‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 6 sur 23 · RENÉ · texte numérisé non relu

RENÉ

C'est avec le règne de René II que commeDce rhistoire moderne de la Lorraine; c'est aussi à partir de ce temps qw notre pays et les souverains auxquels il eut le bonheur d^obâr obtinrent la part d'influence et de renommée à laquelle fli pouvaient justement prétendre. Confondu, pour ainai dire, avec les nombreuses principautés dont la réunion consUtanl l'Europe féodale, le duché de Lorraine n'avait encore reneoBtré que bien rarement l'occasion d'attirer les regards du nuMid^ lorsque les événements qui s'accomplirent de 1473 à f 477 produisirent une sensation générale. On se demanda alors quelle était la petite nation qui, par sa fermeté et son Goonge, avait su résister aux efforts du colosse dont Fempereur el

Louis XI loi-mèrae saivaient avec inquiétude tous les mouvements. A partir de celte époque, le nom de la Lorraine fut aussi connu en Europe que celui des plus grandes monarchies, et Fopinion plaça à un -des premiers rangs le prince généreux et brave qui gouvernar notre patrie, après Favoir sauvée.

René ne semblait pas appelé à porter immédiatement la 4»uronne ; d'après le droit public de la Lorraine, droit couenne d*une manière éclatante par les règnes d'Isabelle, de fiU et de son petit-fils, cette couronne appartenait à ^olande d'Anjou, fille de René I*' et d'Isabelle, et veuve de ^erri II comte de Vaudémont. La mort imprévue de Nicolas ma d'abord de l'hésitation. Les gentilshommes lorrains 'assemblèrent à Nancy, et plusieurs avis furent exposés et Quelques personnes, considérant combien les circonstances étaient critiques, et voyant que le sceptre allait éive r^sm aux mains d'une femme qui ne connaissait pas les afiiedv*^, conseillèrent de proposer au vieux René P' de reprendre 1^ litre de duc. D'autres personnes représentèrent que ce Y^K^iDce, infirme comme il l'était, n'avait plus l'activité néces- ^^îre pour se charger de l'administration de la Lorraine, surnom dans un moment où Ton redoutait des embarras et des ^^Qgèrs ; «Iles ajoutèrent qu'un homme dans la force de l'âge pouvait seul faire face aux diiScultés qui allaient naître, et que VoQ agirait sagement en choisissant pour ^duc le bâtard de Glabre, fils de René P' et de mademoiselle d'AIbertaz. On proDODça égajement le nom du margrave de Bade , qui avait épousé la seconde fille de Charles II. Mais beaucoup de gen- (iishommes , surpris de voir tant d'opinions difiérentes sur uoe question aussi facile à résoudre, s'écrièrent, au rapport de Fauteur de la Chronique, qui était contemporain et assistait peut-être à la séance : c II est de droict que les aisnés p ayent le hault toict. Madame Yolande , qui est l'aisnée fille 9 (de René et d'Isabelle), laquelle a ung beau filz, c'est celle-

» là qui est la vraye héritière ; il la fault mander elle et son » beau filz , lequel estoit cousin germain au duc Nicolas ; il » est beau prince, jeune de vingt -quatre ans > (1). Cette proposition, faite avec chaleur, et d*ailleurs conforme aux usa^ du pays , réunit les suffrages, c De ladicte Dame , ajoute le chroniqueur, tout le monde tout d'un accord y consentit» et la mandèrent quérir par Jean Wisse , Bailly d*Allemaigne, lequel fut ordonné pour aller à Joinvîlie où elle esloîu Ledict Bailly fut prest briefvement ; luy et ses gens montèrent à cheval, sont venus audict Joinville, cy ont la Dame et son beau filz trouvé ; humblement ledict Bailly les a sa* lues , disant : Ma très-honorée Dame , de par moy tout la Conseil de Lorraine à Vous> et à Monsieur vostre beau Gis, tous humblement se font recommander, en vous advenissant que vostre beau nepveu le duc Nicolas de ce monde est trespassé ; lesquels ont advisé que la Duchié vous appartient , à cause de feu vostre grand-père le duc Charles, que Dieu absolve! Pourtant, Madame, apprestez-voos, el vostre beau filz, venez en Lorraine droict à Nancy; de toul le Conseil et de toute la Seigneurie , el du commun aouy, vous serez reçue comme Dame et Princesse. > Quand la Dame ouyt les nouvelles, elle fut moult marrye de la mort de son nepveu ; toutesfois bien joyeuse Ail dm bien qui luy estoit advenu. Dict : Monsieur le Bailly, je vous remercie à. tous de Thonneur et profit qu*il me quierl, puisque Fadventure est advenue ; dedans l'emmy aoiut» je me prépareray avec mon filz ; en Lorraine droict à Biaaey m*en iray (2). » Le petit retard qu'elle mit à faire ce voyi^pe important faillit l'empêcher de tenir sa promesse. Le duc de Bourgogne avait appris, aussitôt et peut-être pluslèt que h

(1) C*est une erreur; le prince, né eu 1451, n'avait alon que vii^deux ans.

(2) V. la Chron., dans Cahnet, Ilist., t. III, preav., col. zltij.

comlesse de Vaudémont , le décès de Nicolas , et , prévoyant que la couronne y héritage dTolande , allait passer au jeune René, il résolut de s*emparerde la personne de ce prince, dans l'espérance qu'il deviendrait en même temps maître de la Lorraine quil contoitait. Tant que Nicolas avait vécu, Charles avait trouvé moyen de rattacher à sa fortune en lui laissant entrevoir, pour un avenir plus ou moins prochain, UD mariage avec rhéritiére des états de Flandre et de Bourgogne ; mais un pareil leurre ne pouvait être employé à l'égard de René, qui avait épousé, au mois de juin i471, Jeanne d'Harcourt comtesse de Tancar?ille (I).

Le duc ordonna à un capitaine allemand de se rendre à Joinville, sous prétexte de complimenter Yolande, mais en réalité pour enle?er le fils de cette princesse. Comme la Lorraine était en paix avec la Bourgogne, et que René n'avait aucAie défiance, le coup de main réussit ; toutefois, l'entreprise de Charles n'eut aucun résultat, car Louis XI, au premier bruit de l'attentat, fit arrêter un neveu de l'empereur Frédéric III qui se trouvait à Paris, et déclara qu'il le relâcherait seulement quand le prince lorrain aurait été remis en liberté. Une mesure aussi vigoureuse eut un plein succès ; le doc de Bourgogne, qui négociait avec l'empereur une affaire très^élicate et cherchait tous les moyens de lui être agréable, pensa qu'il ne pouvait rencontrer une meilleure occasion de TobUger; et René, que l'on avait conduit dans une forteresse bourguignonne, vit les portes de sa prison s'ouvrir devant lui et retourna librement à Joinville (2).

Cet événement, qui pouvait avoir des suites incalculables, fit comprendre à Yolande la nécessité de partir pour la Lorraine; devançant en conséquence l'époque qu'elle avait indi-

(1} V. le traité de mariage, ibid., col. ccxxxvij>ccxxxix. (2) V. La clironique scandaleuse , dans le Commynes de Lenglei du Freinoy, t. Il, p. 104.

q«ée aux envoyés de la Chevalerie, elle se mit eD route sur le champ et arriva le 3 août dans le voisinage de Nancy. Le lendemain, les chanoines de Saint-Georges, le clergé séculier, le clergé régulier^ la noblesse et le peuple allèrent au-devant d*Yo]andc et de son fils jusqu'à la croix Louvion, près de Ludres. Les gentilshommes dirent à la duchesse, selon la chronique de Lorraine , dont Fauteur était sans doute présent : Très-honorée Dame et nostre Duchesse, mille fois soyés la bien venue, et Monseigneur vostre filz aussy. Messieurs, (reprit Yolande,) je vous remercie du bien et de Thooneur que me voulés; vous sçavés que je suis vefve, je suis en h tutelle de mon beau filz ; je vous prie qu'il vous plaise de le recepvoir pour Prince. Toute la Seigneurie et bourgeoisie de la prière furent tous bien joyeux, disant ladicte Dame : Vous sçavés qu'une femme en tel gouvernement n'est pas si vertueuse comme ung seigneur qui a entendement. > René baisa alors les reliques que Ton portait processionneilement, et le cortège s'achemina vers la porte Sainl-Nicolas ; quand on fut sur le point de pénétrer dans la ville, le dae abandonna son cheval au chantre de la collégiale Saint-Cieorges et fut conduit dans cette église , où il jura, comme ses trois prédécesseurs immédiats, de conserver les droits et libertés de la noblesse, du clergé et du commun peuple, ainsi que les privilèges du chapitre, et aussitôt après cette cérémonie, Jean d'Haraucourt , prévôt de Saint-Georges , reprit de main et de bouche le temporel de son église. H y col à Nancy des fêtes qui durèrent quatre jours, et les nobles profitèrent du moment où ils se trouvaient réunis pour doaiier au nouveau duc une foule d'avertissements, que celai-d accueillit avec docilité. René, qui avait répondu aux eomptiments des bourgeois : c Ne vous soulcyés ; à l'ayde et plaisir » de Dieu, j'ay espérance de tellement gouverner qae de » tous me feray aimer > ; René, disons-nous, ne vooist pas être moins agréable aux gentilshommes et leur dit : c Povr

' vous ne feray choses que ne me doyez conseiller >.

Le 8 août^ le duc et sa mère partirent pour Vézelise, après avoir chargé plusieurs seigneurs d'administrer la Lorraine et de prendre les mesures que les circonstances sembleraient commander. René avait à peine quitté Nancy depuis quelques heunss , lorsque le bruit se répandit que les Messins, avec lesquels la paix n'était pas encore signée, avaient dressé une embuscade et venaient d'enlever le jeune prince. La cloche d'alarme se fit entendre ; les nobles et les bourgeois coururent aux armes et se précipitèrent hors de la ville; comme on n'avait aucun renseignement précis sur le lieu et les circonstances de l'enlèvement , les uns se dirigèrent vers Metz » tandis que les autres galopaient du côté de Vézelise ; mais on ne tarda pas à savoir que c'était une fausse alerte , et qu'elle avait été donnée par quelques gentilshommes qui, ayant eu beaucoup de part au gouvernement du temps de Nicolas, ayant soutenu, en toute occasion , les intérêts de la Bourgogne , et se voyant disgraciés et même surveillés depuis le commencement du nouveau règne, avaient fait naître ce tumulte pour pouvoir s'échapper avec plus de facilité. Ils se sauvèrent, en effet, sans être remarqués et se retirèrent, les uns en Provence , et les autres auprès du duc de Bourgogne qui les accueillit parfaitement (i).

Les dits que nous venons de rapporter prouvent, à notre avis, de la manière la plus formelle que les femmes poyvaient succéder au duché de Lorraine; mais s'il restait dans Tesprit du lecteur le doute le plus léger sur la réalité des droits d'Yolande , il suffirait, pour dissiper toute incertitude , de jeter les yetix sur l'acte que la princesse fit rédiger à Vézelise, le ii août, quelques jours par conséquent après soD entrée dans la ville de Nancy. < Saichent tous présens et » à venir, lit-on dans cet acte, que Très-haulte , Très-

(1) V. QuroD.'^ Lorr., ibid., col. xlviij et xlix.

puissante cl Trés-excellcate Princesse Madame Yohnde d'Anjou» aisnée fille du Roy de Hiérusalem, de Sicile, d'Aragon, etc., Duchesse de Lorraine, Comtesse de Vandémont, etc.. Pour le grant amour et singulière affecUon qu'elle a et porte à Très-excellent et Très-puissant Prince Monseigneur René de Lorraine, son aisné fils, et pour entretenir en paix et bonne union le.... Ducbié de Lorraine, et éviter les inconvéniens et dommaiges qui s'en pourroteol ensuivre, et pour aultres causes justes et râisonDableead ce esmouvans, ladicte Princesse, de sa propre science, bieo informée de son faict, avec bonne et meure délibération de conseil, et sur ce eue l'opinion d'aulcuns ses parens et vueillans, a voulu et consenly, veult et consent par présentes que mondict Seigneur, son aisné fils, soit prins et accepté oudia Ducbié pour Duc et Seigneur d'iceloy. Et a ladicle Dame à mondict Seigneur son fib cédé el transporté, et par la teneur des présentes cède et trampoite tout et tel droict que ladicte Dame y a et peut avoir» Béservé à elle que, sa vie durant tant seulement, elle demourera audict Ducbié entièrement Dame et maistresse souveraine des éfflolumens, prouficts, rentes et revenus d'iceloy Ducbié, des villes, chasteaux, places et forteresses d'iceloy» ensemble des despendances et appartenances d'ioeux. Et réservé aussy à ladicte Dame que si ledict Monseigneor son fils alloit de vie à trespas devant elle , sans laisser hoir masle et légitime de son corps, en iceluy cas ledict DocUit en béritalge, tiltre, propriété et prouficts, en tout el poor tout, demourera à ladicte Dame.... (i). > La démarcbe faite près d'Yolande et la renonciatioD de cette dernière ne doivent pas être regard/ées comme de

(1) V. la copie de celte pièce dans le cartulaire de LorraÎM, p, 3i8. Le P. Benoit Ta publiée en partie ; t. Origine éi la LoiT., p. i5l-iK3.

maîMB é9

pies arriAgeiiieiits de famille , toul-|h-feit étrangers ao droit paMic de notre paya , et la reconnalàsance des droits de la princesse Ait une noatelle application de la déctal^ation de 1425 (4). Il existait alors un prince qui aurait pu revendiquer la couronne avec toute justice , si le droit des femmes n*avait pas été aussi évident ; nous voulons parier de Hettri de Lorraine, évéque de Metz, oncle de René , fils d'Antoine comte de Vandémont, petit-neveu de Charles II, et arrière-petit^lib da due lean I**. On ne voit pas que Henri ait essayé de hire prévaloir le principe que son père avait tâché d*étabUr, et ee silence méritait d'être rappelé. Remarquons aussi que la veuve de Ferri conserva, sa vie durant, le titre de duchesse | dans un testassent daté du 32 juillet 4474, René I^ fit uiie (Hsposition importante en feveur de « Monseigneur René, à

> présent due de Lorraine , son nepveu (petit-fib) , fils de » Madame Yolande, Dmkeste de Lorraine^ sa fille > ; et par un autre article il légua < à sa trés-chiére et aimée fille Ma-

> dame Yolande, à prirent DueKetse de Lorraine, pour son

> droit d'institution, la somme de mille escus d'or, etc. » (2). Après avoir fait un court séjour dans la capitale du conité

de VandâDont, et avoir passé deux semaines à Joinville, le duc revint à Nancy et prit les rênes du gouvernement. Il avait seulement vingt-deux ans, comme nous l'avons dit pliis haut, mais il était doué de grandes qualités et il avait reçu une ëdacatiofi brillante. Son premier précepteur fut Didier de Bistroff, chanoine de Toul, archidiacre de la même église, et plus tard prévôt de la collégiale de Saint-Dié. Cet ecclésiasti-^ que était renommé pour sa piété et sa science ; il s'était notamment livré à l'étude des Saints-Pères, et comme la typographie venait seulement de naitre, et que les livres imprimés

(t) On petti encore rappeler qoe Louis XI obtint, en 1475, de la princesse Hargaerite, sœur dTolande, la cession de "tous ses droits sur les doèbée de Lomteet de Bar. Y. Vignier, ouv. cité, p. fS^.

(2) V. le testattàit, dans Calmet, ibid., col. dchxix et dclxxxiij.

était encore rares et cliers, il avait transcrit lui-même la plupart des ouvrages de saint Jérôme (1). Lorsque Fcrri II passa* en Italie pour aider son beau-frère Jean d'Anjou à faire la conquête du royaume de Naples, il emmena son fils avec loi et je laisisa dans la ville de Florence , où René fréquenta récole du grammairien Georges-Antoine Vespuce, et se lia d'une amitié assez étroite avec Améric Vespuce, neveu de ce professeur et qui devait, dans la suite, donner son nom aa nouveau continent (2). Soits la direction de ces habiles mallres» le jeune prince acquit des connaissances très-étendues ; naais Didier de Bislroiï jugea que là ne se lN)rnail pas la lâche qu'on lui avait confiée, et il réussit à inspirer à son élève one piété non moins éclairée que solide. Aussi, quand Fcrri de Vaudémont avait senti approcher le terme de sa vie, il n'avait pas craint de charger son fils de faire, à sa place, deux pèlerinages, dont l'absence et ensuite la maladie avalent retardé Taocomplissement. Pour exécuter les dernières voloDiés de son père, René avait visité le tombeau de saint (iérard dans la cathédrale de Toul, s'était rendu de Véielise i Notre-Dame de Sion, un pied chaussé et l'autre nu, el avait, selon les intentions de Ferri, offert à l'abbaye de Saint-Claode une statue en cire représentant le comte de Vaudémont el pesant deux cent- vingt livres (5).

Un des premiers soins du nouveau duc fut de continuer les négociations commencées avec les Messins sur la fin du règaflide Nicolas. Quoique ce dernier pressât les préparatifs de l'expédi» tion qu'il allait diriger contre eux, il avait, probablemeal pov

(1) Celte copie était conservée, avant la Révolatioo, dans la bibliollièqw (les capucins de Toul. V. Calmct, Bibl. lorr., col. 121.

(8) V. Cosmographis introdvcUo cum etc. Insaper quatlvor ftiâwlri Vespvtii navigationes; Saint-Dié, 1507, petit in i^, Veapoee rapptie, dans l'épitrc dédicatoire de ce dernier ouvrage, que ses ÙMéties aoiimiMt beaucoup le jeune René.

(5) V. le testament de. Ferri, dans Calroct, Uist., t. III, preuv.^ cal.

endormir lear vigilance, éoouté les propositions que Georges de Bade, évéque de Metz, avait faites dans le but d'amener un arrangement. Les agents de Nicolas, ayant appris sa mort avant que les Messins n'en fussent instruits, se hâtèrent de profiter de l'ignorance de ceux-ci et convinrent d'une trêve, qui fut convertie en traité définitif le 38 avril i474. Il e^ inutile d'en reproduire les articles; contentons-nous de dire que, les parties belligérantes n'ayant pas eu le temps de se faire lieaucoup de mal, on laissa les choses dans l'état ah elles se trouvaient, et qu'on relâcha réciproquement les prisonniers (I).

Vers le même temps, le duc fut obligé de résister à René d'Anjou , qui , cédant aux obsessions de mademoiselle d'Aïbertas , voulait légitimer son bâtard Jean de Calabre et venait de lui faire présent (i7 octobre 1473) du marquisat de Pont* à-lfoosson, lequel n'appartenait plus au Barrois depuis nombre d'années. Yolande , René et les Etats refusèrent unanimement d'accorder leur consentement à une donation qui avait pour résultat d'aliéner, peut-être pour toujours , une principauté assez importante, destinée à former l'apanage des princes héréditaires, et servant de boulevard à Nancy et au duché de Lorraine du côté de Metz. L'empereur comprit la nécessité de ne pas se rendre au désir du roi de Sicile ; René II reçut rinvestiturc du marquisat, et le bâtard de Calabre, voyant qu'il ne lui restait aucun moyen d'obtenir ce qu'il ambitionnait , y renonça , non sans regret , et servit le duc de Lorraine avec beaucoup, de fidélité. Toutefois , ce fut seule* ment en 1485 qu'il se désista de ses prétentions sur le marquisat de Ponl-à-Mousson ; il protesta même, peu de jours après, contre cette renonciation, mais il la renouvela d'une manière authentique en i507 (â).

(1) V. le textedu traité, dans l'Hist. de MeU, t. VI, p. 167-170.

(2) V. €aliiiel,«iîd., t. il, col. 1008 et 1009.

Une chose bien plus grave, et qui préoccupait vivemenC- ^^ duc et son conseil , était la nécessité où la Lorraine élail (luite de choisir entre Talliance de la France et celle de* Bourgogne. Louis XI n*âvait pas perdu de temps pour pi venir son rival. Dés les premiers jours d*août, il chai Marrazin , son conseiller, et Jean de Paris , son chambeil^v de se rendre à Nancy pour négocier un traité , et René ses pouvoirs à Ghorles de Beauvau, diplomote estimé princes d* Anjou , et auquel il adjoignit, comme conseille* Achille bâtard de Beauvou et un liourgeois de Bar nom Nicolas Merlin. Les ambassadeurs français trouvèrent le cf < aussi bien disposé qu*ils le souhaitaient. Ne pouvant rester neutre dans lo lutte qui paraissait sur le point de eoin mencer entre Louis XI et son redoutable vassal , il avait solu de prendre parti pour la France. Il savait que Charte^ ambitionnait la possession de la Lorraine , qui lui était nécessaire pour mettre ses provinces en communication directe les unes avec les autres, et, de plus, René avait i cœur de venger Tinsulte que le duc de Bourgogne Ini avait faite on le retenant prisonnier pendant quelques jours. Les plénipotentiaires tombèrent facilement d*accord sur les conditions de Talliance projetée, et le traité fut signé è la In d*aoAt (1).

Charles-le-Téméraire était dans le duché de Luxcmbonrg, avec une armée nombreuse, et attendait Tempereur Frédéric fil, qui lui avait promis, mais en secret, d^ériger ses états en royaume, à condition que Maximilien, Bis de Frédéric, épouserait Marie de Bourgogne. Le duc, auquel les serments ne coûtaient rien , avait pris tous les engagements que désirait rem|)ereur, et celui-ci , n*ayant aucune défiance, se mit en route pour accomplir ce que Ton attendait de lai, et fit son entrée dans la ville de Metz le 18 septembre. Les

(I) Mémoiros tic ÏUr cités par Oicvricr, ibid., p. 158-160.

Hi^^que les préparatifs des Bour^iMgnoii^ e0rayai«# |in

ipiPil iMifoyé Warry oo Voiry RcMmli ¥iobçl ei lUh

^Ckwmay pour supplier la duc d'avoir la pnème bioAr

llpl^pia sou père envers leur cité , el pour lui oflrir muI

ipr4!9ieeUeDt vio. Charles accueilUt fort bien liw d^

ol^lMia d^ dissiper leurs craintes. René, pln^ inquiet

• Jiessins, fit entendre quelques plaintes au sotifA du

iHamrni des troupes qui occupaient le Luxembourg

^ijultaient des hostilités sur la frontière de LorcaiAi»,

1 iTobtiot qu'une réponse évasiva et des assurances dV

|4vis XI jugea même le péril si pressant qu'il ordonna

e de Craon de s'avancert avec cinq cents lances , jus-

; KiMles de la Champagne et d*observer lea monvepeMs

Wguignons (i). Charles n'attendit pas lougtemps peur A

nr ses desseins ; pendant le séjovr qne l'empeieur fil à

M y vit arriver le chancelier de BMirgogne et Tévéqne

chl demandant que leur maître fût admis à entrer dans

I, avec autant de mondç qu'il le jugerait à propos* Le

ilâit trop grossier pour que les bourgeois s'y laissassent

!e; ib répondirent qu'ils recevraient Charles avec le

l'end empressement, et que, pour différentes raisons,

le ne pourrait pas dépasser cinq cents personnes. On

ne qu'il témoigna beaucoup de mauvaise humeui* en re-

.eette excuse, et qu'il proféra même des menaces (2).

rie III quitta Metz le 38 septembre et gagna la ville de

t, où devait avoir lieu le couronnement de Charles-le-

we. Les deux princes furent d'abord en très*bonne

lence ; mais le duc de Bourgogne eut l'imprudence de

fer un faste qui indisposa Tempereur. Louis XI et Jean

le, archevêque de Trêves, représentèrent à Frédéric que

^ Les chron. de Metz, p. 395 et 396; Chron. scandaleuse, ibid.,

; Chevrier, ibid., p. 162 et 163.

\ Les cfaroQ. de Metz , p. 398 et 399.

Charles , une fois deveoa roi, oe tiendrait aucune de ses promesses , ne marierait pas sa fille au prince Maximilien , et ne Bianquerait pas de susciter mille embarras à Pempire ei de se mettre sur les rangs pour obtenir la couronne impériale. Ces raisons firent une grande impression sur Tesprit de Frédéric, qui sortit furtivement de Trêves et se retira dans la ville de Cologne. Charles, furieux de ce contre-temps, résolu! de donner suite immédiatement à ses vues sur la Lorraine ei fil prévenir René qu'il allait la traverser pour conduire à Dijon le corps de son père Philippe , qui était resté en dépôt à Brvges depuis plusieurs années. Le 26 novembre, il arriva à Thionville , où il admit en sa présence les ambassadeurs de quelques souverains; il y resta jusqu'au 11 décembre, pril alors le chemin de la Lorraine et ne fit aucune tentative pmir entrer à Metz, dont les habitants se tenaient sur leurs gardes. Malgré leur antipathie pour les Lorrains, ils ne voolureal s'associer d'aucune manière aux projets de Charles, car ib craignaient de le voir s'emparer de leur ville ou ne leur laisser qu'une ombre de liberté, quand il serait parvena à écraser leurs voisins. Il faut ajouter que Louis XI pensionnait les messins les plus considérables et exerçait, par là, nne wfluence presque souveraine sur les délibérations de la cité. Michel de Goumay, qui était maltre-échevin en 1475, vait du roi une pension de douxe cents livres , somme forte pour cette époque , et les recommandations pressanlea de Louis pour que la somme fût exactement payée, les teraêt qu'il employait pour caractériser les services que Michel de Goumay lui avait rendus, prouvent combien ce patricien avait usé de son crédit pour faire transformer en décisions les crêtes suggestions du monarque français (i).

(1) Voici ce que Loub XI écrivait, le 23 mai \4S\, à François de général des finances en Languedoc :

M .... Mcssirc Michel de Gournaiz, de la ville do Meta, tU iey v< n ven» rooy pour me vcoir (au Plessis du Parc-lei-Tours). Il t

Quoique le duc de Bourgogne prit certaines précautions pour dissimuier le but de son Toyage, ses intentions n'étaient un mystère pour personne ; il désirait juger par lui-même de rétat de la Lorraine , a^oir des conférences avec René, pénétrer lesTues de celui-ci et l'engager, de gré ou de force , è rompre son alliance avec la France pour en contracter une a?ec la Bourgogne ; en un mot, ce voyage devait être une recimnaissance du duché que Charles se proposait de conquérir. Dès le â9 septembre, il avait conclu avec l'évèque de Metz un irailé par lequel le duc garantissait à Georges de Bade la reslitatîon de la ville de Sarrebourg. Le prélat devait obtenir, è ses frais, une commission impériale adressée au duc et è un ou deux antres joges, qui citeraient René et les bourgeois de Sarrebourg à comparaître pour rendre compte de la conduite qa*ib avaient tenue ; il était stipulé que si René et les Sarreboiirgeois refusaient d^ester en justice, ou même si Charles ne trouvait pas à propos de continuer la. procédure, il remettrait par ia force la commune rebelle en la puissance de Tévèque, qui promettait de kii engager < la moitié de la ville^ renies 9 et revenus » ; ladite moitié rachetable par le versement d'une somme de cinq mille francs , i monnoye courant en > Boargoigne » (i). Aveuglé par le ressentiment , du reste asses légitime, qu'il éprouvait contre la Lorraine, Georges de Bade avait donné, le même jour, son consentement à un autre

n d'avoir pen&ion de XII. C. livres ouUre Seine. Il a esld mis en v(K>trc n charge ceste année, qui est Irop loing, et pour ce que c*cst ung homme ft qui m'a servy et peut beaucoup servir en ce païs-là, je l'ai asseuré qu'il r sera aussi bien paie qu'il estoit ou mieulx.... Mais qu'il n'y ait point de Vf faalte , car j'aymcroye mieulx avoir perdu dix fois autant, que luy avoir n ùâ\y : et serois plus contant qu'il en demourast en arrière beaucoup Yi d'atiUres que luy. n Cette lettre a été publiée dans le Bulletin des comités historiques (Histoire, sciences, lettres), n'' de sept, cl oct. 1851^ p. 242.

(1) V. le texte du traité, dans Calmet, ibid., t. III, prcuv., col. dclxxiv el dcixxv.

traité, aux termes duquel les troupes bourgoignouees pouvoient cheminer librement sur toutes les terres du temporel de Metz , et Charles recelait Tautorisation nécessaire pour racheter de René Nomeny, Saint-Avold, Hombourg^ Baocarti» Fribourg, Delme et Rambenrillers » domaines de l'église de Metz que les prédécesseurs de l'évéque avaient engagés dans des moments difficiles. Le duc de Bourgogne s'astreignait seulement à faire rendre à Cieorges la ville d'Epinal » éomi eeloi-ci jurait de partager aussitôt la propriété avec son noivel ami (i). Gomme on ne pouvait guère supposer que Re»é ae dessaisirait volontairement d'Epinal et de Sarreboorg» il n'était pas difficile de prévoir que les traités signés le 39 septembre allaient entraîner une déclaration de guerre ei uae longtie suite d'hostilités.

Ces conventions tarent» sans doute , tenues secrètes ; car le duc de Lorraine qu'elles menaçaient fit l'accueil le ploa empressé et le plus cordial. à Charles^'le-Téméraire» qui» ayant passé à l'abbaye de Sainte -Marie -au* Bois, à Ghanbley et an cbàteau de Pierrefort» traversa la Moselle près de Frouard et rencontra, un peu plus loin, René venant à an rencontre avec une partie de la noblesse lorraine. Après s'être salués et avoir pris des rafraîchissements, les deiu princes, qui semblaient en parfaite intelligence, se dirigéreal vers Nancy et y firent leur entrée dans la soirée du 15 dicembre. Le duc de Lorraine désirait que Charles logeât daw le palais ducal, mais ce prince n'y voulut jamais consentir al choisit pour demeure lliôtel de l'ex-receveur général Vaatrûi Malhoslc de Bayon (2). Il resta trois jours à Nancy ; le doc le

(1) V. Cdmet, ibid., t. Il, eol. 956 et 957.

(2) Vautrin Malhoste, qui avait été destitué et poonuivi pour lardns et fabificatioiift, obtint, au mois de mars tuivant, dei lettre» de mission et main-levée de ses biens mis sous séquestre. I! fut, sana deule, redevable de cette grâce à la |irotection du duc de Bourgogne. V. ~ très des Lettres Patentes pour les années 1i73 à U78.

fêla, FaccoBi|Migna perloel et veUla à ce que les seigaeuva flamandi al beorgoigaoïis ffmeoi somptueusement iraîtés. lie 1 9, René el son Mte aUèreol à Saint-Nicolas, puis à Luné* Yîile, où Ss ae quittèrent, et pendant que i*on menait au cbartraQi de Dijon les restes du diic Philippe, Charles partit pour rAbaee où rappelaient ses a&ires ( t ) .

Il avait profité des fréquentes entrevues qu'il venait d'avoir avee le dœ de Lorraine pour l'engager à renoncer à l'alliance de Loaia XI et à s'unir à la Bourgogne ; il lui représenta que le roî de Fhmce était on prince rusé, perfide, cherehaoi uniquement son avantage dans toutes les conventions qu'il signait, fttiaiit les plus bellea promesses aux princes assez sim* piea pour se confier à lui, mais ne tenant pas ses serments ou ne les tenant que dans les proportions du profit qu'il en pou*vail retirer; que son bot était de dépouiller, les uns après les aolffea, tous les souverains dont les états avoisinaient les siens et qui étaient trop flûbles pour lui résister ; que, grftce à ses maooravres souterraines, à ses trahisons et à la terreur qu'il iaapirait, il ne tarderait pas à devenir le maître d'une partie de l'Eorope ; que la Lorraine n'était pas en mesure de lutter avee succès eontre la France ; que le seul parti que René eût i prendre était de donner sa confiance et son amitié à un prince capable de le protéger, c'est-à-dire au duc de Bourgogne ; y'ils avaient tous deux les mêmes intérêts, et qu'ils devaient par conséquent combiner leurs efforts pour contrebalaneer la prépondérance de la France, et l'empêcher d'asseoir rédifiee de sa grandeur sur les ruines de tout ce qui l'entourait.

Ces raisons, qui auraient eu le plus grand poids si elles n'eussent pas été employées par un homme auquel on pouvait

(!) 11 se rendit ensuite en Bourgogne et an'iva dans la ville d'Âuxoime le 19 janyier 1474. V. Chron. de Lorr., dans Galmet, ibid., t. III, preuv., col. xlix et 1.

supposer les mêmes desseins et adresser les mêmes reproches, ces raisons, disons-nous, firent impression sur Tesprit de Reoé. Il répondit cependant aux ouvertures de Charles qu'il amt récemment conclu un traité d'alliance avec Louis XI, et que rompre ce traité sans des motifs valables serait s'exposer à des reproches graves et encourir une terrible responsabilité. Pendant ce temps, et probablement pour appuyer la diplomatie de leur souverain, les Bourguignons qui traversaîeni la Lorraine y vivaient comme en pays conquis, et l'on entendait retentir de tous côtés des plaintes contre leurs rapines' et leurs brigandages (1).

René éprouvait la plus grande répugnance à s'allier au d«e de Bourgogne ; il fit connaître à Louis XI la position critique dans laquelle notre patrie se trouvait placée , et sollicita des conseils et des secours ; mais le roi de France , qui poursoH vait l'exécution d'autres desseins et ne voulait pas en venir à une rupture ouverte avec Charles-ie-Téméraire , ne répondit pas au duc de Lorraine ou lui donna une réponse dont celaici n'eut pas lieu d'être satisfait. Abandonné de son allié pri»cipal , dont les forces pouvaient seules le mettre i mèoie de résister au danger, René consentit, bien malgré lui, i porter l'affaire devant son conseil. Les avis furent trés-opposés. Les conseillers originaires de la Lorraine allemande , et qui partageaient les antipathies de l'empire contre la Bourgogne, opinèrent pour le maintien de l'alliance française. Les antres avaient eu , pour la plupart , occasion de connaître Qmrlee, pendant le règne de Nicolas ; ils en avaient reçu des présents ou des promesses , et ils craignaient de voir Louis XI chercher les moyens de se venger de la malveillance qu'ils avaient toujours montrée pour lui. En conséquence, ils firent observer à René que ses prédécesseurs n'avaient pas eu a se louer de leurs rapports avec le roi de France ; que ce prince les avait

(1) V. Chcvrier, ibid., p. lG2-lGi.

trompés sans cesse ; que Nicolas, fatigué d*è(re le jouet de Louis, avait fini par s*allier à Cliarles et que , s'il eût vécu, il aurait prdbaUenieut obtenu la main de Marie de Boui^ogne ; que» d'ailleurs, on n'était pas libre de choisir, puisque les Bourguignons, qui occupaient la Lorraine, étaient en mesure de l'écraser a?ant qu'elle pût se mettre en défense ; ils ajoutèrent, pour calmer lés scrupules de leur souverain, que Louis XI, en lui refusant Taide et les secours qu'il était tenu de fourair, avait le premier déchiré le traité dont René voulait eneore observer les clauses (i).

Le doc se rendit enfin à tant de considérations diverses et sigtm une convention qui , sous le nom d'alliance , mettait la Lorraine à la merci du duc de Bourgogne. Cette convention, dont on n'a plus le texte et dont la date n'est pas connue (â), aaaorait nux Boui|;nignons un libre passage dans le duché, à condition de payer ce qu'ils prendraient ; Charles s'engageait à prot^er René contre tous ceux qui tenteraient de lui causer quelque dommage ; celui-ci s'interdisait, de son côté, de condore avec le roi de France aucun traité de nature à porter le moindre préjudice à Charles-le-Téméraire , et à regarder comme des amis ou des ennemis les amis et les ennemis de ce prince. Pour garantir l'exécution de ses obligations, le duc de Lorraine fut contraint de céder, en quelque manière, quatre villes furtes, dans lesquelles les troupes bourguignonnes qui passaient à travers notre pays pouvaient, au besoin, trouver un reftige. Il conservait le droit d'en nommer les gouverneurs, mais ceux-ci devaient être soldés par Charles et lui prêter serment de fidélité. Ces quatre villes étaient Prény^ Neuf-

(1) V. Hist. de la guerre de Lorraine el du siège de Nancy, par M Uuguenin jeune, p. 27 et 28.

(2) Le P. Benoit (Orig. de la mais, de Lorr., p. 455) assure que le Utiité fut conclu le 2 octobre 1474 ; mais on ne peut admettre celte date, et il est érident que la convention fut signée dans les premiers mois de Tannée.

château, Epioal et Daroey; Jean rbiograYe de Salm (i) fui nommé capitaine d*£pinal; André d*Haraucourl » aire de Brandebourg, commanda dans la ville de Darney ; le sire de Varambon à Neufchàteau (% et le bâtard de Calabre dans la forteresse de Prény (3).

René s'était flatté que son alliance avec le duc de Bourgogne assurerait la tranquillité de la Lorraine. Il n*en fnl rien. Les allées et venues continuelles des Bourguignons ne bissaient aucun repos aux gens des campagnes. Les soldats vivaient à discrétion, ne payaient rien et maltraitaient les paysans qui leur adressaient des réclamations. Sonvenlmème, les aventuriers, si nombreux dans les armées du XV* siècley no se contentaient pas de prendre ce qui leur était nécessaire, mais rançonnaient et dépouillaient leurs hôtes. Leur arrivée était regardée comme un fléau ; aussitèi que Ton avail signolé Yuppfficbe d'une de ces bandes, les villageois se réfugiaieni dans les églises, qui étaient en général à l'abri d'un eoop de main, et s'y défendaient avec plus ou moins de sueeès. QihumI les Bourguignons étaient en nombre, ilseofonçaienl lesdôlwes et enlevaient les objets précieux que l'on avait transportés le saint lieu. Le duc était assiégé, tous les jours, par les heureux qui venaient lui demander justice et le supplier de mettre un terme aux déprédations de ses alliés. Il adressa des plaintes irès-vives à Charles-le-Téméraire, et lui rappek qu'un des articles du traité obligeait ses gens à payer les vivres et les fournitures dont ils avaient besoin. Charles, désirait encore ménager René et ne voulait pas s'aliéner T prit des lorrains, feignit d'éprouver une grande indigealiea.

(t) Li princifMkuté de Salm avait été parta^, en 1431, entre les fib de Jean V : Jean VI, qui eonacrra le titre de comte et le Uraoflail è ta rite, et Simon, dont la fille unique épousa Jean eonte-tauvage (aâr) Rhin ou rhingrave, tige des rhingraves de Salm.

(t) Ce gentilhomme n'était pas lorrain.

(3) y. Calmet, ibid., t. Il, col. 1010.

H envoya des commissaires chargés de faire une enquête ei de constater les dommages commis, afln d'indemniser ceux qui en avaient souffert, et de châtier les soldats dont la conduite avait été repréhensible. L'enqiiète fut bientôt achevée ; les commissaires déclarèrent que les désordres n'avaient pas eu beaucoup de gravité et promirent le redressement des griefe les plus criants; mais l'on n'obtint que de belles paroles (1).

Ce désagrément ne fut pas le seul qu'eut René II. Louis XI avait connu, avec un dépit qu'il ne prit pas la peine de dissimuler, Falliance des ducs de Bourgogne et de Lorraine, et il avait résolu de se venger. Il ne tarda pas à découvrir un expédient qui satisfoisait à la fois sa rancune et son ambition. Le duché de Bar^ réuni en quelque sorte à celui de Lorraine en I43i, avait, comme nous l'avons dit, recouvré son indépendance en 1453, et René I*' en était toujours le souverain. Le roi de France, qui reprochait & celui-ci des liaisons avec le doc de Bourgogne, occupa l'Anjou et le Barrois. De cette manière, il fit sentir son mécontentement & René P', qu'il dépouilla d'une partie de ses états, et à René II, qui s'était flatté de voir son aïeul lui laisser le duché de Bar, héritage d*YoUmde. Louis XI , craignant d'exaspérer le duc de Lorraine et de le jeter tout-à-fait dans les bras de Charles, ne manifesta pas l'intention qu'il avait d'annexer le Barrois à la France, et, tout en envoyant une bonne garnison dans la ville de Bar, il annonça qu'il ne prenait une pareille mesure que pour mettre en sûreté les frontières de la Champagne (3). Ce qu'il y a de plus remarquable c'est qu'au moment oà Louis XI agissait de la sorte, Charles-le-Téméraire s'alliait à Edouard IV, et que le roi d'Angleterre, se comportant comme s'il avait déjà terminé la conquête de la France^ cédait à son

(1) V. La chron. de Lorr., dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. lij.

(2) V. Chevrier, ibid., p. 168.

confédéré le duché de Bar et les comtés de Champagne cl de Nevers.

Le traité par lequel René venait de se lier au dac de Bourgogne n*était pas destiné à une longue existence. On Tavait à peine signé, lorsque Sigismond archiduc d'Autriche, les cantons suisses, les évéques de Bàle et de Slrasboarg, el plusieurs villes d*Alsace, qui avaient formé une ligue pour se soutenir réciproquement contre les projets ambitieux de Charles, firent proposer au duc de Lorraine d'entrer dans la ligue et lui offrirent « de le servir, à grand nombre de gens > d*armes et d*artillerie >, dans le cas où les Bourguignons tenteraient d*envahir son duché (4). René accepta secrètement des propositions qui pouvaient lui fournir an moyen de se soustraire à Toppression qu*il endurait, et fut admis dans Talliance, le dimanche de Jubilate (i*' mai) 1474. Vers le même temps, Louis XI, désirant réparer l'échec subi par u politique, et connaissant l'éloignement de René pour le parti bourguignon, donna mission a Charles et Achille de Beanrao de faire entendre à ce prince que, malgré sa liaison rëcenle avec l'ennemi du roi, ce dernier n'était pas éloigné d*oablier le ressentiment que lui inspirait le traité de Nancy, el de gner une nouvelle convention dont le duc aurait lool d'être content. René témoigna d'abord quelque répugnaiiae i rompre avec le duc de Bourgogne ; il représenta aux n^ociateurs que Lonis était éloigné, peut-être peu disposé à conuM»cer sérieusement la guerre ; que les Bourguignons, ao contrairat tenaient quatre des meilleures places dn duché el pouvaient Fcivahir tout entier en peu de jours; que l'on ne savait paa généralement que Charles-le-Téméraire avait employé la violence el non la persnasion pour obtenir la signature du traité de Nanej» et qne Ton aeenserait probablement de perfidie» on an moini de légèreté, eelui qui dédiirerail ce traité sans motib plausibles.

* (I) ▼• TMnr des dnrlos, layatle 5WfiM, d« 1 et S.

Louis ne se laissa pas décourager par celle réponse et dépêcha deux nouveaux négociateurs, Jean de Paris et le capitaine de la Charité. Ils firent tant d'instances auprès de René, que ce prince, après avoir balancé pendant quelque temps entre son serment et le désir de rester le mattre chez lui, se décida enfin à promettre d'aider le roi contre le duc de Bourgogne ; Yolande , que l'on consultait sur toutes les affaires importantes, se lia par la même promesse, et leurs engagements /tirent consignés dans deux actes séparés que le duc fit parvenir à Louis XI. Charles et Achille deBeauvau^Thouvenin Brulart et Nicolas Merlin, qui étaient chargés de les déposer entre les roains du roi, avaient reçu, avant leur départ, les instructions et les pouvoirs nécessaires à la conclusion de l'alliance projetée. Dans ces instructions, après avoir recommandé aux négociateurs d'exposer que son plus grand désir, c après son • salut, estoit de servir le Roy , de luy complaire, et de de- » mourer son bon parent et humble serviteur » , le duc enjoignait d'insister sur les deux articles suivants , qui devaient être les bases de la convention, et dont nous jugeons à propos de reproduire le texte : 4^ « ... Plaise... au Roy de soutenir, garder, favoriser, secourir et deifendre le duc de Lorraine envers mon... Sieur de Boargongne, et aultres quelconques qui luy vouldroient faire guerre , nuisance ou dommaiges, etluy en passer et bailler ses Lettres-Patentes, selon la forme contenue et desclairée en la minutie que le Duc luy envoyé, afin que ledict Duc soit consolé, et que tousjours ait plus grand vouloir de le servir envers tous ; ce qu'il a

intention de faire T Et pour ce que de par le passé le

Duc a eo aulcunement de ses domestiques , conseillers nobles et auitres ses serviteurs et subjects, qui se sont meslez et entretenus de conduire et pourparler les intelligences et aultres traictiez et pactions que le Duc puet avoir faicl par force avec ledict Sieur de Bourgongne , et qui par •Taol ou service de feu.... le Duc Nicolas avoient conduict

> et sollicité aulcuiies matières avec ledict sieur de Boorgon- » gne, qui pourroient et ont peu cstre au desplaisir du Roy,

> dont il puet estrc mal content des dessusdicts et les a?oir

> en indignation ou malegraice , combien qu*îli le laisoMOl » comme les serviteurs et subjects obéissans à leur maistre ;

> supplie le Duc au Roy qu*il luy plaise oster de son couraife

> toute malveillance et indignation qu'il pourroit avoir eoBire

> les susdicts nobles fiedvez, serviteurs et anitres quelcoA- 9 ques, et dés à présent les prendre, avoir et tenir en aa

> bonne graice, et en faire déclaration par escript. »

René terminait les instructions i* en offrant de punir rigoureusement j c selon Texigence des cas > » ceui dt aea sujets qui causeraient au roi le moindre préjudice ; 9* en chargeant ses envoyés de faire connaître en détail i Louis XI les négociations entamées avec Tarchiduc Sigismond, lot Suisses et plusieurs villes impériales , et d'ajouter que le dac n'avait pas voulu entrer d'une manière définitive daot laar confédération, « jusqu'à ce qu'il eust, sur ce, le bon plaiair » et advis du Roy » (1).

Celui-ci désirait trop vivement détacher René do parti bourguignon pour se montrer offensé de la défiance qoe le dae exprimait, en exigeant que les engagements de Louis ftiairnl consignés dans des lettres-patentes. Il s'empressa de dépèeher k Nancy le sire de Craon et Thierry de Lénoncourt» bailli ^ Vitry, qui annoncèrent que le roi acceptait volontiers lea pfé* positions faites par les ambassadeurs de René. Le sira da Craon et Thierry de Lénoncourt cherchèrent, en mémo lempa» à disculper leur maître au sujet de l'occupalioa du Barraii et de l'Anjou ; à les entendre, le roi, ayant su que le dnc da Bourgogne avait arraché à René V* la promesse de lui tous ses états , n'avait pris possession de l'Anjoo el da rois que pour empêcher Charles- le-Téméraire de s*ea aai-

(1) V. le lextc de ces insU'uctiont, dans Ctlmet, ibid., eol. cdxx-esiia).

parer laÎHBièiiiey et pour les coBserfer à René , qui en dendifètre on joor le légitime propriétaire. Il est probable que oeliihci ne fui pas dupe de protestations aussi hypocrites ; mais les eboses étaient trop avancées pour qu'il ne témoignât pas une entière confiance. Les conditions du traité furent déiMttnes entre René et les plénipotentiaires français , et le duc ^Dsi que sa mère jurèrent de renoncer à tout rapport avec la Booi^ogne et de soutenir les intérêts de Louis XI. Immédiatement après, Charles de Reauvau, Gérard de Ligniville et le secrétaire Jean Lud partirent pour la ville de Giartres » où se troavait le roi. Le i5 août, ce prince leur remit des lettres dans lesquelles, après avoir rappelé les négociations antérieures et les diverses requêtes de René et de sa mère, il dédtrail recevoir ces derniers dans son alliance, et ne conserver raenn ressentiment) ni aucune mauvabe volonté envers tes lorrains qui avaient pris part à des entreprises contre son royaume ; il s'engageait aussi à défendre la Lorraine contre ses ennemis et à ne conclure, sans l'y faire comprendre, aucane paix, ni aucune trêve, soit avec le duc de Bourgogne,, soit avec ses alliés et adhérents (i).

t Dès que René se vit en possession de ces lettres , qu'il re- ^ fUdait comme indispensables pour le mettre à l'abri des \ perfidies de Louis XI , il ne ménagea plus rien. Il ne permit pas aui soldats bourguignons de traverser son pays , ni de séjoamer dans les places de Prény , Neufchâteau , Epinal et Damey, et il fit arrêter l'ancien receveur-général Vautrin Malhoste , .-que le sénéchal Gérard d'Haraucourt peignait comme un traître, qui profilait de sa position pour s'instruire des secrets de l'état et les révéler ensuite au duc de Bourgogne. Malgré l'activité que déployèrent les juges chargés d'in-

(1) V. ibid., col. dclxxv et dclxxvj. Il y eut d'autres lettres que celles aoiquelles nous renvoyons ; Dom Calmet, qui les a vues, en donne l'a-

T. ni. ^, ., 1G

stroire le procès du receveur, on ne découvrit aucun foil qvi pût motiver une condamnation ; c ne fut ledict Halhosle > trouvé coupable , rapporte Thierriat, et Testoit bien celny » qu*avoit conseillé ledict arrest ; ce que vit-on bien par h » suite > (i).

Ce ne fut pas sans étonnement que les villes épiscopalet apprirent que le duc de Lorraine avait changé si brusquemoit de parti. Les Verdunois étaient trop éloignés du théâtre probable de la guerre pour ce que Ton recherchât leur alliance ; les Messins , partagés entre le désir de se venger de tous let griefs qu'ils avaient ou croyaient avoir contre les LorraÎDs, el la crainte de se donner un maître en devenant les auxiliaires de Charles , les Messins, disons-nous, cédèrent aux cooseUs des pensionnaires de Louis XI et décidèrent qu'ils observeraient la neutralité. Il n'en fut pas de même des Toulois ; malgré la réconciliation des chanoines et de l'évéque Anioise de Neufchâtel, le chapitre et la bourgeoisie se déclarèreBl pour le duc de Lorraine, et nous verrons plus loin qa'Us se se bornèrent pas à des vœux stériles.

Pendant que ces événements s'accomplissaient, Charles-4^ Téméraire s'engageait dans une lutte qui devait lui faire perdre un temps précieux , diminuer ses forces et préparerik J ruine. Robert de Bavière , archevêque-électeur de CologM* ] avait entrepris de réunir au domaine archiépiscopal les bUfti que ses prédécesseurs avaient aliénés. Cette mesura sonltfft contre lui les nobles de l'électorat , qui avaient plus ou pro6té de ces aliénations ; et les bourgeois des villes , jours disposés à méconnaître l'autorité des archevêques, fireM cause commune avec les gentilshommes. L'électeur fort es* barrasse s'adressa au duc de Bourgogne, lui offrant le titre et les fonctions de voué s'il l'aidait à faire rentrer ses sojeli dans le devoir. Charles accepta la proposition avec empresse-

(1) V. Mémoires , règne de René II , dans le recueil dté.

ment ; il avait continaelleroeDt l'envie de se mêler des affaires de Templre et de lui enlever quelques lambeaux de son territoire pour agrandir ses propres états ; il crut ne pouvoir rencontrer une meilleure occasion, réunit une armée cooëidérable et vint mettre le siège devant la ville de Neuss, qui faisait partie de Télectorat et qui est située prés du Rhin, au- .dessous de Cologne. Les chanoines avaient déposé Robert et vaîent élo^ à sa place, un des leurs, Hermann frère du iandrave de Hesse. Hermann s'était jeté dans la ville avec des roopes sûres et opposa la plus vigoureuse résistance. Le ége trafna en longueur, et les membres de l'empire eurent ie temps de se concerter sur le parti qu'il fallait prendre. Pendant que Ton déclarait la guerre à Charles, et qu'on traitait avec Louis XI dans les diètes de Francfort , de Mayence ei d'Àndernach , une armée, commandée par Albert électeur de Brandebourg , s'approchait de Neuss , et Frédéric III envoyait un ambassadeur à René pour négocier avec ce prince Qoe alliance défensive et offensive. Le duc de Lorraine était tout disposé à conclure une pareille alliance , mais on ne mit la dernière main au traité que le i7 mai 1475. René promettait d'interdire aux Bourguignons le passage à travers ses tels et d'assister les confédérés dans toutes les circonstances. L'empereur s'engageait, de son côté, à secourir le duc, si les fioorguignons l'attaquaient ; à faire des diversions en pénétraot sur les domaines de Charles ; à ne signer aucune paix , ni aucune trêve avec celui-ci sans y comprendre la Lorraine, et à contraindre, si faire se pouvait, les villes impériales de Meus, Toul et Verdun à rompre avec l'ennemi commun et à foomir de l'argent, des soldats et des munitions (i).

Huit jours auparavant (9 mai) ,Jteiié rayant pris une de)*oiére fois l'avis de son conseil, avait rédigé une lettre dans laquelle, après avoir exposé ses griefs au duc de Bourgogne ,

(1) V. Calmct, ibid., t. Il, col. 1015 cl 10U.

il loi déclarait la guerre et le défiait au combat. CraignaBl que Charles ne maltraitât le héraut d'armes lorraio qui senil chargé de cette missife, il la confia au more du sire de Craon. La wwre se rendit au camp de Cbarles-le-Téméraire défait Nenss, lui donna la lettre, jeta sur le sol un gantelet ensanglanté et s'enfuit au galop ; mais le prince n'eut pas plustâft parcouru l'épttre qu'il fit rappeler le héraut et lui dit : « Qui a ton maistre ce conseillé , moult mal il a esté , je promets à sainct Georges ; de ceste guerre où je suis, bien bref m'ascheveray » ; il fit remettre au more une robe de prix et douze florins, en ajoutant : « Cest pour l'amour des boMMS nouvelles que tu m'as apportéez ; va et dis à ton maistre que bien bref en Lorraine seray » (1).

Le 3 juillet suivant, le duc de Bourgogne publia un BMaifesie en réponse à celui qu'il venait de recevoir, c Nom avons veu, écrivait-il en s'adressent à René, certaiiea im

Lettres, par lesquelles vous faictes narration de plu»

sieurs choses controuvéez et exquises, pour parvenir à Nous desclairer vouloir faire service, à rencontre de Nota et des nostres, à Trés-Haults et Très-Excellens Prineaa l'Empereur des Romains et le Roy de France, conaM féodal de chascun d'eulx, et desquels vous dictes aili#^^ excité à la guerre à rencontre de Nous, nonobslaol laral» |M liances passéez entre Nous et vous ; lesquelles, comaaa vail ^ dictes, ne vous peuvent empescher, car vous les enlcaiai estre nulles et y avez renoncé et renoncez par vos dieM Lettres, voulant estre acquitté suffisamment, et saaf voam honneur. » Il rappelait ensuite à René les clauses du tnM de Nancy , lui repréatatant que ce traité, loin d'être nnisMi à la Lorraine, loi avili ^procuré de grands avantages ; qnH n'avait cependant jafluis été observé par les Lorrains ; qw la guerre dont la partie occidentale de FAIIemagne était nagtire

(1) V. la chron. de Loir., ibid., t. III, preuY., coi. liij.

le (hééire ne defail pas élre considérée comme uae lutte «Cre h Bourgogne et Fempire; que par conséquent rien B*sblîgeait René à prendre les armes pour secourir l'empeitiTy qui n*écalt pas attaqué; que René ne tenant^ soit eoflole doc de Lorraine^ soit en qualité de comte de Vaudémoat, nom fief dépendant de la France, Louis XI n*a?ait pu lui ordonner» comme à son vassal, d'épouser sa querelle et de détenir son auxiliaire ; que le duc de Lorraine possédait, au contraire» plusieurs villes et places, châteaux et seigneuries relevant de la Bourgogne, ce qui rendait son agression plus eoipable encore ; et il disait en terminant : « Si vous requérons et sommons par ces Présentes, et ceste fois pour toutes^ que, en gardant et observant vos foy, serment et promesse, vous vous desportiez entièrement de faire et

ftire foire par aulcuns de vos vassaux et subjects guerre, grief, mort ou dommaige à rencontre de Nous et de nos pays et subjects, pour les services desdicts Empereur et Roy de France, ny d'aultres quelconques ; et si vous aviez avec eoix, ou Tun d*eulx, faict traicté, promesse ou ap-

poinctement à rencontre de Nous, vous le révocquiez et rappeliez comme nul et faict en contrevenant à ladicte in* IcIKgeBce (au traité de Nancy) ; et aussi souffriez et permetliiB nos gens, serviteurs et subjects avoir et continuer leur

paanige par vostre pays seurement et sauvement ; en

vous advertissant qu'en faisant le contraire et mettant à ^eet le contenu de vos dictes Lettres, nous ferons procéder éontre vous, comme il appartient', comme transgresseur et violateur de ses foy, serment et parole; et avec ce ne mettons peine, moyennant Tayde de Dieu nostre Créateur, de vous donner à congnoistre les dlféreoees d'entre nostre amhiéetbieuveuillancc, et nostre inimitié et hostilité.. ..(i)»

[l)Ce omaifeslc est impriiué un oiilicr dans Caliiiet, ibiil., col. cxivj-

au.

Le duc de Lorraine n'avait pas attendu la publicalion de ce manifeste pour commencer la guerre ; Toccasion était des plus favorables, et René comprenait qu'il ne fallait pas donner k Charles le temps de se reconnaître et de traiter avec ooe partie des ennemis qui l'attaquaient de toutes parts. Peiidaoi que ce dernier s'obstinait à continuer le siège de Neuss, où il voyait son armée décimée, chaque jour, par les combats el les maladies, les Suisses avaient envahi les cantons de la Franche-Comté les plus rapprochés de leur pays et fait subir un grave échec à un corps de Bourguignons; le duc de Boirbon, à la tète d'une armée française, avait pénétré dans le duché de Bourgogne et pris plusieurs places; une seconde armée française avait porté la guerre dans l'Artois et dans la Picardie ; enfin, Jean de Bade, archevêque de Trêves, el divers seigneurs allemands s'étaient jetés sur le Luxembourg el y avaient fait des progrès. Ce fut aussi vers ce pays que René résolut de diriger ses efforts; il réunit aussitôt ses troupes* el le sire de Craon lui amena les quatre cents lances avec lesquelles il occupait, depuis quelque temps, le duché de Bar el la frontière de Champagne (1). Le duc quitta Nancy , à la fin de mai, et investit le château de Pierrefort dont nous avoM déjà parlé, et gui avait reçu une garnison bourguignonM. Bien que la place fût regardée comme presque impreoiUe, Jean de Fléry qui en était gouverneur capitula le 4 jui'o* Les Lorrains rasèrent immédiatement cette forteresse, qui Ica avait souvent beaucoup incommodés, traversèrent ensuite h Moselle, s'avancèrent jusqu'à la Nied allemande et s'emparèrent de Faulquemont, le 7 juin. Comme on était entré en campagne sans avoir eu le temps de faire les approvîsionBe<ments nécessaires, les vivres ne tardèrent pas à manquer. Le sire de Craon se rendit, avec les Français, à la Croiz-Mr- Meuse, près de SaintMihtcl, et invita les Vcrdunois à lui faire

(1) V. la chron. de Lorr., ibid., col. liij ci liv.

remettre une somme d'argent pour leur eoHtribution dans une guerre qui » disait-il, leur était coinmune. lis refusèrent d*abord, mais ayant appris que le sire de Craon menaçait de dévaster leur territoire, ils envoyèrent une députation de bourgeois, qui^ s'étant présentés en chemise, tète et pieds nus, prièrent le général français d'accepter quinze mille écos dont il voulut bien se contenter (1).

Il rejoignit bientôt le duc, qui était logé dans le village d*Ars-sur-Hoselle. Les Français s'établirent dans celui de Vaux» et les Messins, craignant de voir les bandes qui formaient les deux armées dévaster la riche campagne de Metz, se hâtèrent do leur fournir des vivres et des provisions de toute sorte. Le séjour des Lorrains et des Français se prolongea» et quantité de désordres furent commis par eux ; les Tiilageois maltraités et dépouillés , les bourgeois eux-mêmes, irrités de l'insolence de la soldatesque, furent plus d'une fois sur le point d'en venir aux voies de fait; mais les magistrats de Metz, surtout ceux qui recevaient des pensions de Louis XI, parvinrent à calmer la colère de leurs concitoyens ; on ordonna seulement, le 19 juin, que les habitants des campagnes se réfugieraient dans la ville avec leur bétail et leurs provisions , afin d'empêcher les Lorrains et les Français de s'en emparer. On prit aussi quelques mesures pour la sûreté de la cité elle-même ; on augmenta la garde des portes ; on plaça, toutes les nuits, des sentinelles dans les carrefours ; on défendit les assemblées ; on arma la bourgeoisie ; enfin, les Sept de la guerre prescrivirent aux soldats qui étaient aux gages de la ville de ne pas quitter leurs armes, aux femmes et aux enfants de se tenir dans leurs maisons, « si butin » ou noise survenoit > , et à qui que ce fût de répandre des nouvelles alarmantes. Le lendemain , les Français se mirent en devoir de vider les caves de Moulins et d'autres

(1) V. ibid.jcol. Uv.

irillages ; les sÉgisIratt de Metz y ayant eiiToyé den eenti soldats qaî démontèrèot le pont de Moulins, les Français Menacèrent aussitôt d'attaquer le château de ce lieu , oè ks paysans avaient cherché un asile, et l'on eut bien do mal d'empêcher les deux partis de se livrer un sanglant comiiot. Le 21 juin, disent les chroniques messines , « le doc all|i eo 9 pélerinaige à Saincte-Barbe et passèrent bien cinq cens » avec luy ; et passent parmey les Meids en allant et en re- » tournant^ et prindrent plus de cinq cents bestes à cornes

> Quel pélerinaige ! » Enfin, le 24 juin , René ei le sire de Craon décampèrent, après avoir c faiet moult de mal es vil* » laiges et aux bonnes gens de la terre de Met3, où ils fitreal

> plus de quinze jours ». Les magistrats messins eureal la simplicité d'écrire à Louis XI pour se plaindre de la coodoîla de ses troupes , et probablement poor réclamer une ind^ nité ; il est, sans doute, inutile d'ajouter qu'ils ne purent obtenir (i).

Les Lorrains et leurs auxiliaires allèrent mettre le siège devant la petite forteresse de Damvillers, située daos le Luxembourg, entre Verdun et Hontmédy. Ils plaeèreol es batterie plusieurs pièces de canon , entr'autres deux bomber* des que le duc avait récemment fait fondre à Nancy. Ettei battirent les murs avec tant de succès qu'au bout de huit joan le sire de Mont-Quentin , qui commandait dans la ville , de* manda à capituler. Les habitants n*en furent pas moins treilds avec rigueur ; beauOaup virent piller leurs maisons , et d'a»p très furent obligés de racheter leur liberté (2). La prise de Damvillers fut le tenoe des succès de René, et celui-ci apprit bientôt que le duc de Bourgogne se disposait à marier omi> tre lui. En effet, Charles avait réussi , grâce aux i>on8 offiees du légat du pape , à conclure un traité avec l'emperewr. Il

(1) V. Les chron. de MeU, p. i17-il9.

(2) V. Chron. de liOrr., dans (^almet, ibid.

rrail juré à Frédërie IH dt loi payer ne fomme de deux cent miHe écos et de marier sa fille, liftrie de Boargogne, i Farchidoc Maxîmilien ; Taibire de Cologne avait été remise à Farbitrege du pape Sixte IV , et dès le mois de juin les Boorpignons avaient levé le siège de Neuss.

Les AllettMiDds, qui s*étaient flattés d*écrpser fermée de Charles , accueillirent avec de violents murmures la nouvelle de cette convention ; mais elle était signée^ et Frédéric, content d'avoir arraché ce qu'il désirait , se retira en Autriche et Be fit aucune attention au mécontentement des électeurs et des princes de l'empire. René n'avait attaché, dans les premiers moments, que peu d'importance à un événement qui pouvait entraîner sa rainer il s'imaginait que Louis XI, fidèfe à ses promesses , lui fournirait les seeours nécessaires pour résister m duc de Bourgogne, et ii espérait que Charles, assez occape de sa guerre contre la France et contre les Suisses, ne loemerait pas sur-le-champ ses armes contre la Lorraine. Il De tarda pas à sentir combien ses prévisions étaient en défaut. Charles- le-Téméraire n'eut pas plustôt quitté les environs de Neoss, qu'il ordonna au maréchal de Luxembourg de prendre l'offensive, et comme ce dernier n'avait pas assez de forces poar obtenir de grands avantages , il lui envoya des bandes italiennes conduites par le comte de Campo-Basso. Cet émigré napolitain avait servi fidèlement les princes de la maison d'Anjou, mais, fort « pauvre de meubles et d'hérkaiges », il avait jugé à propos, après la mort du duc Nicolas, d'entrer au service de la Bourgogde , quoique René V\ pour récompenser ses services et son dévouement, l'eût nommé conseiller, chambellan, et lui eût donné, avec faculté de le transmettre à ses enfants mâles, le château-bas de Commercy (1). Campohsso et le maréchal du duché de Luxembourg ne rencon-

(1) V. une pièce relative à cette donation dans l'IIist. de Commercy pir M. Diimont, t, 1, p. 312^5(4.

trérent plus d'ennemis dans cette province. L'archeièqve de Trêves et les seigneurs allemands qui raccompagnaient s*étaient retirés, dès qu'ils avaient eu connaissance du tnilé conclu entre Charles et Frédéric III. D'un autre côté, René II n'avait pas jugé à propos de pousser plus loin dans le Luxen-. bourg» après la prise de DamvillerSy et s'était replié sur le Barrois. Les Bourguignons le suivirent, enlevèrent les châteaux de Landres et de Gondrecourt-en-Voivre, et investirent le bourg de Conflans-en-Jarnisy , qui s'élève au confluent de TOme et del'Iron. Un capitaine gascon appelé Gratien d'Aguerre, i qui le duc avait confié la défense de cette place, soutint vigoi* reusement les attaques des généraux bourguignons , quoiqne ceux-ci eussent six mille hommes et de rartillcrie. Jean Vil comte de Salm et maréchal de Lorraine , posté à Briey avec un corps de troupes assez peu nombreux, faisait tous ka jours des courses jusque dans les environs de Conflans, lurcelait l'ennemi, lui coupait les vivres et emmenait prisomiien les soldats qui s'écartaient pour marauder. René, se disposant à secourir les assiégés, vint trouver le sire de Craon, qui occupait le bourg d'Hattonchâtel avec ses quatre cents kocea , et le pria de le rejoindre pour marcher ensemble contre les Bourguignons. Mais la politique de Louis XI venait de dianger. Craignant d'avoir à lutter a la fois contre TAngleterre et la Bourgogne, il avait résolu de ne pas continuer la guerrCy et pendant qu'il signait des lettres accordant au duc de Lorraine le titre de lieutenant-général en Champagne et pays voisins (Bric, Sens et Langres) , « avec pouvoir d*y faire or- > donnances, mandemens et assemblées de gens de guerre» 9 d'assiéger toutes places rebelles et de donner grâces » (I), il avait secrètement envoyé au sire de Craon des instructÛMS qui lui recommandaient d'éviter un engagement avec les tnMipes de Charles. Aux instances que fit René pour le décider à

(1) V. Trésor des chartes, layctlc iiar tnouvatU, ii" 42.

accomiMigBer les Lorrains , le général français répondil qa*il n'avait pas d*ordre du roi qui lui prescrivit d'en venir aux mains avec Campo-fiasso, et bientôt on le vit se diriger du côté de la Champagne^ Avant de partir, il fit savoir aux Bourguignons que le duc s'approcbak avec des forces supérieures, et ceux-d, chargeant à la hàt^lewr artillerie et leurs bagage^ reprirent le chemin de Luxembourg. L*armée lorraine, ne put les atteindre, mais quelques gentilshommes qui conrafenl la campagne, du côté de Sivry, arrêtèrent et dépouillèrenl WÊè troupe de marchands luxembourgeois, conduisant plusienra voitures chargées d'étoffes de soie et d'autres objets prédeox (i).

La partie septentrionale du Barrois était à peine évacuée

par les Bourguignons, quand le duc de Lorraine apprit que

Louis XI et le roi d'Angleterre venaient de conclure, à la fin

<f août, une trêve de neuf ans, qui rendit la liberté à la mal-

beoreuse Marguerite d'Anjou, fille de René 1°' et veuve de

Henri VL Aussitôt après, le duc de Bourgogne, délaissé par

son allié le plus puissant, exprima également le désir de

traiter. Ses plénipotentiaires et ceux de Louis, s'étant réunis

dans le château de Soleuvre ou Soleure, prés de Luxembourg,

convinrent, le 15 septembre, d'une trêve qui devait durer

neuf ans, et Louis en signa les articles à Vervins. Il s'était

engagé à ne pas faire la paix sans y comprendre le duc de

Lorraine; néanmoins, les historiens sont partagés sur la

question de savoir si la convention de Vervins renfermait une

clause relative à cette promesse. Les écrivains bourguignons

ont prétendu que Louis XI avait tenté de faire des réserves eu

foveur de René, et que Charles avait exigé que le monarque

abandonnât ce prince à son malheureux sort. Nos historiens

et divers auteurs français ont écrit que Louis n'avait rien

voulu stipuler au sujet de la Lorraine, et avait laissé le pou-

(1) V. ChroD. de Lorr., ibid., col. liv et Iv.

foir aa duc de Bourgogne de traiter ce pays comme il Featendrait. Quoiqu'il en aoit, lé duc agit comme 8*il D^aYtît absolument aucune crainte du côté de la France, et pressa les préparatiA de Texpédition qu'il méditait.

Pendant toutes ces négoeiations, René, qui ne pouvait croire à la perfidie de son allié» se disposait à résister aui efforts de Charles-le*Témérairc. Pour se procurer les moyens de soutenir la lutte avec avantage, il aurait dû convoquer les Etats-Généraux et leur demander quelques subsides; il avait déjà réuni les Etats avant de commencer la guerre, el ils avaient approuvé sa conduite (i); mais il craignit peul-élre de ne pas obtenir le même appui dans une seconde session, car Charles n*avait rien négligé pour intimider les gentilshommes, dont rinfluence était prépondérante. Il ne s*étail pas borné à répondre au défi de René ; il avait feit rédige el publier en même temps un second manifeste, une espéea de proclamation adressée à la noblesse lorraine; il la menaçait de son courroux si elle donnait aide et secours au duc ; el, d*un autre côté, ses agents secrets tâchaient de gagner certains seigneurs, en leur rappelant qu'ils avaient autrefois serri la Bourgogne, el en leur faisant espérer de magnifiques récompenses, s'ils trahissaient leur souverain (2).

Le duc de Lorraine s'était retiré à Pont-i-llousson, où il s'occupait à réorganiser son armée. Il y fut rallié par aa corps de six mille hommes , cavalerie et inlknterie, qoa bti envoyaient les villes de Strasbourg, Colmar, Sebelestadl, Fribourg, Thann et Râle. Adam Zorn commandait le cooliagent de Strasbourg, Jean de Housse celui de Colmar, Bernard de Honstein celui de Râle, Waliher celui de Thann, el Antoine de Falkenstein celui de Schelcstadt. Un habitant de la Croix*aux -Mines , nommé Colinet, amena une bande

(i) V. ibiU., col. liij.

(2) V. Touv. de M. llugucniu, p. i8.

Dombreose qu'il afait recrutée dan» la vallée de Saint-Amarin el aui euTirons. Le duc prit è son service plusieurs ebeb d'aventuriers : le Grand Michault^ le Grand Bertrand , Mé* nault d'Aguerre (i), frère du capitaine qui vepait dt défendre Conflans, Gaspard Zom de BulÉÉ^orlune, Jeannol de.Bidos^ Jean>Bapliste de Roquelaure, gHÉpient presque tous ginroni]) et 00 condottiere italien, que la enronique de Lorraine appeQji^ le PeiU Ginoii. Halheureusément, une contagion vint Jiftodul; SOT cette armée composée d'éléments hétérogènes et e^|^ beaucoup de soldats, dans l'espace de quinze jours. Resète savait à quel parti s'arrêter^ et il allait, sans doute, essayer de re(H^ndre Tofiensive, lorsqu'on annonça que le duc de Bourgogne s'avançait avec quarante mille hommes et une formidable artillerie (S). Il n'avait pas perdu de temps, après la levée do siège de Nenss, pour refaire son armée affaiblie par les eombats, les privations et les maladies; ayant donné au comte de Campo-Basso l'ordre de le rejoindre avec les six mille hommes qui avaient échoué devant Conflans, il avait invité ses alliés à lui fournir immédiatement des secours. Georges de Bade , évèque de Metz, qui pensait toucher au moment où les villes d'Epipal et de Sarrebourg seraient restitnées à son temporel , accourut avec un contingent peu considérable, mais formé d'excellents soldats (5). Un prince napolitain, Frédéric de Tarente, entreprit de traverser la I/irraine, avec six cents gentilshommes bourguignons et francs^comtois; ils arrivèrent sans accident jusqu'au village (fe Varangévîlle, et la garnison de Nancy^ qui en fut avertie trop tard, ne put essayer de les surprendre. Ils passèrent la nuit à Varangéville , partirent le lendemain, de grand matin, et se

(i) Méntolt d'Aguerre éUii déjà depuis quelque temps au serrice de René ; y., au Trésor des chartes^ le registre des Letlres-Patentes pour

(2) V. Chron. de Lorr., ibid., col. )v.

(3) V. CheTrier, ibid., p. iU ei 18».

difîgërcnt vers Metz. On les aperçut du haut des remparts de Nancy, mais comme ils étaient au delà d*Essey, on n'essaya pas de tirer sur eux , et ils réussirent à opérer leur jonction avec Charles-le-:Tcméraire (i).

Le duc de Lorraine , en apprenant l'arrivée prochaine de ce prince, réunit un conseil de guecre, et on délibéra sur les mesures à adopter dans les circonstances difliciles où Ton se trouvait. Les officiers les plus expérimentés .conseillaieot d'abandonner les petites villes, qui ne pouvaient opposer ime résistance efficace ; d'en utiliser l'artillerie et les munitions pour augmenter les moyens de défense des places principales; de mettre dans ces dernières , notamment à Nancy, à Epinal, à Pont-à-Mousson , des garnisons nombreuses ; de tenir la campagne avec le reste de l'armée; d'éviter tonte action décisive; de harceler l'ennemi; d'attaquer les convois qai lui amèneraient des vivres, et de ne pas lui laisser un instant de repos. Ils représentèrent que la mauvaise saison n*étail pas très-éloignée, et que si l'on parvenait à empêcher pendant quelque temps la chute des forteresses les plus importantes, la position des Bourguignons deviendrait périlleuse^ et qu'ils seraient contraints de battre en retraite. Malheureusement, Fin* génieur Nicolas Rolin de Neufchàteau, que le duc avait chargé d'inspecter les places, soutint que celles dont on proposait Tabandon avaient des fortiûcations suffisantes pour soutenir des sièges ; il prétendit que le duc de Bourgogne s'amuserait, sans doute, à les enlever l'une après l'autre ; que l'on sauverait de cette manière les villes principales, et que l'on serait plus en état de reprendre l'offensive pendant l'hiver ou bien au printemps (2). L'avis de cet officier fut goûté, el les différente corps de troupes qui composaient l'armée furent disséminés dans tous les lieux que l'on voulait défendre. Comme on pré-

(1) V. Chron. de Lorr., ibid., col. Ivj.

(2) Mëm. de Tliicrriat cité<i par Chevrior, ibid., p. 183 eC t8i.

samait que la yille de Briey , qai n'est pas (rés-éloignée de la frontière da Luxembourg, serait attaquée la première, le duc en remit le gouvernement à Gérard d'Avillers, capitaine plein d'expérience et de valeur; plusieurs gentilshommes barrisiens et quatre-vingts soldats allemands furent placés sous ses ordres. Le bâtard de Vaudémont-, qui devait être un fils du comte Antoine, fut envoyé à Spinal avec une forte garnison ; des détachements plus ou moins considérables furent dirigés sor les petites villes , qui se trouvèrent de la sorte à l'abri d*iui coup de main , mais restèrent incapables de résister à armée aussi nombreuse que celle du duc de Bourgogne, comtes de Salm^ d'Apremont^ de Nassau, de Bitche et de Réchicourt, suivis des contingents qu'ils avaient amenés, se retirèrent dans leurs principautés, pour les protéger au besoin ou pour attendre les événements. La défense de Nancy fol confiée au bâtard de Calabre et à Colinet de La Croix-aux- Mines, auxquels on donna quatre mille soldats, presque tous allemands, qui avaient promis t au Duc foy et loyauté, de > vivre ou mourir à le bien servir » (i). Comme la conserntion de la capitale était d'une grande importance, les deux gouverneurs s'occupèrent sans relâche d'en perfectionner les fortifications. On a déjà fait observer, dans le cours de cet ouvrage, que Nancy n'était formé au XV® siècle que des quartiers dont se compose la ville vieille. Son enceinte constiloait un carré long assez irrégulier ; elle s'étendait sur le côté méridional de la Carrière et sur les jardins de la préfecture actuelle , jusqu'à la rue de l'Opéra , tournait au nordooest vers le cours Léopold et la place de Grève , longeait ce cours et cette place jusqu'à la rue de la Pépinière, et redescendait au sud-est dans la direction de la porte Royale. L*enceinte était garnie de distance en distance de tours plus ou moins élevées ; elle était percée de deux portes ; l'une, qui

(1) V. ChroD. de Lorr., ibid.

existe encore , regarde le nord-ouesl ; c*esl la porte Nolie- Dame , construite sous le régne de Jean II ; la seconde, dool nous ayons yu disparaître les ruines en 4847, était tournée du côté du sud-est ; on la nommait porte Saint-Nicolas , parce qu*elle conduisait à la ville de Saint-Nicolas-de-Port. Une poterne placée près de la rue de la Monnaie , et une autre poterne percée dans la muraille du palais ducal permettaient à la garnison de sortir sans être aperçue par le» assiégeants. Le palab lui-même était voisin de Fenceinte, et sa muraille se confondait, au nord-est, avec celle de h ville. Un fossé étroit et peu profond bordait partout le piad de Tenceinte, et au delà de ce fossé, mais sur certains poiols seulement, on voyait des bari>acanes, sorte de fortificiliQtt avancée qui faisait partie du système adopté par les ingénieurs du XV* siècle. Quelques-unes des tours présentaieol une assez grande élévation, et de leur sommet il était faeile d'io» quiéter l'ennemi quand il s'approchait du rempart. Trois feubourgs bien peuplés (les faubourgs Saint-Dizier, Ssist- Nicolas et Saint-Thiébaut) et une foule de bordet ou msiaons de campagne couvraient les environs de Nancy et pouvaient favoriser les travaux des assiégeants. Un des premiers soins des gouverneurs fut de raser les trois faubourgs et de hire couper les arbres des jardins. Les bois provenant de ces démolitions et de ces alMitis furent conduits dans la place, ainsi que les échalas des vignes et les objets de nature à èlra utiles aux Bourguignons. On établit devant les deux portei si devant la poterne Saint-Jeas de gros boulevards en terre, si on disposa sur les portes et sur les tours, particulièreaMni sur la tour du Terreau située vers le haut de la me Ssiat- Michel, des bombardes et des serpentines qui devaient bahysr tous les abords de la ville (i).

Après avoir donné les instructions nécessaires pour la dé-

(1)V. ibid.

fense et radministralion de son duché, René prit en hà(e \p chemin de la France, se rendit auprès de Louis XI, lui rap« pela les termes du traité qu'ils afaient conclu et lui exposa que, malgré le serment fait par le roi de comprendre la Lor* raine dans les arrangements qu'il pourrait arrêter avec le duc de Bourgogne, ce prince n'avait pas craint de pénétrer dans la partie septentrionale du Barrois et menaçait d'envahir tout le pays. « Monsieur le Roy, lui disait-il, vous sçavés que promis m'aviés que toutes et quanles fois que le Due de Bonrgengne viendroit en Lorraine, de vostre puissattee m'aîderiés ; c'est que je vous certifie que à ceste heure il y est ^avec grande armée >. Mais Louis lui répondait : • Point ne le crois que sa personne y soit; très-bien y a peu envoyer ». René montra au roi, quelques jours après, des lettres du conseil de Lorraine qui ne laissaient pas le moindre doute sur l'arrivée de Charles-le-Téméraire. Louis feignail néanmoins de ne pas y ajouter foi et disait : « Par la Pasque Dieu, quand je le sçauraye, je iray en personne moymesme; je vous veulx donner huit cens lances; avec vous les mènerez ; avec vostre puissance (votre armée) je crois qu*eo anrés assés > (i). Mais, malgré l'indignation que le monarque feignait 4fe ressentir et malgré ses protestations d^amitié, René demeura longtemps à la. cour de France saus obtenir autre chose que des promesses.

Ce manque de parole de la part de Louis XI affligeait d'autant plus le duc de Lorraine qu'il recevait, chaque jour, des nouvelles désastreuses. Charles avait franchi la frontière da Ballots vers le 20 septembre et avait aussitôt, comme on rayait prévu, formé le siège de Briey, dont la possession était né<:essaire k l'armée bourguignonne pour assurer ses communications avec le Luxembourg. La ville, quoique battue par des canons de gros calibre, se défendait avec avantage, lors-

(i) V. ibid., col. lyij.

Milan ; il reçut, le 29, la soumission des châteaux de Dieulouard et d*Amance. Le même jour, au soir, toute Farmëc bourguignonne était réunie à Condé-sur-Moselle ; elle quitta ce lieu le lendemain, passa prés de Bouxiéres, de Pixerécourt, de Halzéville et d*Essey. La garnison de Nancy, craignant d*étre attaquée d*un moment à Tautre, était accourue sur les remparts et sur les tours. Comme les Bourguignons étaient à une faible distance^ on leur tira plusieurs volées de canon qui ne leur firent pas grand mal ; ils n*y répondirent pas, continuèrent leur route par Tomblaine, traversèrent la Meurthe au gué de la Neuveville et se logèrent dans les environs. Le i*' octobre, ils vinrent s'établir sur les hauteurs de Saffais, village situé entre Rosières et Bayon. Charles, qui avait remis en usage les camps retranchés à la manière des Romains, fit élever par ses troupes une enceinte redoutable qu'il garnit d'artillerie, et, s'attendant à voir René arriver enfin avec une armée française, il resta dans cette position pendant quelques jours. Il se contenta de détacher ses lieutenants qui s'emparèrent de différents bourgs et châteaux, dont les habitants eurent peu à souff'rir, parce que le duc de Bourgogne avait recommandé de les traiter avec douceur et annoncé qu'ils leur conserverait leun libertés et leurs privilèges, faveur qu'il avait déjà concédée aux bourgeois de Briey.

Cependant Louis XI , fatigué des instances de René et effrayé des progrès rapides de Charles-le-Téméraire , autorisa le premier à conduire en Lorraine huit cents lances d'après la Chronique, quatre cents seulement d'après Thierriat. Ces' troupes étaient placées sous le commandement de l'amiral, Odet d'Aydie sire de Lescun, qui avait ordre de«e borner à observer les Bourguignons et d'éviter le combat. René et ses auxiliaires pénétrèrent jusqu'au cœur de la Lorraine et occupèrent le bourg d'Ormes^ celui d'Haroué et le village de Lemainville. Les Français se trouvaient par conséquent à peu de distance des ennemis , et les avant-postes étaient même si

rapprochés que parfois les genlilshommes des deox arjQdées conversaient ensemble. La démonstralioD que venait de faire Louis XI n*avait malheureusement d*autre but que*d*amener le duc de Bourgogne à lui livrer le connétable de Sainl-Pol, qui s*était réfugié dans les Pays-Bas, et que Charles faisait garder dans le château de Péronne. Aussitôt que la négociation fut terminée, et que Ton eut remis le connétable aux agents du roi , celui-ci enjoignit à ses soldats d*évacuer la Lorraine ; et comme René reprochait à Famiral de Tabaiidonner dans une circonstance aussi critique, Louis XI envoya c ung hérault et manda, sur peine de la hart, que toos » ses gens d*armes en France s*en retournassent t (I). Le duc , ne sachant que devenir et appréhendant de tomber entre les mains des Bourguignons , suivit ses auxiliaires el se retira dans le château de Joinville.

Quand Charles vit les Français s'éloigner, il reprit Toffeiisive avec une nouvelle vigueur. Pendant que ses lieutenants enlevaient Ormes , Vézelise et Mirecourt , qui se défendîreni mollement, il s'emparait de Bayon et se présentait devani la ville de Charmes, protégée par quarante gascons sous les ordres d'un aventurier nommé le Petit Picard. Cette garnison était insuffisante ; mais, huit jours avant l'arrivée des Bourguignons, Jean Wisse, bailli de Vosge, était venu à Charmes et avait recommandé aux habitants d'opposer une résistanee aussi longue que possible, ibn leur faisant espérer que les Français , qui n'avaient pas encore quitté le bourg d'Harooé, ne manqueraient pas de les secourir. Quand l'armée bourgni* gnonne eut investi la place , le Petit Picard fit bonne conte» nance y et il fallut commencer un siège dans les régies. Tandis que Charles s'impatientait de perdre son temps defanl une ville aussi peu importante, Jean de Savigny, Robert dn Fay , Vautrin de Yaubecourt et d'autres gentUshommes lor-

(t) V. ibid., col. Ivij; Mémoires de Thierriat , ibkl.

raiDS sorprirent ao village de Xugney , prés de Charmes, un corps de bourguignons , auquel ils enlevèrent ses chevaux et ses bagages , et ils regagnèrent le Barrois sans avoir été atteints par la cavalerie ennemie. Cet échec augmenta la colère de Charles, qui fit tout préparer pour donner un assaut; les bourgeois effrayés ouvrirent alors leurs portes ; mais cette soumission ne leur épargna pas un cruel traitement. Le duc fit pendre les quarante gascons aux saules qui bordaient le canal du moulin (i), et la soldatesque se livra au pillage el incendia quantité de maisons. On remarqua , dans cette circonstance, combien les rivalités de ville à ville peuvent engendrer d*animosilé. Les bourgeois de ChAtel, qui étaient, comme on Ta vu, sujets d'une famille bourguignonne (S), accoururent à Charmes; loin de plaindre leurs infortunés voisins, ils excitèrent les vainqueurs à faire le plus de mai qu'ils pourraient et leur achetèrent une partie du butin, même les cloches de l'église, qu'ils transportèrent à Châtel et qu'ils suspendirent dans leur clocher (5).

Le sac de Charmes eut lieu le iO octobre ; le même jour, le duc arriva devant Dompaire, qui était une petite ville fortifiée (4) ; il fut accueilli par une décharge de serpentines et d^arquebuses , et les habitants, auxquels Jean Wisse avait promis qu'ils seraient secourus par les Français , avaient résolu de se défendre avec vigueur ; mais quand ils aperçurent l'immense armée de Charles déployée devant leurs murs , ils perdirent courage et offrirent de se rendre. Le duc^ tenant une conduite différente de celle qu'il s'était proposé de suivre, accorda aux quatre-vingts soldats qui formaient la garnison la permission de se retirer où ils voudraient, et traita les

(1) Ces saules existaient encore au XVII* siècle; v. Chevrier, ibid., p. 193«

(2) La maison de Neufchàtel.

(3) V. Chroo. de Lorr., ibid., col. Iviij.

(i) V. Calmet, Notice, t. I, supplém., col. 126.

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habitants avec cruauté. La ville fut pillée et brûlée , les femmes furent violées, et la plupart des bourgeois, faits prisonniers, n'obtinrent d'être remis en liberté qu'en promettant de grosses rançons ; la Chronique cite un habitant nommé Nicolas Philippe qui , après avoir vu incendier ses maisons , fut obligé de payer quatre cents florins (i).

En même temps, un corps de bourguignons, qui avait passé la Moselle près de Charmes, s'était porté contre la ville de Bruyères et l'avait prise et saccagée. Ces exemples de rigueur répandirent l'effroi de toutes parts. Arches , Saint-Dié et Remiremont n'attendirent pas qu'on vint les attaquer ; elles envoyèrent des députations présenter leur soumission au doc de Bourgogne, qui se fit prêter serment de fidélité par ces villes et leur concéda de nouveaux privilèges. Après avoir laissé de faibles garnisons dans les lieux qu'il avait conquis, il s'approcha d'Epinal avec l'espérance que la ville se rendrail sans coup férir ; mais il ne tarda pas à comprendre combien il s'était trompé. René avait placé à Spinal environ donie cents soldats gascons et allemands ; de plus, les bourgeob, qui connaissaient le traité conclu entre Charles et l'évéque de Metz, et ne se souciaient pas de reconnaître l'autorilé du prélat, avaient pris les armes pour la défense de leurs foyers. Il parait aussi qu'ils ignoraient la retraite des Français et qu'ils se flattaient de recevoir du secours. Dès que les Boorgnignons furent à peu de distance, les bourgeois firent une sortie par la porte de la Fontaine , mirent le feu au faubourg voisin de cette porte et ne rentrèrent dans la ville qu'après un en§igement assez vif, qui coûta une vingtaine d'hommes & chacon des deux partis. Le duc établit des batteries, que la garnison et les bourgeois parvinrent à détruire dans une sortie, antn heureuse que la première. Le 14 octobre, Charles, profilent d'un brouillard épais, par lequel il fut dérobé, plusienr»

(I) V. la Chron., Uana Calnict, Hift., t. III, preuv., col. hrïj.

heures, à la vue des .assiégés, fit exécuter de nouveaux travaux et construire une batterie de trois gros canons, qui foudroyèrent les remparts pendant trente heures avec un grand succès. La division se mit parmi les assiégés ; les Allemands et les Gascons craignaient, en prolongeant |a résistance, d'irriter un vainqueur implacable et désiraient que l'on tâchât d'ob« tenir une capitulation avantageuse ; les bourgeois, au contraire, ne voulaient pas entendre parler de reddition et disaient que la ville serait promptement délivrée. Toutefois, quand on vil que les auxiliaires attendus n'arrivaient pas, on finit par tomber d'accord sur la nécessité de la soumission ; un des magistrats, étant monté sur le rempart, éleva la voix et annonça aux bourguignons les plus rapprochés que l'on se rendrait si Charles accordait des conditions favorables. Ce dernier, éprouvant de la répugnance à détruire une ville aussi peuplée (Epinal avait quinze mille âmes), se montra disposé à prêter l'oreille à la requête qui lui était adressée. Il envoya vers les bourgeois un officier qui lui rapporta leurs propositions ; ils désiraient que les étrangers composant la garnison eussent la permission de se retirer où ils voudraient, « vies » et bagues sauves », et que la ville, maintenue, < en hon- » neur, gloire et conscience, ez droicts et privilèges dont elle » tenoit longue et boine possession > , n'eût d'autre maître que le duc et fût complètement indépendante de l'évêque de Metz. Charles concéda tout ce que l'on demanda, et la ville ouvrit ses portes le 19. Le lendemain, pendant que les Allemands et les Gascons prenaient le chemin de leurs pays , et que l'évêque, indigné de la mauvaise foi de Charles, abandonnait son camp avec le contingent qu'il avait amené , le duc faisait son entrée dans la ville d'Epinal. Pour donner une idée de sa puissance et de ses richesses, il eut soin de déployer le plus grand luxe et de se montrer entouré d'un cortège magnifique ; il réunit ensuite les bourgeois et leur dit : m Messieurs , vous voyés la graice que faicte vous ay ; vous

me faictes serment que iousjours mais loyals me serés , ei à Tayde de Dieu contre tous vous garderay b. c Ceulx d*Es- » pioal , rapporte la Chronique , lui promirent de luy eslre » bons et loyals , mais au cueur avoient que bons lorrains > estoienty et que par force Bourguignons estoient (I). > Charles, devinant l'importance de la ville d*Epinal , qui est placée vers le principal débouché des Vosges, à peu prés à égale distance entre la France et TAIsace, y mit une bonae garnison et reprit le cours de ses conquêtes (3).

Le 21, il reçut la soumission de Darney, Bulgnévilled Cbâtenoy, qui n'attendirent pas une attaque. La Chronique ajoute que Neufchâteau suivit leur exemple. Dom Gaimel soutient, il est vrai, que François de la Vaulx, qui était gouverneur de cette ville , la maintint sous Tobéissanee de René II (5). Mais son assertion ne peut prévaloir contre Tautorité de la Chronique, dont l'auteur, qui était contemporain, fait de plus observer que Charles détacha un corps de troupes assez nombreux pour occuper Neufchâteau (4). Le 23 ou le 23 , le duc se mit en possession du château de Vaudémonl. Cette redoutable forteresse , qui avait bravé pendant si longtemps les efforts des Lorrains, sous les régnes de Charles II et de René V% fut livrée, sur la première sommation, par un capitaine étranger auquel René II en avait confié la défense (5). Après avoir laissé son armée se reposer pendant deux jours dans les riches villages du comté de Vaudémonl,

(i) V. ibid., col. lix.

(2) Cet déCaiU sont empruntés , partie à U diron. de Lorr. (i €ol. Iviy et lix), partie à uu opuscule intitulé : Journal dei Siège et d*Espinal ; Ponl-à-Mous8on, 1582. On ne connaît aucun exemplaire de ce livret, et nous ayons utilisé les extraits qu'en donne Qievricr, îbîd.t p. 197202.

(5) V. NoUce, t. 11, col. 919.

(i) Nous verrons, d'ailleurs, plus loin que Charles logea dans eelte vitte au mois de janvier li76.

(5) V. Cbevrier, ibid., p. i02.

Charles se dirigea Ters Naocy et vhH coaeber , le 24 octobre, an château de Pont-Saint-ViDceot. Les bourgeois de Luué- TÎUe» d*EiDvilie et de Rosîères-aux-Salines lui eoToyëreot des dépulations pour le prier de leur accorder ses bonnes grâces, et Oiarles, qui voulait récompenser le comte de Campo-Basso, le nomma cb&lelain de Rosières. En même temps, une colonne bourguignonne parcourait la Lorraine allemande et entrait dans la ville de Dieuze, ainsi que dans plusieurs petites forteresses qui ne résistèrent pas. U n*y eut guère que Sarrebourg et le comté de Bitche qui ne subirent pas le joug des étrangers (i). Raon-FEtape, Deneuvre, Gerbéviller, Gondre- ▼ille et Saint-Nicolas-de-Port se rendirent avant d'avoir vu Fennemi, en sorte que, le 25 octobre, la conquête de la Lorraine était pour ainsi dire terminée. Il ne restait plus aux Bourguignons qu'à en assiéger la capitale , et ils étaient d'autant plus pressés de l'investir , que la garnison , profitant de leur éloignement , avait fait des courses fort gênantes pour eux. Nous n'en mentionnerons qu'une seule. Ayant su, vers le 15 octobre, qu'une troupe de cent ou cent-vingt aventuriers anglais avait quitté Nomeny pour rejoindre l'armée de Charles, la garnison de Nancy alla s'embusquer dans le voisinage de Lénoncoort. Quand les Anglais furent arrivés près du moulin de ce village, ils furent entourés par les Lorrains, et il n'en échappa pour ainsi dire pas un ; beaucoup perdirent la vie, et les autres furent conduits dans la ville avec leurs cbevaui et leurs bagages.

Le 25 octobre, au point du jour, Charles partit de Pont- Saint-Vincent. Les Nancéiens , qui avaient connu son entrée dans ce bourg, ne s'attendaient pas toutefois à être assiégés aussi vite et n'avaient rien fait pour prévenir une surprise. Campo-Basso, à la tète de l'avant-garde bourguignonne, captura le troupeau de la ville qui paissait prés de la mala-

(t) V. Chron. de Lorr., dans Calniet, Uist., 1. 111, preuT., col. lix.

drerie de la Madeleine, et celte perte, que i*OD aorail pa éviter avec un peu d'atteolion, diminua les ressources de la place. Bientôt aprés^ les différents corps de Tarmée parurent devant la ville et plantèrent leurs tentes au milieu des ruines des trois faubourgs, et dans les jardins qui les environnaient. Le duc établit son quartier-général dans le faubourg Sainl- Thiébaut, entre la fontaine de ce nom et la commanderie de Saint-Jean-le-Vieil-Aitre, à peu de distance d*une tour qoe les assiégés avaient abandonnée. Le vallon qu'arrose le ruisseau de Saint-Jean est beaucoup plus enfoncé que les terrains sur lesquels la ville-vieille est construite, et les projectiles lancés par la garnison de Nancy ne pouvaient atteindre qoe difficilement les tentes des Bourguignons. Ceux-ci ne perdirent pas de temps pour mettre la main aux travaux du siège ; dans la nuit du 25 m 26 ils creusèrent de profondes tranchées en avant de la commanderie, sur l'emplacement do faubourg Stanislas ; ils continuèrent leur besogne les nuits saivantes, et dès le 2 novembre la ville se trouva complètement entourée d*une circonvallation qui ne permit plus de conserrer aucune communication avec la campagne. La garnison ne laissa pas exécuter cet immense travail sans faire plus d*nne sortie. Les Gascons et les Allemands troublèrent souvent les pionniers, en tuèrent plusieurs et détruisirent quelques onvrages; mais ils ne purent que retarder rentier investissement de la place, et ils furent enfin obligés de se renfermer dans leurs murailles. Les Bourguignons installèrent une forle batterie sur le point où ils avaient commencé leur circonvallation ; elle devait foudroyer Tenceinte dans Fendroit qui paraissait le plus vulnérable, c'est-à-dire au midi, vers l*angle que formait le rempart en rejoignant la porte Saint-NicolaSt le long de la rue actuelle de la Pépinière. Cet angle, dont les Lorrains connaissaient la faiblesse, était défendu par ne grosse tour où Ton avait disposé de rartillcric. Les assiégés augmentèrent à la hâte les fortifications de cette portion de

reoceiote, et s'occopéreot & exhaosser les boalevards qui convraient la porte Saiot-Nicolas et la poterne Sainl-Jean. Les brss ne leur manquaient pas, car, outre une garnison de quatre mille hommes et une population de cinq mille Ames, Nancy renrermail une multitude de paysans, qui, s'y étant rérugiés avec ce qu'ils possédaient de plus précieux, Tournissaienl des ouvriers robustes et pleins de bonne volonté, mais rendaient les vivres plus rares et plus chers. Le feu fut trèsvif des deux càtés pendant les premiers jours de novembre; Jes batteries de Charles endommagèrent considérablement les .x^mparls; néanmoins, l'artillerie de la ville fil essuyer des ^■wrtes sensibles aux Bourguignons et leur démonta plusieurs ^^iéces. Ils eurent surtout à souffrir des projectiles que leur ^^siiioyaient les défenseurs de la tour dont nous avons parlé ; >«^»mmc elle était trés-élevée, on dominait de son étage supé- ^ — Jeur les tranchées de l'ennemi, et on pouvait plus facilement ^njasier les coups. Les canons que l'on avait hissés dans celle K<3Qr étaient pointés par un nancéien appelé Nicolas des t^nndS'Moulins, artilleur expérimenté, et qui avait de plus l'a réputation d'élre musicien et excellent compagnon. L'autenr ^e la Chronique, qui élait un des défenseurs de la tour, rapporte, à ce sujet, une particularité assez curieuse : ■ Nicolas

■ des Grands-Moulins, écrit-il, .joyeusement les os

* (castagnettes) menoil, avec ses clochettes, en disant de

• iwanes chansons ; quand venoit le soir, les Bourguignons

■ l'appeloienl, disans : Ué, li canteur, hé, parfoy, dis nous

> Doe cansonneitcl Ledict Nicolas au canton de la fenestre

> s'alloit mectre et commençoit à chanter et & sonner ses os;

■ i puissance de tieichea tiroienl, le cuidaos tuer, mais

> jamais ne le peurent tirer pour le blesser; le malin on

■ irouvoil des fleichcs attachées contre le mur, les aullres

> ehéoientez barbiqDcnocs (sur la barbacane). ■

Ces détails nous font voir combien les assiégeants avaient déjà fait de progrés, et cmnbien leurs tranchées étaient rap-

prochées de l'enceinte. Ils continuaient & diriger lean efiorts contre l'angle méridional, et ils mirent en batterie un éDomie canon, c lequel une pierre jeltoit grosse comme le rond d'un

> chapeau > ; les Nancéiens , craignant que la tour ne s'écroulât sur les maisons et que ses débris n'en écrasasseni qi^lqoes-unes , la minèrent afin de la foire tomber dans le fossé, si la chose devenait indispensable. Les artilleurs essayèrent, de leur côté, de démonter le canon dont les coups compromettaient la solidité de la tour. L'auteur de la Chronique < monta à la lanterne hault, vit le courtois (le canon) oà

> ils (les Bourguignons) l'affutoient quand tiré l'ayolent. » Plusieurs Bourguignons entour se mectoient pour le rafla» t ter ; ledict vint bas, dict à maistre Jacquot (1), lequel tiroit

> d'une serpentine : Prenez la visée en celle eadroid,

» ledict courtois y est affûté, je crois que vous ne fonldres. Le*

» dict la chargea, et la visa en celle endroict Or dici cduy

» qui ce a escript : Je m'en vas là hault ; quand ils vouldroDt

> ledict courtois affûter, de hault je diray : Mectez le feo ; oek » foict, je crois que bien besongnerez. Lesdicts bourgoignoot

> plus de dix entour estoient pour l'affûter; ledict mil k

> feu; le coup donna tout sur le chariot dudict coortoit;

> dudict coup en fut tué plusieurs , et ledict charioi t<mt » rompu; depuis jamais ne le tirent, parquoy ceoix de h* • dicte tour en ce dangier plus n'estoient. » Malgré ces prouesses , les Bourguignons avançaient de plus en plus lem ouvrages vers les fossés de la place et se flattaient de renie» ver dans peu de jours ; ils avaient planté de grands drapcMB sur leurs retranchements, et, comme on était & la portée de la voix , ils criaient aux Lorrains : < Demain après » ptr hs chin (cinq) playes Dieu, nous vous aurons; voos

(1) C'était un bombardier aUemand nommé Jacob ; tt est appelé dans le compte du receveur-général Antoine Warrtn pour l^keeée 1471. René II lui accorda, quelques mois après la capitulation deNan^, mm fntification de cent francs barrois.

.tous pendus ». Ce qui tourmentait ie plus les assiégés était la crainte bien fondée de manquer de vivres ; la viUe renfer* mait quantité de bouches inutiles , et la rapidité avec laquelle Qiaries avait envahi la Lorraine n'avait pas permis de faire des approvisionnements considérables. Le duc, que des traîtres instruisirent sans doute de la pénurie des Nancéiens» ralentit le feu de l'artillerie, afin de ne pas trop endommager une ville qui ne pouvait manquer de capituler au premier jour. Rien ne lui inspirait, d'ailleurs, d'inquiétudes sur la suite de ses opérations militaires ; la Lorraine était conquise presqu'en entier ; aucun parti ne tenait plus la campagne , et René , abandonné de ses alliés , sans soldats et sans argent, n'était pas en état de faire la moindre entreprise. Il n'y avait que Louis XI qui aurait pu susciter des embarras aux Bourguignons ; mais ce prince ne rêvait qu'à la vengeance qu'il Toulait tirer du connétable, et, le 12 novembre, il avait donné des lettres par lesquelles il consentait à ce que le duc de Bourgogne punit les habitants de Nancy ^ c'est-à-dire les Lorrains en général , s'ils avaient assisté les bourgeois de Ferrette dans Tattentat commis contre le sire de Hagenbach, gouverneur de cette ville (i). René^ instruit de la remise de ces lettres, et appréhendant d'exposer sa capitale aux conséquences d'un assaut, écrivit au bâtard de délabre pour l'autoriser à demander une capitulation. Le messager du prince parvint à franchir les retranchements des Bourguignons et à pénétrer dans la place, le 25 novembre, un mois après le commencement du siège. Le lendemain , le bâtard de Calabre fit dire au duc de Bourgogne que s'il voulait promettre une amnistie générale en faveur des habitants, et laisser les étrangers s'en retourner librement chez eux, on lui ouvrirait les portes de Nancy. Charles commençait à s'impatienter de

(1) Ces lettres, données à Savigny-snr-Orge , sont imprimées dans le ComiDynes de Lenglet da Fresnoy, t. 111 , p. i4i5 et Mt,

la longueur d*un siège poursuivi au milieu de la mauvaise saison ; il donna immédiatement son assentiment aux propositions du gouverneur, et la capitulation fut signée le jour même. Quoique le duc fût charmé de voir les Lorrains ne pas prolonger leur résistance, il feignit de céder aux sollicitations des personnes qui Fentouraient, et, le 39, il écrivit c à ses très-chiers et bien amez les Maîeur et

» Eschevins.... de Dijon : Est bien vray que, à la trét-

» instant prière et requeste du Légat , Nous avons recea b » ville de Nancy en nostrc graice par la manière qu*il s'en- » suit : Assçavoir que les estrangiers estans dans ladicle ville

> partiront leurs vies et baghes sauves, et ceulx d*icelle ville, » avec les nobles et aultres du pays de Lorraine y estans, » demoureront en leurs franchises, privillèges et biens quel-

> conques, moyennant qu'ils nous feront serment d*e8tre » bons et loyaux subjelz (1). >

Le 27 novembre, les soldats allemands^ français et gaseons qui avaient défendu Nancy en sortirent par bandes el s*éloignèrent. Ils furent imités par les paysans , qui retournèrent dans leurs villages. Charles, regardant déGler cette roaltitnde, ne put s'empêcher, au rapport de fauteur de la Chroniqne, de faire observer que si le gouverneur de Nancy Tavalt voohi, il ne lui aurait pas été difficile, avec une garnison aussi nonn breuse, de forcer les lignes des Bourguignons et d'enlever le duc lui-même, parce que les assiégeants se gardaient mil, el que la plupart d*entr*eux allaient se divertir à %int TfiriolM de-Port (2).

Lorsqu'il ne resta plus dans la ville que la population ordinaire, le duc envoya ses fourriers qui choisirent et marqnèrent des logements pour tous les seigneurs boorgnignone.

(i) V. Archires de lliôtel de ville de Dijon, registre III, n* 87. (2) Pour tout ce qui concerne le siège de Nancy, v. la dmm. de Loir., ibid., col. Ixetlxj.

Quant à Charles, il déclara que cette fois il habiterait le palais ducal, et Ton s'occupa aussitôt d'en décorer les appartements. Le duc de Bourgogne fit son entrée à Nancy le 50 novembre, jour de la fête de saint André ; le cortège se présenta à la porte de la Craffe et se dirigea vers la collégiale Saint-Georges; il était précédé de cinq ou six trompettes et des hérauts d'armes; on voyait ensuite un escadron de cent hommes d'armes magnifiquement montés et équipés ; le duc de Clèves, les comtes de Nassau, de Chimay, de Marie, de Campo-Basso, le sire de Biévre et le bâtard de Bourgogne marchaient devant le duc , qui était couvert des vêtements les plus splendides, et « sur sa teste une barette rouge avoit, où estoit une » croix d'or, et ez quatre bouts de moult riches pierres, c'est » assçavoir un diamant , un ruby, un saphir et une escar- • boucle. On les prisoit plus qu'un duchié ne valloit. Dix ou » douze paiges après, moult richement habillés ; tous avoient » harnois de teste contraires les uns aux aultres : l'un un » heaume, l'aultre un cabasset, Taultre une salade, l'auUre B on chapeau de Montauban, l'aultre un armet ; et à chascun m une selle d'argent doré, et force pierreries tout à l'entour. » Le margrave de Rotelen et les baillis de Hainaut et de Brabant fermaient la marche , avec un grand nombre de gentilshommes. Charles fut reçu devant le portail de Saint-Georges par le chapitre de la collégiale, à la tête duquel se trouvait le prévôt Jean d'Haraucoulrt, qui ne dissimulait pas l'intention de s'attacher aux intérêts du duc de Bourgogne. Celui-ci, à l'exemple des princes angevins et de René II lui-même, abandonna aux chanoines le cheval sur lequel il était monté, et que l'on estimait plus de cent florins. Il fut introduit dans l'église, « où il y avoit des notables prélats, que avec luy 9 estoient, lesquels.... la messe chantèrent en grand triomphe 9 et solemnité >. Quand l'ofiice fut terminé, le prévôt demanda au duc s'il voulait, comme les derniers souverains de la Lorraine, jurer de maintenir les droits du clergé, de la no-

blesse et du commaD peuple. Charles fit le même urmitmi que Reoé I*', Jean II» Nicolas et Rmé II, et, dans sa joie, il assura même qu'il augmenterait encore les libertés des trois ordres (I).

« Après toutes ces choses accomplies, la Court (le palais) > estoit pour ses gens moult noblement préparée, toutes les *». chambres bien aornées, et la cuisine bien apprestée. Le » Duc et tous les plus grands dedans la dicte Court fut mené » à grand triomphe, trompettes et clairons; fort se réjouis- » soient et trouvèrent les tables mises (2). • Charles s*occ«pa immédiatement d'organiser la nouvelle administration de la Lorraine, et, le 18 décembre, il convoqua les Etats-Généraux pour le 27 du même mois. En même temps, pour se popalariser, il accueillait gracieusement ceux qui se préseataienl, se laissait approcher par toutes sortes de gens et ordonnail que les portes de la ville ne fussent jamais fermées. La salle d'honneur du palais fut disposée pour la session des Etats; on démolit les deux cheminées, dont les vastes manteaux poa* valent gêner ; on tendit les murailles d'étoffes de soie, el on éleva une estrade garnie de drap d'or. Le 27 décembre, les sires de Bièvre et de la Marche, capitaines des gardes de Charles , distribuèrent beaucoup d'argent aux habitaiits dt Nancy, et, lorsque les membres des Etats arrivèrent defui k palais, la populace, qui en obstruait les abords, cria : « Vife li Duc de Borgoigne et de Lorraine ! » Quand les trois ordres eurent pris séance, le duc entra dans la salle ; il était aceoBS» pagné du bâtard de Bourgogne, des ducs de Clèves et de T*» rente, du comte de Marie et du sire de Bièvre, tous vêlas 4s drap d'or. Charles s'assit, mit la main à sa barrette el ouvrit la session par un discours, dont Tauteur de la Chroniqoe et

(i) V. Très, des chartes, layette EiaU- Généraux du Dueki éi Bar^ n® 7.

(2) V. Chron. de Lorr., ibid., eol. Ixj el Ixij.

Boornon nous ont conservé la substance. Après avoir promis de gouverner avec douceur, de respecter scrupuleusement les pri villes du clergé et de la noblesse, d'augmenter l'aisance de la bourgeoisie, de protéger les laboureurs, le duc déclara qu'il avait l'intention de résider souvent à Nancy, d'y construire an palais magnifique^ d'agrandir la ville et d'en faire, à cause de sa position centrale, la capitale de ses vastes états. Il vanta sa puissance , parla de la crainte qu'il inspirait à ses voisins , de la isécurité qu'il savait garantir à ses sujets, et des traités qu'il avait récemment conclus avec la IFrance et l'empire. Il fit connaître qu'il se mettrait prochainement en route pour aller châtier les Suisses, qui lui avaient ^^olevé la ville de Ferrette et avaient dépouillé son allié le ^((mte de Romont. Il termina en annonçant qu'il venait de «:oafier au sire de Bièvre le gouvernement de la Lorraine, et en exprimant l'espérance que les belles qualités et les talents de ce seigneur lui concilieraient l'estime générale (i).

Les écrivains lorrains ne sont pa» d'accord sur l'accueil fait à ce discours. Bournon rapporte que les Etats ne répondirent à Charles que par un silence glacial. < Ne firent Mes- » sieurs de la noblesse aucun semblant de l'ouïr, dit Thier- > riat , et sembloit à leur silence qu'avoient perdu par mort » tout sentiment, tant furent froidement receues les cajoleries » et festoyemens que leur fit le Bourguignon (2) ». Mais /'auteur de la Chronique, dont nous préférons le témoignage, assure que les membres des trois ordres firent entendre des applaudissements, quoique < maints y en eust que aultre- B ment désiroient >. On ne vit, en effet, que trop de défections parmi les Lorrains ; le duc de Bourgogne paraissait si redoutable, et la cause de René tellement désespérée, que beauooup d'hommes, plus soucieux de l'intérêt que de Thon-

(1) V. ibid., col. Ixij et Ixiij ; Chevrier, ibid., p. 2ii-220.

(2) V. Mémoires, règne de René 11, dans le recueil cité.

oeur, abandonnèrent leur «ouverain et trahirent leur p Les plus marquants furent André d'Haraucourt , sii Brandebourg ; les trois frères Perrin , Henri et Eyrar de Jacques d'Uaraucourt , qui avait rempli les fonclioi bailli de Nancy ; Louis de Lénoncourt ; Gaspard de Ra Jean de Toullon, seigneur de Tliézey ; Ballhasar d'Hau ville ; Simon des Armoises ; Louis de Dommartin ; N de Yaudoncourt ; Jacquemin-Martin et Collignon de I Cunin d'Epinal , châtelain de Baccarat ; Colard Rudoiff , telain de Romont ; Adam de Varennes , qui avait li?r Bourguignons le bourg de Louppy ; un chevalier m Guillaume ; Menget clerc-juré de Rembervillers , et Reynette un des secrétaires de René II (i).

La session des Etats-Généraux fut très-courte, el o pas de détails sur les délibérations qui furent prises ; o seulement qu*avant de se séparer, les trois ordres pré rent au due une requête , dans laquelle , après avoir n que le duché de Lorraine était si ancien qu'il y avi « quatre Ducs Sarazins avant la congnoissance de la ( ils suppliaient Charles i' de le c conduyre et gouverner » que ses prédécesseurs Ducs de Lorraine avoient fai 2* d'observer, en matière judiciaire, « les anciennes en » mes, sans longue figure de procès , ne travailler les | > de grands frais » ; 5® de prescrire au gouverneur di der continuellement dans le duché, afin de surveUta facilement et plus efficacement toutes les branches de T

(1) V., au Trésor des chartes, les registres des LelU^-Patoot U76, 1477, U78, liSO, 1i82et 1tô5. Cest ici le lieu de i«la< erreur de Lionnois ; il assure (Ilist. de Nanc>' , t. I , p. 293) qa^ | veur-géoéral Jeau Philippin prit parii pour le duc de Boargog Jean Philippin était, selon toutes les apparences, mort depnit i temps , car Antoine Warrin remplissait les fonctions de reoev«ardès le mois de septembre li73 , ainsi que Tatteste le registrt àm I Patentes pour cette année.

nistratioD ; 4" de < faire despartir les gens de guerre, qui » avoient faict de très-grands et énormes excès et s'efforçoieni

9 de rançonner les seigneurs avant eulx vouloir despar-

9 tir > ; 5** de soumettre à une discipline sévère les garnisons

que le duc ne pourrait s*empècher de laisser daqs le pays ;

O^ d'accorder une amnistie entière et la main-levée de leurs

biens à tous les lorrains qui auraient quitté leur patrie, pour

foîr la colère du duc de Bourgogne ; 7® d*assurer aux femmes

dont les maris ne proGleraient pas de Famnistie la jouissance

des avantages stipulés dans leurs contrais de mariage; 8^ d'ac-

qaitter les obligations contractées par les ducs précédents ;

9^ de rembourser les sommes avancées par divers particuliers,

afin qoe ceux-ci pussent c satisfaire à ung chascun , aultre-

» ment les conviendroit absenter dudit pays et estre en per-

» pétuelle pauvreté > ; iO® enfin de prendre les mesures .

nécessaires pour rétablir les communications et le commerce

avec la France (1).

On ne connaît pas la réponse que Charles fit à cette requête ; mais, pour captiver de plus en plus Tafiection de ses nouveaux sujets, il créa un conseil de gouvernement dans Xe- ^t\ il n'introduisit que des lorrains ; on y voyait figurer ^spard de Raville, André d'Haraucourt, Jean de Toullon et quelques autres (2). Après avoir réglé les affaires les plus iniportantes^ récompensé plusieurs de ses serviteurs (5), et donné audience aux chevaliers André de Rineck et Philippe Dex, que les Messins, effrayés de la conquête de la Lorraine, avaient chargés d'offrir au duc une coupe d'or, pesant un

(l)CeUe reqaéle a élé publiée par M. Schiilz dans les Mémoires de /'académie de SUnislas pour 18^42, p. 235-2ii. (2) V. la chron. de Lorr., ibid., col. Ixiij.

(5) Il abandonna au sire d'Arrancy, son conseiller et chambellan, tout ee que les habitants de Sainl-Nicolas-dc-Port devaient à René II. Les lettres sont datées du i^^ décembre H75, et on en trouve une copie dans b collection de M. Justin Lamoureux.

marc el contenant cinq ccnls florins du Rhin (1), Charles véunit son armée dans les environs de Nailcy et la passa en revue. Les troupes bourguignonnes avaient la droite appuyée à la commanderie de Saint-Jean , et la gauche à la rivière, au dessous de Maxéviile , s'étendent sur Fespace occupé parles faubourgs Saint-Jean , Stanislas et de Boudonville, et par les maisons de campagne qui dépendent du village que nous venons de nommer. La Chronique évalue ces troupes à plus de trente mille hommes, et son estimation ne paraît pas exagérée. Le duc prescrivit de conduire à Luxembourg Tartillerie qu*il avait trouvée tant sur les fortifications de Nancy que dans Tarsenal de cette ville. On en chargea plus de quatrevingts voitures. Deux chars portaient la grosse bombarde que le duc Jean d* Anjou avait fait fabriquer , et qui se divisait ea deux parties. Elle pesait dix-huit ou dix-neuf mille livres. Le convoi traversa la ville de Metz, dont les habitants ne furent pas fâchés de voir désarmer des voisins qu'ils avaient appris à craindre ; mais ceux-ci c n'en estoient mie trop conlens,

> comme on disoit , de ce que on les deflbrnissoit de leur ar-

> tillerie > (2).

Le 11 janvier 1476, l'armée bourguignonne prit le chemin de la Suisse et se dirigea vers Bulgnévillc (5). Charles quitta Nancy, le même jour, avec sa noblesse et son conseil, et arriva devant Toul dans la soirée. L'évèque Antoine de Nenfchàtel, fils de l'ancien maréchal de Bourgogne, et dont rattachement aux intérêts de Charles était généralement conna, n'était pas dans sa ville épiscopale. Le pape lui avait conseilié

(i) M .... II les receut bëoigncmenl et leur en sceut Irèt-bon gté, I» pièces d*or il en Gt faire ung collier ; et le jour de Noël , il bsot i tf dicte coppe, et mesmcment depuis par plusieurs fois, n V. Let da la ville de Meti, p. i20.

(2) V. ibid., p. ili\ ; Chron. de Lorr., ibid., col. Iitij.

(3) Les Bourguignons emportèrent avec eux les deux iKHabardet àmî les Lorrains s'étaient servis pour l)nttrc les murailles de Damvillcrt.

de n*y pas résider lant que durerait la guerre, afin de ue pas porter atteinte à la neutralité qu'il devait observer, et le prélaty après avoir ordonné de mettre en état de défense Maiziéres et Liverdun, s'était retiré dans l'abbaye de Luxeuil. Les chanoines et les bourgeois n'avaient pas eu la même prudence ; on a dit plus haut qu'ils s'étaient déclarés franchement en fovear de René, et celui-ci s'étant rendu dans la ville de Toul, au moment où il allait commencer les hostilités, avait reçu des chanoines la promesse qu'ils ne traiteraient pas avec le duc de Bourgogne, avait harangué les plus notables bourgeois réunis dans l'hàtel-de-ville, et avait conclu avec les magistrats une convention destinée à demeurer secrète (1). Charles en eut cependant connaissance et en éprouva quelque ressentiment ; aussi le chapitre et les Toulois firent-ils tous leurs efforts pour effacer cette fâcheuse impression. Le duc fut reçu dan^ la ville avec pompe et à la clarté d'une multitude de torches; les chanoines, les magistrats et les bourgeois vinrent à sa rencontre, le conduisirent dans les appartements qu'on lui avait préparés et lui présentèrent < de beaux dons,

> pain, vin, chair et avoine ». Enchanté d'un pareil accueil, il oublia ses griefs, remercia les Toulois et leur promit de les aider en toute circonstance. Le lendemain^ il assista à une grand'messe dans la cathédrale, que l'on avait magnifiquement ornée pour la circonstance, baisa, ainsi que sa suite, les reliques déposées sur l'autel et fit une offrande de vingt florins. Il s'assit un peu plus tard à un splendide repas que lui donna la ville et partit, en disant hautement aux magistrats et aux bourgeois qui l'accompagnaient : « Vostre protecteur et

> deffendeur au temps advenir seray » (2). 11 entra à Neuf-

Ci) V. Benoit, Hisl. de Toul, p. 577 el 578.

(2) Le P. Benoit (ibid., p. 578 et 579) Gxe le séjour de Charles dans la ville de Toul aux 4 et 5 octobre ii7'i, et cite vaguement les actes capitu- \mres à Tappui de son assertion ; mais le récit de la Chronique est trop positif pour lainer prise au moindre doute, et d'ailleurs Charles était dans

château le même jour, y resta jusqu*au i7, et de là gagna Dombrot et ensuite la Francbe-Comté, où il rejoignit ses troupes qui se disposaient à envahir la Suisse.

L'expose complet des événements qui amenèrent une rapture entre ce pays et le duc de Bourgogne serait déplacé dans le présent ouvrage ; toutefois, nous ne pouvons nous dispenser d*cn dire un mot, à cause de la part que René prit a h guerre. Un marchand suisse avait été dépouillé sur les terres du comte de Romont, un des alliés de Charles, et les réclamations faites par les cantons pour obtenir la restitution des objets volés étaient demeurées sans résultat. D'un autre celé, Pierre de Uagenbach, à qui le duc avait conCé le gouvernement de Ferrette et d'une partie de la Haute-Alsace, amii décrété plusieurs mesures dont les Suisses croyaient avoir i se plaindre. Charles était assez disposé à leur donner satisfaction ; mais ses intentions conciliantes furent soigneusement cachées par les patriciens, qui avaient intérêt à perpétuer la mésintelligence. L'avoyer de Lucerne, le bourgmestre de Zurich, les landammans d'Uri, de Schwitz, de Zug, d'Unterwalden, et d'autres suisses influents recevaient de Louis XI des pensions plus ou moins considérables et suivaient aTcogié» ment les conseils du monarque. Nicolas de Diessbach, avnyer de Berne, l'homme le plus puissant de toute la confédératioB, avait une pension de quatre cents livres, qui fut portée à quinze cent douze livres dix sols par lettres-patentes du de juin 4474, et c'est principalement aux manœuvres de patricien qu'il faut attribuer la déclaration de guerre et les événements dont nous allons parler (i).

son camp de Saiïais ou aux environs pendant les premien jonn d*i tobrc.

(1) V. Histoire do la confédéralion helvétique, par MuUer, trftd. nard, t. VII, appendice D ; Causes secrètes de la chute de Cbarlai-lt- Témérairc, par M. Foissel, dans les Mémoires de racadémic des arts et belles -lettres de Dijon, seconde série, t. I, p. 109-135.

Une armée de huit mille hommes avait, comme nous Tavoas vu, pénétré dans ta partie orientale de la Franche-Comté et y avait commis de grands ravages ; vers le même temps, les Suisses et les Alsaciens avaient surpris la ville de Ferrette «t décapité Pierre de Hagenbach , tandis qu'une autre arxnée, forte de dix mille hommes, avait envahi et dévasté le pays de Yaud. Elle fit éprouver des pertes immenses au comte de Romont, ainsi qu'à son frère le duc de Savoie, qui d^ait formé une confédération avec Charles, et elle s'empara des Tilles de Morat et de Granson, qui reçurent des garnisons 3uisses. Ces succès furent bien compensés par la défection de l'empereur et du roi de France, qui firent la paix avec Charles sans stipuler en faveur des Suisses, et la crainte d'avoir à . résister seuls au duc de Bourgogne disposa ces derniers à accepter un accommodement. Il parait que Charles n'était pas éloigné, de son côté, de prêter l'oreille à des propositions honorables ; mais. Tintérèl de Louis XI était de prolonger des hostilités dont le résultat, quel qu'il fût, devait élre d'affaiblir son rival ; Nicolas de Diessbachet les autres pensionnaires du roi furent donc invités à empêcher la conclusion d'un Vraité, et la guerre recommença. Ayant concentré son armée &ar la frontière, le duc prit l'offensive, enleva quelques châ> ^^Qx et vint metlre le siège devant la ville de Granson , dans les derniers jours de février. La garnison capitula, après s*étre vaillamment défendue, et les quatre cent cinquante hommes qui la composaient furent inhumainement massacrés par ordre de Charles. Celte barbarie ne servit qu'à augmenter J'ardeur des confédérés, qui, réunis au nombre de vingt mille bommes, attaquèrent les Bourguignons dans la journée du 5 mars. Le duc, impatient de combattre, abandonna une position favorable où il pouvait déployer toutes ses forces et conduisit ses troupes sur un terrain étroit et coupé, où plusieurs corps, et notamment l'excellente cavalerie bourguignonne, restèrent simples spectateurs de la lutte. Charles fut contraint

de fuir et perdit un millier d'hommes, son arlillerie, ses bagages, et beaucoup d'objets précieux qui valaient plus d'an million de florins.

La nouvelle de cette déroute rendit quelque espérance aux Lorrains. Le bâtard de Vaudémont, Gratien d'Aguerre, Gérard d'Avillers, Jean d'Aigremont, Henri et Ferrî de Tantonville et le Petit Jean de Vaudémont, qui n'avaient pas voulu reconnaître Charles comme duc de Lorraine et s'étaient retirés à Joinville, formèrent la résolution de rentrer dans leur pays. Ils se présentèrent devant le château de Vandémont, dans la nuit du 15 au 14 avril, et en escaladèrent les murailles, grâce à la connivence d'un des officiers de hi garnison (1). Le gouverneur, Amé de Valberg, fut fait prisonnier avec tous ses soldats. Son frère, Henri de Valberg, qui eom* mandait à Vézelise, crut qu'il allait subir le même sort, et prit à la hâte le chemin de Nancy ; les garnisons de Thelod, de Pont-Saint-Vincent, et des autres châteaux situés dans le comté de Vaudémont, ne Grent pas meilleure conlenaooe et se réfugièrent derrière les murs de la capitale. Le sire de Bièvre fut très-surpris et très-alarmé de cette aflhire ; sachant que l'immense majorité des Lorrains supportait avec impatience le joug des Bourguignons , il crut que le soulèvement devenait général et il s'occupa immédiatement démettre Naney en état de défense. Ia^ portes furent fermées, les fortifications réparées, des postes établis dans les tours; en un mot« an prit les mesures auxquelles on a recours quand on est sur k point d'être assiégé. Le sire de Bièvre, appréhendant que les. bourgeois de Nancy ne fissent quelque tentative pour livrer In ville à leurs compatriotes, les réunit sur la place Saint-

(t) l) après lu clironi(|uc de Rëmond 5lesseia (citée par Chcviier, ibid-t \K 232), c'est à Gérard d^Avillers que t'on dut le sucoès de cet audtcieas COU]) de main, et René, pour téconipenscr Gérard, lai accorda le tîM il'ccuyer.

Eprre et leur dit^ en leur moDlrant une lance placée, iiorizontalenent el à une assez grande hauteur, sur deux supports : € Messieurs, je donne congié à tous ceulx qui s*en vouidroat

> aller^ et tous ceulx qui demeurer vouidront passeront par

> dessoubs ceste lance, me promectant que à toutes mes affai- » res me seront bons et loyals. N*ayez crainte de ces larrons » que au pays sont venus, car Monseigneur de Bourgongné » de bref par deçà reviendra; je vous promets que bien les

> chastiera 9. L'auteur de la Chronique, qui était, sans doute, VQ des spectateurs de la scène, ne fait pas connaître le nombre de ceux qui profitèrent, pour se retirer, de Tautorisation accordée par le sire de Bièvre (1).

Pendant que ces événements s'accomplissaient ou se préparaient^ Louis XI, qui n'était pas sans inquiétudes sur les suites de la guerre, avait voulu se rapprocher de la Suisse et 8*était rendu à Lyon^ sous prétexte de faire un pèlerinage à Notre-Dame-du-Puy. Le duc de Lorraine, espérant qu'une circonstance favorable lui permettrait peut-être d'obtenir des secours du roi, l'accompagna dans ce voyagé et hasarda de nouvelles sollicitations^ qui n'eurent pas plus de succès que les premières. Il y avait alors à Lyon plusieurs marchands allemands, qui, ayant appris que René avait un mince équipage, revêtirent sur-le-champ des habits aux trois couleurs du prince : blanc, rouge et gris, mirent sur leurs chapeaux des plumes de ces mêmes couleurs, s'armèrent chacun d'une hallebarde , et se placèrent sur le chemin que le cortège du roi devait parcourir. Quand Louis XI fut passé, les marchands demandèrent en allemand où se trouvait le duc de Lorraine ; Jean Wisse, bailli d'Allemagne^ qui comprit leur question, leur montra René; les marchands saluèrent aussitôt celui-ci, l'entourèrent et le conduisirent à son logement, et tant que le duc demeura à Lyon, ils venaient, tous les

(\) V. Chron. de Lorr., ibid., col. Ixv ot Ixvj.

matins, devant sa porte et l'escortaient dans les lieux qu'il fisitait. Tandis que René séjournait dans cette ville, un messager lui remit une lettre pressante. Elle lui apprenait que sa grand-mère paternelle, Marie d'Harcourt, veuve du comte Antoine, laquelle s'était depuis longtemps retirée en Normandie , touchait à ses derniers moments, et qu'il devait Dure diligence s'il voulait encore la revoir. Le jeune prince ne perdit pas de temps ; il prit congé du roi , remercia les marchands allemands, monta à cheval, traversa la France el arriva enfin dans le château d'Harcourt. La veuve d'Antoine vivait encore ; quand elle aperçut son petit-fils , < de joye • qu'elle eut fut toute consolée, et luy dict : Bien venu » soyez vous, mon beau filz, celuy que plus désirois ». Elle ne put dissimuler le chagrin qu'elle éproava en remarquant le train et les vêtements plus que modestes de René et de ses compagnons ; elle les fit tous habiller richement , et comme le duc « cstoit en grand soulcy , elle luy dict : Mon beau fils,

> ne vous esbahissez mye, se vostre Duchié perdu avez ; f ay » là. Dieu mercy , assez pour vous entretenir >. < MadaoM » et belle mère grande , lui répondit René , vous dictes très- » bien ; encore ay espérance que Dieu m'aydera ; parqmy » recouvrer la pourray ; Dieu vous soit en ayde ! > c Vovs

> voyez , ajouta Marie d'Harcourt , en quel estât je sais ; je » n'en peux plus ; mourir me convient maintenant ; tous mes

> biens vous mets en main , et sans faire testament ; après

> que de ce monde partie seray, et que Dieu aura mon

> âme, soyez mon exécuteur, et à ceste fin vous donne

» tous mes biens. » La vieille comtesse survécut peu de jonrs à l'arrivée de René ; elle expira le 19 avril , et le duc, après lui avoir fait des funérailles magnifiques , recueillit son héri» tage , qui se montait , dit-on , à deux cent mille écus (i) , et

(1 ) CeUe évaluation , fournie par la chronique de Lorraine , est ment exagérée.

revînt à Joinvilte auprès de sa mère Yolande (1). tl y reçut bientôt après une ambassade des Suisses ; ils l'engageaient à se rendre au milieu d'eux et lui promettaient de puissants secours. Il n'hésita pas à répondre qu'il allait partir, mais sa Mnère fit tous ses efforts pour l'en dissuader. Elle lui représenta que les circonstances n'étaient pas propices pour recommencer la guerre contre la Bourgogne, qu'il courait à sa perte , et que le seul parti convenable était d'attendre à Join- ^^irllle les résultats de la lutte engagée entre les Suisses et Charj^s-Ie-Téméraire. Ces conseils pusillanimes ne furent pas du gr4>ût de René, c Madame ma mère , répondit-il , vous sçavés w que du temps passé Josué , le Grand Alexandre , Charlew jnaigne , mon prédécesseur Godefroy de Bouillon , le Roy » Charles de France, la Pucelle Jeanne, qui dedans ladicte « f rance le remit, s'ils n'eussent esté preux et hardis, jamais « en grande seigneurie ne fussent parvenus. Madame, pa- » lîence vous faut avoir. Voici vos trois filles, à qui vous Y vous resconforterés , aussy vos gentilshommes et subjects, ) et ceulx de vostre Conseil ; d'eulx vous vous ferez servir et « de vos belles filles ; à deviser avec elles prendrez* vostre ^ plaisir. N'ayez soulcy de moy ; je suis délibéré chez les ^ Suisses m'en aller, et , à l'ayde de Dieu , par leur moyen > ma Duchié recouvreray. »

Il écrivit sur le champ à Louis XI et lui fit part de son projet; mais comme, pour atteindre la Suisse, il fallait traverser les Etats de Charles ou la Lorraine , occupée presqu'enliérement par les Bourguignons, René demandait trois ou quatre cents lances qui le conduiraient jusqu'en Alsace. < Le Roy bien joyeux fut , quand ouyt la requise, pour en 9 estrc deschargié ; car tous les jours luy rompoit la teste de » loy prier que sa duchié lui facisse ravoir ». Louis envoya

(1) V. ibid., col. Ixvj cl Uvij.

donc Tescorte de qualre cents lances (1) , mais recomoMiida aux capitaines qui la commandaient de ne commettre aocnii acte d'hostilité envers les troupes de Charles qu'ils viendraient à rencontrer. René se dirigea du côté de Toul ; quand il fat près de la ville, quelques-uns des magistrats rengagèrent , en termes aussi honnêtes que possible, à se loger dans un des faubourgs et à ne pas solliciter Fouverture des portes, parce que les bourgeois seraient obligés, bien à contre-cœur, de lui répondre par un refus, aGn de ne pas s'exposer au resscstiment du duc de Bourgogne. René n'insista pas et prit , le lendemain, le chemin de Saint-Nicolas-de-Port. Ce bourg renfermait plus de trois cents bourguignons des gamisoiis de Nancy, Lunéville, Einville et Rosières, qui s'y étaient rendus pour se divertir. Les capitaines français annoncèrent que lenr troupe n'arrivait pas en ennemie et prièrent les soldats de Charles de ne pas s'effrayer. Le duc descendit de cbeTal i l'auberge de la Licorne (2) ; les Français et les Bourguignons se firent réciproquement des politesses , et les habitants de Saint-Nicolas laissèrent, malgré la présence de rennemi, éclater la joie que leur inspirait la vue de leur souverain. Le jour suivant, René assista à une grand'messe qui fut célébrée dans l'église prieurale. Pendant cette cérémonie, « passa aoprès de > luy la femme du vieux Walther, et, sans faire semblant de » rien, elle luy donna une bourse, où il y avoit plus de quatre » cens florins, et le duc baissa la teste , à elle reroerciani ». Il évita Lunéville, où se trouvait une forte garnison bonrguignonne, traversa Ogéviller et vint coucher à Dencnrre. Les Lorrains accouraient pour le saluer et lui apportaient des rafraîchissements et des vivres, en sorte que les cava-

(1) Il paraît que Louis XI (ît remettre au duc de Lorraioe une mbmc considérable.

(2) Celte auberge était près du pont qui unit Saint-Nicolas au vîUagf de Varangcvillc. Ou voit encore aujourd'hui une licorne sculptée nu h brade de la maison, qui a, du rc<tc« été rcconstniitc depuis le XV*

liers français < estoient (oas esbahis d*eslre ainsy ser- > yys ». Quand il approcha de Sarrebourg, qui n'avait pas cessé de reconnaître son autorité, le$ comtes d^ Bitche, de Sarrewerden et de Réchicourt et le sire de Fénétrange s'avancèrent à sa rencontre, avec une troupe de huit cents hommes. Il prit^ dans cette ville, congé de son escorte, gagna Strasbourg, puis Zurich, et joignit Farrnée suisse, ou pour mieux dire l'armée confédérée, car toutes les villes impériales d'Alsace avaient fourni leurs contingents (1). Guillaume Herter, de Tubingue, ancien serviteur des archiducs d'Autriche, conduisait les Strasbourgeois, lesquels avaient douze pièces de gros calibre, dont une, l'Autruche, était Irainée par dix^huit chevaux (2). Le comte Oswald de Thierstein amena le contingent de l'archiduc Sigismond, et les Suisses reçurent encore les secours d'autres princes et d'autres villes dont la nomenclature serait fastidieuse. Les historiens lorrains, poussés par le désir de rehausser la gloire de René II, ont écrit que ce prince avait obtenu le commandement de l'armée (5). C'est une erreur. L'avant-garde des confédérés obéissait à Jean de Hallwyl, chevalier d'une ancienne famille d'Argovie el décoré du titre de citoyen par la ville de Berne; le corps de bataille était conduit par Jean Waldmann de Zurich et Goîllaume Herter, et l'arricre-garde par le lucernois Gaspard de Hertenstein. Oswald de Thierstein et le duc de Lorraine guidaient deux petits corps de cavalerie, qui devaient être placés sur les ailes. La direction générale des mouvements de l'armée fut conflée à Guillaume Herter, que son expérience de la guerre rendait bien plus propre que tout autre à l'accomplissement d'une semblable tâche. René, comme on le

(i) V. ibid., col. Ixvij-lxx.

(2) V. Revue d'Alsace, 1. 1, p. 338, 3i5 el 346.

(5) Ce sentiment a encore été adopté par Mory d'Elvange , qui a publié ses recherches dans le Journal encyclopédique (de Bouillon], n^ du l^** janvier 1769.

voit, n*ayai( qu*un commandement suballerne ; et corn n'avait pas encore rencontré l'occasion de se signaler par action d'éclal, comme il n'avait d'ailleurs avec lai troupe de trois cents cavaliers, on comprend trës-bien - V^ les Suisses n'aient pas juge a propos de remettre entre^^^ ^ mains de ce jeune prince les destinées de leur pays (1).

Les préparatifs qu'ils faisaient pour résister au du^^ ^ Bourgogne n'étaient pas superflus , car Charles, plutôt e^^"^ péré que découragé par la défaite qu'il avait éprouvée sou"^

murs de Granson, se disposait à prendre une terrible rer che. Il avait à la hâte fait couler de nouveaux canons p ^^

remplacer ceux qu'il avait perdus ; les troupes qui venaî d'être mises en fuite par les Suisses avaient été ralliée^ avaient reçu des renforts considérables; ses ministres n*avai rien négligé pour lui envoyer les sommes nécessaires à Ve tretien d'une armée nombreuse, et les Messins avaient ' passer dans leur ville < environ quaitre-vingts piétons, to

> vestus de robe perse et blanche, qui alloient vers ledî^'

> Duc et luy menoient grant Gnance d*or et d'argent poor » paier ses gens de guerre; et disoil-on que le trésor qoi estoil

> mené montoit à plus de dix-huit cent mille escus (2) b. Charles , étant parti de Lausanne le 27 mai , eotoya le bc

de Ncufchâtel et investit, le il juin, la petite ville de Mont que défendaient seize cents soldats, sous les ordres d^Adriea de Bubenberg. L'artillerie des Bourguignons foudroya Ici remparts et en renversa des pans tout entiers , mais les aasié^ gés continuèrent à faire bonne contenance et repoussèrent plus d'un assaut. I^s attaques duraient depuis dix jours» lorsque les différents corps de l'armée suisse , qui- ne furent réunis que le 21 juin dans la soirée, s'avancèrent pour livrer

(1) Uu écrivain suisse, nommé Fr^iie, a même soutenu (dans le Jooraal encyclopédique, n*** du 1S octobre 17i)8 et du i j août i700) que « René M ne sV'tuit rencoutré à la bataille do Morat que comme volontaire •*.

(2) V. Les chroo. do Metz, p.i21.

bataille. Le 22 , à la pointe du jour, et lorsqu'on était encore dans la forêt de Morat, le duc de Lorraine voulut être reçu cheyalier par Guillaume Herter (1). Vers huit heures du matin, on 86 trouva en présence des Bourguignons. Charles , commettant la même faute qu'à la journée de Granson , avait conduit ses troupes sur un terrain qui ne leur permettait pas de se déployer et leur ôtait Favantage du nombre. S'imaginant qu'une armée rangée sur plusieurs lignes résisterait plus aliment au choc des gros bataillons suisses, il avait publié, ^a mois de mai , un règlement qui prescrivait un ordre tout jDoaveau. Ses troupes devaient être disposées sur huit lignes, ^^mposées chacune d'un corps d'infanterie constituant le cenet de deux corps de cavalerie formant les ailes (2). Cet rangement, qui pouvait être avantageux dans certaines rcoBStances, exposait les Bourguignons à être facilement nmés. C'est ce qui arriva. Une pluie torrentielle, qui suivit «3 orage (5), retarda pendant quelque temps le commencecot de l'action , mais quand le combat fut engagé , et au ornent où la victoire semblait sur le point de se déclarer en (ia^eur de Charles , Gaspard de Hertenstein , ayant tourné les l^s^uteurs avec l'arrière-garde de l'armée suisse , vint prendre evi queue les Bourguignons, qui furent mis complètement en d^TOQte et perdirent quinze mille hommes.

Charles se réfugia dans le château de la Rivière , prés de ^ontarlier, et, malgré l'accablement d'esprit que lui causa sa défaite, il s'occupa aussitôt à réorganiser les débris de ses troupes, sans savoir encore à quel parti il allait s'arrêter. Quant au duc de Lorraine, il résolut de revenir dans son duché, aGn de mettre à profit I# découragement de ses adtersaires et d'expulser les garnisons qu'ils entretenaient dans

(i) V. Revue d'Alsace, ibid., p. 3^.

{'i) V. Histoire de l'organisatioD militaire sous les ducs de Bourgogne, l>ar M. Guillaume, p. i6i.

(5) CbroD. de Rémond Messein citée par Chcvrier, ibid., p. 235 et 236.

les Tilles et dans les châteaux les plus imporlanls. Les Suisses lui firent de belles promesses et déclarèrent qu*ils lui fourniraient des secours pour reconquérir ses domaines, dés que rétat de leurs affaires le permettrait ; ils ne voulurent pas cependant le laisser partir les mains vides et lui donoérenl, pour sa part du butin, la lente du duc de Bourgogne, ainsi que Tartillerie qu'ils avaient trouvée sur le champ de bataille, et qui remplaça avantageusement celle que i*ojn avait enlevée de l'arsenal et des remparts de Nancy (i).

Les Lorrains n'avaient pas attendu le retour de leur souTerain pour se remettre en campagne. Les garnisons de Véselise et de Pont-Saint-Vincent en sortirent un jour, sur le soir, et se placèrent en embuscade dans le bois qui s'étendait alors depuis le château de Saulru jusqu'à Jarvillc et au delà. Le sire de Biévre, redoutant les surprises , avait défendu ave marchands et habitants de Nancy de se rendre & Sainl-Nicoias sans être escortés. A la pointe du jour, les vedettes lorraines virent sortir de la ville une véritable caravane composée d*«i grand nombre de voitures appartenant à des négociants et à des < chartons ». Une troupe de bourguignons, commandée par Jacques de Mory, veillait à la sûreté du convoi. Quand il arriva près de Jarville , les Lorrains s'élancèrent hors du bois et fondirent avec tant d'impétuosité sur les BourguigQoua que ceux-ci n'eurent pas le temps de se ranger en bataille. Jacques de Mory et plusieurs de ses soldats parvinrent à re* gagner la porte Saint-Nicolas ; les autres furent pris ou tués ; quant aux marchands et voituriers, comme ils étaient lor^ rains , on leur permit de continuer leur route. Cette escarmouche avait peu d'importauce en elle-même , mais elle augmenta les appréhensions du sire de Biévre, qui se crut entouié de traîtres et d'ennemis.

(1) V. Chroii. de Lorr., ibid., col. ixxij ; Chron. scaDdaletue, dans le Commynes de Lenglcl du tresnoy. t. Il, p. 13.3.

Vers le même temps, Gratien d*Aguerre, Philibert de " ^

BrîiLey et le grand-veneur Jean de Bascher (1), qui occupaient le château de Fontenoy avec une bande d'aventuriers gasco^» "^

faisaient des courses continuelles dans les environs de Gondreville. Les anglais, picards et bourguignons qui étaient chargés de défendre ceUe forteresse voulurent empêcher les courses de Gratien et de ses compagnons ; mais « par trois ou » quatre fois furent frottez *, et, voyant qu'ils ne recevaient aucun secours^ ils Gnirent par se retirer à Nancy. La garnison de Mirecourt , harcelée sans relâche par les lorrains postés à Vaodémont, demanda au sire de Biévre de l'envoyer ailleurs. Ceiaî-ci lui permit de gagner Spinal. La ville avait déjà une garnison trop considérable; les magistrats municipaux re- * nonlrérent c la nécessité qu'ils souffroient, attendu que desjà m trois sepmaines ils n'ayoient nuls marchiez, dont les me- » noës gens crioient de faim , disans : Nous sommes déli- > bérez que nous ne les mettrons dedans ; dé vous aultres » estes assez >. Le capitaine bourguignon qui commandait à Epinal, craignant de mécontenter les . bourgeois , refusa d'ouvrir les portes de la ville, et les nouveaux-venus se logèrent comme ils purent , les uns dans le faubourg du Rualménil , les autres dans celui d'Ambrail. Ces derniers n'eurent pas lieu d'être satisfaits du choix qu'ils avaient fait; mais avant de parler de la mésaventure dont ils furent victimes , DOQS devons rapporter un événement qui s'était récemment accompli.

Quand René arriva à Strasbourg, prêt à rentrer dans son duché, il apprit que l'insurrection sur laquelle il comptait, ^

loin d'être générale, ne s'était étendue qu'à un petit nombre de lieux, et que les grandes villes étaient encore au pouvoir des Bourguignons. En conséquence, il se décida, bien malgré

(I) Nous pensons que ccl ofHicicr se nommait Jean de Baschi, cl qu'il était parent de Suffren de Buschi dont nous parlerons plus loin.

lui , à séjourner eu Alsace jusqu'à ce qu'il eût reçu des nouvelles plus favorables. Sur ces entrefaites, un bourgeois de Bruyères, Yarin Doron, qui avait rempli ou remplissait les fonctions de sergent pour la prévôté d*Arches, se rendit i Strasbourg y et < quand là fut venu, demanda le losgfs dn

Duc René, auquel il fut mené, et demanda à luy parler

On alla au Duc, on luy dict : Voilà un bon homme que 1 vous désire parler, qui est de Lorraine ; depuis deui jours il en est parti. Dict le Duc : Faictes-le venir. Quand DoroB le vit , dict : Hé ! Duc , vous estes bien endormy ! Si toqi voulez, je vous feray seigneur de Bruyères et de to«l à l'entour, et je vous dirai la manière. Devant ma mkM l'église y est. Tous les jours, quand la messe se chante, b capitaine avec un nombre de gens y vient ouyr la UmmJ Donnez-moy des gens, et je veulx estre estranglié il b capitaine ne prens, et par luy le chasteau se rendra; aprb» tout à Tenviron : Arches , Epinal et Remiremont. Vav pourrez aller seurement jusqu'à Vaudémont. > Il y avah alors à Strasbourg beaucoup d'aventuriers allemands, qui talent accourus pour offrir leurs services à René. Celoi-cif 'rappé de l'air d'assurance avec lequel Doron offrait de s*a»parer de Bruyères, fit appeler un chef de bande nommé Harnexaire (1) , qui avait cent vingt hommes , et lur proposa 4a tenter l'aventure. Harnexaire ne se fit pas prier, prêta ment de fidélité au duc de Lorraine et se mit en marche, la conduite de Doron. Le soir du second jour, on était environs de Bruyères ; le lorrain cacha Harnexaire dans M bois et lui dit : < Icy nous faut attendre jusqnes à ce qne ha » gens soient endormis ; je veulx bien secrètement foire Tt^ » treprinse, afin qu'on ne sçache nostre venue >. A minnii^

(1) Nous reproduirons ce nom tel que le donne la dirooiqne de raine, mais nous sommes persuadé que le capitaine allemand s* — IlansScher.

il conduisit les Allemands dans un jardin qui s'étendait derrière sa maison , et les fit tous entrer, après avoir reeomxnandé è sa femme et à ses domestiques de garder le (Mis refond silence. Sur le matin , le commandant bourguignoo int à l'église , avec une partie de ses soldats , pour entenre la messe; Harnexaire sortit a petit bruit, investit l'élise et somma les ennemis de se rendre. Surpris et dermes , ils n'opposèrent aucune résistance , et le capitaine iemand dit au bourguignon : « Se vous voulez faire que vos gens que sont au chasteau me veullent délivrer ledict chasteau , vous et vos gens vous laisseray alkn*, et tous vos biens les emporterez ; ou si ne le faictes,

wyes certain que devant eulx, la teste à tous vous sera

^' ^ éMipée ». Le gouverneur c bien vit que mal losgié estoit » ; ft «iim;ea le reste de la garnison à capituler^ et Harnexaire littBiisen possession du château. Aussitôt après, les bour- S^ib de Saint-Dié, d'Arches et de Remiremont chassèrent les soldats étrangers qui gardaient ces trois villes, et reconnurent de nouveau l'autorité du duc de Lorraine. Le prince résolut de donner à Doron un témoignage de sa reconnaissance et lui offrit des lettres de noblesse ; mais le modeste lorrain les refusa et demanda le titre de t sergent héréditaire de la justice

> d'Arches , ne voulant sinon que ce pour luy et pour les

> siens ». René s'empressa de lui concéder cette légère fa- ^ veur, et les fonctions dont il s'agit furent exercées pendant près de trois cents ans par les descendants de Varin; Tun d*eux, Robert Doron, était sergent héréditaire d'Arches vers le milieu du XVIIP siècle (i).

Les habitants du village de l'Aveline, situé sur la Vologne,

(1) V. Chron. de LoiT., ibid., col. Ixxij-lxxiv; Mémoires de Thiemat, r^ne de René II, dans le recueil cité ; v. aussi Chevrier, ibid., p. 2i2. La descendance masculine de Varin Doron s'éteignit en 1665, mais N. Mien, mari de Barbe Doron, fut admis h succéder au nom et à tous les droits de b (arniHe de sa femme.

à une lieue de Bruyères, ne furenl pas aussi scrupuleui. Comme ils avaient^ à la même époque, rendu de grands serviees à René et contribué ù chasser les Bourguignons de la partie orientale des Vosges, ils furent tous anoblis en 1 476. On les appelait les geiitUshommes de VAveliney et ils transmettaient leurs privilèges non seulement à leurs Gis, mais encore aux maris de leurs filles (1).

Harnexaire ne resta pas longtemps tranquille à Bruyères. Le jour où la garnison de Mirecourt vint réclamer à Epinal une hospitalité qui ne lui fut pas accordée, on avertit le capitaine allemand de cette circonstance, et il forma le projel da rendre visite aux Bourguignons. A la tète d*une troape de quatorze cents hommes, composée de sa compagnie el de contingents fournis par les prévôtés de Saint-Dié, de Brayèrea, d*Arches et de Remiremont^ il arriva devant le fanboarg d*Ambrail au milieu de la nuit et commença aussitôt Taltaqne. Les deux cent quatre-vingts soldats qui s*étaienl arrêtés daea le faubourg, et auxquels on avait représenté que c'était on poste périlleux, avaient eu recours à diverses précauUoiia pour éviter une surprise; ces précautions furent inutiles; plusieurs coups de couleuvrine renversèrent les Irarricadcs que les Bourguignons avaient établies dans les avenues da faubourg, et les Lorrains^ entrant à la hâte dans les maisous, firent main-basse sur tous les ennemis qu'ils purent apercevoir. Quelques-uns de ceux-ci, la plupart à moitié nus, se réfugièrent dans les fossés de la ville et du château. La gar^ nison était sous les armes, mais se méfiant des intentions de la bourgeoisie, craignant d'être placée entre deux feux» ignorant d'ailleurs la force du parti qui avait envahi le bnbourg d'Ambrail, elle jugea à propos de ne pas quitter les

(1) Ces privilèges furent restreints aux descendants màlei par arréli ém conseil des 4 septembre 1739 et 18 mai 1743; les maria dâ fiHea joab» saient cependant du titre et des droits nobiliaires, mab ne pMifaMnl Isa transmetUrc à leur postérité. V. Calmet, Notice, 1. 1, col. dtt et 00.

remparts. On refusa même rentrée de -la ville aux malheureux qui avaient échappé au carnage. Quand il ne vit plus d*ennemis, Harnexaire fit charger sur deux voitures les armes abandonnées par les Bourguignons et partit, emmenant avec lui des captifs et deux cents chevaux qu'il avait trouvés dans les écuries. Il était déjà loin d'Epinal, lorsqu'il sut que cent Vingt anglais avaient passé la nuit dans le faubourg du Rualménil, et il regretta beaucoup de n'en avoir pas été instruit plostôt, parce qu'il aurait tâché de leur faire subir le même sort qu'à leurs compagnons. Les Anglais^ avertis du péril qu'ils avaient couru, ne voulurent pas rester davantage dans on lieu aussi dangereux ; ils attendirent à peine les bourguignons qui avaient échappé au désastre de la nuit précédente, et dont beaucoup avaient perdu leurs armes, leurs montures el même leurs vêtements, et ils gagnèrent CtiA|^l-sur-Moselle^ pais Nancy, oiï ils furent accueillis avec boiÉlpar le sire de Biévre^ qui fit témoigner son mécontentement au commandant d'Epinal (1).

La hardiesse des Lorrains croissait de jour en jour^ et leurs entreprises étaient presque constamitient couronnées de succès. Des soldats appartenant à la garnison de Vaudémont firent une course jusqu'à Villacourt; ils s'en retournaient chargés de butin, lorsqu'ils furent poursuivis par les sires d'Gbraacourt^ qui occupaient Bayon, el par des cavaliers bourguignons sortis de C)iâtel. Les Lorrains se réfugièrent dans la tour de l'abbaye de Belchamp et combattirent avec courage. Leurs ennemis firent un grand feu au pied de la tour ; ses défenseurs, qui avaient déjà perdu quelques hommes, furent obligés, pour ne pas périr, de se rendre à discrétion, et on les conduisit dans les prisons de Châtel. A cette nouvelle, le bâtard de Vaudémont assembla tous les soldats dont il pouvait disposer. Il fut rejoint par le capitaine Fortune,

(1) V. Chron. deLorr., ibid., col. Ixxv.

— ai>4 —

qui commandait cinquante gascons, par Gérard d*Afillcrs, Gratien d'Aguerre, Pierre et Vautrin du Fay, Henri et Ferri de Tantonville et par le Petit Jean de Vaudémont, et lears bandes réunies montaient à deux mille cinq cents hommes. Ils allèrent attaquer Bayon, et, comme ils n'avaient pas d'artillerie , ils plantèrent des échelles contre les murailles 'et donnèrent un furieux assaut. Les sires d'Haraucourl, qui craignaient^ et non sans raison, de tomber entre les mains de leurs compatriotes irrités, opposèrent une vigoureuse résis* tance. Ce fut en vain. Fortune et ses gascons entrèrent les premiers dans la place , et bientôt le combat cessa complètement. Les vainqueurs reprirent le chemin de Vaudémont, eo traînant à leur suite, outre un bon nombre de prisonniers, une longue file de voitures sur lesquelles on avait chargé le butin fait dans le bourg, et plus de quatre mille reseaox de blé et d'autres grains qui furent d'un grand secours*

Certains seigneurs lorrains qui n'avaient pas encore osé se déclarer, parce qu'ils ne croyaient pas les insurgés en état de lutter contre les Bourguignons , et même plusieurs de ceox que l'on avait vus embrasser d'abord les intérêts de Charles vinrent renforcer la petite armée du bâtard de Vaudémoal. Vautrin Wisse, qui avait commandé à Rosières, Jacques de Savigny, Jean de Saviguy, seigneur de Valfroicourt, Balthasar et Jeail d'Haussonville , Thiébaut de Jussy , et les sires de Hardémont, de Saint-Amand, d'Aigremonl et de Serocoort prirent alors les armes en faveur de René, et leurs contingeals portèrent a quatre mille hommes environ les troupes obéis-* sant aux diflférents capitaines que nous avons nommés plus haut.

Le conseil que ces derniers avaient formé décida que Fm ferait le siège de Lunéville, et le 14 août, deux jours après h prise de Bayon , les Lorrains se présentèrent devant celle place, qui avait une garnison de quatre cents soldats : bourguignons, picards et italiens. Les assaillants se déployëreul

sur un terrain découvert , entre la porte Joly et celle qui conduisait au village de Chanteheu. Comme ils n'avaient pas d*artillerie, et quMl leur était par conséquent impossible de pratiquer une brèche, ils résolurent de donner immédiatement un assaut à la courtine qui liait les deux portes. Ils essayèrent, pendant la nuit, d'escalader la muraille et parvinrent deux ou trois fois jusqu'aux créneaux, mais ils furent toujours repoussés. Cependant, la colonne chargée d'attaquer la porte de Chanteheu s'en empara , ainsi que des deux tours qui la flanquaient ; malheureusement , pour entrer dans la ville de ce côté, il fallait passer sous une seconde porle que les Lorrains ne purent forcer; resserrés dans un étroit' espace^ ils se trouvèrent exposés à une grêle de projectiles que l'ennemi fit tomber sur eux ; on jeta , en même temps , du haut de la seconde porte quantité de broussailles et de fagots enflammés. Les assiégeants essayèrent d'éteindre le feu ; ils n'y réussirent pas, et même cinq ou six lorrains périrent au milieu de ce brasier.

Les chefs, convaincus de l'inutilité de leurs efforts, ordonnèrent, au point du jour, de sonner la retraite; toutefois, on conserva les deux tours de la première porte. Quand on se fui assuré qu'il n'était pas aisé de réduire la ville sans avoir (ait une brèche dans les murailles, on dépêcha un messager au duc de Lorraine. Il séjournait encore à Strasbourg, cherchant à obtenir des cantons suisses, et des villes impériales d'Alsace, une armée avec laquelle il pût reprendre sa capitale et délivrer ses états de la présence des Bourguignons. Les Strasbourgeois ne furent pas plustôt instruits de la demande des Lorrains qu'ils mirent à la disposition de leur hôte six cents soldats, deux grosses bombardes et dix serpentines, et ce secours marcha avec tant de diligence qu'il ne lui fallut que trois jours pour arriver devant Lunéville. On vit aussi accoarir dans le camp lorrain les comtes de Bitche , de Salm et de Réchicourt, avec leurs contingents, et quand les Bourgui-

gnons, qui avaient eu cent hommes tant tues que blessés dans Tassant livré quelques jours auparavant, s'aperçurent que l'on dressait des batteries, ils offrirent d'ouvrir leurs portes, s*ih n'étaient pas secourus, et à condition qu'ils s'en iraient* vies > et bagues sauves ». La proposition fut acceptée, mais les assiégeants stipulèrent que la ville se rendrait si elle n*étah secourue dans la journée du lendemain. La garnison envoya aussitôt à Nancy le capitaine italien Barnabo ; admis detani le sire de Biévrc, ce condottiere apprit que le gouverneur de Lorraine avait écrit plusieurs fois au duc de Bourgogne sans obtenir de réponse, et il reçut pour instruction de conseiller aux assiégés de capituler, puisqu'ils ne pouvaient tenir pins longtemps (i).

Les Lorrains prirent sur-le-champ possession de lenr conquête, et la garnison d'Einville étant partie, les habilanls de ce bourg en apportèrent les clés. Renforcés par les aoiiliaires qui leur étaient venus d'Alsace et par une fonle de volontaires , les généraux de René se dirigèrent vers Nancy, dans l'espérance que cette place succomberait aussi promplement que Lunéville. Ils ne tardèrent pas à reconnaître qw leur entreprise était bien téméraire ; l'enceinte de la fiUe était trop étendue pour que l'on pût songer à l'investir, cl la garnison, doublée ou même triplée par les détacbemenls qni avaient abandonné Mirecourt, Vézellse, Gondreville et d*aa* très bourgs et châteaux, était presque aussi nombreuse qie les assiégeants et ne redoutait nullement une attaque de Tite force (2). Comme il était trop tard pour se retirer, cen-d résolurent de faire bonne contenance et d'essayer d'affaoMr

(1) V. ibid., col. Ixxv-Uxvij.

(2) D'après la Chronique scandaleuse (dans le Commynes de Lenglel Ai Fresnoy, t. II, p. 133), Charles avait laissé à Nancy une gamiaon de mille à douze cents hommes ; elle devait s'élever à trois ou quatre soldats au moment du siège.

leors esneinls. Hs établircnl nu camp retranché au dessous de

la eoBuHnderie de SaintJeaD-le-Tjeil-Allre, poste que les Boar-

guignons avaient occupé précéderomenl , et firent des courses

et des battnes autour'de la ville, pour l'empêcher d'èlre ravi-

taillée. Le sire de Biévre ne permit d'abord aucune sortie, et

Jes Lorrains ne Turent pas troublés dans leurs travaux ; mais il

^ eut plus tard des escarmouclics assez vives entre quelques

^dlétachements des deux partis. Un capitaine allemand se cacha,

^E^n jour, avec sa compagnie, dans les ruines du faubourg Samt-

JL^iiicolas, afin de prendre les bourguignons qui s'aventureraient

^[:^K e ce côté. Malheureusement pour lui, la garnison fut avertie

K^K 4 son projet, et on fît sortir tout-à-coup deni cents cavaliers

c^ ^i allèrent droit à l'embuscade, entourèrent les Allemands el

\ ^csu attaquèrent avec vigueur. Ceux-ci se mirent promplemenl

^ ^ra défense < et firent grands meurtres > , avant de succom-

t»^=r. L'année lorraine, qui-n'eul pas connaissance du danger

«SVM'iJs couraient, ne leur donna aucune assistance. Quand elle

f*s C enfin prévenue par trois ou quatre soldats qui réussirenl

^ s'éthapper, elle se dirigea précipiumment vers le faubourg.

Ko } arrivant, elle ne trouva plus que les cadavres des alle-

Vk«ads et des bourguignons qui avaient péri dans la lutte,

^^ les assiégés s'étaient hâtés de rentrer dans la ville avec

'CQrt prisonniers. •

Les jours suivants, un corps assez considérable se plaça en embuscade dans le même lieu ; mais, soit que les Bourguignons fussent instruits par un traître des mouvements de leurs adversaires, soit que le sire de Biévre eût défendu i ses soldats de quitter encore une fois l'abri des remparts, les assiégeants ne rencontrèrent plus l'occasion de livrer un seul combat. La famine commençait, au reste, à se faire sentir dans Nancy, et le gouverneur voyait, avec chagrin, approcher le moment où il faudrait capituler, lorsqu'on arrêta un individu qui essayait de s'introduire furtivement dans la ville. Conduit devant les généraux, il déclara se nommer Hum-

belot (1) , et assura que le duc de Bourgogne élait arrivé dans les environs de Neufcbâteau, avec une année nombrrase, et Favait chargé d*annoncer au sire de Bièvre qu'il allait être secouru. On délibéra sur la résolution qu*il fallait adopter, et il parut tellement dangereux de s'exposer à être pris enlre deux feux par la garnison de Nancy et Tarmée bourguignonne, que Ton se décida à lever le siège, bien que Ton conservai des doutes sur Faulbenticilé du rapport de Humbelot, rapport que rien ne venait conGrmer.

Les troupes assiégeantes furent divisées en quatre corpt, qui se retirèrent à Yaudémont, à Gondreville, à Lunéviile et a Rosiéres-aux-Salines (2). Bièvre profita de leur retraite pour se procurer dps vivres, et çnvoyer de nouvelles lettres dans lesquelles il priait Cbarles-le-Téméraire de ne pas perdre un instant, s'il ne voulait pas que la Lorraine retombât tout entière au pouvoir de René H. Les généraux de ce dernier apprirent bientôt que le duc de Bourgogne était loin d*eui, qu'il n'avait pas encore pu réunir une armée capable de tenir la campagne, et que le messager avait fait un faux rapport. Le capitaine Malhorly, qui commandait à Rosières, ordonna sur-le-champ de pendre le malheureux Humbelot, et les Lorrains, ayant opéré leur jonction, se dirigèrent une seconde fois vers Nancy. Lorsque leur avant-garde.se trouva à peu de distance de la ville, elle fut attaquée en flanc par les Bonrgnignons, poussée du côté des grands-moulins et mise en déroute. Plusieurs soldats furent tués, et d'autres se noyèrent eu essayant de traverser la Meurthe. Cet échec, que les généraux

(1) Le prétendu messager devait être uq membre de œtle bmîlle Hoa* bclot de Neufch&teau qui s*était Eût remarquer autrefob par ton hi remuante. Elle avait, sans doute, embrûsé le parti du doc de gogne.

(2) Un marchand lorrain, qui avait amené au camp six voitures de vin d*Alsace, ne put trouver dc^hcvaux pour emmener ses et les défonça à coups de hache, disant qu*il aimait mîeoz perdre soo vin que de le laisser boire par les Bourguignons.

de R<^ auraient pu éviter bien facilement, les rendit plus circonspects ; ils se fortifièrent dans le village de la Neuveville» à une lieue de Naucy, et, chaque jour, ils venaient harceler la garnison. Ils battaient aussi les routes pour mettre obstacle à l'arrivée des convois. L'abondance régnait dans leur camp ; on leur apportait de toutes parts du pain, du vin, de la v^iande, du fourrage pour leurs chevaux, et les denrées étaient d si vil prix, pendant les deux blocus, que le meilleur repas lie coûtait qu'un blanc (i).

Les habitants de Nancy, intimidés par les menaces du sire Bièvre, ne firent aucun efibrt pour hâter la reddition de ville. Ceux d'Epinal , qui étaient, à la vérité , trésmbreux, montrèrent plus de résolution. Quoiqu'ils ne fuspas assiégés, ils n'en étaient pas moins réduits à la fane, parce que le capitaine Uarnexaire ne laissait rien ardans leurs murs (2). Cet état de choses ne pouvait se l>roionger, et les bourgeois firent prier secrètement le duc de les délivrer, s'engageant à prendre les armes, dès que ses ^^oapes seraient en vue. René, après avoir acquis la certitude qu'ils étaient prêts , leur annonça que le 8 septembre il serait ^^vant leurs murailles. Les Strasbourgeois et les villes im- V^riales d'Alsace lui donnèrent deux mille hommes d'infan- ^^rîe armés de couleuvrines , de piques et de hallebardes , et ^înq cents cavaliers, dont plusieurs étaient des gentilshommes ^'one valeur et d*une expérience éprouvées. Il écrivit, en ^imt temps, au bâtard de Vaudémont et lui enjoignit de ^eoir au devant de lui avec ses meilleurs soldats. Les deux ^upes se rencontrèrent dans les environs de Rambervillers, et elles marchaient vers la ville d'Epinal, lorsque les éclairears arrêtèrent un cavalier sur lequel on découvrit une lettre

(1) V. ChroD. de Lorr., ibid.^ col. Ixxvij et Ixxviij.

(2) Les paysans éproavaient, d'ailleurs, de tels sentiments de haine eoDtre les Bonrgttignons qu'ils ne voulaient porter aucune denrée dans la ville d'Epinal.

que Charles-le-Téméraire adressait au commandant bourguignon, pour Tencourager à se défendre et lui faire savoir qu'il serait prochainement secouru. Comme René ne connaissait pas la position de son ennemi , qui n'était réellement pas en état de tenir la campagne , il se hAla d'arriver devant Epinal, décidé à tenter un assaut , dans le cas où la bourgeoisie ne ferait aucun mouvement. Quand les sentinelles aperçurent les troupes ducales , on donna Talarme dans tous les quartiers, et les habitants se réunirent , avec le projet de prendre les Bourguignons à dos, aussitét que le combat serait engagé. La garnison ne se composait que de quatre cents hommes» dont une partie était enfermée dans le château qui dominait la ville , et dont on admire encore aujourd'hui les ruines imposantes. Le commandant vit tout de suite qu'il était inutile de commencer une lutte qui ne devait avoir d'autre résultat que le massacre de ses soldats, et il dit aux magistrats : « Hé- » las ! Messieurs , pour Dieu , ayez pitié de nous ! Que nous » ne mourions point , et que nous nous en allions tous , avec » seulement un baston en la main ». « C'est un droict et K-

> gitime Seigneur que Monseigneur René, répondirent les » magistrats ; n'ayés doubte vers luy ; vostre appoinctement » ferons ;.... vous en irés, saufs vos corps et vos biens, ei*

> cepté seulement que de vous aultres deux des plus suffisaof

> demeureront tant que toutes vos debtes et despens soieut

> payez, et que chascun soit content, et de nostre Duc aoréfl » sauf conduict pour vous en aller en Bourgongne, ou oùfl » vous plaira. »

On avertit le prince qu'il pouvait entrer dans la ville, et il s'en approchait sans défiance, lorsque l'officier bourguignon qui gardait la forteresse, et avait refusé d'être compris dans la capitulation, fit faire une décharge, laquelle faillit occasion* ner de grands malheurs. Le duc fut reçu, a la porte de la Fontaine^ par les magistrats et la bourgeoisie, et envoya sommer la garnison du château ; elle demanda et obtint les

mêmes cooditions que la garnison de la ville, et deux heures après il ne restait pas un seul bourguigoon à Epînal. Les habitants Toulureot prêter à leur souverain un second serment de fidélîlë, afin, disaient-ils, d'effacer jusqu'aux traces d'nn engagement involontaire, et le duc reprit le chemin de Strasbourg, après avoir placé dans la forteresse trente gascons, sous les ordres de Ménault d'Aguerre , et dans la ville quatre cents allemands, commandés par Adam Zorn et deux autres cbeveliers dont la chronique de Lorraine a estropié les noms (4). ,

Il s'arrêta i SeinUDié, confirma les privilèges du chapitre, ^n présence de plusieurs seigtteurs , et se rendit ensuite i ^sarrebourg. Il accorda de nouveaux privilèges aux bourgeois «:1e celte ville, et décida qu'en temps de guerre leur contingeni ^ arait le pas sur ceux des différentes prév6tés (2). L'Alsace el w» oUmment la cité de Strasbourg avaient fait des efforts pour tf^Dumir è leur allié des secours réellement efBcaces, et le duc r^ratra en Lorraine avec six mille hommes et un train d'artillerie, qu'on lui prêta pour tenir lieu de celle dont on lui avait fâkjt présent après la bataille de Moral, et que le manque d'argent ou une autre cause l'avait contraint de laisser en déf>ôi chez les Suisses. Le 15 septembre, il joignit à la Neuve- "ville la petite armée qui bloquait Nancy, et il déclara que l'on GDireprendrait enfin d'une manière sérieuse le siège de la capitale. Il établit son quartier-ogénéral dans la commanâerie de Saint-Jean, et, quand la nuit fut venue, il voulut faire le tour des remparts, afin de reconnaître par lui-même les endroits les plus favorables pour l'attaque. L'auteur de la Chronique, qui avait vu le premier siège, et auquel les alenlODrsde la ville étaient trés-familiers, s'offrit pour conduire

(1) V. ibid., col. Iixxii-lixxj ; Chron. de-RémaDd Heuein dlés par a>eTricr,ibid.,p. 2W-iU7.

(2; V. l'ouv. de H. BugucDJD, p. IS7-I60.

— sosie duc (i). Suivis d*une faible escorte, ils pareoanirenl el examinèrent en détail les anciennes lignes de circontallatioii creusées par les Bourguignons, et que Charles n'avait iaîl combler et détruire que très-imparfaitement. Cette exploration terminée, le duc appela ses capitaines, leur exposa son plan et leur distribua les différents postes. La principale attaque fut dirigée, comme Tannée précédente, vers la partie de Tenceinte qui regardait le sud-est, entre la porte Saint-Nicolas et la grosse-tour. Mais au lieu de battre en brèche cette tour, dont il connaissait la solidité, René fit canonner la coartine qui descendait vers la porte, le long de la roe de la Pépinière. Les autres portions de i*enceinte furent attaquées en même temps, quoique avec moins de vigueur, et les assiégeants, utilisant ce qui restait des ouvrages des Bourguignons, cherchèrent à compléter la circonvallation, afin de priver la ville de toute communication avec le dehors (2).

11 est impossible de connaître d'une manière exacte la forée de l'armée de René; mais, si on se rappelle qu'il avait i son service au moins huit mille auxiliaires allemands, on ne peut pas admettre qu'il eût moins de quinze mille hommes, et il recevak continuellement des renforts. Les chanoines et bourgeois de Toul se firent remarquer par le zèle qu'ils déployèrent pour venir en aide au duc de Lorraine. Tant que Charles-le-Téméraire avait paru invincible , la crainte les avait obligés k dissimuler leurs véritables sentiments. Après la bataille de Moral, ib n'hésitèrent plus à se déclarer. Le duc les fit prévenir par Jean de Serocourt, capitaine de Darney, que le sire de Bièfre comptait surprendre leur ville et y mettre une garnison bourguignonne pour s'assurer de leur fidélité. Cet avis fut mis à profit ; les bourgeois nettoyèrent les fossés et réparèrent les

(1) Le chroniqueur a soin d'ajouter que le Duc, qui crtigoait sans doute de faire des faux-pas, a la main sur son cspaulc luy mit n.

(2) V. Cliron. de iKirr., ibid., col. Ixxxj et Ixxxij.

remparts; les chanoines levèrent dans leur temporel cinq cents hommes déterminés, et quelques gentilshommes lorrains, entr^antres Guillaume de Hardémont, Jean de Dombrot, Jacques de Bouzey et Thierry de Thuiliéres se jetèrent dans la ville, par ordre de René, pour commander, sous l'autorité du maftre-échevin, la milice bourgeoise et les sujets du chapitre, duc de Bourgogne, informé de ce qui se passait, chargea 'esire de Vergy d'aller porter ses plaintes aux magistrats 4)ulois ; ceux-ci répondirent qu'ils n'avaient adopté le» mesu- '<s dont il.i^igitoail que pour défendre leur liberté menacée ; ne les gioUIshaoimes lorrains n'entretenaient aucun rapport ^^vec leur MPBvéMn, et que la cité entendait garder la neaisrslité la plus absolue. En toute autre circonstance ces explications n'auraient pas satisfait Charles-le-Téméraire , mais le fs&auvais état de ses affaires le rendit moins difficile, et il ne ^a^ea pas opportun de faire de nouvelles réclamations. Bien ^eu de temps après, et lorsqu'une partie de la Lorraine eut secoué le joug des Bourguignons, les chanoines confièrent au dac une grosse somme que l'ancien évèque Guillaume FillAtre teur avait remise pour une fondation, abandonnèrent i-René te tiers de leurs prébendes et lui accordèrent l'autorisation de \^er un demi-florin sur chaque conduit dans leurs domaines. 1^ bourgeois ne voulurent pas rester en arrière ; ils firent présent au duc d'une somme de deux mille quatre cents francs, lui prêtèrent* sans intérêts une autre somme de six mille francs, et lui envoyèrent deux pièces de canon et quarante arbalétriers (i).

Si l'armée des Lorrains était formidable par le nombre et par la valeur, le sire de Bièvre avait, comme nous l'avons dit, une garnison assez considérable pour repousser un assaut; il craignait peu les suites d'une attaque de vive force, et il fondait principalement ses espérances sur un corps d'anglais

(1) V. les pièces publiées par le P. Benoll, Hist. de Toul, p. 480 et 481.

commandé par les capitaines Colvin et John Middlelon (f ). Mais cette multitude de défenseurs avait ses désavantages dans une ville où les vivres étaient sur le point de manquer, et où il était impossible de s*en procurer de nouveaux.

Les Bourguignons , qui désiraient , sinon prévenir , au moins retarder Finvestissement de la place, faisaient un feu terrible sur les travailleurs ; toutefois, ils ne purent empêcher rachèvemcnl des lignes et l'établissement des batteries. Harnexaire, chargé d*observer la partie des murailles qui regardait le sud-ouest, le long du cours Léopold, était très-in* commode par les projectiles que les assiégés lançaient sor son quartier. Il disposa deux serpentines pour répondre i Tartillerie des Bourguignons. Ceux-ci n'en attendirent pas l'effet ; profitant d'un moment où les retranchements étaient mai gardés, ils sortirent en silence par la poterne Saint-Jeao, surprirent les lorrains ou pour mieux dire les allemands qoe commandait Uarnexaire, s'emparèrent des serpentines et les jetèrent dans le fossé. On vint précipitamment annoncer cette mésaventure à René, qui dit : « De par Dieu, j*ay espérance » que bref la ville à moy se rendra ; toute (rartillerie) que > j'ay ce luy faudra mectre ; celle-là y est ; cest avanta^ » m'ont faict ». Le duc fut plus heureux d'un autre côté ; deu grosses bomtmrdes, que l'on avait amenées vers la porte Saint-Nicolas, foudroyèrent la courtine voisine de cette porle* et personne n'osait plus se montrer sur le mur.

La faim , plus redoutable que les armes des Lorrains, se fit bientôt cruellement sentir dans la ville. Les soldais anghia se plaignirent les premiers ; mais le capitaine Colvin répria» leurs murmures et les engagea à prendre patience. C'était, dk Commynes, uu < très-vaillant homme, de petite lignée, et Fa- » menay avec autres de la garnison de Guynes au service àm

(t) LiCs historiens lorrains et autre:» ont altéré les noms de œft dnn capittincs.

» dac (de Boai^ogne) ». Halheoreoseinent pour les assiëgési Colfin fut emporté par un boulet (I), et las murmores recommencèrent aussitôt. Les Picards et les Flamands unireiM leurs plaintes à celles des Anglais. On panrint cependant à obtenir 'd'eux qu'ils attendraient huit jours, quoique ce ne fât « pas 9 leur usaige de mangier chairs de chenal ni de chien ». Le sire de Biè? re « fit tuer le plus beau coursier qu'il eust », et A donna on quartier à chacun de ses capitaines , en leur dint : « Messieurs, ne doublez de rien ; je suis bien asseuré que Mott^ptear de Bourgongne bien bref nous viendra jeiter hors de ee dàngier ». Les huit jours se passèrest us que tum eAl aucune nouvelle de Charles, ni de son aret les soldats sommèrent le gouverneur d'entamer des ociations pour la reddition de Nancy. Bièvre les supplia Fiàttendre encore et se mit à leurs genoux , en s'écriant : « Messieurs, je vous certifie, voicy venir Monseigneur de » Bourgongne, qui nous vient secourir ; je le vois à l'œil ». ?rières, menaces, promesses, tout fut inutile; les mutins décorèrent que si le gouverneur ne Voulait se prêter à leur désir, ils proposeraient au duc de Lorraine de lui livrer la ville, i condition qu'ils pourraient regagner leur patrie. Bièvre, voyant qu'il ne réussissait pas à maîtriser la soldatesque, prcKrivît de constater la violence qu'on lui faisait et annonça qu'il alhh capituler. Par ses ordres, l'anglais John Middieton et un autre eapitaine, appelé Hutin de Toullons (2) , se présentèrent, le 6 octobre, sur le boulevard qui couvrait la porte Saint-Nicolas et demandèrent à parlementer. Le bâtard de Yaodénont , le Petit Jean et Gérard d'Avillers les conduisirent à la commanderie et les amenèrent près de René , qui l'erepressa d'accorder tout ce que le gouverneur sollicitait (5).

(I) V. ConmiyneB, édit. de LcDgIet du Fresnoy, 1. 1, p. 275 et 276. (8) Nous ignorons quelle est la véritable orthographe de ce nom. (5) V. Chron. de Lorr., ibid., col. Ixxxj-lxuuj ; CommyDes, ibid.

La capitulation fut signée le même jour. « Les ebe? alicrs , » capitainnes , gentilz hommes nobles du pais et d*aill€iin, » aussi tous estraingiers gens de guerre, tant à piet {tie] » comme à cheval, de quelque nacion qu*ilz fussent, geu » d'esglise, bourgeois, habilans et manans de la fille di

» Nancey, qui ne^ vouldroient demeurer soubs el ei

» Tobéissance du seigneur duc », obtenaient Fautorisation di < partir de ladicte ville,.... avec leurs chevaulx, heraoîi, » bagues et biens quelconques, sauvcment et seuremenl. » pour aller où que bon leur sembleroit ». Le second artkh contenait une sorte d'amnistie en faveur des gens d'église e nobles du duché de Lorraine et du comté de VaudéinoB qui s'étaient librement enfermés dans la capitale, et auxquel René II permettait de se retirer chez eux et promettait de coft server « tous et quelconques leurs possessions, tiltres, béaé' » fices, places, maisons, hérilaiges, rentes, revenus, bien » meubles et immeubles...., ensemble la joyssance des liber- » tez, privilaiges et franchises que avant la conqueste que fit... » Monseigneur de Bourgoigne ilz et chascun d'eulx poufoki » et dévoient avoir de droict, us et coustume ». Le troisitei article assurait aux lorrains qui avaient embrassé le parti d Charles, et désiraient abandonner la Lorraine, un délai fm mois pour mettre leurs affaires en ordre, et leur confimnitl propriété de tous leurs domaines, à la seule charge -de tÊm acquitter les services féodaux attachés à ces biens. Ua article autorisait les habitants de Chaligny qui s'étaient giés dans la ville de Nancy, ou s*étaient expatriés, à dans leurs demeures, sans qu'on pût les rechercher à de rattachement qu'ils avaient montré pour le duc de gogne (i). L'article suivant disposait que les boargoignoM I étrangers malades ou blessés resteraient dans leurs U

(i) Ou a vu plus haut que Chaligoy était un domaine de la Neufchàtcl.

jusqu'à parfaite goérisoD, et deux paragraphes garantissaient aox soldats da sire de Bié^re la possession du butin qu'ils avaient fait, et reconnaissaient à John Hiddleton le droit c de » se faire paier de la rançon d'un prisonnier qu'il avoil » achetté aux gens de guerre estans à Nancey jâ piéçà prins» » par le consentement mesme dudict prisonnier qui l'en avoit » requis très-instamment » (1).

Dés que la capitulation fut signée , quatre cents lorrains entrèrent dans la Tille et occupèrent les postes les plus importants, en attendant le départ des Bourguignons qui ne devait avoir lieu que le lendemain, c Monsieur de Biévre, à » l'heure du disner, envoya à Monseigneur le Duc René im » grand pastel de chair de cheval, .en luy advertissant que » c'estoit la viande qu'ils mangeoient depuis peu de temps. * Quand le Duc René eut veu le présent, envoya audict sieur » de Bièvre et à toute sa noblesse force pastelz de venaison, > chappons et viandes de plusieurs sortes fort délicieuses, et » du vin de trois sortes et du meilleur. »

Le 7 octobre, dès le matin, les Bourguignons se disposèrent à évacuer Nancy ; les premiers détachements qui arrivèrent sur l'emplacement du faubourg Saint-Dizier furent arrêtés et dépouillés par les allemands campés dans les ruines du faubourg. Le sire de Bièvre en donna avis au duc de Lorraine. René défendit, sous les peines les plus sévères, de molester qui que ce fût et se rendit lui-même , avec ses principaux officiers et sa noblesse, près de la porte de la Craife, afin de faire respecter la capitulation. Le sire de Bièvre ordonna alors d'abaisser le pont-levis et sortit avec ses troupes. A la vue de ce vieux guerrier, René descendit de cheval, < mit la main » au chapeau > et s'inclina. Bièvre voulut en faire autant, mais

(1) Le Trésor des chartes (layette Nancy, I, n» 69) contient une copie anctenne de cette capitulation, qui est imprimée dans Calmet, ibid., col. oclxxziv-cclxxxyj .

— sosie duc Tempècha de quitler sa monture el lui dîl : c Monsirar » mon oncle, humblement vous remercye de ce qu*af ez ly » courtoisement ma Duchié gouverné ; et s*il vous plaist, Mon-

> sieur mon oncle, avec moy venir demeurer, je vous entre-

> tiendray comme ma personne ». < Ledicl Sieur de Biévre, » ajoute Fauteur de la Chronique, estoit fort gracieux sei- * gneur, tout aymable, non poinct rigoureux, ne cruel; ear

> durant le temps qu*il gouverna toute la Duchié, moult agréa-

> blement gouvernée Tavoit. S*ileust esté cruel, selon les r^p-

> ports qu'on luy faisoit , des maulx audict Duchié eusl faid » assez. > Sensible à la générosité de son vainqueur, Bîèvre lui répondit : < Monsieur, de ceste guerre ne m'en sçachiés » mauigré et me pardopnés, car j*aymasse mieulx que Mon- » seigneur de Bourgongne ne Teust jamais commenciée • (I).

La proposition que René fit au capitaine bourguignon» d'après la Chronique, parait singulière au premier coup d'oui; elle cesse toutefois d'étonner quand on se rappelle que la famille du sire de Biévre était alliée à la maison de Lorraine. Marguerite fille d'Antoine comte de Vaudémont, aîeol de René, avait épousé Antoine de Croy , dont la sœur Jacqueline était femme d'Antoine de Rubempré , et mère de Jean de Rvbempré sire de Bièvre. Jacqueline était donc sœur de Toacle de René II, et cette circonstance, qui nous explique le langage tenu par le prince , n'avait probablement pas été ëlruK gère au choix que Charles avait fait de Jean de Rubempfé pour gouverner sa conquête.

Quand le duc de Lorraine eut la certitude que la gnrmaon de Nancy avait pris le chemin de Luxembourg , il s'établilt avec ses troupes, dans le bourg de Saint-Nicolas et dans les villages voisins pour y jouir, pendant quelques jours, d*nn repos devenu indispensable. Les soldats n'avaient pas eo, dhi reste, de grandes privations à endurer pendant le siège de

(i) V. Chron. de Lorr., ibid., col. lxx:iiij el Ixxiiv.

Naney el la campagne qui ra?ait firieédé* Noire pays avait cruellemeDl souffert, depuis deux aos, du passage presque continuel et du séjour des armées ; néanmoins , ks vivres n'avaient jamais manqué dans le camp lorrain, et on avait toujouft pu s*y procurer à très-bon marché , souvent mène pour rien, les choses nécessaires à la vie. Aussitôt que le duché fut délivré de la présence de Tennemi, René donna ordre aux paysans de cultiver et d'ensemencer les terres, et, quoique tout fH prévoir que la lulte allait recommencer, et que per» sonne ne pàt compter sur une récolte, on se conforma généralement à cette prescription.

Beaucoup d'auxiliaires allemands, s'imaginent que la guerre ^tail finie, ou fatigués de servir si loin de chez eux, s'en re** tournèrent dans leur patrie ; ce qui affaiblit notablement l'armée de René ; mais, par compensation, il reçut de Louis XI la promesse d'un. secours pécuniaire, qui ne lui parviat^u'au mois de novembre suivant (1).

Les Lorrains étaient à peine installés dans leur^ quartiers lorsqu'un messager accourut, annonçant que le duc de Bourgc^ne était entré en Lorraine du côté de Neufchàteau ets'a-^ Tançait rapidement dans la direction de Toul. René assembla sur-le-champ tous ses capitaines, el il fut décidé que l'on irait au devant de l'ennemi , bien que l'armée lorraine fût inférieure en nombre. Charles, espérant quç le sire de Blèvre défendait encore Nancy , faisait diligence pour le secourir avant que la faim le contraignit à se rendre. En arrivant auprès de Toul, le 14 octobre, le duc apprit avec dépit que Bièrre avait capitulé depuis huit jours. Il témoigna le désir de prendre son logement dans la ville ; mais les Toulois, moins obséquieux qu'au commencement de l'année, refusèrent poliment, sous prétexte qu'ils étaient neutres, et prièrent Charles de s'arrêter dans les faubourgs. Il dévora cet affront,

(I) V. Cbevrier, ibid., p. SSfO.

se remit ea roote le lendemain el arriva le 17 octobre dan» le bourg de Dieulouard ; il comptait marcher ensuite sur Poolà-Housson et s'en emparer, aOn de rétablir ses communicttions avec le Luxembourg et de recevoir les vivres que dettit fournir Tévèque de Metz, dont il était redevenu l'allié. Il venait d*opérer sa jonction avec un corps d'armée que Campo-Basso avait réuni du côté de Thionville. Ces dernières troupes étaient prêtes depuis plusieurs jours, et si Campo- Basso l'avait voulu, il aurait pu , selon l'avis de certains écrivains, faire lever le siège de Nancy ; le sire de Biévre tm était tellement persuadé que, lorsqu'il rencontra l'Italien pris de village de Magny, à une lieue de Metz, il li|i reprocha amèrement son inaction et ne craignit même pas de rappeler traître à trois ou quatre reprises différentes (1).

Le duc de Bourgogne croyait se rendre facilement le maître de Pont-à-Mousson. Il se trompait. René, instruit des moisdres mouvements de son adversaire, avait jeté dans la place une bonne garnison el occupait lui-même le village d*Aotreville, situé sur la rive droite de la Moselle, à peu près ▼is4-râ Dieulouard. Les Bourguignons ne pouvaient songer à traverser la rivière en présence de l'ennemi, et, pendant loote h journée du 47, les deux armées se bornèrent à se canoMiery sans grand dommage. Sur le soir, le duc de Lorraine convoqua un conseil de guerre ; on prit, sans doute imprudemoMBl» la résolution de décamper, et, quand l'obscurité fut complélOt on se dirigea vers Pont-à-Mousson , où l'on arriva Tera mi-^ nuit. Le 48 au matin, Charles, n'apercevant plus peraoHO sur la rive droite, franchit la Moselle , s'empara d'AutrefOb et se mit en communication avec l'évêque de Metz , qoi II amener des vivres, dont on avait le plus urgent beaoio» car les Bourguignons n'avaient vécu que de maraudage dcpwa qu'ils avaient quitté les environs de Tool.

(1) V. Touv. d< M. Hugueiiin, p. i7% 177 et 178.

— Si4 —

Lt iHiase OMOCBOfre des LorraioB ne larda pas à porter att frails. Eo s'enferroant à Poot-à-Moossoo , au lieu d'opéror aa retraite sur Nancy, René 8*éioignaii du centre de ses élata et se plaçait dans rimpossibilité de rece? oir les renforts, les aM* nitiotts et les vivres qui loi étaient indispensables. Le cootî»gent du comté de Vaudémont , fort de trois cents bomneSt était entré à Nancy le 17 au soir ; il en voulut partir le .48, dans la journée, pour rallier l'armée lorraine, quoique Têo connât déjà sa retraite et le passage de la Moselle. On repfé» senta avec vivacité aux chefs de ce contingent qu'ils courAent à leur perte , parce que les Bourguignons tenaieni 4ou8 les villages situés sur la route de Pont*à-Housson; et le siraiie Bibaupiei^re, qui était à Nancy, avec quelques cavaliers, c^ désirait également rejoindre Je duc, n'osa suivre les gens de Vaudémont. Ce que Ton avait prévu se réalisa de point en point. Le contingent n'eut pas plustôt dépassé le village d'Autreville qu'il fut attaqué avec vigueur, et si l'on ne se fût trouvé prés d*un bois, pas un seul homme n'aurait réussi à s'échapper. Deux cent quatre-vingts furent tués ou pris ; vingt seulement parvinrent à gagner Pont-à-Mousson , où ils apportèrent la nouvelle de leur défaite.

Le 49, les deux adversaires se préparèrent au combat ; Charles avait rangé ses soldats sur le versant septentrional de la montagne Sainte-Geneviève , et les Lorrains déployaient leurs lignes sur les hauteurs d'Alton. La pointe occidentale de la forêt de Facq séparait les armées et les empêcha d'en Tenir aux mains, parce que René craignit d'aborder ses ennemis avec désavantage en traversant la forêt , et que Charles, dont les troupes étaient cependant supérieures en nombre, éprouva, sans doute, une appréhension du même genre. On se canonna pendant toute la journée , et sur le soir chacun CBffipa dans le lieu qu'il occupait ; mais à dix heures, le duc de Lorraine alluma quantité de feux, pour masquer sa retraite, et retourna dans la ville de Pont4-Mousson. Le 90^

— 5iâ —

Charles, voyaDt que ses advemires a i i iklil

for les hauteurs d'AtUm, el, le 24, il ila an

Lorrains et prit position sur la eroupe de m le de

Mousson, dont le château avait probablement une i aisopi trop ftiible pour inspirer de Tinquiétude à une grande armée. Le duc de Lorraine fit prendre les armes à ses soldats , sorth de la fille et arrêta ses dispositions pour répondre au défi de Ourles-le-Téméraire. On se canonna d*abord, comme Ta? aH- ▼eille, puis René ordonna de marcher à Tennemi ; mais les auiiliaires allemands refusèrent fort iJement d*obéir et demeurèrent immobiles. Le duc, consterné de cette insubordination, resta sur le terrain jusqu'à la nuit, fit allumer trois ou quatre cents feux pour tromper les Bourguignons el rcA» tra encore dans la fille. Vers minuit, un horrible tomille éclata tout-à-coup , et on apprit à René que les AllemaBdai après s*ètre plaints de n'a? oir pas touché la solde qo*oo lew avait promise, avaient jugé à propos de se payer par leva mains et livraient au pillage les maisons dans lesquelles ils étaient logés. Le duc, c moult esbahi » , appela prè$ de lai les capitaines allemands et leur dit : c Messieurs, eomoMolst quelles nouvelles j'ay entendues, que vos gens sont et qu'ils rompent les bouticles et coflres de leurs sieurs, je vous prie tous que soyons d'accord, et qa*ils fossent telsdommaiges à leurs hostes ; vous sçaves que de ceste ville nous font et ont faict tous services qu'ils vent ; ils ne sont poinct nos ennemys ; je vous prie de aller remonstrer que, si je leur dois aulcunes choses, je mets de les bien contenter. > Les capitaines harsugaéiip leurs soldats et les engagèrent à mettre fin à ces scènes afli géantes ; on obtint même la restitution de quelqnes-uas dr objets enlevés ; toutefois, le calme ne se rétablit pas; I auxiliaires déclarèrent qu'ils voulaient partir , qu'ils élaiff trahis , que le duc les suivrait , s'il le jugeait à pi0|w mais qu'il» n'attendraient pas un instant de pins, al i

li on ne leur ouvroil pas les portes, ik les enfoseeniieBl.

On abiissa le pont-le? is de la porte de Maîdière^ et 'ûb 80^

tirenl en désordre. René monta précipitamment à clieval aveé

sa noblesse et qaitta Pont-â-Mousiion , qa'il ne pouvait plos

défendre. On n'eut que le temps de sauver l'artillerie, ^ on

abandonna tous les bagages. Le duc de Lorraine courut après

les Allemands, les arrêta et leur dit : < Messieurs, pour

* Dieu, meetez-vous en bataille, afin que nous ne soyon» per*

» dus....! Vous voyez à un traict d'arbalestre nos ennemys ;

-M s'ils veoyoient que nous soyons desvoyez et sans ordre, ili

-^ MHS feroient grand déshonneur ; je veuh vivre et mourir

=■» avec voQs ; je vous promects, foy de prince, devons sy bien

^ contenter que de moy vous vous louerez. » Ces paroles irem

cai^mprendre aux soldats la nécessité de se rallier ; les divers

se reformèrent, « les couleuvrines ensemble, les pic-

quiers de mesme et les hallebardiers aussy ».

Le duc de Bourgogne, averti du départ de ses adversaires»

t présenta à la porte qui regarde Mousson au moment où

Miz-ci achevaient de défiler sous la porte de Maidière, et il

lit certaioement les poursuivre, quand un épais brouillard

i^^leva fort à propos pour lui dissimuler les mouven^ents des

L^i^rrains et favoriser leur retraite. Ils se dirigèrent sur Nancy,

0!^ passant près de Liverdun. Le bac qui servait à franchir la

MoseUe ne pouvant recevoir une armée, les cavaliers furent

obligés de prendre les fantassins en croupe, et le duc en

transporta plus de trente pour sa part. Quand il fut dans les

environs de sa capitale, il adopta toutes les mesures propres à

SMtre cette ville en état de soutenir le nouveau siège dont

elle était menacée ; il y fit entrer un bon nombre de soldats

éproQvés, dont il confia le commandement à Ménault et à

Gntien d'Aguerre, au Petit Jean de Yaudémont, à Pierre

d'Oriolles, à Vautrin du Fay, au capitaine gascon Pied-

de-Fer *^et au capitaine Fortune, qui devait abandonner la

caose de René. On conduisit dans Nancy ce que l'on ramassa

de TÎTres et de manillons dans le bourg de Rosières , à EinTille, à Saint-Nicolas-de-Port et dans les villages Toisins; malheureusement, le pays avait tant souffert de k guerre , qu1l fut impossible de procurer aux bourgeois et i la garnison de Nancy les approvisionnements convenables. Une députation de la bourgeoisie^ qui était venue conférer avec le duc aOn de bien connaître ses intentions, répondit cependant que Ton avait assez de vivres pour tenir deux mois; le prince promit de secourir la ville avant Texpiration de ee laps de temps et engagea chacun à faire son devoir.

Les restes de l'armée s'étaient logés dans le bourg de Saiii- Nicolas. Ils y eurent bientôt une alerte ; on répandit le brait que Charles s'approchait avec toutes ses forces, et les Lorraias allèrent se mettre en bataille entre Saint-Nicolas et le Tiltage de la Neuveville ; mais on ne tarda pas à leur annoncer que les Bourguignons, qui attendaient d'un moment à l'autre des renforts considérables, n'avaient pas encore quitté Pont-à-Hoasson. René, qui « estoit en grande mélancolie > et n'avait plw assez de soldats pour continuer la guerre avec espéranee de succès , résolut de distribuer ses troupes dans les places les plus importantes , et d'aller lui-même stimuler la lenteer de ses alliés. Malhoriy fut chargé de garder Rosières, avec quelques centaines d'allemands ; d'autres allemands, coromeadés par un capitaine de leur nation, entrèrent à Lunéville; k duc conGa Gondreville au bâtard de Vaudémont ; Bniyérei I Pierre du Fay et à Vautrin de Vaubecourt ; Mirecoarl I Henri et a Fcrri de Tantonville ; Vaudémont à Nieoles nm Collignon de Ville ; Épinal à Vautrin Wisse ; Arches ta sire de Hardémont ; Saint-Dié à Jean d'Haussonville , et Rie* miremont au capitaine Harnexaire (1).

René prit ensuite le chemin de l'Alsace, avec une

(i) V. ChroD. de Lorr., ibid., col. Ixxiîv-Inxviij ; p. SS!-S86.

de mercenaires allemands qui s'en retournaient , et aaxqaels il devait encore deax ou trois cents florins. Quand ils forent arrivés à Raon-FEtape, ils fermèrent les portes de cette petite ville et signiGèrent au duc qu'ils ne les ouvriraient pas avant d'avoir reçu la somme qu'ils réclamaient. Le prince éprouvait le plus grand embarras, car ses ressources étaient presqu'entièrement épuisées, et il n*e savait comment satisr faire la soldatesque au pouvoir de laquelle il se trouvait. Un bourgeois de Raon, nommé Cachet, avait heureusement quelqu'argent à si disposition; il l'apporta à René i plusieurs dames mirent leurs bijoux en gage, et on parvint de la sorte à rassembler la somme nécessaire pour payer les soldats. Le duc, redevenu libre, continua sa route et se rendit à Strasbourg, puis dans la ville de Bâle. Il y rencontra les députés des princes allemands et des villes impériales avec lesquels il était allié, et il leur demanda des secours suffisants pour lui permettre de faire lever le siège de Nancy et de repousser le duc de Bourgogne. Après bien des délibérçitions, les députés répondirent qu'ils étaient prêts à fournir les contingents qu'ils avaient promis, mais que la coopération des Suisses était indispensable. René le comprit et parcourut successivement les différents cantons ; il rencontra d'abord plus de protestations bienveillantes que d'assistance réelle , parce qu'un légat du pape Sixte lY négociait, par ordre du souverain-pontife, un traité de paix entre le duc de Bourgogne et les Suisses, et ne cessait de représenter à ces derniers que Charles, éclairé par les défaites de Granson et de Morat, était résolu à respecter désormais leur liberté; que ce prince souhaftait ardemment de rétablir avec eux des rapports d'amitié, et que, dans les circonstances présentes, il serait imprudent et même condamnable de se livrer à des hostilités nouvelles. Le duc de Lorraine, ne pouvant rien obtenir des gouvernements, fit appel à la jeunesse suisse ei offrit une solde et des récompenses à ceux qui s'enrôleraient à son service. Il ne vit d'abord

personne répondre à cet appel, mais quand il eàl bit qa'il payerait quatre florins par mois à toat soldai qai rallierait sa bannière, les auxiliaires arrÎTèreni en foule. Les ai* gisirats des cantons, qui avaient peut-être favorisé sous main les efforts de René, jugèrent à propos de ne pas laisser sans direction les rassemblements considérables d*hommes armés que Ton avait formés dans divers lieux, et ils leur donnèrent des chefs et des enseignes.

Pendant que le duc essayait de réunir une armée, Cbarletle-Téméraire, redoutant Farrivée de ce secours, pressait le siège de Nancy. Avant de quitter Pont-à-Mousson, il avait reçu des renforts qui avaient porté son armée à vingt mille hommes, et dès le ââ octobre il avait investi la capitale de la Lorraine.. Ses troupes s*étaient établies dans les treachées creusées pour le dernier siège , et que les Nancèiens n'avaient pas eu le temps de détruire pendant les quioie jours qui s'étaient écoulés entre le départ du sire de Bièvre et le retour du duc de Bourgogne. Sans parler d'une batterie qui foudroyait la courtine rattachant la grosse-tour i la porte Saint-Nicolas, une énorme bombarde ne cessait d'eovoyer des projectiles sur la porte de la Craffe. Une aetre bombarde ébranlait de ses coups répétés la tour Bar ce 8eratle, qui s*élevait vers Textrémité occidentale de la me éê Haut-Bourgeois. Les paysans lorrains ne fournissaient des livres à Tarmée bourguignonne que lorsqu'ils y étaient forcés, mais l'évèque de Metz ne la laissa d'abord manquer de riea. Malgré la rigueur de la saison, Charles se flattai) de contrai»» dre bientôt la ville à capituler, et, le 30 novembre, il éerhail au mayeur et ai|x échevins de Dijon : c ... Nous espénme » dedans brief temps avoir entièrement recouvré cestay oolra » pays de Lorraine » (i).

Les capitaines auxquels René avait, confié la défense des

(i) V. ArohiTCs de 11i6td de vUle de Dijon, rc^iitre I, n* I79L

forieresscs voisines de Nancy ne négligeaient rien pour raleotir les progrés du siège , et harcelaient continuellement les Bourguignons. Malhorty qui commandait à Rosières , ayant appris^ dans les derniers jours d'octobre, qu'un convoi, composé de huit voitures chargées de vivres et de vêlements, étaii parti de Rambervillers pour le camp de Charles-le- Téméraire, Malhorty, disons-nous, s'embusqua près du village de Ferrières^ s'empara des huit voitures et partagea le butin entre ses soldats. Le jour de la Toussaint, à dix heures du soir, le bâtard de Vaudémont sortit de Gondreville avec quatre cents hommes, auxquels il avait distribué des échar* pes blanches pour qu'il leur fût possible de se reconnaître malgré l'obscurité , traversa la forêt de Haye et vint , à une heure du matin, surprendre un détachement ennemi logé dans le village de Laxou. Les Lorrains fouillèrent d'abord les maisons qui formaient la partie basse du village jusqu'à la rue de la Fontaine ; pendant ce temps, les bourguignons qui occupaient la partie haute s'éveillèrent au bruit, se réfugièrent dans l'église et sonnèrent le tocsin. On donna aussitôt l'alarme dans le camp de Charles, qui n'était pas éloigné de plus d'une demi-lieue, et des troupes nombreuses se dirigèrent à la hâte vers Laxou ; mais, croyant avoir affaire au duc René en personne, elles n'osèrent s'avancer beaucoup au delà de la censé de Sainte^Anne, et le bâtard s'en retourna à Gondreville, sans être inquiété^ avec des prisonniers, trente chevaux et du butin. Les défenseurs de Nancy s'étaient imaginé, comme les assiégeants, que le duc arrivait à leur secours avec une armée, et, pour opérer une diversion, ils ne cessèrent, pendant la nuit, de faire un feu terrible sur les lignes des Bourguignons ; à la pointe du jour, ils reconnurent leur erreur, mais ne perdirent pas courage.

Vers le même temps, quatre cents cavaliers très-bien montés, et qui venaient de Bourgogne , traversèrent une partie de la Lorraine pour rallier l'armée de Charles. Arrivés à Tonnoy,

ils pensèrent pouvoir y coucher sans péril, parce quMIs étaient peu éloignés de Bayon , de Ncuviller-sur-Hoselle et de Richardménil qui avaient reçu des garnisons bourguignonnes. Un habitant de Tonnoy se rendit à Rosières et offrit à Mal* horty de Tamener jusqu'au milieu du village, à Tinsu des ennemis, quoique ceux-ci fussent sur leurs gardes. La proposilÎM fut acceptée, et, à minuit, la garnison de Rosières pénétra dans Tonnoy, fit main-basse sur tout ce qu'elle rencontra dans les rues, enfonça les portes des maisons, tua les soldats qui voulurent se défendre, en prit plusieurs et se retira avec cent quarante chevaux et une quantité d*armes et de bagages. Les chefs des Bourguignons s'étaient logés dans le château ; ils y recueillirent le reste de leurs soldats , et, quand le soleil fut levé , ils mirent le feu dans le village et vinrent raconter leur désastre au duc , qui jura de se venger de Malhorty.

Le 30 novembre, Vautrin Wisse, gouverneur d'Epinal» apprit que les sires de la Rivière et de Couches regagnaient la Bourgogne , avec une escorte de deux cents cavaliers, H devaient passer la nuit dans un village voisin de Dompaire. Il y courut avec ses soldats , mais, en approchant du village, le i" décembre au matin, il fut averti que les ennemis étaieal déjà en route. Présumant, et non sans raison, qu'ils iraicBl chercher un gilc à Fontenoy , où se trouvait une garnison de leur nation , il fil un grand détour dans les forêts, et, malgré le froid et la neige, se mit en embuscade près de ce boorg, pour tomber sur les Bourguignons quand ils en sortiraient k lendemain. Ceux-ci curent connaissance du projet, .restèrent dans Fontenoy et se préparèrent à opposer une résistance désespérée. Wisse, craignant de perdre du monde dans une attaque de vive force et comprenant qu'il avait manqué son coup , se borna à faire une excursion sur la frontière de la Franche-Comté , où il enleva plus de trois cents tètes de bétail. Huit ou dix jours après, la garnison de Fontenoy désira prendre une revanche , s'avança jusque dans les enfirens

d^Epinal et s*empara de beaucoup de bestiaux. Vautrin Wisse donna la chasse à ces pillards , les atteignit à une lieue et demie de Fontenoy et les tailla en pièces. Le iO décembre, André d*Haraucourt, qui combattait dans les rangs des Bour^ guignons, fit essuyer un échec à la garnison de Ville. Il conduisit dans le château de Darney dix-huit ou vingt prison- DÎers , qui parvinrent à s'échapper bientôt après.

Charles ne pouvait maîtriser son impatience en voyant que les Nancéiens continuaient à se défendre avec plus d'obstination que jamais. Comme il n'ignorait pas que la ville était mal approvisionnée , il avait espéré d'abord qu'elle capitule-

rail assez promptement, et n'avait pas voulu, pour ménager la vie de ses sujets, livrer des assauts toujours meurtriers. Mais les intempéries de la saison et les maladies qu'elles engendrèrent firent périr plus d'hommes que le fer. Le camp était rempli de soldats hors d'état de rendre aucun service, et on les envoya à Saint-Nicolas, afin qu'il leur fût plus facile de se rétablir. Malhorty, sachant qu'ils ne se tenaient pas sur leurs gardes, demanda du renfort au gouverneur de Lunéville , et entra , pendant la nuit , dans le bourg de Saint-Nicolas, qui n'avait ni portes, ni murailles. Les Bourguignons, la plupart blessés, malades ou endormis, furent accablés avant d'avoir pu se mettre en défense; plusieurs réussirent à se réfugier dans l'église dont ils barricadèrent les issues, et ils commencèrent à tirer avec leurs arbalètes sur les lorrains qu'ils apercevaient. Malhorty attaqua l'église; ses soldats y pénétrèrent après un sanglant combat, et les Bourguignons, investis de toutes parts, jetèrent leurs armes et se retirèrent dans le sanctuaire, où ils se croyaient en sûreté; quelques-uns montèrent même sur le grand-autel et embrassèrent la statue de saint Nicolas ; mais les Lorrains, égarés par le ressentiment et enivrés de leur succès, ne firent grâce à personne et massacrèrent ces malheureux. Malhorty réunit les chevaux que l'on trouva dans les écuries, et qui

élaieot bienaa nombre de dix-boit cents, chargea le batin des chariots et regagna sa forteresse à la pointe da jour.

Ceux des Bourguignons qui s'étaient échappés- au miliea da tumulte allèrent , en toute bâte, avertir leur souverain ei dirent c que c*estoient ceulx de Rosières qui avoient faict cette » destrousse ». Charles résolut alors de punir sur-le-cl Taudacieux capitaine qui lui avait fait éprouver d*i déplorables échecs. Confiant la garde de ses lignes à on corps de troupes suffisant pour contenir les Nancéiens, il se dirigat vers Rosières avec le gros de son armée. Son avant-garde, qii marchait avec trop peu de précautions, fut complètement débite* « MonsMalhorty n*estoit endormi, dit Thierriat,ellaiiaa » venir et s*embarrasser les Bourguignons qu'estoient à Tavaiiee » en certain lieu.fangieux, joignant la croix de Monsieur saiael

> André. Et furent attaquez en temps que n*y songeoieiH, al

> mis en tel désappoinct que n'en eschappa qu*un seul qui » fut porteur de telle nouvelle. De ce le Bourguignon est » grand rage en son cœur, et ne put tenir en place que n*»- » vançast et vouloit franchir la glace; mais n*estoit place oè » ne fust Malhorty ; de ce furent les Bourguignons en tel dé» » sarroi que s*en départirent, non sans grands juremeos éê » la part de Monsieur de Bourgogne (i). > Celui-ci fui oUj|é de rentrer dans $on camp. Immédiatement après, il coavoqM ses capitaines et leur signifia qu'il fallait tâcher de prendra Nancy, avant que le froid et les maladies eussent achevé di détruire son armée. On redoubla en conséquence le fen di rartillerie, afin de pratiquer des brèches assez larges que Ion pût donner un assaut. Les Nancéiens, qui connu le départ de Charles-le-Téméraire, avaient espéré, om seconde fois, voir arriver le secours qu'ils atteodaieol depvis si longtemps; ils n'avaient cependant pas jugé i propos do faire une sortie pour opérer quelque diversion, el le

(i) V. Mémoires, règne de René II, dans le reeoeil cité.

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retour de Oiarles déiruisil de iKNi?eaa leurs illosions, mail n*abattil ni leur coarage, ai leur eoDStaoce (1).

La rigneor de l'hifer et les armes des Lorrains ne travaillaient pas seuls à la ruine de Charles ; la trahison allait y joindre ses efforts. Quoique Campo-Basso fût depuis plusieurs aai^ au service de ce prince, il n'oubliait pas qu'il avait eombatto pour la maison d'Anjou, et qu'il avait obtenu comme récompense la principauté de Commercy. Quand il s'aperçut que la fortune commençait à abandonner le doe de Bourgo* gne, il eut regret d'avoir rompu ses anciens e^fagements , et fit secrètement proposer i René II et i Louis XI de leur livrer son maître. De pareilles offres furent d'abord repoussées, et le roi de France prévint même Charles de se défier de Campo-Basso ; mais ce <sonseil n'eut d^utre résultat que d'augmenter la confiance du Boui^giiignon dans son indigne lieutenant, et il répondit, non sans une apparence de raison, que si Gampo-Basso avait voulu le trahir, le roi ne l'en au* rait pas averti. René fut moins sévère que Louis ; il accueillit plus tard le^ propositions de l'Italien et lui promit une magnifique récompense , s'il pouvait l'aider à recouvrer son duché. Campo<Basso, désireux de la mériter, tâcha de faire traîner en longueur le siège de Nancy , en retardant l'arrivée des munitions de guerre et en suscitant d'autres obstacles. Un outrage qu'il reçut du duc de Bourgogne acheva de rompre les liens qui l'attachaient, du moins extérieurement, à la cause de ce prince (â). Mais, avant de parler de cet incident, i^ est nécessaire de retourner en Suisse, où nous avons labsé le duc de Lorraine occupé à demander des secours que Ton paraissait peu disposé à loi accorder. Jean Waldmann, avoyer de Zurich , qui avait admiré la valeur de René à la bataille

(i) V. Chron. de Lorr., ibid , col. Izuviij-ieij. (t) V. lléiiioîrei de GommyiMi, édit. de LeogM da Fkvmoy, t. 1, p. 277-280.

de Moral, fil toutefois de telles instances en sa faveur, que le conseil de ce canton promit un contingent que Ton devait mettre en marche le lendemain de Noël. Sur la demande de Zurich, une dicte fut convoquée à Luceme pour le 25 novembre , ei les cantons s'engagèrent à fournir, dans le délai d'un mois , des contingents proportionnés i b. population et aux ressources de chacun. Le duc conclut , cet effet, des traités séparés avec les différentes villes (i), el,^-^ grâce à une somme de quarante mille francs que Louis \VK^ venait de lui faire remettre , il fut en état de donner imi diatement une gratiflcatlon à chaque soldat.

René avait près de lui le sire de Bassompierre , Jean Vaudrey, et son maitre-d'hôtel , Suffren de Baschi, gentil homme provençal (2). Ce dernier, quoique malade de la fièrre depuis plusieurs jours , offrit de se rendre en Lorraine el de faire tous ses efforts pour pénétrer dans la ville de Nancy, alla d'annoncer aux habitants qu'ils-allaient être secoaros. Le doc rayant autorisé à exécuter ce projet, Baschi gagna le chàtetB de Vaudémont, où il trouva Gérard d'Avillers, les d' Aigrement, de Tantonville et quelques autres mes. Il leur fit connaître les bonnes nouvelles dont il était porteur, et demanda si Ton pouvait lui procurer an gaide qui le conduirait aussi près que possible des murailles de Nancy. Un soldat qui l'écoutait se présenta et assura qnTil mènerait le mattre-d'hôtel jusqu'au bord du fossé. Les Dobki que nous venons de nommer voulurent accompagner Baschi. Après s'être chargés de sacs de poudre et de provisioos de bouche, ils vinrent a l'abbaye de Clairlieu, et quand la nuit M profonde, ils traversèrent le plateau boisé qui sépare ce

(1) Le traité conclu avec Soleure se trouve au Trésor des ck., bjfclli Suisseif n<> 3. Il est daté du 30 novembre.

(2) Les anciens historiens lorrains n'ont pas connu le véritable nom d> ce gcnlilliomme et rappellent Chiffron de Vachiéres.

1ère en vallon de Boadonville, et suivirent le cours du roissean lir leqad sont alimentées diverses fontaines de Nancy. Gomme e mmeaa, gonflé par les ploies, était débordé ^t couvrait un mtaiii espace de terrain, les assiégeants avaient été conraliUs d'interrompre en cet endroit leurs lignes de eirconvalitioo, et le guide qui connaissait le passage se proposait d'y ondoire les Lorrains. Ceux-ci marchaient à la file, et les ireiaiers arrivèrent, sans être aperçus, jusqu'fm boulevard IbI couvrait la porte de la Crafie, sautèrent dp^lo fossé et lièrent: Lorraine! Lorraine! pour que l'on vfniles recevoir, iasehi s'étant un peu écarté rencontra une tranchée qu'il ne »iil firanehir, parce qu'il était affiiibli par ia fièvre ; quelques oldats le firent prisonnier et donnèrent l'alarme. Les gentilsiHDDes qui suivaient le maître-d'hètel retournèrent aussitàt ar leurs pas. Les Bourguignons s'avancèrent jii^n'aux fossés, Bn de tirer sur les lorrains qui y étaient descendus; mais !f Nancéiens alhimèrent un bon nombre de torches pour dairer ces derniers, çt firent un si grand feu de leurs serentines, que les assiégeants coururent chercher un abri derière leurs lignes.

fiaschi fut traîné devant le duc de Bourgogne, qui voulut

interroger lui-même (i). N'en ayant tiré aucun renseigne-

aents sur les projets des Lorrains, il prescrivit de l'accrocher

un gibet. Campo-Basso et Galeotlo, qui connaissaient le

aptif, prièrent Charles de révoquer cet ordre, et lui firent

emarquer que ses adversaires avaient en leur pouvoir des

fficiers de marque sur lesquels ils se vengeraient, selon tou-

38 les apparences. Baschi lui-même se jeta aux genoux, du

rince et lui dit : c Au nom de la Passion, saulvés moy. la

vie, et ne me faictes ai&sy pauvrement mourir ! Je suis bien

asaeuré que dix ou douze des.meilleurs prisonniers que les

Lorrains tiennent , pour moy les aurez ». Le bâtard de

(1) GhroD. de Bémond Metsein iîtée par Chemot, îbid., p. S68.

Bourgogne, le sire de Bièvrc, les comtes de Nassaa el de Chimay joignirent leurs supplications A celles du mallred'hôtely et Campo-Basso s'écria : c Monsieur , il a fiiiel > comme loyal serviteur. Si un de nous autres estoit prins » en vous servant, on le pcndoil, vous ne seriez pas con- » tent ; vous certifie que se mourir le faictes , beaucoup 9 de vos gens mourront pour luy. » Charles ne répondit i cette judicieuse observation que par un soufflet, et Campo- Basso, qui ne laissa rien transpirer de la fureur qu*il éproiH vait, s'affermit dans la résolution de trahir le duc, à la première occasion favorable. Baschi fut conduit vers une potence dressée auprès de la fontaine Saint-Thiébaut ; comoe il craignait la mort, il dit au prévôt des maréchaux , qui présidait aux apprêts du supplice, que si on le ramenait devant le duc, il lui révélerait un secret tellement important , que ce prince ne manquerait pas de lui accorder la vie. Ge secret nVtait autre chose que Toffre faite à René par Campo- Basso. Suffrcn avait servi d'intermédiaire entre ritalieo el le duc de Lorraine, il connaissait tous les détails de la négociation, el c'est pourquoi Campo-Basso avait fait tant d'instancei pour obtenir que le maitre-d'hôtel ne fût pas mis i mort. Le prévôt ayant consenti à surseoir à l'exécution , on Toalat annoncer à Charles que le condamné désirait lui faire part twm secret ; mais Campo-Basso , qui se tenait devant la porte da la tente de son maître, n'y laissa entrer personne , décIaraH que Charles n'entendrait plus rien et enjoignait dVxéeater aei ordres sur-le-champ ; en sorte que Baschi , après a*iM confessé, fut accroché à la potence. Le lendemain, G^ravl d'AvilIcrs et les sires de Tantonville firent signe qu'ils à parler à rolTicîcr bourguignon qui commandait dans la chée voisine de la porte de la Craffe, et demandèrent qne Ton traitât le prisonnier avec humanité. Le bâtard de Bourgogne, qui se trouvait près de là, leur annonça ce qui s'était pnaaè, et les assiégés réclamèrent le cadavre de Baschi pour hl don»

oer une sépultore honorable. Chuples refosa d'abord ; mais ses priociinox oflSciers l'ayant sopplié de ne pas primer de cette satisfaction les amis du maftre-d'hôtel, le doc leui; fit déli?rer le corps ^ qui fut reçu processionnellemisnt , porté à Saint- Georges et inhumé dans le sanctuaire (i).

Bien que Charles prétendit que le droit de la guerre l'autorisait à agir de cette manière. , le supplice de Sufiren de Baschi fut regardé partout comme on assassinat, et le duc ne tarda pas à en éprouver de. cuisants regrets. JEé .fiffet» le jour qui saint les (tanérailles du malheureux gerimomme, les assi^;és pendirent un prisonnier bourguignon à l'extrémité d'one pootre qu'ils firent sortir par oœ des. fenêtres de la grosse-tour, et laonnois. assure même que, dans le XVIII* siéde, on voyait autour de la baie occidentale do clocher de Saint-Epvre quelques crochets en fer auxquels les Nancéiens avaient pendu plusieurs officiers bourguignons {%). Quand la nouvelle de l'attentat commis sur la personne de Baschi parvint aux oreilles de René, ce prince enjoignit de fiiire subir le même supplice aux ennemis détenus dans la forteresse de Gondreville , et promit d'indemniser ceux de ses sujets qui eomplaient en tirer des rançons (3). Les prescriptions de Bené ftirent ponctuellement suivies. La chronique de Lorraine npporl# même qne les prisonniers bourguignons que r4>n gardait i Ipinal, Mirecourt , Lunéville et Rosières furent mis à mort comme ceux de Gondreville, et qne te nombre de cçs iftfortanés s'éleva au moins à cent vingt. Le jtésultat de ces Uémables représailles fut de répandre la terreur parmi les

(1) V. Commynes, ibid. ; Chron. de Lorr., ibid., col. idj-zcrj. (S) V. Histoire de Nancy, 1. 1, p. 221. L'usertion de lionnois ne semble pet ezaole, et la chronique de Lorraine ne dît root dp sopplîee de ees

(5) Le mandement de René est imprimé dans Calmet, ibid., col. cxxiij •C ezxiv. n est daté par erreur da !•' décembre, car la mort de SoflRren et lea éfteenenli qui h aoifîreùt iont oéeaiaairaDeBt ptas réesnta.

soldats de Charles, qui n^osaient plus quitter leurs lignes, ni s'écarter du camp, dans la crainte de tomber entre les mains de leurs adversaires.

La position des Nancéiens n*en était, au reste, pas moins difficile ; la présence de quelques-uns des gentilshommes qai accompagnaient Suffren de Baschi et Tannonce d*un prompt secours avaient répandu l'allégresse dans la ville ; mais quand plusieurs jours se furent écoulés, et que l'on ne vit pas arriver le secours si impatiemment attendu, le découragemeat commença à gagner les défenseurs de Nancy. Les Tivrei manquaient depuis longtemps; « chascune sepmaine, (les » assiégés) deux ou trois chevaulx tuoieut par faulte de cliair » de bœufs et moutons; tous les chiens, chats, rats, rafles, * les mangeoienl en guise de venaison ». Le capitaine Fot^ tune, ne croyant pas que la ville pût continuer à tenir, lajsitt comme par mégarde, tomber son chaperon dans le fossé qiri bordait le boulevard de la porte Saint-Nicolas, y deseeidil sous prétexte de le ramasser, gravit tout-à-coop la conlfs* escarpe et courut vers les tranchées, en criant : Vive Boot» gogne! Il fut conduit devant Charles-le-Téméraire el M fournit les détails les plus exacts et les plus minutieux mr la fâcheuse position des assiégés ; ce qui confirma le dac diw la pensée qu'ils ne pouvaient tarder à lui ouvrir leurs portl,

La famine devenait de jour en jour plus intolérable, el ki capitaines qui commandaient la garnison résolurent d*eBV0|w un messager au duc de Lorraine, pour lui /aire conoallre lé véritable état des choses, et pour presser l'arrivée da seemmî Le capitaine Pied-de-Fer offrit de se charger de cette périlleuse commission ; il sortit de la ville dans l'obscarilé, versa le camp bourguignon sans exciter de défiance, Rosières, et de là, marchant jour et nuit, alla trouver Rea^^ lui transmit verbalement la requête des Nancéiens;

n'avait voulu lui confier aucun écrit. Pied-de-Fer revial m Lorraine, mais n'osa s aventurer une seconde fus a«

des ennemis el sjb réfugia dans ta fille, de Rosières (i). L'absence prolongée de cet homme augmenta les.inquiétadea des Nancéiens, et on se détermina à dépêcher au doc un noofeau messager. Un compagnon drapier, appelé Thierry et natif de Mireconrt, se présenta , franchit aussi heureusemeni que Pied-de-Fer les lignes des assiég^nts, ei^ se rendit en cinq jours auprès de René II, qui lui montra les bandes de suisses déjà réunies et prêtes à se mettre en route. Thierr): reprit avec empressement le chemin de la Lorraine. A' Sainte* JficotaSy il emprunta à un de ses amis une serpe, un vieuX' chapeau et « un rouchet » (espèce de blouse), s*enfonça dans le bois de Saulru, y fit un fagot et se dirigea vers le quartier Aoarguignon voisin de rhôpilal destiné aux pauvres voya* ^ars, et ^ui devint phis lard le couvent des sœurs-grises. Piosiears soldats lui offrirent de lui acheter sa charge, car le. Troid était très- vif ; mais le lorrain répondit que le fegot était vendu à un. anglais, qui l'attendait impatiemment. Quand ftiierry ne fut plus qu'à une petite distance de la porte Sainl- Micolas, il s'assit, comme pour se reposer, puis il laissa .tom* l>er son fardeau, s'élança du côté du fossé, s'y jeta et fut introdoit dans Nancy. Après avoir remercié.Dieu dans l'église Scini-Georges, il répéta aux assiégés tout ce qu'il avait entendu, et, désormais certains de voir bientôt le duc de Lorx*aine sous leurs murs , les Nancéiens prirent la généreuse r^ésolntion de périr plutôt que de livrer leur ville à l'ennemi (3).

La famine n'était pas ce <iui les effrayait le plus ; ils avaient

, (i) L'anertîoa de la chronique de Lorraine est formelle; cependant, il. semble résulter d'une mention contenue dans le compte du receveurgàiéra! pour 1478 que Pied-de-Fer parvint à rentrer à Nancy. ,

(2) GBIes de.Brùneval,* domestique des pages, çut- le màne bonheuf

çai Thierry. .V. le registre, du receveur-général pour i4|B(>-148i. .Un

mMk individu nommé Iluyn et natif de la Neuvelotte parvint également à

entrer à Nancy, le i*' janvier dans ja soirée, et remit aux assiégés des

Jeltres de René II. V. le registre des Lettres^Patenles pour ii73-1477.

complètemeni ëpaîsé leurs manitions de guerre, et ib gnaieni que, ne poQYsnt se servir de leurs canons ni de lem couleuYrines, il leur fut difficile de repousser un assaut. Un nommé Michel Glorieux, qui étaii gouverneur de rariillerie» déclara alors aux capitaines Ménault et Gratien d*Aguerre qu'au moment où les Bourguignons s'étaient emparés éê Nancy, l'année précédente, il avait enterré deux tonn de poudre qu'il réservait pour une pareille nécessité. Un bilecanonnier, appelé Pierre, mit aussitôt une pièce en battarie sur la porte de la Craffe , et réussit à démonter deux kh la grosse bombarde qui tirait, tous les jours, sur cette porte et causait de nombreux dégâts dans la ville. Charles devint Ah rieux quand il vit de nouveau jouer l'artillerie des aasiégéa ; il était persuadé que ceux-ci n'avaient plus de poudre et il s'imagina qu'on Pavait trompé ; néanmoins, il ne jugea paa à propos de tenter un assaut et attendit encore dans V que la disette forcerait les Nancéiens à capituler.

Tandis que la capitale de la Lorraine s'illustrait par héroïque résbtance, René ne perdait pas un menenl organiser l'armée avec laquelle il allait rentrer dans saa ché. Quelques jours après Noël, il chargea rautenr da la Chronique de porter aux gouverneurs des villes oceapéss les Lorrains l'ordre de marcher sur le bourg de colas, et d'y être rendus, avec tout leur monde, le 4 j 4477 (1). Les auxiliaires suisses s'étaient concentrés de la cité de BAIe. Quand le duc voulut partir, il s*i avec douleur, qu'il lui manquait douze cents florins ftomt quitter les dépenses de ses soldats et payer la gratiflcalisi qu'il leur avait promise. Il avait vendu l'argenterie qei hn restait, usé des avances faites par les Sthabourgeois, déffmâ le subside envoyé par Louis XI, et, comme les fioandett Mlois exigeaient des nantissements que René ne pevieil Ipi

(I) V. Qiron. de Lorr., ibid., col. xevj-ci.

donner, ce prioee Toyiit iO(i entreprite tor le point d*ëdioner. Le comte Philippe de iJnange fit les ploi'belles promeiies, tant en son nom qa'au nom do doc de Lorraine ; tout fat Imh tile. Ce dernier venait heareosement-de prendre à son soriee le comte Oswald de Thierstein , qii avait rempli les fonctiotts de lieutenant impérial dans la Hante-Alsace, et que l'archidae Sigismond avait disgracié et remplacé psr Gnillaome de Bi^ ban|»erre. Oswald, possesseur de biens considérables, engagea, pour sûreté de la somme demandée , non seulement mk domaines, mais encore ses denx fils ; et les douze cents flo» rins furent comptés aux Suisses, qui consentirent enfin à aè mettre en route.

Les contingents des villes et des sagneors d'Alsace étaient prêta depuis quelques jours , et le duc les avait dirigés sur la ville de Saint-Dié, où il se proposait de les rejoindre. Quantité de genlilsiiommes et de guerriers renommés marchaient avec ces contingents ; ceux de Colmar, de Scbelestadt et de Kaisersberg étaient commandés par Hermann d'Eptingen ; .on remarquait dans celui de Strasbourg, le plus nombreux de tons, Gaspard Barpfenning, Jean, Maurice et Louis de KagenedL, Gérard de Hochfelden, Eberhard Sturmfeder, Frédéric de Fleekenstein, Nicolas Baer, Nicolas Merschveein, Nicolas Wambser, Gaspard de Seekacb, créés chevaliers à Morat ; S^A de Mûhlenbeim, Jean-Guillaume Zu*Ried, Jean Spender, Conrad d'Ambringen , Otton Sturm , Jean de SecUngen , Ceorges-Marx d*Bckweyersheim , Albert de Dachsenhaufen, Sigismond DachscDheùser, Louis de Neubom^ Conrad d'Er-> fow, Gaspard Bawmann et Gaspard Zom de Bulacb, qui obtinrent la même distinction sur le champ de bataille de Nancy.

Quoiqu'on aient dit plusieurs historiens, il ne parait pas que Im Suisses ftissent plus de huit mille ; les gens de Schafihouse tteient conduits par leur premier magistrat, Ulrich Triillerey ; Brandoiff de Stein guidait les Bernois , Petermann Rot les

Bàlois, et Jean Waldmann le contingent de Zurich. Beaucoup de chevaliers et de magistrats avaient voulu combattre sous leurs ordres, comme simples volontaires, et nous citeroos-y parmi eux, Urbain de Miihleren^ Benner de Berne, Kîlian de Rumlingen, les lucernois tiaspard de Hertenstein et Albin de Sillincn, Kremer et Félix Schartzmurer (i). René, qui était logé à Blotzheim , à une lieue de Bàle, n*cut pas plustôt la certitude que les Suisses étaient en route, qu*il alla au devant d'eux , à pied , une hallebarde sur Tépaule, pour leur faire honneur et se conformer à leurs usages. 11 prit ensuite les devants et se rendit à Saint-Oié, pour organiser les contingents alsaciens ; mais ceux-ci ne Tavaient pas attendu et s*étaieat avancés jusqu'à Ogéviller, à peu de distance de Lunéville. Il les atteignit enfin , et les Suisses, qui faisaient de longuet marches, ne lardèrent pas à le rf joindre , en sorte que le due se trouva à la tête d'une armée de quatorze mille homnies.

Il apprit à Ogéviller que les gouverneurs des villes ft>rles s'étaient acheminés, ainsi que leurs garnisons , vers Saint-Nicolas, où il leur avait donné rendez-vous pour le 4 janvier, ot qu'ils occupaient ce bourg avec quatre mille hommes. Cbarletle-Téméraire, instruit, par ses espions, du mouvement de concentration opéré par les Lorrains, soupçonna qu'ils se nissaient pour rallier le secours qu'ils espéraient, et vonint prévenir et empêcher leur jonction, en mettant lui-même «w grosse garnison à Saint-Nicolas. Le 3 janvier, il y envoya trmk cents lances, et le commandant avait ordre d'incendier le bourg, s'il ne pouvait s'y maintenir. Au mooient où toa avant-garde entrait dans la grand'rue, les Lorrains péaé* traient dans Saint-Nicolas par l'autre extrémité. Ils chargé* rent aussitôt Tavant-garde ennemie , lui tuèrent cinq hommes , la poursuivirent jusqu'à la Madeleine et b rent sur le corps principal, qui n'osa pousser plos IoIb i|

(1) V. Revue d^Abace, t. I, p. 358-34S, 3U et 345.

regagna le camp bourguignon. Les Lorrains se forlifièrcnt avec célérité, barricadèrent toutes les avenues et attendirent l'arrivée de René II. Celui-ci logea , le â janvier, à Hadanviller et parut aux environs de SaiB^Nicolas le 4, dans l'aprèa-midi. Les troupes- lorraines vinrent au devant de loi et aeeœillirent ses auxiliaires avec le plus grand ompreesements Le doc s'établit dans le prieuré , les chefs Airent hébergés dans c les meilleurs hostels » , quatre mille soldats cherchèrent on abri sous la halle , et les autres furent reçus dans lef maisons particulières. Les habitants de Saint-Nicolas furent témoins dans la soirée du même jour de scènes sanglantes , que René II n*osa ou ne put empêcher. Les Suisses, à peine installés dans leurs logements, apprirent que beaucoup de BoQiiguigaons, qui se trouvaient dans la ville au moment où les garnisons lorraines y avaient fait irruption, n'avaient paa eu le temps de s'échapper, et se tenaient cachés dans l'église et dans certaines maisons dont les propriétaires leur avjaient accerdé l'hospitalité. On.se mit immédiatement à rechercher, ces malheureux, qui furent tués sans miséricorde. Un euisse ajant découvert un soldat bourguignon dans l'église, le traîna jusque sur le parvis et lui trancha la tète ; d'antres soldats furenl liés .ensemble, menés sur le pont, précipités dans ta Ifeurthe et percés^de coups de piques.

Pendant que les auxiliaires, et peut-être quelques-uns des sujets de René, se déshonoraient par ces cruautés exercées suc dea hommes incapables de se défendre, -le duc prenait, avec ses capitaines, les mesuras nécessaires pour préparer le succès de la bataille qu'il comptait livrer le lendemain. Il venait d'être rallié par quantité de gentilshommes et de soldats français, qui accouraient, munis de l'autorisation de Louis XI, pour se mesurer avec les Rourguignons. Rien que le mauvais état des affaires de Charles ne fût un mystère pour personne , et que les symptômes avant-coureurs de la ruine de ce prince n'eussent pas échappé à un politique aussi clairvoyant que le

roi de France, il n'avait pas jugé à propos de renoDcer i It neutralité qu'il avait observée jusqu'alors. Il s'étail conteaté d'envoyer dans le Barrois une armée , composée de sept on huit cents lances ainsi que d'un bon nombre de franca-ir* chers, et conduite par le sire de Craon , lequel < ne faisoil > nulle guerre, mais voyoit qui auroit du meilleur ». Eb même temps , Louis avait licencié plusieurs compagnies, avae l'espérance que tant de soldats , laissés sans emploi , ne maa» queraient pas de se rendre en Lorraine ; comme la plupart d'entr'eux le firent en effet (i).

Ce que René craignait le plus était de voir les Naneéieaa« rebutés par la longueur du siège et décimés par la faim, livrer leur ville au duc de Bourgogne avant l'arrivée da i^ cours. Gomme les troupes de Charles faisaient meilleore garda que de coutume, et que l'on ne pouvait tenter de a'introdoira dans Nancy sans s'exposer à une mort presque aasuréa, la dac prescrivit de placer un bnal sur le clocher de Saial- Nicolas, que l'on apercevait très-distinctement du haaC des murailles et des tours de la ville assiégée. Les Nanoéiaaa marquèrent effectivement le fanal et se flattèrent qua k y née du lendemain serait celle de leur délivrance.

Un sentiment très-opposé préoccupait les eapItabMi guignons. Ils comprenaient bien que leur année, affiubHa les combats, la désertion, les privations et les maladiaay hors d'état de lutter avec avantage contra les troupaa que guidait le duc de Lorraine. Le duc de Tarante, par son père, avait abandonné Charles depuis qoalqaaa f et avait emmené avec lui la cavalerie qu'il commandait, hm comtes de Nassau et de Chimay profitèrent de aeUa eii stance pour engager leur maître à ne pas attendra aoa adi saire, à lever le siège de Nancy et à opérer sa retraita av Luxembourg. Le 29 décembre, Alphonse Y roi da Faitapl

(t) V. Commynes, ibid., p. 283.

Tint trouver Charles, afin de négocier un irailc qui ourail Icrininé la guerre d'uou manière honorable el avantageuse pour Vout le montle; mais le duc de Bourgogne ne voulut rien écouler, et le roi, voyant que ses conseils n'étaieni pas mieux aceueiltis que les supplications des comtes de Nassau et de Chimay, se relira le 1" janvier. Cependant, quand les Limt- , ■^ïns et les Suisses Turent entrés à Saint-Nicobs, Charles se EfécJda, contre son habitude, à convoquer un conseil de ^aerre. Les espions qu'il avait rois en campagne lui Taisaieni parvenir les renseignements les plus contradictoires ; selon les ans, René s'avançait à la t£le de vingt mille hommes; d'après les autres, il ne guidait que des troupes peu nombreuses. Ctiarles adopta avec avidité ces derniers rapports. « Mesw sieurs, dit-il aux capitaines qui ajoutaient foi à la présence » du contingent helvétique, il n'est pas à croire; car le légat, » selon les remonstranccs que aux Suisses a faictcs, et selon » ce qu'il m'a rapporté, tous luy ont promis que contre moy

> plus guerre ne Teront, et pour l'advcnir mes amys vueltent

> eslre; mais bien peut eslrc que l'Enraul (1) a mandé gens

> de SCS garnisons d'alentour d'Ëspinal et de RcfflircmonI,

* et que les villes de Basie, Cétestal, Tanne et Colombier ' (Colmar) luy ont fourny quelques aventuriers pour l'ac-

* compaigncr, et comme un jeune fol vouldra entreprendre

* de moy venir assaillir ; mats, par sainct Georges! se il le ■ fakt, il fera une grande Tolie. > Dans ce moment, on commoniquB au conseil un dernier rapport qui ne laissait plus le moindre doute sur l'arrivée des Suisses, el les capitaines bourguignons firent de nouvelles instances auprès de Charles posr le dissuader de livrer bataille. Ils lui repréMntireni que rïl se rëfugiait dans le Luxembourg, pendant que la càoM Aait eaeore possible, Renë D'irait pas ty tttaqaer; que les ftoxîliaires de ee prince auraient bieutôt iéioté -loulas ses

(I) Il appelait arniî le due de LtHnioe.

ressources, et qu'ils s*en retourneraient chez eux dès qu'ils ne recevraient plus rien ; que René ravitaillerait Nancy, mais que rien n* empêcherait Parmée bourguignonne, remise de ses fatigues et renforcée par les troupes que Ton tirerait des Pays-Bas, de revenir aussitôt après la Gn de la mauvaise saison, et de faire rapidement la conquête de la Lorraine. Ils ajoutèrent enfin que Charles, avant de s*exposér à une défaite, dont les résultats pouvaient être incalculables, devait songer à sa fille et à ses états, que convoitait Fardente ambition d« roi de France. A ces prudents conseils, le duc de Bourgogne répondit : c Par sainct Georges! Jamais reprochié ne me 9 sera que devant un enfant m*en soye fuis », et il donna ordre de se disposer an combat.

Les soldats furent prévenus de cette décision , qui causa de violents murmures ; mais Fhabitude de Tobéissance remporta, et les Bourguignons employèrent une partie de la nuit i seller leurs chevaux, à revêtir leurs armures, et à conduire Fartille* rie dans le lieu qu'elle devait occuper. Charles, n'espérani pas cacher son éloignement aux Nancéiens,' voulut ao moins les empêcher de faire des sorties et de détruire les travaux do siège. Il laissa , à cet effet, dans les lignes trois corps pea nombreux chargés de contenir la garnison pendant que les deux armées en seraient aux mains. Le premier, commandé par Hutin de Toullons, observait la porte de la Crafle ; John Middieton bloquait la ville du côté de la porte Saint^Nieoha, et au nord-est jusqu'à la poterne du palais ; enfin / les baillis de Hainaut et de Brabant gardaient les tranchées i Tooesl al au sud, de la porte de la Crafle à la grosse-tour.

A la pointe du jour, et lorsque l'armée boargnignonoe allait s'ébranler, le comte de Campo-Basso» à lafétedeaa compagnie que les combats avaient réduite i cent solnsla hommes, s'éloigna en silence, comme pour gagner le poila qui lui était assigné ; mais, au lieu de marcher vers la Ibdeleine , il tourna à droite, passa au dessous de Vandcsavre et

coorol droit à Saiat-Nic«li£'(l). Quand les irantTugéi w Ironfèreat prés ia bourg, ils airachérenl la croix de saisi André cousue sur leurs Tëtemems, et leur chef se présenU ans fardes avancées et demanda fa parler an doc de Lorraine. Ueoé devant le prince, il-exposa les motifs qui l'araieiit détermioé fa quitter le service de Bourgogne , rappela qat Bené I" et Jean H lui avaient accordé leur confiance, et supplia le duc de lui restituer le chflleeu de Commercy et da l'admettre , avec ses soldats, dans tes rangs de l'armée lorraine. René accepta sar-le^faamp la proposition de Campo- Basso et fit expédier des lettres qui lai conKraient le domaine de Commercy ; mais quand les Suisses. connurent ce qui ve^ Ddit d'arriver, ils refusèrent de combattre avec Caropo-Bano et déclarèrent qu'ils ne voulaient pas de déserteurs parmienx^ soit qu'ils regardassent leur hoooear comme exposé fa souffirif d'un pareil voisinage , soit plutôt qu'ils craignissent de voir l'Italien commettre une nouvelle perfidie , pendent la bataille; et les attaquer au moment où ils s'y altendrairat le moinsj Campo-Basso n'insiste pas , traversa la Meurtfae sur le pont de Saint-Nicolas, suivit la rive droitede la rifière et s'arrêta' prés do village de Bonxières-aux-Dames , où il tat r^oint par son (tin Angelo et son cousin Jean de Honifort, qui venaient d'imiter son exemple avec cent vingt cavaliers placés sooi leur commandement. Ils obstruèrent le pont avec des char» rettes, et, l'issue de la lutte ne paraissant pas douiensa , îb résolurent de' faire prisonniers les bourguignons qui, dans leur fuite, se dirigeraient vers Bouxlères avec l'espérance d'y

(i) Cottaajasi (ibid. , p. 137) raconte le fait bie Campo-Btno aurait qniiié le carop boai^ignon quatre joon avant tf balàiUe et leTÛI veau trouver le sire de €raoD, qui, all^iuit ta trèn eoDClae enlre Charles et le roi de France, aurait reSasé d'aecueîllir lea tnuMfngea ; et ce aérait seulement alors que le capitaiDe napolilain aurail pria le parti d'aller offrir leaseEvicea à fiant U. Nootprtfâvna krMlde ■'■oleor de la Chroiiiqoe, qui aaûalait k la batailla ite Naoe;.

franchir la rivière et de gagner ensuite le pays messio (I).

Ces défections, que Ton n'essaya pas de dissimuler, achetèrent de démoraliser une armée qui depuis un an n^atait éprouvé que des revers, et dont Teffectif était, comme on Fa déjà vu, extrêmement réduit par mille causes diflérentes. Lea historiens sont loin d'être d'accord sur le nombre des combattants que cette armée comptait le 5 janvier. Les éciÎTaÎM bourguignons ont donné une évaluation aussi basse que sible, afin de sauver l'honneur de leur pays, et Gommyi assure même (2) que Charles n'avait plus que quatre mille hommes, dont beaucoup étaient malades ou blessés, en aorte qu'il ne pouvait pas disposer de plus de douze cents soldais. Cette estimation serait exacte si Commynes voolail parler ici d'hommes d'armes, car une armée de douze cents homnee d'argies présentait en réalité plus de six mille combaUanis» el c'est à ce dernier chiffre que s'est arrêté M. Guilhome, es* leur d'une savante histoire de l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne.

Aussitôt qu'il fit jour, les troupes de Charles qeittérwi leurs lignes et se rangèrent en bataille sur le terrain q«e le duc et ses officiers les phis expérimentés avaient désigné In veille. Il était très-avantageux pour une armée qui allait sontenir l'attaque d'adversaires égaux en valeur et bien supérieurs en nombre ; mais, pour faire comprendre parfaitemam ce que nous avons encore à dire, il est nécessaire de décrife^ en peu de mots, la portion de la vallée de la Mearthe ee»» prise entre Nancy et Saint-Nicolas-de-Port. Cette fnUéet ouverte, et d'une largeur variable mais qui, en général, m dépasse guère une demi-lieue, est bornée des deux côtés {NT des collines basses, ou, pour s'exprimer plus exactement, {nr des pentes douces, anciennement couronnées de IMls. Snr h

(i) V. Chron. de Lorr., ibid.,eol. cj-dv. (S) V. ibid., p. S87.

jm \

rhPt droite de la lleurtiie,*#v ?«]miji le prient^ de SainuFim

ei tes TiUages d'An, de BoaserTîBe et de Tooitriakie ; la roule

de Saifil-Nicelas a Nancy vA k rm gauche ei Iraveree Jea

TiHagea de la Nea? eville et de JanriUe ; kninédiatenMot apréa

ce dernier, la vallée s'élargit tOHt-i-ooap et tovm^ no iiasai»

d'une lieoe de largeur, limité par de liaules collines, et vers

l'extrémité nordH)Be6i duquel s'éléfe la TÎUe 4e Kancy. Une

fôrèl, aojevrd'imi détrotte, s'élendatC parallélemenl 4 la roirtn

depuis la NeuveriUe jusque ters la commanderie de Sainlh

Jean (f ) ; elle n'avait pas partout nne pcslbodeiir égale ei on

ae iroovait pas toajonrs à la même distance de la Menrllif»

qni décrit plus d'une ainnosité et se replie lunsquement, tan-

làl fers le nord, tanlél vers le midi. La partie de bassin .entre

Jarville ei Nancy offire une surface unie ; on y remarque senr

lemeni quelques ravins servant de Uts à de petits niisseaia»

<|iii , des hauteurs de VÂilers , de Vandcouvre et de Honde*-

■K>nt, viennent verser leurs eaux dans le lit de la lleurthe*

Le terrain choisi par le duc de Bourgogne est k%èrement incliné du sud au nord et circonscrit par les ruisseaux de Jnrvîlle et de la Madeleine , le hois de Saulni et la rivière. La Mettrihe, qui (aK on coude considérable en cet endroit, se rapprochait beaucoup de la rotfie et de la forêt , et l'espace ^ les séparait ne devait pas excéder sept ou hoit ceots Aiètresi Les historiens ne fournissent pas de renseigneoi^Hts 4ré8-précis sur l'ordre de bataiUe de l'armée bourguignonne ; lotttefois, ils en disent asses pour laire voir qu'il ne fut pas cehii qui avait été prescrit par l'ordonnance du mms de mai 4476 et suivi à Morat ; mais bien l'ordre que le duc obsena pettdaat longtemps, notamment au combat livré dei^ant Neuss le 34 mai 4475, à Gransoo, et même encore au mois d'pcto*

(I) Les petits bo» de MonUigii, ëe la JUalgrange, de ficichaoïbeau et de Il Gareime (les deux derniers maintenaDt défrichés) doivent être regardés comme des restes de cette forêt, dont la partie la plus voisioe de Nancy a*appdait bois de Saolm.

T. ni. 22

bre 4476, lorsqu'il voulut engager une action contre René, après le passage de la Moselle (i). D'ailleurs, Charles n'avait phis assez de soldats pour songer à les placer sar huit lignes différentes. Il établit son artillerie, qui était formidable malgré les pertes qu'il avait faites, sur une ondulation de terrain, à trois cents mètres environ du ruisseau de Jarville; de ee point, on dominait la route de Saint-Nicolas, et le duc se flattait que les Suisses, auxquels il prêtait le dessein de l'attaquer de front et en colonnes serrées, seraient foudroyés avani d'avoir pu arriver jusqu'aux batteries. Derrière celles-ci se trouvait la première ligne des Bourguignons. Le centre, dont Charles s'était réservé le commandement, et qui ëtak composé de deux mille hommes d*infanterie : couleuvriniers, piquiers et hallebardiers, était à cheval sur la route. L'atla gauche, sous les ordres de Jacques Galeotto, ^'appuyait à h Meurthe, au dessus du gué de la Sablière; elle était formée d'une bande d'archers placée immédiatement à la gauche de l'infanterie, et d'un corps de cavalerie qui s'étendait jusqa*aa bord de la rivière. L'atle droite, qui obéissait à Josse de Lalain grand-bailli de Flandre, était rangée sur les terres arabica situées entre la rue actuelle du faubourg Saint-Pierre el le jardin du Sacré-Cœur. Elle avait, comme l'atle gauche, oae bande d'archers et un corps de cavalerie. La seconde ligae présentait la même composition que la première; le bAtard et Bourgogne était au centre, et le sire de la Rivière à T\ droite. Nous ignorons le nom du capitaine qui conduisait V\ gauche. La position de Charles était excellente ; le de Jarville, qui est encaissé dans la partie de son coara la plus rapprochée de la Meurthe, et qui coulait alora ealie deux haies fort épaisses, couvrait le front de Tamiée boo^ guignonne, dont les flancs étaient défendus par le lit de la rivière et par le bois de Saulru. Quand toutes ses diapoailiow

(I) V. Quron. de Lorr., ibid., col. Ixxxvj.

fuKBl tenninëes, Glurief ptreoanrt les rangs et «dressa iM allocaiion A ses soldais (1) ; mais eeox-ci reaiarquéreiil ^'il panissail triste et découragé; il ne ponTsil effaclÎTemeot^' malgré sod assarance hibilaelle et son mépris da dangw, éh-^ sinoler les appréheosioas qu'il éprouvait as moment de Hnor one bataille dont la perle devait anéanlir A jamais la poi»* sauce dtf la Bourgogne. On ajoute que lorsqu'il ae fit armerr amnt de quitter la eommaiulerie, le lion d'or serrant de dmier A aon casque lombt toul-à-eoup. Le due ne voulut pas le bire ratlacber et dit iristement : f Hoe ett s^nm iW •. Il ne tarda pas i recevoir de Ocheaseï nouvelles. Les Na»^ eéiens, qui avaient remarqué, la veille au soir, le Ihnal Utamé snr le elocher de Saint-Nicolas, et avaient connu, le monv»' ment des Bourguignons, malgré les efforts de ceux-ci pour le ctclier , les Nancéiens , disons-nous , fireol mu sortie par la poleme dupalais. Ils atuquérent le quartier de Ifiddlelon, frandiirent les tranchées e( mirent le feu aux tentes, qui Ah renl consumées en un clin d'oeil. Les assiégés élalent k peina rentrés dans la ville, lorsqu'un soldai bourguignon se jela dans le fossé, près du palais, en criant : < Vive Lorrainel Pour > Dieu, sauvez moy la vie, car des nouvelles vous apporte I * On le conduisit devant les capiiaiaes Hénanlt et Gmiea d'Aguerre, auxquels il raconta en détail tout ce qui venait de se paNcr. On annonça aux babitanls l'arrivée du secours, et pendant ^fHttffiB soldais et les bourgeois se pressaient sur las fours et les flMrailles, du sommet desquelles ils tâcbaient d'apercevoir, malgré un léger brouillard, l'armée bourgaigncnne rangée en bataille et la route de Saint-Nicolas, que René et ses auxiliaires allaient suivre pour fondre sur l'ennenii, les prêtres, les tèrames et les enAnts faisaient une proeeaaJon solennelle , dans tous les quartiers de la ville, afin d'appeler

(1)C rrier, bid., p. STI «tST?.

la bénédiction de Dieu sur ies arme» du due de Lorraine. Celui-ci avait assisté , à la pointe du jour, à une messe chantée dans l'église de Saint-Nicolas , pendant que plusieurs prêtres célébraient des messes basses sur des autels éle?és, à la hâte y dans le bâtiment des halles. Le 5 janvier était ud dimanche, et les soldats lorrains, suisses et allemands n*aaraient pas voulu manquer à TofGce divin ; ils flrent ensuile « la souppe du matin, et quand ils eurent bien beu, les

• trompettes et tabourins commencèrent à sonner.... ». Li noblesse et les cavaliers s'assemblèrent devant le logis da prince, qui sortit tenant son étendart, sur lequel on. voyaii FAnnonciation ; le duc le confia à Jean de Vaudrey et donna le signal. du départ. Au moment oii l'armée quittait Sainl- Nicolas , un marchand , < qui avoit force vin » , en défonçi deux tonneaux sur le bord de la route , plaça auprès quanliié de tasses et se mit à crier aux soldats : c Venes, beuvei In

• vin sainet Jehan! » c Les.... Allemans ne failloient mye; » tous beuvoient le vin , car bon estoit. » Quand on fui prés de la ferme de la Madeleine (1) , on fit halte un instant, et le duc arma chevaliers des gentilshommes lorrains et quelfoes allemands dont nous avons transcrit les noms. Les coareors furent prévenus qu'un espion du duc de Bourgogne ëlail monté dans le clocher de la Neuveville pour observer les vements de l'armée ; ils saisirent ce malheureux et le pitèrent par une des baies dans le cimetière ifiLfnvii l'église. On s'arrêta de nouveau dans un pelil fillon ailné auprès de Jarville , et que suit le ruisseau d'HeillecoQrU Las Lorrains et leurs auxiliaires ne pouvaient en cet endroit être aperçus par les Bourguignons, quoiqu'ils ne fussent pas à pins d'un quart de lieue , et ils attendirent le retour des eavnlien qui étaient allés à la découverte. Ceux-ci rapporlireiit das

(1) Nous ptrloDs ici d*aoe censc qui s*élève prés de Sunt-NiealM, cC non de la ferme de la Madeleine située à peu de diManee de Nancy»

rénseigiiemenls eiacls sur la position de reVMni et déelerA^ rent qae Charles , par aoe impardonnable négligence, n'aviil pas enroyé d*ëclaireurs en dehors do bois aoqoel son illi droite était appoyée; ce qai permettail de la toamereide rattaqner par derrière. René assembla anssilèt ses capitaine»! on voyait prés de loi les chefs des principales femilles da dn^ ché^ entr'anires Ferry de Parroye, Jacques de Savignyï Jean d'Hausionville, les sires de SaiiH-Amand, de Hardé*^ mont y de Bassompierre , Balthasar d'HanssonWlle , désireux de fiiire oublier la Ciiblcssc qull avait montrée Tannée préeé^ dente, Jacques, Jean et Vantrin Wiise, Gérard de LignifMe» les comtes de Salm, de Bilche, de Linange, et ^Thoroasde PfeBenhofi?n, sénéchal de Lorraine. Vautrin Wiase, qui «a*^ ▼ail Tallcmand et pouvait être entendu des aoxiliaires, prill» parole et représenta que si Ton se décidait k aborder ka Bourgnignons par le côté de la route , on serait exposé à Wre des pertes immenses ; que d'ailleurs on renoncerait à Tavan-^ tage du nombre, puisque le terrain était trop resserré pour permettre au duc de déployer ses troupes^ qu'il serait beau« coup plus sage d'amuser Charles par des escarmouches, de tonmer le bois et d'assaillir en flanc l'afle droite des Boor«^ guignons. t\ ajouta que la négligence de l'ennemi, qui n'avait pas d'édaireurs, rendait des plus faciles l'exécution de ce pfan. Tont le monde approuva le projet de Vautrin Wisse, et René s'ed|i|féiaB de l'adopter. Cent cavaliers des mieux mon« tés s'avancéréht vers l'emplacement de l'église de Bonseconrs, et échangèrent quelques coups de lance avec des cavaliers bourguignons qui se détachèrent du gros de leur armée. Les ▼alets et les vivandiers qui suivaient les Lorrains se montré* rent sur le sommet d'une petite éminence au pied de laquelle coule le ruisseau de Jarville , et les ennemis, trompés par l'éloigneroent et le brouillard, s'imaginèrent que celte troupe confuse et inoffensive était un corps d'infonterie menaçant leur aile droite. Pendant ce temps, l'armée lorraine remont|i k

ruisseau d*Heillecourt jusqu'auprès de la Malgraoge, el k flranchit oon sans peine ; car il avait plu la veille au soir, cC la glace éiail couverte d'eau, en sorte que c les mal chaalsiec^ » pardessus puisèrent tout plein leurs souliers >. Les Iroo-* pes firent halte une dernière fois vers la ferme de Bricham beau ; on réunit de nouveau les capitaines, et Vautrin Wî leur indiqua la direction qu'il fallait prendre pour Tennemi. René s'écria : « Messieurs, je vous prie que bon » ment et fidellement me serviez à ceste journée. Moy^ '^v

> comme à celuy à qui la chose compecte, je veux » des premiers ; j'ay grand couraige et bonne ialeiili

> que aujourd'hui defferons ces Bourguignons. » Eo ee moment, un prêtre allemand se revêtit d'un surplis» ail une étole, monta sur un tertre, et tenant une hostie sacrée, l'éleva à la vue de l'armée et dit : c Vous tous,

> Messeigneurs, que icy estes venus, c'est pour ce jeune Die » que icy voyez, à qui le Duc de Bourgongne grand tort loi

> faict de luy vouloir oster son pays, lequel de droii cl de » succession par droicte ligne appartient a ce jeune prince.

> Et pourtant , Messieurs , je vous advertis que lent aycs , » bonne foy et espérance en Dieu nostre rédempteur» duquel ^^

> voicy sa remembrance ; que ayez tous contrition de UM» » vos péchiez, en luy criant mercy, veu qu'estes toiis venes

> à juste et léalle querelle. Que si tous mouriez» ce que Diee » ne veuille ! car Dieu ayde tousjours aux siens^liMs sanvci

> seriez. Au temps de David, en tel cas et en plttrieiirs pat- » saiges , il l'a tousjours secouru contre ses adversaires. • Chacun se jeta à genoux, joignit les mains, fit une eovrte prière, traça une croix sur le sol, la baisa dévotemenl el te releva plein de confiance et de courage (1).

(1) V. Chroii. de Lorr., ibid. , col. civ-cvij ; La vraye dédaratîoo du et conduite de la bataille de Naiicy, où 1c Roy Reiié fat victorieas Charles Duc de Bouq^ongne en ti76 (1i77), dreaiée par

René, après avoir pris Tavis de ses capilaioes, rangea les troapes dans l*ordre qu'eUes devaient occuper, et Ton s'avança vers le bois de Saolro , qui seul séparait les deux années. L'avant-garde ou aile gauche , commandée par fiuillanme -HerCer, chef du contingent strasbourgeois , était forte de sept Bille hommes d'infanterie et deux mille cavaliers* Ces deniers obéissaient à Oswald de Thierstein. Le bâtard de Yaudémont, Màthorty, Jacques Wisse , les sires de Domjuliea et de Bassompierre, les capitaines français Manne et d'Oriolles et plusieurs autres gentilshommes guidaient les différents corps de eelte avant-gar.de ou servaient comme simples volontaires. René lui-même conduisait l'aile droite ou la bataille ^ composée de huit mille piétons et deux mille chevaux ; il s'était phcé à droite avec quinze cents cavaliers lorrains et alle- Biands, et les autres , qui étaient sous les ordres du sire de Bibonpierre, couvraient la gauche. L'arrière-garde ne comptait que huit cents couleuvriniers ; elle suivait les deux corps principaux à la distance c d'ung gect de boulle >. Le duc avait amené douze ou quinze fauconneaux, mais on n'eut pas oeeasion de les employer.

Le guidon de l'avant-garde, porté par le sire de Domjulien, ^rftait de damas blanc et représentait un bras d'or, armé d'une et « issant d'une nue », avec la légende : < Une pour toutes >. Le corps de bataille n'avait d'autre guidon que le nd étendart ducal ; quant aux enseignes et bannières des ntons suisses, des villes impériales et des princes allemands, cné avait ordonné, pour éviter toute jalousie et toute discuson au sujet dé la préséance , de les réunir en un seuf upe, qui devait se tenir vers le centre, sous la garde de Cfoelques soldats d'une valeur éprouvée. Le duc a jugé à pro-

tttre dodiet Seigneur, et de son ordonnance donnée à Maîstre Pierre de Blani, Chanoine de Satnct-Diey, qui a composé le livre appelle les Nancéydes, ibid., col. cxxiv et cxxv; Mémoires de Thierriat et Ghron. de Bànond Messeîn cités par Chevrier, ibid., p. 279 et 280.

pos de consigner dans « La vraye déclaration do Mcl et conduite de la bataille de Nancy • qu*il « esloit babillé de gris, blanc et rouge *. J'étais monté, dit-il, c sur nag cheTal grison nommé la Dame, lequel m'aToit senryi b journée de Moratte, et avois sur mon hamois (armure) une robbe de drap d'or, à une manche de drap desdîdea couleurs de gris, blanc et rouge, et une barde aiiasy eouTerle âé drap d'or, et sur lesdictes robbe et barde trois dovkks croix blanches *.

L'armée s'ébranla vers dix heoret. La gauche se ironTail un peu en avant de la droite et pénétra la première dans le bois ; c'était un taillis trop peu épais pour mettre obstacle i la marche de rinfanterie ; mais la cavalerie fut obligée de prendre le chemin qui mène de Nabécor a Vandoeuvre, en passant devant l'ancien ermitage de Brice-Pané. Ea œ amh ment, c commença à neigier neige aussy grosse comme boîz ■, au grand désespoir des couleuvriniers , qui craignaient de ne pouvoir faire usage de leurs armes. Hais cette neige, qiU tomba pondant nn demi-quart d'heure seulement , obtcareîl l'air et déroba aux Bourguignons l'approche de leurs enneniia. Les capitaines Manne et d'Oriolles , à la tète de quatre eeola cavaliers français, débouchèrent tout-à-coop vis-i-vii la seconde ligne des Bourguignons, laquelle ne s'élendaii yea jusqu'à la lisière du bois. Le sire de la Rivière, à qoi oUia» sait l'aile droite de cette seconde ligne, ne prévoyail pas q«*9 serait attaqué ; néanmoins , il ne perdit rien de sa présawa d'esprit; il fit faire à sa cavalerie un mouvement de convei vers la forêt, chargea vigoureusement les Français et les trafgnit à reculer en désordre. Au même instant, le eerpa d'infenterie que conduisait Guillaume Herter, et qui n*ëCail plus qu'à une très-faible distance, accéléra le pas pour prendre part à la lutte ; on entendit retentir les deux fcmeiaas cornes nommées le inurcnu d'Uri et la vache dTnlenraM, el Charles-le- Téméraire se rappela , non sans frémir, qoe

iastmiiMiils «vaieiil doMé le signal ée» faataiUes d« et de Morat. Les soldats de Herter, avant même de sortir Ai bois, déchargèrest leurs coolenvriiies sor la cavalerie du aire de la Rivière, qui fut mise eo déroute. Aittsitôi après, te piqoiers, qat suivaient les eooleavrmiers , s'avancèrent oonift lea nrcbers, lesquels ne les atlendiresl fias, pnia #aRli«>*lB corps d'infanterie fennanl le centré de la seconde Ugne ;'ln bèlard de Bourgogne fit bonne contenance, mais ses aoUalp élaienl trop peu nombreux pour opposer une résistance eflU case. Us furent renversés par les gros bataUlena suisses «I alfeflaands qui descendaient, eomme une avalanclie, sur hâ terraina en pente voisins du ruisseau de la Madeleine. Ma qwtques minutes, la seconde ligne des Bourguignons fui di»4i sipée complètemem. Charles, témoin de ce désastre qu'il an pouvait empêcher , n'en voulait pas croire ses yeux, c Qaeli » gens vois-je, dit-il, qui Ift coorrent après ees gens? m < N'avez-vous pas ouy, lai répondirent les capitaines qui » l'entouraient, les trompettes de Moratteet de Gransèaf » Certamement ce sont les Suisses qui vostre àrrière-garda » ont assailly • Ne voyez- vous pas comme vos gens s*enAiyenl ? '» Lea soUets du bâtard se retiraient, en effet, dans le plus grand désordre. La plupart se dirigèrent vers le camp, maii ils ne s'y arrêtèrent pas et continuèrent leur route du côté de Poiil-4-Mou88on ; ils furent suivis par les troupes que le dl^ avait laissées dans ses tranchées, et qui, désespérant du sucoéa de la journée, ne se soucièrent pas d'attendre que les assiégea el leurs libérateurs vinssent les mettre entre deux feux. BeaU'^ coup, au lieu d'essayer de passer la Moselle au gué de Liver-». dttn ou vers Frouard, eurent la fâcheuse idée de courir veia le pont de Bouxières, sur lequel ils espéraient franchir la Meurthe. Ils y rencontrèrent Campo-Basso, qui les fit pA aooniers. Quand ce misérable en eut saisi autant qu'il pou*» vaît eo garder, il ordonna à ses gens de partir en toute htle pour le ehàleau de Gpmmercy, eà il enCnvia sisa captifs fa*il

craignait de voir enlever par les Suisses el par les Allemands.

Le bâtard de Bourgogne et quelques-uns de ses compagnons d'armes , qui ne s'étaient pas laissé entraîner par le lonrem des fuyards, étaient parvenus à gagner la première ligne que le duc de Lorraine attaquait dans cet instant. René avait'inis un peu plus de temps que Herter à traverser le bois, et lorsqu'il arriva sur la lisière de la forêt, la seconde ligne des Bourguignons avait disparu. Il chargea le corps de cavalerie qui occupait l'extrémité de la première ligne et le rejeta mt les archers et sur l'infanterie placée au centre. Charles aunit bien désiré changer son ordre de bataille afin de faire Awe aux nouveaux-arrivants, mais la chose n'était plus possible. La confusion commençait à s'introduire dans les rangs , et les Bourguignons ne réussirent pas même à tourner lenr artille^ rie contre l'ennemi. Leurs lourdes pièces demeurèrent Immobiles, et l'on ne déchargea qu'une seule serpentine ^ dont le boulet tua un gentilhomme lorrain et un noble alsacien appelé André de Bulach. Quand Galeotto, qui commandait Talle gauche, crut que tout était perdu, il se replia en bon ordre t passa la Meurthe près de Tomblaine , dans un endroit oà b glace pouvait porter, et opéra sa retraite vers Metz sans élm inquiété par les Lorrains. Au moment où l'aile gaocbe s*éloi* gnait de la sorte, il ne restait plus sur le champ de bala9t qu'une masse confuse , composée du centre et de l'aile droite et entourée par des adversaires dix fois plus nombreos. Beaé paya de sa personne, ainsi que les nobles qui Vuetomfm^ gnaient. Les comtes de Salm, de Bitche et de Linange, ha sires de Hibaupierre, de Ligniville, de Nettancoort, de Lft» noncourt, d'Haussonville, Jean Wisse, seigneur de viller, et Thomas de Pfafienhofen se distinguèrent dans occasion ; on remarqua aussi la valeur de l'alsacien Jaeqnes Fessier dit Wys , que le duc avait nommé , Tannée préeédente, capitaine des archers et des cranequiaien de k

garde (i). Les assailhots reocontrèrent loatefois une résistance à laquelle ils ne s'altendaient pins. Charles STait groupé autour de lui l'élite de ses soldats et la fleur de la chevalerie bourguignonne et soutint vaillamment le choc de ses ennemis, qu*il fit reculer deux ou trois fois. Il s'exposait lui-même comme le derïSier des soldats et faillit plus d'une fois perdre la vie; il reçut un coup de hallebarde qui le fit chanceler, mais un gentilhomme bourguignon le soutint et le raflermit sur ses étriers. Le combat dura encore quelques instants ; puis, les troupes de René resserrèrent tellement le cercle dans lequel le duc de Bourgogne luttait avec le courage do désespoir^ que les plus brillants coups de lance devinrent inutiles^ et qu'il fallut choisir entre la mort et la *ftilteé Charles prit en frémissant ce demies parti. Par un suprême el vigoureux effort, il parvint à se frayer un passage et se dirigea au galop du côté de la commanderie de Saint- Jean, où il espérait peut-être trouver les soldats auxquels il avait confié la garde de ses lignes. Le sire de Bièvre et plusieurs cavaliers l'accompagnèrent. Malgré la rapidité de leur course, ils furent suivis de près par l'ennemi ; Claude de Beaumopt, châtelain de Saint-Dié, atteignit* le duc au moment où celui-ci , arrivé sur le bord du ruisseau qui alimente rétang Saint-Jean, aiguillonnait son cheval pour le forcer & franchir ce cours d'eau que la pluie de la veille avait fait déborder. Le cheval fit un bond et, pesamment chargé comme il l'était, retomba dans la vase ; le châtelain porta alors à Charles un coup de lance qui le blessa et le renversa. Le duc tenta de se relever et cria : c Sauve Bourgogne! > Hais le châtelain, qui était sourd, crut entendre Vive Bourgogne, et comme Charles n'avait pas sur son casque le lion d'or auquel on aurait pu le reconnaître, Beaumont lui donna un second coup,

(I) V., au Très, des cb., le regiUre des Lettres-Pateotes pour U76.

qui lui G( une affreuse blessure à la mâchoire inférioQre (!)• Des soldats allemands achevèrent aussitôt le duc et eonliiafcrent à poursuivre les fuyards. Le sire de Bièvre ci dôme «i quinze soldais furent tués dans le même lieu, après essayé en vain de protéger leur maître.

Les Bourguignons avaient compté passer entre leurs chées et les coteaux de. Boudonville pour gagner eoaiils Cbampigneulles et le pont de Bouxièrcs, mais la gamisoa d les bourgeois de Nancy n'eurent pas plustôt la certitude de ta victoire de René qu'ils sonnèrent en réjouissance les cloches de toutes les églises, firent une sortie sous la conduite de Mè» nault et de Gratien d'Aguerre et massacrèrent les enoemis qm tombèrent entre leurs mains. Les fuyards furent obligés» pow éviter celte funeste rencontre, de faire un grand déiev à gauche et de se réfugier dans la forêt de Haye. Beaucoup forent faits prisonniers avant d'y être parvenus. Les capilaÉMS Jeannot de Bidos et Jean^Baplisle de Roquelaure arrèlcreal la bâtard de Bourgogne dans c la chenevière de Genriol la » Gascon >, près du village de Laxou; le chambellan Olivkr de la Marche, Baudouin frère naturel de Charles, le siro da Neufchâtcl, le cogile de Nassau, Josse de Lalain et d*a«lffci chevaliers de marque furent pris par les Lorrains et les Français. Quant aux Suisses et aux Allemands, ib ne 8nmt quartier à personne, et leur aveugle fureur fut même ftialo à deux bourgeois de Nancy qui ne portaient pas la croix de Lorraine sur leurs vêtements. Quelques nancéiens avaient ea Timprudence de sortir de la ville sans avoir ce signe de ralliement, et on les avait avertis de se. retirer afin de ne pan s'exposer au danger inutileipent ; mais an boacher appeU Gérard et un bourgeois nommé le Cardinal- s'obstiaèrei ft

(i) On dit que Claude de Bcaumont mourut du chsgrin d'avoir tué nn si grand prince, oo plutôt d*avoir perdu la rançon qu'il an

rester dehors pov s'emparer d'un troapeaa de moototts abandoBné par les assiégeants; ils furent aperças par les Suisses et tués avaat d'avoir pu se faire entendre.

Lorsque les derniers fuyards atteignirent le pont de Bouxières, ils n*y rencontrèrent plus Campo-Basso ; néSD'moins» le pontselrouvait toujours barricadé, et pendant qulis travaillaient à écarter les charrettes et les pièces de bois qui l'obstruaient, les vainqueurs parurent sur le chemin condui* saal de Cfaampigneulles à Bouxières. Un sanglant combat s'eiigagea immédiatement. Les Bourguignons, pressés sur un étroit espace par des ennemis ivres de leur triomphe, éprouvèrent une nouvelle défaite ; les uns périrent sur la place, d'antres voulurent traverser la rivière à la nage ou sur des fjÉçous flottants et se noyèrent ; d'autres enfin réussirent à débarrasser le pont et s'enfuirent du tdté de Metz. On les pourchassa jusqu'au château de Condé et on en arrèta-encore plasîeurs. René avait suivi ses troupes à une certaine distance, avec un corps de mille cavaliers, pour charger au besoin ceilx des vaincus qui auraient tenté de se rallier. Il arriva, vers cinq heures, dans les jardins de Bouxières. Ignorant ce qu'était devenu Charles-le-Téméraire, il craignait que ce prince ne se ttt sauvé et il disait aux capitaines qui le félicitaient de sa victoire : « Le Duc de Boorgongne est réchappé ; jamais je • oe seray en paix ; il reviendra, quoiqu'il tarde, et plus fort » la guerre me fera ». L'auteur de la Chronique, désirant disaper les inquiétudes de son maître, lui rapporta qa*an soldat fiiit prisonnier prés de Clévant, et que les Allemands avaient ensuite mis à mort, avait déclaré avoir vu Charles tomber de cheval prés de la commanderie, ajoutant que le Bourguignon ne savait pas si le duc était mort ou captif. Ce renseignement ne contenta pas René, qui chargea un homme de confiance d'aller trouver à Metz un clerc nommé Jean Dex et de lui demander si Ton avait quelques nouvelles de Charlesle -Téméraire. Le messager partit sans relard et apprit , en

arrivant, que le sort du prince était entièrement ioconna (I). La .ville était déjà remplie de fugitifs. A une heare après minuit, le comte de Romont et c d*aultres grans seignein • en grant desroy » passèrent devant les murailles de Melx et ne voulurent pas s'arrêter, quoiqu'ils fussent accablés de fatigue ; mais vers deux ou trois heures du matin, quantité de bourguignons « se vinrent à lancier tout dedans les fouiseï, » entre la tour Commoufle et la porte Sainct-Thiébaolt, H » estoit le lieu tout plein de neige; ... ilz estoient si esperdas » qu'il leur sembloit tousjours que l'on les chaissoit, el aosay » ilz avaient les membres si perclus de froidure qo'ilz o'eoB-

» sent eu quelque puissance de se deffendre. Iceaiz

» prioient..., au nom de la saincte passion de Dieo, qm » l'on les laissast entrer dedans et crioient tellemenl qm > c'estoit pitié de les oyr. » On prévint le chevalier ÀMiré de Rineck, qui était de garde à la porte Saint-Thîébaol ; il interrogea les fuyards du haut de la muraille, et, ieus réponses ne l'ayant pas satisfait, c il s'en retoama

» cher, disant que ce n'estoit que coquinaille qui

» eu quelque effroy qui les avoit espovantei •• Biealèl après , d'autres bandes de fugitifs parurent sur le bord àm fossé ; on appela de nouveau André de Rineck ; odoi-ciy ayant remarqué dans la foule un gentilhomme de aa easnaissance et ayant appris de ce dernier les évènemenla da |a veille, courut chercher les magistrats, qui s'assemUèraM aussitôt et ordonnèrent d'introduire les Bourguignona daM la ville. La plupart se trouvaient dans le plus triste élal ; < il en molrut bien sept ou huit vingt à la granl boapilal » Sainct-Nicollais , au Nuefbourg ; car ilz estoieni leM » morfondus et engellez, et les aulcuns de faim on de plaiaa

(1) V. Chron. scandaleuse, dans le Commynes de Lenglet do noy, t. II, p. 138.

» qa'ilz aToienl , el en y atoit en la cilé sans nombre des > blessez et affoliez » (i). • Le doc de Lorraine, à qui « la lénébrosité de la nuyt » ne ^ennellait plus de continaer à surveiller les débris de l'armée le Charles, se décida à rentrer dans sa capitale, après avoir irescrit de mener dans le châtean de Foug (3) et,dans diflKintes forteresses les bourguignons que l'on avait pris , mAi nr le champ de h9taille, soit pendant la poursuite, et ceux ne V<m ne cessait d'amener ; car les paysans parcouraient la , fouillaient les bois et les taillis, faisant mainJnsae ir les simples soldats , et conduisant en lieu de sûreté les ^i^Miersonnages que distinguait la richesse de leurs armes el de X^mxn vêtements.

Le duc entra à Nancy vers sept heures du soir, à la clarté torches et au son de toutes les cloches de la ville. Il étail liouré de la plupart des capitaines étrangers qui venaient de prendre une part glorieuse à l'affranchissement de la Lorraine, el il descendit de cheval devant le portail de l'église Saint- Georges, où il adressa de ferventes actions de grâce au Diea des armées. Il se rendit ensuite à son palais , dans la cour d^iqael Fatlendait un touchant spectacle. Les Nancéiens, < qui » chiois, chats, rats, chevaulx et rattes avoient mangié », avaleat t arrangié les unes après les aultres » les tètes de tous ces aaimaux. Les étrangers , qui n'avaient pas su jusqu'alors combien les assiégés avaient souffert, c estoient esbahis el » disoient qu'ils estoient tous gens de bien, de grand cou* 9 raige, et léals serviteurs d'avoir enduré la peine et d'avoir » Hiangié telles viandes en servant leur Prince le Duc René ». Geloi-ci aurait bien voulu loger dans son palais , mais ce palais était devenu inhabitable , parce que l'on avait enlevé une partie des charpentes pour chauffer la garnison pendant les

(i) V. Les chron. de Metz, p. iU et i25. (3) V. Cabnet, Notice, t. I, coi. i60.

froids rigoureux des mois de ooTembre et décembre ; et ob mena le duc dans Thôtel d'Arnoul prévôt de Nancy, ai il soupa et prit quelque repos. La chose n'était pas facile, car les Nancéiens, charmés d'être enfin délivrés des maux <|a*ib avaient eu à supporter, se livraient à une joie bruyante. Lb vivres étaient arrivés en abondance, et on préparait le sob|^ tueux festin qui précède la célébration de la fête des Rois. Les portes de la ville restèrent ouvertes . toute la nuit, et ka rues furent longtemps sillonnées par les nombreux étrangen qui revenaient de poursuivre l'ennemi jusqu'au cfaàleMi iê G)ndé. Beaucoup d*entr'eux reçurent rhospitalité chcc ka habitants ; d'autres s'établirent, comme ils purent, dana ka tentes des Bourguignons ou dans les ruines des faubourfi ; d'autres enfin , et notamment la plupart des cavaliers, retournèrent à Saint-Nicolas où on les avait si bien aceaeîUia h veille.

Vers le milieu de la nuit, Campo-Basso, qui n'avait pas suivi ses soldats jusqu'au château de Commercy , dmnania qu'on l'introduisit auprès de René et lui présenta un pafa» nommé Jean-Baptiste Colonna, que l'on avait fait priaooMr près du pont de Bouxières. Le page dit au duc : « Monaicart pour vous dire vérité, je vous certifie que mon bon Maiatra et Seigneur en ceste bataille il est tué, car feslois an pina près de luy, quand il fut abattu; audict lieu monlt I0 doient defiendre, mais les Allemands les mettoient .1 mort; quand on vit le dangieron prit la fuitte; moy touXcsfois par vos gens j'ay esté arresté; un dea de mondict Seigneur m'ont osté, avec un de sei auquel il y avoit une garniture d'orphévrerie fort riche » (i). René enjoignit de garder avec soin et de bien traiter le qui venait de lui donner uu aussi précieux renseîgiM et se dirigea vers le bourg de Saint-Nicolas, où les auxiliairaa

(1) V. Chron. scandai., ibid.

se réuiiissaieiit pour se remettre en roate. Quoique la canpagne n'eût pas été longue, le froid était si rigoureux ei la saison teiiement mauvaise, que les Allemands et les Suisses n'aspiraient qu'après le moment où ils pourraient rentrer eux. Le 4 janvier, ils avaient même signifié à René |ii'i|^ allaient partir si on ne livrait pas bataille le 5 , et il 'avait pas jugé prudent de résister à cette sommation. Il leur ^omil tout ce dont ils avaient besoin, les reconduisit p^LBsqu'auprésde Lunéville avec sa noblesse, les remercia da srvîce signalé qu'ils avaient rendu à la Lorraine et témoigna^ les quittant, la crainte de voir le duc de Bourgogne, qu'il ipposait toujours en vie, envahir le duché une troisième fois nvceune armée formidable. Les cheb des auxiliaires tâchèrent àm rassurer le jeune prince. « Si Charles est eschappé, lui 9 dirent-ils, et il vous veuille la guerre recommencer, tous * vous promectons que tousjours à vostre secours venrons ;.... * mandez vers nous, et ne vous souciez. »

In regagnant Nancy, René parcourut, avec son cortège,

kschamps où l'on s'était battu la veille et essaya, mais en vain,

de distinguer le corps de Charles- le-Téméraire parmi les ca*

datres épars dans la campagne. Le lendemain , il fit appeler

Cotonna, lui donna une escorte et le chargea de visiter les

enTiroBs du lieu où il se souvenait d'avoir vu tomber son

maitre. Le page, qui avait eu l'esprit troublé par la peur, ne

se rappelait que d'une manière assez vague en quel endroit

•Charles avait trouvé la mort. On chercha pendant un certain

temps sans découvrir le corps, parce que les tués étaient

eomplètement nus, défigurés par la mort et par le froid, et

presque méconnaissables. Une lavandière, qui avait servi le

due de Bourgogne et avait accompagné Colonna, aperçut enfin

le cadavre de Charles. Bien qu'il fût partiellement pris dans

h glace, le page le reconnut aussitôt , et on en prévint le

due de Lorraine. La foule accourut. On alluma du feu sur la

glace afin de pouvoir dégager le corps ; malgré cette préeau-»

lion, la peau d'une des joues fui déchirée ; Fautre joue aftît déjà élé dévorée* par un loup ou par un chien ; mais les grands ongles du prince el plusieurs marques parliculiéres ne permircnl pas de conserver le moindre doule. On enveloppa le duc dans un drap (in, el qualre igenlilshommes, rayant couché sur un brancard , le déposcrenl dans une chambçe de rhôtel de Georges Marqueiz (i), qui élail situé du côté seplenlrional de la GrandVue (!2). On porla, en même temps, dans la maison d'un bourgeois nommé Hugues le sire de Biévre, qui avait péri auprès de son souverain. On laissa le public pénétrer librement dans la chambre, transformée en chapelle ardente, où Ton avait placé sur un lit de parade les restes du duc de Bourgogne ; et René, prévoyanl que Ton ne manquerait pas de soutenir plus tard que son ennemi s*éuiil échappé, et craignant peut-être qu'un imposteur ne prit le nom de ce prince et ne causal des troubles, fil condoire prés de Charles ses frères naturels Antoine el Baudouin, son médecin Mathieu Lopez, son chambellan Olivier de la Marche, son chapelain Denys, ses valets de chambre , le sire de Nenfchâtel, et quelques autres prisonniers qui Tavaîenl vu bien souvent et n'hésitèrenl pas à le reconnaître. Quand on eni toute certitude à cet égard, le duc de Lorraine se rendît Ini* même dans la chapelle ardente. Il était vêtu d'une robe de deuil el portail , à l'exemple des anciens preux , une I barbe de fils d'or ; il s'approcha du lil de parade, prit des mains de Charles el dit : < Chier cousin, vos âmes ail » Dieu ! Vous nous avez faicl moull maux el douleurs ». D s'agenouilla et pria dévotement pendant un quart d'heure; les nobles lorrains et beaucoup de bourgeois el de paysans vinrcm

(1) Ou Marque.

(2) Un pavé commcmoratif indique aux étrangers l'emplaeeiMBl 4t eiA hôtel. René fit élever dans le lieu où le duc de Bourgogne avait p#i un cippc, surmonté d*une croix de Lorraine, el offrant une înacriptîoii tnf connue pour être publiée de nouveau.

rradre le même devoir an dnc de Boargogiie ; mais rautanr de la Chrùiique ajoute que certains nancëiaos ne conaentirail jamais i JQToqaer la miséricorde divine en faveur d'an prince qni n'awil rien négligé ponr asservir leur patrie.

Le corps resta exposé pendant trois jours ; on l'embaona le samedi, ei, le dimanche 12 janvier, on procéda à la cérémonie des funérailles qui furent aussi (wmpeases que la circonstance le permettait. Le cercueil était porté, par des geûailsbommes ; quatre comtes, deux barons et quatre écoyen -Venaient des flambeaux ornés d'écussons aux armes du défnnl. ,^Kené marchait immédiatement après ce groupe ; il était suivi ^de la noblesse et des bourgeois de Nancy en deuil et le cierga ^h la main. Le cortège se dirigea vers la collégiale Saii^ ^^eorges, que l'on avait tendue de noir depuis les voûtes jna- K^n'an pavé. Le clergé de Nancy, les aUiés de Beaupré, de dikirlîeo, de Lunévitle et les prêtres des environs, que l'on ^"waît convoqués , reçurent à la porte de l'église les cercueils d« Charles et du sire de Bièvre. Les (rois abbés célébréreal cbacun une messe haute, et, après les obsèques, le corps du prince fut descendu dans une fosse pratiquée devant l'aUtel dédié k saint Sébastien, dans le bras septentrional du transept. Ve dac de Lorraine voulut que l'on ne cessât de dire des mcsstsdans Ta collégiale depuis six heures .du matin jusqu'à midi ; il fit distribuer aux pauvres une somme assez consid^ rable, fonda un service anniversaire pour le repos de l'Ame de Charles et confia à Yymaigeur Jean Crocque (ou Grock) le soin d'élever un tombeau sculpté sur Icqué! i-eposerait la statue du duc de Bourgogne (1). Le tombeau , qui ne fut terminé que plusieurs années après la bataille de Nancy, était décoré d'arcalores, les unes en plein-cintre, les autres ogi-

(1) V., tu Trà. de« di., Ana le compte du rcceveur-fiiiiéra] pour JSOfklSO? t'trtick intitulé: u Despenee k Jehm Crocque, ymûfan, • dMoeoTMit kBu,pourlapirpiy detai^raiture de leu HoueigiMar le ■ Doc Chariea da Boiirgoiigne à Naaqr n. ^ ,

vales, retombant sur des pilastres entre lesquels on voytit des ëcussons offrant les armoiries des différents pays qui appartenaient au prince décédé ; il était représenté lui-même couché sur le tombeau, les mains jointes, cou?ert de aoo armure, la tète ceinte de la couronne ducale et placée sur on coussin; ses pieds reposaient sur un lévrier accroupi» et prés du coussin deux lions soutenaient des écussons arnuH ries (i).

Par les ordres de René , on s'occupa ensuite de donner h sépulture aux Bourguignons ; on creusa prés de l'emplacement actuel de Téglise de Bonsecours, au sud-est et à qoelque distance de Tendroit où avait eu lieu le principal choc, nne fosse Immense dans laquelle on rangea trois mille neuf cents cadavres, si Ton doit ajouter foi à la chronique de Lorraine ; six cents autres corps furent inhumés dans un champ Yoisitt du pont de Bouxiéres (2), et peu d'années après (i484), un ermite, appelé Frère Jean Villey de Scesse, obtint de René II la permission c de faire ériger et construire une » chappclle avec une maissonnete pour sa demourance prit > du ruy de la croix de Jarville, et clore de muraille le lies » où les Bourgucgnons furent ensevelis » (3). Jean

(1) Nous décrivons d'après anc gravure sur bois du Liber A' c% tombeau c|ui a été délruit dans le siècle dernier. Il faut fûre que le dessin ne s*accordc guère avec les détails contenus dans le du receveur- général cité à la note précédente; mais comme il ce compte que Jean Crock n'a pas reçu intégralement la somme i|n*«i M avait promise , on doit en conclure que le plan du travail a été pendant Tcxécution.

(2) Sur tous ces événements , v., outre Communes, la chronîqot i daleuse et les autres documents français, la chroa. de Lorr,, eoL cxij. Cet ouvrage Gnit à la bataille de Nancy; il est suivi d'une tion qui s'arrête h Tannée IKii et n'offre que bien peu dlntérét. V. \jk vraye déclaration du faict et conduite de la bataiUe de Naney, col. cxxv et cxxvj, et le dialogue de Joannes Lad , édit. eîtée, p«

(5) Les lettres-patentes contenant cette autûriaatioo ont été par M. II. Lepage dans on opuscule intitulé : La chapelle de ou des Bourguignons, p. 3 et é.

VHley ne pot exécuter le projet qa'il atait cooço , mais Ambroise de Charnières, chanoine et aomànier de la coHégîale Saint-Georges 9 éleva, avant la fin du XV* siècle, ootre une maison destinée à loger soit un ermite, soit na ^rdien, une petite chapelle , qui reçut dans la suite des «^agrandissements et devint le célèbre sanetuaire de Notre» JX>affle*de-Bonsecours. René II ne resta pas étranger à l'éta*' lissement de cette chapelle, et on lit dans un titre du M t 4498 qu'elle fut construite « par le commendement el ordonnance du Roy deSecille i (i). Celui-ci voulut encore^ r perpétuer le souvenir de sa victoire et remercier Dieu *QDe si grande faveur, que Ton fit tous les ans, la veille des une procession solennelle dans les rues de sa capitale, quatre heures du matin, les trompettes et la musique réveillaient les habitadts, pour rappeler qu'à cette heure René c^^t prescrit de sonner la diane à Saint-Nicolas; à neuf beures, des salves d'artillerie donnaient le signal d'une distribution de vivres que l'en faisait aux bourgeois peu aisés ; lèpres une messe haute, on se mettait à table et on tirait les I^ois; le soir, à l'heure où le duc était venu rendre grâce à Bien dans la collégiale Saint-Georges, une procession gênénie parcourait la ville de Nancy, à la clarté des flambeaux^ et OB portait comme un trophée le casque de Charles-le-Téménire, que l'on était parvenu à retrouver quelques jours après l8 bataille (2). Cette procession, interdite tant que les Français occjupèrent la Lorraine, fut rétablie sous le règne de Léopold, et ènfln supprimée, en 4737, par le roi Stanislas; mesore qui a fait dire à Chevrier : • Malheureuse est la po- » Rtique qui ensevelit le souvenir des actions des grands > hommes ' (5).

(i) M. Lepage a fait imprimer ce titre, ibid., p. K et Q. (S) V. la notice de M. Lepage sur la collégiale Saint-Georges, dans le BoHetÎD de la société d'arch. lorr., t. i, p. 2SU-331. (S) Hist. de Lorr., t. III, p. 286.

Après avoir ainsi témoigné sa gratitude envers Diea» le iwt tâcba de rémunérer ceux qui avaient montré tant de fidélité et de constance. Le 22 février, il remit aux gentilshommes des lettres qui confirmaient les droits et les privilèges de l'Ancienne Chevalerie ; peu de temps après , il accorda aux boorgeois de Nancy une charte, dans laquejle, après avoir mentionné la guerre qu'il venait de soutenir contre le due de Bourgogne, et les services que ces bourgeois avaient rendnt à leur prince, il les déchargeait pour l'avenir des tailles ordinaires, comme aussi de toutes redevances, traites, aides, charges , banvins et autres impôts établis ou à établir, h k réserve cependant du guet pour les murailles et les portes, cl des droits d'étalage, poids, vente et rouage, qu'ils devaient continuer à acquitter comme précédemment (I). Plasîeors particuliers furent récompensés au moyen des confiscations prononcées soit contre les lorrains qui s'étaient déclarés ponr Charles-le-Téméraire, soit contre la maison de Neufcbâtel, In* quelle perdit, en cette occasion, ce qu'elle possédait dans noirn pays. Oswald de Thierstein n'avait pas craint Rengager ses deux fils pour trouver l'argent dont le duc avait besoin ; de plus, il avait eu beaucoup de part k la victoire de Naney ; aussi reçut-il, sans parler du titre de maréchal de Lorraine, rhètel de l'ex-receveur général Vautrin Malhoste, qoi avail pris la fuite (2) ; la seigneurie de Chaligny (3), dont fol dé» pouillé Henri sire de Neufchàtel, et celle de Bayon, que Ton enleva au sire de Brandebourg et aux trois frères Perrint Henri et Evrard d'Haraucourt. Jean Wisse de Gerbérilkr

(1) V. la charte de René II, dans le Journal historique des de la Meurthe, par M. H Lepage, t. Il, p. 120 et i2t ; v. aussi Cabaslp Hist., t. Il, col. 1080. Les habitants de Nancy ont jooi de ees exempliMS jusqu'au XVIIl' siècle.

(2) V. Lionnois, Hist. de Nancy, t. I, p. 293; AoewDt ftwnptw de rhôpital Saint- Julien.

(5) Les seigneuries de Baiuville el de Chaligny avaient été renduea à k maison de Neufchàtel par le duc Nicolas, dès Tannée 1472.

obtint les biens de Colard Rudolff, chAtelaia de Romsnt, §1

les seigneuries de Landéeourt, Franconville et Sereaville.

qui avaieot appartenu au sire de Brandebourg (I ) ; une autre

poriioD des domaines de ce gentilbomme fut donnée à Thierry

de LénoneourI ; Ferry-Olry , comte de BIAmont, eut mia

terre que les lettres-patentes appellent Fougerieilles , el doU

on ignore la situation ; les biens de Hengel, clerc-juré de

.RamberTiHers , furent donnés & Henri des Armoises ; Henri

^le Lignifille eut les domaines de Nicolas de Vaudoncourt et

^^cflsabelle de LigniTille, femme de ce dernier, t sçavoir :

.^^ telles portions qu'iceui conjoioclz ponvoienl avoir à Ligoi-

-^ Tille, Vitel, PttUigny, Ceintrey, Vannémont , Acraigne»,

:^v Ochier, ban de Haisière, Goviller, SellaiDCOurl, BaittviHe-

^^ IDX-Mirouers, Chamaigne , deui conduilz de Porli Héna-

^ fflesnil , Ville-on-Tal-Saincte-Uarie cl à Lcxiéres »;

M ^^MD de Bron, plus connu sous le nom de Petit Jean de Vau-

A ^Soonl , devint matire-d'hdlel du prince , qui lui abandonna

1^* seigneurie de- Bainville et le ban de Tantiraont, propriétés

' *-* sirede Neufchàlel, et la seigneurie de Pierrefori, • en-

* semble plusieurs rentes et eensives tant à Varize, sur les

* salines, qu'à Lébeuvillle et ailleurs, au duché de Lorraine,

* «{tti sonloient appartenir à Gaspard de RaTillc, confis-

* «joéez pour avoir ledict de Raville adhéré au parti do

* Xuede Bourgongne ■. Jean de Vaudrey, qur portail l'é- ^Udarl dueal a la bataille de Nancy, reçut la seigneurie de "îbéiey el la vouerie de Nomeny, que l'on enleva à Jean de 'toDlion; les biens d'Adam de Varennes furent cédés à Olriet

de Tbionfort; Thomas de Pfaflènhofen eut les dépouilles des deux frères Jacquemin- Martin et Collignon de Lucy; les ebéleau, terre et seigneurie d'Haussonville passèrent de Gaspard de Raville à Fcrri de Saint-Bcaussant ; quelques pdriions des domaines des frères Perrin, Henri et Evrard d'Har^u-

(1} V. Cdmet, Notice, I. Il, col. 9U.

court devinrent le partage de Jeaù Bonnet, c docteur eu né* » dicine > ; Jean Belhoste de Nancy eut les terres de Ferry de Chàtel; celles de Cunin d'Epinal, châtelain de Baccartt, c qui a?oit dénié l'ouverture dudil Baccarat au Roy de » Sicile (1) >« furent abandonnées à Jean dTinvauz, lieutenant àSaint-Dié; enfln, Nicolas Genêt, c escuier de coi- » sine », s'enrichit aux dépens du chevalier Guillaume.

D'autres biens avaient été réunis au domaine ducal ; mi doit ranger dans cette classe une partie du patrimoine de Henri d'Uaraucourt ; celui du secrétaire Huyn Rey nette, qoi possédait un hôtel dans la Grand'rue ; et le village d'Esseylés-Nancy, dont furent privés Balthasar d*Haassonvilie el Simon des Armoises. Balthasar d*Haus^nville , plus heareux que son complice, rentra en grâce auprès de Reaé, dans les derniers mois de Tannée 1476, combattit dans les rangs de Tarmée lorraine et obtint la main-levée de la cou* fiscation prononcée à son préjudice. Des faveurs semblablet furent accordées par le duc à Catherine de Deuilly, veove de Jacques d'Haraucourt, dont les trois fils avaient déserté k cause de leur souverain ; à Louis de Dommartin ; à la itme de Louis de Lénoncourt et à Blanche de Lénoncourt, itme de Henri d'Haraucourt, < à cause de leurs douaires » ; à ■• fils de cette dernière, et à Guillaunoe d'Haraucourt, évèqsede Verdun, « pour sa portion et contingente en sa snrcetaiea

» paternelle, qui avoit esté saisie.... avec celles d* André ••,

» son frère germain ». Perrin et Evrard d*Haraucoort citèrent des lettres de rémission, qui furent signées le août 1477 ; mais on ne leur rendit pas la plupart de lenit domaines auxquels on venait de donner une destination noavelle. Uhistoire et les titres gardent le silence sur le sort das autres lorrains qui avaient embrassé la cause de Charles ; I est probable toutefois que, après avoir vécu pendant quel^

(I) Ccst René II qui est ainsi (icBÎgiic.

aanées sur la terre étrangère, ils reçarent , grâee aax prières de lears anris et de leurs parents , raatorisation de reteoir chez eux et la restitotion de la partie de leurs biens qae l'on trait annexée au domaine ducal (ly. C'est ainsi qu'en pourrait expliquer un passage de Nicolas Remy (2)-, d'après lequel le duc aurait pardonné a tous ceux qui ra?aient trahi , et n'au^ rait retenu des confiscations prononcées conlr'eux qu'un vase ^ cristal, dont il se servait pendant ses repas.

La générosité de René le mit bientôt dans la gène. Outre

Fes riches présents qu'il fit à divers particuliers , et que nous

tvons eu soin de rappeler, il donna à plusieurs gentilshommes

f ^nrrains et aux chefs des auxiliaires suisses et allemands des

considérables ; il paya aux simples soldats un mois

demi 4e solde, et leur racheta les prisonniers qu'ils avaient

hi^âts et la part qui leur était attribuée dans rartillerie des

S^Mirgniguons (5). Comme le camp avait été pillé par les

f— lorrains et par les auxiliaires , le duc n'eut guère que la

l^^lie tapisserie flamande décorant la tente de Charles (4),

Tttrtillerie que celui-ci avait abandonnée tant sur le champ de

iMitailIe que dans ses lignes , et les prisonniers , qui n'étaient

f«s en fort grand nombre, et auxquels René rendit la liberté

iitoyeonant d'assez faibles rançons.

Il désirait vivement s'emparer de quelques cantons de la Franche-Comté ou du Luxembourg, afin de s'indemniser des

(i)V., relativement aux confiscations et rémissions, le registre des lettres-patentes pour les années i^76 et suivantes, P» 506 v<>, 307 v^', 385v«,330ro, 33i r», 338 v», 3i6vo, 3i0 v», 388 r», 367 v«, 570 r», STB po, 379 ro, 381 v®, 582 v®, 383 v«, 392 v», 393 r», 396 r«, 429 fO, 48i vo, et le registre pour les années ii80 et suiv., f^ 22 v^, 241 v® et 397 v«.

(2) V. Discours des choses ad veuves en Lorraine, depuis le decez du due Nicolas, iusques à celuy du duc René, p. 143.

(3) V. idem, ibid., p; 140.

(4) CeUe tapisserie orne maintenant deux salles de la cour impériale de Nancy.

portes immenses que la guerre avait eutrainées , et Dom Cdmet assure même que les Lorrains pénétrèrent dans la Bourgogne sans y rencontrer aucune résistance (1); mais Louis XI n'était pas disposé à souffrir que son voisin s'attribuât ane proie qu'il convoitait lui-même. Dés le 9 janvier il conoaiasail la défaite et la mort de Cliarles-le-Téméraire,-et il écrivait aux habitants de Dijon pour les avertir qu'ils ne devaient se mettre sous aucune autre main que la sienne , afin qu'il pAl « garder le droit de sa prochaine parante et fillolle » Marie de Bourgogne (2). Il ne perdit pas son temps à négocier avee les conseillers de celte princesse et fit entrer ses troupes dans le duché de Bourgogne , dans le comté d'Artois , et dans pissieurs places importantes qui avaient appartenu à son paiiaaat rival. Il redontait cependant le bâtard Antoine et appréiwQdait que ce prince, plein de talent et de courage, ne rémak à reconquérir sa liberté , ne fût chargé par Marie de la conduite de ses affaires et ne causât de nouveaux emlNirras à la France. Il adressa donc à René une lettre mielleuse pour le prier d'amener le bâtard dans la ville d'Arras où le roi s'ëtail rendu. Antoine demanda de n'être pas livré à Louis XI, dont il se défiait beaucoup, et offrit au duc de lui payer une énorme rançon , s'il voulait mettre un terme à sa captivité. Comme il n'oubliait rien pour dissuader René de céder au désir exprimé par le roi , le duc hésita pendant quelque temps ; mais il se laissa enfin séduire par Louis, et, sans tenir compte des sages avertissements du conseil de Lorraine, il donna dix mile écus à Jeannot de Bidos , qui avait pris le bâtard avec Taide de Jean-Baptiste de Roquclaure, et partit pour Arras. Qaanl il fut ù Amiens, il reçut une lettre du roi, qui lui enjoîgnail d'envoyer Antoine dans la ville d'Arras, de retirer les troupes

(1) V. llist., t. Il, col. i07S. Chevrier (ibid., p. 291) trOniie qne Calmct s'est trompé ; il faut cependant rcconntitre que René II plusieurs petites villes du Luxembourg et de la Bourgogne.

(2) V. Archives de Thôtel de ville de Dijon, registre I, o9 173.

lorraines des places qu'elles occapaient en Boui^ogne, et

d'atteadre dans le lieu où il se trouvait que* Louis le fit appe-»

1er. Le duc comprit alors qu'il était tombé dans un piège et

se repentit d'avoir cru à la loyauté du monarque ; nilheureu-'

sèment, il était trop tard pour reculer, et le prisonnier fut re-^

mis entre les mains des gens de Louis ; toutefois , celui-ci,

pour calmer les inquiétudes et les regrets de René, lui expédia

^es lettres dans lesquelles il s'engageait à ne pas remettre

^^ntoine en liberté, et à le traiter avec tous les égards dus à

rang et à son malheur. Peu de jours après, il manda le

ne de Lorraine, l'accueillit avec empressement et l'enivra des

lus brillantes promesses ; puis, ces beaux semblants d'amitié

rent tout-à-coup remplacée par la froideur la plus marquée.

roi affecta même de ne plus adresser la parole à René ,

moâ , se voyant au pouvoir d'un prince aussi perfide que crue!

L n'espérant rien en obtenir, résolut de s'échapper. Il -fit

rtir ses domestiques de la ville , la quitta lui-même , sous

(>v*ëtexte d'une partie de chasse, monta à cheval et, courant

îovir et nuit, parvint à regagner la frontière de ses états.

Xoais XI avait commis une faute et il tâcha aussitôt de la r^fMrer. Il écrivit au duc de Lorraine qu'il pouvait toujours compter sur l'amitié de la France et il l'engagea à conclure un noQveau traité. Le premier soin de René, après son retour, avait été de resserrer les liens qui l'unissaient aux Suisses, à certains princes d'Allemagne et aux villes impénales d'Alsace, afin de se ménager des soutiens dans le cas ou le roi voudrait l'inquiéter. Il avait aussi négocié un arrangement avec Marie de Bourgogne. Quoiqu'il n'eût plus aucune confiance dans les paroles de Louis, il ne jugea cependant pas à propos de repousser les ouvertures de celui-ci, et, les 15 et i6 juin 1478, le roi donna au prince lorrain le titre purement honorifique de lieutenant-général au duché de Bourgogne (i),

(1) V. Très, des ch., layette Bar mouvoiU, n9 43.

et signa des lettres dans lesquelles il jurait à René c de m

> jamais le délaisser, ny abandonner, et de garder el dé-

> fendre ses pays, terre et seigneurie, sans faire paix, » tré?es, ny abstinence que le Duc n'y fust compris » (I); el d'autres lettres destinées à établir que cette alliance entre k France et la Lorraine ne portait aucune atteinte à la ooolédération que René avait formée avec les princes de la Haute- Allemagne et les villes impériales d'Alsace (3). Qaelq mois après, Marie de Bourgogne, qui venait d'épouser Ti chiduc Maiimilien, fils de l'empereur Frédéric III, conctal avec le duc un traité, aux termes duquel on restituait à ee prince tout ce que Charles lui avait enlevé pendant la guerre; René était mis en possession dts domaines que son alèole Marie d'Harcourt lui avait laissés, mais qui, étant situés ea Flandre , avaient été mis sous séquestre ou confisqués ; eiH* fin, le duc conservait quatre places du Luxembourg qu'il avait conquises, savoir : Marville, Damvillers, Chaveoey et Virton ; Marie et l'archiduc réservaient toutefois, tant poor eux que pour leurs descendants , la faculté de racheter ees lieux moyennant une somme de vingt mille florins du RUb, cinq années après la conclusion de l'accommodement (3).

Au moment où Louis XI faisait de grands efforts, ane beaucoup de succès, pour persuader au duc que ses Térila* blés intérêts lui commandaient de rester ami de la Franee» M tâchait d'arracher au vieux roi René d'Anjou un fntamcl qui frustrât le prince lorrain. En 1474, René avait rédigé ai acte de dernière volonté dans lequel il léguait k son petit-lb le duché de Bar, avec toutes ses. appartenances et dépeadM-

(t) Ces lettres sont dans le même dépôt, layette EtaU-^énérmtm êm Duehé de Bar, n» 8.

(2) Ces dernières lettres sont imprimées dans Cabnet, ibid., I. U, preuv., col. cclxxxvj.

(3) Ce traité, daté du 25 janvier li79, est imprimé ibid., col. ccUxxviij.

ces, i l'exception cependant da marquisat de Pont-à^Hpossoii qu'il avait donné à son fils naturel Jean, connu sous le nom de bâtard de Calabre, et dont nous avons déjà parlé (i). Louis essaya, mais en vain, d'obtenir la révocation de cette clause, et il résolut d'attendre une occasion plus opportune. René II n'était pas plus satisfait; il avait espéré que son aïeul lui laisserait non seulement le Barrois, mais encore l'Anjou et la Provence, et René I*' venait d'assurer la propriété de ces 4ieux provinces à son neveu, Charles comte du Haine, auquel Jl avait fait épouser, probablement afin de calmer le ressenti* xnent de la maison de Vaudémont , Jeanne troisième fille de erri II et d'Yolande.

En 4476, les circonstances ayant paru favorables à Louis,

jI entama de rechef des négociations pour arracher la cession

Il Barrois ; il avait précédemment fait occuper par des trau-

françaises la ville de Bar, ainsi que les bourgs ou châ-

de Louppy, Kœurs, Gondrecourt, Morlay, Revigny, et

Cfuelques autres encore, et, au mois de juin, il en donna main-

l^^ée au roi de Sicile (2), dans l'espérance qu'une semblable

mesure disposerait celui-ci à prêter l'oreiJle aux propositions

c|iii lui étaient soumises. En effet , René d'Anjou, obsédé par

i^D redoutable suzerain, qui s'était fait céder par Marguerite,

▼euve du roi d'Angleterre Henri YI, les droits éventuels

qu'elle avait sur le duché de Bar, René, disons-nous, parut

prêta déshériter son petit-fils. Le duc de Lorraine, instruit

des intrigues du roi de France , jugea convenable de faire un

voyage en Provence et se rendit auprès de René P% soit à la

fin de l'année 1477, soit dans les premiers mois de 4478. Il

n'eut pas de peine à obtenir la confirmation de la clause qui le

concernait dans le testament de 1474, mais Louis ne voulut

pas lâcher prise. En 1479, il chargeait le sire de Blanchefort

(i) V. ce testament, ibid., col. dclxxxiij.

(2) V. les lettres de Louis XI, ibid., col. cdxxxij-cclxxxiv.

d'une mission près du roi de Sicile , auquel il faisait présent d*une somme considérable , et en même temps il flattait le duc de Lorraine , poussant même la complaisance jusqoTi solder une compagnie de trente archers destinée à augmeoter la garde de ce prince. Le 8 septembre , il écrivait à François de Gênas, président de la chambre des comptes de Daapbiné et général des finances en Languedoc , qui reçut une pensk» de six mille huit cents livres, comme récompense des senrices qu*il avait rendus au roi dans les négociations relatives à Théritage de René : < J'envoye Blanchefort pardelà (en Pro- » vence), pour la matière dont je vous ay escript, et pour ce » que j'ay promis à mon cousin le duc de Calabre (i) de loi » bailler et souldoyer trente archers, pour la garde et searelé

> de sa personne, et vueil que sur les flnances de

• Languedoc vous appoinctez le paiement desdits archers

> pour Tannée commençant le premier jour d'octobre pro-

* chain venant , à la raison de vu livres x sols t. par moys. » Et gardez bien qu'il n'y ait faulte , car j'aimeroys mieah » qu'il demeurast de mes aultres afferes. Et avisez se pourra » trouver pardelà le remboursement de xx mille escos di » roy de Secile (2). »

Les nouvelles tentatives du roi de France ne fareot pes couronnées de succès, et, le 15 novembre suivant, Reaé d'Anjou déclara qu'après sa mort le duché de Bar appartiendrait < à Madame Yolande , sa fille aisnée , et à cause d'elle » au duc de Lorraine , son seul fils et héritier > (3). Dès b 31 juillet, le roi de Sicile avait signé des lettres par lesqoeHss il laissait à ferme le duché de Bar à son petit-fils, avec Twtorisation de créer et destituer les officiers , capitaines el fone»

(i) Il parait qae René II prenait déjà ce titre.

(2) Cette lettre a été publiée dans le Bulletin des comitét Histoire, sciences, lettres, n^ de sept, et oct. 18ISI, p. 237.

(3) V. une copie de cette déclaration dans le cartulaire da p. i6l9.

tîonnaires de tous ordres , ainsi que de toucher < les deniers

> ordinaires et extraordinaires , aydes, forfaitures , amendes,

> confiscations et attrayhiôres , bled, vins, cires, chapons ^ » gelines , poivre et anltres choses venans aux receptes des

> receveurs général et particuliers ». Quoique René eât'représenté que le Barrois était < tellement destruit et foulé,

> que à grande peine les charges mises sur le revenu d'icel* , » luy se pouvoient payer et acquitter > , il prit l'engagement de Terser, chaque année, entre les mains de René d*Ânjoa une somme de quatre mille écus d*or, mais il exigea que son aïeul prescrivit à la chambre des comptes de Bar de ne pas permettre aux receveurs de solder les dons, pensions et assignations que le roi de Sicile ferait sur les revenus du Barrois,

à moins que le duc de Lorraine n*y eût préalablement consenti (i).

Il se trouvait déjà en possession de la partie du Barrois qui est située à Test de la Meuse. Le roi de France , mécontent de voir ses projets déjoués, avait fait occuper de rechef par ses troupes Bar et toute la prévôté dont cette ville était le chef-lieu, et avait commandé au sire de Blanchefort de téoigner à René d*Anjou le mécontentement que le monarque vait éprouvé en recevant communication des lettres du 3i uillet. Il désirait obtenir pour lui-même la ferme du Barois , et le roi de Sicile fut contraint , pour ne pas s'expo- <r au ressentiment de ce prince, de manquer de parole à ené II et d*abandonner à Louis la ferme de la prévôté de r^ par lettres datées du 7 novembre 1479 (2). Ces négociations épineuses faillirent troubler les dernières nées de René d'Anjou. Il s'était néanmoins presque complèteent déchargé sur ses ministres des soins du gouvernement, ne

(1) V. les lettres de René d'Anjou, dans Calmet, ibid., col. dclxxxviij- ^dxxxvj bis.

\â) V. les lettres de René, ibid., eol. ddxxxvj bis-delxxxyiij bit.

voulait plus entendre parler d'affaires , et employait se9 journées à enluminer des livres d'heures , et à composer des oa* vrages que le nom de leur auteur n'a pas réussi à préserver de Toubli. « Le morlifiement de vaine plaisance », la pasto* raie de « Regneault et Jeanneton » ou les « Amours du berger et de la bergeronne > , « La conqueste de doulce mercy par le cueur d*amour espris > absorbèrent pendant longtemps ses loisirs. Dans les premiers mois de Tannée 1480 il sentit diminuer ses forces et comprit que sa fin- approchait. Il fui bien» tôt après obligé de garder le lit. Il expira sans souffrances, le iO juillet, et fut inhumé dans la cathédrale d'Angers, à c6lé d'Isabelle de Lorraine sa première femme. Leur fille Marguerite ne survécut pas beaucoup à son père. Enfin, la dacbe«e Yolande mourut elle-même en 4484. Elle reçut la sépullare dans l'église collégiale Saint-Laurent de Joinville, qui renfermait déjà les tombeaux des comtes de Vaudémont Ansehne ou Ansclin, Ferri I^^ et Ferri II, et qui abrita plus tard celui de l'évéque de Metz Henri de Vaudémont , beau-frére d'Yolande.

A la mort de sa mère, René II hérita du Barrois ; car celte princesse, qui avait refusé de régner sur la Lorraine, D*avail pas fait difliculté de prendre le titre de duchesse de Bar et même, autant qu'on peut le savoir, de s'occuper de radminietration. C'est du moins ce que l'on induit de lettres par quelles Yolande confirma, en 4482, les privilèges des létriers de Saint-Mihiel (1).

La possession de la partie du Barrois sur laquelle LoQis XI n'avait pas osé mettre la main augmentait un peu la psissanee du duc de Lorraine, mais ne pouvait améliorer la silualioB de ses finances, gravement embarrassées depuis la guerre qu'il avait soutenue contre la Bourgogne. Il aurait fallu, pour cicetriser les plaies de notre patrie, plusieurs années deiranqoil-

(1) V. RogévUle, Dict. hisU des ordono., t. 11, p. 34.

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