2) V. le registre des Lettres-Patentes pour les années 1473 à 1478. (8) V. le registre du receveur-général pour Tannée 1477.

(4) V. le registre cité plus haut.

iU^Of un mvsiëre fut exécaté à Bar-le-Doc ; un autre le fat à Saîjii-Nieolas-de-Port, le 9 mai 1&87 (1). La même année, on donna aux habitants de Nancy un spectaek, qui, sans doute, les intéressa vilement. René, qui avait acheté des lions, les mit aux prises arec un sanglier et un taureau dans une arène disposée à cet effet (2).

Les comptes du cellérier de Nancy pour les années 1&95, 1&96 et \!i91 mentionnent, mais avec brièveté, des représentations de mystères qui eurent lieu en ce temps. Le registre du receveur-général pour 1505-1506 rappelle c la vie de SaineU' Barbe », qui fut jouée à Nancy, en présence de René 11; et le c registre des rentes et revenus appartenans à Féglise collégiale c de Saint-Georges » parle du mystère de la Résurrection que Ton mit sur la scène à Nancy, pendant les fêtes de Pâques de Tannée 1512 (3j. Trois années après, en 1515, nous voyons établie en Lorraine une troupe dirigée par « maistre Jehan, dict c Songe-Creux » ; et ce comédien et c ses complices » suivent la Cour dans les différentes villes où elle réside, et donnent saccessivement des représentations à Neufchâteau, à Lunéville, a Bar-le-Duc et à Nancy. Ce ne sont plus seulement des mystères que Ton joue pour récréer le duc et ses courtisans, mais des moralités, telles que la pièce intitulée Mundus, Caro, Dœmonia^ et ff des farces vieilles et nouvelles, reboblinées et joyeuses à c merveille ». Parmi les mystères qui avaient échappé à l'espèce de proscription prononcée contre la plupart de ces compositions, on peut citer c Le jeu de saint Job i^^^ La vie de saincU Barhti^ € La vendition de Joseph i^^ € L'immolation d'Iêoac^ flUd'Âhra-

(1) V. le registre du receveur-général pour 1486*1487«

(2) V. le même registre.

(8) Ce registre est déposé aux archives du département de la Meurthe, fonds de Saint-Greorges et de la Primatiale.

c ham > (1), et « Le$ trois jouméez du jeu et mystère de Mon- « sieur sainct Etienne^ pape et martyr ^ patron de l'église « parochiale de Sainct-Mihiel ». Cette dernière pièce avait pour auteur Nicolas Louvant (2), prieur claustral de l'abbaye de Saint^Mihiel, écrivain de quelque mérite, qui fit les pèlerinages de Jérusalem et de Rome, et raconta le premier de ces voyages dans un livre plein d'intérêt, mais dont le manuscrit est malheureusement mutilé.

Le duc Antoine, qui avait attaché à son service le poète Gringore, en lui donnant un titre et des appointements convenables, usa du même moyen pour retenir près de lui un écrivain dont le nom s'est plus d'une fois présenté sous notre plume. Nicolas Wolquier, plus connu sous la dénomination de Nicole Volcyr, était né à Sérouville, près de Briey, vers l'année 1480. Après avoir commencé ses études dans son pays, il se rendit à Cologne, où il prit le grade de docteur en théologie, puis à Paris, où il devint maitre-ès-arts, « régent et lecteur public en l'université ». Le duc, ayant entendu parler de la réputation de Volcyr, le choisit pour son secrétaire, le 1" janvier 1513, et lui conféra peu de temps après, les fonctions d'historiographe. Ce prince, qui aimait les lettres, goûtait la facilité et l'esprit de son nouveau secrétaire. Comme il était d'ailleurs « deument informé des c sens, prudommie, discrétion, bonne diligence et autres louables f vertus estans en la personne de Maistre Nicole Volcyr (3) », il l'admit aux réunions littéraires qu'il avait coutume de tenir

(1) V. Étude sur le théâtre en Lorraine, par M. Henri Lepage, dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas pour 1848, p. 204 et

laiv.

(2) Le manuscrit probablement autographe, de ce mystère appartenait à M. de Haldat, qui Ta cédé â une personne inconnue. On trouve une analyse de l'ouvrage de Nicolas Louvant dans le Précis des travaux de l'Académie de Stanislcts pour les années 1829 à i83i, p. 238-247.

(3) Y. les lettres de noblesse accordées à Volcyr, dans le registre des Lettres-Patentes pour les années 1510 à 1514.

— uo —

dans un appartement retiré ; et l'historiographe, à qui la familiarité da bon duc permettait certaines libertés de langage, appelle cet appartement c nostre chambre secrette, propice à € littérature, tant en latin comme en françois > (1). Les premiers ouTrages de Volcyr ont peu d'importance, et nous ne les citerons pas même. Nous ne dirons rien non plus de sa rédaction des discours que le cordelier Jean Glapion prononça devant le dnc et la cour de Lorraine, pendant le carême de Tannée 1521. Cette rédaction forme un volume in folio, qui est intitulé La cité du cueur divin^ et dont Volcyr fit hommage au prince (2). Une fois lancé dans la carrière, Thistonographe ne s'arrêta plus. 11 donna, en 1523, un volume, qui est devenu extrêmement rare et qui porte le titre suivant : Le petit recueil du Polygraphe^ InstruC' tif:et wîoral ifaicten latin et françoys : sur les élémentz des lettres : eommandemens de la loy : oraison dominicale : et serwion des cendres ; Pour deux ieunes princes de renom : lequel à cause des translatz d'ung langaige en Vautre : pourra estre vtille et profitable à tous ieunes en fans d'honneur, Â ce volume succédèrent rapidement la relation du Batesme ttouueau de Nicolas Monsieur^ fils de Anthoine duc de Calabre, de Lorraine et de Bar; le Traicté nouueau de la désécration et exécution actuelle de Jehan Castellan hérétique; Le sermon de Charité, auec les probations des erreurs de Luther, ÏBxi ei composé par frère lUjrique, translaté de latin en françois par le poL'graphe ; puis L'histoire et Recueil de la triumphante et glorieuse victoire obtenue contre les séduyctz, et abusez Luteriens mescréans du pays Daulsays^ ouvrage auquel nous avons fait de si nombreux emprunts dans un des chapitres précédents.

(1) Y. L'histoire et recueil de la triumphante et glorieuse vietotre. etc., 6* fenillet liminaire r*.

(2) Ce précieux volnme, oni a conser^'é sa reliure primitive, ae trouve maintenant â la bibliothèque publique de Nancy, cabinet àm mas., n^ 20.

Volcyr publia encore, en 1531, la Chronicque abrégée Par petits vers huytains des Empereurs, Roy s ^ et ducs Daustrasie: Auecques le Quintemiery et singularilez du Parc d'honneur; en 1532, on Traité de dévotion, cité par quelques auteurs, mais dont on ne possède plus un seul exemplaire ; en 1 535, une traduction française des Scriptores de re militari, savoir : Flave Végèce René, homme noble et illustre, du Fait de guerre et fleur de cheualerie ; Sexte Jule Frontin, des Stratagèmes ; Aelian, de r Ordre et instruction des batailles ; Modeste, des Vocables du fait de guerre ; pareillement cxx histoires concemans le fait des guerres; en 1540, une version du Commentaire de Paul Jovius, des Gestes des Turcs, origine de leur empire, les Vies de tous leurs empereurs, ordre et discipline de la milice et chevalerie turcique ; enfin, la même année, une traduction du livre de maître Michel Lescot intitulé La Physionomie. Ces productions, et quelques autres qui n'ont pas vu le jour, prouvent que Volcyr méritait le titre de polygraphe qu'il s'était décerné lui-même ; mais leur extrême rareté a porté un coup mortel à la réputation d'un auteur digne d'être mieux connu. Plusieurs de ses écrits sont fort utiles pour l'étude de notre histoire ; la Mêlation de la guerre des Rustauds est ce que l'on a de plus exact et de plus complet sur cet épisode de nos annales ; le traité des Singularitez du Parc d'honneur renferme des renseignements nombreux sur les produits de l'industrie de la Lorraine pendant la première moitié du XVI* siècle ; en décrivant le baptême d'un fils du duc Antoine, Volcyr nous a conservé le souvenir des cérémonies et des fêtes qui accompagnaient le baptême des enfants de nos ducs, et ces détails sont d'autant plus précieux que nos chroniqueurs les avaient complètement passés sous silence. Le style du polygraphe a été l'objet de plus d'une critique; on a dit qu'il manque de précision, de clarté, et qu'il n'est pas toujours exempt de recherche. 11 faut aussi ajouter que Volcyr cherche trop à faire parade de son érudition ; il

l'emploie à temps et à contre-temps, il en use et il en abuse; ses ouvrages fourmillent de citations et de digressions, qui ralentissent le récit d'une manière fâcheuse et rendent fatigante la lecture de livres d'ailleurs estimables.

Cependant, et malgré les défauts du naïf t hystorien i d'Antoine, nous regrettons qu'il n'ait pas donné suite an projet qu'il avait conçu de rédiger les annales de la Lorraine. Le temps seul parait lui avoir manqué pour réaliser ce dessein ; car Volcyr se croyait capable de l'exécuter à la satisfaction de ses compatriotes ; et en effet, nonobstant les méprises et les bizarreries que ce livre n'aurait pas manqué de présenter souvent, il aurait offert des secours aux historiens modernes, et il aurait surtout rendu grand service aux contemporains de l'auteur, qui ne possédaient d'autre essai sur l'histoire générale de leur pays que le roman publié par Symphorien Champier, premier médecin du duc Antoine, sous le titre de Recueil ou croniques des hystoiret des royaulmes dausirasie^ ou france Oi'ientale dite a présent lorrayne^ De hierusalem, de Cicile ; El de la duché de Bar; Ensemble des sainctz coiites et éuesques de toulx ; contenant sept Hures tant en latin que en françoys (\). ChvLmoieT^îii dans un bourg peu éloigné de Lyon, ne connaissait pas l'histoire de notre pays, lorsqu'il vint s'y établir, et on ne voit pas qu'il ait fait des recherches bien étendues pour éclaircir les difficultés qu'il rencontra ; mais son imagination, qui était très riche, loi tint lieu de science. Il n'entre pas dans le plan de notre travail de faire connaitre, même en abrégé, les rêveries du médecin lyonnais ; toutefois, nous devons rappeler qu'il adopta le système qui fait descendre nos ducs de Guillaume de Boulogne, de Charlemagne, et même d'Adalbéron, prétendu fils de Clodion-le- Chevelu.

Ce système, quoique absurde, était trop simple pour plaire i^

(1) Lyon, 1510, petit in f».

Richard de Wassebourg, achidîacre de Téglise de Verdun, qui donna, en 1546, un gros yolume in folio intitulé : Les antiqvUez de la Gaule Belgicque^ Royaulme de France, d'Austrasie et Lorraine j etc.; Avec plusieurs Epithomes^ et sommaires, es vies des Papes; Empereurs, Moys et princes , etc., depuis Jules Caesar iusques à présent. Plus hardi que Champier, Wassebourg ne craignit pas d'assigner à la famille ducale une origine plus antique. D'après Tarchidiaci-e, le dictateur Jules César eut une sœur nommée Germania, qui épousa Charles Inach, fils de Godefroy roi des Cimbres. Elle fut mère 1** d'une fille, qui, après divers événements tragiques, épousa un officier romain, Salvius Brabo, auquel César abandonna le district des Gaules connu plus tard sous le nom de Brabant; et 2" d'un fils, appelé Lother, qui fut la tige de nos princes, et dont les états devinrent le Lotharii regnum ou la Lorraine.

On ne trouve guère plus d'érudition et de bon sens dans Les

généalogies des très-illustres et três-puissans princes les ducz

de Lorraine, Marchis, auec le discours des alliances et traitiez

de mariage en icelle Maison de Lorraine iusques au duc

Françoys, dernier décédé, ouvrage du roi d'armes Émond du

BouUay (1) ; mais les autres livres de ce fécond écrivain sont

bien supérieurs à celui-là; car ils décrivent, pour la plupart,

des événements ou des cérémonies dont l'auteur avait pu être

témoin, et l'on y rencontre des renseignements aussi curieux

que multipliés sur les règnes d'Antoine et de François. Tel est

le mérite qui recommande La vie et trespas des deux Princes

de Paix, le bon duc Anthoine et saige Duc Françoys, premiers

de leurs noms. Ducs de Lorraine ; Ensemble les Roy ailes et

très-exeellentes cérémonies observées et accomplies à leurs

funérailles et enterrement (2); Le très-excellent enterrement

^u très^hault et très-illustre Prince, Claude de Lorraine, duc

(1) Metz, Jean Palier, 1547, in-4o.

C^) Metz, Jean Palier, 1547, petit in-4».

de Gtnse et d*Aumalle, pair de France (1) ; et le catholicqut enterrement de feu Monsieur le Réuérendissime et Illustrissimt Cardinal de Lorraine (2).

Les mêmes qualités distinguent quelques autres productions moins étendues que les précédentes ; savoir : Le Dialogue de Joannes Lud, secrétaire de René II, sur l'histoire de notre pays pendant la seconde moitié du XV* siècle (3) ; laVte du due Antoine par Jean Herquel ou Herculanus, chanoine de Saint-Dié, et les Annales de cette église par le même dignitaire (k).

Le clergé lorrain, des rangs duquel étaient sortis quelquesuns des écrivains qui viennent d'être passés en revue, fournit aussi, à la même époque, deux théologiens estimés : le Père André, Franciscain, natif de Neufchàteau, surnommé le docteur très-ingénieux, et auteur de Commentaires sur Boëce et sur le Livre des sentences de Pierre le Lombard (5); et Jean Raulin de Toul, docteur en Sorbonne, principal du collège de Navarre, puis religieux de l'abbaye de Cluny. Raulin travailla beaucoup à la réforme do l'ordre de saint Benoît et laissa quantité d'ouvrages de théologie, que l'on a réunis en six volumes in-8° vers le milieu du XVII* siècle, mais dont la plupart avaient vu le jour précédemment (6).

(1) Paris, 1550, petit in-S».

(2) Paris, 1550, petit in-S». Plusieurs opuscules d'Emond du Boullav sont restés manuscrits, et nous en avons vu dans les bibliothèques de MM. Beaupré, Marchai, curé de Saint-Pierre, et de Metz-Noblat.

(3) Dom Calmet s'était proposé de faire imprimer cet opuscule dans la seconde édition de son Histoire de Lorraine, mais l'écrit de Joannes Lud n'a paru que depuis un petit nombre d'années.

(4) L'histoite d*Antoino est imprimée dans l'ouvrage de Dom Calmet, et celle de Saint-Dié dans les Sacrœ antiquitatis monumenia de Hugo, t. I,p. 171 et suivantes.

(5) Ce dernier commentaire a été imprimé à Paris, par Jean Gratien, in-f». V. Oudin, De scriptoribus JScclesiœ antiquis, t. III, p. 699 ; Calmet, Bibl. lorraine, col. 46.

(6; V. Fabricius, Biblioth. médias et infimœ latinitatis^ t. III, p. 353.

Page 1