‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 4 sur 23 · ÉTAT DE LA LORRAINE SOUS LES PRINCES DE LA MAISON D* ANJOU · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA LORRAINE SOUS LES PRINCES DE LA MAISON D* ANJOU

Eo jetant un coap-d'œil, à la fin du livre précédent» sur rétat de la Lorraine pendant le XIV* siècle et les premières années da XV^, nous avons signalé la décadence de la noblesse et raccroissement continuel du pouvoir des ducs, qui, suivant l'exemple de leurs voisins les rois de France, étaient parvenus à élever leur autorité sur les débris des privilèges nobiliaires. C'est par une observation toute dififérente que uons commencerons le présent chapitre , mais comme nous avons déjà fait connaître en détail ce revirement subit et les causes qui l'ont amené , il est inutile de nous y arrêter de nouveau. Les gentilshommes ne réussirent pas toutefois à reconquérir leur ancienne influence sans faire plus d'un •sacrifice ; pour prix de la domination à laquelle les ducs renonçaient , il fallut dans maintes circonstances payer de sa personne et mourir suc les champs de bataille ; il fallut aussi consentir à l'établissement de quelques impôts. La rançon de René I^ et des chevaliers faits .prisonniers à Bulgnéville, les expéditions de Naples et de Catalogne furent soldées en partie au moyen d'aides levés sur les sujets de la Chevalerie, aussi bien que sur ceux du prince. Dans plusieurs occasions, ceux-ci avaient acquitté une contribution modique, et qui parait avoir été ordinairement de deux francs barrois par conduit

ou feu imposable ; mais les sujets de la CheYalerie n*aTaieol encore subi aucune charge de cette nature. Jusqu'alors les revenus domaniaux sagement administrés avaient i^uveri toutes les dépenses, ainsi que nous avons eu soin de le faire remarquer, et l'augmentation des recettes que procuraient l'exploitation des mines , la fabrication des monnaies et la vente du sel , avait ajouté à la prospérité des finances dacales, surtout pendant les règnes de Jean I^ et de Charles H.

La noblesse ne profita pas seule de la prépondérance qu'obtinrent les Etals-Généraux, et avant le commencement du régne de René l^' les représentants des villes siégèrent dans ces réunions avec les gentilshommes, placés au premier rang , et les prélats, qui ne venaient qu'en seconde ligne. Ao XV* siècle, et malgré les malheurs de la Lorraine, les villes gt* gnèrent beaucoup en richesse et en population. EIM avaient presque toutes obtenu depuis longtemps des chartes qui dosnaient à leurs habitants des libertés suffisantes, et les villes annexées au duché sous les règnes des princes d'Anjom reçurent des privilèges égaux > et peut-être même plus étendus. On a vu quels étaient ceux dont jouissaient les bourgeois d'Epinal, et quand les habitants de Sarrebourg devinrent lorrains, ils furent gratifiés d'une charte d'affranchissement (i).

Les villes épiscopales de Metz, Toul et Verdun conservaient toute leur importance, et leur population était trés^nombrense; elles eurent cependant à souffrir des épidémies qui s'y dédtrèrent en 4426, 4438, 4454 et 4463. Une de ces maladies enleva deux mille cinq cents ou trois n\^lle individus à Verdan en 4454 et 4452; Metz et le pays messin, qui avaient va mourir seize mille personnes en 4426, et vingt mille en 4438 et 4439, en perdirent encore quatre mille en 4463 (3).

(i) On en trouTe une copie dans la collection de M. Plo3.

(90 V. Les chron. de MeU, p. U7, 204 et 206; cbroo. de Jean le Châtelain, à Tan. 1462; Wassebourg, Antiquités de la Gaule Belgicqne, f» dij ro.

La coodition des habitants des campagnes ne changea pas notablement an XV* siècle ; quantité de villages avaient reça, pendant les XIII* et XIV' siècles, des chartes d'affranchisse^ inent sonvent assez incomplètes, et les paysans savaient s'en contenter. On trouve quelques affranchissements nouveaux pendant la période que nous venons de parcourir, el même à des dates plus récentes ; tels sont ceux des villages de Saulx (4460), Vigneulles-lès-Hattonchâtel (i489), Manheulles, Haudiomonl, Villers-sous-Bonchamp (4520), Bassompiecre (452â) et Flavigny-sur-Moselle (4563). Plusieurs de ces chartes portent concession de la loi de Beaumont, que l'on regardalt encore comme la charte-modèle (4). Celle du village d*Isehe (4453) offre l'énumération détaillée des droits que les seigneurs concédaient, ou pour mieux dire reconnaissaieni, el prouve que les ehartes octroyées pendant le XV* siècle différaient peu de celles que beaucoup de villages avaient obtenues précédemment. Les hommes et femmes bourgeois d'bche furent affranchis de toutes mains-mortes, tailles à volonté, fors-mariages, corvées, débits et autres servitudes, à condition que chaque ménage payerait annuellement au seigneur six gros, trois à la Saint-Remy et trois à Pâques, et chaque veuve six blancs à la Saint-Remy et six blancs à Pâques; et que le retardataire serait puni d'une amende de trois sous. Les rentes et cens dus par les déforains, c'est-à-dire par les personnes n'habitant pas le village, demeuraient tels qu'ils étaient autrefois. Le seigneur se réservait la banalité des fours et des moulins, les pargiéres, épaves, attrahières et confiscations; mais il accordait aux habitants l'autorisation d'emporter leurs meubles, de laisser leurs héritages à leurs enfants, et de vendre ou aliéner leurs biens, comme bon leur semble-

(1) Des copies de plusieurs de ces chartes ont été recueillies par M. Noël; d^autres se trouvent à la biblioth. impériale, fonds de Saint - Germain*H«rlay ; v. aussi Calmet, Notice, t. 1I> col. 853.

rait, à Texception toutefois des maisons sujettes à rimpôt des six gros, lesquelles ne pouvaient être cédées qu'aux honunes du seigneur (1).

Il parait que les paysans jouissaient assez généralement dû droit de chasse, au moins dans les montagnes des Vosges, où la nécessité de détruire les loups et les ours n'avait pas permis de défendre le port d'armes. Les officiers de la gruerie firent quelques tentatives pour supprimer ou du moins pour réglementer cet usage ; elles échouèrent, particulièrement à Gérardmer, et l'on se contenta d'imposer aux chasseurs l'obligation de clouer à la porte de leur église la tète et les pattes des animaux qu'ils avaient tués. La pèche fluviale était tolérée comme la chasse elle-même, et, dans divers lieux, les habitants pouvaient, comme nous l'avons dit, pécher le mercredi, le vendredi et le samedi, à condition de ne pas prendre plus de poisson qu'il n'en fallait pour leur consommation, pour celle de leur famille, et pour en offrir à six de leurs voisiiis. Au reste, on prohibait dès cette époque les modes de pèche qui mettaient obstacle au repeuplement des rivières, et, en 4436, un bourgeeois de Saint-Mihiel fut condamné à uoe amende de huit sous pour s'être servi de c la ligne à plonger » (2).

A côté de ces droits , qui seraient un objet d'envie poar beaucoup de nos contemporains, existaient bien des servitudes plus ou moins onéreuses. Dans la plupart des villages, h vente du vin était frappée d'une taxe ; elle était même daet plusieurs lieux interdite à tout le monde, excepté ao fermier seigneurial, depuis le samedi de Quasimodo jusqu'à celui de la Pentecôte (5). Quand un village était mi-partie, l'individu qui venait s'y établir pouvait , comme on l'a vu , choisir le

(i) V. Calmet, ibid., t. I, col. 603 et 604.

(2) V. Justice crim. des duchés de Lorraine et de Bar, par M. Domont, 1. 1, p. 206, 207 et 214.

(3) V. SutisUquc de la Meurthe , par M. II. Lepage, t. Il, p. 4 et 117.

maiire qa'il préférait. Mais le sujet d'an seignear qui époQ^ sait une femme et adoptait une demeure appartenant à l'autre seigneurie, continuait à être soumis à sa juridiction primitive» tandis que ses enfants suivaient la condition de leur mère. Aucun sujet» quand même il y aurait trouvé un grand avantage, ne devait se placer, sans le consentement de son seigneur, sous la garde et la protection d'un étranger, et les traités conclus, au mépris de cette règle, étaient frappés d'une nullité radicale (1).

Certains villages avaient obtenu, pour différents motifs, des privilèges plus étendus que ceux dont il vient d'être parlé. Le maire et les échevins de Norroy-le-Yeneur connaissaient de toutes actions el causes réelles et personnelles, ^viles, criminelles ou mixtes » à la réserve des cas privilégia ; de plus, ils avaient un sergent pour signifier les exploits judiciaires, et deux dtrcs-jarés qui rédigeaient valablement les actes et contrats , à charge cependant d'en faire sceller les grosses par le garde du tabellionage de Briey (2). Le choix des membres de ces tribunaux était fait ordinairement par tous les habitants. A la Bresse, village situé au milieu des plus hautes montagnes des Vosges, la justice se composai! d'un mayeur, de son lieutenant, de huit échevins etd'un ap* pariteur. Le premier n'était pas rééligible, et son successeur devait être élu, le 1"' mars, sur une liste dressée par ceux des habitants qui avaient rempli les fonctions de mayeur; au jour fixé pour l'élection, le tribunal se transportait dans la maiêan commune et recevait, par une fenêtre, le suffrage verbal de tous les villageois, chefs de famille, veufs ou célibataires, hommes et femmes ; le nouveau mayeur était installé immédiatement, et on choisissait ensuite les échevins. Quand le mayeur avait prêté serment entre les mains du lieutenant au

(1) V. idem, ibid., p. U ; Cahnet, ibid., t. Il, col. 857 et 8tf8.

(2) V. Calmet, ibid., col. 977.

bailliage deRemiremont, qui assistait toajoars & la ^.««.v»»^, il remettait à chacun des échevins un bâton blanc, et cen-d juraient « par serment solemnel, ensemblement sur lesSainets » Evangiles, qu'ils feroient bonne et briesve justice, et sans » porter faveur à l'une ni à l'aultre des parties ; et que tootes 9 les causes qui viendroient devant eulx, ils les vuideroieni et > jugeroient sainement et au plus prés de leur conscience ». Le tribunal siégeait en plein vent, sur des bancs de pierre et à l'ombre d'un orme fort ancien. Avant de demander un jag»» ment, on devait se présenter devant une espèce de bureau de conciliation, dont les membres, présidés par le curé, étaient pris dans la confrérie des morts, c II n'estoit loisible à per- » sonne plaidant devant ladicte justice former incident frivole » et superflu ; ains falloit procéder au principal ou proposer » aultres fins pertinentes, afin que jastiee ne fust prolongée. » On ne plaçait devant les juges ni table, ni écritoire, et les sentences n'étaient pas rédigées, à moins qu'une des parties ne l'exigeât. En un mot, on avait conservé les formes les plus simples et les plus expéditives. Un avocat de Remiremonty qui s'avisa de citer en latin plusieurs passages du Digeste, se vit condamner à cinq livres d'amende, et l'afiaire fut remise à quinzaine pour donner à l'orateur « le temps d'apprendre i » plaider selon la coutume de la Bresse » (i). La justice da bande Longchamp, près de Remiremont, était organisée à peu près comme la précédente; mais quoique le grand-maire nm mayeur fût président du tribunal , il était subordonna m grand -prévôt du chapitre, qui dirigeait les délibérations, quand il lui convenait d'y assister, et pouvait destituer le mayeur en lui retirant le bâton blanc, marque de sa dignité (2).

(1) V. CoQtuine particulière, mœurs et usages de la commune de k Bresse, par M. Richard, p. 3-10.

(2) V. Notice sur rancienne justice seigneuriale du ban de LoDgehamii, par le même, p. 1-7,

Il ne faudrait pas nëanmoins juger des mœurs de tous les Lorrains d*après celles des villageois. Les gentilshommes imitaient les coutumes, l'élégance et la politesse des nobles français. La chronique de Lorraine en fournit la preuve, quand elle décrit les c espousailles > de Barbe fille du maréchal de Fénétrange et femme du comte de Sarrewerden : les nopees à Boucquenomme {Hc) se feirent en grand triomphe ; tous les seigneurs n'y failloient mie ; audict lieu fut faicte une fontaine, qui par deux jours durant donnoil TÎn rouge et clairet et vin blanc; chascun y beuvoit sans payer argent... La comtesse son habillement, en quoy elle espottsit, tout partout d'orfèvrerie, de pierres, de perles, d'or et d'argent estoil chargié; il n'y avoit hommj!^ que sceust à dire de queik eénleur estoit ledict babillemàt.... Le duc Jean et le due Louis au moustier la menèrent triomphameot; le comie-palatin, le comte de Nassau menoient le marié ; et plusieurs comtes, barons et gentilshommes, dames et damoiselles, en y avoit grand nombre. D'estre pansé et servy de toutes viandes ^ en y avoit à grand

planté Le duc avoit ses chantres, les petits ^ et les

grands; lequel les avoit menez; chascun jour devant luy chantoient, tant en l'église, comme ez disner et repas; de les ouyr chascun y prenoit grand plaisir (1). » CéUiit dans les cantons éloignés des villes, et surlout dans les Vosges , que l'on retrouvait le plus de traces des moeurs antiques, de la simplicité primitive et, s'il faut le dire, de rancienne grossièreté. Dans ces montagnes, les communautés ne formaient pas des agglomérations d'habitations comme dans la plaine (â). L'église, souvent isolée, quelquefois environnée d'un petit nombre de chaumières , constituait le centre du village , tandis que les autres maisons étaient dissémi-

(1) V. la Chron., dans Calmet, Hbt., t. III, preuv., col. xxvet xxvj.

(2) 11 en est encore de même.

nées dans le fond des vallées et sar le flanc des moniales , à des distances plus ou moins fortes , et même à deux ou trois lieues de Féglise. Dans la belle saison, c'était senlemenl le dimanche que les membres de la même communauté se trouvaient ensemble pour quelques heures, et cet isolement presque continuel n'avait pas peu contribué à rendre les nicBors plus rudes et plus sauvages. Les Vosgiens attachaient beaucoup de prix à leurs assemblées hebdomadaires ; ils voulaieot que l'église fût somptueuse , et que les cloches se fissent entendre au loin ; les plus mauvais temps , les pluies , les tempêtes et les neiges ne pouvaient les empêcher d'assister le dimanche à l'ofGce ; et la nuit de Noël , malgré le danger que présentaient les étroits sentiers des montagnes, on voyait les pâtres et les cultivateurs, suivis de leurs familles, aceourir à l'église, à la clarté de torches de sapin. L'impossibilité de passer sans ennui les longues soirées d'hiver avait introduit la coutume des loures ou veillées. Depuis la Toussaint jusqu'au iO février, il était d'usage de se réunir dans une maison située sur un point central et d'un abord facile , et d'y rester jusqu'à une heure avancée ; là , pendant que les femmes filaient et que les hommes travaillaient à quelque ouvrage de boissellerie , on racontait des histoires lamentables ou fantastiques, dont le peuple est toujours avide, et qui entretenaient la superstition chez les montagnards. Plusieurs d'entr^eux, fatigués de la vie laborieuse et misérable qu'ils menaient dans leur patrie, la quittaient pour aller servir comme domestiques dans des pays plus favorisés par la nature. Il existe encore à Rambervillers une ancienne institution, qui devait être autrefois à peu près générale ; c'est la foire de la loue , qn'on tient tous les ans le lendemain de Noël. Les hommes et les femmes désirant trouver de l'emploi s'exposent sur la plaee publique aux regards de ceux qui ont besoin de domestiques; et , après avoir apprécié d'un coup-d'œil l'intelligence , le caractère et surtout les forces physiques des candidats, on

choisit et oo emmène ceux qui semblent posséder les qualités requises (t).

On doit bien s'aiOndre à rencontrer dans un pays aussi peu ouvert» dans des lieux aussi peu fréquentés par les étrangers, des usages particuliers et des coutumes singulières. Il y en avait effectivement beaucoup. Dans divers lieux, la jeune fille, qui voulait congédier un soupirant dont la recherche avait eessé de plaire, lui envoyait qn chat, couvrais le feu ou couchait un balai devant la porte de la maison (2). Quand le père et la mère d'une fille avaient consenti à son mariage, les parents du garçon se présentaient en foule de- ▼aDt la demeure des premiers ; on feignait alors de les pftendre pour des malfaiteurs , et on parlementait quelque temps âTant de leur ouvrir la porte } la demande faite et agréée solenaeilement , les fiancés buvaient dans le même gobelet ; si la femme devait quitter son Ijeu n^tal et aller s® 6^^^ dans âne communauté voisine, ses amies, pour témoigner leur douleur, enlevaient les roues du chfifriot destiné à transporter le cbétif mobilier. Le jour de la cérémonie venu, les invités , en arrivant chez la future , la trouvaient revêtue de ses habits ordinaires et vaquant aux soins du ménage , et il fallait Tin- Tiler à changer de costume (3), Les noces se célébraient avec nne pompe qui n'est plus commune dans les campagnes , et il n'était pas rare de voir une centaine de personnes assister à ■a mariage. Dans plusieurs villages , un ami du futur marchait devant le cortège et portait à l'extrémité d'une perche poule blanche, symbole de la pudeur de l'épousée (4).

(I) V. Slatistiqae du département des Vosges, par MM. Lepage et ClartoD, t. I, p. 716 ; Traditions populaires, croyances superstitieuses, Mg^i II et coutumes de Tancienne Lorraine , par M. Richard , p. 69-72 et 167170.

(3) V. Traditions etc., p. 87 et 88.

(3) V. ibid., p. 183, 18i et 187-190.

(4) V. Statistique des Vosges, ibid., p. 71 i; La poule blanche, par M. Richard , p. 1 et 2.

Quand le prèire avait béni ranneaa nuptial, une sœur du mari y passait un large ruban noir et rattachait à un doigt de la mariée, en lui disant : c Je vous donne cet anneau au nom de mon frère ; souvenez-vous , ma cbére sœur, que tous lui devez amour et fidélité » ; aussitôt après on cessait de la tutoyer (i). A Martigny-lès-Ia Marche, les fiancés entraient dans réglise entourés d*une chaîne d'argent ou de cuivre argeoté, afin de déjouer un maléfice dont nos ancêtres redoutaient extrêmement les effets , et que Michel Errard décrit en ces termes : « Sont en certains lieux gens de malencontre et mau- • vouloir que, par sorcellerie, diablerie et négromaocie,

> ont pouvoir et mestier d'affiquer en nœuds d'aiguillettes, » en tant que paure espoux qu'on réduict à cestuy piteux cas » n'est que marbre et froidure , encore que soit sa gente fe- » melle en belle humeur que n*a de joie qu'en passe-temps » joyeux et gaillards , dont est li paure espoux moult sot , et » li femme moult courrouciée. Pour empescher que cestuy » piteux cas n'obvienne, fault que li jeune gars s'estreigne en » tant que serre sa jouvencelle en façon qu'estant Fung Fanl- » tre agenoillé près li dict prestre, yceux se touchent en telk

> façon que ne puisse estre passé le doigt en travers leurs » hanches , genoux et coudes (2). »

On était persuadé que celui des deux époux qui se releviit le premier, après avoir reçu la bénédiction nuptiale, ne bmuiquerait pas d'être le maître dans le ménage; et parfois le mari, pour éviter ce désagrément, avait soin de s'agenouiUcr sur un des plis de la robe de sa femme, afin d'empêcher celle-ci d'être debout avant lui (3). Quand les mariés entraient dans leur maison , ils trouvaient une quenouille , un balai et un râteau couchés sur le seuil , et si la femme ne ks

(1) V. Coutume etc. de la Bresse, p. 11 et 12.

(2) V. les fragments d'Errard conserrés par Mory d'Etrange cucil cité.

(3) V. TradiUoDs etc., p. 201.

dmlert*

ramassait pas avec empressement pour les remettre à lear place y on en tirait le pronostic qu'elle serait une mauvaise ménagère. Ailleurs, on lui présentait dans ce moment une grande cuillère pour lui rappeler qu'elle devait désormais se livrer tout entière aux soins domestiques (1).

Le lendemain des noces , la joie faisait place à la tristesse ; les époux, suivis des conviés de la veille et couverts de vêtements de deuil, se rendaient à l'église et assistaient à un service qu'ils faisaient célébrer pour le repos de leurs parents défunts (2).

Lorsqu'un veuf ou une veuve se remariait, il était d'usage en Lorraine , comme dans plusieurs autres parties de la France, de lui donner un charivari. Si le mariage n'était pas henreux, et si la femme, ce que l'on voyait quelquefois , bat*^ lait son époux et l'accablait de mauvais traitements, le plus prt)ehe voisin était promené sur un âne ou sur un bœuf. On loi tournait le visage du côté postérieur de l'animal , dont il tenait la queue en façon de bride , et deux individus le soutenaient avec des fourches qu'ils lui passaient par-dessous les bras, pendant que les autres assistants jouaient de divers instmmeots ou chantaient quelques couplets en harmonie avec ces scènes grotesques. On voulait ainsi punir les voisins d'aroir laissé frapper leurs compères ; mais la malignité D*ayaiitpas tardé à multiplier les promenades dont nous parlons, on finit par les interdire (5).

La mort avait, comme le mariage, donné naissance à une foole de pratiques singulières et de coutumes superstitieuses.

(I) V. ibid., p. 206, 208 et 209.

(3) V. Archéologie de la Lorraine, par M. Beaulieu^ t. I, p. 278. Cet ange existe encore.

(3) La cour souveraine de Lorraine rendit, à cet effet, deux arrêts les 2t mars 1718 et 9 janvier 4755; mais, malgré la défense, la cérémonie éoDl il s'agit n'est jamais complètement tombée en désuétude, et il y en a des exemples assez récents. V. Traditions etc., p. 217.

Une chouellc, une eflraie^ une pie qui se perchait sur le faite d*une maison passait pour présager la un de quelqu'un de ses habitants ; dans plus d*un lieu on lirait le oaéme au|pire de la mort naturelle d*un chat, d*un porc et même d*une poule. Quand le propriétaire d*un rucher venait à décéder, on se hâtait d*aller rapprendre aux abeilles, car on était persuadé que si Ton négligeait cette précaution elles périraient taincment dans l'année, et on attachait sur le rucher petite croix en étoffe noire, afin que les mouches portassent le deuil de leur maître. On s'empressait, dans ce funèbre moment, de répandre l'eau que contenaient les vases qni se trouvaient dans la maison ; à Plainfaing, on disait jque l'âme du défunt pourrait s'y noyer; à Raon-aux-Bois, que Ton y verrait les luttes de cette Himc contre le démon qni lâche de l'enlever ; ailleurs encore, qu'elle ne manquerait pas de t'y laver trois fois avant de partir pour l'autre monde. A la Breiae, à Saulxures et dans quelques villages voisins , on prenait une poignée de paille dans le lit du mort, et on allait la brûler dans un lieu où se croisaient plusieurs chemins. Si l'on croyail apercevoir sur la cendre la trace d'un pas, on pensait qu'il y aurait infailliblement un décès prochain dans la maison vers laquelle ce pas était tournée, ou du côté de laquelle se dirigeait la fumée produite par la paille en combustion. Ou ignore l'origine d'une pareille superstition; mais l'usage éê coudre le linceul était basé sur la crainte que l'on éprouiail de voir les décédés venir effrayer les vivants, si on n'availpas pris cette sage et salutaire précaution. A Remiremont, on déposait sur les tombeaux du pain, du vin, du sel et d'autres aliments; et il résulte d'un décret rendu, le 41 juillet 1614^ par l'évèque d'Adria, chargé par le pape Paul V de faire la visite du chapitre, que celte pratique païenne existait au commencement du XVIP siècle (1).

(l)V.ibid., p. 106, 110.113, 116 et 119.

Les croyances saperstitieuses rehlives aux naissances se

peuvent être toutes mentionnées , à raison de leur rooltilude.

On s*iffiaginart que Ton était menacé d'un terrible malheur si,

en sortant de sa maison le matin, on faisait h rencontre

d'une femme enceinte , et le seul moyen de détourner on

augure aussi fôcheux était d'insulter cette femme et de rentrer

immédiatement chez soi. Beaucoup de vosgiennes estimaient

que, pour être promptement délivrées, elles devaient, a«

moment de l'accouchement, revêtir les habits de leurs maris.

Ailleurs, on atteignait le même résultat en faisant sortir de ta

chambre les veuves qui pouvaient s*y trouver. En prenant

une mesure semblable à l'égard des mouches, on ne manquait

pas d'obtenir un garçon au lieu d'une fille. On était menacé

de grandes infortunes, si l'on naissait entre onze heures du

soir et minuit, ou bien le jour du vendredi-samt. Une femme

Tenant de faire ses relevailles pensait connaître d'avance le

sexe du premier enfont qu'elle aurait en examinant les per*

sonnes qui se dirigeaient de son côté ; si elle apercevait un

homme, elle ne pouvait manquer d'avoir un fils; le contraire

avait lieu, si elle voyait d'abord une femme (f).

Si ie vendredi-saint était regardé comme funeste aux kidî- TÎdns qui le comptaient pour le premier jour de leur vie, il arait aussi ses avantages. Dans quelques lieux , on conservait précieisement les œufs pondus ce jour-li ; on les distribuait aax personnes de sa connaissance , et il suffisait d'en manger on poor être à Fabri de la fièvre pendant toute l'année (S). On étah préservé de la foudre en plaçant au dessus de son lit un des charbons provenant de la souche que Ton brâlait pendant la nuit de Noël. Dans plusieurs cantons des Vosges on avait coutume , quand on voulait connaître la température de l'année suivante, de prendre, avant de partir pour la

(1) V. ibîd. , 225-226 et 23^.

(2) V. StaiisUqae de la Meurlhe, par M. H. Lepagc , t- H « p* 516.

messe de minoit, douze oignons auxquels on donnait les noms des douze mois de Tannée ; on fcndaH ces oignons , on y introduisait un peu de sel, et quand on revenait de Toffice, on les regardait avec soin et, d*aprés l'étal de fusion du sel, on jugeait quelle devait être Thumidité de chaque mois (i). La fête de saint Jean-Baptiste était presque partout Foccasion de cérémonies, dont quelques-unes étaient considérées, avec plus ou moins de raison , comme des réminiscences paiènnes. La veille de la fête, chaque villageois apportait un fagot pour la Inare ou bûcher que Ton élevait sur la place publique ; on attachait ordinairement un ou deux chats an dessus du bâcher, et tandis que les flammes s'élevaient dans les airs, on dansait en cercle en chantant la ronde de saint Jean ; certaines personnes sautaient même au dessus du feu, pendant que d'autres forçaient leurs bestiaux à pass^ à travers la fumée» qui devait les préserver de toute maladie. L'Epiphanie donnait lieu à des festins qui dégénéraient parfois en excès, et on était persuadé que celui des convives dont la tête ne faisait pas ombre sur la muraille ne verrait pas la fin de Tannée (2). Quelques pratiques religieuses offraient un caractère singulier , mais analogue néanmoins à celui de cérémonies . connues dans diverses provinces de France. La veille du dimanche des Brandons, à la chute du jour, les habitants de Goviller, munis de torches et de flambeaux, faisaient processionnellement le tour du mont d'Amon, haute colline de fc arrondie , et surmontée d'un bois, qui s'élève an milien d^i plaine assez vaste entre Vézelise et Colombey (3). Près de J'église de Lay-Saint-Reroy coule une fontaine nonunée /bntaine de saint Légers et dont les eaux avaient une renommée singulière. Lorsqu'une personne était attaquée d'une maladie

(1) V. Traditions etc., p. 218.

(2) V. Archéologie de la Lorraine , ibid., p. 2SU et 265.

(3) V. Statistique de la Nearthe, ibid., p. 224.

grave, od faisait toucher aux reKques du patron de l'église un linge à Tnsage du mtjfcwlf, et on jetait ensuite ce linge dans le bassin de la fontaine ; s*il surnageait , on pouvait compter sur une guérison prochaine ; mais s'il coulait à fond, il n*y avait aucune espérance de salut (1).

Les superstitions les plus nombreuses et les plus répandues étaient celles qui se rattachaient à la culture des champs, à l'éducation des bestiaux, et aux animaux sauvages que les paysans étaient exposés sans cesse à rencontrer, et qu'ils avaient appris à rechercher ou à fuir. Beaucoup de cultivateurs croyaient que pour obtenir des carottes énormes il suffisait, en les semant , de toucher quelquefois sa cuisse ou de prononcer la formule sacramentelle : « Long comme ma cuisse, » gros comme ma tête ». On se gardait de semer le chanvre pendant les Rogations , parce qu'il n'aurait eu que peu de haatenr; il n'aurait pas prospéré, disait-on, si l'on avait présenté à la bénédiction des palmes des rameaux branchus^ ou si la dernière femme qui était allée à l'offrande , le jour de la Purification, n'avait pas eu une taille svelte et élancée. Aussi la plus grande femme de chaque village avait-elle soin de marcher la dernière, quand ses compagnes allaient à l'offrande. On ne pouvait sauter au dessus d'une charrue en mouvement sans compromettre la récolte du champ que l'on cultivait, et dans plus d'un canton il n'en fallait pas davantage pour être véhémentement soupçonné de sorcellerie. Le grillon avait la réputation d'assurer le bonheur de la maison dans laquelle il cherchait un asile. La tète du lucane ou cerf-volant était réputée un préservatif contre la foudre ; si on entrait pour la première fois le chant du coucou, on avait la certitude d'être toujours dans l'abondance , pourvu qu'au moment où Foiseau chantait , on eût l'escarcelle bien garnie ou que Ton eût pris part à un bon dîner ; quand on entreprenait un

(!) V. ibid., p. 287.

voyage, on devait redouter un malheur si Ton ^epercevaii une pic ou un lièvre , au moment de se MMIre en route ; ia rencontre d'un chat n*était pas moins funeste , et la jeune fille qui marchait par mégarde sur la queue d'un de ces animaux savait qu'elle ne se marierait pas pendant Tannée. Les chats, surtout les noirs , passaient pour fréquenter le sabbat y mais ils n*y étaient plus admis si leur queue n*était pas entière ; aussi prenait-on la précaution de la leur couper. On itiribuait à certains individus mal famés la puissance de s'approprier le lait des vaches appartenant à d'autres personnes ; il suflSsait pour cela de traire la crémaillère de ia cheminée ; toutefois, on parvenait à mettre fin & ces vois répétés en faisant chaufier le lait des vaches soumises au maléfice, et en y plongeant un couteau dont la lame ne manquait pas de frapper le voleur (4). Quand on trouvait des œufs de peuie qui semblaient parfaitement ronds, on s'empressait de les détruire ; on se gardait bien de les faire couver, parée que Ton était convaincu qu'ils avaient été pondus par des eoqs et qu'il en sortirait des serpents (â).

On regardait les mariages contractés pendant la cmiianee de la lune comme ceux qui réussissaient le mieux ; on pensait qu'il était dangereux de faire les semailles pendant la pleine lune, et que les récoltes seraient médiocres si l'on était brillamment éclairé par cet astre quand on revenait de la meiae de minuit (5). Si l'on voulait voir se terminer heureu8en||l une affaire que l'on avait entamée, il fallait déposer un dl dans une de ses chaussures, et pour éviter les maléficca, H était bon de mettre un peu d'eau dans le lait, de rompre les coquilles des oeufs et des escargots que l'on avait mangés.

(1) Y. Traditions etc., p. 73, 76, 78-80, 9», 06, iU, 161, 163 et

(2) V. Archéologte de la Lorraine, ittid., p. S62.

(3) De là vient le dicton :

Clair de Noël, Clair de javelles.

de ne pas faire la lessive pendant la semaine des Rogations et les octaiilP de la Féle-Dien et de la Toussaint (I). Le 1*' janvier, à minuit, on allait puiser de Feau avec la* quelle on abreuvait aussitôt les animaux domestiques. On es* timait qu'elle augmentait leur vigueur et les préservait de toute maladie; Tindividu qui arrivait le premier à la fontaine y déposait un bouquet, sll avait pu s'en procurer, chose assez difficile au mois de janvier, ou brûlait une poignée de paille (2). C'était, du reste, la seule nuit de l'année où l'eaa fût bonne à boire, et dans plusieurs villages on n'aurait pas Touin en prendre, parce que , disait-on , les âmes du purgatoire étaient venues s'y laver ; dans d'autres lieux, on regardait l'Avent comme le temps des apparitions, et dans certains cantons de la Lorraine allemande, quantité de personnes n'osaient quitter leurs maisons la nuit qui suit le jour des âmes, dans la crainte de rencontrer un revenant (3). Un être dont on redoutait la présence beaucoup plus que celle des esprits était le roi de la haute-chasse ou le roi des aalnes. Du mot allemand Erlenkœnig on avait tiré le nom £rleqnin, Ellequin ou Hennequin qui servait à désigner ce ter* rible chasseur (4). Bien souvent, des villageois attardés et effrayés de se trouver seuls pendant la nuit, dans les champs oa ao milieu des forêts, avaient cru entendre l'étrange musique do cortège d'Erlequin ; on appelait cette musique la remotUre, parce qu'elle imitait le bruit d'une meule à aiguiser, et on s'imaginait que les enfants morts sans baptême composaient la suite du chasseur infernal, et massacraient sans pitié tous les malheureux qu'ils pouvaient apercevoir (5).

(1) V. Traditions etc., p. 82, 83, 00, 162, 172 et 173.

(2) V. Archéol. de la Lorr., ibid., p. 253.

(3) V. Statist. de la Meurthe, ibid., p 316 et 33i.

(4) V. Jouraal des savants, 1846, p. 556. D*£rleqain viennent les noms dÛquin, Henneqoin, Anncquin , etc. , assez communs en liOrraine, et qui, dans Torigine, se prenaient en mauvaise part.

(5) V. TradiUonsetc, p. 220-222.

A côté de ce roi malfaisant on plaçait les fées, qui tantôt se plaisaient à nuire, et tantôt cherchaieot l'occasion d*aider ceux qu'elles avaient pris en amitié. La fée Herqueache, bien connue dans les Vosges, ne manquait pas de jeter la pâte contre la muraille, si Ton s'avisait de pétrir dans l'octave de Noël ; mais elle aimait a prêter secours aux lavandières, et, quoique toujours invisible, partageait leur pénible besogne; elle détestait les hures ou veillées, et plus d'une fois ceux qui s'y rendaient avaient senti les ongles aigus d'Herqueache s'imprimer sur leur visage (i). A Chèvre-Roche, près de Thuiliéres, s'élevaitsur un rocher une chapelle assez ancienne, dans laquelle une fée rendait des oracles, quand on voulait bien la consulter (2). Le plateau qui couronne la haute montagne du Honeck passait pour être le rendez-vous des compagnes de cette sibylle, et on assurait les y avoir vues danser, aux rayons de la lune, pendant les belles nuits d'été. Quantité de dénominations conservent le souvenir de ces êtres surnaturels ; nous citerons seulement le pont des fées à Remiremont, à Uriménil, au Yal-d'Ajol; le faix ou fardeau des fées, éboulement de rochers sur la pente méridionale de b côte d'Ailly ; la grotte des fées à Remainviller ; le ruisseau des fées, qui descend du Grand- Valtin et se jette dans la Yoiogne ; le hameau des fées, situé sur le bord de ce ruisseau; la maison des fées, métairie aux environs de la Bresse; le moutierdes fées, roche isolée près de Gérardmer, et qui de loin ressemble i église ; les roches des fées sur les montagnes d'Ormont et de' Voyemont ; le trou des fées, excavation naturelle à Liverdpn ; la fontaine des fées, à peu de distance de Tramont-Lassos; le château des fées, sur le territoire de Champenoux; la haie des fées, entre Tarquimpol et Marsal, etc. (5). Les paysans

(i) V. ibid., p. 146.

(2) V. Statistique des Vosges, t. II, p. 125.

(3) V. TradiUons etc., p. 129-135.

leur attribuant un pouvoir extraordinaire^ et les regardant eomme les dëités des fontaines qui possédaient des vérins médicinales, on fut obligé, pour détruire cette croyance pernicieuse et faire disparaître les derniers vestiges du polythéisme, de placer les fontaines sous Finvocation des saints (1).

D'autres esprits, presque toujours malfaisants, disputaient aux fées le privilège d'effrayer les voyageurs; le plus connu se nommait Culà ; il avait ordinairement la forme d'un bouc et tâchait de précipiter dans la rivière les individus qu'il rencontrait, soit en les poussant avec violence, soit en éclairant le rivage d'une manière trompeuse afin de leur faire prendre l'eau pour le bord et réciproquement (2). Des génies familiers, les sottrés, fréquentaient les maisons et aimaient & rendre des services aux domestiques, notamment à tresser la crinière des chevaux. Lorsque ceux-ci se trouvaient attaqués de la maladie qu'on appelle la plique, et qui a pour résultat de faire adhérer les crins les uns aux autres, on ne manquait pas de l'attribuer aux sottrés^ et on pensait qu'ils avaient tiré vengeance de contrariétés qu'ils éprouvaient. On leur prêtait aussi d'autres malices, et la présence de ces génies était assez fâcheuse pour que l'on prit des mesures afin de s'en débarrasser. Quelques personnes traçaient, à cet effet, sur le pied de leur lit une igure représentant l'anneau du roi Salomon ; beaucoup avaient simplement recours à des menaces ou à des injures (5); on iisoit, dans le même but, un passage de l'évangile selon saint Jean, et on croyait aussi que cette lecture éloignait les fées et préservait des maléfices.

De toutes ces superstitions à la sorcellerie il n'y avait qu'un pas. Le désir d'entrer en communication avec des puissances

(1) V. ibid., p. 158-1^2 ; v. aussi, dans le Bulletin de la société d'archéo* logie lorraine, t. I, p. 51 et suiv., un curieux mémoire de M. H. Lepage.

(2) V. Traditions etc., p. 103 et lOi.

(3) V. ibid., p. 260-263 ; Archéol. de la Lorr., ibid., p. 268.

d'un ordre sornatarel, pour en obtenir soit des richesses, seil le moyen de faire périr ses ennemis, engagea plus d*un misérable à recourir à des pratiques non moins réproorées par le bon sens que par TEglise. On ne sait trop à quelle époqie reporter la première apparition des sorciers en Lorraine ; Calmet semble admettre que les pratiques dont nous parlons n'y furent connues qu'en 1552, après le siège de Metz, et que les bandes indisciplinées qui suivaient Albert de Brandebourg initièrent plusieurs lorrains à ces dangereux secrets ; mais il est sûr qu'on trouve dans notre pays des traces d« la sorcellerie à partir du XlIP siècle. Nous avons transcrit plus haut un fragment de Michel Errard qui ne laisse aucm doute sur ce point, et nous pourrions , si nous ne craignlois de trop nous étendre, reproduire un extrait de Boomott qui n'est pas moins concluant (4). Avant le milieo du XIV* siècle, un édit de Raoul disposa que « celuy qui feroit Hiagie, sor-

> tilèges, billets de sort , pronostic d'oiseau, oo se vaoteroit

> d'avoir chevauché (â) , la nuit, avec Diane ou telle anitre » vieille qui se dict magicienne , seroit honni et payeroit dix » tournois » (5).

C'était, disait-on, sur un rocher assez élevé, i fextréaiité méridionale du lac de Retournemer, que se tenait le sabbat, et les voyageurs que la nécessité contraignait i passer, de nuit, près de ce lieu frappé de malédiction assuraient y a^oir entendu le glapissement des renards, le grondement des binn, . le sifflement des dragons, les hurlements des loups-garoos, les miaulements des chats, les cris des chouettes et des biboa, et parfois les accords d'une musique ravissante. Celui qoi négligeait, en ce moment, de faire le signe de la croix, était en-

(I) V. les fragments des Coupures, règoc de Ferri II, dans le recueil cité.

(S) On sait que pour se rendre au sabbat on cheraochait sur un à balai.

(3) V. Coupures de Boumon, r^c de Raoul, dans le recueil cité.

e^é dans les airs, comme une feuille morte , et précipité sur es pointes des rochers ou dans les eaux du lac (4).

La plus ancienne condamnation pour sorcellerie que nous puissions indiquer est de Tannée 1572. c Audict an, rapportent les chroniques messines^ une bourgeoise de Mets, nommée Biétris, fille Symon de Halefedange, et son mary et deux ankres femmes furent arses (brûlées) entre les deux ponts , pourtant qu'elles usoient de certains vceulx et charmes et aultres cais défendus par TEglise. Et pour le pareil eais fut prins Willamme de Chambre, nepveu à maistre Guillaume le scelleur, lequel s*estrangla en la prison, et fut trayné en Tisle et lié à ung pal ; et là fut ars comme les aultres, tout mort qu*il estoit (2). > Sous le règne de Chares II} il y eut en Lorraine une exécution qui fit beaucoup de bruit, c En Tan que fut 1408 , raconte Thierriat , fut grande desconfiture de femmes que disoit-on avoir privantez et blandities avec certain gentilhomme qu*avoit chastel en Vosge , et qu*avoit nom Bomaric Bertrand. Fut le sire de Nancy, qu*esloit séneschal, que fut en ordre pour faire et parfaire ledict procès , dont advint jugement. Parquoy fut le susdict Bertrand accusé d*avoir science de négromance et sorcellerie, si fut oncques qu'en eust, et avint qu'iceluy avoua que, par malengin et sorcellerie du diable, avoit mis à mal maintes filles et femmes Maintenant que le susdict avoit grande repentance de sesdicts faicts, et estoit au demeurant bon homme et loyal sub^ect, fut, par grâce de Monseigneur le Duc^ gratifié d'un prestre qui l'entCndil à confesse et récipiscence ; ce que n'avoit esté en nos pays, encore que fust environ sept ans Tus de nos

(1) Od croyait qu'il se tenait une autre réunion du même genre dans imeyaUée au midi de la montagne de Parmont. V. Traditions etc., p. 1l,12et3»6.

» voisins de France (i). » En 1457, un bombardier de Metz, appelé Commoufle , fui traité avec une indulgence extraordinaire ; on lui enjoignit seulement d*allcr demander à Rome l'absolution de son péché ; on doit remarquer, à la vérité, que Commoufle était seulement prévenu de magie à cause de son adresse, mais qu'il ne fut pas convaincu légalement. En 1445, c furent prinses en la cité de Verdun trois femmes sorcières » et servantes de tous les ennemys d'enfer, lesquelles feirent » très-énormes péchez, cspécialement de faire par lour mau- » vais art tonner, gralier et diverses tempestes, tellement que » plusieurs fins (cantons) de bled, de vignes, de maisons fti- » rent tempestées et mises à ruyne. Item, la première s'appel- » ioit Jennette et estoit boiteuse, et fut jadis prinse à Chastel » de Sainct-Germain pour ledict cas, et fut relaschée; mais

> elle fut signée de fer chault on visaige, et commandée, sur 9 à estrearse, que plus n'en useroit; néantmoins, elle ésiatant » au lieu de Verdun recheust en ladicte hérésie et crimes, par » laquelle rancheute elle fut par jugement eschaidée public- » quement , et incontinent elle fut arse , et le nom d'elle en » lour sinagogue de diablerie ot (eut) nom Lochatte, el son V maistre Cloubault, et faisoit hommaige à son maistre de » baisier son par-derrière. Item, l'aultre avoit nom l^enne» » en sinagogue Chamet , et sa maistresse Morqueisse et son » maistre Carbollette , et faisoit hommaige à son maistre de

> baisier son dos. Item, la tierce, qui estoit femme don 9 maistre-eschevin de Verdun, ot nom Didet, et en sod si- » nagogue Hapillat , et sa maistresse Jacobée et son mabtre » Grissepanier, et faisoit hommaige à son maistft de baisier » en la bouche. Item, en oultre, que lesdictes Jennette et Je-

> benne faisoient hommaige à lour maistre chascune d'une

(1) V. Mémoires, règoe de Charles II, dans le recueil ctië. L* du roi Qiarles VI qui permit de donner des confesseurs aux condamnées à mort est du 12 février 1397.

> poalle 9 et ia femme don maistre-escbevÎD des rogneailes » de ses chaYoulx et de ses ongles, et ne fut point arse ; mais

> les deux aultres furent très-bien arses et brusiées et mortes.

> Item , en celle année , fut prins ung boin homme..... en la

> ville de Xeulle, pour la matière desdictes femmes dessns-

> dictes, et fut gecté en la rivière du commandement des

> seigneurs de ladicté ville de Xeulle (1). >

Ces détails presque hideux, que nous avons transcrits pour faire apprécier la manière dont on poursuivait alors les sor- , tiers , se retrouvent dans la plupart des procès de cette nature , et nous avons regret de dire qu'à partir du XV* siècle on vit croître sans cesse le nombre des sorciers , et par conséquent la quantité des condamnations capitales. Néanmoins, vers le milieu de ce siècle , on hésitait encore à envoyer au bûcher tous les individus soupçonnés de magie. En 4448, une femme de Gorze en fut quitte pour avoir le visage marqué à trois places avec un fer chaud , et un homme , que Ton re-

gardait comme aussi coupable, reçut ordre de s'éloigner à dix lieues. En 1456, les vignes furent gelées au mois d'avril, et on imputa ce malheur aux sorciers ; un jeune homme de Pont-à-Mousson rapporta qu'il en avait vu plusieurs se concerter dans ce but et donna leur signalement ; sur ses indications, on arrêta quatre habitants de Pont-i-Mousson^ un homme et trois femmes de Nomeny , trois femmes de Toul et un bourgeois de Vie, que l'on appelait le vtetio; «atnl , sans doute par ironie; celui-ci déclara que, pour déterminer la gelée, il avait préparé avec ses complices et jeté dans une fontaine, près de Delme, une mixtion dont les effets étaient souverains ; les accusés furent tous condamnés à mort et périrent au milieu des flammes. L'année suivante, les magistrats messins firent subir le même supplice à trois femmes et à un

(1) V. U chronique do doyen de Saint-Thiébaut, dans Calmet, Hist., (. U, preuY., col. cclvii] et cclix.

— ii)!2 —

homme qui avaieol < renié Jésus-Christ , la Vierge, chresme • et baptesme, et prins le diable pour seigneur >. En 4482, on traduisit devant la justice de Senones Idatte , femme de Collin Patenostre du Ménil , qui était suspectée de triaige et génocherie. Le tribunal, présidé par Jean Dupuy, pré?àt des comtes de Salm avoués de l'abbaye , se composait de tous les sujets du monastère et de ceux des comtes ; il examina Taffaire avec la plus grande attention et condamna Taccusée aa dernier supplice (1). L*année 4488 fut extrêmement pluvieuse, et on ne manqua pas d*impuler aux sorciers le mauvais état des récoltes ; les magistrats messins se signalèrent par TacUvité qu'ils mirent à rechercher les prétendus coupables; trois hommes et vingt-cinq femmes furent arrêtés à Metz et dana les lieux voisins , et n'eurent pa^ un meilleur sort que les malheureux dont nous venons de parier (2). Vers la Sainl- Jeau, les individus que Ton considérait comme adonnés i la magie devenaient l'objet d'une surveillance plus rigoureuse ; on croyait, en effet, que c'était ce jour-là qu'ils parcouraiem les bois pour y découvrir les herbes propres à leurs mixtioBa diaboliques, principalement la sélage et la verveine. Us les cueillaient de la main droite et les jetaient dans leur panier sans les regarder; pour qu'elles eussent toute leur verlu, elles devaient être arrachées pendant que la cloche sonaail midi ; aussi dans quelques villages des environs de LonéTille avait-on coutume de ne sonner que deux ou trois coups, afla de laisser aux sorciers le moins de temps possible pour ramasser les plantes qu'ils avaient rencontrées (5).

Tandis que Tanimadversion populaire se dirigeait de plus en plus chaque jour contre les misérables et les imbéciles qui

(1) V. Calmet, Hist. de Tabbaye de SenooeB, ch. 33, n» 13, bm. dt la bibl. publ. de Saint-Dié.

(2) V. Justice crim. des duchés de Lorraine et de Bar, par M. DoibqoI, t. Il, p. 25 et 26. Cet ouvrage nous a fourni des rensognemeots prédeex.

(3) V. Archéol. de la Lorr., p. 266.

ne craignaient pas de choisir Tingrat métier de négromant, elle cessait de poursuivre les Juifs. Ils en profitèrent pour s*établir dans certaines villes dont les portes ne leur avaient pas été ouvertes jusqu'alors. En H55, les Verdunois, ayant envoyé des représentants au conciliabule de Bàle, demandèrent aux prélats qui s*y trouvaient réunis Tautorisation de recevoir des juifs dans leur ville pour la commodité du commerce. Us éprouvèrent un refus ; mais, par compensation, ils obtinrent de Fempereur Sigismond un édit enjoignant à tous les membres du corps germanique, sous peine de payer une amende de vingt marcs d'argent, de laisser passer paisi* Uement les marchands qui se rendaient à Verdun. Les villes tenaient toujours beaucoup, et avec raison, à ce que les commonications de l'une à l'autre fussent libres et sûres, et l'on vit, en 1440, les Messins entreprendre une expédition militaire pour atteindre ce but. André de Parroye et Philbert du Ch4telet avaient enlevé François le Cousson, marchand de Metz, sans doute afin d'en tirer quelqn'argent. Les magistrats, avertis de cet acte de violence et ayant fait c leurs requestes > comme il appartenoit, dont ils entrent maigre response », arrêtèrent des sujets lorrains et déclarèrent qu'ils ne les relâcheraient qu'au moment où François le Cousson serait remis en liberté. André et Philbert, s'imaginant intimider les magistrats, firent une course jusqu'auprès de Metz, incendièrent deux métairies et s'cmparèreni de quantité de bestiaux ; mais leurs adversaires ne se tinrent pas pour battus; ils condoisirent dans le val des Faux une petite armée, qui ramena « grant foison de vaiches, de chevaux et d'aultres bestes » ; et les Lorrains, comprenant quelles pouvaient être les cqnséqaeaces des brigandages de leurs compatriotes, se hâtèrent de renvoyer François le Cousson et de traiter avec les Messins (I).

(1) V. Le^ chroniques de McU, p. ""Iffl.

Si la lecture attentive des documents originaux ne fournit que bien peu de détails sur le commerce de la Lorraine au XV* siècle» on rencontre beaucoup de renseignements sur une industrie qui , après avoir fait des progrés lents, mais continuels, était parvenue à un haut degré de prospérité. Noos voulons parler de la fabrication du Terre. L'immensité des forêts .qui couvraient une partie de notre pays et le bas prix du bois engagèrent à créer des verreries dans plusieurs lieux, et notamment dans les environs de Darney ; on ignore i quelle époque furent fondés les premiers établissements; néanmoin&, quand on sait quels développements l'industrie verrière avait pris sous le règne de René 1^, on est forcé d'admettre que sod introduction chez nous remontait à deux ou trois siècles. En i448, les verriers de Darney s'adressèrent au prince Jean, qui gouvernait la Lorraine en l'absence de son père , et eo obtinrent, le ai juin, .des lettres confirmant les eooeessions que les ducs leur avaient faites. Les lettres préseDieol les noms de quelques fabricants , ainsi que la désignation des usines où ils travaillaient , et la mention des avantages dont jouissaient les personnes occupées à ce travail. On lit dans cette pièce : c La supplication de nos amez Pierre Brysonale,

> filz de Jehan Brysonale, Henry Glz, Nychohs Hengin, » Jacob Guillaume du Tisal et Jehan son filz , tous verriers

> et ouvriers ez verrières de Jehan Brysonale,' en la verrière » des Anfians , en la verrière Jacob et en la verrière Jehan » Hennezel , qui à présent est vague , icelles verrières estant » ez bois et forestz de Monseigneur, en sa prévosté de Dar*

* ney, en son duchié de Lorrainne, avons oye : contenant » que comme lesdicts maistres et ouvriers de verre soyeni, à » cause de leurs mestiers, et doibvent estre privilégiei et

• ayent plusieurs beaux droitz , libertez , franchises ei pré» » rogatives , et dont eulx et leurs prédécesseurs ayent joni et » usé de tous temps passez, et esté tenace et réputez en telle

> franchise, comme chevaliers estimez et gens nobles dodict

B duchié , saos que en ce leur ait esté mis aulcun empesche- » ment ; desquels droitz et franchises iceulx maistres et ou-

> Triera avoyent lettres des prédécesseurs de Monseigneur et

> dacz de Lorrainne, ezquelles estoyent desclarez les droitz » et privilèges octroyez auxdicts verriers. > Jean rappelle que ceux-ci avaient déposé leurs titres dans la ville de Darney , où ils les croyaient en sûreté ; que cette ville était tombée au pouvoir de Fennemi , et que les titres avaient disparu ; «.... pourquoy (les gentilshommes-verriers) font grand doubte

> que on temps advenir, pour ce qu'ils ne pourront faire de- • hument apparoir des privilèges, droitz et prérogatives dont

> ils sont donnez et qu'ils ont usez , ne soyent par aulcuns » ofSciers de Monseigneur empeschez et prohibez en leurs-

> dtcts privilèges >. Jean énumère ensuite les concessions octroyées par les prédécesseurs de son père, et confirme ces concessions, en qualité de régent du duché : c les

dessus nommez ouvriers de verres , ensemble leurs hoirs

et successeurs ouvrans dudict mestier ez dictes verrières ,

et an chascun d'iceulx^ voulons , dit-il , estre tenuz francs,

quittes et exempts de toutes tailles, aydes^ subsides, d'ost,

de giste et de chevaulchiées , et de tous débilz, exactions et

subventions quelconques qui pourroyent estre imposez sur

le duchié de Lorrainne, sans que lesdicls ouvriers verriers

y soyent aulcunement gesnez , imposez , contribuez et con-

traîntz en quelque manière que ce soit. Iceulx lesdicls

ouvrière pourront faire ^ ez dictes verrières, verres tels et

de telle couleur que leur plaira, et les faire mesner et

pourront les vendre par tous les pays de Monseigneur où

bon leur semblera , sans que eulx ou ceulx qui mesneront

ou qui porteront lesdicls verres soyent tenuz, à cause des-

dicts verres, payer aulcun passaige, gabaile, ni tribulz

quelconques ; mais les porteront , mesneront et vendront

tout franchement, sans que empeschement leur soit donné. »

Jean leur permettait de nourrir dans les loréls domaniales

cent porcs » « pour la provision de leurs niesnaiges et leur

> deffruict; de prendre, couper et remporter bois,

» c'est à sçavoir mairiens pour les édifices et refaisons à faire » en leurs maisons et ez verrières, et bois aussi pour ardoir » (brûler) , tant pour les nécessitez de leurs mesnaiges que

> pour lesdictes verrières, au moins de dommaige que

» faire se pourra pour Monseigneur, et au plus grand proffit » et aisance que faire se pourra pour lesdicts ouvriers » , qai recevaient également Tautorisation de cueillir dans les bois toutes herbes nécessaires à Texercice de leur industrie, et de « chasser, à TenViron desdictes verrières, à bestes gros-

> ses et rousses, à chiens et harnois de chasse, quand il leur

> platroit, sans pour ceestre reprins ». En retour d'avaQ* tages si considérables , on ne leur imposait d*autre obligation que celle de verser, « chascun an ,.•.. ez mains du receveur- » général , la somme de six petits florins au comptant , chas-

> cun florin de deux gros , monnoye courant au... duchié de » Lorraine » (1).

Ces concessions, qui prouvent combien nos ducs attachaieni d*importance à la branche d*in4ustrie dont il esl question, eurent pour résultat d'augmenter rapidement le nombre des usines. Celle de Jean Hennezel, qui avait cessé de fonctionner, fut rétablie ; en 1475 s'éleva la verrerie de la fontaine Saint- Vaubert, construite par Colin Thiédry; en 4488, celle de Lichecourt, appartenant à Jean du Tisal; en i494 , cdie du Fay de Uousseraille , près de Tendon, créée par Gnillaume Hennezel ; en 1i94, celle de Pierre Thiédry, prés de Darney ; en 1496, celle de Passavant, fondée par Simon dn Tisal, et celle de Martinvelle, dirigée par Antoine et Chrislo-

(t) L'original des lettres da prince Jean n*euste |ilaa, mais oo m une confirmation datée du t5 septembre ti69; v. Trésor ém layette Darney, II, n» i ; ▼. aussi Les gentilshommes Yerriars ou ches sur l'industrie et les priTÎIèges des verriers dans Tancienne aux XV«, XVh et XVih siècles, par M. Beaupré, p. il-17.

phe Thiédry, qui fabriquaient du verre de grandes dimensions (i).

Une autre industrie, que nous avons déjà signalée et qui était encore florissante au XV' siècle, était Tëducation des abeilles. Ceux qui s'y livraient avaient obtenu la permission d'acquitter avec de la cire les redevances habituelles. « L'Etal des revenus du prince es bailliages de Nancy et Vosges en Tan 1440 » constate que le receveur-général avait^ cette année, accepté en paiement cent quatre-vingt-six quartes de cire (2) , et les comptes du niéme receveur-général pour les années 4470, 1471 et suivantes démontrent que les cellériers continuaient à faire des recettes de cire, laquelle était employée dans le service du palais ducal ou vendue au profit du domaine (3).

Au XV' siècle on ne voyait plus, comme autrefois, les commerçants lorrains, et particulièrement ceux de Verdun, entreprendre de longs voyages dans l'intérêt de leur négoce. Les pèlerinages eux-mêmes avaient cessé presque complètement; toutefois, trois messins : Geoffroy Dex, Jean Baudoche le jeune et Gollin de Chailly visitèrent Jérusalem en 1441, et les deux premiers en revinrent avec le titre de chevaliers du Saint-Sépulchre (4). Cette rareté des pèlerinages doit être attribuée aux progrès de la puissance ottomane, mais surtout à l'affaiblissement des croyances qui prépara la prétendue réforme du siècle suivant. Quand on étudie avec soin, et dans les documents originaux, l'époque à laquelle est parvenu notre récit, on est frappé de la décadence qui se manifeste dans la

(1) V. Redierdies sur l'industrie en Lorraine, par M. U. Lepage, ciiap. I , des verreries , dans les mémoires de l'Académie de Nancy pour 1^49, p. 28 et 29.

(2) V. Très, des chartes, layeUe EitaU-Généraux, l, n" 66.

(3) V. ces comptes dans le Très, des ch.

(4) V. la chron. du doyen de Saint-Thiébaut, dans Calmct, Hist., t. 11, preov., col. ccxl. Un autre messin, Jean de Heu, fît le pèlerinage de Jé^ rusalem en 1463.

plupart des institations religieuses, et effrayé à la tue de la discorde qui éclate entre les puissances spirituelle et temporelle.

Le pape Pie II ayant défendu aui Messins de soutenir Diéther d'Isembourg, qui voulait prendre possession du siège archiépiscopal de Hayence, ils refusèrent nettement d*obéir au souverain-pontife et contraignirent les ecclésiastiques k suivre le même parti (an. i462). Vingt-quatre chanoines de la cathédrale et quelques-uns de ceux des collégiales Sainl- Thiébaut et Saint-Sauveur, ayant préféré, leur devoir à leur tranquillité, furent en quelque sorte rois hors la loi ; on défendit de leur rien vendre, d'avoir aucun commerce avec eux, de cultiver leurs terres et de payer ce qu'on leur devait. Les chanoines furent obligés^ pour ne pas mourif de faim, de se retirer à Pont-à-Mousson, où ils célébrèrent Toffice canonial dans Téglise des Antonistes. Ils tâchèrent d'intéresser à leur cuise tous les souverains ; Tempereur Frédéric III, le roi de Frane^ les ducs de Bourgogne et de Lorraine leur envoyèreal des lettres de sauvegarde et tâchèrent de négocier un accommodement ; mais les Messins se montrèrent inflexibles, et le pape lança contre eux une excommunication, qui fut confirmée par Paul II son successeur. Cette mesure fut également impuissante ; les bourgeois persévérèrent dans leur révolte el fireni subir mille vexations aux religieux mendiants, qui demeuraient fidèles au Saint-Siège. Georges de Bade, évèque de Metz, fit tant d'efforts et d'instances pour amener une transaction , qu'il réussit enfin à réconcilier ses diocésains ; néanmoins, la paix ne fut faite qu'au mois de février 1466, et les chanoines rentrèrent dans la ville seulement le â mai 1467, après on exil de près de cinq ans (1). •

(1) V. Les chron. de Metz, p. 297 et suiv. 11 est bon de se tenir en garde coalrc ce récit, où transpire à chaque page Tesprit de ré^'oHe «pi animait la bourgeoisie messine.

Le diocèse de Vtrdua u*avait pas été plus tranquille pen-^ daot répiscopat de Guillaume Fillâlre. Le prélat se brouilla avec le chapitre de sa cathédrale et il eut la malheureuse pensée de recourir à Robert de Sarrebriick, damoiseau de Commercy, et à d*autres châtelains aussi peu scrupuleux^ qui ravagèrent les domaines des chanoines et commirent des excès sans nombre. Le concile de Bàle somma l'évéque d'indemniser le chapitre. Guillaume ne tint aucun compte dé Tavertissement et fut condamné par contumace. Comme il était attaché au parti du pape Eugène IV, il s'inquiéta fort pea de cette sentence ; toutefois, il se rendit dans la ville de Bàle, peu après, et eut des conférences avec trois députés des chanoines et avec Guillaume Huin , archidiacre de Verdun, promoteur-général du concile et plus tard cardinal. A la suite 4e ees pourparlers une transaction, conclue au mois de mai I439y rétablit la concorde et assura au chapitre une indem- Mlé de cinq cents florins, pour le paiement de laquelle Fillàtre engagea la terre de Bouzey (1). Depuis ce moment le prélat parait avoir vécu en paix avec son clergé , mais il eut des difficultés avec les magistrats de Verdun ; on n'en connaît pas les causes, ni les détails ; on sait seulement que Guillaume ayaft voulu sortir de la ville, les magistrats, saisissant le moment où il traversait le pont de la Chaussée , firent fermer brusquement les portes qui en défendaient les deux extrémités, et retinrent pendant quelques heures l'évéque et sa suite dans cette espèce de prison. Un pareil affront acheva de dé-^ goûter Fillàtre , qui obtint du souverain-pontife l'autorisation de permuter son évèché contre celui de Toul (2), dont le titulaire, Louis d'Haraucourt, désirait vivement remonter sur le siège épiscopal de Verdun qu'il avait déjà occupé. Les souvenirs qu'il y avait laissés n'étaient pas, au reste, de nature à

(1) V. Wassebourg, f>« cccclxxxvij v», cccclxxxviij et cccclxxxix r".

(2) V. idem, f^ ccccxcvij v® et ccccxcviij r«.

inspirer aux Verdunois Tenvie de le revoir parmi eux. Il avait coDçu une passion coupable pour une dame aussi remarquable par sa vertu que par sa beauté , et obéissant à un sentiment de jalousie contre Farchidiacre Guillaume Huio, qui fréquentait la maison de cette dame , il le fit attaquer par une troupe de scélérats , au moment ou Ton sortait de la cathédrale. L'archidiacre parvint à se réfugier dans la crypte, et les gens de révèque, voyant qu'ils ne pouvaient atteindre Guillaume, déchargèrent leur fureur sur sa maison qu'ils saccagèrent , ainsi que celles de deux chanoines. Le chapitre, irrilé de Toutrage qui venait d*ètre fait à deux de ses meoibres, invita Louis à réconcilier Téglise souillée par Faltentât dont l'archidiacre avait failli devenir la victime ; l'éfèque éluda la demande ; rapimosité devint plus grande encore quelques mois après, et les partisans du prélat commifHt différentes hostilités sur les domaines de ses adversaires (t)»

Le second séjour de Louis à Verdun fut plus triiM|ant que le premier, et lorsque le prélat mourut au mois d'odohrt i456, il était en si bonne intelligence avec les chanoines qa*ils lui donnèrent pour successeur son neveu, Guillaume d*l raucourt. Guillaume se rendit en France , se lia avee le dinal La Balue, prit part aux mêmes intrigues, fut disgl%cié avec lui et enfermé, à la Bastille , dans une cage de fer oè H resta quatorze ans (2).

Des prélats aussi mondains ne pouvaient s'astreindre à diriger l'administration de leurs diocèses ; quelques-ans mtae ne furent jamais revêtus du caractère épiscopal ; il en nésullt que le gouvernement ecclésiastique tomba entre les mains d'évèqucs in parlibus, ordinairement tirés des ordres de saint Dominique et de saint François^ et qui portaient le tilre asaes impropre de suffragants. L'évêquc de Mets Georges de Bade

(1) V. idem, f»« cccclxxv v**, cccclxxvj cl cccdxxvij.

(2) V. idcra, P»« dvij, dxj v© el dxij.

— 2Qi —

avait pour suffragaot Didier Noël, qui avait succédé, eo H82, a Simon de Rubo évèque de Panéas. Lorsque Louis d*Haraueoort tenait le siège épîscopal de Verdun , il se faisait remplacer par son suffragant , Henri de Vaucouleurs évèque de Chrislopole (i). Ce titre d'évèque de Christopole était réservé aux soffragants de TonI, qui le portèrent successivement. Le plus ancien que Ton connaisse est Hathias de Villeneuve, qui mourut en 1575, après avoir régi le diocèse pendant les épiseopats de Pierre de la Barrière et de Jean de Heu ; on trouve ensuite François, suffragant du cardinal de Neufchàtel (2) ; Gilles sous. Tévèque Philippe de Ville ; Jean dTvoy , qui Tivatten 1400; Imenteus de TabeiOy sous Henri de Ville; Henri de Vaucouleurs, gardien des cordeliers de Toul, qui suivit à Verdun Louis d'Haraucourt ; Jean Obem, dominicain, ^ Irfragant de Guillaume Fillàtre ; Jean de Sorcy, cordelier, et L. fttre Liétard, dominicain , dont la vie se prolongea jusque Y èiBS les premières années du XVP siècle (5).

Les élections qui avaient placé sur les sièges épiscopaux de iotre pays des évèques indignes de les remplir s*étaient faites, poor la plupart, sans la liberté convenable, et les princes voisins avaient trop souvent réussi à faire nommer les candidats de leur choix. Les chapitres , à qui cet état de choses ne plaisait pas , cherchaient , mais en vain , à recouvrer leur ancienne indépendance. La pragmatique-sanction de Charles VII parut à quelques-uns d*entr'eux un moyen prompt et sûr poor atteindre ce but. Le 7 juin 1441 , les chanoines de la cathédrale de Verdun déclarèrent qu*iis en adoptaient les dispositions, et le chapitre de la Madeleine de la même ville s'empressa de suivre leur exemple (4). On sait que la pragmatique rétablissait les formes anciennes pour l'élection des

(1) V. idem, f*> cccclxxxij r®.

(2) Il portait le titre d'évéque de Sidon.

(3) V. Benoît, Hist. de Toul, p. 171 cl 172.

(4) V. Waasebourg, P> ccccxc v".

évèques, abolissait les réserves et les expectatives, réglait que Ton ne pourrait appeler au pape sans avoir passé par les juridictions inférieures, supprimait les annates et limitait , d'vne manière dangereuse, Tautorité du souverain-pootife. Peu d*années après, le concordat germanique conclu entre le roi des Romains Frédéric III et le pape Nicolas V fut introduit dans le diocèse de Metz ; Nicolas donna à cet effet plusieurs bulles, dont la plus ancienne est de i448 (i). Le concordat supprimait , comme la pragmatique, les provisions, les grâces et les expectatives , rendait aux chapitres , sous certaines réserves, le droit d'élection, transformait les annates, mais respectait, au moins dans les choses essentielles, les droits de la papauté. Les articles du concordat germanique furent également mis en vigueur dans les diocèses de Toul et de Verdun. Ce fut pour peu de temps; car Wassebourg, qw vivait dans la première moitié du XVl* siècle, assure t|M Ton n'observait ni la pragmatique abolie sous le règne de Louis XI , ni le concordat ; que les églises de Metz, Tool et Verdun étaient entièrement à la disposition du pope soos le rapport de la collation des bénéfices ; que les élections y étaient fort rares , etc. (2).

Une pareille anomalie tient probablement à ce ^foe les trois villes épiscopales, bien que faisant partie de Fempire, se trouvaient , à cause de leur situation , dans la dépeodanee de la France. Nous avons rapporté plus haut des faits qui le démontrent , et nous pouvons ajouter que cette espèce d'osor» pation des monarques français s'étendait non seulement ou matières temporelles, mais aussi, quoique plus roreaienlt aux affaires religieuses. C'est ainsi que, sous Tépiseopot de Guillaume Fiilàtre , le roi de France envoya dans lo Tille de

(f ) Deux de ces bulles sont imprimées dans Calmet, îbid., (. III, prenr., col. ccxiv-ccxvij.

(2) V. f* ccccxc \^.

Toul comme inquisileurs de la foi les Pères Jean Bréhallî et Pierre Régis (1). Ces deux religieux sont les derniers inquisiteurs que Ton vit en Lorraine au XV^ siècle; du moins l'histoire n'en nomme-t-elle pas d'autres , tandis qu'elle no|8 a conservé le souvenir de ceux qui exercèrent ces délicates fonctions pendant le XIV® siècle et le commencement du XV*. Le premier est le P. Garin, de Bar-le-Duc, dominicain du couvent de Metz ; il eut pour successeurs Renaud de Ruisse (i340); Jean de Bonne-Fontaine (1355); Nicolas de Hombourg (1390); Martin d'Âmance (1400), évéque de Gabala et soffragani de Metz , dont les pouvoirs embrassaient les trois évéchés; Laurent de Neupont (1414); Léonard Listard ; Jean d'Alizey ; Jean d'Yvoy , et le P. Matbias , dont quelques-uns possédaient une autorité aussi grande que celle de Martin d'Amance, au lieu que les autres ne pouvaient agir que dans UD seul diocèse. Leur mission se bornait , d'ailleurs , à une surveillance générale sur l'enseignement, et on ne connaît guère d'autre procédure pour hérésie que celle dont furent suivies les prédications séditieuses des observantins de Metz (2). Le triste spectacle qu'offraient certaines communautés monastiques, et les décrets promulgués par les conciles de Constance et de Bàle inspirèrent à plusieurs religieux et religieuses le désir de travailler efficacement à une réforme des mœurs; mais cette entreprise rencontra de grands obstacles. André, abbé de Saint-Pantaléon de Cologne, et Georges, abbé de Saint-Georges dans la Forèt-Noire, visiteurs de la congrégation bénédictine allemande de Bursfeld , s'étant présentés à Tabbaye de Vergaviile, en 1488, pour examiner l'état de la discipline, ne furent pas admis dans le monastère, etl'abbesse, Anne de Vintrange, tant en son nom qu'au nom de toutes les sœurs, interjeta un appel devant le souverain-pontife. Il était

(f ) V. Benoit, ibid., p. 550.

(2) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 545 cl 546.

cependant trés-urgent de s'occuper de celte abbaye, dont les religieuses avaient cessé de garder la clôture et s'étaient habituées à vivre presque comme des séculières. Heareusement, Anne de Vintrange se décida, quelque temps après, i exécuter ce que Ton exigeait d'elle, en rétablissant la clôture et en prohibant les coutumes que Ton avait réprouvées comme contraires à la règle de saint Benoit. Les communautés de h ville de Metz, bien que réformées, à l'exemple de beaucoup d'autres, depuis le commencement du siècle, avaient de nouveau négligé les prescriptions de ce code. Au mois de mai 1499, l'évèque Henri de Lorraine promulgua des statuts aux termes desquels les religieux et les religieuses ne pouvaient plus sortir des cloîtres sans permission, parcourir la ville sans être accompagnés , manger ou coucher hors de leurs maisons sans cause grave, assister aux jeux et aux spectacles, être parrains ou marraines, donner ou recevoir des présents» si ce n'était avec fautorisation des supérieurs, aliéner enfin les biens des monastères sans l'aveu du prélat, qui imposa de plus Tobligation de lire, tous les mois, un chapitre de la règle (i).

La difficulté que l'on éprpuvait à conserver les anciennes abbayes, et à entretenir dans ces maisons un nombre saflbant de religieux , empêchait d'en établir de nouvelles. An XV* siècle, on ne fonde plus de couvents, et c'est à peine si Vom a le courage d'achever ceux que l'on avait commencé à struire en des temps plus heureux. La quantité des hôpila ne parait pas non plus s'être accrue consîdérablonenl » l'affaiblissement de la foi entraîne d'ordinaire celai de la charité ; mais on donna une meilleure organisation aux hospiees de toute nature que les XIIP et XIV* siècles avaient ?» naître. En i438, René I*' et Isabelle publièrent une ordott-

(f) V. Calinct, Hist., t. Il, col. 1224 et 1225.

nence pour radministration de ces établissements (1). Chacun d*eux était régi par un maître ou gouverneur , assisté d'une sorte de commission de surveillance composée de deux personnes, prises, autant que possible, parmi les descendants des fondateurs (2). La commission examinait les comptes du gouverneur et procédait , chaque année , au récolement do mobilier. Toutes les offrandes devaient être versées dans un coflBre mnni de trois serrures, dont les clefi; restaient entre les mains du gouverneur et des membres de la commission; la nomination de celui-là appartenait au prince, et, par un singulier privilège , le gouverneur de Thôpital Saint-Julien de Nancy avait le droit de visiter tous les autres hospices et de choisir les membres de leurs commissions administratives. Le gouverneur pouvait t prendre du bois pour Fafifouage

> raisonnablement, et maronnage pour édifier et pour

» les réparations et réfections nécessaires...; il pouvoit

> mettre porcs ez bois du domaine en la saison accoustumée, » pour le vivre et provision nécessaire de l'hospital rai- » sonnablement par Tadvis du gruyer, sans pour ce payer m aulctu droict ». Ou lui accorde également la faculté de pécher «t faire pécher < au filet et treuble » dans les rivières voisines, mais « pour la substentation seulement.... du mais- » tre de l'hôpital, des pauvres créatures malades qui y sont,

> et des serviteurs tant seulement, sans que nulle aultre per- » sonne puisse participer au poisson qui ainsy seroit prins ». Le duc ajoute à ces avantages importants la donation à chaque maison d'un demi-muid de sel à livrer , tous les ans, dans la ^line de Dieuze. Comme on hébergeait les pauvres voyageurs, one disposition spéciale détermine les mesures à adopter, en cas de guerre, pour empêcher des soldats ennemis ou des

(1) Elle eât imprimée dans Rogévillc, Dtct. des ordoun., 1. 1, p. 579-582.

(2) L'importance de l'hôpital Saint-Julien de Nancy engagea René l^^' à Migmenter le nombre des membres de la commission administrative ; v. id^D, ibid., p. 583.

espions de pénétrer dans les villes sous le costume de mendiants. Ceux qui t requéroient pour Dieu l'hospitalité de » rhospital 9 devaient être escortés par un des portiers jusque dans la maison ; il leur était enjoint de ne pas la quitter, de ne parler à personne, sinon en la présence du gouverneur de la ville, et le lendemain matin on les reconduisait jusqu'à la porte que Ton refermait sur eux.

Les réformes tentées vers la fin du XV® siècle ne portaient pas uniquement sur des habitudes coupables et entièrement opposées soit aux règles monastiques, soit aux statuts synodaux ; on essaya d*abolir aussi des usages que leur antiquité devait recommander à Tindulgence des rigoristes. Telle était la coutume établie dans le chapitre de Toul de collationnerau chœur pendant le carême. Ce repas, dont Forigine se perdait dans la nuit des temps, ne donnait lieu d'ailleurs i aucun scandale, puisque les chanoines se bornaient à manger un morceau de pain et à boire une petite mesure de vin pendant la lecture qui précédait les complies (1). Telles étaient aussi les danses exécutées par les chanoinesses de Remiremont, le lundi de la Pentecôte. Elles prétendaient, lit-on dans un mémoire concernant la réforme de ce chapitre, c ^voir le droit

> de danser après dîner en la cour de la maison abbatiale : la 9 première danse appartenante à Madame Tabbesse, et la se* 9 conde au chapitre. Que si ladite dame abbesse ne veut ou 1 ne peut s'y trouver, ajoute le mémoire , elle est obligée de

> fournir une dame à sa place pour danser. Auquel jour 9 encore lesdites dames veuillent que les bourgeois dadit » Remiremont paroissent en armes, et qu'ils passent devant » elles en l'église et parmi la maison abbatiale, et au troisième » tour ladite dame abbesse leur doit à boire en sadite maisoa, • pendant que lesdites dames dansent à la vue d'iceux et des 9 estrangers arrivés ce jour audit Remiremont. Et lesdites

(f ) V. Betioit, ibid., p. tU2.

> daines disent encore que leurs principaux officiers» savoir :

• les sieurs grand prévosi, grand et petit chanceliers et le

> chancelier de Testât» qui sont tous ecclésiastiques, leur » doivent certain nombre de danses ; et de fait» lesdits offi- » ciers» le bonnet quarré avec le bouquet sur la tète» ou leurs 9 lieutenans et commis» les mènent danser dans Faprès^ouper

• audit cloître» et dure ladite danse beaucoup à cause du grand

> nombre d*icelles (i). > Le lundi de la Pentecôte était un vé-< ritable jour de fête pour le chapitre et la ville de Remiremont ; les habitants de huit villages voisins se rendaient en procession dans réglise de saint Romaric, et» 'pour se distinguer des autres» chaque communauté portait des branches de différents arbres ou arbrisseaux : Dommartin du genévrier» Saint-Âmé du muguet» Saint- Nabor de Fëglantier» Saint-Etienne du cerisier» Vagney du sureau» Saulxures du saule» Rupt du chêne» Ramonchamp du sapin. Trois autres communautés ne ▼enaient que de trois années l'une» et portaient : Raon du genêt» Plombières et Belle- Fontaine de Taubépine. Une dernière paroisse, Saint-Maurice, n'envoyait pas de procession, mais deux hoUées de neige , que Ton employait sans doute à rafraîchir le vin ; et si» par hasard » les habitants de ce village ne pouvaient plus trouver de neige» ils devaient donner aux chanoinesses deux bœufs totalement blancs. Les processions , reçues à la porte de l'église par un des chapelains et par les deux dames chante-notes , étaient successivement introduites dans l'édifice, et tandis qu'elles en faisaient le tour, les jeunes filles entonnaient d'anciens cantiques en langue vulgaire , connus sous le nom de Kyriolés. Chaque paroisse avait le sien et tâchait de le chanter avec plus de perfection que les autres. Après la messe et le Te DeuMy les chanoinesses distribuaient des épingles aux filles

(1) V. des eitraits de ce mémoire dans l'ouvrage de M. Richard : Traditions etc., p. 157 et 158. Le mémoire a été rédigé en 1612 ou 1613.

qui composaient les chœurs, et pendant que le conseil «le ville donnait un somptueux repas aux gentilshommes, aux officiers du prince et à ceux du chapitre , les huit paroisses se retiraient dans des tavernes séparées et se livraient, jusqu'au soir, aux plaisirs de la table et de la danse. Une certaine licence régnait dans cette fête bruyante, et les villageois ne craignaient pas, lorsqu'ils retournaient chez eux, de briser, avec les branches qu'ils tenaient à la main, les fenêtres des bourgeois qui ne s'empressaient pas de les ouvrir pendant le défilé des processions (1).

Un abus bien plus' dangereux que la collation» des chanoines de Toul, et que les danses des chanoine^ses , était la prérogative singulière que revendiquait le curé de Lay- Saint-Remy. Il prétendait pouvoir marier les enfants sans le consentement de leurs parents, pourvu que ceux-là se préseotassent en habits de voyage, comme des fugitifs, qu'ils eussent leurs chevaux attachés à la porte de l'église , et que le futur eût déposé ses armes sur Faulel (2).

Les droits utiles dont les curés jouissaient en Lorraine étaient presque analogues à ceux que possédaient les ecclésiastiques des pays voisins. On pourrait cependant signaler quelques exceptions assez curieuses. Ainsi le curé de Vagoey avait la faculté de faire mener deux voitures de bois par chaque propriétaire de charrue, auquel il remettait deux pains de seigle pour le conducteur ; tous les paroissiens lui devaient un jour de corvée ; le marguiliier ou sacristain était obligé de couper le bois nécessaire pour le service du presbytère , mais il était nourri tant que durait ce travail ; chaque meunier donnait au curé une tarte ; celui-ci levait un denier sur les grandes meules de foin, avait droit de justice pour la dtme et les

(1) V. Traditions etc., p. 152-lGO ; v. aussi Kyriolés oa Cantiquet qui sont chajitex à I*Eglise de Mesdames de Remircmont , etc. ; RemireoMMit, 1773, in 8».

(2] V. Suiist. de la Meurthe, par M. H. Lepage, t II, p. S87.

domniages commis par les aDîmaui, ainsi que sa pari dans les amendes» nommait les bangards» ne payait aacune redevanee pour le pâtre, awt le tiers de la dtme et prenait tonte eelle d*an laboureur è son choix (1). Dans d'autres Tillages, le euré rece?ait, outre la dlme, des offrandes en nature ; ailleurs elles se faisaient au profit de la paroisse elle-même. Les fabricants de fromages de Gërardmer et lieux foisins avaient coutume de se rendre, le 25 avril, à Champdray^ dont l'église était dédiée à saint Marc. Ils offraient à ce saint des provisions de toute espèce : des fromages, du beurre, des œufs, quelquefois même des veaux et des chevreaux. Le trésorier de l'église se tenait devant le portail, acceptait ces dons et les vendait aux encbà'es au profit de la paroisse (2). A Langatte, chaque ha«bitant présentait à l'église, le 3 novembre, des corbeilles contenant du pain, du sel, du blé et de l'avoine ; mais quand le curé avait béni les oblations, les habitants les remportaient chez eux , mangeaient le pain et le sel et donnaient le blé et Tavoine à leurs animaux (3).

Afin de lutter avec succès contre les tentatives que certains esprits orgueilleux et ennemis de la discipline allaient faire pour renverser l'édifice de l'Eglise, ou du moins pour le re- ■lamer an gri de leurs désirs ; afin de déraciner enfin les sopersthiotts quî, dans les campagnes surtout, avaient résisté aox aMlMmes des conciles et à la vigilance des évèques, il aurait Mh que tous les membres du clergé séculier possédassent ane'instmetton suffisante. Malheureusement, cette instruction manquait en général ; car les universités, en/aisant disparaître presque lotîtes les écoles épiscopales et monastiques, ne les avaient pas remplacées, et les jeunes clercs avaient rarement le moyen. ou la volonté d'aller étudier loin de leur patrie.

(1) V. GidiBet, Notice, t. H, col. 69i et 602.

(2) V. Statist. des Vosges, 1. 1, p. 707. (3} y. SVUMi. ait U Meortbe, ihid., p. 282.

Nous croyons cependant que Fécole épiscopalc de VcrduD existait encore au commencement du XV' siècle ; Henri de Ville, qui monta sur le siège de Toul en 1405, était écolàlre de- Verdun, et il n'y a pas apparence que ces fonctions fassent purement honorjGques. Henri de Ville était, du reste, un homme fort savant, surtout en théologie et en droit canonique (1). Guillaume Fillâtre, qui fut successivement, comme on l'a vu, évêque de Verdun et de Toul vers le milieu du XV' siècle , était aussi un prélat remarquable par ses connaissances. A peine installé sur le siège de Toul, il engagea le chapitre à élire un théologal, qui instruirait les jeunes chanoines, suivant les prescriptions du concile de Bàle. Les chanoines loi représentèrent qu'ils payaient une pension à an religieux de Tordre de saint Dominique, qui était docteur en théologie et faisait un cours aux plus jeunes membres du chapitre; mais Guillaume ayant insisté , les chanoines nommèrent théologal Jean d*Allompt ou d*Allamps, docteur en théologie de la focollé de Paris et professeur en droit dans Técole de Tool; d*où il résulte clairement que cette école existait encore, et que l'on continuait h y enseigner le droit (â). Les Carmes^ qai avaicnl fondé un couvent dans la petite ville de Baccarat en 1441, ouvrirent dans leur maison une école ccclésiastiqAè qui eat de la renommée. Il y avait ordinairement deux professeurs en théologie, qui, moyennant une légère rétribution, faisaienl des cours suivis par beaucoup d'ecclésiastiques et délaies; d les abbayes de Senones et d'Etival, peu éloignées de' Baccarat , y envoyaient leurs novices pour recevoir une insinie» tion qu'ils ne pouvaient plus trouver dans ces deax nastères (5).

(i) V. Benoit, ibid., p. 513.

(2) V. idem, ibid., p. VMeiHl. L'évéque de Toul Ilugiieidei qui avait coromcocé ses études dans ccUe ville, lel cootiooa à V. Culmcl, llist., t. Il, col. 1^52.

(5) CeUc école sulnistail encore an commoneement du XVi* ii

Ces écoles produisirent peu d*hommes distingués. Nous en ayons mentionné quelques-uns dans le cours de notre récit, mais nous devons encore rappeler Guillaume Huin qui par* ▼inl à la dignité de cardinal. Il était né dans la petite yille d'Etaîn, et après avoir acquis une instruction solide, surtout en droit canonique et en droit civil, il fut nommé archidiacre dans le diocèse de Verdun, puis princier de la cathédrale de Metz; lise rendit au conciliabule de fiàle, fut désigné pour remplir les fonctions de promoteur-général et joua un rôle assez GIcheux dans cette assemblée, car il passe pour avoir pris une grande part à la déposition d'Eugène IV et à Félectlon de Fantipape Félix V, qui , pour le récompenser de ses bous offices, lui envoya le chapeau de cardinal. Après la dissolution du concile et l'extinction du schisme, le pape Nicolas V, ne voulant pas se priver des lumières de Guillaume Hain, le créa cardinal du titre de Sainte-Sabine et l'envoya comme légat dans les duchés de Lorraine et de Bar. Guillaume mourut à Rome en 1456 et fut inhumé dans le chœur de réglise paroissiale d'Etain, qu'il avait fait construire à ses frais, et qu'il se proposait de transformer en collégiale (1).

L'évèque Louis d'Haraucourt , dont le nom est revenu déjà bien des fois sons notre plume, avait également reçu une éducation brillante. Il écrivit une chronique, dans laquelle il racontait, avec beaucoup de naïveté et de finesse tout-à-lafois, lliisloire des ducs qui avaient gouverné notre pays depuis Gérard d'Alsace. Son livre intitulé : Mémorial des grands

Dom Cabnet mentionne une sentence de Tofficial de Toul, en date du 23 janTÎer 1906, qui interdit aox cannes de Baccarat de tenir école sans la penniMm du prieur du Moniet et du chapitre de Deneuvre. V. Bibl. loiT., p. ix.

(1) Quelques personnes croient qu'il a été inhumé à Rome, dans Téglise Sabite-Sabine, sur rAventin» dont il portait le titre. On voit, en effet, dn» eette église le tombeau ou le cénotaphe du cardinal, avec une inscriptioB, qui a été publiée dans le Bulletin de la société d'archéologie lorraine, t. IV, p. 33i.

— !ilî2 —

gestes el faicls en la proTince de Lorhaine, était assez folumineux ; mais comme on ne prît pas la sage précaution d*en multiplier les copies, il a fini par périr, et il ne nous en reste que de trop rares et de trop courts fragments (i); ils suflisent toutefois pour révéler le talent de Fauteur et pour faire regretter vivement la perte de Fouvrage.

Une chose qui prouve que le goût des lettr(;sn*était pas éteint complètement dans notre patrie est la fréquence des représentations dramatiques. Les 12, 15 et 44 juin 1437, les Messins assistèrent au jeu de la vie de sainte Catherine; le théâtre était dressé sur la place du Change ; ce fut un notaire^ Jean Didier, qui remplit le rôle de sainte Catherine, et un avocat, nommé Jean Mathieu, fut chargé de figurer Tempereur MazH min. La même année, au mois de juillet, « fut jué en Mets le » jeu de la passion Nostre Seigneur Jhésucrist , en la place » en Cliainge , et fut faict le paircque (Pamphithéàtre) d'aoe

> très- noble façon ; car il estoit de neuf siégea de hault aiiisy » comme degrés tout à Pentour; et par derrière estoienl • grands sièges et longs pour les seigneurs et pour les dames. » Et portoit le personnaige de Dieu ung prestre, appelé wA^ » gneur Nicollc du Neufchastel en Loraine, lequel alors » estoit curé de Sainct-Viclor de Mets ; et fut cestuy curé ea » grand dangier de sa vie et cuydoit mourir, Iny eslanl «a » Tarbre de la croix , car le cueur lui faillit tellemefil qa*il

> fust esté mort, s'il ne fust esté secouru; et convint qw » ung aultre prestre fust mis en son lieu pour parfaire le

(i) Mory dTlvange possédait cinquante feuillets da maDOMrit phe; quarante* sept se suivaient, mais les trois autres étaient •épii^'pir des lacunes considérables. Ces cinquante feuillets ont été ofierts •■ Charles-Alexandre de Lorraine, et on ignore ce qu'ils toi Mory en a conservé plusieurs fragments du» le recueil qœ souvent cité, et nous ne tommes pas éloigné de croâre que passages des Coupures de Boumon sont empruntés au MénorW ; OB f^ trouve, en effet, dans ces passages le style, la manière ci l'i de Louis d'IIaraucourt.

pcrsoDiiaige de Dieu. Et estoit celluy preslre alors Tung des boareaaiz et tyrans dudict jeu ; mais néanlmoins on donna son personnaige à nng aultre, et parfit celluy du crucifiement poar ce jour. Et le lendemain , iedict curé de Sainct- Victor fut revenu à luy et parfit la résurrection et fit^trèsbauilement son personnaige. Et duroit icelluy mystère par qoaitre jours. En icelluy jeu y euit encor ung aultre preg-» tre, qui s*appelloit seigneur Jean de Missey, qui estoit cbaippellain de Mairange, lequel joortoit le personnaige de Jndas ; mais pour ce qu'il pendit trop longuement, il fat pareillement transis et quasy mort , car le cueur lui faillit ; parquoy il fut bien bastivement despendu et fut emporté en aulcnn lieu procbain , pour le ft*otter de vinaigre et aultre cbose pour le réconforter. La boucbe et entrée de Tenfer de icelluy jeu estoit très-bien faicte ; car par ung engin elle se oavroit et reciQoit seule , quand les diables y voulloient entrer ou issir ; et avoil celle hure deux gros yeux d'acier qui reiuisoient à merveille. D'icelluy jeu estoit maistre et portoit Foriginal un clerc des Sept de la guerre de Mets , appelle Forcelle. Et y avoit pour celluy temps moult dç nobles seigneurs et de dames estrangiers et princes en la cité de Mets. Premier y estoit seigneur Conraird Bayer, alors évesque de Mets; le comte de Vauldémont; seigneur Baudouin de Fléville , abbé de Gorze ; la comtesse de Sar*

rebmcb ; messire Hue d'Autel et ses deux frères; le

Broa de Salz , Caries de Servoille (Cervolle) , Henri de la Tour, et plusieurs aultres seigneurs et dames d'AUemaigne

et d'aultres pays Et pour ce fut ordonné de mettre par

toutte la cité , de nuict , des lanternes aux fenestres et de la clarté aux huis, tout Iedict jeu durant.... Le dix-septiesmc jour de septembre ensuivant, futfaict le jeu de la vengeance Nostre Seigneur Jhësucrist et destruction de Jhérusalem, au propre paircque et au meisme lieu que la passion avoit esté faicte ; et fut la cité de Jhérusalem très-bien et subtilement

» ouvrée et faicte , et le port de Japbet au joxaiit dedans le- » dict paircque. Duquel jeu Jehan Maithîeu, le plaidoieur, fal » et portoit le personnaige de Vespasian, et le curé de Sainct- » Victor, qui a?oit esté Dieu à la passion, fut Titus, et da- » roit ce mystère environ quaitre jours (i). »

Nous n'avons pas craint de reproduire, malgré son étendue, ce fragment des chroniques de Metz parce qu*il (bamit. des renseignements précieux sur la mise en scène des mystérai et sur l'appareil que Foi^ déployait. On ignore si de pareilt spectacles furent offerts souvent aux habitants de Nancy el dt Bar-le-Duc , mais on connaît les titres de plusieurs draoMi pieux qui furent joués à Metz pendant le XV* siècle ; le piv aneien est le jeu et révélation de tapocalipne sainet JeAm, qui fut repr^nté les 44, 15 et 16 septembre 1413; en 1490, les Chroniques mentionnent le jeu de la vie et légende 4$ sainet Fy, par Frère Joffroy, religieux trinitaire; en liSS, nous trouvons le jeu de la légende et martire de ioimeê Victor; en 1458 (l*', 3 et 3 septembre), le jeu de iamêH bonne conversation du glorieulx'amy de Dieu sainet çn 1468, le jeu de madame sainete Catherine de Sienne^ religieuse de V ordre des Jaicopins ; en 1480, l'un^ des clés de sainet MicMel archange ; enfin en 1485 , le jeu ée fa vie et passion de madame sainete Barbe; et le chroniqMV ajoute que c les gens y alloient prendre leurs places Ml » quaitre heures du matin • ; ce qui fait voir le goât q/m Ton avait pour cette sorte d'amusement et rempressoMU que montrait la foule (â).

Tous ou presque tous ces mystères furent composés pv des écrivains étrangers à notre pays , et il ne comptait alon»

(i) V. Les chron. de MeU, p. 300 et 201.

(2) V. ibid., p. iiO, i4K, ii6, 204, 360, 3tfi, 438 et 473. Les de MeU (p. 473) mentionnent une représentation qui eut lieu à Doc en 1485.

comme nous en avons fait la remarque, qu'un bien petit nombre de littérateurs. Par compensation^ la Lorraine produisit, aa X V^ siècle , des architectes et des sculpteurs habiles qui t^faillérent aux grands édifices commencés dans les siècles précédenU. Sous Tépiscopat de Conrad Bayer de Boppart , € on maîstre masson, appelé maistre Jehan de Commerce » , ooDstniisit ou du moins termina la belle chapelle des EvéqMes ou du Saint' Sqcremeni, qui s'ouvre sur une des nefs latérales de la cathédrale de Metz (1). A la même époque vivaient Henri de Ranconval, mattre-maçon de cette ville, architecte de mérite (d)^ et « maistre Thiédrich de Sierck », qui bâtit la chapelle Saint-Nicolas dans l'église Saint-Euchaire de MeUs, moyennant la somme de deux cent soixante livres messines et ks matériaux de deux maisons et d'une échoppe , qu'il ftiUut éimolir pour faire place aux constructions projetées (3). Vers ce temps, Conrad Bayer élevait l'église des carmes de Biecarat ; on mettait la dernière main à la magnifique église des antonistes de Pont-à-Mousson, et on pressait les travaux de la basilique abbatiale de Saint- Vanne à Verdun. Celle que les abbés Louis et Guillaume avaient fondée au XIII® siède, et qui n'avait jamais été achevée, tombait en ruine, et Tabbé Etienne Bourgeois en entreprit une autre sur un plan nous vaste et par conséquent plus exécutable. Lorsque ce nBgieQx mourut en 1455, il avait édifié l'abside, le chœur et ne grande partie de la nef, et l'on célébrait le service divin fat liinouvelle abbatiale (4). On a vu plus haut que le car- Attl Guillaume Huin fit construire à ses frais, vers le milieu 'o XV* siècle, l'église paroissiale d'Etain. Albéric Briel, grand-

(I) V. la chron. du doyen de Saiot-Thiébaut, dans Calmetf Hist., t. Il, piwr., col. ccxlvij. Jean de Commercy , qui esl aussi qualifié A'iviaigier, ^tnSk Clément aux fortifications de Metz ; v. ibid., col. ccliij.

ifj V. ibid., col. Gci.

(3) V. ibid., col. ccxiij et ccxliij.

(4) V. Wassebourg, f" cccclxxxviij v''.

archidkicre de Toul et noattre de la fiibriqae de la ealhédrale, résolut de terminer cette dernière en y joignant un riche por* tall et deux tours. Jacquemin Rogier de Commercy 9 maîtremaçon de Saint-Etienne (i), fournit les plans nécessaires; mais il mourut en 1446, et ce fut son fils (^li dirigea les ira* yaux , sans en voir la fin ; car, étant devena fieux et inârme, il ftat mis à la maison-Dieu de Toul en I4d0, et le eouronnement des tours ne fut placé qu*en 1496, sous répiseopat de Henri de Blàmont, et grAce aux libéralités de René II cl dt quelques autres souverains (â). Jacquemin Rogier, bien qa'B prit le titre, modeste de mattre^maçon , étaH un arehiteela distingué, et c'est encore sur ses plans que l*on élen les deai tours de l'église Saint-Martin ou des antonistes de Ponl-è- Modsson, qui rappellent , par pins d*uo détail, les loars de la cathédrale de Toul. Nancy reconstruisait péniblement Téglise paroissiale de Saint-Epyre, dont les mesquines proportions nous révéleraient, à délaut d'autres documents» le peu d'hnportance qu'avait la capitale de la Lorraine (3) ; el b ville de Yézelise se donnait une église remarquable par son élégance, et qui ne fût conduite à sa perfection qae dans ka premières années -du XVI* siècle.

Tous ces édifices appartiennent au style ogival tertiaire ott flamboyant ; mais il n'a pas en Lorraine le même caradèra que dans plusieurs autres contrées ; il est d'une sobriété entremet et, pour des motifs dont Fénumération ne peut Irower place dans ce livre , il n'a pas atteint chei nous le développement, on serait tenté de dire l'épanouissement excessif, qa*il a reçu presque partout ailleurs. Les guerres fréquentes dont la Lorraine fut le théâtre et la misère qui en résulta ne contribuèrent pas peu, sans doute , à cet amoindrissement de

(I) C'est le vocable de la caihédrale.

(S) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 536 el 537.

(3) V. LioDDois, Hûl. de Nancy, t. I, p. 2S0.

Tari ogival ; on tâcha de construire au meilleur marché possible ; on simpliGa les ornements ; on revint même à certains procédés tombés depuis longtemps en désuétude. Cest ainsi que, dans un siècle oà les édifices étaient généralement voûtés, on vit établir dans quelques églises des plafonds en bois, et Marguerite de Lorraine , comtesse defilâmont, légua, en 1469, à Téglise paroissiale de Deneuvre six francs c pour » aider à faire un ciel de planches à la nef du monstier > (i). n ne fkit pas toujoursYacile de relever les ruines que la guerre avait accumulées, et les prémontrés de Rengéval, qui voulaient réédifier leur monastère , furent obligés de faire des quêtes dans les évéchés de Metz , TonI et Verdun ; ils obtinrent , à cet effet, l'autorisation de porter avec eux le chef de saint Matthieu, et les curés eurent ordre d'aller recevoir processionnellement cette relique et de favoriser la quête des religieux (2).

(1) y. le testament de Marguerite, dans Calmet, Hist., 1. 111, preov., col. ddxxiij.

(2) V. idem, Notice, t. Il, col. 325.

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