‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 19 sur 23 · SUITE DU RÉGNE DE CHARLES · texte numérisé non relu

SUITE DU RÉGNE DE CHARLES

La Deulralité que le duc de Lorraine obsenra, comme noos venons de le voir , pendant les premières guerres de religioD, ne doit pas faire supposer qu'il regardait avec indifférence la lulle qui ensanglanlait l'Europe. II applaudissait aux efforts tentés pour rétablir la religion catholique dans les pays oà Thércsie avait triomphé, cl s'il ne réclama pas dans ces entreprises une part plus considérable, c'est qu'il en fut empêché par le peu d'étendue de la Lorraine , par le manqie d'argent et par les dangers que notre patrie courait ellemême. On répandit toutefois, vers l'année 1578, le bruit qve Charles III avait, de concert avec le duc de Guise et Doo Juan d'Autriche , gouverneur des Pays-Bas , résolu de ftire une descente en Ecosse , pour envahir ensuite l'Angleterre, délivrer Marie Stuart et détrôner Elisabeth. On ajoutait que Don Juan épouserait Marie, et que Ton marierait Jacques fils de cette princesse à une des filles de Charles III; on disait encore que , pour former le noyau de l'armée destinée A celte entreprise, on devait lever en Allemagne huit ou dix mille hommes , sous prétexte de renforcer les garnisons espagnoles qui occupaient plusieurs villes d'Afrique , et que le roi Phi-

lippe II prêterait une flotte pour transporter l'armée sor les côtes de la Grande-Bretagne (i).

Ces projets étaient probablement supposés, mais le moment approchait où Charles III allait se trouter contraint de se mêler des affaires de la France. On avait espéré pendant longtemps que Ton parviendrait i arrêter les progrés dtt calvinisme; néanmoins , la politique incertaine de Catherine et de ses fils avait tellement augmenté le mal, que Toii' ne savait plus quel remède employer. Les princes de la maison de Guise considéraient avec douleur ce déplorable état de choses, et ils décidèrent de ne rien négliger poor conserver la suprématie au catholicisme dans le royaume de saint Louis. Ce n*est pas ici le lieu de rechercher si des motifs moins louables animèrent les princes lorrains, et si Tambition de monter sur un trône qui devait bientôt devenir vacant eut de Tinfluence sur leur conduite; mais» quelque soit le jugement que Ton porte sur des hommes aussi recommandables par leurs talents que par leurs vertus, on est forcé d*admettre que le désintéressement inspira d'abord le duc de Lorraine lorsqu'il donna son adhésion aoz projets de ses parents ; et l'aide qu'il leur prêta fut d'autant plus généreux qu*en fournissant au duc de Guise les moyens de se faire reconnaître comme successeur de Penri III, Charles contrariait les vues de Catherine de Hédicis, qui avait, dit-on, formé le dessein de ménager la couronne de France aux enfants de sa fille Claude, épouse du duc de Lorraine.

On prétend que la première idée de la Ligue fut conçnoi pendant la tenue du concile de Trente, par le cardinal de Lorraine, qui communiqua ses plans au pape Pie IV et au roi

(1) Papiers de Simancas, série B, liasse ii, n» lii, liasse ^, ii<^ i6 , et liasse 47, n» i7, cités par M. Mignet dans le Journal des savants, année 1844, p. 463-465.

d'Espagne. Le cardinal regardait son frère, François dac de Guise, comme naturellement appelé à diriger Tentrei^rise , cl la mort de ce prince, assassiné par Poltrot, obligea de tout ajourner; ce fut seulement vers l'année 1577 que Ton s'occupa sérieusement d'organiser entre les catholiques français une fédération, qui devait avoir pour résultat de préserver leur patrie d'une subversion complète. Henri duc de Guise fol l'âme de l'association qui s'étendit, avec une prodigîeose rapidité, dans la plupart des provinces du royaume. Les hislariens ont signalé comme un des agents les plus actifs de ee prince l'avocat David, dont l'éloquence entraîna bien des personnes et des corporations sur lesquelles on n'avait pas cru pouvoir compter; mais ils auraient bien fait d'ajouter qu'il fut secondé fortement par un jésuite lorrain, le P. Claude-Gérard Mathieu, natif de Gugney. Cet homme infatîgable se chargea de faire tous les voyages que demandait la réussite de l'affaire ; il se rendit même à Rome dans ce bot et parvint à obtenir pour la Ligue l'approbation du pape Gré^ goire XIII (1).

Le roi avait d'abord , et pour détourner l'orage , consenti à signer lui-même l'engagement pris par les catholiques, nais au bout de quelque temps sa politique changea ; il favorisa de nouveau les Calvinistes^ et les princes lorrains résolurent de prendre des mesures plus efficaces pour obliger Henri III à gouverner d'après leurs principes. En 1584, ils se réanircnt à Nancy , sous prétexte de visiter Charles III leur parent, eC, pour ne donner d'ombrage a personne, ils tinrent secrètement une conférence dans la maison de campagne du sieur de Bassompierre, laquelle était située dans un endroit assez désert, au milieu du vallon de Boudonville. On y compta, outra le duc de Lorraine et les agents du roi d'Espagne, les dncs de Guise, de Mayenne et de Nevers, le cardinal de Gaise, le

(1) V. Calmct, Bibl. lorr., tupplém., col. tfOet 81.

baroB de Senecey, Rosne, qui ftat pios tard nuuréelMl di France, Menneviile, Handreville et quelques autres gèolilthommes. Le duc de Guise prit la parole, peiguit sous les plus sombres couleurs la situation du royaume et déclara que, A son avis , il raliait se hâter d'employer les forces de l'association catholique pour remédier au mal. Tous les assi^ tants applaudirent à ce discours, et on eonviol de se réunir une seconde fois , le 31 décembre , dans le château de Joinfille. La plupart des personnes qui s'étaient troutées i l'assemblée de Nancy vinrent à Joinville, et on y vU de plus les ducs d'Aumale et d*£ibeuf , Jean-Baptiste Taxis , envoyé de Philippe II , et François de Ronserolles , représentant du cardinal de Bourbon. Après une mûre délibération , et considérant que le roi n'avait et n'aurait pas d'enfants , et que le roi de Navarre, premier prince du sang, faisait profession publique de Thérésie, on se décida i signer un traité (I) composé de vingt-deux articles, et dans lequel il était dll qu'après la mort de Henri III on reconnaîtrait comme roi le cardinal de Bourbon ; que ce prince renouvellerait l'alliaDce avec TEspagne , renoncerait b tout rapport avec les Turcs, interdirait en France l'exercice du calvinisme et ferait recevoir les canons et décrets du concile de Trente. Philippe II s'engageait personnellement à payer aux confédérés un subside de cinquante miHe écus par mois, tant qu'ils seraient obligés de rester en armes pour obtenir ce qu'ils demandaient, et il promit , nous ne savons trop pourquoi , que le duc de Lorraine garantirait le versement d'une partie de la somme. Les princes attendaient avant de dévoiler leurs projets qu'ils eussent touché le premier subside du roi d'Espagne ; mais^ au mois de mars 1585, il se forma dans plusieurs Ueui^ des rassemblements armés, et le cardinal de Bourbon publia

(i) Ce traité fut également signé, mais pltit tard, par les dues de Mertœm et de Nevers, qui ne se troovènat pti à l'aaaenMéi ds JoÎDviOe.

un manifeste dans lequel il prenait la qualité de premier prince du sang, donnait le titre de lieutenants-généraux de la Ligue aux ducs de Guise et de Lorraine, et faisait connaitit les noms des souverains qui devaient prêter aide et secoan aux catholiques français. Le duc de Guise s*était rendu à Oiilons, dans son gouvernement de Champagne, dès le âO mars, et il y réunit une armée de six mille hommes, français, allemands et lorrains. Charles III se déclara alors ouvertemcal pour les confédérés, leur fournit deux cent mille écos, lear envoya un régiment d'infanterie, commandé par le sieur de Lénoncourt, bailli de Saint-Mihiel, et les encouragea fortement à exécuter le dessein qu'ils avaient conçu de se rendre maîtres des villes de Metz, Toul et Verdun (1). On ne perdit pas de temps en pourparlers, et le capitaine Saint-Paul enleva aussitôt le ch&tcau de Wimbcy, qui faisait partie du temporel de Verdun, et qui était occupé par une garnison française. Le sieur de Lieudieu, commandant à Verdun pour le roi, chargea le capitaine Gargas de reprendre Wimbey. Gargas y réussit, mais Guitaud, un des lieutenants du duc de Guisev et le sieur de Saintignon, bailli de Verdun, s'abouchèreit avec ce capitaine, qui consentit à se joindre aux Ligueurs, i la condition qu'on le maintiendrait dans le commandement. Lieudieu , effrayé de cette défection , tâcha de mettre Verdm à Tabri d'une surprise ; ce fut sans aucun succès ; le 17 avril, les Ligueurs se montrèrent à peu de distance des murs ; le lendemain, ils tirèrent c quelques canonades », et le jour suivant, Guitaud pénétra dans la ville à Timproviste, avec un petit nombre d'hommes déterminés, soit qu'il en eût trouvé les portes ouvertes, soit que les amis qu'il avait parmi les habitants lui en eussent livré une. Lieudieu, prévenu de Tévènement, rassemble la garnison, convoque la milice bourgeoise et se dispose à repousser Guitaud , qui, trop faible

(1) V. Calmct^Uiit., t. H, col. 138i-1588.

pour cDgager un combat dans les rues, s'csl reiraiiché dans une VQSIe maison. On Hllait en venir aux mains, lorsque Saintignon, (juc ses infirmilés empêchaient de marcher, se fait porier sur une chaise au milieu de la place, ei harangue les bourgeois avec lani d'à-propos qu'ils ehiinJonnenl le commandant ; les soldats les imitent pour la plupart, et Lieudieu est contraint de se rt^rugier dans son holel, où on l'assiège jusqu'à l'arrivée du duc de Guise, qui ordonne de le laisser partir librement. Celle conquête ne coûta que trois hommes aux Ligueurs : le capitaine Fléville et deus soldats ; un cha- Doine périt aussi au milieu du tumulte (1).

Le duc, après avoir conlid à Guilaud le gouvernement de Verdun, quilla celle ville el s'avança vers Toul, pendant que ses lieutenants entraient à Mézières. Les chanoines lui remirent leurs forteresses de Void el de Vicherey, el, peu de jours après, Tout lit sa soumission. Les Ligueurs se Irouvèrent ainsi maîtres de tous les pays arrosés par le cours supérieur de la Meuse et d'une partie du bassin de la Moselle, el ils inlerc épièrent complètement les communications enlrc l'Allemagne et les provinces qui reconnaissaient encore l'aulorité du roi. Celui-ci venait de charger Gaspard de Schomberg, comte de Nanleuil, de se rendre auprès de plusieurs princes allemands et de négocier l'envoi d'un secours considérable. Schomberg parvint à gagner Jamelz, et le baron de Schélandre, qui commandait dans cette place, lui fournît une escorte fort inutile ; car tous les passages étaient si bien gardés, que l'envoyé français fui obligé de rétrograder et de s'arrêter à Briey. Le sieur de Lénoncourl, averti de celte circonstance, accourut à Briey, arrêta Schomberg, le conduisit à Verdun,

(1) V. Drief et véritable discours de la Guerm cl S'iigc de la Ville el Chislesu de Jameli, le Sieur de Schélaiidrt^ y commandinl ; 1990, in 8°. Ce livTcl eil l'auvngc d'un prolesUnl oonuiif Je«D de Srafficr.

l'y retint pendant trois semaines et lui enjoignit ensuite de retourner vers le roi (i).

Le duc de Guise désirait ardemment réduire la cité de Metz, « et les Lorrains, dit Jean de ScoiBer, aYoient celle » affaire en grande recommandation, estimans bien qu*UDe si » puissante ville, et si avant dans leurs Pais, viendroit bien 9 à propos pour cstablir leur Roïaume d*Austrasie, qa*ib » avoient imaginé en leurs entendemens ». Le duc dTpemoi, gouverneur des Trois-Evèchés , se trouvait en France, et ne pouvant ou ne voulant aller s'enfermer dans Metz, il y dépêcha deux gentilshommes de confiance, qui parvinrent i y entrer le 22 mai. Us expulsèrent sur-le-champ les capitaina dévoués à la Ligue ; néanmoins , le duc de Guise, qui avait concentré ses troupes autour de la petite ville d*Etain, et venait d*ètre renforcé par un corps de six mille relues et lansquenets, se mit en route le 26 mai, dans la soirée, afin de tenter un coup de main ; mais il apprit bientôt que ses intelligences étaient découvertes, et que la garnison et les bourgeois calvinistes se tenaient sur leurs gardes. Peu de jours après , les Ligueurs attaquèrent soixante*dix soldais d'élite que le duc d'Epernon avait envoyés, sous la condaite des sieurs de Montmas et de Romefort , pour augmenter h garnison de Metz, et les prisonniers prirent parti avec leon vainqueurs (2).

Cette action fut , au reste, la dernière de la courte campagne de 1 58;). L'opinion publique se prononça avec tant de force en faveur de la Ligue, que Henri III, malgré la répagnance qu'il éprouvait, ne jugea pas prudent de prolonger sa résistance et signa, le 7 juillet, la convention de Nemoun, où il était dit < qu'il seroit faict un édict perpétuel et irrévo- » cable par lequel tout exercice du calvinisme seroil défeoda.

(1) V. ibid.

(S) V. ibid.

> et déclaré qu'il n*y auroit doresosTant dans le royaume

> autre exercice de religion que de la eathoUoqoe, apoato- 9 licque et romaine ». Le roi approuvait ce x|ui avait été bit par les princes , prélats , seigneurs, villes et communautés. Les gouverneurs généraux et particuliers , ainsi que les offi* ciers royaux, étaient maintenus dans leurs charges, et les chefs de la Ligue obtenaient V une indemnité de cent vingtun mille six cent quarante-huit écus, 3* des places de sûreté, dans lesquelles ils pouvaient mettre des commandants et des garnisons de leur choix. Le duc de Guise eut Châlons-snr- Marne, Saint-Dizier, Toul et Verdun, et de plus il lui convenu que la citadelle de cette dernière ville, qui semblait menacer les bourgeois plutôt que Tennemi, serait rasée, et que le roi donnerait cent mille écus pour en construire une autre. Quoique le duc de Lorraine eût pris bien peu de part à cette première démonstration, il ne laissa pas de figursr dans le traité ; Il cautionna Henri , qui lui donna une compagnie de cinquante hommes d'armes, et promit de solder dix gendarmes et quinze archers destinés à la garde de Charles IH (i). Les lansquenets furent reconduits à la frontière et licenciés , mais le roi manifesta Fintention de garder à son service les reitres, pour les employer dans la guerre que Ton allait entreprendre contre les protestants ; malheureusement^ il n*avait pas d'argent à leur donner, et les chefs de ces mercenaires : c les sieurs de Schomberg, feltre-ma- » reschal, Charles comte de Mansfeld, Bassompierre , Man- • desloc, Ottoplosto et autres », réclamaient impérieusement une somme de cent-vingt mille écus. Le duc de Lorraine vint de rechef au secours du roi et donna aux reitres son cautionnement^ dont ils voulurent bien se contenter (â).

(1) V., au Trésor des chartes, le Compte sixième rendu à la chambre des comptes de Lorraine, par le sieur Estienne de Poggio, pour les aonéet 1599 et 1600; v. aussi Calmet, ibid., col. 1389 et 1390.

(2) V. Layette EtatêGénérmuB, Fiefê et DémombrmimUê, n'* 21.

L'approche d*une lutte dangereuse engagea Charles 01 à redoubler de précautions pour mettre la Lorraine à Tabri de rhérésie. Le 17 décembre 4585, il prescriTil aux Calvinistes el aux Luthériens d^abjurer dans un délai de vingt jours et d'ci apporter Tallestation , ou de quitter le pays imoaédiatement, avec défense d*y rentrer sons les peines les plus séyéres. Ds devaient vendre leurs biens dans les deux mois qui suivraieat leur départ; faute de quoi, ces biens seraient inventoriés el saisis par la justice, pour en être disposé par Son Altesse^ selon son bon plaisir (1). Plusieurs lorrains prirent, i II suite de cette ordonnance, le parti de s'expatrier, mais ils n tardèrent pas à s'en repentir et demandèrent rautorisatioi de revenir chez eux. Le duc, touché dé leurs sollicitations, permit de rentrer en Lorraine à tous ceux, • tant relaps 9 qu'autres > , qui auraient fait acte de soumission, et donna main-levée des biens saisis. En même temps, il renouvelle l'injonction de partir contre < ceux qui d'une malice , dorelé 9 et désobéissance délibérée^ demeurent obstinez en leur 1 hérésie, et ne sont retournez en l'Eglise, ny ont abjiré 1 leur erreur, suivant les ordonnances >. Le délai accordé précédemment pour disposer de ses biens meubles était rédait à quarante jours ; on défendait aux protestants de contracter aucune dette ; on leur accordait un délai de trois mois pov recouvrer leurs créances, « et quant à leurs maisons, terres,

> héritages et autres choses sortans nature d'immeubles, ili

> demeuroient saisis et régis par commissaires , les fruieti el

> revenuz desquclz néantmoins appartenoient au Duc et an

> Hauts-Justiciers > (2).

Il ne suflisait pas d'expulser les Calvinistes pour préserver la Lorraine de tout péril ; il fallait encore lever des troapcs

(1) V. Rogëville, ibid., l. I, p. 570.

(2) Cette urdonnance, qui est datée du 22 mtrt 1587 el encore d'autres dis|)osition3 , est imprimée ibid., p. B70-57S.

nombreuseSi, afin de couvrir les firontiëres el d'eOToyer des secours aux catholiques français. Les Etats-Crënéraux , qui avaient, au mois d'avril 4585, autorisé la perception d*un aide extraordinaire de deux écus au soleil sur chaque conduit (i), furent réunis une seconde fois, sur la fin de la même année, et votèrent pour six ans un aide de quatre francs barrois par conduit, lequel aide fut levé par les sieurs de Savigny et de Lénoncourt, députés des Etats, et par Nicolas Grennetaire, commis de Son Altesse (2).

Les princes lorrains, et Charles III en particulier, avaient eu maintes fois à se plaindre du duc de Bouillon. Ce dernier, qui faisait profession du calvinisme, avait tenté de Fintroduire dans Tévèché de Verdun et dans les contrées voisines ; et la ville de Sedan, capitale de sa principauté, était regardée, avec raison, comme un des boulevards de Thérésie. On résolut en con^quence de faire, s*il était possible, la conquête de ce petit [lays, el le soin d'exécuter la décision fut confié à Charles IIL Le duc de Bouillon, se doutant de ce qui Tattènidait, ne négligeait rien pour prévenir ou écarter le danger. Dés le mois de mai 1585, il avait augmenté les fortifications et la garnison de Jametz, qui était la clé de ses états du côté de la Lorraine, et il avait remis le commandement de la place à Robert de Thin , baron de Schélandre , oflBcier trèsexpérimenté. Au mois de février suivant , un corps d'armée , formé de français et de lorrains, s'avança du côté de Mouzon, et s'empara, le 25, du bourg de Douzy (3). Encouragé par ce premier succès, Charles se disposa à marcher lui*mème contre l'ennemi, et, le dernier jour de février, il prescrivit aux

(1) V. Layette Etaiê-Générauxy ii, n« 17.

(2) V., à la bibl. de Nancy, le ma. n9 27 C, pièce 15.

(3) On publia, à cette occasion, un livret intitulé : L'histoire et le discours de la grande défaite des Uéréiicques, ei la prise d« Dooiy, exéeotéo par le capitaine S. Paul.

gentilshommes c de se tenir prêts en armes > (i); toutefois, ar la nouvelle que Tinvasion projetée rencontrail des obstada de plus d*un genre, il resta dans sa capitale, où il eut, m mois d^avril, une conférence avec le duc de Guise. La gœm continuait sur la frontière. Les protestants se rendirent maîtres de Rocroy, dont le gouverneur fut tué, et firent des coana dans la partie septentrionale du Barrois; mais ils furent vigoireusement repoussés par le bailli de Saint-Miliicl. Le doc de Guise reprit Rocroy, le 24 décembre, chassa les Calvinisla de Raucourt et de Douzy, où ils étaient rentres, el vint bloquer Sedan, au mois d*avril 1587. Le duc de BonilbM demanda alors une suspension d*armes, que son adversaire préoccupé d'affaires beaucoup plus importantes, s'empressa de lui accorder, et qui fut prolongée jusqu'au mois de janvier 1588. La trêve était à peine conclue, que le duc de Booilloo quitta Sedan pour aller joindre Tarmée protestante qui s'assemblait en Alsace, avec Fintention d'entrer en France. Elle espérait rencontrer, dans la vallée de la Loire, entre Kevend Orléans, le roi de Navarre, qui jusqu'alors avait soutenu b lutte avec succès dans la Guyenne et les provinces voisines. Le corps qui sortit de Sedan, le 23 juin, se composait de quatre cents cavaliers et de sept à huit cents arquebusiers Il traversa le pays messin , où il commit des brigandagtf de toute espèce (2), entra en Alsace au mois de juillet el y trouva un rassemblement de protestants français , venus kl uns de Genève, les autres de Montbéliard. On vit bienltt arriver les Allemands et les Suisses, et l'armée compta prii de trente mille hommes, selon le calcul de Jean de ScoiEcr, plutôt porté a diminuer qu'à exagérer les forces de ses coreligionnaires (3). Cependant d'autres écrivains n'évalneni ccUt

(1) V. le recueil de Reboucher, p. 371.

(2) V. Hist. de MeU, t. III, p. 12i et 125.

(3) V. Brief et véritable discours etc.

armée qu'à vingt-cinq ou Tingt-siz mille combattants (1). H y avait dix ou onze cornettes de cavaliers firançab; dix compagnies d'arquebusiers à cheval de la même nation; vingtneuf cornettes de rettres; cinquante-une enseignes de suisses, savoir seize de Berne, seize de Zurich, treize de Bàle, six des Grisons ; cinq mille lansquenets armés de piques et portant des corselets, et quatre mille arquebusiers français divisés en trois régiments. Les protestants avaient de plus dix-neuf pièces de canon, train d'artillerie formidable pour l'époque. Quoique le duc de Bouillon fût regardé comme le lieutenant et le fonde de pouvoirs du roi de Navarre, il n'obtint pas le commandement de l'armée, et on investit heureusement de cette charge le baron de Dohna, seigneur allemand, homme incapable de diriger une armée aussi nombreuse, et qui ne connaissait aucunement le terrain sur lequel il allait porter la guerre (2).

La nouvelle de préparatifs aussi considérables avait répandu la terreur dans toute la Lorraine , et l'on ne supposait pas que le duc fût en état de tenir tète à l'orage. Il n'avait pas perdu un instant pour avertir Henri III de ce qui se passait', et le roi avait ordonné de rassembler, dans les environs de Sens, une armée composée de soixante-huit compagnies de cavalerie, dix mille hommes d'Infanterie française, douze mille suisses et quatre mille allemands, avec douze pièces de canon. Il chargea, en même temps, le duc de Guise de réunir dans son gouvernement de Champagne une seconde armée, ou pour mieux dire an corps formé de quelques régiments d'infanterie et de vingtcinq compagnies de cavalerie. Le duc pouvait, avec ces

(1) V. Ayertissement sur les Evéoemeos noUbles à la Cour, dau les Mémoires de la Ligue, t. II, p. 209. L'auteur calvinîste de l*opiiseale intitulé : Armée des Allemands et Oragea en France, évaloe Famiée protestante à trente-cinq mille hommes ; v. Mém. de la Ligue, ibid., p. SII4.

(2) V. ibid.

forces, défendre les frontières de la Champagne ou opérer sa jonction avec Charles UI. Ce dernier s'occupait ac(i¥ement de mettre la Lorraine à mémo de résister aux prolestants. U avait levé à la hâte huit régiments d'infanterie et dix-hiil compagnies de cavalerie; mais ces corps étaient peu nombre», et on estime que, en y comprenant les troupes que le duc entretenait auparavant , Tarmée lorraine proprement ditenes*ékfait qu*à sept mille hommes de pied et quinze cents vaux (1). Comme Charles comprenait bien qn*il lui fallait cavalerie plus redoutable, il chargea Georges Chrétien de Châtenoy < de se transporter en Italie, i Teffet de tnilcr » avec tels capitaines qu*il Irouveroit les plus propres » {f^ et il s'arrangea avec le comte Charles de Mansfeld rainé, qa promit de lui amener douze cents reitres, conduits par quatre capitaines et quatre cornettes (3); et avec un autre colonel allemand, lequel s'engagea à fournir mille reitres, à conditiou qu'il recevrait onze cents florins par mois, et que le due payerait, également tous les mois, trois cents florins au lies* tenant-colonel et aux capitaines, quatre-vingt-cinq aux lîeitenants^ et quatorze à chaque cavalier (4). Charles atail demandé du secours au roi d'Espagne et à Tévèque de Lîjfe. Celui-ci envoya peu de monde, mais Alexandre Farnèie, dv de Parme et gouverneur des Pays-Bas, prescrivit an uian|Éii de Uaurcch de se rendre en Lorraine avec deux mille baïaisins italiens, quatre cents lances wallones et six ou sepi eealf chevau- légers (5).

En mémo temps, le duc de Guise, jugeant que sa préacDee était beaucoup plus utile en Lorraine qu'en ChampagMv joignit ses troupes u celles de son cousin. Les deux armées

(1) V. Avertissement sur les Evénement notables, ibid., p. 908 cl M.

(2) V. lo registre des LeUrcs-t*a(entcs pour Tannée 1980, ^ 331.

(3) V. Lnyelte ElaU-Géniraux, II, a» 19. (i) V. Rogéville, ibid., t. Il, p. 73.

■Ji) V. Sconier. ibid.; ÂTertiHeoient sur les Evéneoieiii ele., p. Vt.

réunies formérenl un total de prés de Tingt mille hommes, el ees forces auraient suffi pour empêcher les protestants de franchir les Vosges. Malheureusement, elles ne se trouTérent pas concentrées dans le moment favorable, et Charles fot obligé de faire divers détachements pour garder les places les plus importantes. Le comte de Salm fut posté k Baccarat avec un corps assez nombreux; un autre fut mis sons les ordres d'African d^Haussonville , colonel de l'infaDterie lorraine, et des soldats furent disséminés i Sarrebourg, à Saint-Dié et ailleurs encore. Les chanoines de Saint-Dié, que la présence d*une petite garnison ne rassurait pas complètement, décidèrent que six ou sept des plus jeunes d'entr'eox visiteraient fréquemment les corps de garde et feraient des rondes sur les murailles, principalement pendant la nuit, afln de voir si les soldats et les bourgeois remplissaient leur devoir; et le chapitre^ considérant qu'une surveillance pareille devait beaucoup fatiguer ceux qui l'exerçaient, les exempta de l'assistance au chœur, tant que le danger n'aurait pas disparu (i).

Le duc de Lorraine avait réservé le gros de son armée pour couvrir SaiiU-Nicolas-de-Port et Nancy , car on craignait que leur richesse ne tentât les protestants. La vieille ville de Nancy était à Tabri d'un coup de main; mais les trois fanbourgs qui s'élevaient en dehors de ses murs n'avaient pas la moindre fortification , et comme Charles III mûrissait déjà le dessein, qu'il exécuta l'année suivante, de fonder une cité nouvelle, à côté de l'ancienne, il avait un notable intérêt à conserver les faubourgs Saint-Nicolas et Saint-Thiébaut, lesquels formaient plusieurs rues destinées à figurer dans la ville projetée. £n conséquence , on traça une enceinte provisoire autour de ces deux faubourgs , et Ton y travailla avec tant d'ardeur qu'elle fut bientôt c en estât de défense contrôla > plus grande armée et mieux artillée qui l'eust pu assaillir >.

(1) V. Essai chronol. sur les nMBBiti M^ypaelL Riehard, p. M.

Les protestants entrèrent en Lorraine par la Tallée de k Zorn , le 21 août , et marchèrent Ters Phalsbonrg , qui ëlak occupé par African d*Haussonviile. Celui-ci» trop faible pour engager une action , se replia sur Lorquin , après afoir détaché la compagnie du capitaine Des Poignantes pour reaforcer la garnison de Blâmont, et envoyé le capitaine JouTcaot à Lunéville avec cent cinquante hommes. Maîtres de Pbaltbourg, les ennemis se présentèrent devant Sarrebourg, doat le gouverneur eut la lûchcté de capituler à la première mation. Ils se divisèrent ensuite en deux colonnes. L' d'elles se dirigea vers Lorquin, a la poursuite du baroa d*Haussonville, et atteignit, près de Saint-Quirin, un régimal d'infanterie qui formait Tarrière-garde. Les Lorrains nepurcit éviter le combat , et , malgré la valeur et Thabileté de leor chef, Fouquet de la Routte, dont le nom se retrouvera prochainement sous notre plume, ils essuyèrent un échec, et on leur prit sept enseignes, qui furent portées à Strasbourg (1). Pendant ce temps , l'autre colonne s*était avancée jusqu'à Blamont et avait essayé, le oO août, d'enlever la ville par escalade; mais un jeune gentilhomme lorraia» Mathias Klopstein, qui y commandait, Gt une si belle défense, que les protestants furent obliges de renoncer à leur projet, après avoir perdu deux cents hommes. Ils passèrent pris de Lunéville , qu'ils n'attaquèrent pas , et gagnèrent le village de Dameleviére, devant lequel le duc de Guise s*élait posté avec une partie de ses troupes. On fut sur le point d'à venir aux mains; toutefois, le duc, qui aimait mieux harceler et fatiguer ses adversaires que d'engager une aciioa dont le succès était douteux, se tint sur la défensive. Les ennemis s'éloignèrent, incendièrent l'abbaye de Belchanp, franchirent la Moselle à Bayon et rejoignirent prés d'Haroaé

(1) V. Avertie, sur les £vènemen% p. 200; Epîtaphe de Fonqnrtét la Routte dan< régliM de Maml.

la colonne qui avait poursuivi le baron d'HaussoDTille , M qui Tenait de traverser la même rivière à Charmes ou daoi les environs. Toute rarmée protestante suivit la ligne de collines séparant la vallée de k Moselle de celle du Madon et se logea ù Pulligny et duos les villages voisins. Comme cette marclie la rapprochait beaucoup de Saint-Nicolas et de Nancy, le duc de fîuise, qui n'avait cessé de côtoyer l'ennemi pour l'empêcher de s'étendre dans la campagne et de se procurer aisément des vivres , le duc de Guise , disonsnous, se hâta de réunir ses troupes à celles de Charles III, et tes deux princes se rendirent dans le bourg de Poni-Saini- Vincent, situé au confluent de la Moselle et du Madon, et d'où ils pouvaient, avec une égale facilité, se rapprocher de Nancy ou de Saint-Nicolas, dans le cas où l'ennemi aurait menacé l'une de ces deux villes (I). L'armée catholique se mil en bataille sur la rive gauche du Madon, au pied de la haute colline qui domine Pont-Saint-Vincent (2). Son aile gauche s'appuyait à la Moselle et la droite s'étendait vers Bainville. Le moulin de ce village cl celui de Pont-Saint- Vincent servaient comme d'épaulcment aux deux extrémités de la ligne. Un corps assez considérable avait été laissé sur ta rive droite de la Moselle, entre Chaligny et Messein, pour ôler aux protestants l'envie de traverser la rivière. Le i^ septembre, ces derniers, qui avalent campé à peu de distance, se montrèrent sur les éminences Taisant Tacc s la colline Sainte-Barbe, rranchirent le Madon et chassèrent les détachements postés dans les deux moulins. L'action allait devenir générale, lorsque le duc de Guise, fidèle à sa prudente tac-

(1) V. Diaeovrs ample ellrès-v^rilsble, coDlenut les plus m foiu luenui en l'année mil cinq cens quitre-vingt el sept, lanl en l'Arni^e cammsndée par Slonsicur le Duc de (iu^se , i[U'en celle àei iliigaenali conduite par le Duc de fioûillnn, enuoj'H par vn guiUil -homme Franco» k la Royoe d'Angleterre ; 1S8B, petit in 8*.

(a) La colline que aurmonte remiitagB Sainte-Barbe.

T. II. le

tique, ordonna à l'année de/eculer pour oocoper une posiiim presque inexpugnable. La cavalerie se rangea en plusieon lignes sur le plateau, et Tinfanterie dans les vignobles qai tapissent la pente de la colline. On n'ayait d'abord vu sur le terrain que les Français et les Allemands; les Suisses paromt enfin, et les chefs de l'armée protestante assemblèrenl im conseil de guerre afin de décider s'ils livreraienl bataille. Le sieur de Guitry représenta avec chaleur que les confédérés né rencontreraient jamais une occasion plus favorable pov vaincre leurs adversaires. On en était séparé , disait-il , par un simple fossés que les éclaireurs avaient sauté sans peine ; la colline n'était pas d'un abord impossible ; l'on avait l'avantage du nombre ; l'armée' protestante était « frticbe et > gaillarde » ; et si, comme tout le faisait espérer» on remportait la victoire, on serait maître de la campagne et délivré de cette nuée de cavaliers qui n'avaient cessé de côtoyer les colonnes et d'assommer les traineurs. L'opinion de Gvitry était peut-être fort sage; < mais Ludovic Rumpf, mareschil » de camp des Rcistres^ lui fit entendre que s'il passoit le 9 fossé, il ne suivroit point et ne souffriroit que les siens » allassent à la charge, cependant que l'ennemi seroit snr h montagne. Ce propos mis en avant, il ne se troiva personne entre les ileistres qui conlredist a fadvis dodit Rumpf , hors le colonel Clodt qui désiroit en venir an niains^ remonstrant que si cette occasion se perdoit, il n'y avoil apparence de la pouvoir jamais recouvrer. AnsN h noblesse Françoise remonstroit qu'il estoit aisé et belle de monter la montagne et de deffaire l'ennemi, qui esloît (disait-elle) desjà demi en fuite ; que si on vouloit Cure devoir, ce jour là esloit la veille de la paix. Mais toutes ces remonstrances ne servoienl de rien (i). »

(1) V. Scoffier, ibid. ; Armée det Allemauds et Onges eaFkanee, p. 212.

Les deux armées demeurérenl ea présence l'une de l'aulrc le reste de la jouruée; ki ducs de tiuUc el de LoiTaini; avaient placé fteTQDl leur iitranierj'c un certain nombre d'arquebusiers à cheval, qui liraillèiciil jusqu'au suir; quand la Duil commença à tomber, les protestants traversèrent de nouveau le Madoo, rejoiguiicni quDire mille suisses et quelques cornetles de retires, qui liaient resit-s sur la rive droite de celte riviâre pour garder l'artillerie el les bagages, et ils allèrent ensemble camper sur le lerrsio qu'ils avaient occupé la nuit précédente. Les catholiques, de leur cAté, quillérent la colline Sainte-Barbe, se retirèrent uu delà de k Moselle vl se logèrent dans les villages de Maron, Cltaligny, Neuves- Maisons, Messein el Chaviguy , laissant seulement daus le bourg de Poot-Saint-Vincent le sieur de la Châtre, maréchal de camp, avec sa compagnie d'hommes d'armes et cinq ou six cents arquebusiers (1).

Les confédérés restèrent encore trois ou quatre jours dans le voisinage. Les Allemands et le: Suisses, ayant appris que les caves des villages de Maizières et de Vilerne étaient remplies de vin, y accoururent en foule et s'enivrèrent; La' Châtre, instruit de ce désordre , sortit secrètemeni de Pont- Sainl-Vincent et surprit ces pillards; les soldais français et lorrains ( n'eurent pas grand peine à en tuer ce qu'îte voa-

> lurent, à quoy ils ne s'espargnoient point, el en amenèrent

> infinis prisonniers; cela n'euipescha pas (la friandise du vin

■ faisant oublier le mal survenu et le danger présent) que le

■ lendemain ils ne reiournassciii en plus grand nombre > (3). Le relard que l'armée prolesianle mit à continuer son

chemin doit, selon les apparences, être attribué aux divisions de ses chefs. * Les François (calvinistes), rapporte un écri- » vain de la même secle, vouloicnl, à bon escient, faire la

(1) V. Dûeovn ample et trèi- véritable etc. ; Scoffitr, ibid.

(2) V. Diicovn ample et Irèi-viriuUe etc.

» guerre en Lorraine et disoienl estre tdie la volonté do Roy » de Navarre , aCn que ceux qui tant aisément allamoieat la » guerre se ressenlissenl de la pesanteur de ce malheur, et » principalement le Duc de Lorraine, Tun des principan * chefs de la Ligue >. Les Allemands et les Suisses» • foU » pour le voisinage ou autrement >, préféraient traverser rapidement le duché pour pénétrer dans la Champagne. Lear avis remporta (i) , et Ton se remit en route (â). Le duc de Guise suivit sur-le-champ Tarmée ennemie qui se dirigeait vers la Meuse , traversa Toul et Sorcy et harcela continoellement ses adversaires. 11 était accompagné du marquis de Pont-^-Mousson, Gis aine de Charles III, et de toute la cavalerie lorraine.

Arrivés à la Fauche, les protestants flrent une noovelle halte qui dura plusieurs jours. Ils venaient d'apprendre que le sieur de Chàtillon, qui cherchait à les rallier avec doue cents arquebusiers et une centaine de chevaux , était cerné dans un village , près de la Mothe , par un corps de ligoeon bien supérieur en nombre. Le comte de la Marck , frère di duc de Bouillon, partit pour dégager Chàtillon et y réussit, en sorte que ce dernier put rejoindre Tarmée (3). Elle fat encore renforcée, dans ce moment, par une compagnie de cavalerie, qui était partie de Jametz et avait parcouru le Barrois sans rencontrer d^obstacles (4) , par des gentilsh< français, et même, si nous ne nous trompons, par quelqi lorrains. Comme la saison était déjà assez avancée, elqat Ton pouvait craindre que le mauvais état des routes et la

(1) Il était partagé par plusieurs calvinistes fruiçais, et La !foiM fil parvenir h AÂrican d'Haassonville une lettre dfins laquelle fl déliai al que, ne voulant pas combattre Charles III, il avait refoié de ae jointe à l'armée qui allait traverser la Lorraine.

(2) V. Année des Allemands et Orages en France, p. SIS.

(3) V. ibid., p. 213; ScofKer, ibid.

(i) V. Scoffier, ibid.

des eaux ne contrariassent la marche de l'iDliinierie, le duc de Bouillon fit des instances pour que Ton ajournât rexpédftion projetée, et pour que les confédérés, au lieu d*enTahirtt pays où ils allaient rencontrer une grande résistance, prissent le chemin de ses domaines. Il alléguait que l'armée, après 8*y être refaite, serait plus en mesure de continuer la guerre, et il n'était pas fâché de trouver ce prétexte pour mettre sa principauté a Fabri d'une invasion, qu'il regardait comme inévitable. Mais les autres chefs répondirent quefon s'était trop avancé pour reculer et pénétrèrent dans iMjMiaoe dt Champagne (i).

La suite de l'expédition n'appartient pas à l'histoire de Lorraine , et il nous suffît de rappeler que les Allemands, battus dans les affaires de Vimori et d'Aulneau, et délaissés par les Suisses, qui avaient fait un accommodement séparé, prirent, dès le 24 novembre, le parti de retourner dans lear pays. Le 5 décembre , ils étaient près de Màcon , toujours suivis par le duc de Guise, et, le 8, ils obtinrent une capitulation qui leur permettait de regagner la frontière par le plus court chemin. Leurs généraux, « jouans entre eux à la » fausse compagnie » , les abandonnèrent , et le duc de Bouillon se sauva dans la ville de Genève, où il mourut peu de jours après. Le départ des chefs fut le signal de la déroule complète des Allemands ; ils se divisèrent en plusieurs bandes, et chacune tâcha de se réfugier en Suisse le plustèt possible ; mais les paysans , qui savaient combien ces étrangers avaient commis de dévastations lors de leur venue, leur tendaient des embuscades et massacraient sans pitié ceux dont ils pouvaient s'emparer. D'un autre côté, le dtic de Guise et le marquis de Pont-à-Moussoi», avec la cavalerie lorraine, marchaient derrière les débris de l'armée protestante et ne lui laissaient le temps de s'arrêter nulle part. Quatre

(i) V. Armée des Alleinands, etc., p. 812 et 215.

mille fugitifs à peine entrèrent en Suisse» et leur nombre c«l encore été bien plus petit si le duc de SaTohe ne les afah autorisés à passer dans la Bresse et le Bugey.

Quand la France fut complètement débarrassée de cette armée, dont les projets y avaient répandu une vive inquiétude, le marquis de Pont-à-Mousson et le duc de Guise se dirigèrent vers la Lorraine ; toutefois , comme Charles III n'arail pas beaucoup d'argent pour payer ses soldats, et que l'on n'était pas fâché de faire ressentir aux ennemis de la Lorraine quelques-uns des maux qu'elle avait endurés , les deux princes, après avoir fait occuper Pont-de-Roide par quelques cavaliers , afin d'empêcher que l'on fût instruit de leur approche, menèrent leurs troupes dans le comté de Mont* béliard, qui avait fourni aux protestants un contiogenl considérable. Les lieux fortifiés se défendirent, mais Jet campagnes furent ravagées, et plus de cent villages ou hameaux dévorés par les flammes. Après cette expédition» les soldats disaient • que mesmc les chats n'estoienl pas écbappei • de leurs mains > (i). Nous n'entreprendrons pas de faire l'apologie de pareils excès, et nous rappellerons senleoMit qu'ils furent commis moins par des lorrains que par des aventuriers, qui louaient alternativement leurs services aux deux partis , et que le marquis de Pont-à-Mousson et le duc de Guise, < en laschant un peu la bride > à leurs soidats, eurent pour but de faire voir aux ennemis de la Lorraine

(i) V. Scofller, ibid.; Discovrs ample et trèa-véritible ele. L*aiitMr calviniste d'un livret publié peu de temps après le pillage du eomlé de Montbéliard dit que les soldats enlevèrent le bétail et le mobilier et ajoolc : •• Ce qu'ils ne (louvoiedt emmener fut rendu inatile ; car, leurs fe » correspondant pas k leur rapacité, ils furent contruolf d'en " paû malgré eux ;.... ils mesièrent tout l'un parmi 1*autre, le n avec l'avoine, Torgc avec les lentilles, les poids (aie) aTec lea •• plusieurs y metloiont du sable et de la chaux ; d'autres • excr<^mons (saiiF révérence) dedans les las detdîctes grainct....

— M7 — que, s'ils voulaient éviter des représailles semblables, ils de- Taieol respecter eux-mêmes les lerriloires qu'ils traversoienl.

Certaios écrivains ont prétendu qu'une bande de retires, qui s'était séparée de bonne heure de l'armée proiesianle, s'était dirigée vers l'Allemagne en passant par le Barrois et le pays messin, el que, pour se venger du duc de Lorraine, elle avait commis aombrc de dévastations. Ils ajoutent que, après le pillage du comté de Montbéliard, le duc de Guise el le marquis de Pont-à-Uousson donnèrent la chasse à celte bande, el que leurs soldats firent encore bien du mai dans plusieurs endroits ; mais les ouvrages du temps ne mentionnent ni courses ni ravages, et il est à peu prés démontré que les écrivaios dont nous parlons ont commis quelque méprise (1).

A l'époque où ces Taits se seraient accomplis, h Lorraine était occupée a relever les ruines que les protestants avaient laissées derrière eux. On était néanmoins bien heureux d'avoir été débarrassé aussi facilement d'une armée formidable, et que l'on avait craint, un instant, du voir établir en Lorraine le centre de ses opérations ; et Charles III fit frapper nue médaille destinée à rappeler le souvenir de la rencontre de Pont-Saint- Vincent. Cette médaille ofire au droit la victoire portée sur un nuage, tenant d'une main une palme et de l'autre une couronne; au dessous le bourg doat il s'agit el un poot de trois arches défendu par deux tours, avec la l^ade iiu siBi pREnvH viRTvs ; au revers, l'écu de Lorraine timbré d'an heaume couronné et ayant pour cimier un aigle essorant, et dans le champ les écussons de Hongrie, Napics, Jérusalem, Aragon, Anjou, Bar, Gueldres, six croix de Lorraine et le millésime 1S87 (2).

(I) V. CBliiiel, IIÙI., t. Il, col. 1306; Hi<t. de Heli, p. 1». (3) Le millésime ne m voit pu lur la grivare de eella médaille doante iwr Calmcl, ihid., iDoonuei el KtMaillM, n' LIX. i.

Le duc de Guise, que l'on regardail, et avec reÎBOO, conuK le sauveur de la France, s'était hAtë de donner avis an roi d'Espagne de ce qui venait d'arriver, et Philippe II l'avail encouragé à poursuivre l'exécution de ses desseins. Les princes lorrains ne se dissimulaient pas, du reste, qn'ib avaient encore de nombreux obstacles à surmonter. L'araée protestante était vaincue et presque détruite; mais on savait que le roi de France supportait impatiemment ToseendaDt di duc de Guise ; qu'il avait donné, bien malgré lui, son assentiment à la Ligue ; qu'il négociait en secret avec le roi de Navarre, et que ses confldents l'engageaient à profiter de b première occasion favorable pour ressaisir toute son aotorilé et gouverner comme il l'entendrait. Les princes calholiqoet, voyant la nécessité de conjurer le péril, se réunirent à Naocj, dans les premiers jours de février 4588, et rédigèrent uo mémoire qu'ils adressèrent à Henri lU. Ce mémoire, renfermant onze articles, devait obliger le roi à se déclarer définitivement ; si Henri consentait à accepter les propositions qui lui étaient faites, les chefs de la Ligue prenaient, de concert avec lui, les mesures nécessaires à la réalisilion de leurs plans; si, au contraire, il rejetait ces propositions, oo st croyait assez fort pour agir sans lui et même contre lai. On demandait au roi de se joindre plus ouvertement à la Sainlt- Liguc; de faire publier les décrets du concile de Trente; d'établir une juridiction chargée de poursuivre les propagiteurs de Thérésie; de priver de leurs eharges et offices les personnes sur la fidélité et le dévouement desquelles s'élevaient des doutes bien fondés ; d'entretenir en Lorraine d dans les provinces frontières du royaume une armée destinée à prévenir une nouvelle invasion des Suisses el des Allemands ; et, pour subvenir aux dépenses qu'en traincrail l'adoption de ces mesures , de confisquer les biens des hérétiques el de leurs complices , et d'imposer une eontribolioo plus ou moins forte sur les individus qui avaient profesK k

calvîDisme. Henri III s'empressa d'envoyer à Nmcy M. de Beiliévre , un de ses hommes de conflanee, afin de ebereher quelque accommodement, ou pour mieux dire, dans le but d'amuser les princes catholiques, en attendant que Pon pAl^e débarrasser d*eux. Pendant ee temps, il introdaisèit des troupes dans les faubourgs de Paris, pour être en état de comprimer toute tentative ^insurrection, et, ayant appris que le duc de Guise se plaignait hautement de ces précautions et disait qu'on voulait le perdre, il lui fit intimer Vordre de ne pas venir à Paris. Le duc, vivement' ppairt jpir lies catholiques, qui ne comprenaient rien à ses scrupultSf partit de Nancy le 5 mai et entra dans la capitale , malgré la défense du monarque.

Peu après eut lieu la journée des barricades, qui rendit le duc maître de Paris et de plusieurs provinces. A la suite de celte affaire, Charles III se déclara ouvertement en faveur de ses parents (i). Sa prudence habituelle et l'incertitude du succès l'avaient empoché jusqu'alors de prendre parti d'une manière tout à fait tranchée ; mais il ne crut pas que l'honneur lui permit de rester neutre plus longtemps, et il fat encore conOrmé dans sa détermination par le commandear Moreo, qui vint, de la part de Philippe II, le prier de se joindre aux princes catholiques et lui offrir un subside meUfsue! de viogt-cinq mille écus (â).

On sait que la journée des barricades fut suivie de la convocation des Etats-Généraux dans la ville de Blois, et que le duc et le cardinal de Guise y furent assassinés par ordre de Henri 111, le premier le 22 décembre 1588, et le second le lendemain. L'événement fut connu à Paris dés le 23, dans h soirée, et les échevins, s'étant réunis sur-le-champ, écrivirent

(1) Il envoya alors au duc de Guise un conlingent de quatre jMOts lances. V. la pièce citée dans la note suivante.

(2) y., dans le cartulaire de la bibl. publ., p. 8{f7-86i, une noie de Claude Bardin, voué de Condé, envoyé de LomÛDe prés doteid'E^pegne.

— 2ÎM) —

aux différents membres de la maisoa de Lorraine pour la prévenir du coup qui venait de les frapper. La lettre adraaée à Charles III était conçue en ces termes : « Monseigiiear, » vous entendrez par la despescliede M. d*Aoiiiale le onl- » heureux acte commis en la personne de Monseigneur de

> Guise, ainsi que nous Tavons appris par deux eonirieis

> présentement arrivez. Cette nouvelle nous a resdoits ca » telle perplexité et affliction que nous ne tous en poavoai

> rien représenter. Ce 24* décembre, à minuit, 1588. » Le 16 février suivant, les chefs de la Ligue organisèrent à Vrnn un gouvernement provisoire , que l'on appela Conseil-gëoéial de rUnion, et qui fut présidé par le duc de Mayenne. La catholiques , bien que déconcertés un instant par la mort di duc de Guise, n'en poursuivirent pas moins i'exécatiott de leurs desseins , et la guerre s'alluma dans une grande partie de la France.

Le duc de Lorraine n*avait pas attendu ce moment poar entrer en campagne. On avait décidé, dans l'assemblée tena à Nancy au mois de février i 588 , que Charles HI tâcherait de conquérir les états du duc de Bouillon , qui était mort i Genève > le 41 janvier précédent, après avoir institué son héritière universelle Charlotte de la Harcksa sœur, e^ avoir choisi pour exécuteur testamentaire le sieur de la None, gentilhomme français aussi habile que valeureux. Le dae de Lorraine avait jugé à propos de licencier la plupart de sa régiments, après la dissolution de l'armée allemande; toalefois , comme on redoutait une nouvelle invasion des protestants, et que Ton se déflait de la sincérité du roi, il avait conservé quatre mille hommes d'infonterie et mille cavaliers; mais ces forces n'étaient pas suflSsantes, et le dae fut obligé de lever d'autres soldats.

Dans le but de maintenir la tranquillité è rintérienr pendant que les troupes lorraines porteraient la guerre aa dehors , Charles prescrivit aux baillis et aux prévàts d'appK-

qaer , avec rigueur, les disposilioBS d'one ordonnaDce , publiée le 4 janvier, et enjoignant de saisir les biens des hérétiques et des individus qui avaient favorisé le passage des prolestants , et d'emprisonner les personne qui pren* iraient les armes ou machineraient contre la Ligue (i). Il' songea ensuite à trouver Targent nécessaire pour conduire à bien Tentreprise dont nous parlons. Sur sa demande, le pape Sixte Y lui permit de lever une décime. sur les biens ecclésiastiques (2), et les Etats-Généraux, convoqués dans la ville de Nancy, au mois de mai, .s*empressérent d'accorder : i® un aide extraordinaire de deux écus au soleil sur chaque conduit; 2^ un million de francs barrois à payer par le clergé et la noblesse ; 3® le dixième des grains des gagna^ appartenant aux deux premiers ordres; 4® trois gros par Jour de terre « labourée de charrue et ensemencée », deux gros par jour de pré et un gros par jour de vigne; 5^ le dixième des rentes constituées , et 6"* le dixième denier du profit des trafiquants (5).

Une portion des sommes énormes que produisirent ces diverses impositions fut remise au duc de Guise pour les besoins généraux de la Ligue. Charles versa , le 6 mai , comme caution de Henri III, quatre-vingt-un mille six cents quarante-huit écus d*or, et, le il octobre suivant, quarante mille autres écus (4). Il fit encore parvenir au duc de Guise, bientôt après, une somme d'environ quatre-vingt mille écus, et, avec le reste des aides votés par les Etats, il soudoya des régiments étrangers et se procura les munitions indispensables. Il devait être secondé par un corps de

(i) V. une copie de cet édit dans un ancien recueU d*ordonoancet qui fait partie de 1% collection de M. Noël.

(2) V. le même recueil.

(5) V. Layette Elatê Généraux^ IF, no 20; Layette Étatê-Généraux, Fiefê et Dénombrementê^ n^ 22.

(i) V. Layelle Etatê- Généraux , /, n» 47. V. cidesaus, p.îSSb,

troapes espagnoles, que le dac de Ptirme êftil prooûs de diriger ?ers Sédao, et ce corps, qai élaii commandé p» un général nommé Nanraez, parut,, en effet, dans ki environs de Jameiz. Il lança quelques boulets sur la phee et reprit immédiatement (i) le chemin des Pàya-Bas (S); mais, peu de jours après, Chrétien de Safigny, sieor de Rosne, entra dans la principauté de Bouillon, stcc pinaieun régiments d'infanterie et sept ou huit cents cheraox. Il envofa un de ses lieutenants, sorte d'aventurier italien nommé Gafri* chini, ravager le territoire de Sedan, et celui-là, non conlmt de remplir sa tâche en conscience, bloqua la Tille si étnrilement que La Noue, qui s*était mis en route pour venir prendre possession de sa charge, ne put réussir à tromper la Tîgibnee des Lorrains et fut obligé de retourner sur ses pas et de s'arrêter à Verdun. Comme il avait des obligations partîcnlières à Charles III, qui avait répondu de lui lorsqu'il avait été rendu à la liberté, en 4585, après avoir été cinq ans prisonnier des Espagnols, il jugea convenable de consacrer ses loisirs i la rédaction d'une espèce d'apologie, oii il eiposait les pour lesquelles il allait combattre son bienfaiteur (3).

Chrétien de Savigny, ayant reçu des renforts, mença le siège de Jametz, place importante malgré le peu d'étendue de son enceinte, et qui menaçait, vers le nord-oneU, la frontière du Barrois-non-mouvant. Comme il craignait d'être troublé par les courses de la garnison de Sedan , il posta dB0 le bourg de Douzy, à deux lieues au sud-est de celle viBe, quatre compagnies de cavalerie commandées par le baron de

(1) Au moins en partie.

(2) V. Scoffier, ibid.

(3) Cette apologie porte le titre suivant : Dédanlîon de Noue , sur sa prise des armes , pour la iuste déliense des V9kt et et Jameti, frontières du Royaume de France , et aeobi b pretedim éi sa Majesté ; Verdun, Mathurin Marchant, 1588, petit îb 8* de ft non chiffrés.

Saarexîmbourg (i) ; Antoine de Vize, < GenlilhomiiieFriiiçom » et de moïens, fort ami de M. de Gaise »; lesienr deTHIy/ et le capitaine Carlo, italien. Deox autres compagnies, sons les ordres des capitaines albanfiis Jean et Thomas, forent cantonnées à peu de distance, afiii de pouvoir, an besoin, secourir les premières. Ces disposiltoos él^nt très-bien entendues, mais le baron de Saareximbolhrg^«iM|uel obéissaient les autres capitaines, se garda assez mal , et le gouverneur de Sedan , le sieur de Neuil, c Gentilhomme notable, de valeur et expé- » rience », résolut de profiter de la négligence de ses ad-^ versaires pour les surprendre. Le 43 avril, à la nuit, il sortit de la ville, avec quatre cents arquebusiers et quatre-vtngti cavaliers, attaqua les Lorrains, en tua plusieurs, mit les aolTM en fuite et leur enleva une pièce de canon (â).

Quelques jours après, African d*Haussonville fut chargé de remplacer Chrétien de Savigny, et prit, de concert aveé le sieur de Lénoncourt, bailli de Saint-Mihiel , les mesures propres à accélérer les travaux du siège; malheureusement^ ces travaux furent extrêmement contrariés par des pluies torrentielles, qui transformèrent les alentours de Jametz en une

espèce de lac. Le baron d'Haussonville avait établi son camp sur une hauteur» non loin de la route de Stenay, afin d'é^ viler les maladies produites par l'humidité et d'empêcher le gouverneur de Sedan de jeter des secours dans la place. Quand les eaux se furent retirées , les Lorrains recommen^ cèrent leurs attaques et donnèrent un assaut. Ils furent're^

(1) N'est-ce pas plutôt Sachsenberg?

(2) Ce canon, qui était resté longtemps enfoui dans les Gonstructions de la porte du Ménil, fut retrouvé en 1846, lors de la démolition de la porte, et déposé à Thôtel de ville. Y. le journal VUniverê du 3 octobre 1846. Quoique l'échec des Lorrains ne fût pas problématique, on ne voulut pas Tavouer ; on le transforma même en victoire, et Ton donna de oelle-ct une relation intitulée : Défaite du gouverneur de Sedan; Paris, 1588^ petit in 8". tî;

poussés par Schélandre, qui ayait conserré le comnumdeiMil, et le baron d'HaussoDTille^ voulant ménager la lie de ses toi* dalSy convertit le siège en blocus.

La Noue était parvenu à conclure une trêve avec ks capitaines français qui tenaient le parti de la Ligne, d occupaient les cantons de la Qianipagne les plus voisins de Sedan, en sorte que tout le poids de la guerre retomba* pendant quelque temps ^ sur le duc de Lorraine. Celai-ci* comprenant la nécessité de faire de nouveaux efforts, prili sa solde un corps de trois mille lansquenets et eonfa li conduite du siège au sieur de Lénoncourt, qai traça de la ville une* circonvallation complète, protégée pif forts qu*il garnit d*artillerie. A partir de ce raomeot, m n'introduisit plus rien dans Jametz, et la famine coameafa i s'y faire sentir. Le manque de numéraire n'était pas dangereux, et Schélandre, pour y remédier, frappa lae naie obsidionale, dont les exemplaires sont devenus ment rares, mais dont on connaît cependant trois types déférents, que nous nous abstiendrons de décrire (t). Lorsfas ses ressources furent complètement épuisées, le goov se retira dans la citadelle, et la ville capitula le 39 4588 (2). Aux termes de la capitulation, les habitanls Aucal obligés d'abandonner leurs demeures et se réfugièrent ks uns à Sedan, les autres à Komagne, à Damviilers, de. Lénoncourt dirigea ensuite ses batteries contre la diaddk; néanmoins, comme elle était fortifiée avec beaucoup de soia, elle opposa encore une vigoureuse résistance , et SchélaMkv ne se décida à livrer la place aux Lorrains que le tt juillet 1589.

A celle époque , la guerre s'était allumée de tontes parISi

( t ) V. Ke\ue numbinalique, année 1836, p. S78 et fA, et pfaadwTI. (2) Un trouve dans la bibl. de M. Tabbë Marchai um eopit ia u Articles réglez pour la reddition de Jameti w.

Le capiloine Sajnl-Paul avait péoélré dnns la Champagne et s'élait emparé de Montfaucon ; cette place Tul, il est *rai, reprise par les royalistes, mais te cnpilaine Soehei, auquel ils en avaient confié la dérensc, se déclara pour les Ligueurs (1).

Henri III, effrayé des défections dont il recevait, chaque jour, la nouvelle, résolut de faire quelques lenlallves pour se réconcilier avec les princes lorrains. Au mois de juin, il pria Charles III de servir de médiateur entre lui et le duc de Mayenne, qui avait hérité de l'uulorilé du duc de Guise, ai, ofin de déterminer Chartes à l'aider dans celle circonslance critique, il offrit de donner au marquis de Ponl-ù-Mou9Son le commandement des troupes élrangcres ù la solde de la France, ainsi que le gouvernement viager de Melz, Toul et Verdun, avec la promesse que, si le roi naveil pas d'enfants mâles, ces trois villes et leurs dépendances seraient annexées au duché de Lorraine. Bien que les propositions de Henri dussent avoir pour résultat d'assurer à la maison de Lorraine une prépondérance irrésistible, le duc de Mayenoe ne jagea pu à propos de les accepter, parée -qu'il craignait probeblemeiil que le roi n'eût recours k quelque perfidie pour se dispenser de tenir sa parole, et les hostilités continuèrent.

Charles III, voyant qu'il n'y avait pas moyen do négocier une pacification qui lui aurait présenté de si grands avantages, redoubla d'efforis afin de venger la mort de ses parents , et d'empêcher l'hérésie d'asseoir sa domination en France sur les ruines du catholicisme. Les Ëlals-Géaérans , réoois è Nancy au mois de Tévrier 4989, s'étaient associés eux vues du prince cl lui avaient accordé, pour subvenir à l'entretien de ses troupes, un aide extraordinaire > de six deniers par franc ■ de toutes les marchandises qui se vendraient pendant une > année, sauf du sel en détail, des armes, chevaulx, asnes,

(I) V. La dérailc dei Hagucnolid PiuliPiru, 1389. petit id 8".

> mulets, légumes, fruicls des arbres» laitage, œufs, Tolailki, * agneaux , chevreaux , gibier , lard et verre ea détail , » papier, parchemin, plumes, encre, ëcritoires et toatei

> sortes de livres ». L*impôt, qui faisait à peu prés le dixseptième du prix de la vente, fut élevé au dixième à Fégard des vins vendus au détail , et au même taux environ pour la viande de boucherie. Les Etals réglèrent, en outre, que les roturiers possédant une fortune immobilière de plas de û mille francs barrois verseraient le dixième de lears. reveDU, el que chaque conduit , à l'exception des maisons nobles et franches, serait soumis à nue cotisation hebdomadaire de deux gros (1).

Ces ressources ne suffisant pas encore, le duc contracta dci emprunts considérables. Charles-Emmanuel comte de Tornielle lui prêta quarante-six mille cinq cents écus an soleil. Philippe de Croy et Diane de Doramartin, son époose. Va fournirent cent-deux mille francs barrois. D*autres parlicaliers lui avancèrent également des sommes plus on moÎBf fortes (2). Au mois de septembre, il chargea Georges durétien de Chàtenoy, conseiller d'état, de se rendre aoprés de Philippe H (5) pour essayer d'en obtenir quelque argent, car le subside que le commandeur Moreo avait promis, Fainée précédente, de la part du roi d'Espagne se payait très-iaela^ tement. L'envoyé lorrain devait sa plaindre du maaqae de parole de Philippe, représenter que le due avait supporté, depuis prés de deux ans, des dépenses qui excédaient àt

(1) V. Layette Eiati-Généraux , //. n^ 21; Rogévîlle, ihid., 1 1. p. ÎJ97 et »98.

(2) V. Calmet, ibid., t. Il, col. MU.

(3) Georges Chrétien de Chàtenoy avait déjà été chvgé d*iiiie vàfjÊtk' tion auprès de Philippe II relativement & une somme que Cbarlef iU i^ clamait, comme provenant de la succeuion de n aoeor Dnroihéf éi Lorraine. V. le registre des lettres-Patentes pour tS89, ^ S3I.

beaucoup ses revenus, et dcmaniler que les subsides olFerls en V-ièS fusscDl soldés sans aucune réduction (1).

Charles 111 avoil Torraé le projet d'organiser une année assez nombrcQSc pour qu'il pût à la fois proléger ses frontières, réduire les villes voisines qui tenaient encore le parti du roi et cxpcdicr des renforts au duc de Mayenne. Au mois d'août, on apprit que Henri III, qui faisait le siège de Paris, venait d'élre assassiné , et que le roi de Navarre avait été reconnu comme successeur de ce prince par les Calvinistes , el par ceux des catholiques auxquels leur indifférence en matière de religion avait fait donner le nom de politiques. Cet événement , qui paraissait devoir 6trc funeste aussi bien à ta religion qu'à la maison de Lorraine, inspira à Charles le» craintes les plus vives ; il prescrivit sur-le-champ à son fils aine de marcher vers Paris avec douze cents chevaux et trois mille hommes d'infanterie, et, pour remplacer les troupes dont itse privait de la sorte, il prilà son service plusieurs régimenis de lansquenets. Il reçut heureusement quelques secours du duc de Parme, et quatre mille rcilres levés pour le compte de la Ligue arrivèrent en Lorraine, vers la même époque, el y séjournèrent assez longtemps ; mais le duc fut obligé de les entretenir, el il lui en coûta plus de soixante mille écus (3).

Charles III n'avait pas attendu ce moment pour tenter de s'emparer de Toul et de Verdun. L'nc première attaque dirigée contre Toul, dans le mois de janvier 1S89, avait complètement échoué. Les Ligueurs furent plus heureux une seconde fois, grâce k la défection d'une partie de la garnison, qui venait d'apprendre la mort de Henri. Ils investirent la ville le 12 août ; les assiégés n'ayant fait qu'un simulacre de résistance, le duc leur accorda une capitulation avantageuse et

(t] V., dans le carlulaire <le In bibliolh. publ., [i. 8il cl niiv., inslniciÎDiis remises au sieur Cbréden lie t^lenay. (3) V. k wémv ptice. A

confia le gouvernement de la place au sieur de Maillane (I). Les Lorrains se rendirent maîtres de Verdun plus facileoMM encore. L'évèqae Nicolas Boacher était dévoué à la Ligue» d, dés le 7 février, il avait assemblé les trois ordres eC km avait fait prêter le serment suivant : c Nous jurons que oims demeurerons unis pour la conservation deoostre Saîncle Fojd Religion Calliolicque, Apostollcqucet Romaine, et pour la défense de cette cité ; nous obligeant d*obéir à ceux qui serwt commis pour commander de prendre les armes en cas de besoin ». Ils annoncèrent ensuite au roi qu'ils observeraient h neutralité, puis ils déclarèrent qu'ils ne voulaient plusdeganîson française; puis enfin ils ouvrirent leurs portes au doc dt Lorraine, à condition que ce dernier retirerait ses Iroipa aussitôt après la conclusion de la paix et ne commellrail aucune usurpation sur les droits de Tempire, de rëvèqoe cl de la bourgeoisie. Au mois de juin, le gouverneur fraofûs de Damvillers essaya d*entrer dans Verdun, mais il rétrograda quand il sut que les habitants se tenaient sur leurs gardes. Le 27 août, Charles III visita cette ville, engagea les Vcrdanois a persévérer dans le parti de la Ligue, reçut leurs dépalA dans la capitale du Barrois, au mois d'octobre, écoula kan •doléances et promit de leur envoyer une garnison asseï kKHt pour donner la chasse aux soldats du roi da Havarre el de h duchesse de Bouillon, qui faisaient des eonrses dans les pagnes voisines de Verdun et interceptaient parfUs les munications (2).

Le duc de Lorraine désirait ardemment ?oir la Tille de Metz prendre le môme parti ; néanmoins, et qnoiqa*elle rcafermât un grand nombre de véritables catholiques, celle vili persévéra dans son attachement aux intérêts du roi. Eflnjéi par la crainte des châtiments que le duc d*Epemon

(1) V. Benoit, llist. de Toui, p. 671 et 672.

(2) y. Rou88«l| liiit. de Verdun, p. 480-48S, elpnav., p.

— SS9 — d'infliger à ceux qui se déclareraient pour la Ligue, peu rassurée sur les (lisposi lions des messias faisanl professEion des nouvelles doclrines, partagée entre sa baioe pour les Lorrains et son éloignemcni pour l'hérésie, la bourgeoisie catholique fut obligée de céder, el même de payer d'énormes contributions pour subvenir aux frais d'uoe guerre qui lui était latale, car si les troupes de Metz ravagèrent les rronlièrcs de noire pays, les Lorrains exercèrent souvent de terribles représailles.

Fouquel de la RouUe, gouverneur de Marsal, dont nous avons parlé ù propos du combal de Saint-Quirin, ne suivit pas l'exemple du duc d'Epcrnon el embrassa la cause de la Ligue. Quoiqu'il fùl originaire du Dauphiné, il s'était définjlivemenl lixé en Lorraine ; il y élail seigneur des villages de Blainville-sur-l'Ëau , llénaménil et Crion, et Cbarles III l'avait décoré du litre de conseiller des guerres. Outre la garnison ordinaire, Fouquct commandait une compagnie de ebevau-légers ou tCargouleU, qui se mirent à battre les roules conduisant â Melz et enlevèrent quaniiic de marchandises de toute nature. Celte espèce de blocus déplaisait beaucoup anx Messins, qui résolurent de reprendre Marsal. Heureusement pour eux, il y avait dans la garnison de cette ville un caporal italien, appelé Antonio , qui recul un jour quelques coups de bâion du sergent -major. Il s'en plaignit au gouverneur, qui ne fit que rire de cette correction. L'italien furieux jura de se venger et ne larda pas à en trouver l'occasion. Fouquel avait chassé de Marsal un sergent, sur lequel il ne pouvait compter ; ce misérable se rendit à Mclz et proposa à Roger de Commingcs sieur de Soboles, qui eommandail en l'absence du duc d'Epernou , de le mettre en rapport avec le caporal itsLen. L'offre fui agréée avec empressement, et bientôt ce sergent el le caporal Antonio parvinrent à gagner plusieurs hommes de la garnison, qui s'engagèrent à ravoriser rentrée des Uessina dans la ville. Le 37

avril, Soboles se mît en marche avec enviroo douze hommes. Des cavaliers, auxquels il avait Tait pitadre les devants, se postèrent auprès du poni et arréléreBl hi messagers que les mayeurs des villages avaient dépèebés faire connaître à Fouquet rapproche de ses ennemis. Le verneur n*avail aucun soupçon de ce qui se trama lui ; il avait fait sortir sa compagnie de cheTau-légen cl 8*4tait contenté d'enjoindre aux soldats el aux bourgeois de • réunir au premier sipal. Vers minuit, les Messins péi^ trèrent dans Marsal , grAce à la connivenee de qoelgau i des soldats qui occupaient le eorps de garde. Après ^llit emparés des postes , les Royalistes investirent le logeaieit de Fouquel. Celui-ci parvint à sortir de ches lui, mais il fol arrêté un peu après et assassiné par le sergent qu*il avait cipsW et par un soldat nommé Forget. Le sergent-major périt également. On respecta les maisons des bourgeois, cl, aprts avoir enlevé tontes les armes et laissé à Marsal ii garnison , sous les ordres de son frère , Soboles reprit le min de Metz (4).

La perte de cette place importante causa un grand à Charles III, qui forma dés lors le projet de Fassiéger ; ■■§ la Lorraine était trop sérieusement menacée pour qui Tentreprise fût exécutable. Le roi faisait faire en AllcaHpt des levées considérables , et le duc avait trop pea de tmpa pour pouvoir à la fois commencer un siège, lequel derait éot long et difficile , et repousser les bandes qui se préparaict I traverser notre pays. Le 21 avril , Charles publiait «e ardonnance indiquant les précautions à adopter eooire Feunemi , et enjoignant aux paysans de se retirer avee leurs Bk milles , leurs bestiaux et leurs denrées dans les lieux qae Tsa pouvait défendre ; le 4 juin, il écrivait aux baillis de prépam des vivres pour les troupes suisses, qui allaient eombaHit sa

(1) V. Hbt. de Metz, t. III, p. 127-131.

— 2G1 — Franco; le 7 du même mois, il prescrivait aux baillis de Ironsporler les grains dans les villes el les châteaux; le 3 juillet, il faisait lover trois gros par conduil, probablement sans l'autorisation des Etals, afin de presser les travaux des fortiScations de Nancy, et, le lendemain, il jetait sur le comté de Vaudémont une contribution de trois mille francs barrois pour l'entretien de ses troupes (1).

Les alertes t|uc la Lorraine ne cessa d'avoir pendant l'^té de l'année 15SU n'étaient pas dépourvues de motifs. Vers la fin d'août, le maréchal d'Auraont, qui gouvernait, pour le roi de Navarre, une partie de la Champagne , envahit le Barroismouvant, tenta de s'emparer de Itar-lc-Duc par un coup da main, le 6 septembre, cl commit bien des dévastations dans les environs de cette ville {i). Le maréchal n'atlendit pas Charles III, qui s'avançait avec ses troupes ; mais le Barrois ne fut pas plustôl délivré , que le duc fut obligé de courir sur la frontière de l'Alsace, pour surveiller les mouvements d'une armée protestante que le sieur de Sancy avait levée pour le compte du roi, el dont Schélandre, l'ancien gouverneur de Jaraelx, devait prendre le commandement. Sans lui laisser le temps de pénétrer dans notre patrie, Charles lU franchit luimême les montagnes, attaqua les Allemands el les dispersa. Les drapeaux, l'arlillerie, les bagages et deux mille cinq cents prisonniers furent les trophées de cette victoire, qui rendit un peu de sécurité h la Lorraine (3).

(1) V. Recueil oulh. des boc. ordunu. de Lumiiiie(|>ablié parFrauçuia de Ncufthàlmu) , 1" pBiiip, p. 35-3ti.

{i) V. les inslnictlous àooaéei k Oirélica de Cbàlenoy ; Catract . Notice, 1. t, col. SS. V. aussi, ii la bibliothèque publiijiie de Nancy, CiiKCriplIon runéniirc de deui jcuaea gen;, deux frira, quitroUT^renl la mort dans le combat à la Boila duquel les soldais i)u maréchal, dtfji mritres de la Tille-baiite, lurent ohlîj;^ de ac retirer.

(3) V. Bref el vfi'ilable discours de l'beiircase victoire qu'il p plu ■ Dieu de danoer a Mgr, le duc do Loiraloe lur les reialres et laosqueauln eaneniis qui eiioient advRQca en la plaine de Stnaboarg pour vnir

De retour à Nancy, Charles III reçut uDe DOUTelle géante : celle du combat d*Ârques , dans lequel le corps de cavalerie placé sous les ordres du marquis de Pont-è-MonsiM avait été rompu et poussé dans un marais , où beaucoup de soldats périrent, sans que plusieurs escadrons qui se troufaieM à portée fissent le moindre mouvement pour arrêter ks Royalistes (i). Charles apprit, vers le même temps, que h mission dont il avait, au mois de septembre précédent, chargé le sieur de Châtenoy n*avait pas été Infiructueuse , et que Philippe II avait fait remettre au négociateur une somaie de cent mille écus à compte sur le subside promis par k commandeur Moreo (2).

Les premières semaines de l'année 1590 furent eroplojrto aux préparatifs de la campagne qui allait s'oQTrir; mais sa observa que le duc semblait ne plus avoir la même ardeur. Les partisans de la maison de Lorraine, qui n'avaient rien négligé pendant Tannée 1589 pour ouvrir à cette famille Faeeèi du trône (5) , avaient rencontré beaucoup de répugnai un grand nombre de personnes, et on commençait à que, après la mort du vieux cardinal de Bourbon prodaBé roi sous le nom de Charles X, la couronne ne passerait pas sans diiBculté à un des princes lorrains. Charles III avait fai par s'imaginer qu'il serait préféré à ses parents, et comnedMf de la maison de Lorraine, et comme gendre de Henri II; i

joindre \cn tronpes du prince de fiéarn ; Paris, Guilhame 1580, petit in 8^ V. aussi une leltro de Henri IV (du 2!) janvier 1590) sieur de Frcsncs, son envoyé en Angleterre, dam le Reoieil àm ' missives de Henri IV, t. III, p- 155 et 15i.

(1) V. Cilinet, Hist., t. H, col. U20.

(2) V., danslecartulairc de la bibl., p.SiOet saiv., les ii données, le 16 janvier 1591, à Claude Bardin, yoiié de GmiM.

(5) Ils avaient publié dans ce but plusieurs livreti IbrI entr'aulres le suivant : Origine, Généalogie et DëmonalntioB de ncellcnte et héroîquo Maison de Lorraine et de Gdïk ; Pttîi, Piriarti 1589, petit in 8<».

espérait au moins que, s'il élalt lui-mèiae écarté du IrAoe, son fils atné, Henri marquis de Ponl-i- Mousson, pourrait recueillir l'bëriiagc de son aïeul maternel. Mais quand le duc connut les divisions des princes de la maison de Guise cl les prélenlions rivales de Philippe II; quand il vil avec quelle lenteur ce prince TourDissait aux Ligueurs les secours qui leur élaicDl indispensables, il cessa de croire au succès définitif de la cause qu'il avait embrassée, et il ne continua plus la guerre que dans le but d'obtenir un dédommagement pour les pertes essuyées par la Lorraine. Telle est, du moins, l'opinion de plusieurs écrivains, cl si leurs accusations sont Tondées, il Taut reconnaître que, dans cette afTuirc, Cliailes ne Tul pas uniquement animé par son zélé pour la religion, et qu'il ne resta pas sourd aux conseils d'une politique ambitieuse et iropré- Toyante. Ce qui peut encore donner ud nouveau poids aux conjectures dont nous parlons, c'est que, dans le cours de l'année l!i90, le duc fit diverses démarches pour marier un de ECS fils à CImrlolte de la Marck, duchesse de Bouillon, princesse protestante à laquelle les traditions de sa famille 'n'auraient guère permis d'abjurer le calvinisme (1).

Quels que fussent désormais les projets de Charles III, il n'ea fallait pus moins poursuivre la guerre commencée depuis deux ans, et on réunit les Etats -Généraux, su mois de février, pour leur demander des subsides. Le IJ, ils octroyèrent : l'un franc barrois par chaque rcsal de blé moulu dans les villes, six gros par resal moulu dans les campagnes, cinq et quatre gros par resal d'orge moulu dans les villes ou dans les villages ; 2° deux gros par resal d'avoine vendu soit à la halle, soit ailleurs; 5° le dixième denier du vin cl de la bière vendus à lafeuillée; 4° un droit sur tous les bestiaux exportés, savoir : quatre francs pour un bœuf, trois pour une vache, dix-buit gros pour un porc gras, neuf pour un porc maigre,

(i) V.CaIfflcl, ibid,,Gal. 14(Hi.

De retour à Nancy, Charles III reçot une nouTelle afligéante : celle du combat d*Ârques , dans lequel le corps de cavalerie placé sous les ordres du marquis de Pont-è-lioussM avait été rompu et poussé dans un marais , où beaucoup de soldats périrent, sans que plusieurs escadrons qui se troofaieil à portée fissent le moindre mouvement pour arrêter ks Royalistes (i). Charles apprit, vers le même temps, quels mission dont il avait, au mois de septembre précédent, chargé le sieur de Châtenoy n*avait pas été infhictueoae , ec que Philippe II avait fait remettre au négociateur une soniflie de cent mille écus à compte sur le subside promis per le commandeur Moreo (2).

Les premières semaines de l'année 1590 forent employées aux préparatifs de la campagne qui allait s'ouvrir; mais oa observa que le duc semblait ne plus avoir la mène ardeur. Les partisans de la maison de Lorraine, qui n'avaient rieu négligé pendant Tannée 1589 pour ouvrir à cette fomille Vi du trône (5) , avaient rencontré beaucoup de rëpoguanee un grand nombre de personnes, et on commençait à que, après la mort du vieux cardinal de Bourbon prodaBé roi sous le nom de Charles X, la couronne ne passerait pas sans difficulté à un des princes lorrains. Charles III avait M par s'imaginer qu'il serait préféré à ses parents, et conunechrf de la maison de Lorraine, et comme gendre de Henri II ; i

joindre les tronpes du prince de Béam; Paris, Guillaimie 1580, petit in B<*. Y. aussi une lettre de Henri IV (du 80 janvier 1810} m sieur de Fresncs, sou envoyé en Angleterre, dans le Recueil des IcUNi missives de Henri IV, t. 111, p- 155 et 15i.

(1) V. Gilmct, Hist., 1. 11, col. U20.

(2) V., danslecartulairc de la bibl., p. 8i9 et raiv., les données, le 16 janvier 1S(9I, à Claude Rardin, voué de GmM.

(5) Ils avaient publié dans ce but plusieurt livreti IbrI entr'aulres le suivant : Origine, Généalogie et DëmontlrtlioB de pioellente et héroïqu*^ Maison de Lorraine et de Goîm ; Parii| PÉHl* 1589, petit in 80.

— 263 ~ espérait au oioics que, s'il élait lui-même écarlé du trône, son Û\s aine, Henri marquis de Ponl-à- Mousson, pourrait recueillir l'hériiagc de son aïeul malcinel. Maïs quand le duc connut les divisions des princes de la maison de Guise et les prétentions rivales de Philippe 11 ; quand il vil avec quelle lenteur ce prince fournissait aux Ligueurs les secours qui leur étaient indispensables, il cessa de croire au succès définitif de la cause qu'il avait embrassée, et il ne continua plus la guerre que dans le but d'obtenir un dédommagement pour les pertes essuyées par la Lorraine. Telle est, du moins, l'opinion de plusieurs écrivains, et si leurs accusations sont fondées, il faut reconnaître que, dans celte alTairc, Charles ne fut pas uniquement animé pur son zèle pour la religion, et qu'il ne resta pas sourd aux conseils d'une politique ambilicyse et imprévoyante. Ce qui peut encore donner un nouveau poids aux conjectures dont nous parlons, c'est que, dans le cours de l'année 1390, le duc lit diverses démarches pour marier nn de ses fils à Charlollc de la Marck, duchesse de Bouillon, princesse protestante à loquelle les Iradiiions de sa famille 'n'auraient guère permis d'abjurer le calvinisme (I).

Quels que fussent désormais les projets de Charles III, il n'en fallait pas moins poursuivre la guerre commencée depuis deux ans, et on réunit les Etals- Généraux, au mois de février, pour leur demander des subsides. Le C, ils octroyèrent : l'un franc barrois par chaque resal de blé moulu dans les villes, BÎi gros par resal moulu dans les campagnes, cinq et quatre gros par resal d'orge moulu dans les villes ou dans les villages ; 2° deux gros par resal d'avoine vendu soit a la halle, soit ailleurs ; 3° le dixième denier du vin ei de la bière vendus à la feuillèe; 4° un droit sur tous les bestiaux exportés, savoir : quatre francs pour un bœuf, trois pour une vache, dix-huit gros pour un porc gras, neuf pour un porc maigre,

(1) V. Calmct, ilHd., éd. 1406.

et qiuire poor ane cfarrre ou ■■ bo«c; â^ an droil de pour cent sv les draps et toiles dTor et dTarfcnl, smr les èUÊa de laine et de soie Tenant de TEiruiger; 6* an droit de Mb pour cent sur les toiles fabriqoces ea Lomine H exponfai; T enfin, un aide de trois francs par eondoit (I).

Une partie des sommes qai forent perçacs i In amie da TOte des Etats fat employée â b solde et i renirelien da troopes, et one autre aux fortifications de qndqnes TiJka, ticuliérement de Nancy et de la Motbe , dont Ch&riea faire le bonleTard de ses états dn côté de h Bonigognc (^ Comme les premiers efforts de ce prince detnient étra contre les Messins, il publia, le II février, an édit €

> ordre de ne mener rifres, marchandises, ni antres

> rées quelconques à Meta et Marsal, mesme de n'amir » commerce, intelligence, ni fréquentation avec les • et Sujets desdicts lieux, ni d'autres places enneaûea de Soa

> Altesse > (3). Les hostilités étaient déjA eommcncëcs, malgré la rigueur de Thiver. Le 27 janvier il y eut , pm d'Ârs-la-Quenexy , un combat qui coûta la Tie an nevea de Sobolcs; et, le même jour, la garnison de Ptonl-è-lli saccagea le village de Lorry ; le 10 février, les Messins tirent de leur ville -pcnir secourir les capitaines PSaol el naudin de Flavigny , qui étaient aux prises avee la de Boulay. Les Lorrains battirent en retraite; mais le taine La Bastide , qui commandait leura adversaires, M emporté par son cheval jusqu'aux tuirriéres et fait prisaanicr, après avoir été blessé mortellement d'un coup de monsqaeL Le ili, les Messins partirent de nouveau ponr assiéger k eliâtcau de Norroy-devant-Ie-Pont. Il fut pris d'assaat , ses

(i) V. Rogéville, ibid., t. I, p. 508; Recueil de Fruiçob de !V( icuu, p. .')6. C'est toujours à la première partie da reeoeii que h icut nos citations, quand nous n'avcrtissous |)as du eoQtnire.

(2) V. Caloict, Nolicc, t. I, col. 922.

(ô) V. Recueil de Franrois de Nciifcb., p. 3S.

— mit —

dcfeoscurs furent pnsscs au fil de l'cpce , el les vainqueurs s'emparèrent des meubles que l'on avail mis dans l'église, comme dans un lieu de sûrclc , démotireni le clocher , transporlèrcnl les clocbes ù McU et les donnèrent à l'église Sainle- Croix. Le SU , il y eut , jirvs de Bouxières-sous-Froidmont , une rude escarmouclie ; les Lorrains eurent le désavantage cl furent obligés de se rérugier ù Poat-à-Mousson. Les Messins enlevèrent ensuite les châteaux de Goin, de Louvigny et plusieurs autres, notamment celui deSailly, dont ils massacrèrent la garnison , après lui avoir accordé une capitulation. Maîtres de CCS difTérentes places, ils firent des courses jusqu'aux portes de Ponl-B-Mousson, el même bien au delà , dans la direction de Nancy, cl les Lorrains, de leur coté, ne ménagèrent pas le pays messin , en sorte que l'on n'entendait parler que de pillages et d'incendies. Le 21 mars, les Royalistes atleignircnl à Moyenvic une bande qui revenait de piller les environs do Metz et In délirent complètement; le lendemain, ils allèrent assiéger le château de Bouconville, dont ils ne purent s'emparer, et, quelques Jours après, ils firent éprouver un échec à la garnison de Sicrck. Au mois d'avril, ils prirent Château- Salins et y laissèrent vingt hommes ; les Lorrains se présentèrent bientôt après devant cette ville, la canonnèi-ent et forcèrent les vingt soldats à capituler ; mais le sieur de Chambley , chef des assiégeants , ayant voulu gagner Nomcny , fut attaqué par les Messins qui s'étaient mis en roule pour secourir Château-Salins , et qui le battirent el le firent pri' ■on nier.

Bien que les perles éprouvées par les Lorrains easscDt été rachetées par divers avantages, Charles Itl comprit la nécessité de se mcUrc lui-même à la télé de ses troupes. Il tira de certaines villes une partie des garnisons qu'il y avait placées cl marcha vers .Mciï , avec une armée assez nombreuse. Les châteaux de Mardigny et de Louvigny furent emportés d'assaut, et les défcnacun de ce dernier pendus aux brsnchesd'uii

arbre. Comme les Messins se tenaicot enfermés dans leon maroilles, le duc remonta la Seille et parat à l'improYiste defanC Marsal, dont il commença le siège. Par ses ordres, on lâcha Ici eaux de Tétang de Lindre ; bientôt après , les marais qui entourent Marsal, et le rendent presque imprenable , se desséchèrent assez pour que les approches devinssent praticables, et les boulets rouges que les Lorrains jetèrent dans la ville incendièrent la provision de bois de la saline, dont ks assiégés se servaient en guise de fascines. Après vingt joins d'attaques , Soboles le jeune demanda à traiter , obtint Faulorisation de se retirer à Metz avec sa garnison , qai était d'environ cinq cents hommes, et fut suivi par plusieurs bourgeois, que le duc avait condamnés au bannissement. Maître de Marsal, Charles III en répara soigneusement les fortifications et fit inhumer les restes de Fouquet de la Routte dans Tégiise collégiale, où Ton éleva, pour conserver la mémoire de ce brave officier, un monument qui subsiste encore.

Au mois de juillet, le duc et son fils atné , qui était rêvera en Lorraine depuis quelques mois, s'approchèrent de Metz, où ils avaient entretenu des intelligences. Soboles avait même fait arrêter et décapiter , le 23 juin, un chanoine de la cathédrale appelé Desmcincs et un gentilhomme nommé D'Artaise, qu'il accusait , peut-être à tort , d'avoir formé le projet de livrer la ville aux Ligueurs. Les Lorrains étant entrés sans résistance à Moulins , s'emparèrent du grand pont de pierre, sous lequel la Moselle coulait encore à cette époque , coopèrent les arbres des vergers, établirent autour du village nne enceinte en terre soutenue par des poutres, et, se jugeant, avec raison, à l'abri d'une surprise, envoyèrent de tons côtés des détachements qui mirent les campagnes à contribution et enlevèrent les grains et les bestiaux des lieux ouverts. Al bout de quinze jours , les Lorrains s'éloignèrent , mais après avoir déclaré qu'ils reviendraient pour épargner anz Messins le soin de faire la moisson et la vendange , et ceuz-d furent

forcés de se tenir sous les armes jusqu'à l'anlomne, et vécurent dans des transes coniiDUelles tant que les récolles ne furent pas ea sûreté (t).

Udc semblable guerre était trop funeste oui deux partis pour se prolonger pendant longtemps. Sans parler de la destruction des récolles sur pied , du pillage et de l'incendie de plusieurs villages et de nombreuses censés, les Lorrains et les Messins avaient beaucoup souffert dans quelques-unes des rencontres mentionnées plus haut ; quantité de prisonniers avaient été conduits soit à Nancy, soit à Metz, et on assure que les prisons de cette dernière ville n'avaient pas reçu moins de huit cents lorrains. La fatigue générale disposa les esprits à un accommodement, et, le 28 septembre, on convint d'une trêve, qui devait commencer le 1" octobre suivant et se prolonger jusqu'au 5i décembre 1591 , c'est-àdire pendant un laps de quinze mois , que l'on jugeait sufliganl pour amener une paciGcation générale (2). Les articles du traité ne sont pas venus jusqu'à nous, mais on peut supposer, sans crainte d'erreur, que chacun conserva ce qu'il avait pris , et qu'il y eut une simple suspension des hostilités. Le sieur deSoboles, qui était de fait gouverneur de Metz, parce que le duc d'Epernon demeurait en France, le sieur de Soboles, disons-uous, affectait presque les dehors de l'indépendance ; néanmoius , il crut nécessaire de prier le roi de Navarre de ratifier la trêve conclue avec Charles Ili, et Henri, désirant voir une partie des troupes de ce prince occupées dans son propre pays, n'approuva pas la conduite de Sobolcs et refusa la ratification demandée ; toutefois , la paix était devenue tellement indispensable, que l'on ne tint aucun compte de ce refus, et que la tranquillité se rétablit d'ellemême sur la t'roniiére du pays messin.

Il) V, IliM. de UoU, t. m, |). !3!(-U). (3) V. Rec. de Françob de NeuTeh., p. 3S.

Les seuls indiîidus qui proGtércnt de la niptare sorTeinc entre Charles et ses voisins furent les protestants de Mdi. Comme le gouverneur avait besoin d*eux, il leur fil dci concessions importantes et leur accorda la liberté de tenir leurs prêches dans la ville même, et de remplir les ehargei municipales et judiciaires , dont on les avait exclus auparavant. Ces droits ne furent reconnus aux Calvinistes qu'au dm» de mai 1592, et, dès le 24 août suivant, l'esprit d'envahÎH sèment qui les animait se manifesta à roccasion du renouvellement de la magistrature; car, bien qu'ils fussent en minorilé, ils parvinrent à faire entrer huit des leurs dans le conseil dei Treize (i).

La trêve signée par Charles III ne rétablit pas immédiilement la sécurité partout, et, le 25 novembre, le duc preserivit aux baillis de faire transporter dans les villes • les vins, » grains et denrées du plat-pays > (2). La plupart des voisins de la Lorraine avaient pris parti contre elle, les uns par animosité nationale , les autres par attachement pour l'hérésie. Saintc-Menehould, Chàlons-sur-Mame, Langres el plusieurs autres viUcs de Champagne s'étaient déclarées povr le roi de Navarre, et leurs garnisons faisaient des oonrMS continuelles dans le Barrois-mouvant. Les calvinistes qui tenaient Sedan et les diverses places du duché de Bouillon m laissaient aucun repos à la partie septentrionale du Barrois cl au temporel de Verdun ; enGn , nous pensons pouvoir rapporter au second semestre de l'année 1590 le passage de deux corps de lansquenets , levés pour le service du roi de Navarre, et que Charles III ne réussit pas à repousser ca Alsace. Le premier de ces deux corps, commandé par le baron de Rossiar, saccagea quelques villages et dévastait k temporel de Toul, lorsque le sieur de Deuilly, avec deux

(1) V. Hisl. de Metz, ibid., p. Ujct tiii ; Meurisae, ibid., p. leSMSS.

(2) V. François de Neiifch., p. 58.

mille rcitrcs , allaqua les Allemands â l'improvislc et les cODlraigail ù se jeter en Ctiampagnv. L'antre corps meAaça la YiHe de Toul elle-mfme; les lansquenets sYlaicnl emparés des deux faubourgs et avaient essayé d'allnchcr le pétard à une des portes ; mais, renrorcés par une compagnie que le duc leur envoya, animds par les exhorlalions du gouverneur cl parles discours des ecclésiastiques, les bourgeois firent une si belle dérense, que les assaillants Bbandonnèrenl leur dessein et s'éloignèrent, après avoir pillé les faubourgs de lii ville et les villages du Toulois (f ).

Une des raisons qui empêchèrent Charles III de mettre obstacle au passage de ces deux bandes fut la nécessité où il se trouva d'envoyer en France une partie de son armée. Vers la fin de l'année laSS, et imniédialemcnl après la victoire qu'il avait remportée sur les Allemands dans la plaine de Strasbourg , il atait dciacbô un corps de troupes assez considérable, qui se rendit à Lyon, y prit le légal Cajotan et l'escorta jusqu'à Paris, où il arriva dans [es premiers jours de janvier, après avoir traversé la Bourgogne. Au mois de juillol suivant, le duc de Lorraine chargea le comte de Clialigny, son cousin, de conduire au duc de Mayenne, qui ne cessait de demander du secours, sept compagnies de chevau-légers et quatre compagnies d'arquebusiers à chqval; cnlîn, au mois d'août, il expédia un contingent de quatre cents chevaux au duc de Parme, qui se proposait d'entrer en France (2).

Les levées d'hommes, et les expéditions militaires dont nous venons de tracer une esquisse, avaient occasionné des dépenses énormes , cl, au mois de janvier 139t , le duc prescrivit au sieur Claude Oardin, voue de Condé, maiire des requêtes de l'hôtel, de partir pour l'Espagne, de représenter à Philippe [I qu'il devait à Charles quatre cent qualre-vingl-

(I) V. IkQoil, lllsL de Toul, p. 672 et G73. [S] V. les inilruclioiu doDiiéea k Claude Bardia.

quinze mille écus sur les subsides qu'il lui aTait promis» cl de prier le roi d'accorder au duc pour l'aTenir ud subside mensuel de quarante mille écus , ajoutant que celte sooum devait èlre exactement payée. Ce fut seulement aa mois de mai, à cause de la longueur du voyage, de la difficulté des communications ou d'autres circonstances, que le négociateur lorrain fut admis à présenter ses observations au roi d'Espagne.. Il insista sur les points indiqués dans rinstructioa qui lui avait été remise, et déclara que son maître avait défi dépensé < deux à trois millions d'or > pour soutenir h cause de l'Union ; que, malgré des sacriGces aussi disproportionnés avec ses revenus, il était disposé à faire de nonvean efforts ; mais qu'il serait obligé de se détacher de la Lignes s'il n'obtenait pas les secours pécuniaires qu'il demandait, oa si le roi ne tenait pas mieux ses promesses (l).

Comme Charles connaissait par expérience les lenteurs de Philippe II, il jugea opportun de se procurer d'autres ressources et convoqua les Etats-Généraux pour le mois de mars. Les trois ordres , dociles aux conseils de la religion et du patriotisme, ne firent entendre aucun murmure, quand les délégués du prince leur représentèrent la nécessité de s*iaiH poser encore. Les Etats accordèrent un aide extraordinaire de douze cent mille francs barrois, pour soudoyer, pendaH un an, quatre mille hommes d'infanterie et six cents cavaliers (2) ; et, au mois de juillet suivant, on leva un aide sor le vin, sans que les Etats eussent donné leur assentiment à eelk seconde imposition (3).

Comme on s'attendait aux incursions de l'ennemi et même au passage de quelque armée allemande, le dnc adressa, k 3 avril, une lettre circulaire aux baillis, pour leur

(1) V., dans le cartulairc de la bibl. publ., p. 8«S7 et suiv., Ict trauccs de Claude Bardin à Philippe II.

(2) V. Recueil de Françob de Neufch., p. 39.

(3) V. ihid., p. il.

mander de prendre toutes les précautions dictées par la prudeuce, el de fournir le nombre d'hooiDies cl de charrois d4cesssirc aux travaux des places que l'on forliliail (1). Le 40 mars précédent, il avait renouvelé, avec menace de contiscation et d'amendes arbitraires, l'injonction de transporter les denrOes dans les villes fermées de murailles (2).

Il s'occupa ensuite du soin de réorganiser son armée, que la campagne précédente avait beaucoup afTaiblie. Elle ne comptait plus, sans y comprendre, il est vrai, les troupes déiaciiées en France, que six mille liommes d'infanterie et deux mille chevaux (3) ; mais, grâce aux levées que l'on fit en Lorraine cl en Allemagne, elle ne larda pas à se refaire, El pour te moment de l'ouverture de la campagne elle présentait un eO'eciif considérable. La nécessité d'établir dans les dépenses un ordre parfait avait engagé le duc ù retirer au trésorier- gêné rai l'administration des fonds destinés à l'armée, et comme les Etats avaient momentanément renoncé à veiller sur l'emploi des sommes provenant des aides extraordinaires, Charles III avait nommé un trésorier des guerres, le 44 juillet 1^89, Nos archives possèdent encore quelquesans des registres de ce fonctionnaire ; on y trouve les détails à la fois les plus authentiques et les plus curieux sur la composition de l'armée lorraine, el c'est d'après le registre contenant les recettes et les dépenses faites depuis le 4" avril 1b91 jusqu'au ôO juin lb92, que nous allons donner un aperçu de la situation de cette armée.

Elle comptait cinq régiments d'infanterie. Les quatre premiers, qui avaient chacun dix compagnies, étaient commandés par les colonels Orfeo Galeani, de Salin le puîné, d'Esne et lomenes Galeani , qui sont appelés ■ anciens maisires de

(t) V. ibid., p. 39-

(2) V. ibid.

(3) V. ]a iuilruclioDs dounss ï Claude B»nlin.

> camp ■ des régimcnls d*infantcrie. Le cinquième, dsnl b force n'est pas indiquée, avait poar colonel « le sieur nuîstre » de camp Joseph Colii ». Cliarles III entretenait, en outre, deux régiments de lansquenets sous les ordres des colonels Hans-Ludoir de Schonaw et de Thieully (i). Le baron de Sprintzenslein était occupé à lever deux autres régiments de lansquenets, dont Tun devait avoir douze cents hommes; mais nous ignorons si ces deux corps vinrent jamais en Lorraine. Les troupes à cheval se composaient de grosse cavalerie ou gendarmerie, de cavalerie légère et d'arquebusiers, qa tenaient lieu de nos dragons. La grosse cavalerie présentait environ six cent dix lances, divisées en neuf compagnies, de force inégale, guidées par les sieurs de Saint-Georges, fc Cirey, de Fontenay, de la Chagne, de Courcelles, Lélio PIcssis , Sigismondo Santi, Hugues et de Remenéconrt II y avait quatorze compagnies de cavalerie légère , dont une cuirassée. Elles obéissaient au* capitaines d'Haraucourt dTAcraigne, Nicole Renesi, Thomas Luchise, Jean Goleme, Joseph Colli, Angelo-Maria Crespe, Jean-Baptiste N^, d'Haussonville, de Cirey, de Romain , de Thilly, de Salin Tainé, Dragina et Andréas Manessy. Ces quatorze compagnie!, dont quelques-unes (deux au moins) étaient formées d'albanais, avaient chacune cent cavaliers. Les quinze compignia d*arquebusiers à cheval ne comptaient pas plus de sept coali cavaliers (2) ; elles étaient placées sous les ordres des capitaines La Bastide, de Montignon , François de Failly, Irichanteau, François Hurbal, Geronimo Gatto, Octavio Origan»

(1) Le M^gimcnt de Schonaw comptait dix-huit cents hommei; edoî dt Thieully, qui avait seulement quatre coropagnicf , derait être naas nombreux.

(2) Il pnrait qu'il y avait encore d'autres compagnies d'arqoebi cheval et de cavalerie , mais les reuscignements que nous avons n à leur égard ne sont pas assez précis pour trouver phee ' ouvrage.

d^Haraucourt d'Acraigne^ d'Ische, de Vrécoort^ Philippe Humbcrt, de Hauteforge, de Montreuil et Saos-Peur.

Il faut ajouter à ces troupes 1® la garde ducale composée d'une compagnie d'arquebusiers à cheval, commaDdée par le fils de Fouquet de la Routte, et d'une compagnie de saisses; 9^ les trente-cinq archers du prévAt Thomas Brunesauli , el vingt-huit arquebusiers à cheval servant d'escorte au sieor de Vélaucourt, capitaine de campagne» c'est-à-dire chef des éclaireurs; 5'' un régiment d'infanterie de quinze enseignes, levé par le sieur de Marcossey , maître de camp, et qui, sans doute , servait en France ; 4® diverses compagnies détachées dans les chefs-lieux des bailliages; comme, par exemple, quarante lansquenets et une compagnie d'infanterie qui étaient logés à Vaudrevange et mis à b disposition du sieur d'Ancerville , bailli d'AllemagMi 5* les garnisons des villes fortifiées. Nous en citerons c^4^^P^ quelques-unes : Nancy avait reçu cent hommes d'inn^Pft el vingt arquebusiers i cheval; la Mothc cent hommes; le sieur de Challant, capitaine de Rinel, avait une compagnie d'infanterie; le sieur de Gondrecourt, gouverneur de Harsal, dix-huit arquebusiera à cheval et cent-cinquante fantassins ; et le sieur de Héming, capitaine de Phalsbourg , un corps de trois cents lansqueuets.

On voit, en jetant les yeux sur les listes d'officiers que nous venons de donner , que beaucoup de ces militaires étaient des étrangers , principalement des italiens , qui s'étaient mb au service du duc de Lorraine , avec des troupes d'aventuriers, soit de leur nation , soit de pays difTérents. Au nombre des officiers italiens qui combattaient dans les rangs de l'armée lorraine, figurait le colonel Orfeo Galeani, que nous connaiasons sous le nom d'Orphée de Galéan, et auquel on a longtemps attribué les plans des fortifications de Nancy. Sans parler des lansquenets, Charles ni avait pris à sa soUe quantité de soldats allemands , notamment des canonniers. Enfin, comme ses étals ne présentaient pas les ressources eonvena-

blés pour la remonte de la cavalerie, il avail fait acheter des chevaux à Strasbourg, à Rastadt et dans plusieurs autres lîeaz.

Ces préparatifs n'étaient pas inutiles, et la guerre paraissait devoir être poussée avec plus de vigueur en 1591 que les aninées précédentes. Le roi de Navarre, ayant reçu une grosse somme d'argent d'Elisabeth, reine d'Angleterre, avait prescrit à Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, seignev plein de hardiesse et d'habileté , et qui fut nommé maréckil de France, Tannée suivante , de se rendre en Allemagne, d'y lever une armée composée de reitres et de lansquenets , et de venir le rejoindre, en passant à travers la Lorraine.

La nécessité de tenir ses soldats réunis, pour dëjouer, f*ii était possible, les projets du vicomte, empêcha le due d'cavahir le pays de Bouillon, comme il en avait formé le dessein. Sur ces entrefaites, des troupes françaises^ commandées par le duc de Ne vers et par le maréchal d'Aumont, menacèrent le Barrois-mouvant , et , pendant que Charles était obligé de détacher une partie de ses forces pour faire face à ces niwveaux ennemis , le duc d'Ëpernon s'avançait du côté de Mett avec une petite armée, malgré la trêve que les Lorraias avaient conclue avec le sieur de Soboles (1).

Dans le courant de l'été , le danger parut si pressant, qv Charles III , ne s'en rapportant pas aveuglément a ses oSciers, voulut se mettre lui-même a la tête de son armée, d confia les fonctions de lieutenant-général au cardinal de Lorraine, son fils, qui administra avec beaucoup de sagesse d de prudence pendant plusieurs mois (2).

(1) V. Calmct, nist.,t. Il, col. 1408, U26 et U27.

(2) V., ù la bibl. publ., dans un recueil ms., non colé, godImhI beaucoup do pièces relatives aux Elats-Géndraax, on ""ndfWfrt ^ cardinal u aux commis aux coffres de l'impoit n ; et dint le itCMÎl et Chàieaurort. 1. 1, r> iS5 r» (bibl. de M. Beaupré), une u ordonoanet H n bailli d'Epinal pour l'assurance des places, rechercher lesMjels pnpm •» à la guerre, battre les grains, cl envoyer ouTrien pour lee n de Nancy • .

Dans l'automne, on vit arriver en Lorraine quatre mille suisses levés par ordre du duc de Mayenne, et on corps de troupes italiennes que le pape Grégoire XIV envoyait an secours des Ligueurs, et qui était commandé par son neveo, le duc de Monte-Marciano. Ce dernier, au lieu de se diriger immédiatement vers Paris , s'était amusé à guerroyer en Dauphiné contre les généraux du roi de Navarre et y avait perdu beaucoup de monde , en sorte qu'il n*avait plus que deux mille hommes d'infonterie et douie cents ehevaoz, lorsque, après avoir traversé la Franche^mté, il mit le pied sur le territoire lorrain. C'était néanmoins un précieoz renfort, et le duc de Mayenne jugea à propos de venir an devant du duc de Monte-Marciano et des Suisses, qui s'étaient logés dans les environs de Verdun. Charles IDE s'était également rendu dans cette ville et y conférait avec le doc de Mayenne sur leurs intérêts eolUllÉs» qu^nd on apprit qae le roi de Navarre avait laissé la plus grande partie de son armée dans les plaines de la Picardie et s'avançait à la tète de sa cavalerie, pour opérer sa jonction avec les troupes allemandes qu'amenait le vicomte de Turenne. Celui-ci , n'ayant devant lui que de faibles obstacles, traversa le bailliage d'Allemagne, passa à une demi-lieue de Pont-à-Mousson, assiégea prés de cette ville un château où il rencontra quelque résistance, lé prit par capitulation et néanmoins fit massacrer les soldats qui l'avaient défendu , et un étudiant de l'université qui se trouvait avec eux (i). Turenne ayant rejoint le roi de Navarre avec seize mille hommes, les deux armées Tinrent camper devant la ville de Verdun, sous les murs de laquelle les ducs de Lorraine , de Mayenne et de Monte-MareiaDO avaient établi leur camp. Il y eut des escarmouches asseï vives, dans l'une desquelles fut blessé le jeune baron d'Haussonville, fils du gouverneur de Verdun. Il allait même

(1) V. Abram, Hist. uoÎTen. moniponlanK.

tomber entre les mains de Tennemi , lorsque le capUainc de Salin Tainé fit une sortie, à la tète de sa compagDie dr chevau-Iégers , el panrint à dégager le baroé ; mais les lorrains furent contraints de battre en retraite, et Salin loimême se vit séparé de ses soldats et ne put regagner la porte. Profilant alors habilement du désordre de ses adversaires, il se mêla parmi eux, n*en fut pas reconhu et réussit è realrcr le soir dans la ville (i).

Les historiens français disent que le roi de Navarre n*ayaM pu chasser les ennemis de leurs positions, ni les forcer i bataille, prit enfin le chemin de la Picardie. Les lorrains soutiennent, au contraire, que le duc Charles oArhk combat au roi , qui le refusa et décampa peu de jo«i après (â). Il est h'wn difficile de démêler la Térité au milia de ces assertions contradictoires , mais on ne risque guère de se tromper en admettant que les deux partis redoataical, autant l'un que l'autre , une bataille dont la perle poivail avoir des conséquences désastreuses, et que leur eropi ment guerrier était feint plutôt que réel.

Le roi, pour récompenser le vicomte de Turenne du qu'il venait de lui rendre, et pour opposer à Charles ID ■ ennemi capable de lui tenir tête et de Foccuper dans ses éWii fit épouser au vicomte Charlotte de la Marck, duchesse de Bouillon ; et Turenne , désirant prouver au roi que m espérances étaient bien fondées, surprit, la première nuit de ses* noces, la ville de Stenay, qui appartenait au due et Lorraine. Cet événement , quoique peu important par Wmème, donna beaucoup d'inquiétude à Charles, qui ifasK de ne rien négliger pour rentrer en possession de Stctsf. Malheureusement, la trêve conclue avec les

(1) Mémoires mss. du P. de Salin jésuite dtéi ptr Galmcl, col. Ii27.

(2) V. idem, ibid., rx)l. 14^; Discours suGCiDCt du voyage èi Maiesté en Lorraine ; lu9l, petit in 8<>.

(T expirer, et les hostilités recommencèrent, mais sans auimosité, et se prolongèrent presque jusqu'à la fin de l'année 1594 (1). D*un autre côté, le duc^ ne pouvant répondre par un refus aux pressantes demandes des Ligueurs , fut obligé d'envoyer en France un nouveau secours composé de deux compagnies d'arquebusiers à cheval et de sept compagnies de cavalerie légère , qui furent , sans doute , placées sous le commandement de François comte de Vaudémont, second fîls de Charles III (2). Malgré ces diversions et au jnilieu d'une saison rigoureuse, ce dernier se mit en campagne |>our reprendre Stenay. Il attaqua d'abord Villefranche, petite place située à peu de distance , et dont la garnison aurait pu incommoder les Lorrains pendant le siège. Après la reddition de Villefranche, le duc se présenta devant Stenay. IjC baron de Comay, auquel Turenne en avait confié le gouvernement, fit une belle défense et repoussa les attaques des assiégeants; les pluies avaient tellement détrempé les terres, que les travaux de ceux-ci s'écroulèrent sur plusieurs points, et Charles fut contraint de se retirer, après avoir perdu beaucoup de soldats et un de ses principaux officiers, l'ancien bailli de Saint-Mihicl, Jean de Lénoncourt, qu'il avait nommé grand-veneur de Lorraine, et qui fut tué d'un coup de canon (5). Rebuté par la résistance qu'il rencontrait dans le duché de Bouillon, il tourna ses armes d'un autre côté, pénétra dans la Champagne et bloqua Sainle-Menehould. Ayant désiré reconnaître lui-même la ville, il s'avança si près des murailles, que ses gens le supplièrent de ne plus commettre une pareille imprudence; mais il leur répondit : « J'avais les > deux Salin avec moi » ; voulant faire entendre par là qu'il ne redoutait rien dans la compagnie de deux officiers aussi

(1) V. Hisl. de Mclz, l. III, p. UI.

(2) Ce jeune prince était allé comballrc en France, après le retour de soa frère aine.

(3) V. Calmet, ibid., col. Ii08.

braves et aussi expérimentés (1). Quelque temps après, il forma le dessein de surprendre la ville de Langres, où il entretenait probablement des intelligences, et, ayant réussi à dérober sa marche à la connaissance de renDeoii, il arriva jusque sur le bord du fossé avec une troupe de deux mille hommes d*clite. Le capitaine Brichanteau, qui commandait une compagnie d'arquebusiers à cheval, descendit dans le fossé, le traversa, appliqua une échelle contre une des portes et essaya d*y attacher le pétard. Comme cette opération mcontrait quelque difficulté, de Salin le jeune, colonel d'as des régiments d'infanterie, s'élança sur la même échelle et engagea Brichanteau à mettre le feu au pétard, en lui déclarant qu'il allait se placer lui-même derrière cet artifice, afla que le capitaine fût à l'abri de tout danger; mais ces pour parlers attirèrent l'attention d'une sentinelle pea ëloignéej qui donna aussitôt l'alarme, en sorte que le duc fut oblip de se retirer, avec beaucoup de précipitation, et reviat à Nancy, après avoir laissé son armée au marquis de PoDt-1- Mousson.

Celui-ci fut plus heureux que son père, et les Ijorraiaf s'emparèrent successivement de Vassy, la Fauche, Honlédair et CoifTy. A l'attaque de cette dernière place, le colonel de Salin offrit témérairement de monter à l'assaut , bien qae la brèche fût à peine praticable, et que les ingénieurs conseillassent d'attendre que le canon eût fait de nouvelles roincs. La hardiesse du colonel fut couronnée de succès, mais i trouva la mort dans son triomphe et fut tué d'un eoop de mousquet. Le marquis regretta vivement ce généreux officier, dont il appréciait la bravoure et la fldélilé (2).

(1) Mém. du P. (le SiiUd, ibid., col. 1409.

(2) Les Trèrcs De Salin, originaires de Bourgogne, ne l'étaieBt fii4i' Lorraine que depuis Tannée 1580. V. Défttite des Iluguenoti de pagne par les troupes du duc de Lorraine ; Paris, Chandière , IBM, y^ in 8" ; Calmct, ibid.. col. Ii09.

La joie que ces événements avaient inspirée à Charies III fut bien tempérée par une défaîte qa*an de ses généraux éprouva, vers la fin de la campagne. Le maréchal de BarroiSj African d*Anglure sieur d'Amblize, avait été ehargé d'assiéger la ville de Mouzon , où le vicomte de Turenne axait mis une garnison assez forte. Le maréchal conduisait, pour cette entreprise, le régiment d'infanterie du colonel d*Esne, le régiment de lansquenets de Schonaw, plusieurs compagnies de cavalerie et d'arquebusiers à cheval, et quelques pièces de canon. Sur ces entrefaites , le vicomte de Turenne, qui avait pris le titre de duc de Bouillon, et que nous appellerons de la sorte à l'avenir, traversa ses états ^vec les débris de l'armée allemande qu'il avait amenée au roi de Navarre en 1591, et qui retournait au delà du Rhin. Ayant connu les projets du maréchal, il prescrivit à ses propres troupes de se rassembler dans la petite ville de Beaumont-en-Argonne , d'où elles seraient en mesure d'inquiéter les Lorrains. D'Amblize, ajournant le siège de Mouzon, se présenta inopinément, le IS octobre, devant Bcaumont, où il n'y avait encore que pea.de monde. Ayant inutilement sommé le sieur de Montigny, gentilhomme picard, qui commandait dons la place, de lui en ouvrir les portes, le maréchal de Barrois ordonna de commencer les approches et de mettre son artillerie en batterie. Le lendemain, il fit jouer deux gros canons que l'on avait apportés de Villefranche pendant la nuit, et il se flattait d'ouvrir en peu d'heures une brèche assez large pour tenter un assaut ; mais le duc de Bouillon s'avança, le même jour, avec trois cents chevaux , introduisit des munitions dans la ville, annonça aux assiégés qu'il allait les délivrer et se logea dans le bourg de Raucourt. Le 14, il reparut avec quatre cents cavaliers et deux cents arquebusiers, au moment même où les Lorrains se préparaient à donner l'assaut. D'Amblize, laissant son infanterie devant la ville pour garder l'artillerie et les bagages, marcha, avec huit cents chevaux ,

au devant de son adversaire. Le combat ne fut pas long ; le> cavaliers lorrains, décimés par les décharges des arquebusien, furent rejetés sur rinfanterie, qui, découragée par cet échec, attaquée d*un côté par les assiégés, et de Tautre par la soldats du duc de Bouillon, prit la fuite à son tour. Le maréchal d*Amblize et le colonel d'Esne firent de vains c0bris pour rallier leurs troupes. Le premier fut tué d'an coop de pistolet ; le second fut fait prisonnier , ainsi que dinn capitaines ; sept cents lorrains restèrent sur le* champ de bataille, et quatre cents lansquenets du régiment de Scboaiv mirent bas les armes et obtinrent la permission de relovacr chez eux, sous la conduite de Nicolas de GranviUiers, tcrgent-major de ce régiment, à condition de ne pas servir petdant une année contre le roi, la ville de Sirasboarg et le die de Bouillon (1).

Celui-ci , quoiqull eût perdu un grand nombre de soldais et qu*il eût été blessé lui-même dans Taction, résdnide tirer parti de sa victoire. Dans les prenuers jours de décembre , il Ot reconnaître la petite ville de Dun par on de 10 lieutenants nommé Noël Richer. Ce dernier ayant rapporte que la place ne pouvait pas se défendre longtemps t ^t 4* d'ailleurs le gouverneur se gardait assez mal, le duc partit de Sedan, le 6 décembre, à trois heures après midi, avec lesîcir des Autels , d*autrcs gentilshommes et quelques troupes, et après avoir envoyé aux garnisons de Sedan et de Stenay, qv revenaient de piller Tévéché de Verdun, Tordre de se irooTer, à sept heures du soir, dans le village d*Inoi situé entre Stenv

(1) V. Défaite des Lorrains devant BeaumonI, le 14 octobre ISBt par Monsieur le Maréchal du Bouillon ; 1S92, pebC in 8^. Eo Lorraine oB jugea néce3saire de dissimuler le rude échec que Too venait d'éproorcr* et dans ce but on fil imprimer le livret suivant : Discovra mw \ny cl tiA assevré de lu dcfaictc des troupes et garnison de Sedan, Stenay et Siiactt l^Ianehould, par Monseigneur d*Amblizc, Marcschal da Barroîi el de l'armée de Son Altesse de Lorraine; Av Ponl-à-Momon, par Marchant, 1K02, petit in S».

et Mouzon. Il les y rejotgait, s'avança, à |a faveur des téoè-. bres^ jusqu'aux murailles de Dup, renversa la porte et la berse, au moyen du pétard, et pénétra dans la ville-haute. Les Lorrains, réveillés en sursaut, s'armèrent à la hâte, se défendirent avec valeur, tuèrent bien des gens à l'ennemi , mais furent obligés de capituler à la pointe dq jour; tandis qae la garnison de la ville-basse y mettait le feu et se retirait^ avant même d'élre attaquée (i).

La nouvelle de ce nouveau malheur trouva Charles IH occupé à prendre les mesures qa*il jugeait nécessaires pour réparer le désastre de Beaumont. Le^ Etals-<jénératti , convoqués au mois de juillet précédent, avaient, accordé ua aide extraordinaire de six francs par conduit dans les villes et bourgs (â); mais cette imposition parut insuffisante , et les trois ordres furent réunis une Seconde fois, le 43 novembre, pour voter un autre subside. Us décidèrent que, pendant l'année 1595, on percevrait, tous les mois,^ une somme de trente francs sur chaque village, sans distinction de ceux qui appartenaient au domaine ducal, au clergé et aux gentilshommes ; que cette somme serait levée par les officiers du prince dans ses domaines, et par les officiers des vassaux-dans leurs hautes-justices; que les villes et bourgs payeraient troit francs par conduit , et que les difficultés auxquelles donnerall lieu la perception de l'aide seraient jugées sommairement par les commissaires des deux premiers ordres , assistés de deux conseillers d'état (3). Le clergé, convaincu de la grandeur du péril que le catholicisme courait en France, ne s'était pas

(1) V^ Bref discours de ce qui est advenu cd la prise de la ville de Don, sur le Duc de Lorraine , par le Duc de Bouillon , au oommeneement de Décembre lli92 ; 1593, petit in 8».

(2) V. Recueil de François de Neofch. , p. i2.

(3) V. LayeUe Etats-Généraux, il, vfl* 22 et 33; RogéTÎiie, ibîd. , t. I, p. 598. Les Etats réglèrent, en outre, que les perMonesjiefaet icquitteraient un impôt pour chaque domestique qii*eUes auraient à leur service.

— 2«i — torn« i îiin \es mêmes sacrifices que la noblesse et le liei cl. djs« ï'eif ii l^9â. il a»it accordé an duc un don grat de v-:::q cer.i mlile fraocs barrais à repartir sur huit années v\'r.i::;:3 H'H \c sourerala-poniire approuveraît cette a su-i I .

Li s:<:><:.-'n de: n.ivembre était à peine terminée, q OiJr'^$ III signait un mandement pour faire marcher I r.oilcs i . ft prrtcriïail Je lever « qd homme en étal

> porter les armes par chaque vingt eonduils ■ (3) ; et mt'me tt-nips. pour rendre moins pénibles aux Lorrains, sa tout aux laboureurs. Ie« nombreuses charges qu'on Jenr il pOMÏt. il enjoîçnait au\ baillis et aux prévôts d'exécuic avec rigueur, une or^Ionnance qu'il avait publiée, le 29 sq lemhrx' proi-cJi'nl. * contre les soldalz et gens de fuer

> dcslroussjnt les voiaçeurs par les champs, et qui, ijai • prins chev.iuK ou t'estiîl en paslure ou ez logis de leni

> hosti's, prei^neiit il'cuk arKent pour le réachapl ■ [i), avait. Aaai le mi^me but, ebarfrâ le baron d'Haussonville t négocier avec le due de Pin^y, délégué à cet effet parler de >~.UMrro. une $orie de cirlel destiné à prévenir la ruine ( la Champagne, du Barroi-i, du Vcrdunois et du duché i Bouillon. Les deux partis sVngagérent à respecter I laboureur», vignerons, formiors et marchands, ainsi qi les eeelésia«iiqiies. le* t'tlieiers des eau x-el- forêts, les rcmme les lilles et Ie$ onfiinis. Il fut convenu que l'on arrêterait lei louieut les individus porinnt les armes, et que l'on ne se pei mettrait pas la raoiiulre insulte à l'égard des églises, di monastères et des lieuv consacrés (j).

tt' V. Ro^é\iiK-. ib,J., p. no.

X Y. Ir iwiieit df Chiluji'orl, I. I. I* ±21 r'. Le muidenicnt al A liu â7 iiiit l'iiibre.

(3^ Lr ÔO n<>vembrv ; v. Rfcueil de Franrou de XcafUi., p. tS,

-.f V. lr rrturil d'anc. onlonn. connu mui I« dou de Coât GwM f- IdS.

,S' V.Calmel. itiid., col. lUO.

On s'attendait généralement à Toir le doc de Lorraine entrer de bonne heure en campagne, ayec tontes ses forces, afin de tirer vengeance do doc de Booillon ; et ce qoi acheva d'accréditer cette romeor fat on mandement, qoe Charles adressa, le 9 mars 1593, aox gentilshommes lorrains ei barrisiens pour les inviter à marcher, ou en cas d'empêchement à payer chacun une somme de trente écos d'or sol (1). Il avait, en effet, résolu d'assiéger les villes que le duc de Bouillon lui avait enlevées, et il investit d'abord Stenay, dont le gouverneur se défendit vigoureusement ; mais le sieor de la Cour, qui commandait le régiment d'Esne, en l'absence da colonel titulaire fait prisonnier au combat de BeaomonI», entreprit de se loger, en plein joor, dans le ravelin coovrant une des portes de la ville ; il réussit dans cette opération dangereuse, et le goovcrneor, désespérant de tenir plos longtemps, demanda et obtint one capitolation. Don soiviC cet exemple ; et la reprise de ces deox places fut le dernier fait d*armes auquel la Ligue ait donné lieu dans notre pays (2). Au mois de mai, le roi de Navarre et Charles III convinrent que le cartel ou la trêve dont nous avons parlé , et qui devait expirer le 30 juin, se prolongerait josqo'au !•' juillet 1594 (3).

Si les hostilités languirent pendant l'année 1593, les négociations n'en furent que plus actives ; car on souhaitait ardemment la fin d'une lutte qui durait depuis plusieurs années, et dont rien ne pouvait encore faire prévoir l'issue. Les princes lorrains, après s'être pendant longtemps flattés de voir la couronne de France déférée à l'un d'entr'eux, commençaient à craindre que l'événement ne trompât leurs désirs, et ils s'assemblèrent, au mois d'avril , dans la ville de Reims,

(i) V. le recueil de Chàteaufort, 1. 1, f> 229 r».

(2) y. Calmet, NoUce, t. Il, col. 536.

(3) V. Recueil de Françoii de NeoTch., p. 44.

aOo de délibérer sur les mesures que les circonstaiices commandaient d*adopter. On sait que le duc de Lorraine fat présent aux conférences, mais on ignore quel rôle il y joua (I). Toute Tatlention était absorbée par la prochaine ouTerture des Etals-Généraux, que Ton avait convoqués pour procéder à réiection d*un roi. Ce n'est pas dans Thistoire d'un pays étranger alors à in France que Ton peut entrer dans beaucoap de détails relativement aux Etats de 4593 9 ^t il doit nous suffire de rappeler les fails qui se rattachent à notre sujet d'une manière plus directe. Au mois de mai, Charles III chargea le sieur de Bassompierre de se rendre à Paris , afin df veiller à cS que les droits de la branche afnée de Lorraine ne fussent pas oubliés dans les arrangements que Ton préparait, et ce négociateur habile parvint, presque immédiatement , à conquérir une influence qui allait lui deTeoir bien nécessaire. Il assista, dans l'hôtel du cardinal de Plaisance, légat du pape, aux conférences qui eurent lieu entre les délégués des Etals-Généraux , les princes lorrains et les ambassadeurs espagnols (2); et lorsque ceux-ci proposèrent de déférer la couronne au jeune duc de Guise, lequel aurait épousé l'infante d'Espagne , Bassompierre conseilla au due de Mayenne, irrité de celte ouverture, de demander un délai de huit jours pour la communiquer au duc de Lorraine, ciMf naturel de sa maison (3). Quoique ce dernier eût laissé entendre , à diverses reprises , que la couronne de Frauce devait revenir soit à lui-même , comme aîné de sa famille et descendant ilirec\ de Charlemagne ; soit à son fils

(1) V. Lettre d'Etienne Bernard maire de Dijon aux échevins de eetle ville , dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 3* série , 1. 1 , p. 801- Le duc de Lorraine entra à Reims le 28 avril, d*après les Méinoirtt éi Jean Pussot , dont le manuscrit est conservé dnns la bibliothèque de ville.

(2) V. Lettres détienne Bernard , ibid., p. 813 et 516. [ô) V. Calmet, Hist., t. Il , col. Ii53.

comme représentant du roi Henri II, son aïeul; quoiqu'il eût adoplé pour devise la phrase ambitieuse : Ei adhue ^pei durât avorum^ il avait évitée avec la prudence qui le earactérisait, d'afficher hautement des prétentions destinées, sans doute , à être mal accueillies. On pensait même que ses vues étaient tournées d'un autre côté , et qu'il désirait seulement accroître par la guerre et par les traités le territoire de la Lorraine , afin d'obtenir plus tard le titre de roi d'Anstrasje, que ses sujets lui accordaient déjà dans certaines circonstances (i). Mais il n'eut pas la sagesse de se taire autant qu'il l'aurait dû, et quand il vit les Etats-Généraux disposés à trancher l'importante question qui préoccupait deptiis si longtemps les esprits, il fit remettre à Bassompierre une sor^e de manifeste destiné à placer en évidence les droits que la branche aînée de la maison de Lorraine croyait avoir sur le trône de France. Quel usage l'envoyé lorrain fit-il de cette pièce ? On ne dit nulle part qu'il en ait donné lecture dans une séance des Etats ; on doit supposer par conséquent qu*il se contenta d'en distribuer des copies aux présidents de l'assemblée et aux membres les plus influents des trois ordres, et cette comonmication a laissé si peu de traces , que les historiens français ne la mentionnent même pas, bien qu'ils parlent tous des prétentions de Charles.

Quoiqu'il en soit , le manifeste , dû à la plume de Thierry Alix , sieur de Veroncourt et président de la chambre des comptes de Lorraine, est fort curieux, mais malheureusement beaucoup trop étendu pour trouver place dans notre ouvrage, et nous en donnerons seulement l'analyse , telle qu'on la ren-

(1) V. (dans Lionnois , Hist. de Nancy , 1. 1, p. i3S)l'épitaphe du tleur d'Artigotty , grand-chàmbeUan de Qiarles III , épilaphe qui « figuré doit l'église des Cordcliers jusqu'à la Révolution ; Volcyr, Lhiitoire et Reeileil de la triumphanle et. glorieuse Tictoûre etc., f^* v v*> , lixix v« et boa. r^. V. aussi, dans le présent volume, p. 83 vers le milien, un pantge d'un autre écrit du méoiQ auteur.

contre en lète de la copie du manifeste insérée dans le cariii-

laire de la bibliothèque de Nancy.

Après avoir fait observer < i® que la Maison de Lorraine n*a jamais dégénéré , ni desvoyé de la vraye foy catholique romaine >, Charles III ajoute :

> 2® Qu'elle est issue en droite ligne du roy Pépin , et de Tempereur Charlemagne, son flis , 9 3** El de Guillaume duc de Lorraine , frère de Godefray de Bouillon et de Baudouin , roys de Hiérusalem ; à raison de quoy les ducs de Lorraine ont depuis adjoint à ce tiltre ducal le royal de Hiérusalem ;

» 4** Que la Maison de Lorraine et celle de Bar, desquelles il estoit issu , ont tousjours combattu contre les hérétiques et les Turcs ;

9 5** Qu'il y avoit véritablement en France quelques princes du sang et de la race de Ilugues Capet, mais qu*ils estoieni tous hérétiques, calvinistes ou portans les armes poor eox, et quasi tous enfans de princes hérétiques; 9 G^ Que les enfans des princes hérétiques y posé qu*icein enfans se maintinssent catholiques, sont moins recevabks à la succession publique des couronnes que à l'hérédité privée des (erres propres paternelles, de laquelle lesdîls enfans sont cxcluds;

9 T Que en Tcsleclion d'un roy Ton doit tenir poir suspecte la religion, ou plustôt hypocrisie, des princes issus d'une tige ou souche infectée d'hérésie; 9 8"* Que la race de Lorraine est héréditairement saine, nette , impoliuc et immaculée d'aucune hérésie sans exception ;

9 O"" Que le même duc Charles devoit estre esleu roy parce qu'il estoit descendu directement de la seconde lignée des roys de France ,

> iO^ Et, outre cela, héritier et successeur au daché de Lorraine de Charles duc de Lorraine, frère pgiiaé de

Lothaire roy de France; lequel Charles esloit le plus proche héritier en ligne masculine de Lonys dernier roy, lors décédé sans enfans, fils dudit Lothaire, auquel il devoit succéder à la couronne, laquelle lui fut loTée et emportée par la force;

« ii*' Et que cette nouvelle entreprise ou promotion d'un nouveau roy, estranger de ladite famille royale masculine, devoit estre pour le moins colorée et aucthorisée par convocation publique et consentement d^ trois Estats du Royaume; ce qui fut toutesfois négligé et postposé à la force des armes du roy Hugues Capet; » iâ^ Que les ducs de Lorraine et de Bar se sont souvent alliez par mariage avec la Maison royale de France;

» 13*^ Et ont secouru par armes les roys de France ; » 14® Que les royaumes ne doivent estre perpétues en mesmc famille après cinq cens ans, lorsque Testât est sur le déclin et décadence, soit de la piété et religion, soit de la justice ou des subsides populaires; «il)'' Que le prince de Béarn (Henri Vf) et tous les princes de la Maison de Bourbon cstoient esloignez jusques au vingtième degré du roy Henri UI, au lieu que les fils du duc Charles luy estoient beaucoup plus proches, comme estans ses nepveux de par leur mère ; > 16^ Et que si les femelles sont excluses par lesmasles en la succession du royaume de France, cela se doit entendre si elles sont en pareil degré, et non si les masies sont plus esloignez;

» 17*^ Que l'on 'devoit considérer la noblesse dudit due Charles, descendu de Charlemagne et d'autres roys de France de la seconde lignée ;

« 18° Que l'accession des duchez de Lorraine et de Bar et autres seigneuries au royaume de France, par l'assompllon du duc à la dignité royale, apporteroit un graad adnntage

et commodité ù la France de re&tension des limites d'iceUe jusques au Rhin, ou peu près ;

» 19° Que ledit duc cstoit allié par mariages avec plusiears princes souverains hors le royaume de France ;

• 20"^ Qu'il avoit plusieurs grands droicts de propriété ca diverses seigneuries et principautez dedans el dehors le royaume ;

» 21*^ A sçavoir au duché de Gueidres et au comté de

Zutphcn,

» ^22"" Et au royaume de Sicile ;

• 23<' Qu'il luy estoit deub plusieurs grandes sommes de deniers par les roys de France , pour cause de mariage oa autrement ;

» 24° Que le comté de Provence luy appartenoît ;

» 2Ii° Et pareillement à luy, ou à ses enfans, les comlez de

Blois et de Soissons et la seigneurie de Coucy ;

» 26° Item, les duchez de Bourbonnois et d'AuTergoe, le

comté de Forests et la baronnie de Beaujolois;

• 27° Le duché d'Anjou et le comté du Maine ; » 28° Le comté de Valois ;

> 20° T^ duché de Bretagne ;

> 50° Le comté de Montfort-l'Amaulry ;

» 51° Les comtcz de Champaigne et Brie;

» 52° Le comté de Dreux ;

» 55° Le duché de Bourgongne ;

» 54° Les comtez d'Auxerre et de Nevers;

» 55° El les comtez d'Auvergne et de Lauraguaiz;

» 50° Et que ce seroit assoupir plusieurs matières de défaali

et questions, si on l'eslisoit roy de France, ou à son début

le marquis du Pont, son fils aisné (1). »

(1) V. le Cartulairc, p. 869 et siiiv. Nous avons réoemmeot donné oat édilioii (lu manifeste dans le Recueil de documents sur lliisloîre de Lsrraine, t. I.

Cette longue exposition , dans liqaeile Gharies III mèhU assez imprudemment des réclamations disagréaUas pour les Français à des raisons qui étaient de nature à lai ooncilier leurs suffrages, cette exposition, disons-nous , ne parait aToir produit aucune impression sur les membres des Etats-Généraux , et la perspective ISatteuse de reculer jusqu'au Bhin les limites du royaume n'était guère capable de séduire dans un moment où la France était déchirée par la guerre eifile. Il est probable , au reste ^ que le duc ne se frisait pas illusion sur Taccueil que son manifeste devait recevoir; il ne témoigna par conséquent ni surprise, ni coUre, quand il apprit que ses prétentions ne semblaient pas fondées; mais il enjoignit à Bassompierre de se tenir à l'écart et de préparer les voies pour un accommodement avec le roi de Navarre, de la eonvarsion duquel on commençait à parler (i).

On ne dit pas que Gharies ait jugé convenable de joindre aux arguments de son envoyé des offres pécuniaires, qui auraient pu lui concilier quelques suffrages; on serait néanmoins tenté de croire qu*il ne négligea pas complètement ce moyen de réussir, quand on se rappelle que les Etats^iénéraux ftirent convoqués trois fois pendant l'année 1593, et que dans les deux premières sessions, pour le moins, le duc fit demander des subsides. En avril , les trois ordres votèrent un aide extraordinaire d*un franc barrois, lequel devait être levé, tous les mois, sur chaque conduit, pendant les trois derniers trimestres de l'année , et ils autorisèrent également le prince à percevoir six deniers par franc sur les marchandises vendues, ainsi que le dixième pot de vin (2). Réunis de nouveau en septembre, ils don-

(i) C'est du moins ce que Bassompierre raconta plus tard à EUiée d*Baraucourt, qui fut gouverneur de Naney tons la ré|pifl de Henri II. V. Benoit, Réptique aux deux letu^ qui servent d*apologie du Truté hiit. for rorigine de la maison de Lorraine, p. 33 èc 34.

(2) y. Layette ElaU-Généraux , II, np 38 ; ReeueQ de François de ffeofch., p. 4i.

> ladicte imposUion, oa d*ameBde arbitraire, sdoii qii*0

> escherroit > (i).

Malgré les espérances que l'on avait eonçnes de Toir la tranquillité renaître incessamment, le doc se préparât à. pousser la guerre avec vigueur, si la diose devenait indispensable. Il avait, dès le mois de juillet 1593, autorisé Bassompierre à négocier une trêve avec le roi de Navarre, el les articles, rédigés à Saint-Denis, le 3 août, avaient reço, orna jours après, Tapprobatien de Charles III (3); cependant, craignant que cette trêve ne (Ût pas suivie de la paix, tt enjoignit aux baillis, le 4 mars IWi^ de lever on honuM sur vingt dans tous les villages (3).

Le roi entra à Paris le 33 du même mois, et les chefr de la Ligue s'empressèrent de traiter avec lui. Le duc de Lorraine, ne voulant pas rester à Técart , chargea Bassompiem de sa rendre auprès du monarque, qui se trouvait à Laos ; des conférences eurent lien entre le plénipotentiaire lorrain et le sieur de Sancy, premier-mattre-d'hAtel d« roi, et ilt posèrent, le 51 juillet 1394, les bases d'un arrangement entre les deux princes. Différentes circonstances retardèrent, il est vrai, la ratîGcation de cet arrangement; Henri n*eii signa les articles que le 16 novembre suivant, au château de Saint-Germain-en-Laye, et encore la convention dont nous parlons était-elle en quelque sorte provisoire ; mais die ftal confirmée par un tn^ité définitif que le roi ratifia, à Folem» bray^ en décembre 1993, et qui lut signé par Charles HI la 42 mars 1396. Toutefois, ce prince avait, dès le 9 octobre

(1) V. Recueil de Fr. de N., p. 82 et 83.

(2) Le cardinal de Lorraine , dvèqœ de Meli, était cofBprii dans esllo frère. V. Articles accordes entre les Siem Députes poor Sa Majesté M la Sievr de Bassompierre, Dépoté pour Mouieigneor le Due de Lomém^ soub le bon plaisir de aadiete litjeité et de soo AttflHe; Iftnqr, lanson, petit in 8*.

(3) y. RogériUe, ibid., I. O, p. 78.

précédent , prescrit aux baillis de publier que la paix èA rétablie (i), et il l'avait fait annoncer, le même jour, daili capitale de ses états (2).

On sait que Henri IV, animé du dësir de temÎMrh gaciYe le plus promptement possible, accorda auxdMftde la Ligue à peu prés tout ce qu'ils lui demandèrent pour ndhc bas les armes , et le duc de Lorraine , qui eonnaîssait la iitentions du roi, ne manqua pas d'en profiter. On doit legretter seulement qu'au lieu de stipuler en sa faiev fc paiement d'une somme d'argent, laquelle fui bientôt dissipée^ i n'ait pas, comme il aurait pu le faire, exigé que Henri icnonçât à son droit de suzeraineté sur le Barrois-monraat; ce qui aurait prévenu le retour de difficultés sans cesse santés (5). Les traités de Saint-Germain-en-Laye et de bray, reconnaissaient Charles III comme maître des Tîlhs de Stenay , Dun et Marsal ; mais le duc s'engageait i rendre aa roi Coiffy , Montéclair, Hontigny , Villefranche et JsmIi, après en avoir retiré toutes les provisions de guerre el de bouche (4). Henri consentait à laisser le gouYernemeat dei villes de Toul et de Verdun, des châteaux de Onffy, di Montéclair et de Hontigny au marquis de Pont-à-Honssoa, tf à défaut de ce dernier au comte de Yaudémont , soa Irèc cadet. Les officiers de guerre ou de justice en fonctions ces places conservaient la jouissance de leurs charges, i dition d'en prendre confirmation du monarque ; et en cas de décès des capitaines qui commandaient sous l'autorité da mirquis de Pont-a-Mousson, celui-ci pouvait présenter à Hciri deux candidats, dont l'un devait être choisi par le roi. Le dae

(1) V. Recueil de F r. de N., p. 86.

(2) V. Mémoires de fialihuar Goillermé , seerétiira da GbHki B, ms. de la biblioth. de Nancy, n^* 22.

(5) Rémond MeaBein cité par Che^TÎer, ibîd., p. 835 et S6. (4) Le duc Henri acheta Jamelz, quelque tcmpa aprèa, Mdat de Montpensier, à qui le roi avait remia cette pkw.

attendre ToaTerture de la session des Etats-Généraux, qai étaient convoqués pour le 25 du même mois, ordonna de lever un franc par conduit applicable « aux munitions des B garnisons » ; et, deux jours après, il enjoignit aux habitants d*£pinal de payer seize cent trente francs barrois à la compagnie italienne du sieur Capoforfe, qui occupait cette nlle, où elle avait remplacé la compagnie du capitaine Meriza (1).

La plupart des pillards dont nous venons de parier continuèrent à tenir la campagne, malgré les mesures que l'on prit contr'eux, conformément aux prescriptions que le prineeavait transmises aux baillis, les 15 février et 7 mars 4895 (^* Le 22 décembre, il adressa aux baillis one ordonnance relative aux courses des gens de guerre licenciés, dans laquelle on rencontre la disposition suitrante : c •... Que tons

> nos subjects résidans tant es bourgs, bourgades et villages, » capables de porter les armes, aient à s*armer, sçavoir le

> dixième d'entr*eux, duquel vous ferez choix et eslection, » d'une bonne arquebuse à mesche, poudre et fourniment

> bien assortis, et les tenir en sa maison^ comme aussi les M autres habilans chascun d'un brin d'estoc, prêts A s*en

» servir et marcher, aux occasions qui s*ofinront > (3).

Les désordres ayant encore augmenté au commencement de Tannée 1596, Charles promulgua, le 10 mars, unéditqui commandait aux baillis de faire armer les hommes capables

(1) V. le recueil de Chftteaorort, t. I, N26i r«, 266 r« et 278 r«. Les £tals-Généraux furent, malgré leiy répugnanee, obligéi d'aeeordsr m aide extraordinaire, qu'on leva pendant six année» (du i*' avril IB90 aa 31 mars 1602), et qui produisit deux millions quatre cent toixinte-HZ mille huit cent huit francs six deniers barrois. V., ta TVét. des cfa., un registre de la cour des aides qui contient les comptes de llmpôt dont il s'agit.

(2) V. Recueil de Fr. de N., p. U.

(3) V. le recueil d'anciennes ordooninees appartenanl à M. IfeA ; v. aussi Rogéville, ibid. , t. Il, p. 79 ; Rec de Fr. de N., p.'8^.

de servir (i). Ce n'étaient pas seulement de petites troupes d'aventuriers qui rançonnaient les laboureurs; des bandes fort nombreuses parcoururent la Lorraine et le Barrois pendant toute l'année 1595 et les premiers mois de 1596. Eo février 1595, deux capitaines lorrains, les sieurs de Louppy et de Tremblecourt, à la tète de quatre ou cinq mille soldats de toutes nations, eurent Taudace de tenter la conquête de la Franche-Comté. Vesoul, Port-sur-Saône et plnsietrs autres petites villes se rendirent sans résistance, et Treablecourt envoya un trompette sommer les habitants de Besançon de le reconnaître comme protecteur , i h place de Philippe II. On lui répondit par un refus, d bientôt les troupes espagnoles, prenant l'offensÎTe, assiégéial la ville de Marnay, s'en emparèrent et pendirent aux feoétrcs du château les soldats que Tremblecourt y avait hissés. Celui-ci et Louppy se trouvaient alors à Yesoul; ils Fahandonnèrent, à l'approche des Espagnols, pour s'enfermer dans un château voisin , où ils furent promptement réduits à h dernière extrémité. Louppy fut tué d'un coup de mousquet. Tremblecourt parvint à s'évader et a se réfugiera Remirenoat, chez une de ses parentes, qui était chanoinesse du chapitre; mais le duc de Lorraine ayant donné ordre de saisir cet aventurier, il voulut fuir et il traversait la Moselle, à la nage, lorsqu'il fut frappé d'une balle (2).

L'attention de Charles HI se tourna également sur les Calvinistes, qui profitaient des circonstances pour répandre de nouveau leurs doctrines dans notre patrie. « Il se recongnoist • journellement , lit-on dans uq règlement publié par le car- » dînai de Lorraine, que quelques libraires résidans u > Pont-à-Mousson, poulscz d'avarice et de lucre , exposent ca

(1) V., dans la collection de M. Beaupré, un recueil d*onloiinHMH eolé B. S». M. (Bailliage de Saint-Mihiel), P» i«r.

(2) V. Calmet, ibid., t. II, col. 1302 et 1393.

> vente pnblicque^ oa distribaent Mcreltemenl el eo etehette, » tant audict lien que aillieors, dans les pays de Son Altesse, » ez district de nostre Légation (i), plusieurs sortes de liTres » et libelles prohibez et deffendnz^ el aohres qu'il D*est porté

> par Tindex des livres censares faiel de l'ordonnance da » concile de Trente. > Poar remédier à cet abus le cardinal défendit, le 30 jaillet 4594, i^ aux libraires de mettre aacmi volume en vente sans l'avoir préalablement soumis au recteur de l'université , et ^ aux typographes de rien imprimer sans le consentement et l'approbation du même dignitaire ; le tout sous peine de confiscation et d'une amende de cinquante francs barrois, applicable aux cravres pies; et en cas de récidive^ les coupables devaient être c prives de leur estât » (3). En 4595, le duc ayant appris que l'hérésie s'était montrée de recbef sur quelques points, enjoignit, le S3 octoin^, • que • ceulx de la religion réformée abjureroient leur secte dans

> huit jours après la signification (de l'édlt), ou vuideroient le

> pays incontinent ». Les calvinistes qui prenaient le parti de renoncer à leurs doctrines étaient contraints de présenter aux baillis un certificat c des Curez et Supérieurs des lieux

> où ils faisoient leur résidence, avec protestation de n'y » récidiver » (3).

Satisfait d*avoir terminé d'une manière avantageuse pour lui une guerre dont l'issue avait paru longtemps incertaine^ Charles III résolut de rester à l'avenir étranger aux querelles de ses voisins. Comme les hostilités continuaient entre la France et TEspagne, et que l'on venait en Lorraine faire des enrôlements pour le compte de ces deux puissances, le duc interdit à ses sujets, le 31 mars 1595, de servir à

(1) Le cardinal de Lorraine était légat apostolique dans loi évédiés de Metz, Toul et Verdun.

(2) V. le recucU d'ordonn. de M. Noél.

(3) V. ibid.

rEtranger (i), et la prohibition fat renooveiée le S5 octobre 4600 et le 47 février 4603 (2). Non content d'aYoir adopté cette mesure, il publia, le 9 septembre 4595, une déclaration de neutralité , qui n'élait pas superflue , à cause du Yoîsinage des armées ennemies (3). Le roi de France s'empressa da répondre à cette déclaration d'une manière fayorable (4) , et Philippe II adressa à Charles, le 51 janvier 1596, des lettres par lesquelles il reconnaissait la neutralité de la Lorraine (9).

Malgré tous les soins qu'il prit pour cicatriser les plaies de ses états, le duc eut le chagrin de voir les désordres se prtH longer sur différents points, et il fut encore obligé en 4599 (le 26 septembre) de promulguer un édit c prohibitif de » porter aucunes arquebuses ni bastons à feu », et prescrivant « d'appréhender les voleurs^ vagabonds, et aolCres > personnes non avouéez qui se trouveroient es pays de son » obéissance » (6). Quelque temps auparavant, certains cantons de la Lorraine avaient été envahis par une maladie contagieuse, venue probablement à la suite des armées, cl Charles fit écrire aux baillis, le 43 novembre 4596, pour lear recommander d'employer contre la contagion des précantioas qui furent probablement efficaces , car le mal ne semble pas avoir reparu l'année suivante (7).

Ce fut vers cette époque que Ton vit à Nancy celui de low les princes lorrains qui avait pris la part la plus glorîeose i la Ligue. Nicolas, frère pufné du duc Antoine, qui fut régeaC de Lorraine pendant la minorité de Charles III, et dont no«s avons eu souvent l'occasion de parler, s'établit en Franoe, et

(1) V. Rec. de Fr. de N., p. 55.

(2) V. ibid., p. 78 et 80.

(5) V. ibid., p. 56.

{i) V. le cartulaire de la bibl. publique , p. 1409.

(5) V. Rec. de Fr. de N., p. 59.

(6) V. ibid., p. 76.

(7) V. ibid., p. 6i.

la princesse Loaise de Vaudénuoot , qu'il ataii eue de Mar* guérite d*Egmont, sa première femme, épousa le roi Henri m. Nicolas, s*élani remarié deux fois , eut de sa troisième femaie Henri comte de Chalîgny, mentionné plus haut; et de la seconde Philippe-Emmanuel duc de Merccsur, qui naquit à Nancy , le 9 septembre 1558 , et fut baptisé dans la collégiale Saint-Georges , le 15 décembre suiTant. Les détails de sa Tie n*appartiennent pas à notre ouvrage , et nous nous bornerons à rappeler Féloge que saint François de Sales foisait de ce prince illustre : c Je dis le duc de liercorâr un des remparts 9 de la cbrestienté , un des protecteurs de la foy , le guidon > du crucIGx! • Après s*ètre arrangé avec le roi, Philippe- Emmanuel quitta la France, vint en Lorraine et se rendit à Vienne en 1600, sur Tinvitation de l'empereur Rodolphe H, qui lui offrait le commandement de rarmée de Hongrie. Beaucoup de lorrains accompagnèrent le duc (1), lequel, avec vingt mille hommes seulement^ entreprit de faire lever le siège de Kanisca, attaqué par soixante mille turcs. Le visir Ibrahim se tint renfermé dans ses lignes, et le manque de vivres obligea les Impériaux à se retirer ; mais cette retraite, opérée en présence d*ennemis trois fois plus nombreux, excita Tadmiration de tous les hommes versés dans l'art de la guerre. En 1601 , le duc de Mercœur prit la ville d'Albe-

(1) Plusieurs lorrains 8*y étaient rendus dès Tannée itt97. Y. les pelîti poëmes d'Alphonse de Rambervillera intitulés : Adieu aux généreux Seigneurs, Gentilshommes et Soldats allant en Hongrie contre le Turc, eo 1597 ; et Stances funèbres sur le trespas de Messire George, Baroo de Boppart, Seigneur d'Albe, Colonel. Lorrain, tué au sî^ de Bnde, eo 1!>98. V. au»si Topuscule du même auteur qui porte le titre suifant : Discours de ce qui s'est passé en Tarmée des Chrestiens en Hongrie eootre le Turc , en la présente année 1600 ; Paris, P. Cberallier, petit in 8* de 16 pages. On voit dans les archives de la &mille de Widrangea des paneports très - honorables donnés par le duc de Mercqnir à Qtade de Widranges, qui avait servi avec distinction contre lei Tores, eo 1600 et

Royale et défit un corps d'armée qai s'était préseolé pour secourir la place. Ce fut le dernier exploit de eet habile général , qui mourut, à Nuremberg, au mois de février 1602. La nouvelle de cette perte causa en Lorraioe une douleur universelle , et le poète Alphonse de Rambervillers s*en rendit Tinterpréte en donnant, la même année, Les larmes publiques sur le trespas de Philippe Emmanuel de Lorraine , Duc de Mercœur ; avec le Polémologue ou prière guerrière dont ce prince usoit, et le narré de la pompe fonèbre faite à ses obsèques à Nancy (i) ; opuscules où Ton retrouve toutes les qualités qui distinguent les productions de cet écrivain , et tous les défauts qui les déparent.

(1) Pont-à-Mous8on, 1602, petit in P>. Les deux premiert de ca Iras opuscules ont été réimprimés dans le volume intitulié : Les déroli âHH cemens du pocte direstieo ; Pont-à-Mouatoa, Melchior Boraml, l6fB,

petit iu 8^.

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