‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 7 sur 23 · SI · texte numérisé non relu

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trc estât, parquoy vous puissiez remectre sus vos pays, payer vos debtes et demeurer en paix. Toutes fois, combieB que cette conclusion vous pleust bien dés le commencement , par Ja simulation d*aulcuns qui plus désiroient leur bien particulier , et qui par les guerres se Toaloient faire grands, ainsy qu'ils ont feici, vous changeatles propos, mistes gens d'armes en Bourgongne et en Ltuembourg. Vous sçavez le profict qui vous en advint ; car aa reg(ird de Bourgongne, le Roy a voulu avoir les places qa*a?iei gaignéez^ el fallut que payassiez les gens d*armes; el pai la prinse du Luxembourg , le Duché de Bar, où vos geni d'armes vivoieni, fut mis à pauvreté et destruict, el a|Mfl beaucoup et inestimables dommaiges que vos pauvres sobjects avoient supportez, recourûtes devers vos Estais poir avoir ung ayde pour payer les gensd'armes; ce qu'ik fireat libéralement. Et quand vous aurez bfen pensé à ce, ▼om trouverez que , pour entretenir ceste gensd'armerie qae m vous a esté d'aulcun profict, vous avez levé de trés-grawlei sommes de deniers de vos pays ; sans ce que, pour y fournir, vous a fallu engager plusieurs de vos places, terres d seigneuries... (I). Et combien. Monsieur^ que depuis trèssouvent avez esté sollicité par vos bons et loyaulx sutjccti et serviteurs de vous restreindre et prendre estât sapporlible à vous et à vos pays , n^avez jamais voulu y riiliMii, et vous a plus vaincu la passion d'aulcuns partiadieii^ ennemys de vostre bien et honneur, comme il esl à prtw mer, que la bonne et loyale . persuasion de vos boas d loyaulx subjects et serviteurs ; parquoy n'avez josques ky

(1) René avait engagé Sarreguemines pour sùrefé d*ane

3ua(re mille quaUv cent soixante-un florins du Rhin qo*U dtvi e Thierstein et à sa femme Odile de Nassau, et d*uiio aoire quatre mille florins rédumée par le comte Simon Weckcr. V. Notice, t. Il, col. m. René ovait aussi engagé ses domainct d*A de Rumigny, etc.

> mis ordre quelconque à voslre estât ; à roccasion de qaoy 9 avez multiplié charge sur charge ; vos debtes sont crttes,

• au lieu qu'elles dussent avoir esté payéez ; les gentilshom-

> mes et aultres qu'avez voulu entretenir en grand nombre » et de toutes manièrca de nations^ dont plusieurs, avoient B esté.de vostre estroit Conseil, se sont départis de vostre

> service, et mal contens ont prins querelles contre vous, et

* faict du pis qu'ils ont peu et font encore à chascun jour ; « dont vos pauvres subjects en ont esté et sont merveilleuse-

^ ment adommaigez, parce que souvent U a convenu prendre m par force le vin, le blé et aultreê^ c)M»e8 ii^e«|i8aires cbies » euix, rompre céliers et greniers, dejftoj Us jb0 ami payez, » , et seront d'icy à longtemps, et puis escorè, eonmis, pillez » et adommaigez par lesdiets gens d'armes. Et Dieu sçait, ' Monsieur, ta grande désolation qu'est au peuple, et les

* malédictions qu'ils donnent au lieu de bénédictions^ «n demandant vengeance à Dieu des grandes charges, molestes et inestimable pauvreté qu'il leur faut supporter, aveeques la grande chèreté de vivres et de toutes choses qu'est au pays. Et encore, que pis est, les créditeurs, parce qu'ils ne

* sont payez, diffammcnt partout vous et vos gens, disans » que l'on leur doit beaucoup , et que Ton leur assigne et

* donne plusieurs termes de payemens , mais qu'on ne leur

* tient chose que l'on leur promecte , et que ne tenez foy ne

> promesse quelconque ; parquoy , comme les premiers, ils

> TOUS deffient, courrent , pillent et vous chargent partout.

* Aassy, Monsieur, si vous faictes chercher dans vos bonnes

* Tilles, vous ne trouverez poinct qu'il y ait homme, de quel

* estât qu'il soit, qui ait ny blé ny vin chez luy, ne qui ait faict » ou fasse quelconque provision , pour doubte (crainte) que

* Ton ne les prengne, et asseurément s'H venoit quelque puis- » sance devant l'une de vos villes, quelque despense que l'on 9 ait mise à la fortifier, elle ne tjendroit pas huit jours que, » par faulte de famine et faulte de provision, ne la convenist

rendre ; cl jamais ne se fera aulirement , si aiiltre remède et provision n'est par vous mis et donné au faict de Toslre

estât Et semble, Monsieur, soubs vostre bénigne

supportation et correction, que, si remède y doit estre rais, il faut qu'il viengne premièrement de vous, et que vous vous délibériez de reigler vostre volunté et appétit qu^avex d'avoir grande maison ; car grande maison où il n'y a reigle ne pouvoir pour l'entretenir est plus confusion qn'aultrement. Ainsy que le pouvez clèrement congnoistre par ce que dict est, tous voiez. Monsieur, que quelque nombre de gens que vous ayez , et quelque despense qu'il vous en conviengne supporter, si n'avez vous pas pour vous accompaigner aux champs en armes que bien peu de gens; el vous faut , si vous voulez avoir seulement quatre cens die* vaulx pour reboutter ceulx qui vous querellent y estre en danger de vos estais, appâtir vos pays et tousjours charger sur le peuple Encore vous debvez tellement voas restreindre que vous vous puissiez petit à petit desdebler, dont adviendra que premier (d'abord) vous vous acqQîderez et deschargerez votre conscience , acquerrez bon bniid et crédit; vostre peuple pourra vivre en paix ; vos bonnet villes se multiplieront et se pourvoiront de vivres, et Tirerez et régnerez sur eulx glorieusement et en bonne pnix el

tranquillité Bref, Monsieur, tout le salut de Towel

de tous vos pays* despend de ce que vous ayez bon et bel estât bien reiglé selon vostre pouvoir, et que vos Mhres affaires soient , par l'advis des gens féables et que soieM à vous , conduictes et gouvernéez ; car vous voiez que , pem que vostre revenu va la pluspart au duire (plaisir) » à boire et à manger, vous ne pouvez trouver argent pour despescher ung ambassadeur pour vos aflalres. Si en avez vootph* sieurs, et aurez tousjours à Fadvenir, tant en France en Allemaigne et ailleurs, comme sçavez. Aussy, Ions Conseillers, Gentilshommes, OflSciers, et lireftoas

» de vostre maison braient et crient après vous , parce qu*ib

• ne sont paies de gaiges ne de pensions qui leur sont assi*^ » gnéez , et tant qoe ce désordres dorerera , vous n*aur«z \^ 9 mais bien , paix , ne repos en vous » et aussy n'auront vos

• subjects (4). »

Le vainqueur du duc de Boui^gogne n'était pas accoutomé à entendre un pareil langage ; toutefois , la justice des repro^ ches qui lui étaient adressés et le besoin d'argent qu'il éprott^ ^vait le forcèrent à dissimuler son mécontentement ; mais les x-emontrances des Etats ne furent peut-être pas étrangères à la joie qu'il témoigna lorsque les Vénitiens Finvitèrent à prendre le commandement de leur armée. Ia république, qui •^attendait à une guerre prochaine contre le duc de Ferrare, et désirait mettre à la tète de ses troupes un général re-^ nommé , s'adressa au duc de Lorraine, ; et celui-ci con«* dut avec le doge Jean Mocenigo, dès le mois d'avril 1484, une convention aux termes de laquelle René promettait de se rendre en Italie avec cinq cents gens d'armes et mille hommes dMnfanterie. Les Vénitiens s'engageaient à payer la solde de ces auxiliaires , et à donner à leur chef une somme de dcax mille ducats tous les mois.

Quelque temps après cet arrangement, le duc se dirigea en seeret vers la Provence, où venait d'éclater un soulèvemènl en sa faveur. Aussitôt après la mort de René d'Anjou, sa fille Yolande avait pris le titre de reine de Jérusalem et de Sicile, Savait noué des relations avec plusieurs nobles qui voulaient 9'opposer à ce que leur patrie fut réunie à la France. Au mois d'aoât 4484, le duc envoya en Provence un gentilhomme de ce pays, Jean de Pontevez, seigneur de Cotignac, auquel il avait confié les fonctions de sénéchal de Lorraine. Il était chargé de traiter avec deux condottieri italiens, Robert de

(1) Od trouve une copie de ces remontrances dans le cartulaire du Très, des chalies, registre intitulé : m Liber omnium it, fo* 33 v* etsoiv.

San-SevcrÎDo et Obieto de Fiesque, qui promirent d'amener avec eax trois cents gens d'armes et environ trois mille hommes d'infanterie. Quand la convention dont il s'agit fut arrêtée, Raymond d'Agout seigneur de Cypières , Boniface de Castellane seigneur de Foz, Philibert son fils, Honoré seigneur de la vallée de Cbanan, et quelques autres firent soulever les villes de Forcalquier, Grasse, Draguignan et leurs vigueries. Le duc de Lorraine arriva sur ces entrefaites et fut proclamé comte de Provence ; mais ses premiers succès ne tardèreit pas à être suivis de revers. La ville d'Antibes, vivement attaquée, se défendit avec avantage, et Villeneuve seigneur de Séranon soutint dans le château de Trans un siège qui donaa au comte du Maine le temps de réunir des troupes. Louis XI lui envoya des secours, dés qu'il eut connaissance de la tentative de René, et fit soigneusement garder toutes les routes qoi conduisaient de Provence en Lorraine, afin de se saisir de la personne de René, quand il essayerait de revenir dans étais. Celui-ci , ayant été prévenu en temps utile , mercia ses partisans, se rendit à Marseille, s'y embarqM, gagna Venise et revit la Lorraine au commencemeot de l'hiver (4).

Immédiatement après son retour, il fit une maladie très* grave; son médecin, Jean Bonnet, réussit à le sauver, et eelle eore lui fit tant d'honneur, que Louis XI voulut le constillcr et écrivit, le 5 février 4482, à François de Gênas : c Je » prie, envoyez moy icy (à Thouars) cent escus d*or • envoyer quérir le bon médecin qui a guéry monsieur iè

> Lorraine, et ne me faillez pas pour cent escuz, ear c*cal

> pour ma santé (2) ». Le duc fut pendant quelques dans l'impossibilité de se livrer à aucune occupation sëri

(1) V. PapoD, llistoirc générale de Provence, t. III, p. iOi.

(2) Cette lettre a élé publiée dans le Bulletin des eooMs hiat., p.2U.

Il ëlait à p«iae rélsbli quand deux séoateurs TénitieBs viarmt lui annoncer que la répabliqne rédamait* se* services. Pour augmenter sou ardeur, ils lui lâisséreni entendre qu'une' fois la guerre contre Ferrare terminée d'une manière avan-" lageuse , Jes Vénitiens lui eonfieraîent des soldats et des nifiseaux , avec lesquels il pourrait tenter la conquête do royaume de Naples qui avah appartenu à son sleul René d'Anjou. Le duc partit sur-le-champ , «vec deux cents gens d'armes et mille hommes d'infanterie, et il emmena avec lui son' chancelier, Guillaume d'Haraucourt évëqae de Verdun, dont le talent pour les négociations paraissait devoir être fort nlile, siRené donnait suite à ses projets sur Naples. Le duc de Lorraine fut magnifiquement reçu A Venise ; on !• créa patricien, et on inscrivit son nom sur le livre d'or. U entra eo campagne sur la fin d'avril, obtint d'abord quelques succès sur les troupes de Ferrare et investit cette ville; mais ta mésintdl^^ gence se glissa entre lui et le gouvernement vénitien ; une maladie contagieuse, qui se déclara dans l'armée, enleva beaucoup de monde, et Rend, désespérant de mener la guerre à bonne fin, prit le parti de résigner son commandement vers h fin -de Tannée. U se dirigea ensuite vers la' Lorraine, avec le peu de soldats qui lui restaient, traversa la Suisse et renounla son allienoe avec les cantons (<). '

Il était temps que le duc retournât dans ses états, car Wà absence avait été mise à profit par Gérard de Rodemack, 'qtii l'était, pour I» forme, donné au roi de France et commettait mille brigandages dans le Luxembourg, dans le pays messin et dans les cantons du BarroJs les plus rapprochés des cbAteanx de Richemont et de Rodcmack, où il logeait les bandits qu'il avait engagés à son service. Gomme le nom de Louis XI, que Gérard mettait toujours en avant, en imposait

(t) V. Miai. lie Thien'i»!, règne de Rend II, dans le i admet, l]i>t.,i.U, col. lOSI.

beaucoup, oo ferma les yeux sur les premières încarsions de ce geotilhomme ; mais l'impunité accrut tellement sa hardiesse, que l'on se décida à le châlier. Les Messins et les LuxeoH bourgeois attaquèrent le château de Richement, le prirent el le rasèrent. René s'était chargé du siège de Rodemack, qu'il détruisit complètement. Gérard parvint à s'échapper et se tM peu de temps après, en tombant de cheval (4).

Le duc de Lorraine demeura tranquille pendant quelques mois, en attendant le déeés de Louis XI, dont la santé chas* celante annonçait une fin très-prochaine. Le comte du Meiae, Charles neveu et héritier de René P% était mort le iO décct bre i4di , et avait légué ses états au roi de France, qui les avait réunis à la couronne. Le duc, irrité de cet acte, qu'il regardait comme une véritable spoliation, avait protesté contre le testament du comte et nourrissait une secrète espéranoe de voir des troubles éclater dans le royaume pendant la minorili de Charles VIII. Il ne fut pas trompé. Louis expira le 30 aoil 1483, et sa fille, Anne dame de Reaujeu, eut le gouversemeMl de la personne du nouveau roi et devint toute puissante ; wum le duc d'Orléans, premier prince du sang, ne tarda à maaifetter des prétentions qui rendirent une rupture inévitable, el b plupart des seigneurs français se déclarèrent en faveur dtt prince. Anne comprit le danger qui la menaçait et fit propoear à René II de se rendre en France, où on lui donnerait un emploi digne de son rang et de son courage.

« Ceux qui gouvernoient ledit Roy, (qui estoient le D«e et > la Duchesse de Rourbon (2), et un Chambelao appelé b » Seigneur de Graville et autres Chambelans, qui en ce U

(i) V. la continuation de la cbron. de Lorr., îbid., t. ID, cxjv ; Chroo. de Jean le Chilelain, ibid., t. Il, preoT., eol. cli{ ; eoclésiaslique et civile du duché de Luxembourg, par le P. t. VIII, p. 9 et suiv.

(2) Monsieur et Madame de Beaujeu, depub due et Bourbon.

» eoreni grand tégae), dit Commynes, appeli^nt en Gonr»

■ en siulorité et crédit ledit Dac de Lorraine, pour en afoir

■ support et aide ; car il eatoit tiomnie hardy «t pins qn'homim » de Coar, et leur sembloit qu'ils s'en déchargeroient bîea

■ quand il seroittempg (4), > Benë, qai devinaît pettl-^lre !• récompense destinée. à ses services, demanda, en arrÎTant, qu'on loi remit la Provence, l'Anjou et la portion da Beir«to que Louis XI s'était attribuée, c Mais n'enl-w bon recours»

> remarque Tblerriat; certain geafilbomme de Roeherort»

• natif de Boorgongne, occupoit la cbancelerie de Francs et

■ n'accorda que la ducbé de Bar, et sons condition que de

* prime-abord seroil restitué ce que le,roy deffanct estoit diel t avoir preste au duc de Lorraine. Contre telles prétenliona

* se débattit grandement Révérend Père en Dieu Gnillanme

> dllaraueourt, évesque de.Verdun, ebsoCelier de Monsoi^ a gneur, et disoil, avec grande raison , que les susdits comlé » de Provence et ducbé d'Anjou n'esloîent dn domaine de

• France, en tant que le roy n'en evoll que acte de force et

> d'intrigaes qu'avoit-on faict envers H. René , le bisayeol

> de Monseigneur. Ajootoit-on encore que s'en falloit de

■ beaucoup que Tust due chose quelconque à deflunct ie roy

* Louis XI ; qu'iceluy, à l'enconlre , estoit en grande rede-

■ vaace envers Monseigneur, et que cecy n'esloil conte à dor-

* anir, comme esloient ceulx que donnoit le sieur de Rocha*

* fort ; mais eut beau haranguer le chancelier d'Haraucourt,

■ ne put sauver la Provence et l'Anjou, que restèrent déte-

* nues à tousjours ; fut enfin réglé par convention que

* naoitié du rapport que pouvait advenir en la duehé de

* Bar seroil mis en déposi jusqu'i tel temps que les parties ■ seraient en accord (2). >

Anae de Beaajeu s'aperçut qae le duc de Lorraine était

W) V. rUil. de Lengist du FrMnO)rk,t. I, p. ^13. [T, T. Nànoirei, r^D«deRenill,£MbrM»Ml

peu satisfait de larrangcment , et se héla , pour attacher ce prince à la cause du roi , de lui promettre la restitution de h prévôté de Bar, de lai conGcr le commandement d'une compagnie de cent lances, et de lui assigner pour quatre années une pension de trente^six mille livres, qui ne fut jamais exactement payée (i). Un traité fut conclu, à cet effet, le 23 septenbre *1484, entre René et Madame de Beaujeu ; on y décerne l)eaucoup d*éloges au duc de Lorrame, et on rappelle « les... • louables services qu'il avoit par cy-dcvant faicts au fea Roy » trespassé , et à la cbose pnblicque du Royaulme » ; mais on ne dit pas un mot des conditions auxquelles le duc consen* tait à prêter main-forte à la fille de Louis XI (2). René obtini encore que ses prétentions sur la Provence et l'Anjou seraient renvoyées à l'examen de commissaires qui furent désignés par Madame de Beaujeu, et dont on ne pouvait par conséquent espérer une décision bien équitable. Il voulut au moins profiter des circonstances pour récupérer la prévôté de Bar , et chargea Guillaume d'Haraucourt et l'écuyer Gérard d'Avillen d'aller en prendre possession (3). Un corps d'écossais an ser* vice de France qui occupait la ville et le château en sortit^ à la demande des délégués ; mais la garnison ne se fut pas pins» tôt acheminée vers la Champagne , qu'elle reçut ordre de retourner à Bar. Gérard d'Avillcrs parvint à empêcher l'exéenlion de ce mandement, et le Barrois tout entier fut dés lors au pouvoir de René, sans être cependant annexé à la Lnr* raine; car les deux pays conservèrent leurs constitutions

(1) Il faisait des plaintes à ce sujet dés la fin de juillet iiS4) ainsi q«W peut le Yoir dans le procès-verbal de la séance tenue par le eonseîl b 7 août suivant. V. Procès-verbaux des séances du conseil de régcocc en rai Charies VIII, pendant les mois d*aoùt liSi à janvier 1485, d*après les manuscrits de la bibliothèque royale, par H. ^. p. 20-31 .

(1) V. ce traité, dans Calmet, iwl., t. lit, prenv., éd. ecxeiv et

(3) En mars ou avril ii88.

disUncteSy quoiqu'ils Aissent soumis au même souverain (i).

Le duc jouit d*un grand crédit pendant les années 4484 et 4485, et eut paria plusieurs des mesures vigoureuses que prit Madame de Beaujeu pour maintenir son autorité (2). Com* mynes raconte que ce prince c Tavoit aidé h chasser de la > cour, avec rudes et folles paroles > (3). L'historien ne dit rien des motifs de sa disgrâce , et Ton pouvait croire qu'un simple caprice de Madame de Beaujeu ou de René avait été .la seule cause de cet événement , lorsque la découverte récente de Findigne conduite tenue par Commynes sous le régne de Louis XI expliqua et justifia la décision rigoureuse q.ui vint le frapper.

Il était un des trois commissaires (4) nommés pour ezamiaer les prétentions du duc de Lorraine sur l'héritage du roi de Sicile ; il fut, sans doute, remplacé par un autre seigneur, et dans le courant de Tannée 4486, la commission, annonçant que son examen était terminé, déclara que le duc n'avait aucun droit sur l'Anjou , ni sur la Provence. René s'attendait bien à un pareil résultat , mais il voulut rédiger de nouvelles^ protestations, < actes inutiles qui ne font que de l'eau claire », selon la judicieuse observation de Thierriat. Le 27 juillet, se trouvant à Châlons-sur-Marne, à l'auberge de la Fleur-de-Lys, il appela deux notaires et leur remit ses protestations (5) , en présence de Jean Pérard prieur de Ssiiut-Louis de Verdun, Louis de Chaudeney doyen de la même ville, Laurent de la

(i) V. Calmel, ibid., t. II, col. 1090.

(2) Quand il se trouvait à la cour, il assistait asseï régulièrement lox séances du conseil. V. Procès- verbaux des séances etc. , p. 162 et suiv.; V. aussi p. 52 et 53.

(3) V. Commynes, ibid., p. i24'.

(4) Le second était Acciu*se Maynier, joge-mage de Provence ; v. Bulletin du comité de la langue, do iVÎloîre et des arts de la France, t. Il, p. 239.

(5) Elles sont imprimées dans ftilrtl» iUd., t. IIl, preuv., ool. ocxcviij et ccxcix. %..■■' '

Ruelle écuyer, et Jean CogBO?i («te) clerc du diocèse de Liège.

La déclaration des commissaires » et le retard que mettait Anne de Beaujeu à payer au duc la pension qu*elle lui avaii assignée, irritèrent celui-ci et le disposèrent à prêter Toreilla aux propositions des princes français ; « il partit très-mal^ > content de la Codr > , rapporte Commynes (i) ; toutefob, il ne jugea pas à propos de rompre le traité qu'il avait couda en i484. De son côté, Madame de Beaujeu fit des efforts pov retenir le duc dans son parti , et, comme elle n'ignorait pat que le prince lorrain avait encore l'intention de tenter la coftquête du royaume de Naples, elle s'engagea à lui fooroir in puissant secours, aussitôt que le rétablissement de la tranquillité le permettrait. René reçut une somme de vingt nûlk francs, on lui en promit quarante mille autres, on l'autorisa à conduire en Italie sa compagnie de cent lances, et on lai jura que le roi userait de son crédit et de son influence pov favoriser la réussite de l'expédition (2). On donna aussi a« duc la charge de grand-chambellan, qui le liait d'une maniera plus étroite au service de Charles VIIL

Il parait que René, comparant le préjudice réel que M causait la perte de la Provence et de l'Anjou avec les espè* rances éloignées et peut-être trompeuses de la conquête da Naples , trouva bien insuffisante la compensation qu'on loi of» frait et s'aboucha avec les princes. Néanmoins, malgré hs lettres que ceux-ci lui envoyèrent pour le presser de bire une diversion, en entrant avec une armée dans la province de Champagne ; malgré les sollicitations de l'archiduc llaxioiilien, qui lui conseillait fortement de se jeter dans le parti des mécontents, ajoutant qu'ils ne manqueraient pas de se mOB* trer plus généreux que la fille de Louis XI, le doc resta

(1) V. ibid.,p. i23.

(2) V. ComiDyiics , ibid., p. iii.

quille, soit dass ses ëlats, soit è la cour de France, «ntre lesquels il partageait son temps. On dit, à la Térité, qu'il eat l'inprodence de signer une sorte de confédéralion arec les enacmis d'Anne de Beaujen ; qu'il' autorisa ceux-ci i lui courir sus el à traîner son écusson i la queue de leurs ehevaut , ri Inj, René, n'exécutait pas poncineltement les articles du IraïlA; qae les Français découTrireal celte pièce , après la bfttaille de Sain t'Aub in- du- Cormier, et que Charles VIII rendit le traité au duc de Lorraine, sans lui témoigner aucun rcsseMiment (I). Mais ces dernières particularités bodI lrés>iavraU semblables , et tout indique que si Bené prit quelqu'engage* aient , cet engagement demeura toujours secret.

Un des motirs qui le portèrent à garder la neutralité , dau la lutte que termina la bMaille de Seint-Aubin, fut, saos doale, la nouvelle union qu'il venait de contracter. Il avait épousé, en li71 , Jeanne d'Harconrt, fille de GniHaume d'Harcourtf comte de Tancarville, et d'Yolande de Laval. Celte princesse l'eut jamais d'enfants ; le bruit «e répandit même qu'elle ne pouvait en avoir, et les Etals-Généraux de Lorraine exprir oièrent le vœu de voir le duc demander l'iinnulatioo d'an nariage qui le privait d'héritiers. René semble avoir iiésîlé IMndant quelque temps , bien qu'il ne fut pas retenu par son aoioar pour sa femme ; car ils avaient cessé de vivre ensemUe, et Jeanne s'était retirée dans le chAleau d'Einville. Madame de Beaujen, qui désirait s'attacher le prince d'une maniàr« irrévocable , lui conseilla de faire prononcer la nullité de son» union avec Jeanne d'Harconrt, et d'épouser ensuite la nièee\ du sire de Beaujea, Philippe fille d'Adolphe duc de GueMres. René vit cette dernière, se décida lout-à-coup et présenta unt requête à l' officiât de Toul. L'officiaf nomma commissaire pour entendre les parties Nicolas de Valfroicoarl , abbé de Saint- Epvre. Jeanne le récusa comme trop fiivorable au due, et

(I) V. aoUmmint Caimct, HM., t. 11, cal. tOB7.

Nicolas fut remplacé par Wolfgang de Rîste » chanoine de Trêves. Quand Wolfgang eut achevé l'enquête , Tofficial convoqua une nombreuse réunion de théologiens et de canonistet, qui émirent un avis conforme à la demande du prince; Tofficial n*osa cependant rendre une sentence et renvoya Taflaire au souverain-pontife. Innocent VIII , qui occupait le siège de saint Pierre, remit la décision du procès à Tarcbidiacre de Harsal, ou à l'archidiacre de Yosge, au choix des parties. Le duc et la duchesse préférèrent ce dernier, qui s'appebit Aobry ou Albéric Briel. René, ne pouvant quitter Paris, donna ai procuration à Jean Wisse, bailli de Nancy, et au procurenrgénéral de Lorraine , qui poursuivirent la procédure. Boger Gontier, Nicolas Midy et d*autres médecins visitèrent la prin* cesse, et Jeanne déclara s*en rapporter à la prudence de Farchidiacre, qui, après avoir observé les formalités presoritcs par le droit canonique, prononça, an mois d^août 1485, h nullité du mariage et autorisa le duc à en contracter un secood^ s'il le jugeait nécessaire. Cette sentence fut accueillie avec murmures par les parents et les amis de Jeanne , et par hi adversaires de Madame de Beaujeu ; on soutint que Farelûdiacre s'était laissé corrompre ou intimider par son souverain, et que la nouvelle union de celui-ci constituait le crime de bigamie. René s'était empressé d'épouser Philippe de Gnddres; le contrat avait été passé le 28 août (i), et les noces s'étaient célébrées le i*' septembre à Orléans, où la eoarse trouvait; mais, sensible aux reproches qui lui étaient adresadi, et qu'il jugeait de nature à ternir sa réputation , il pria le souverain-pontife d'examiner lui-même l'affaire, et envoya en Italie les archidiacres de Marsal et de Vosge, qu'il chargea de fournir au pape tous les renseignements convenables. Innocent VIII entendit les procureurs des parties el , apids

(1) Ce contrat est imprimé dans Calmet, ibid., t. III, ccxcvj et ccxcvij.

uitr mtire dclibcralion, donna, le 30 Janvier ii8â, une bulle qui confirmaic la scDlcnee de l'archidiacre de Vosgc , en déclarant valide le second marioge de René, et l^giiimcs les enfants issus de ce marioge (1). Jeanne d'IIarcourl resta presque entièrement étrangère à ces dernières poursuites, acceptant avec résignation l'épreuve que Dieu Ini avait eotoyée. Dès l'année 148G elle avait Tait un accord avec le duc au sujet de la pension que celui-ci devait lui payer, et il avait été convenu que Jeanne aurait ane rente annuelle et viagère de deux mille livres, qui gérait assise sur la seigneurie de Lillebonn» (2).

Lorsque la bulle d'Innocent VIII fut publiée en Lorraine, s fiené était tout occupé des préparatifs de son expédition contre Naples. On avait vu arriver en France, au commencement de l'année 1487, plusieurs seigneurs napolitains qui venaient solliciter des secours pour délivrer leur patrie de la tyrannie du roi Ferdinand. Guillaume le Doyen de Laval dit 4]ii'il$ s'adressèrent à Charles Vlll (5), et on en a conclu qne celte demande devait être regardée comme le point de départ des expéditions freoçaises dans la Péninsule ; mais Philippe de Commynes assure que les napolitains mécontents prièrent "Kené 11 de se rendre en Italie, comme il en avait le projet, et -<)ae le pape joignit ses inslances & celles des seigneurs dont il s'8gil. Commynes ajoute, en parlant du duc de Lorraine :

■ Longtemps t'attendirent des galées (galères) i Gennes, et le

> cardinal de Saint-Pierre ad vincula (4), cependant qu'il (le .

■ duc) estoit en ces brouillis de Cour et sur son départ, et

(1) V. Vie de Philippe de Gheidrea, rcîno de Sicile, diicbeue de Lorniat, tu., par tl. l'abbé Guillaiinie, p. 30-3S. Li bulle d'Innocent TllI M imprimée dans Catmel, ibid., col. dclixxv et dexxxvj.

(S) V. cet SGCOrd, dans Caloiel, ibid., col. ccicvîj el ccxcviij.

(,3) V. sa chrocilquc métrique, f* t3 y, mï. de II bibliothèque impériale, supplém. français, n* 1081.

(4) Julien de la Rovére, depuû pape ton» le nom de Julet II.

» avoit avec loy gens de tous les seigneurs du royaomeqaik > pressoient de partir > (i).

U revint à Nancy pour réunir tout ce qui lui paraissait ia* dispensable au succès de Tentreprise. N'ignorant pas que k pape méditait une croisade contre les Turcs, qui menaçaicBt ritalie et la Hongrie, il pensa qu'il se concilierait pour Unijours la faveur d'Innocent VIII, dont le concours lui était nécessaire, en livrant au souverain-pontife le prince Djim, qae l'on gardait dans la commanderie de Bourganeuf. On sait qae Djim ou Zizim (comme l'appellent les historiens occidentain) était fils du sultan Mahomet II, qu'il avait été chassé par SOB frère Bajazct , et qu'il avait cherché un refuge chez les cbeviliers de Rhodes, qui l'envoyèrent en France, où il était tra|j|| moins comme un hôte que comme un captif. Sa préseocp dans l'armée chrétienne que le pape se proposait d'assembhr pouvait être fort utile, et René résolut de l'enlever aux che» valiers. Il prescrivit en conséquence, le iO mars 1487, m sire de Bassompierre et à Jacques de Germiny de le reiidnb avec vingt-huit hommes d'armes, au lieu où le Tewre était anfermé, de le prendre, de gré ou de force , et de ramener m Lorraine aussi secrètement qu'ils pourraient. La réiissiln était difficile, car Bourganeuf est situé au centre de la Franen; néanmoins, les sires de Bassompierre et de Germiny se mircnl en route; ils étaient déjà parvenus à l'extrémité occidentain de la Bourgogne, lorsqu'ils rencontrèrent à Lucy-ie-Boiii village entre Avallon et Vermanton, un corps de troupes trniH çaises commandé par Bernard Ordoux (â). Ce dernier, entourant les Lorrains^ les fit tous prisonniers, et Bassompierre fut conduit devant le roi, qui, après l'avoir interrogé loimême, ordonna de l'emprisonner dans le ch&teau d'Angers, on

(1) V. ibid., p. JLU,

(2) Le projet du duc de Lorraine avail été ébruité, on ne meut.

OA TiBleiTociea de oouveatt (4). Il ne Ail, au resie, 4élenu<|ue peu de temps, et Gbaries VIII pardonna filcilemeal au duc de Lorraine fespèee d*atteniaC q«*il tenait de eommelUre contra ranlorité royale.

hnocent VIII apprit, non sans regret, que les projets do; Bené avaient échoué, et, poior lui témoigner sa gratitude, il lui permit de lever une décime sur le clergé lorrain, afift d'augmenter les ressources que le duc avait déjà renies pour festpédition de Naples. Mais Tévèque de Toul, Antoine de Nenfcbàtel, qui n'avait jamais en d'attachement pour Renéi «l qm le regardait comme un ennemi, refusa de faire lever la décime et donna, sans doute, de bonnes raisons pour justifier jgir* eonduite, puisque le pape ne jugea pas & propos d'iA-k sialer (â). La résistance d'Antoine fut généralement approuvée dans notre pays, où l'on commençait à se lasser de foire des sacrifices pour fournir aux ducs le moyen d'aller conquérir des contrées étrangères, dans lesquelles ils n'auraient pas manqué de se fixer, en abandonnant à des lieutenants le soin d*adminîstrer la Lorraine et le Barrois (5).

Ce fut seulement en 1488 que René se crut en état de partir pour l'Italie. Il dirigea vers la Provence son artillerie et les différents corps de volontaires ou d'aventuriers qu'il était parvenu à rassembler, et il les suivit bientôt lui-même. Il s'arrêta dans la ville de Moulins^ où il rencontra Philippe de Commynes, qu'il avait contribué a faire bannir de la cour quelque temps auparavant.

« Il me fît la plus grande chère du monde, dit Thistorieii,

(1) L'entreprise de René II, tout-à-fait inconnue aux anciens historiens, a été racontée pour la première fois dans la BibI; de Fécole des chartes, !'« série, t. III, p. li87-289, d'après {Interrogatoire subi par Bassompierre à son entrée dans le château d'Angers. L'original de cette pièce se trouve à la bibl. impériale, fonds Gaignières, n9 375, f" 70.

(2) V. Benoit, Ilist. de Toul, pi 58i.

flS) Coupures de Boumon citées par Cbevrier, ibid., t. IV, p«a.

» soy doulant (se plaignant) de cenix qui demeoroieil a > goayernement ; il fut deux jours avecques le due Jehan i » Bourbon et puis tira vers Lion (i). y Quand il y futarriié^ reçut des nouvelles par lesquelles toutes ses espérances flirai renversées. Il apprit que les seigneurs napolitains qui afiia quitté leur patrie, pour se soustraire aux violences de Ferdi nand, s'étaient décidés à conclure un arrangement avee c prince; que le pape, les Vénitiens, les Florentins et le n d*Aragon s'étaient portés garants de leur accord; qm k émigrés étaient rentrés à Naples ; que Ferdinand, saos aaoi respect pour le traité qu'il avait signé , avait donné ordre i les enfermer dans des cachots, et qu'enfin les différents prin ces et les villes sur le secours desquels comptait le doe tf Lorraine, ayant cru qu'il renonçait à l'entreprise projetée avaient pris la résolution de se réconcilier avec le rei d Naples.

Ces nouvelles jetèrent le découragement dans rame i René II; mais, au moment où il délibérait avec ses conaeiHar sur le parti qu'il fallait choisir, on lui remit des lettrée d Charles YIII qui- terminèrent la discussion. Depuis le tofif que les seigneurs dont nous avons parlé avaient fait en Flnanc pour engager le duc de Lorraine à tenter ^a conquête de Tvk cien héritage de sa famille, plusieurs courtisans avaient eanli nuellement remontré au roi qu'il devait s'emparer lok-aate du royaume de Naples ; que la maison de France était k vM table héritière de celle d'Anjou; que Ferdinand n'était |i en mesure de lutter, et qu'il se trouverait trop heureux de réjpM sur la Sicile. Après avoir prêté d'abord peu d'attention i km conseils, Charles finit par se laisser séduire, et, quoiqa*il ■ pût songer immédiatement au voyage d'Italie, il écrivit René pour lui intimer d'abandonner Fentreprise qu*n tom mençait à exécuter. On fit en même temps savoir an dne d

Lorraine que le roi lui avait relire le commandement de la compagnie de cent lances et le brefet de la pension de trentesix mille livres, qa'il avait reçus en 1484. René, se croyant délaissé de tout le monde, prescrivit è ses troupes et aux conducteurs de son artillerie, qui avaient déjà gagné la ville d'A* vignon (i), de rétrograder aussitôt ; et quant è lut , c il s^eil

> alla bien honteux en son pays, dit Commynes, dont on

> voit ici percer le ressentiment , et onc puis n'eat autorité

• vers le Roy , et jusques è cette heure (qui est l'an mil

9 qoatre cens quatre-vingts dix-sept) est enoores en cest

> estât > (S).

La disgrâce à laquelle Commynes applaudit de si bon ccsur, €1 que le duc de Lorraine considéra peut-être comme un été- Qement fâcheux, fut cependant trés-heureuse et pour lui el poar ses sujets : pour lui, parce qu'elle rempècba de tenter , avec des forces réellement insuffisantes , une expédition qui devait avoir Tissue la plus funeste ; pour les Lorrains, parce qu'ils ne furent pas obligés de se ruiner a6n de mettre leur doc en état de soutenir une longue guerre en Italie. Plusieura historiens affirment qu'il regretta toujours le bel héritage de son aîîeol, et qu'il réclama l'Anjou et la Provence chaque fois que les circonstances lui parurent favorables (3). Il est inutile d'ajouter que le roi de France ne restitua jamais les deux provinces qu'il avait réunies à sa couronne; mais, tant pour mettre fin à des demandes dont il ne pouvait méconnaître la justice, que pour indemniser le prince lorrain de la cession de ses droits sur Napies, il lui accorda, le ââ mai 1497, une pension annuelle de vingt-quatre mille livres, qui ne fut, sans doute, pas mieux payée que la pension de trente-six mille livres dont le duc avait été gratifié en 1484 (4).

(1) V. la continuât, delà cbron. de Lorr., ibid., col. cxîv.

(2) V. ibid., p. 425.

(3) V. Cbevriep, ibid., t. IV, p. 25, 27, 28 et 51.

(i) Les leiU'es de Charles VIII sont imprimées dans Cabnet, ibid., col.

La Lorraioo ne jouit pas iramédiatenaeiit après le retoor de son souverain de la paix , qui lui élait si nécessaire pou effacer les (races de tous les maux qu*elle avait sooftrU Gralien d'Aguerre avait fait, en 1480, une course dans k pays messin et avait incendié deux villages. Les bourgeois éi Metz furent très-irrités de ces hostilités, dont la cause mmi est inconnue , et ils cherchaient les moyens de se venger d< Gratien , lorsqu'un lorrain se présenta et oifrit de livrer ei capitaine , moyennant une récompense. On accepta la proposition, et quatre mille bourgeois se dirigèrent vers Danviller où se trouvait D'Aguerre ; ils croyaient le saisir sans diflkolté mais, au moment où ils avaient rompu leurs rangs el q«lu< leurs armes pour prendre un repas , les Lorrains les au» quèrent à Timproviste et les mirent en déroute. Les Mfmti» massacrèrent le traître qui les avait conduits dans ce gMiè-pens et rentrèrent dans leur ville , pour ne pas s'exposer i une nouvelle défaite (1). René désavoua son lieutenant ; néoi moins , les magistrats de Metz regardèrent Tincursioa d Gratien comme une déclaration de guerre et profltéreaidi séjour que le duc fit en France, pendant les années suivaBles pour commettre différentes déprédations sur les terres d Lorraine (2). Les choses demeurèrent en cet état jusqo*ci 1489. Le sire de Bassompierrc , qui venait de sortir du dé teau d'Angers, et le fils du malheureux Krantz, dont avons raconté la fin tragique, firent alors des irruptions les environs de Metz ; quantité de seigneurs lorrains et boni siens agirent de même, et René défendit à ses sujets de Irsni porter aucune denrée dans cette ville. Le 8 décembre^ il eut une conférence à Nancy entre les députés des bourgeois i

ccexviij et cccxix. U avait nommé le duc de Lorraine «lès le 14 juillet 1489. V. Layette Bar mouvnni, n» 47/

(1) V. la chron. de Jean le Châtelain, ibid., t. Il, preuv., «|. clj.

(2) V. Calmct, ibid., t. Il, col. 1090 et iOOi.

ma des seigimira. lUmi présida oefle assemblée et tâelia probaUement de nilaUir la paix ; mais on ne put s'entendre, elles hostilités oontinaèrent et prirent même tm earaetère dé ISroelté qu'elles n'ataient plus gnére à cette épeque. Les Messins pendaient la plupart de leurs prisonniers , et qnel* qnes-ons de lears « souldatrs » , ayant rencontré les gens dn sire de Fénétrange , en tuèrent plasievrs et en rapportèrent les oreilles c pour enseingne >. Les Strasbourgeois dépêchèrent mie ambassade vers le duc de Lorraine et ses adversaires afin de ménager on accommodement ; le roi de France lui-même employa ses bons offices pour les réconcilier ; tout fut inotile. BassompierrCy à la tête d'une bande d'aventuriers gascons, eooral jusqu'aux portes de Metz; cl, peu de jonrs après, trois mille hommes de pied et cent vingt chevaux, commandés par Michel et Renaud de Goarnay, par Jacques Dex, Gérard Perpignan et d'autres messins, surprirent, non loin de Nomeny, un corps de lorrains qui tenait garnison dans celte petite ville, sous les ordres de Jean VII comté de Salm, et firent prisonniers le fils de ce dernier, Gérard d'Harauconrt, Claude de Ville et quelques gentilshommes. Le 17 février 1490, René envoya un héraut d*armes remettre aux bourgeois une déclaration de guerre, s'avança du côté d'Âncy et assiégea réglise de ce village, où les habitants s'étaient réftigiés et combattaient avec valeur. Après un assaut meurtrier, les Lorrains pénétrèrent dans l'église et en massacrèrent presque tous les défenseurs. Les Messins , un peu efirayés de cet événement, refusèrent toutefois d'accepter les conditions que le duc voulait leur imposer. L'onde de celui-ci, Henri de Lorraine évéque de Metz, et les Strasbourgeois firent de grands efforts pour tâcher de terminer une guerre ^ aussi ruineuse, mais ces tentatives n'eurent pas plus de succès que les précédentes. Il serait fastidieux et complètement inutile de raconter ici les combats, les sièges, les surprises, les pillages et les incendies qui eurent Ken pendant les premiers mois de

Tannée 1490, ei que Philippe de 1 ^ . ^registres vmt

tant de soin dans sa chronique. Les Messins avaient alliré i leur service nombre d'aventuriers de toutes nations , ce qii avait rendu les forces presque égales et menaçait de perpétiier la lutte. La lassitude finit cependant par gagner les parties belligérantes ; Jean de Bade, archevêque de Trêves, en profita pour faire des propositions d'accommodement, qui fàral agrées des deux cAtés, et on convint d'entamer des négoçifttions. L'évèque de Verdun, Jean Wisse, bailli de Nancy, et le bailli d'Allemagne, Philippe de Linange, qui venait iTèlR nommé maréchal de Lorraine, à la place du comte de Thierstein mort depuis peu (i) , se rendirent à Hetx le S juin, et l'archevêque arriva le même jour. Pour ménager li susceptibilité de René , on tint la première conférence daas I abbaye de Saint-Martin, qui faisait partie de la Lorraine (^ Les suivantes eurent lieu dans la ville. Pendant ce tempa ia guerre continuait, et il y eut encore bien du sang répands ; enfin, on arrêta, le 18 juin, les bases d'un traité provisoire» qui fut publié quatre jours après (5). Cette pièce est fort langue et assez insignifiante ; elle disposait qu'en attendaDl le règlement des difficultés causes de la rupture, les choaca aéraient remises sur le pied où elles se trouvaient ïïwmtL la commencement des hostilités ; René promettait de ne ilnniM aucune assbtance aux seigneurs qui refuseraient d'accéder m traité, et on s'engageait à conclure une convention déllBilife au plus tard le jour de Noël i49i (4). Le ââ juin, il y est a accord au sujet des prisonniers, et des sommes à remboiraar réciproquement pour les dépenses qu'ils avaient faites (S). La

(f ) V. Trét. dea eh., byeUe Elaiê^énéraum du Dmeké dt Am-, tfi Ml

(2) Elle avait été recontUnite en partie Yen le nûliea do XV* àèdb.

(3) V. Les chron. de Metz, p. i90-530.

[i] V. le texte du traité, dans Calmet, ibid., t. III, preav.,'eal. ccxdx-eedj.

(5) V. cet arrangement, dans Les chron. de Meti, p. 2H0I et

trànqQilKté se rélaUil tant bien que mal dans les campagnes, et ce rm pour pei de mois» Le duc de Lorraine, irrité d*aToir fB se terminer d'une manière si dësaTantagfsuse une guerre fBÎ lui avait coûté beaucoup, fomia le projet de surprendre la ville de Metz, au moyen des intelligences qu*il entretenait avec m des treize, Jean de Landremont, et avec un émigré napolitain nommé Jean de Molise, lequel avait épeusé une messine et s'était fixé dans la patrie de sa femme. • Jean de Landremont et son complice gagnèrent on breton appelé Charles Cauvellet (4), qui était châtelain de la tour du p<mt Thieffiroy, et arrêtèrent le plan de Tentreprise. Plusieurs soldats lorrains devaient s'introduire dans la ville, sous divers déboisements , et se cacher dans la maison de Landremont ; dans la nuit du 25 au â6 novembre 4491 , celui-ci , Jean de Molise et les soldats se présenteraient è la porte que gardait Charles Cauvellet; ils massacreraient le poste, lèteraient la herse, abaisseraient le pont-levis et donneraient avis de la réussite du coup de main au duc de Lorraine , qui aurait profité des ténèbres pour s'approcher des murailles avec un eorps de troupes. Toutes les mesures étaient prises , et le «accès paraissait immanquable; mais Dieu ne permit pas que k trahison s'accomplit ; il tomba une pluie tellement abondante le 49 novembre et les jours suivants , que les rivières et les ruisseaux débordèrent , et que René ne put songer à se nettre en route; on ajourna donc l'afiisiire au 25 janvier; mais Cauvellet se décida, au commencement de décembre, à révéler la conspiration aux magistrats , qui emprisonnèrent Jean de Landremont et instruisirent son procès. Le duc de Lorraine fit tout ce qu'il put pour sauver ce misérable, auquel il payait depuis longtemps une pension , et il écrivit aux Messins une lettre menaçante, leur déclarant qu'il traiterait les bour-

(4) Les auteurs de lUist. de MeU (l. Il, p. 688) le nomnieDl Charles de Qocinelet.

geois qui tomberaieni entre ses mains oobhm on aurait ttnilé son pensionnaire. On ne tini ancim eomple de la lettre, m d'une autre missive que René adressa aux magistrats le S4 décembre, et Landremont fut exécuté, le 5 janvier, avec éi tels raffinements de barbarie, que < plusieurs, qui ee avoieal

• veu, furent destouraez demaingier de la cbair poar

» celle nuyt des Roys » (i).

Les seigneurs qui n'avaient pas cessé de guerreyer firoM des courses jusqu'auprès de Metz, et, certains d'être appuyés par le duc , ne gardèrent plus aucun ménagement. René ordonna , de son côté , d'interrompre tout commerce a?ee la ville et repoussa les nouvelles offres de médiation Cules pur Tarcbevéque et par les Strasbourgeoîs. Les choses demeuré^ rent en cet état jusqu'à la fin de l'année i499. L'empereur Maximilien, qui visita Metz dans le mois de novembre, persuada au duc de Lorraine de renoncer à ses prétentiout; il fallut néanmoins six mois de négociations pour conclura, et le traité définitif ne fut signé que le 29 mai 1493 (S).

A partir de ce moment, René vécut presque loujoura €■ paix, et ne quitta plus ses états pour aller prendre part i ém querelles qui lui étaient étrangères. On conservait aulrelbîi,> dans le Trésor des chartes (3) , une lettre que le roi d'Augl^ terre Henri VII avait écrite au duc, en 1496, pour lui deoMft* der des secours ; chose qui semblerait tout-A-fiiit eitruovri^ naire et même incompréhensible, si Ton ne se rappelait Henri était menacé d'une guerre dangereuse par le roi cosse Jacques IV, et par un aventurier que l'on comme le second fils d'Edouard IV, bien qu'il lit en lité un flamand de basse naissance, nommé Perkin Warbedu

L'année précédente, René avait assisté à h diéle de Wi

(1) V. Les chron. de McU, p. ;i62.:>69.

(2) Il c<«t imprimé duiM Calmet, ihid., col. ccciij-cccT ; t. < hron. de Metz, p. tm-Hd-I.

(3) Layette EtaU-aènérnux, /. n« 52.

et avait bit ses rqpriies poar les fie6 ^'it toiail de f empfM L*archevèque-éleelear de Mayenee, Benhoid de Hennebeigi qui ëtûl vice-ehaneelîer^ préleodU que le due devait prèlar serment à Femperear eoouBe les prineet aHeaands; màb Reoé 8*y reiosa et ne toqIuI pas s*éearter de la formais adoptée par ses anoôlres (i).

Le traité qu'il avait conclu, en 1479, avec Marie de BotTr

gogne et rarehidoc MaximiKen avait' donné naissance à es

ntmbreuses difliealtés, que l'on ne réussit pas d'abori I

aplanir. L'entrevue que le due eut à Worms avec UêaAî»

milîen, devenu empereur, n'avança pas beaucoup ki fè*

glement de Faffaire, et les contestations dont il s'agit M

iorent terminées qu'en iSOI par la traité de Middelbowlgt

Le duc promit de remettre aux délégués de l'empeveiit

le eorps de Charles-le*léméraire , c pour le sépuhurer srpM

» aes prédécesseurs Ducs de Bourgongne » ; et les eonimotanta

9'engagérent à maintenir la paix entre leurs sojets , à laisast

les marchands el pèlerins circuler sans empêchement, k-WÊ$

murer la liberté du commerce, et à confier à des cemmissaft^

le soin d'apaiser les querelles qui pourraient ^élever à Favàiip

itre les deux états (2).

Eené songeait alors à agrandir la Lorraine par des traitée, t nalamment à foire l'acquisition de la ville de Tool, qiA lit trop voisine de Nancy pour ne pas inspirer de Tinquîé-f ide. Le duc n'avait pas oublié son ancien ressentiment contre A*^vè<|ue Antoine de Neufchàtel, et le refus que celui-ci avait > en 1487 , de lever la décime accordée par le pape* suscita donc au prélat tant d'affaires fâcheuses, qu'il SacMit par abandonner son évèché et par se retirer à Paris, en il mourut en i495 (5). Mais il ne suffisait pas à René dV

C "t) La formate du serment de René est imprimée dans Calmet, ibid., «^*- cccxiv. *

CS) V. ee traité, ibid., col. ecexziiîî-eeoaua?ii. ^^ V. Benoit, Hnt. de Tool, p. B84.

voir éloigné Antoine de Neufchâtel; ce prince déurait encore placer sur le siège épiscopal an homme qui fût dérooë ani intérêts de la Lorraine, et il réussit à faire élire, en 1495, Oiry de Blâment, abbé commendataire de Saint-Mansoy, fib de Thiébaut comte de Blâment et de Marguerite de Yaudémont, sœur du comte Antoine et par conséquent tante àa pète de Bené. Olry se prêta à tout ce que le duc exigea de lui; il prit rengagement de fournir un contingent de ekiq cents hommes, si les Lorrains se trouvaient en guerre atce Metz, et consentit à ce que le prince obtint de Maximiliei, tant pour lui que pour ses successeurs, le gou? emement de h fille de Toul. Le projet de Bené échoua par suite de Poppo-. sition des bourgeois, qui ne voulurent pas se laisser imposer un maître, et le duc leur déclara la guerre, sous prétexte qu*i|s ne lut avaient pas payé une rente de mille /rancs, qu'ils devaient acquitter annuellement. Après différentes bos- Ulités, les bourgeois furent obligés de le satisfaire, mais il n*ca Ait pas moins contraint de renoncer à ses vues sur leur Tillè^ et il ne parvint pas non plus à s'emparer des châteaux de Void et de Yicherey, qui appartenaient au chapitre (1). Dans le hrt d'augmenter le dévouement de Tévêque, il lui céda plusieuts villages, savoir : Azerailtes, Gélacourt, Flin, Glonville el Bademénil-sur-Meurtbe (2). De soncAté, Olry, qui Ji'avail pa, malgré ses efforts, rendre à son parent aucun service de qoct que importance, lui donna, en 1504, le comté de Blàmontil ses dépendances. Bené en Gt prendre possession, au mois de mars, par Evrard d'Haraucourt, bailli de Nancy, et par Ha» gués des Hazards , prévôt de la collégiale Salai-Georges al président des comptes de Lorraine (3).

(f) V. ibid., p. !{96-598; Mém. de Thierriat et Ghno. de dtèt par Chevrier, ibid., p. 33.

(2) V. Pacte de ceMOD, dans Calmei, ibid., eol. eecixiv-eeaxvj.

(3) V. les pièces rclatÎTCS à cette affaire, ibid., col.

Pèndam qu'il faisait ainsi des tentatives , souvent onalheu-* pour acquérir de nouveaux territoires» il ne négligeait lias les mesures propres à ranimer le commerce et l'industrie les duchés de Lorraine et de Bar» à rétablir la sécurité les routes et dans les campa à rendre les villes plus

bries et plus, peuplées, à relever les châteaux que ses prédéesteeurs avaient habités, et dans lesquels iifésidait souvent luimême ; car, à cette époque, les souverains n'avaient pas coutume de tenir constamment leur cour dans la capitale de leurs états. René pava entièrement la ville de Nancy, répara ses fortifications et prescrivit d'élever trois boulevards d'une grande solidité pour couvrir la porte de la Greffe , la porte Saint-Nicolas » et an point des murailles que l'on n'indique pas (i). Ce fut auaéi . par ses ordres que l'on construisit le pont qui joint Haizéville & un faubourg de Nancy. Cet ouvrage» irésrConsidéraUe, car le pont a plus de cent cinquante mètres de longueur^ fut commencé en \ 498, si l'on peut s'en rapporter à la continuation de la chronique de Lorraine (2) , et fut achevé en i2K)0^ d'après une pièce authentique conservée dans, le Trésor des chartes (3). Quelques années auparavant» en 1495, le duc avait établi une belle fontaine sur la place Saint^Epvre , où c estoit la halle où tout se vendoit » (4); mais le principal embellissement que Nancy dut à René II fut le nouveau pa* lais ducal, dont on entreprit la construction au mois de mars I50d (5). L'ancien palais, créé par le duc Raoul et augmenté par les successeurs de ce prince , avait » comme nous l'avons dit» beaucoup souffert pendant les trois sièges que la capitale de la Lorraine avait soutenus en 1475 et 1476. Des répara- |

(1) V. la continuât, de la chron. de Loir., ibid., col. cxvj ; Calmet, Notice, t. II, col. 9.

(2) V. col. cxv.

(3) Layette Nancy ^ /, n** 81.

(4) V. la continuât, de la Chr.» ibid. (3) V. ibid., eol. cxvj.

Ces établissements, ces constraclions, ces voyages, guerres avaient entraîné d'énormes dépenses, auxquelles il (bi impossible de pourvoir avec les ressources ordinaires de Félat. Nous avons déjà dit que nos premiers ducs n'avaient d'autres revenus que ceux du domaine, une taille peu considérable levée sur les seuls sujets du prince^ quelques men«s droits sur le sceau des contrats, le passage des marchandises, etc. Quand des circonstances graves l'avaient exigé, ki Etats-Généraux avaient voté des aides extraordinaires, mais ils s'étaient constamment refusés à établir un aide fixe et régnlier. Il en fut de même pendant les premières années du règne de René II, et les Etats, assemblés dan^ le mois de juin 1489» accordèrent au prince un aide extraordinaire pour qu'il pèl payer la dot de sa sœur Marguerite, épouse du duc d'Alençon. Ces aides avaient consisté jusqu'alors en quelques gros imposés sur chaque ménage ou conduit, sur chaque jour de terre, de pré ou dé vigne; parfois dans le dixième ou le septième pot sur le vin et sur la bière vendos en détail (1). Dnns cette même session de 1489 , les Etats-Généraux, cédant an sollicitations de leur souverain , et comprenant d'ailleurs que l'augmentation des dépenses prescrivait d'accroître les ressources destinées à y faire face, les Etats, disons-nous, décidèrent que le duc lèverait une somme de deux francs sur chaqne conduit, le fort portant le faible, et que cette redevance senA payée au plus tard le jour de la fête: de saint Remy (l*' octobre); mais ils voulurent que René signât des lettres dans lesqueUei il reconnaîtrait que la perception de l'aide était une dëffogation aux usages anciens et une pure libéralité de la part dn Etats (3). Ils croyaient avoir pris les précautions nécessaires pour sauvegarder leurs privilèges ; néanmoins, les besoins qoi

(1) V. Mory d'Elvaoge, Euu, Droiu, Usaget en Lorrune, p. 30.

(2) V. idem, ibid., p. 25 ; Rogéville, Diet. des Ordoon., t. I, p. les leUrcs de René tout imprhnces ibid., t. Il , p. 14S et 143.

a^eol mothré le vote de 1489 se représentèrenl les années suifantes ; les commissaires du prince demandèrent de nooveaux subsides ; les Etats forent obligés d'accorder, dans chicane de leurs sessions, un aide de deux francs par conduit exigible le i*' octobre ; et soit que les trois ordres aient fini par déclarer que cette perception aurait lieu désormais d*one manière régulière , décision dont nous n'avons trouvé aucune trace dans les pièces que nous avons examinées ; soit que rhabitude, plus forte que la loi elle-même, ait fait considérer comme perpétuel un impôt levé tous les ans, l'aide dont nous parlons fut appelé faide ordinaire Satnf-Àemy, et nous le voyons porté sous cette désignation dans les comptes des receveurs lorrains.

L'impôt de deux francs par conduit^ joint aux revenus du domaine et aux autres ressources dont le prince pouvait disposer, suffit pendant longtemps pour acquitter les dépenses ; mais il arriva que celles-ci dépassèrent les recettes, et il fallut recourir à des aidiss extraordinaires, que les Etats n'étaient pas souvent prêts à voter. . René maria, en 4497 , sa sœur Yolande à Guillaume III landgrave de Hesse (i), ct^ sans en avoir la preuve, nous sommes persuadé que le doc^ollicita un aide extraordinaire, tant pour payer la dot d'Yolande, que pour subvenir aux frais que le mariage ne manqua pas d'entraîner.

Quoique l'aide Saint-Remy fût de deux francs par conduit, il est probable qu'on avait le choix de s'acquitter en nature ou en argent. Il y avait encore à cette époque dans la plupart des prévôtés lorraines un receveur et un cellérier. Le

(1) V. Discours des cérémonies et autres choses qui se passèrent à la conduicte de Madame Yoland de Lorraine : Et au festin de nopces d'elle et de Guillaume Landgraue de Hessen ; En Tan M. cccc. xcrij. Cette pièce, qui se trouve, au Très, des d)., dans le registre intitulé : Liber omnium, P* cccxlij yo — cccxlviij ro, a été récemment publiée dans -le Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine, 1. 1, p. ^-iS.

premier toacbait les deniers; le second emmagiriniit ki denrées apportées par les conlribuabies , vendail ces denrées» quand les circonsiances étaient opportunes, ou eo Ihmil quelques parties aux personnes à qui le doc accordait des gratiflcations (i). L'aide ordinaire n'était pas très-onérm; on peut supposer néanmoins que la perception en Ait finaa interrompae» au moins entravée, pendant les premières •■nées du XVP siècle, par une femine qui désola notre patrie. Des pluies torrentielles commencèrent à tomber an màà d'octobre 1500, durèrent presque sans interruption jiia^*aa printemps et détruisirent les semailles. La récolte fut complètement perdue en ilK>i et très-médiocre en i50S; il ci résulta que les denrées, dont le prix avait été très-bas les a»** nées précédentes , se vendirent extrêmement cher ; le de blé et la queue de vin, que l'on donnait en 1484 deux sous six deniers et douce sous orne deniers , coûi quatre livres cinq sous buit deniers ou dix francs La récolte de 4503 avait à peine rétabli l*aboBdance, qu'une contagion trés-meurtrière se déclara el régna jutqaW 1505 ; on prétend qu'elle enleva le tiers des habitants les duchés de Lorraine et de Bar (2).

Les aides ordinaires ou extraordinaires votés par les Généraux ne frappaient que la Lorraine proprement dite. ducs, qui désiraient restreindre autant que possible le voir des Etats et du tribunal des Assises, ne voulurent ji annexer au duché les différents territoires dont ils (aisaiaiiM||||0l quisition ; ils eurent un soin particulier de conservar««4|)^ * ché de Bar toute son indépendance, et, comme leur autorilijl était à peu prés absolue, ils se gardèrent d'introduire dans ca pays l'institution des Etats et la juridiction des Assises. Les

(1) V. Calmct, Notice, 1. 1, luppl., col. 11.

(^ V. Calmet, llisL, t. Il, col. 1113; t. aussi, tn Très, dot dh., la compte du ccllérier de Nancy pour Tannée 1504-l(i03.

appeli des JDgeineiiiB rendus par 1er (ribufiBax inférieun dn BUrob-mouTanl étaient portés diiTant te parlement de Paris ; dans le Barrois-non-nouTant , les appels se relevaiefit à la cour des Graods-Joars, qui tenait ses séances dans la Ttlle de S«iBt-HihieI, et dont les session» n'avaient rien de fiie, ni de régulier. René publia, le H novembre 1497, une ordomwiice Mfù déterminait Iohs les détails de la procédure A Buivre tant AsnDt les Grands-Jours, que devant les irU>unaux inférienn. BaJavut & présider lui-même les séances de la coar, et e'est éras une session qu'il promulgaa l'ordonnance que nom venons de mentionner (1).

Les deniiéTes années du régne deee prince sont aassi slérUes pour l'histoire que les premières sont remplies d'évéae~ nenis d'un grand intérêt, et il nous reste à peine i menlionaer deux ou trois bits d'une importance plus qne secondaire. On a TU que jnsqiren 1497 le due de Lorraine avait btigué Otaries Vm de ses réclamations au sujet de la Provence et «le l'Anjou ; l'avènement du duc d'Orléans , qui monta sar le trAne en 1498, parut au duc de Lorraine un&occasîon favtvrable pour renouveler ses demandes. Il alla trouver le roi «Sans la ville de Keims , assista au sacre , y représenta même l« duc de Normandie (car on faisait encore figurer dans cette eérémonie les grands vassaux qui avaient cessé d'exister), stiïvit le monarque à Paris et fil de vives instances pour obtenir an moins une indemnité. On dit que Louis XU l'aecueillit tfWût beaucoup de froideur, et l'appui quele due avait autretaêt prêté à Madame de Beaujen suffit pour expliquer la condnite do roi , sans que l'on soit obligé d'admettre un récit de Wassebourg, d'après lequel l'inimitié de Louis aurait en pour ori^oc un soufflet qu'il aurait reçu dn duc de Lorraine, peu de temps après la mort de Louis XI, et dont l'archidiacre farle * sur le rapport de son père qui y estoit >.

(I) Elle >M impHindo cUnt Uogévate, il)id-> 1. 1, p. WB-SSB.

Il est, sans doute, inutile d*ajoater que les dernières mations de René n'eurent pas un meilleur succès que les pré* cëdentes (1). Il fut plus heureux dans ses négociations m Mh jet d'Epinal. L'évéque de Mets, Henri de Lorraine, coosealî à laisser la ville entre les mains de son neveu, & coodilioi toutefois que les prélats seraient considérés comme propriè taires du haut-domaine , -et que le duc et ses successeurs l«i feraient hommage pour la vouerie. Le duc accomplit , e^ Tm née iSOO, cette formalité, qui tomba bientôt en désuélsde ^ Il quitta vers ce temps la ville de Nancy , ou il. ne fit pfai que de rares apparitions, quand des affaires importantes Fj rappelaient. L'ancien palais , que l'on avait à moitié déoMl pour faire place au nouveau , ne pouvait plus servir d'habim* tion ; d'ailleurs , la vie austère que menait I9 duchesse PU lippe avait inspiré à son mari le désir de se fiier dann m lieu où les distractions fussent moins fréquentes ; il se relin dans le château de Louppy en Barrois, ou il partageait i« temps entre les exercices de piété, radministration et I chasse, pour laquelle il avait une passion véritable. Il nvai déclaré une guerre d'extermination aux loups, qui élnian encore assez nombreux , et il avait l'habitude de dire qifm tuant un de ces animaux , il sauvait quelquefois la vie à ftm sieurs de ses sujets (3). Le mois de novembre 4508 Ait tféi froid, la neige tomba de bonne heure-, et les loups, m vant plus aisément leur pâture, devinrent dangereux ; les poursuivit plus vivement que jamais, et, dans vue chasses , il fut saisi , probablement après s'être

(1) V. Chevrier, ibid., p. 30 et 31.

(2) V. le Commynes de Lenglet du Freiooy, t. If, p. 897 tt M Vers la mène époque , René 11 avait été chargé d*exéeiit«r les sanSsM et ban prononcés en la chambre impériale eonire Heraaim, tmaâm 4 Linange, et Wicker, sire de Réchicourt. V., dans le ctrtolaire da TM des eh., le registre intitulé : Empire, ^* cclxx et cdxxj.

(3) Mém. de lliierriat cités par Gherrier, ibîd., p. 37.

— 4U3 — écbauSié, d'un tel refroidisseincnl qu'il jugea que sa vie étail CD danger. Il so lit porter daus le château de Faios, lequel était peu éloigné, et manda son épouse etse^eufanls, qui arrivèrent aussitôt. Quand on connut k danger que courait le prince, on fit des prières dans toutes les églises pour obtenir la conservation d'une vie aussi précieuse; niais ces prières ne fu- NBt pu ezaaeées; le mal l'accrm rapidoogeat, et Bcb^m yréparr à la mort ; il revit le leslamrat qu'H avait rédigé! le 3S ■&! 1506, prodigoa les pini «agea coaseila A «es Mbsta, 1« «liorta i respecter leur mère et lev /réra alnë , à vivra dans la concorde et ne jamaie oublier-leiir père ; il lear donna «amita aa bénédiction, fil ses adieei aux geslilshommea qui Aaient accearfls près de lui et eipira, le 10 décecabre, à fAge dennquantfr-neuf ans (1).

Gtêt iei le lieu de rappeler les dispasitiona les pluspesur-fiables oonIflpKS dans le tealameat de ReoéU, elaiirlHtiiB pan^rapbeqiùa Iburni le sujet de pluiienrs écrits polémi- ^Des. ^rvenu au Irâne grâce au principe de la non-mascnli- ■ilé, le fils d'Yolande ne pouvait guère songer à introduire le pffficipe contraire dans la constitution de notre patrie. Atissi niit-il dicté, le 38 juillet 1486, an testament dans lequel il tédarait que l'enrant, soit fils, soit fille, dont sa femme Phi- II^M de Gueidres était enceinte serait héritier noivcrsel eo ttties ses terres et seigneuries , notamment au duehé 4e Lorraine. Maie plus tard, René essaya 4e faire prévaloir- uft prfaKipc tout opposé. Le duc, qui n'avait que des fils et hélait aucunement ialéressé à maintewr l'aaden droit pu- Ue, inséra dans le testament de 1S06 les dispositions aui-

TIUCB : c Instituons nosire héritier lars Anthoine oos-

■ Ire fils aisné esdicts nos Ducfaez- de Lorraine et ^fiar,

• avec leurs appartenances, terres et seigneuries y comprin-

• ses et enclavéez. Voulons et ordonnons qu'il y succède

(1) V. CtievriCT, ibid,, p. 38, 59 el «-«. , ■'/

seul et pour le toul, sans que ses.... frères y puissent ria demander ni quereller, dérogeant quant à ce à tous droidsc coustumes de pays faisans au contraire, esquels nos diet deux Duchez entendons nommément y estre comprins I Marquisat de Pont et Comté de Vaudémont. Item, von Ions et ordonnons que, si ledict Anthoine, nostre fils aisné alloit de vie à trespas sans laisser hoirs masies de son coqp procréez de léal mariage, en ce cas nostre fils Claude » < ses hoirs masies descendans de son corps en léal mariÉgc

soient ses successeurs et héritiers Item, si ledld Ai

thoine ou Claude décédoient sans hoirs masies procréei d leurs corps en léal mariage, en ce cas voulons que le plu aisné de nos aullres fils qui ne seront en ordre sacré o profés en religion, et ses hoirs masies descendan» de soi corps en léal mariage, soient ses successeurs et héritiers e terres et seigneuries dcssusdictes ; et en deffault de lay i de ses hoirs^ Taultre de nos fils et ses hoirs masies naUnd et légitimes ; et, en la manière que dessus, voulons nosdkl enfans et leurs hoirs masies succéder Tung à Taoltrey c vertu et droiet de substitution que nous faisons par ce fté sent nostre testament; etc. (i) > Ces dispositions ont paru tellement extraordinaires» ^ rauthenticité du testament a été mise en doute ; on a soolci qu'il avait été fabriqué, ou du moins interpolé, par ceux qi avaient intérêt à établir le principe de la masculinité ; el est certain qu'au commencement du XVH* siècle le Trésor di chartes de Lorraine ne renfermait plus l'original du testSBM et que Ton eut beaucoup de peine à en découvrir une cepi dans les archives de la maison de Guise. Néanmoins, regardons comme parfaitement authentique, dan» son ble et dans ses moindres détails. Sans tenir compte, en

(t) Le (cstanieiit de 1!J00 est imprime dans Calmet, ibid., t. III, roi. ccciv-ccclx.

de la pièce que possédait la maison de Guise, on voit ce tes* tainent rappelé, en 1540, dans un acte qui sera mentionne plas loin. Mais de ce que les dispositions faites par René II soient certaines, il ne s'ensuit nullement qu*elles fussent valables. La Lorraine n'était pas un de ces pays où la volonté du prince est toute puissante, et de même que le due ne perce» ▼ait aucun impôt sans le consentement des Etats, de même il ne pouvait faire aucune loi importante, et encore moins boaieverser le droit public et changer le mode de succession à la oooronne , sans demander et obtenir l'assentiment des trois ordres.

Plusieurs autreà articles du testament de René avaient aussi CBoe grande importance. Le duc ordonnait que, pour éviter les S^erres et les malheurs innombrables qu'avait engendrés la '^▼alité de la Lorraine et du Rarrois, les deux ducHs ne ^^«sraient plus séparés, et il disposait que le prince Antoine son fils afné en serait reconnu seul souverain. René attribuait à son second fils, Claude tige de la maison de ^^wiise, les vastes domaines qu'il possédait en Normandie, en Picardie, dans la Flandre et dans le Hainaut. Il réglait que *<Hi troisième fils, Jean, qui était encore très-jeune et tou- ^^ois était déjà pourvu de l'évêché de Metz , n'aurait aucune part dans la succession^ et se contenterait d'une rente ^e trois mille francs barrois payée par ses deux frères at- ^ès, dans lé cas où il se déciderait à quitter l'état ecclésias- ^tqoe. Louis, quatrième fils de René, fut également destiné à ^Eglise ; il fut postulé pour l'évêché de Verdun^ le résigna en ^%2 et reçut le titre de comte de Vaudémont. Enfin, Frasas, le cinquième, eut pour partage les domaines que son Aère avait acquis en Provence, et entr'autres le comté de ^mbesc. Le duc confirmait l'assignation de douaire qa*il ^^ait faite à son épouse, y joignait même la baronnie de Join- ^tlle, avec les terres qui en dépendaient , prescrivait de main- ^^nir dans leurs emplois et pensions les serviteivaie l'étal et

les officiers de la maisoD dacale, et chargeait de rexécatio de son testament Philippe de Gueldres , le prince AntoiM Warry de Dommartin évéque de Verdun , Hugues des H zards, qui venait d*être élu évéque de Toul, et Hardy TiU maitre-d'hôtel. Il rappelait les différentes fondations religîei ses faites par son épouse et par lui, et donnait les détails I plus précis sur les services religieux qu'il enjoignait de cél brer après sa mort, sur les aumônes que Ton devait disli buer aux pauvres, et sur le tombeau qu*il recommandait < lui élever. < Item, lit-on dans le testament, élisons la sépi » ture de nostre corps en Téglise de Monsieur sainct Frai » çois de Nancy, au costé droit de Tautel grand, vers la nu » raille....; et voulons que sur nostre corps soit faid i » monument de cuivre en forme platte, de haulteur seul » ment qu'en soy engenouillant à rencontre, Ton puisse tas » un livre en main et reposer ses bras dessus, et sur ledi » monument la pourtraiture insculpée de nostre imaige, a? > une épitaphe aussi insculpée à Tenviron. »

Le corps de René II fut exposé, pendant quatre oa cîi jours, dans la collégiale Saint-Maxe de Bar ; on le mit ensaî dans un cercueil de plomb et on prit le chemin de Nancy. 1 cortège, en arrivant près de la ville de Toul, rencooira I clergés séculier et régulier, les magistrats et toute la boorgeo sie, qui reçurent le corps avec de grandes marques de reapc et le déposèrent dans la cathédrale, où les chanoines oélébn rent les obsèques avec beaucoup de solennité (i). Le iendi (16 décembre), les restes du prince furent transportés capitale de la Lorraine, et on les inhuma, comme il l'avait o donné, dans Téglise des Cordeliers. Ses exécuteurs tj^^^aiq taires firent placer du côté de Tépttre un sarcopiiage i bronze, conforme à la description que nous avons reprodail et orné sur sa face antérieure de deux groupes d'aogea

(1) V. Benoit, Hist. de Toul, p. 003 et 60*.

nantdes ccussoos aux armes du dérutit; mais ce tombeau parut trop simple, el, imméilialement au dessus, on pratiqua dans 1b muraille une arcade plus large que haute, dans laquelle on mit la slotuc de la Saiuie Vierge avec l'enranl Jésus, et une autre statue représentant le duc, valu d'un manteau garni d'hermine, les mains jointes, et à genoux devant un prie-Dieu armorié, sur lequel reposaient un livre el la couronne ducale. Les deux piédroits sont ornes de pilastres chargés d'araiieeques dans le style de la Renaissance, et au sommet de i'arcade se trouve un écussoo, surmonté d'un casque et offrant tes armes pleines de Lorraine, telles qu'elles étaicut an commencement du XVI* siècle. Plus haut régne une galerie lerrainèe par des pilastres, et renrermani une demi-douzaine de niches, dans lesquelles sont les statuettes de fa Sainte Vierge, delange Gabriel, de saint Nicolas patron de la Lorraine, de ■ÙK Jérôme, en costume de cardinal et accompagné d'an 1)00, de saint François d'Assise, et de l'archange saiat Hidiel Knassaol le dragon ; la galerie a pottr couronnement une tHie remplie par quatre groupes d'anges supportant les ^08- ■M) de Hongrie, de Naples, de Jérusalem et d'Aragon ; l'i- M|ede Dieu le Père, tenant le globe de la main gauche et hissant de la droite, domine le monument, qui était coulende la plus riche décoration polychrome; i'or, le cinabre (tTazur étaient distribués avec goât snr tonte l'architeclure, <t les statues ainsi que les statuettes étaient peintes au na- >iRl (1). On avait attaché au Tond de l'arcade les écussons ik Lorraine, de Bar et d'Anjou, et nue table de marbre noir Ur laquelle on lisait une épitapbe, composée de quarante vers iVinçais, que sa longueur nous empêche de reproduira (S).

(t) TootiB Ibs peinlares du tombetu ont labi uoe rMltivitioD de nuonii goût , le sarcophage en brome * ditpiin], «t da mâdiocrea dttOM de Il Sainte Vierge el de Hené II ont rempUcd les ancieiuies atttoea briidet poMlaiii la H évolution.

(S) Elle est imprintée, mai* avec dv ftatM éDomm, du» Cdmt, iM. ,

Cette épitaphe feit on grand éloge do prince dont elle

compagne 1* effigie, et Féioge était juste ; car René» sans

digne d*être toujours cité comme un modèle , était cepen*

un prince yraiment remarquable. A une époque oà la

ruption était commune, il sut conserver la pureté des mm

il ne laissa aucun bâtard , et Ton ne voit pas qu*il ait jai

eu de maîtresses ; ses sentiments religieux étaient purs et

lides ; vers la fin de sa vie sa piété devint encore plus vp

plus tendre, grâce à Tinfluence de Philippe de Goeld

dont nous raconterons bientôt la retraite dans le nouas

des clarisses de Pont-à-Mousson. Nous n'avons à oel é,

qu'un seul reproche à adresser à René ; c'est au sojel

édit rendu le 45 Juin 4484, et par lequel il était défend

publier et mettre à exécution , sans le placet du sonver

< tons mandats, mandemens, brefs, bulles, moDÎtoi

» censures, sentences, provisions, ni aultres qnelcon

» expéditions apostolicques » (i). Les historiens lui ont in

quelques actes d'une rigueur excessive, commis pendu

guerres qui remplirent la première moitié de son ré|

mais la responsabilité d'une partie au moins de ces viok

doit retomber sur les lieutenants du duc de Lomine,

était doux et humain. Gratien d'Aguerre lui demandut

jour, s'il fallait incendier un village dont on s'éliH

paré ; c Capitaine, lui répondit le Duc, quand maux voi

> faire, cnqucrre conseil de moy, et pas n'en feras ».

bourguignon , prisonnier & Nancy, vint trouver le pria

représenta 'que depuis vingt-quatre heures il manquai

pain. « Si tu n'en eus pas hier, reprit René , c'est p

» faute ;. faloit m'en dire ; ains seroit la mienne si tn en i

col. dcxcv et ddCfj ; Lionnois (IFiit. de Nancy, 1. 1, p. IIS tt 11 donnée d*ane manière moins inexacte, maii en omettant la nan* vers.

(1) Cette ordonnance est imprimée dans Rogéville, ibidt, 1 1, p.

qoois en avam > ; -et , non contenl de vider son escarcelle les mains de ce malbearenx, il recommanda à ses offide ne pins oublier un homme qui avait passé un jour 18 manger. BaUhasar d'Haussônville , HsanI au due la vie m Titns par Suétone, ai iva à Fendroit où il est rapporté rempereur» se souvenant une fois » en se mettant à tâ^ *M€j qu'il n'avait accordé aucune faveur pendant le cours de journée, s*écria : « Amici, diem perdidi » ; c A Dieu grâces! Saussonville , dit alors René , n'en ai aucune perdu » (i). On ne doit pas être étonné de le voir aimer les ouvrages écrivains latins ; il possédait une instruction assez rare diez les princes, et Thierrial fait même observer que les SoAts littéraires de René II étaient un objet de dédain pour ^^■eoup de gentilshommes (2). On ajoute qu'il avait lu plus ^tme fois la Bible entière, avec les écrits des quelques com- ^i^tateurs, qu'il savait plusieurs langues, et qu'il avait cultivé ^vee succès la philosophie et certaines branches de la théolo* %ie, sur laquelle il se plaisait à raisonner (3) ; mais son étude ^e prédilection était celle de la géographie ; il fut contempo* ^*^ des grandes découvertes qui ouvrirent aux Européens les ^tides et le nouveau monde , et il voulut contribuer lui-même ^taz progrés de la science. Il fit préparer par une sorte d'académie qui s'était formée h Saint-Dié la publication d'une traduction latine de Ptolémée (4), qui ne parut, il est vrai, Qu'après la mort du prince (5), et il ordonna de graver, pour ^ placer dans ce livre, la carte hydrographique que l'on at- ^ue à Christophe Colomb, et la première carte de Lorraine

(1) Chron. de Rémond Messein citée par Chevrier, ibîd., p. 42 et 4S.

(2) V. idem, ibid., p. 40.

(3) V. Le recueil ou croniques des hystoires des royaalme» daustrasie, ptrChampier, liv. 3, part. 2<>«, ch. 12.

(4) Celte traduction était due iï Jacques Ângelo de Florence, mais les sodémidens de Saint-Dié la corrigèrent d*après un manuscrit da texte grec, que leur avait envoyé Jean-François Pic de la Mirandole.

(8) Elle fut imprimée à Strasbourg, en 1513, par Jean Scfaott.

que ToD eût encore dressée (i). Son goût pour h géographie était tellement connu, que le célèbre navigaleiir Amérie Vespuce, qui avait fréquenté avec René Técole du grammairien Georges*Antoine Vespuce, dédia à son ancien condisciplo la relation de ses voyages , dont une imprimerie récemmeat établie à -Saint-Dié donna deux éditions dans le courant àm Tannée 1507 (2). Ces faits prouvent que le duc était uo dea souverains de son temps les plus portés à cultiver et è favoriser les sciences et les lettres , et bous verrons » dans un dea chapitres suivants, que cet exemple et cette protection ne furent pas inutiles, et que b Lorraine compta, sous les règwa de René II et d'Antoine, quelques hommes distingués coi poètes, comme historiens et comme érudits.

(I) Du moins on n'en connaît pas de plus ancienne.

(S) M. Beaupré les a décriles avec beaucoup d'exactitude Recherches historiques et bibliographiques sur les eommencements de rimprimerie en Lorraine, et sur ses progrès jusqu'à la fin du XVII* aîède, p. 09-9a. M. Alex, de Humboldt en parle aussi dans son Examen critiqa» de l'histoire de la géographie du nouveau continent, et des progrès da Tastronomie nautique aux XV* et XVI* siècles.

FIN DU TOHB TR0I8IÉHB.

TABLE DES CHAPITOES

CONTIIfUS DANS LE TOME TBOISlÉAie.

UVBE CINQUIËHE. Ducs liérédîmire» depuis Rend I«juhjii^ ta mort de Mcolu (HiÎKin d'Anjou). (liSI- 1173)

Cbintsi I, neDé I" cl Iiabella (l<3l-1M3j

Cu»T» 11. Jean 11 (1433-1170)

CutiTM III. Nicolas (U70-U73}

CuritiE iV. ElBt de la Lorraine tous les princes de la maisaD d'Anjou

LITRE SIXIÈME. Ducs ht^rédilaires. Ren6 11, Antoioe, François l". (l*73-15iS.)

CHif.T.Bl. René mUTS-imS)

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ILLR D

iblaim'

N 8 Beiitclianl J( la ptftr ^Sîtel/u .

- thrif-lf/n Cmjfr.

H biidcfard ilela fDiieilelaCatffr .

tj La gmue tmir m Ptiffrae Saint -Jrini .

la Ihtinif du paliiu.

iJ Shnatlfirila Bimifr IWrheifMf)

I \ IMil Miiiyiiri\ .

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