CHAPITRE II
ANfOINB (lSt)8-1SU).
Les disposiiioDs du lestament de Beaé II, que nous avons rapporlétis vers la Gn du ctiapilre précédent, ne laissaient rien à désirer sous le rap|)orl de la précision et de la clarté, et on est tout naturel lemcnl porte à croire que ces dispositions Turent exécutées Bussil6l après la mort du testateur. Cependant les choses ne se passèrent pas ainsi, et plusieurs clauses, surtout le paragraphe qui dérérait la régence à Philippe de Gueidres, excitèrent de tels murmures parmi la noblesse, que les conseillers de Philippe l'engagèrent à convoquer les Etats, et à leur demander ta ratification de l'acte sur lequel reposaient ses droits. La duchesse se rendit à l'avis de ses conseillera et décida que les trois ordres se réuniraient à Nancy le 13 février 150!) ; et de plus, comme les principaux articles du testament concernaient le duché de Bar aussi bien que la Lorraine, In noblesse, le clergé cl le licrs-élal du Barrois furent tavités ù se trouver à Nancy pour prendre part aux délibérations. La session eut lieu dans une vaste sallo du palais ducal , que l'on nomma plua lard la salle des cerf^ p«rc« que
ses murailles furent ornées des bois de ces animaux que les princes tuaient dans leurs chasses. Cette salle, ou pour mieux dire cette galerie, régnait, au premier étage du palais, depuis Tancien escalier jusqu'à la collégiale Saint-Georges, et Bellange en décora les murailles de peintures admirables. G>mme Tafiaire qui motivait la réunion des trois ordres était fort grave, la duchesse voulut présider la séance d'ouverture, et la cérémonie eut quelque chose d'imposant. Les murailles étaient complètement tendues de noir, et le pavé couvert de tapis de la même couleur ; à l'extrémité méridionale de la galerie s'élevait une estrade longue de vingt pieds, large de seize et haute de cinq , sur laquelle on arrivait par huit degrés. Le trône, placé sur l'estrade, était surmonté d'un dais en velours noir, et aux côtés du trône on voyait deux sièges plus simples pour le jeune duc et pour son frère putoét Claude comte de Guise. Les maréchaux de Lorraine et de Barrois, le grand-mattre de l'hôtel, les sénéchaux de Lormine et de Bar, le grand-écuyer et le garde du sceau occapaient des pliants rangés, à droite et à gauche , sur les degrés ; plu bas se trouvaient le roi et les hérauts d'armes , ainsi que k capitaine des gardes ; enfin , au pied même des dq^rés se tenaient les huissiers de la chambre, un genou sur le soi. Une immense banquette, drapée de noir et disposée sur k côté oriental de la galerie, était destinée aux prélats, e«i nobles et aux députés de Is Lorraine ; vis-à-vis une banqaeUe semblable était préparée pour les prélats , les gentilshonuneB et les députés du Barrois. Derrière ces banquettes, on ce avait établi deux autres , sur lesquelles s'assirent les baillis, et sans doute les prévôts, des duchés de Lorraine et de Bar. Chacun se rendit dans la galerie vers huit heares du matin , et aussitôt après on vit entrer la dachesse dooairiére, accompagnée de ses deux fils afnés, et précédée de tous les officiers de la couronne. Quand Philippe de Gucidrcs eut pris place sur le trône, un commissaire ducal lot
harangue, dans laqfuelle il pria les EtaU d'approuver là disposition du testament de René qui accordait là régëhce à Philippe, et de voter un aide de trois florins par conduit, à titre de joyeux avènement. Les trois ordres tinrent me seconde séance dans l'aprés-midi, votèrent Taide , mais déclarèrent que le duc Antoine « estoit constitué à aage com- » pètent, et suffisamment qualifié pour estre hors de tutelle, » curatelle et mainbournie, et par les.... Sieurs des Estats » furent déléguez et commis aulcuns Seigneurs d*entre eux » pour dire et référer à très-haute et puissante Dame Ma»
» dame Philippe de Gueidres ladicte délibération ». Vu
notaire , que l'on appela sur-le-champ, dres'sa le procès-* ^verbal de la séance , et Nicolas comte de Salm, suivi de piasieurs gentilshommes, fut introduit dans l'appartement de la uchesse et lui communiqua la résolution des Etats. Philippe ^ant répondu qu'elle donnait son agrément à ce que Ton ^ait décidé, et les délégués étant rentrés dans la galerie, la fljchesse y revint, peu d'instants après, avec le même cortège la première fois , et « Révérend Père en Dieu , Monsei* gneur Hugues des Hazards, Evesque et Comte de Toul; de l'ordonnance de ladicte Dame, parlant auxdicts Seigneurs des Estats, dit et proposa hautement et publiequement les jparoles qui s'ensuivent, et semblablement : En effect, Mes- ^eurs, vous avez faict dire et remonstrer à la Reine nostre ouveraine Dame , qui cy est, par vos députez et commis, ue tous ensemble trouves par vos Lois et Coustumes onscigneur de Calabre estre hors de minorité , en aage ompétent , et suffisamment qualifié pour estre hors de tu- <lle et mainbournie ; et pour ce que la Reine a tousjoors ict qu'en toute chose elle se veut gouverner et conduire ar vos bons conseils et advis, puisque ainsi est que Favez insi dict et déclaré, elle consent franchement et libéraleent que ainsi se fasse; et quant à elle, elle se met hors e sa mainbournie et curatelle, et vous présente (son
fils aîné) poar votre Duc, Prince et souverain Seigneur, ▼DUS priant et requérant que luy soyez bons et loyauU el obéissans, ainsi que vous avez esté au feu bon Roy son père ; que Dieu pardonne ! Sur quoy ledict Seigneur Evcsque leur demanda si ainsi estoit comme dessus, et si de leur part, et en tant qu*à eux appartenoit, ils le mettoieot hors de ladicte tutelle et mainbournie , et s*ils le tenoient pour leur Prince et Duc desdicts deux Ducbez. A quoy répondirent qu*ooy. » La session des Etats pouvait être oon» sidérée comme terminée après cette réponse, puisque riibire *qui avait déterminé leur convocation était réglée d*un commua accord ; mais la duchesse douairière et Tévèque de Tout leur posèrent une nouvelle question. A Touverture de la séance du matin , on avait donné aux Etats une lecture plus ou moins rapide, plus ou moins complète du testament de René II, afin de les mettre à même d'apprécier la disposition de ce testament qpi concernait la régence* Il est bien possible qtt*«i miliçu de la préoccupation générale , et grAce à la rédadioa assez obscure de certains passages, le paragraphe relatif à lu masculinité n*ait pas frappé rattention des membres des Elats. Aussi, lorsque Tévéque « leur demanda s*ils tenoient le testa- » ment qu'ils avoient ouy lire du feu Roy (que Dieu par- 9 donne ! ) bon et valable , et s*ils le vouloient tenir et gardar » en tous ses poincts , mesme touchant Funion des deox Da- » chez de Lorraine et de Bar» selon la disposition que ledkl » feu Roy en avoit faict et ordonné par son testament ,•••.. > pareillement répondirent qu*ouy » (i).
On a voulu voir dans leur réponse une reconnaissanee da principe de la masculinité, mais nous ne partageons pas eetle manière de voir. Peut-on même affirmer que la dispositioQ relative à ce point a été communiquée aux Etats? On les ialer
(1) V. le prooès-verbtl de b seiDoe, dans Calmet, Uist., I. Ul, col. Qcclx-eediij ; r. aussi le inéine ouv., t. Il, eol. IIM-113S.
roge à l'improviste, sans entrer dans aoemi dfitfH sur ce qa*oo les prie de sanctioaner et dé garantir, ei^ fKf$n% soin de ne mentionner, de ne rappeler que le pasaife dt testamenl concernant la réunion perpétuelle des duchés de Lorraine el de Bar. La question du prélat n*est suivie d'aucune délibération ; les membres des Etats font une réponse générale, qoi ne porté sur aucun article en particulier, et il est impossible d'admettre qu'ils aient entendu abroger de la sorte un des points les plus importants de la constitution. An «este, et en l'absence de tout document positif, le meillenr, le seul moyen peut-être de savoir comment il fant apprécier le ^ote des états est de rechercher quelle idée le duc Antoine «allachait lui-même à ce vote. C'est son ministre qui vient de s-equérir l'approbation du testament de René II, et si le prince a l'intention d'implanter la loi salique dans notre pays, il doit agir en conséquence et ne plus tenir compte des droits femmes. Or, nous verrons plus loin qu'il se comporta solument comme si René II n'eût jamais inséré dans son siameot la clause dont nous examinons la valeur. Dés que la séance fut levée, c'est-a-dire vers quatre heu- , Antoine annonça qu'il allait prêter le serment que l'on igeait des ducs de Lorraine depuis le régne d'Isabelle. Il rtit de son palais par la poterne dont nous avons déji parlé, » c monté sur un cheval grisou, bien et noblement accompaigné de plusieurs seigneurs et gentilzhommes du pays et esa maison », vint « on lieu et plaice prés des buttes
es arbalestriers, devant la porte Sainct-Nicolas », où
4endaient c Messieurs les vénérables chanoines et per- B^onnes du Collège et Chappitre de l'église monsieur sainct eorge dudict Nancy, revestus en habits el ornemens d'élise, lesquelz, avec grant nombre de seigneurs, abbez^ réiatz et aultres gens d'église y assistans, estoient illecques ^ "^cnus en procession au devant d'icelluy seigneur, ayans la ^ ^Toix précédant et portans révérenunenl le cnyssot mon-
— iO —
B sieur sainct George, pour le recueillir el receroir a son » entrée dudict Nancy ». Antoine mit pied à terre et baisa respectueusement la croix et la châsse qui lui furent présentées par ChrIslophe du Bouley, cvéquc de Christopole et suffiragant de Toul. Le cortège gagna la porte Saint-Nicolas, devant laquelle Antoine mit pied à terre une seconde fois el abandonna, selon Tusage, aux chanoines de la collégiale son cheval, « sur lequel.... monta vénérable personne roessire » Mengin Dandernay, chanoine en ladicte église, habitué en » ses ornemens d*église, et Tamena publicquement , véant » tout le peuple illecques assemblé ».
Le duc prêta alors serment de respecter les libertés et les privilèges du clergé , de la noblesse et de la bourgeoisie. On se dirigea ensuite processionnellement, et au chant du Veni Creator, vers la collégiale Saint-Georges, c et iedict seigneur » duc, venu devant le grant autel, se mit à deux genoulx, » faisant sa salutation au précieux corps de nostre seigneur
* Jésuscrist, contenu en l'hostie sacrée posée sur Iedict autel,
* avec le saintït canon et plusieurs dignes relicques et sanc- » tuaires dont Iedict autel cstoit chargé. Auprès duquel antel » estoit révérend père en Dieu monseigneur Hugues des Ha- » zars, évesque et conte de Toul et prévost de ladicte église » Sainct-Georgc, revestu comme il appartenoit, attendant
> Tarrivée dudict seigneur Duc pour garder les solemnitex et
> cérémonies requises en tel cas. Et après les suffrages et
* oraisons accoustuméez h la réception des princes, dictes par » Iedict seigneur sufiragant, iceluy seigneur évesque de
> Toul,.... adressant ses paroles audict seigneur Duc, dist et » proposa publicquement et à haultc voix que , selon la Ton- » dation d'icelle église Saincl-George, messeigneurs les dues » de Lorrainne, à leur première venue et entrée audict Nancy, » sont tenus de jurer et faire serment solemnel sur le pré- » cieux corps de nostre seigneur Jésuscrist et saint sacrement
> de Tautel, par le sainct canon, les sainctes Evangiles, par
— ti - ^
■ lessaiactcs relicques qui )è estoienl, et par leur part de
• paradis, qu'ilz tiendront et garderont bonnement el iofale- » ment, tontle leur ïie durant, et feront tenir et garder par
■ leurs officiers et subjccls, les Trancliises, libériez et previ-
> lèges de ladicle église Saincl-Gcorge, et louilcs les person-
■ nés d'icelJc présentes el advenir, selon ludicle Tondalion,
■ demandant pour ce ledict seigneur évesque el prévost
• audict seigneur Dur si r'esloil son plaisir d'ainsy le faire el » jurer. A quoy ledict seigneur Duc respondit : Ouy, Irés- » voluotiers. Et de faict ainsy le promit el jura solemnelle-
> meolel publicquement devant tous les assislans. Et ineonll-
■ nent ledict serment faicl, en ensuivant lespoîns d'icellefon-
> dation de l'église, ledict seigneur évesque et prévosl, en
■ toutle révérence deuc et requise, rcprint d'iceluy seigneur
■ Duc Anthoinc de main ei de bouche tout le temporel de
■ ladicte égiise Saint-George, promettant d'en faire les de- » voirs y sppavlenans; à quoy ledict seigneur Duc le receut
■ bënignemeni avec le baisicr de paix, ainsy qu'il est accous-
• tumé, et, ce fuici, chascun se dépariil. • Après cette cérémonie, dont nous avons Iranscril presqu'en entier le procèsverbal afin de faire bien connaître tous les détails de l'enlrée des ducs, Anloinc se relira dans son palais, et la journée se termina par un banque! somptueux (I).
Ualgré sa jeunesse, le duc employa les premières semaines de son règne à se mettre au eouranl de l'administration. Il ne larda pas à s'^ipereevoir que les finances étaient fort obérées, et que l'aide de trois florins par conduit, que les étals venaient d'accorder, ne suffirait pas pour couvrir les dépenses biles el pourvoir à celles que l'on prévoyait. Comme on attend ordinairement de grands avantages à l'avènemenl d'un
(1j M. Henri Lupage a publié le proc^verbal de l'entras d'AnloiDS, i la suite de 100 ouvrage lur la concilie Ssinl-Guorges; v. BullotÏD de i* société d'archéologie lorraine, t. I, p. xnv-xi(viij ; v. nu9si la eontinu*tion de la cfaron. de Lorr., dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. cXTJj.
prince, et que les sujets paient de meilleure grâce» les conseillers d'Antoine furent d'avis de convoquer immédiatement les Etals de la Lorraine et ceux du Barrois et de leur demander une seconde libéralité. Les Elats de Lorraine, réunis à Nancy, au mois de mars , votèrent un aide dont on ne connaît pas Timportance (1) ; ceux du Barrois, assemblés dans la ville de Bar, le 26 du même mois , autorisèrent la levée de trente gros sur chaque conduit, et, chose extraordinaire, Antoine donna, dans celte occasion, des lettres de non-préjudico (â) , quoique les ducs prétendissent posséder un pouvoir à peu près absolu dans le duché de Bar, ou du moins dans les cantons situés à Forient de la Meuse, eC bien que Ton conservât et que l'on garde encore , dans k Trésor des chartes, une liasse de vingt-neuf pièces établissant qoe» pendant le XV* siècle , ces princes avaient le droit de kver des aides sans convoquer les Elats du Barrois (3).
Il parait que le prince fit quelque séjour dans la capitale de ce duché, afin, sans doute, d'obtenir plus faeikment ks subsides qu'il demandait ; il se rendit aussi dans k viUe de Toul et fut reçu dans la cathédrale par l'évèque, k clergé el la bourgeoisie. Antoine s'agenouilla devant le grand-anld» sur lequel on avait exposé les reliques qui appartenaknl à cette église, et il jura, les mains placées sur k canon de k messe , de respecter les droits et les libertés des booiseo», de défendre ces derniers, dans toutes les circonstanees , et d'observer les clauses des difiiérentes conventions qu'ikavakot conclues avec ses prédécesseurs. Le maitre-échevin posa ensuite ses mains sur le canon et promit, au nom des haintanls, de ne jamais enfreindre les traités qui les liaient an doc de Lorraine (4).
(1) V. Mory d'Elvangc, Euis, Droits, Usages en Lomine, p. 30.
(2) V. Trésor des chartes, layette EiaU Généraux, JI^ n* 33 O.
(3) V. Layette EtaU-GétUraux du Duché de Bar y d® il. (i) V. Calmct, ibid., t. Il, col. 1253.
Antoine ne rcsin que peu de temps ânas ses élnts. Itcné II, cédant & des considérations qui nous sont inconnues, avait fait élever son fils aine ù la cour de Louis XII ; ce qui était one imprudence; car la postlion de ia Lorraine l'exposait à se tronver en guerre avec In France , et, en lui liironl l'héritier de la couronne , René lui remettait un otngo précieux et se condaRiDBii, en quelque sorte, à suivre aveuglément les volontés de son puissant voisin. Ce parti avait encore d'autres inconvénients, uoiamnient celui d'inspirer h un jeune prinee, habitué aux plaisirs d'une cour fastueuse, un éloignetneni fflcfaegx ponr son duché, dans lequel il ne pouvait espérer de rencontrer les mêmes délassements.
Antoine était à peine âgé de sept on huit ans lorsque son père l'avait conSé au roi, qui lui donna successivement pour gonverneai^ Erard de Dommarlin , baitli de Vosgc, et Louis de Slainville, sénéchal de Barrois. Louis XII le prit eu amitié et remmena en Italie, lorsqu'une armée française franchit tes Alpes ponr réduire les Génois, qui avaient rétabli chez eus le répme républicain (1). Ce fut encore pour suivre le roi, dans une expédition en Italie, que le duc de Lorraine quitta ses Etats BU commencement du mois de mars 15011. Avant de partir, il prit les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité de ses duchés ; il créa un conseil de gouvernement , dont i) donna la présidence à Philippe de Gueidres (3) ; et, comme cette princesse n'avait pas beaucoup d'expérience en matière d'admiuisiralion, son fils lui adjoignit l'évéque de Toul Hugues des llazards, dans les lumières duquel il avait toute confiance , et qu'il confirma dans les fonctions de président des comptes de Lorraine (S).
Le duc arriva en Italie vers le milieu du mois d'avril et
(1) V. Champtcr, Le l'cciieil ou croniques Jcs liysloircs lies rofauliiKS dausiTBsie, etc., lir. 3, part. 3', chip. % (8) V. HémoirMde Thierriit, règoe d'Mtaîne, «km IvnciMil aie. (3) V. Ujrelle Etati-Générmm, i.tfii.
assista, le 14 mai, à la bataille d'Agnadel, dans laquelle les Français défirent les Vénitiens. On dit qa*il y fit remarquer son courage. Il commandait un escadron formé de quarante gentilshommes lorrains qui Tavaient accompagné, et parmi lesquels on distinguait le sénéchal Louis de Stain?ille, dont nous a?ons parlé, Philbert ou Philibert du Chàtelet , Simon d'Haussonville , Jacques du Châtelet , François de Dommartin , Antoine de Stainville, Elophe et René de Beauvaa, Gérard et Antoine de Savigny, Ferri et Jacques de Germiny, Nicolas de Raigecourt, Ferri de Ludres et le rhingra?e de Salm. Tous ces gentilshommes portaient des cottes d'armes, aux couleurs du prince : jaune, blanc et bleu ; les collet d*armes étaient semées de croix de Jérusalem , et les housses des chevaux étaient ornées de croix de Lorraine (1).
Antoine demeura en Italie jusqu'en 1510; il revint a?ee le roi , lui fit ses adieux dans la ville de Lyon et reprit le chemin de ses états. Ayant su que Philippe de Gueldres se Iroavait dans la capitale du Barrois, il s*y rendit et vini ensaile en Lorraine, où sa présence n*était pas inutile , car le jeune comte de Guise avait manifesté des prétentions de nalnre i inquiéter le duc. « M. de Guise, qn*estoit frère de MonseH > gneur, quoique n'eust encore que sa quatorzième année, » voulut à tout meshuy , dit Thierriat, estre en eonaôl de » régence, dont faisoit grand ourvari; mais ce n'en! db » suite (2). >
Apres s*ètre arrêté à Nancy, où la noblesse lorraine s'étnH réunie pour le féliciter sur son heureux retour, et sur b peit glorieuse qu*il avait prise à la bataille d*Agnadel, Antoine alla en pèlerinage à Saint-Nicolas-de-Port, dans le buliTy remercier Dieu et le saint évèque de Myre. Au mois de mars 1511 , il fit son entrée publique dans la ville de Ponl-i*
(1) V. Champier, ibid., cfa. i.
(2) V. Mémoires, ibid.
Mousson et visila ensuite Saint-Hihiel, où il convo<|fia et grésida la cour des Grands-Jours. La session dura einq jours, et Bournon prétend que l'on y jugea huit cents causes ; ce qui lui fait dire, avec phis ou moins d'exactitude : c et certes, » oncques ne vit-on injustice en si grande dëmesiée » (i).
Vers la même époque , le duc , soit pour augmenter la splendeur de sa maison, soit afin de pourvoir à iasôreté d& sa personne, créa une compagnie de gardes da corps. Elle ne fut d'abord composée que de vingt-quatre hommes, mais on l'augmenta plus tard, et elle devint le noyau du corps des arquebusiers à cheval (2). Quelques-uns des prédécesseurs d'Antoine avaient eu des gardes comme Idi; mais il parait que plusieurs de ces compagnies n'eurent qu'une existence temporaire. Il y avait cependant encore des gardes au moment de la mort de René, et ils furent conservés par son fils, car leur capitaine figura dans la cérémonie qui eut lieu pour l'ouverture des Etats-Généraux assemblés le 43 février 1509, et au baptême du prince Nicolas en 1524.
Le duc resta en Lorraine jusqu'au mois de janvier 1515, et Ton sait peu de choses sur cette partie de son régne. Il s'absenta alors de nouveau pour assister au sacre du roi François P% qui venait de succéder à Louis XII. Le prince lorrain y figura le duc de Normandie, un des douze pairs, rôle que René II avait rempli, en 1498, au sacre du roi défunt. Le prélat ofiiciant, Robert de Lénoncourt archevêque de Reims, conseilla au duc de Lorraine de solliciter la main de Renée de Bourbon, fille de Gilbert comte de Montpensier et de Claire de Gonzague, et sœur du fameux connétable de Bourbon, qui fut tué devant Rome. Antoine suivit cet avis (5) ;
(1) V. Coupures, règne d'Antoine > dans le recueil cité. Il partit que la cour des Grands- Jours ne s'était pas réunie depuis quatorxe ans, ce qui rend compte de Yarriéré signalé par Bournon.
(2) V. Chevrierj Hist. de Lorr., t. IV, p. dQ.
(5) Chron. de Rémond Messein citée par Ghevrier, ibid.| p. iSL
les propositions de mariage furent agréées, et, le 16 nuurs, Anne de France, duchesse de Bourbon et d'Auvergne (I), et le connétable, représentant Renée de Bourbon, compararent, ainsi que le jeune duc , devant Claude Martin et Jean Aogîrart, notaires au Chàtelet, et réglèrent les c traitiez, accords, » promesses et convenances > concernant le mariage projeté. Le connétable devait verser pour la dot de sa sœor une somme de cent vingt mille livres tournois, dont trente miDe livres avant l'expiration de l'année, et le reste par annuités de dix mille livres chacune ; et pour sûreté de ces paiements» il engageait la seigneurie de Montaigu , dont il autorisait le duc à saisir les revenus , en cas de retard. Antoine , de soo côté, stipulait en faveur de Renée un douaire de sept nûDe livres tournois de rente , assis sur les domaines d'Einville et de Gondrecourt. Les dispositions relatives à la restitntioii éventuelle de la dot, et au prélèvement par Renée de h quatrième partie des meubles et des conquets, sont trop pei intéressantes pour être rapportées ici (3). Le mariage fol €é» lébré au château d'Amboise le â6 juin suivant. François I* y assista, avec toute sa cour, et donna un des tournois les ptat magnifiques que l'on eût vus depuis longtemps. Le roi élÉtt rempli d'ambition ; il formait sans cesse des projets de conquêtes et ne négligeait aucune occasion de s'attacher le duc de Lorraine, dont le concours n'était pas i dédaigner. Antoine, qui avait peu d'expérience, et que son union aiee une princesse française disposait à écouter les discoon dn roi, commit la faute, qu'il comprit et répara plus tard, de m lier à la France d'une manière étroite et de s'éloigner de l'Allemagne, dont ses intérêts bien entendus lai conunendaient, au contraire, de rechercher l'alliance.
(i) Anne dtme de Betnjea, fiBe de Loou XI et befle-mère àm table.
(2) V. le contrat, dans Hugo, Traité hist. et criU lor ror%ÎBe et la giiiéalogie de la maison de Lorraine, p. ccxxtîij-ccxxxTJ.
Les Tètes du mariage élaieol à peine lerminées lorsque Fraoçois 1°' se mit en roule pour tenter la conquête du duché de Milan, occu[>é par une armée suisse qui voulait conserver ce pays à Maximilien Sforce. Le duc de Lorraine accompagna le roi , sans éire arrêté par celle considéralion qu'il allait coinbatlre les enfants des anciens alliés de son père, de ces amis généreux qui avaient vaincu Charles-le- Téméraire et replacé René II sur le trôoe. On sait que le roi remporta une victoire décisive à Marignan. Antoine montra autant de bravouretguesurlecbampdcbnlaille d'Agnadcl, et son frère Claude , qui venait aussi de s'allier à la famille royale en épousant une cousine de François I" ; Auioinette de Bourbon, fille de François comte deVendàme, Claude, disons-nous, faillit trouver la mort eu milieu des bataillons suisses. Il commandait, malgré sa jeunesse, un corps de troupes allemandes que son oncle maternel le duc de Gueidres avait mis au service de la France ; ces soldais furent enfoncés par les Suisses, et Claude, reaveraé de cbefal et aboMloBaJ, — lurail infoilliblement péri, si son écuyer (ÎI t'apprit Adun, ^■et l'histoire doit conserver son nom) he s'iuît couché wr ^Eoi el ne lui eûi sauvé la vie au prix de la Bieme. f VnnnH on relrouva Claude après la bataille, il était coHTert ^■e vingt-deux blessures ou contosioDs et i moitié euereli •^H)us uD monceau de morts ; on le porta dans la tenle do son •-— ère, et les soins des chirurgiens parvinrent à lai rend» la
Le duc de Lorraine, après avoir saivi A Bologne le roi qui ^^vait avoir une entrevue avec le pape Léon X, revint en ' ^r~3nce et rejoignit son épouse dans la cité de Lyon, lis pri- ^cit ensemble la route de leurs états et se rendirent è Bai^ Ve — Duc, où ils arrivèrent le 20 ayril 1S16. Philippe de Gael- &T«s [es 7 accueillit, et la ville levrA une réception spknà.î4e et offrit un présent à la nOBTelte duchesse. Antoine y demeura jusqu'au 33 et se dirigea â pied vers Saint-Nieolas-
de-Port, où il voulait, comme après la bataille d*Agiiadel, remercier Dieu des grâces qtt*il avait obtenues. Les boorgeois de Saint-Nicolas accoururent au devant du prince, le condoisireni à Fëglise et lui présentèrent des mets de toute espèce, de l'hypocras, du vin de Bourgogne et du vin du Rhin. Il sortit du bourg le même jour (28 avril) et rencontra près de la Neuveville une partie de la noblesse, qui Tescorta jusqu'à son palais de Nancy, où M fit son entrée ao bruit de Fartillerie placée sur les remparts (1).
Pendant ce temps. Renée de Bourbon était partie de Bar avec une suite nombreuse. Elle arriva dans le village de Laxou, qui était autrefois traversé par le chemin de Tout, aa moment même où son mari approchait de Nancy. Le continuateur de la chronique de Lorraine raconte, avec an aoin qui nous porte à croire qu'il habitait ce lieu, la réception cordiale et rustique qu'y rencontra la duchesse. « Tons homuMa et femmes, dit-il, jeunes fils, jeunes filles, tous luy allireU au dèVant ; tous la menèrent à Laixou, tontes jeunes femuMa et filles chantans joyeusement ; audict Laixou furenl préptréez trois ou quatre maisons des plus belles, et force loiges de mayes (de verdure), et là feirent descendre Madame cl toutes les aultres dames et damoiselles toutes femmes da* dict Laixou ; luy fut apporté force tartes, pommes, poires, vin rouge et cléret, et là feirent la bonne cbière. Elle demeura là jusqucs vers les six heures », et se dispost i gagner Nancy (2). Les habitants de la capitale n*a?aieal ien négligé pour donner à leur souveraine des preaires de
(i) Le comte de Guise vint aussi en pèlerinage i Saiot-Nieolas pour y remercier Dieu et Téfêque de M)Te ; il visita également l'égliat San Barbe, près de Metz, et se présenta dans ces dcax saoctoairai eaufmt l'armure à moitié brisée qu1l aTail portée à Marignan. U fil pli
Téglise de Saint-Nicolas sa propre statue dans Tattitude da l'i .__
Cette statue existait encore au siècle dernier. V. Calmel, ibid., toi. iîML
(f) On voit encore dans régli!<o de l^xou le^ débris dHm jï "^ ^
leur dëvouemenl, cl Thienîal rapporte que l'on prescrivtl < qu'en les rues où icelle devoit passer fussent les pavez mis
■ ipoincl; ce que n'avait-on Taicl qoaraate «us en avant > (4). ( Nancy , toute l'Eglise premier , pourtant le cuisseau
• Monsieur sainct George, allirenl au devant (de la duchesse) 1 hors des portes Saiacl-Nîcolas ; lous les petits clercs tous
■ en serpelis blancs ; à chascun une verge en la main , au
■ bout un escusson aux armes de Lorraine ; après, toute la
■ seigneurie; après, les enrans de Nancy, eo nombre de six
■ cens; les uns vestus de blanc, grands plumaiges sur leur
> leste ; les autres vestus de floJr, et tous pourtans. armes ; les
> uns espées nues, les aultres picques, les autres hallebardes;
• avec six ou sept gros tabourins, tous allircnt au devant
> jusques prés de ladicte Laixou, excepte cculx de l'Eglise,
> en (la) quelle restoit le Souffragatit (de Toul), et sept ou huit
> Abbez portans la crousse, avec ions chanoyncs et aultres
• prcstres. Ceulx des boullewarts à grands coups d'artilleries
• à puissance tiroient. La dicte Dame venant près de la porte, -j le Souffragant meisl hors le cuissal Monsieur sainct Geor-
^B ges et le donna à baiser & Madame. Les chantres cslotent ^v auprès de tadicle porte sur un escbaffau, vestus de deux ^ couleurs '. pers et verte > ; l'un d'enlr'eux complimenta ^BenÉe de Bourbon, et le chœur chanta ensui(^:#b couplet ; ^C3mpliment et couplet que nous reproduisons comme tpéei~ ^m^m de la poésie officielle au XVI° siècle. On verra, en les ^^nl, que s'il n'y a pas eu progrès depuis cette époque, au ^ oins la décadence n'est pas Tort sensible.
> Très-haulle souveraine Princesse,
• De Lorraine et de Bar Duchesse,
t Bien soyez venue à Nancy.
^V|e jîècle, qui doit avoir été donnd par la dnchewe eotaatt sonrenir de (Mte récepttoD. 11 représenle saint Ren^, pslroD de la p ' it» RiadrerBeDl lemé de croix de Lorraine. (I) V. Mémoire*, ibid.
Dame, de VaadémoDt Comtesse Ensemble toute la noblesse De bon cœur tous salue aussy.
» Dame triomphante» magniGcque^ Vaisseau rempli de prudence, De Bourbon, Maison autenticque , Issue de couronne de France, De nos cœurs vous faisons oflTrance, Combien que soyons gens pers-rerts ; Et pour vous faire obëyssance, Tous nos trésors tous sont ouverts.
» Doulceur longuement désirée En ce bon pays de Lorraine, Où perles et mines sont trouvées, Sallines et choses souveraines, Vostre plaisir soit d*estre humaine A vos obéyssans subjecls ; Car pour vous, soyez en certaine, Tous nos trésors vous sont ouverts.
» Sy, gros lorrains, parlons par vers Tenans forme de rétoricque, Loyaux sommes, et non pervers.
Et qui nous poinc\ (1) très-fort se pieque. Dame , nostre voulloir s*applicque A vous servir sans nul travers.
Et, pour descouvrir la musicque, Tous nos trésors vous sont ouverts.
> Princesse, s*il vous plaist, ouyrez.
Ici présens vostre noblesse,
La chanson , puis vous marcherei.
(t) El qui noustUaque très-fort se pique. Cest qm de Nancy : Qui s'y frotte s'y pique, ou â^on imUimê
■ Vive le Duc et la Dachesae ■ Dame Renée de Bourbon ,
• La souveraine Princesse
• De Lorraine , le pays bon !
• Vive le Duc cl la Duchesse > De Lorraine le pays bon ,
» Dame Renée de Bourbon 1 »
Après avoir essuyé cette tirade et ce couplet, bien indignes des beaux esprits qui brillaient à la cour de France, la ducheue prit place sons un dais. Il était porté par quatre geniilabommes, et ioni de cbardoos (1) qui sont depuis longtemps les armes de Nancy. On la conduisit en triomphe au palais, où elle Tut reçue par Antoine, et où l'on offrit aux prélats et aux nobles un festin splendide.
Le continuateur de la Chronique, auquel nous avons emprunté les détails qui précédent (2), termine son curieux récit en exprimant le vœu de voir le duc père d'une nombreuse postérité. Ce souhait, qui était probablement celui de tous les Lorrains, fui accompli, et Renée de Bourbon donna à son mari six enfaDts, doni trois, nommés Jean, Antoine el Isabelle, moururent avant d'être sortis de l'enrance. l4l,4rois autres : François, Anne et Nicolas, survécurent à leurs parents, et nous en parlerons souvent dans la suite de cet ouvrage. L'alné de tous, le prince François, naquit à Nancy, le 23 août 1S17. Le roi de France , qui venait de choisir le duc pour second parrain du dauphin, consentit à élre lui-même le parrain du fils d'Antoine, el, si l'on en croit les historiens lorrains , il se rendit à cet effet dans la ville de Bar, où nos princes faisaient
(I) Le chardon ^ntinGgnre.umiiie 00 Mit, dtDfl'éCDMODdtNuic;. (%) V. la coDliatut. de U Chr., dm» CaloHt, lUd., t. III, prrav., ecri. cxij el ciiij.
baptiser quelques-uns de leurs fils , sans doute afin dr montrer aux Barrisiens que l'on n'entendait pas sacrifier leur pays à la Lorraine. On ne nous a pas conservé le procès-?erbal de cette cérémonie , où le roi déploya son faste habituel ; mais nous possédons encore la relation du baptême du prince Nicolas» qui naquit au château de Bar, le 17 octobre 1524, el fut baptisé dans la collégiale Saint-Haxe, le 10 novembre saivaut. Nicolas Volcyr » historiographe et secrétaire d'Antoine, est Fauteur de cette relation dans laquelle sont rassemblés les renseignements les plus détaillés et les plus exacts sur la cérémonie elle-même, et sur les fêtes qui raccompagnèrent Noos ne pouvons résister à la tentation de transcrire quelques paragraphes de l'opuscule de Volcyr, car c'est le meilleur moyen de faire connaître le cérémonial usité en pareille circonstance. Après avoir rapporté que la direction des fêtes était cooBée à « Messire Olry Wisse, chevalier, seigneur de Gerbéviller, » bailly de Nancy, et à Messire Antoine du Chastellet, cbeva- » lier , seigneur de Sorcy et premier chambellan » , Volcyr ajoute :
< Premièrement les mareschâlz et fouriers des logis foisoient escarter le peuple , afin que l'ordre ne fost Irooblé ou rompu. Puis les escoliers , vestuz de surpelis blancs, estoient en grand nombre sur les elles (ailes), depais la salle d'honneur jusqu'au portai dé Téglise, avec torches allumées. Après marchoient les ménestriers sonnans moall armonicusement ; allant çà et là Monsieur le grand maisire d'hostel pour entretenir l'ordre à son entier. Puis marchoient les deux capitaines des deux gardes devant les archers de corps vestuz tous d'une parure, sçavoir : Nicolas sieur de Richardmesnil et Jean de Slainville sieor de Pouilly, moult richement accoustrez. Incontinant après suivoit Messire Phihbert du Chastellet, chevalier, sieor de Sainct-Amant , chambellan et porteur de la maislresse enseigne de l'hostel du seigneur Duc, et estoit suivy des
• geDlilzhommes lie l'hosid, alluris deux à deux à gros tiom- ' bre. Après mardi oient les maislres d'hostcl, lesies nura,
> avec gravjlé et contenanci; moult louable et requise à tel
> acte, et esloient suivis des irompelles résounaos inoult lué-
> lo dieu sèment. Puis après douze graus seigneurs, leste oue, r (dus chambeliaus et escuiers d'escuyrie dudict seigneur
> Duc, porlans chascun en la main ung flambeau de cire
> vierge. Depuis csioient les poursuyvana et béraullz vesiuz
■ de cottes d'armes à la manière accoustumée , ass^avoir :
> Cleremonl, Vaudémont et Nancy, auprès desquclz raarchoil
> en grosse pompe ol gravité Messire Girard de Ilarraucourt,
• sieur d'Ormes et sèneschal de Lorraine, teste nue, tenant
• uug basion blanc en sa main, représentatif du sceptre
• royal et eioellenle principaullé d'Austrasie, par droicl hé-
■ réditaire appartenant audict prince d'amour et paix (1). 1 Puis après le seigneur de Créhange, portant resguièrc d'or
> el serviette. Puis marchoii le comte de Salm, avec deux
• bassins l'ung sur l'autre, le comte Hesse de Linanges, avec
> le cierge de cire vierge ; le bastard d'Anjou la salière, et
> conséquemment, au lieu de très-excellente et Irès-serajoe
> dame et princesse Madame Marguerite de Flandres, arche-
■ duchesse d'Austrichc, gouvernante el régente des Pais-Bas,
> maraine dudict Nicolas...., marchoit rcvéremmeni le sieur
> de Bersel, cliambcllan de la Majesté Impériale et amaul de
■ Bruxelles, ponant ledict enfant ({u'il avoil receu des mains
> de la dame d'bonneur en la cbambre de parement, accom-
• paigné de deux grands maislres , assçavoîr : Messire An-
• loine, chevalier, seigneur de Ville, bailly de Vosges, et
• Messire Adam Buyer, seigneur de Chasleoubrébain, tous
> deux chambellans dudici seigneur Duc, altans à dextre et à
■ sénesire dudict seigneur de Bcrsel, pour aider à sousiesir
■ l'enfaot. Mais à cousiiére (à côlé) alloietil les parains en
(I) C'est ainsi que Valeyr ddiigiuil touvent le doc Aatoiiic.
grande dëvotion et pompe solemnelle, c*est assçafoîr Uréthault et très-paissant prince Monsieur Qaade de Lorraiiie, comte de Guise et d'AumalICy gouvemear de Champtîgne et Brie, lieutenant-général du Roy de France esdictz pais ; et d'autre part révérend père en Dieu Monsieur d^Aulsaire (François de Dinteville, évèque d'Auxerre); el suiToienl iedict seigneur de Bersel les trois jeunes comtes de Bische, Manderchette et Swaml>onrg| portans la queue du drap d'or, fourré d'armines, qui estoit sur Iedict enfant. Et après suifoit trés-illustre princesse Madame Anthoinettc de Bourbon, comtesse de Guise, et Marie de Lorraine sa tille, et tout d*ung tenant Mande de Groy, dame de Moulin, portant un carreau de drap d'argent, semé à l'entour de grosses perles orientales, sur lequel repousait le chresmeau (1). Après marchoiettl les dames de Valry et de Parroye, la baillie de Vîtry, Madame de Parsy , Madame de Harraucourt et la fille da baUly de Sainct-Mihiel , avec autres dames et damoiselles en boa gros nombre. Advisans sans marcher, pour la prochaîaelé du lieu et multitude de gens, maintz bons seigoears taat spirituels que temporels, gentilshommes, présideBS et gens des comptes de Lorraine et Barrois , secrélairet ordinaires, officiers et gens d'ordonnance, bourgeois, marchans, citoiens de Meus, Toul, Verdun, P6nt4*MoaaaoB el autres lieux innumérables. A la porte de rëgtise doient les dames d'honneur de Stainville el Maugiroo, la sage-femme et nourrice, pour recevoir l'enbol dea dudict seigneur de Bersel, lequel, estant développé, loy dirent, et fut porté nu sur les fonts, où le baptesme fàl honorablement célébré par révérend père Moosienr Ballhaaar du Chastellet, abbé de Sainct-Vincent el Saiiiel*E|i?re.
(t) Petit bonuct que Ton met sur la tétc des eo£uiti iprèi \\ saint-chrémc.
petite Tjlte de Conflans-en-Bassigny, sur laquelle il avait probablemeat des pri^lculions que l'histoire ne fait pas connaître. Il solda < six cens tnaulvais guarsons * , el corame Jean de Failly, capitaine de Confions, n'avait aucune défiance, le bâtard introduisit tous ces bandits dans la place, un jour de marché, en les y Taisant entrer par peliics bandes de dix ou douze hommes, e( sous divers dcguisemcnis. A un signal convenu, ils saisirent les armes qu'ils avaient cachées sous lenn v£temeals , se rendirent maîtres des portes , Torcèrent Jean de Failly h leur livrer le château et commencèrent à piller la ville. Les habilanis elTrayés supplièrent le bâtard de leur épargner ce trailemeot rigoureux, et, pour une somme de quinze cents écus, il consentit à partir. Il ne conserva , du reste , pas longtemps les fruits de cet acte de brigandage, car Antoine porta plainte devant le parlement de IHile, qui obligea l'aventurier à restituer aux bourgeois de Conflans la somme qu'il en avait reçue (1).
Vers la même époque, le duc et son Trére Jean, évéque de Metz, signèrent avec l'empereur Maximilicn un traité, dont la dorée était fixée à dix ans, et dont les diflërenies clauses offrent trop peu d'intérél pour être reproduites dans cet ouvrage (2). Maximilîen survécut environ deux ans a la conclusion du traité, et sa mori, arrivée au mois de janvier 1519, ouvrit la carrière à l'ambition des rois de France et d'Espagne, qui sollicJièrcnt tous deux les suffrages des électeurs. François t", bien qu'il ménageât ses trésors, parvint à séduire plasieurs princes allemands ; l'archevêque de Trêves et l'électeur-palatin se déclarèrent pour lui, et le duc de Lorraine, inspiré par l'amitié plulèt que par la politique, favorisa le rai de France et prit à toutes ces intrigues plus de part que la prudence ne le permettait. Il ne refusa
(1) V.ibid.,eol. cuij etexxiij.
(î) Le tnK^ eat imprimi îbid., «1. wdhv-cedxnjj.
même pas de s*aboucher avec Siekingen, contre lequel il avait cependant des griefs de plas d*on genre. Les villes de la Haute-Allemagne avaient formé une ligue contre le duc de Wurtemberg , et Guillaume duc de Bavière en était le chef nominal ; mais la conduite de la guerre avait été confiée i SickingeUy qui venait de se mettre au service du roi d'Espagne, moyennant une pension de trois mille florins d*or el Fentretien de vingt hommes d*armes. François I*', à qui ses intérêts commandaient de faire cesser la guerre, voulut déta* cher Sickingen du parti des confédérés et employa, dans ce but, Tentremise d'Antoine, dont les démarches furent complètement infructueuses (1). Après Télection de Charles Y, qui eut lieu le 28 juin 4519, les envoyés de François l*' : Bonnivet, Jean d*Albret el Guillart, quittèrent rAllemagne. Ils passèrent par Nancy pour s*en retourner chez eux ; et comme le duc de Lorraine craignait d*ètre attaqué, soit par Sieklngen , soit par d'autres amis du nouvel empereur, les ambassadeurs français, auxquels le roi avait donné une escorte considérable, laissèrent une partie de leur monde dans notre pays» afin de le garantir d'incursions qui n'eurent pas lieu (S).
L'année suivante, Antoine se rendit, avec son épouse, au eamp du drap d'or et assista à l'entrevue que le roi de France eut avec le roi d'Angleterre. Selon Thierrial (3) , le succès des négociations que François P' avait entamées avec Henri VIH, peu de temps avant celte entrevue, doit èlre attribué < aux soins et beaux parlemens d'Anthoine > ; 0 ajoute que le duc de Lorraine, dont l'esprit pénétrant saisissait tout, s'aperçut, pendant l'entrevue dont nous parions , que l'on tâchait d'amuser François V, qu'il en avertil ce
(1) V. Une élecUoo à l'Empire en iU\9, par M. li%iial, dans la det deux inondes du 15 janvier 185i, p. 217 el 246.
(2) V. LelU^ des ambassadeurs à Frauçob !•', des 15 et 18 juiltC 1519, ms. de la bibl. impériale, fonds de U Mare, '*:>*, r» 1« et 108.
(3) Glu par Gievricr, ibid., p. 7i et 75.
prince, el que le monarque répondit brusquemcnl que cela r^ardail son chancelier. Mais les deux anecdoles ne sont pas plus vraies l'une que l'aulre, cl Thierriai a cédé, dans cette circonstance, au penchant qui a porte plusieurs de nos chroniqueurs et de nos historiens à altérer une fouie de faits, au profit de leur petite vanité naiionale, et à représenter nos ducs comme ayant joue 1c principal rôle dans certains éTènemenls à l'accomplissemE^nt desquels ils furent toul-â-fiiit étrangers.
Quoique, selon nous, leroideFrancc n'ait pas fait la réponse brutale menlionni^e par Thierriai, et que l'on ne doive pas attribuer à celle cause le refroidissement d'Antoine pour les intérêts de François I", on ne peut nier toutefois qu'à partir de celle époque le duc n'ait montré une certaine réserve dans les rapports qu'il enircienaii avec son puissant voisin. Il saisit même, en Uiâ2, l'occasion d'entrer en relations avec Charles V. Les garnisons des villes frontières du Luxembourg avaient, on ne sait sons quels prélextes, fait <}es courses dans Il partie seplenirionale du Darrois. Antoine s'en plaignit ù l'empereur, qui s'empressa de donner salisfadion au duc, et de conclure un trailé destiné à prévenir le retour des pillages dont les Barrisiens avaient eu à gémir (1).
L'année d'après, le connétable de Bourbon, frérc de la duchesse de Lorraine, abandonna la France et cherche an asile dans les états de l'empereur. Celte affaire ne contribua pas, sans doute, à resserrer les liens qui unissaient le dnc à François I" ; bien qu'il ne soit pas vrai, comme Chevrier l'avance d'après la chronique de Rëmond Messein el les mémoires de Bar, que le connétable soit venu en Lorraine «(tendre la réponse de l'empereur.
La guerre venait de s'allumer entre Charles V et François 1". Une armée allemande, rassemblée en Francbe- Comlé, pénétra dans la Bourgogne et de là dans la Cbampa-
(1) Ce traité est imprimé dam Calmel, ibid., col. CMlxiâ-eadmij.
gne ; mais cette armée, prWëe du renfort de eafikrie qw le connétable avait promis et qu'il ne put fournir, m fil put de grands progrés ; le comte de Guise la força bientàl à récrier et la défit, auprès de la ville de Neufchâteau, sous les yeux de la duchesse de Lorraine et d'Antoinette de Bourbon, qui, placées i une des fenêtres du château, applaudissaient i la ▼ictoire du comte.
En 1524, le roi de France passa les Alpes, a?ee une armée, pour reconquérir le Milanais. A^ant de se mettre en route, il avait invité le duc de Lorraine i le suivre ; mais voulant rester neutre dans une lutte si fatale au roi, on jugeant que sa présence était indispensable i Nancy, Anloine se fit excuser près du monarque (i), et nous verrons bientàl que cette détermination fut le salut de notre patrie. Le due pouvait d'ailleurs alléguer, pour se dispenser d'aecooqwgner François P', qu'il ne lui était plus possible, comme autrelbis^ de se décharger sur sa mère des soins du gouvemeoieBl* En effet, dans les premiers jours du mois de décembre 451f , onze années après la mort de son mari , Philippe de Gueidres s'était retirée dans le monastère des clarisses de P6nt-4- Mousson. Elle s'y transporta secrètement , pria ses enfiuits de venir la trouver la veille de l'immaculée coneeptioB de h Sainte Vierge, afin de leur parler d'une aflhire imporlanle, et« quand elle les vit réunis autour d'elle après le repas du soir, elle leur dit : « Savez-vous, rocs enfonts, pourquoi je vous ai ici mandés? C'est pour vous manifester que. Dieu aidant, je vais me rendre religieuse i Sainte-Claire. > Elle résista à lonica les instances que l'on fit pour la retenir dans le monde , «I le lendemain, 8 décembre, après avoir assisté i la mea^ l'église du couvent, elle se dirigea vers la grille, qu'elle chit pendant que les religieuses chantaient le répons : c Ht* » gnum mundi et omatum ssculi contempsi, propter
(\) V. OieTrier, ibid., p. 78 et 79.
> rem Domini mei Jesu Qiristi, quem vidi, quem amavi, in
■ quem ciedidi, qucm dilexi •.On la mena processionnelle- Beat dans la salie du chapitre, où elle s'agenouilla devant l'abbesse, Jeanne d'Aprcmont , qui devait lui doaner l'habit, Celle-ci, pénétrée de respect a la vue de sa souveraine, lui dit : ■ Madame, je ne sçais comment j'oserai meclre la main
> ivostre noble personne pour la dévestier •■ Philippe loi répondK : ■ Ma mère, Taictes-lc liardiment, car je suis voslre
■ fille ». Le pape Léon X, instruit de la détermination de la duchesse, lui envoya deux brers, dans lesquels il la réiicilait el la dispensait de l'année de probalion el de toutes les riguean de |a règle. Mais la duchesse ne voulut pas proHter de ces dispenses; elle lit son noviciat tout entier et, loin At mitigw la règle, ajouta des austérités nouvelles à celles que l'instilut prescrivait. Malgré sa haute uaissance, elle désira remplir les fonctions les plus humbles ; on la vit pendant iih an portière de la communauté ; elle Tut ensuite successivement jardinière , couturière, cuisinière el chargée d< Pîbfll» mu-ie. Les religieuses ayant fordiè le projet d« la ahtrf^ pour abbesee, après la mort de Jeanne d'ApreAant, elU i^} consentit pas, et obtint du pape un bref qui lai penHettait 4* n'acM^pter aucune dignité, en défendant aux Clarisses de l'inquiéter à cet égard. £Ue ne se laissait Jamais donner le titre de Madame, et, en écrivant à ses supérieurs ecclésiastiques, elle signait : ■ Vostre humble et pauvre fiUe et subjccte, sœur
> Philippe *, ou bien : < Sœar Philippe, petit ver de terr« >. Quand elle s'adressait aux princes ses fils pour obtenir quoli que chose en faveur des monastères de son ordre, elle disait : < Je vous demande l'aumône d'une telle chose , pour l'amour
> de Dieu >. Malgré la faiblesse de sa santé, el les macéralioB» qu'elle pratiquait sans ménagement, «lie survécut à soa fito Antoine et ne mourut qn'au lab'a de tëfrnr 13(7. Dès le 3S octobre 1S30, par conséquent avant la lin de son noviciat, elle avait rédigé son testament, partagé tousses biens
entre ses fils et fait quelques fondatious religieuses (i).
La sainteté de Philippe de Gueldres ne fut pas une des moindres causes de la faveur dont les princes lorrains jouirent auprès des papes pendant le XVl^ siècle, et Antoine ne tarda pas à en ressentir les effets. Depuis longtemps, les ecclésiastiques lorrains se plaignaient des lenteurs et des grandes dépenses qu'entraînait la nécessité où ils se trouvaient de soutenir à Rome même les procès relatifs à la jouissance des bénéfices. 11 arrivait souvent que des bénéficiers, attaqués par des hommes puissants, se voyaient obligés de transiger avec eux i des conditions très-onéreuses ou de rester enveloppés dans des procédures interminables. Le duc prescrivit au sire de RilMni* pierre de partir pour Rome et d'ouvrir des négociations sor ce sujet délicat. L'ambassadeur d'Antoine obtint tout ce qu*il désirait, et, en i52i, le pape Léon X, voulant donner au duc de Lorraine une preuve de sa confiance et de son amitié, lui accorda un induit qui défendait de citer en première iostanee les Lorrains devant la cour de Rome , et autorisait les Jliges ordinaires à statuer, sauf l'appel. Antoine fit aussitôt signifier l'induit au chapitre de Toul et parvint de la sorte à préve» nir une foule de procès ruineux (2).
Il avait publié, deux années auparavant, un édit qai défendait, sous les peines les plus graves, de publier, sans pennission, aucune bulle, aucun bref, en un mot aucun acte éiMliant du pape (3) ; et on peut conjecturer que Tédit n'était pat venu à la connaissance de Léon X, sans quoi celui-ci n'asratt pas montré tant de condescendance dans la négociation enta-
(i) V. Vie de Philippe de Ghcldres, reine de Sicile, duchene de nÙDe, etc., ptr M. Tibbé Guillaume, pauim. Le teslament de la Mt imprimé dans Calmet, ibid., eol. ccclzxT-ccclxsh. 11 renfisfoie la 4é> tails les plus curieux sur le riche mobilier que poiaédait ccUc priooMM.
(2) V. Benoit, IlUloire de Tout, p. 608 ; Alémoires de Tkierriat, ibîd.
(3) V. Justice criminelle des iluchës de Lorraine et de Bar , per M. Dtunoat, i. I, p. ISS.
méepar le sire deKibaupierre. Il ne faut toulerots pas conclure de ce que nous venons de dire que le duc de Lorraine fût us de ces princes qui, jalons des prérogatives de leur couronne, foulenl aux pieds les droits de la puissance ecclésiasliqne. Il était fort pîcux et il avait publié, le 10 avril ISIOtUoeordonnance contre les blasphémateurs qui élablissail, pour ce genre de délit, ane pénalité des plus rigouretfses (t).
Les autres ordonnances qu'il promulgua, Ters la même époque ,' sont relatives aux matières civiles et n'ont qti6 peu d'importance. Il Tant cependant excepter un règlement de l'année 1S19, lequel, sur la demande des Etals-Géiéraux, remU en Tîgueur un édit de Charles II, défendast aux prévAls el aux mayeurs d'accorder des lettres de bourgeoisie aux sujets des seigneurs qui ne prendraient pas l'engagement de resier soumis à la juridiction de ces derniers (3).
Antoine proGla de la tranquillité, qui régna en LorraÎB» i peu près sans interruption jusqu'en 1&25, pour rortifia-ei embellir la ville de Nancy. En 1914, il fit construire an bon-. levard devant la poterne Saint-Jean (3), et le chanoine anonyme qui a composé, au commencement du XVII* siècle, un curieux mémoire sur Nancy (4), rapporte que le prince, achevant l'ouvrage ébauché par son père, environna sa capitale < de forts remparts et boulevarts, terrasses el murs de beaux > carreaux de taille >, lesquels subsistèrenl jusqu'au moment où Charles 111 éleva la ville neuve et établit une enceinte bastiounée, cobime nous le verrons dans un des chapitres suivants. Antoine avait l'orme le projet de Toiider la ville neuve dont il s'agit, en enfermant dans l'enceinic de sa capitale les faubourgs Saint-Nicolas et Sainl-Thiébaiit, ainsi que
(1) V. Rogdville, Dicl. des ordonn-, t. I, p. 103. (2)V. ihid.,p. l12eH13.
[Z] V. la cnnlioiut- de la Chron., dan* Calmel, ibid., col. exviij. (() Dont Calmet > fûx imprimer ce mémoira daaa li Notice de la Lorraine, l. II, col. 5-70.
les terrains qui les a?oisinaient el qui élaienl la plupart en nature de jardins (i) ; mais différents obstacles firent ajourner et ensuite abandonner ce dessein.
Si le duc Antoine n*eut pas la gloire de créer la ville neuve et de donner ainsi a la capitale de la Lorraine rimportinee qu'elle méritait, il eut du moins Tbonneur de mettre la der* niére main au palais que son père avait commencé. Les tr»» vaux furent conduits avec beaucoup de rapidité, et le registre relatif aux constructions faites pendant l'année i5H-i5l3, le seul malheureusement que Ton ait conservé, prouve que dans le cours de cette année on amena à Nancy, pour les ouvrages du palais, quarante-trois mille trois cent soixante et onxe pieds de pierre de taille, tirés des carrières de Pont-8aial* Vincent, Maizières, Montenoy, Flabémont et Bouxières-aoi* Chênes. Au nombre des constructions exécutées pendaDt la première moitié du règne d'Antoine , on doit mentîoDMr h feçade du palais sur la GrandVue, et la magnifique périme^ que Ton admire encore, et qui fut décorée de la statue équestre du prince sculptée par Mansuy Gauvain (â).
Les travaux se ralentirent vers l'année i52â, à causa d*«M maladie pestilentielle qui, s'étant déclarée à Tout' avae vn>» lence, se répandit bientôt dans la Lorraine. Las ehaai^ nés de Toui avaient été forcés de se retirer i Void jei da laisser la garde de la cathédrale à quelques chapelains, al laa bourgeois les plus riches avaient également quitté la villa (S). En 4524, ui^ tremblement de terre se fit sentir dans la ché tout entier, mais principalement dans les Vosges, versa quantité de maisons et fit périr plusieurs maUwarcax, qui trouvèrent la mort sous les ruines de leurs denaarea. Pour surcroît d'infortune, la récolte fut insuffisante , al la
(i) V. Lionnoif, Ekt. deNiocy, 1. 1, p. iS8, 4» et U3.
(S) V. 1^ palaii ductl art Nincv, pir M. 11. Leptge, p. S8-51.
(3) V. Benoît, ihid., p. €iO».
Lorraine éprouva une disette prolongée, qui devint, comine la cliose arrive ordinairemenl, ie prélude et la source d'une contagion meurlriére. Les Toulois, à peine délivrés de la peste qui les avait décimés en 1S23, ferinèreni leurs portes et firent distribuer du pain aux pauvres de la campagne, ■ans les laisser entrer duns la ville , où ils auraient introduit le germe de la maladie (1).
Ces malheurs, essentiellement passagers, n'étaient rien toulefois en comparaison de ceux dont la Lorraine se vit menacée en iyiS. Nous voulons parler de l'invasion des Rustauds ou des paysans alsaciens, qui, entraînés par tes déclamations de prédJcuDis fanatiques, avaient pris les amies pour bâter l'avènement du règne de Dieu sur la terre. Mats, avant de raconter la guerre que le duc Antoine eut à soutenir contr'eui, il est nécessaire de rappeler brièvemeni les premières tentatives que lit l'hérésie pour s'établir chez nous. La ville de Metz fut le théâtre de ces tentatives, et le lulhéraniame y fut prêché par des individus banni8.de' lew pays pour avoir essayé d'y semer les opinions nooTelles, el par des moines apostats, que la soif des innovations, Pennui de la régie, ou même des passions honteuses chassaient de leurs couvents. On vil deux prédicanls i Helz vers la fin de 1523 et au commencement de l'année suivante. L'un était aa bomme obscur, sur la profession et la patrie duquel on sait peu de choses. Mandé devant les Treize , il fot réprimandé et ensoite mis hors de la ville. L'autre, franciscain défroqué originaire de MonLbéliard, ne fut pas plus heureux ; on l'ei^ ferma dans les prisons épiscopales, pu il resta pendant quelque temps. Bientôt après parut un troisième prédicanl , Jean Châtelain de Tournay, religieux aagHSlin. Il avait prêché â Vie l'avent de l'année 1925 et vint, l'année suivante, faiie la station du carême dans l'église des augustins de Metz. Ses
(1) V. ibid., p. 6U.
déclamations contre les moines et les eccicsiutiqiies, joinlcfl à an extérieur austère , masque familier aux noYaleurs, le rendirent Tidoie de la populace. Des admonestations loi fo» rent données, mais en vain, par Théodore de Saint-Chaoïool, abbé de Saint-Antoine de Viennois (1),. par Balthasar do CbAtelet, abbé de Saint-Vincent, et par Martin Plngaet, chanoine de la cathédrale et gouverneur du château de Gone. Pinguet, sachant que le trouble augmentait, surveilla Jean Châtelain et réussit à Tarréter hors de la ville. Successiveiqent emprisonné à Gorze et à Nomeny , raugustin fut enfin mené à Vie, convaincu d*hcrésie, dégradé par les suffragaots de Meti et de Toul, et livré au bras séculier, qui le fit bnller vif le 42 janvier 1525. Cet événement fut le signal d'une émeute qui éclata dans la ville de Metz ; des troupes de fu« rieux se jetèrent sur la maison qu'habitait Théodore de SmbI- Chamont et en brisèrent les vitres. Le lendemain , il fut poursuivi au moment où il sortait de Téglisc par des groupe» de vignerons,«persuadés que l'on avait eu Tintention d*insulter a leur profession en revêtant Châtelain de leur costume ordinaire, avant de Tenvoyer au supplice. Les chanoines de h cathédrale, qui revenaient en procession de Tabbaye de Suint- Clément, furent attaqués^ dispersés, mis en fuite, et les magistrats se crurent obligés, pour apaiser la colère d'une partie du peuple, de conduire en prison l'abbé de Saiot-Antoine el son secrétaire, Nicolas Volcyr. Au surplus, leur^létentioa ne flit pas de longue durée. La noblesse et la bourgeoisie, irritées delà faiblesse des magistrats, prirent les armes, puninut sévèrement les perturbateurs et s'empressèrent de mettre en liberté Théodore de Sainl-Chamont et son secrétaire, lesquels se retirèrent immédiatement auprès du duc de Lorraine el lui
(1) Ce religieui ivait été nommé commissaire ipottolk|oe pour k poursuite de lliérésic de Luther dans Tévéclié de Meta et dans \m dioeèNS voisins.
exposèrent ce qui s'élait passé. Ce prince témoigna du mécontenlemcnl aux Messins, mais iU parvinrent à l'apaiser, en lui représentant qu'ils n'avaient pu enipËcher i'émeule e( tes violences doot l'abbé de Ssint-Antoioe avait MIU devenir 1« vidime (1).
Le mauvais sort des premiera ^p6(res du lulhéfSDiuiM ne découragea ptis leurs successeurs, et ils reaouvelèretil> laun tenialivea avec persévérance, quoique avec peu dé socoé», si ce n'est dans la ville de llelz. Le der^ lorraiD n'était malheareusement pas en mesure de lutter toujours aveo-avanl^ge contre les partisans des nouvelles-doeirines. Le relAobeit^t s'était introduit dans plusieurs abbayes appartenant «b( 4(3^ dres de saint Benoit et de Çlleaax, ainsi que dans la plam|^ de celles qtii étaient occupées par des GhaDoineB<régulî«rs, et les religieux mendiants eux-mêmes ^'avaient pas loua conseryé leur première ferveur. René II et Philippe de G«eldres s'élant rendus k Neufcfaâteau, en ISOO, pour installer des mineurs-observanlins dans le monastère des cordeliers, contre lesquels s'élevaient quelques plaintes, ces derniers ne voulurent jamais céder, et l'on fut contraint d'enfancw les portes du couvent pour pouvoir y pénétrer (S). Le elergé des campagnes manquait en général d'instruction, et on rencontrait asse; fréquemment des curés qui ne comprenaient pas la langue latine. Aussi, l'évèque de Toul Hugues des Hasards fut-il obligé de joindre une traJuclioii franouisc nu li'xie des Statuts synodaux qu'il publia en 1515. • Il a esié ordonné, > dit-il, que après cbascun article latin soit mis sou roumant, 1 sans vouloir déroguer ne vitupérer, synon par raison, quel-
[I) V. Traiclé Dauuesu deUdésécratioDeteiécutionBctnelle de Jehu CÙtellaD hérétiequc, Taicte ï Vyeea AnstriBC, le liiionrdeJtnnlér, avec. ne anùsoD de la foy , laquclke pronffiten beaucoup k It nligtoa dawlienoe, par Volcyr; ItiM, ia^,golb. H y «fiil eu «n ISSD Obb fn-
mière édIlioD de c«[ opuscule. * ' '
(8) V. LeschroniqDetdeHcti.li. 63S. . ' "'' '
qiM nombre qai se trou? e en^re 4es (jeBs iTégliBe de cité el diocèse qoi sont tantost ennuyez de lire eê&^wn que soit en latin. » « Nous cognoissons , ajoote4-l^ ^stre beaucoup de clercs non lettrez qui Tiennent auz ordres, et ne sçavent que ils demandent, ne quel office Ils feiiUeiH avoir, qui est une ignorance moult honteuse et moult f itnpémble. Et pour ce nous commendons que doresnayanl on y mette remède , et que les curez le dient i leurs parrochiens qui seront ordlnandes. Aultrement on y besognera par rigoreuse discipline. Car quand on leur demande : Quem oréinem queriiiiT Ils n'ont pas l'entendemenl de sçavoir respondre : Ego quero vel peto ordinem ieeioHgf oréinem janUorii^ eocoreUte^ aeeoHH^ qui se nomment ensemble qtiaîuor minorée ordineê. En oultre, Peio aréênem êubdiaconiy ordinem dtoeont, ordinem preêbiieri. Et eecy avons-nous mis volenliers, affin qu'ils ne paissent plis elléguer ignorance (i). > Des ecclésiasiiques aussi peu instruits que ceux dont se plaignait Tévèque de Toul ne pouvaient pas inspirer beaoeoiy de respect à leurs paroissiens , et on vit , dés les premières années du XVP siècle, la piété diminuer rapîdemenC dans les villages, et la superstition faire des progrès inqaiëCanis. Les habitants d'Ancerviile se conduisaient avec irrévéroMe dans le saint lieu , s^appuyaient contre Tautel pendant lea près et y déposaient leurs chaperons. Quand on Aiisail procession , les femmes se mêlaient au eiergé et trooUaieM les cérémonies (2). En 1515, des habitants d'Auiéecurt teignaient les cierges sur Tautel quand ils en avaient la ftintaisie^ et le curé, qu'ils avaient menacé, n'osait opposer aueane ré-
(1) V. Sttlnta lynodalia olim per Reuerendoi Palm (Nraiulat tdita , If ane Tero per Reocrendian Pitran Domânm deHaMrdit, Ulorum in episoopatoni sueceHoran, innovali, cl tucta , f»» ij r® et Ix j r®.
(2) V. Très, des ch., laycllc Amnrmite, //, o* 9.
' sisUnce. A Châ le l-sur- Moselle, un bourgeois, Qommé UeDgin Graadmaire, élail condanmé â uoe amende de six francs pour avoir engagé, à prii d'argenl, un domestique à se présenter à l'offrande avec un coslume ridicule. A Bnudigni^coun, les paysans firent un dieu de bois, qu'ils placèrent sur un looneau ; puis ils se rcndireut en procession près de lui e( le questionnèrent sur les choses futures (1).
Les esprits étaient, dans certains lieux, loul-à-fail préparés h accueillir les doctrines révolutionnaires que l'on propagesil) et l'avenir paraissait tellement menaçant, que les astrologues ne crurent pas trop se compromettre en vendant des aimanaciis qui annonçaient la Gn du monde pour l'aiitiée 1S31 (2). Les deux puissances comprirent la nécessite d'unir leurs efforis pour prévenir ou, du moins, pour restreindre les Aineates effet* 4*1^ pouvaient produire sur las LorraioB l'axai»pie de leurs voisins, les prédiealioiu pDbliqaas ou secrètes des émissaires de l'erreur, et l'iiilrodnclion des Mvres héiérodote* qne l'on imprimait en Alleaugoe. La posilloo de la Lorraine l'eiposaii à des dangers aombrftaz et pressants, car le protestantisme s'établissait on allait s'établir en maître dans la ville de Strasbourg, avec laquelle nos ancêtres entretenaient de fréquents rapports, dans une partie de l'Alsaoe, dans le Palatinat et dans plusieurs des cantons suisses. Le soaverain-pODtife, instruit de ce qui se passait, availt cimme nous l'avons dit, conGé les fonctions de eonmissaire apostoli» i|ne à Théodore de Saint-ChamonI , et, vers le même temps, les dominicains Jean Savin et Christophe d'Ancherj avaient m nommés inquisiteurs dans les diocèses de Metz et jde Verdun (3). L'évéque de Tout, Ueelor d'Ailly, tint à Nancy um assemblée du clergé de son diocèse, indiqua les précautioBS k
[1) V. Justice «ximiDelle etc., pir
(S) V. la chroo. rimée de Ja
(3) V. Cilmet, Kbt. loir., col. U6:
prendre pour mettre le peuple i Tabri de la eoitagioD, et exigea que les ecclésiastiques présents signassent une profession de foi (i). De son côté, le duc de Lorraine avait pvblié, le 36 décembre 4525, un édil qui défendait de ■ prescher m » tenir sermon, parole, ne devis quelconque, publicquemenl » ne à part, des faicts et œuvres de Martin Luther », el qoi prescrivait à c tous les prélats, prieurs, religieux, séculîen,
• mandlans, chanoines, prcstres, gentilshommes, nobles o«
• non nobles, gens roturiers ou aultres, de quelque estât oi » condition qu'ils fussent ou pussent estre, sansaulcun en ré-
» server, ayans livres, papiers, œuvres ou enseîgnemeas
» des faicts, erreurs et hérésies dudici Martin Luther, ses » adliérans, complices ou entremetteurs de sa secte,.... de
• les apporter ou envoyer à Nancy, dans le premier jour de
• caresme prochain venant..,.., et illecques les mettre el dé- » livrer es mains du Révérend Père TAbbé de Saincl*Aa*
> thoine de Viennoys, chef du conseil, ou du beau Père Frère
> Bonaventure Renne!, confesseur du prince et gardien des
• Frères-Mineurs dudict lieu de Nancy, ou Tun d*eiilx, i ce » d*en faire ainsyqu*il leur estoit ordonné ». Les articles saivànts enjoignaient d'arrêter tout individu qui annoncerait oe prêcherait les nouvelles doctrines; de dénoncer les possee* seurs de livres hérétiques, et de conduire à Nancy, « pour en
> faire la punition telle qu'il appartiendroit >, les persoBoea qui c forcelleroient et celleroient > quelques-uns de ces U* vres. Enfin, l'édit prononçait la confiscation de corps et de biens contre celles qui refuseraient soit de remettre les lifres dont il est question, soit de dénoncer les détenteurs de eca mêmes livres, soit enfin d'abandonner les principes des pré* tendus réformateurs (2).
(1) V. Benoit, ibid., p. 619.
(2) V. ExU«it des principales onloontuces des irtn'inisiHniM dusi é« Lorraine et de Bar, Concernant la Police extérieure de lISglÎM dans
contre sa mémoire, nous ue pouvons nous dispenser de dire un mol pour sa justification, jastiHcotion (|uc nous n'aurions pas même entreprise si les disciples de Luther ui de Calvin avaient seuls reproché au duc d'avoir violé la capitulation de Saverne, et si deux annalistes lorrains : Rémonij Messcin «t Tbierriat, n'avaient tenu le même langage (I). Nous n'avons plus l'ouvrage du premier , mais Thierrial s'exprûae eu ces termes : c Capitulation faicte en guerre est de droîct des gens,
■ et le Souverain ne doit donner l'exemple d'y Taillir. Hon-
■ seigneur Tul par trop Toible el devoit éconduire ceux qui
■ donnèrent conseil de rigueur; car ne pouvoît-on se dissi-
■ muler qne lesdicts de Saveme n'estbient venus à parle-
> menlcr qu'autant que leur fut promis pour eux et leur chef
■ vie et bagues sauves; TureDl .cefiendanl passez b fil d'espée, ■• et Gcrber pendu; dont on fit grand murmure, et ce fut
> déshonneur à Monseigneur (3). »
Si l'on regardait Antoine comme complice des violences de ses soldats, on pourrait faire observer , à sa décharge , qu'il avait affaire à des ennemis qui tnéprisaienl le droiP des gens , qui avaient couvert de ruines les plaines de la Basse-Alsace, envahi quelques cantons de la Lorraine, poussé à la révolte lés paysans du duché, et trempé leurs mains dans le sang de nombreux catholiques (3). On alléguerait aussi quele prince avait exigé que les Rustauds se rendissent à discrétion, et que l'on connaît très-vaguement les promesses qu'il aurait faites pour obtenir l'ouverture des portes de Saverne. Mais il est inutile de recourir à ces subterfuges, el nous croyons qu'après avoir examiné avec soin les documents contemporains, on admettra que le duc, ses frères et les principaux capitaines lorrains sont restés complélement étrangers au massacre de
(1) V. CLcvHer, il>id. , p. 9S cl 9G.
(2) V. les rragmeiiU des Màm., régne d'AnlMnc.
(3) V. Chevrier, ibiJ. , p. 99.
Saverne. On a vu que Tannée d'Antoine était composée des éléments les plus hétérogènes : soldats lorrains , contingents des prévôtés , gentilshommes volontaires de tous pays , soldats français, lansquenets, mercenaires italiens et même albanais. Hormis sur le champ de bataille, une pareille armée n^obéissait guère que si elle le jugeait à propos , et il est évident qu'une fois le carnage commencé, les efforts des chefs en faveur des vaincus devaient être infructueux. Cest , en effet, ce qui arriva. Volcyr, qui fut témoin de cette tragédie, aiBrme que le duc de Lorraine, les comtes de Guise et de Vaudémont, et la plupart des seigneurs qui les accompagnaient, se hâtèrent de pénétrer dans Saverne, à la suite de leurs troupes, qu ils firent tout ce quMls purent pour arrêter Teffusion du sang, qu'ils sauvèrent quantité de paysans , et qu'ils réossirent à préserver la ville de l'incendie (1). Quant au supplice de Gerber et de quelques-uns des moteurs de l'insurrectioa , il suffit de rappeler que l'on n'avait voulu prendre aoenn engagement à leur égard , et leur mort fut une faible expiation des crimes dont ils s'étaient souillés. On assure , d'aillears, qu'an moment où Saverne allait être remis aux Lorrains, on inicr* cepta une lettre que Gerber écrivait aux chefs des bandes qoi tenaient encore la campagne en Alsace , pour leur annoncer qu'il était obligé de céder momentanément à la féree , nais qu'il ne renonçait pas à son projet, que bientôt il irait ks rejoindre, et qu'ils poursuivraient de concert l'œnTre entre* prise en commun (â).
Pour prouver combien sont peu fondées les aceosatioM dirigées contre les princes lorrains, nous rapporterons encore un trait que l'on rencontre dans Volcyr : « Le très prenx et
* magnanime conte de Guyse, remply de démenée et fiitié,
• saulua vnc ieune fillette de laage de trois ans , soobdain
(1) V. f« lij v«.
(2) V. Volcyr, f"* Ij V et lij r<».
• «près la fontle et groi ciïorl de la dcsconridire Taicle à Lou-
• peslain, et la mlst reposer en la manche Je sd rol>e loute Ib ■ Dtiyt, laquelle (tn matin comme afTaméc ilcnianda à manger.
,' Et nepouoilen ce monde mieiilx clieoir que entre tes msins
> dndit noble prince doulx et béguin : car il la feil songneu-
> sèment garder auecquos vne autre vng pclil plus grande,
> pour à son ioeulx retour en f^)Jre présent l'i très illustre cl
> noble Dame Anthoînetie de Bourbon , conteuse de Guyse,
• sa très loyalle et bonne espousc, pour les faire nourrir el
> endoetriner gracieusement (1). •
Il est temps maintenant de reprendre le fit de Dotre bisioire et d'achever le récit de la campagne deg Lorrains dans ta Basse-Alsace. Il n'aurait pas tenu, dn reste, à plusieurs des conseillers d'Antoine que cette campagne ne se bomAt i la prise de Soverne , et ils engagèrent vivement le prince i r»^ tourner dans ses états, en lai représentant que l'ennemi n'étfeit plus assez fort pour donner de l'inquiélnde, que les seigneur* et les villes d'Alsace en viendraient facilement h bout, et que le duc n'était pas assez riche pour solder pendant longtemps l'armée tout entière. Ces raisons te persuadèrent d'autant moins qu'au moment même où les soldats saccageaient Sarerne, un corps de six mille paysans se montra prés de la ville. Après avoir fait reconnaitre ce corps par un délachemeni de gendarmes allemands, on prescrivit aux lansquenets d'aller le repousser, mais ces derniers ne voulurent jamais sortir des maisons où ils se livraient au pillage (2).
Le 18 mai, l'armée lorraine quitta Saverne et vint loger à Marmoulier, où l'on réinstalla (raspard Ricgger et ses religieux. Antoine donna audience au lendvogt de Haguenau et aux d4^ pûtes de Strasbourg, qui le complimentèrent sur aa victoire, traversa ensuite Wasselonne et s'approcha de Molsheim. Les
(t] V. ibid.,l«it.
(8) V. il)id.,P'l»jr".
habitants de cette ville, qui redoutaient l'indiscipline des soldats d'Antoine , refusèrent de les recevoir , en alléguant que ceux-ci pillaient tous les bourgs et villages placés sur leur route; et le duc, mécontent de ce refus , déclara qu*il allait traiter Molsheim en villQ prise d'assaut, si elle ne lui remettait sur-le-champ une somme qu*il fixa. Les habitants payèrent, mais obtinrent que Tarmée camperait hors des murs. Elle ne vit pas d'ennemis le 48, ni le 19. Le 20, à la pointe du jour, elle se dirigea vers Saint-Hippolyte , qui appartenait au duc, comme on l'a dit plus haut, avec le dessein de rentrer en Lorraine par la vallée de Sainte-Harie-aux-Mines. L'avantgarde, commandée par Nicolas de Ludres, eut à peine dépassé le village de Stotzheim , qu'elle aperçut dans le lointain on nuage de poussière annonçant la marche d'une grande multitude. Comme les Rustauds étaient encore fort éloignés, Tavantgarde eut le temps de gagner Schcrweilcr, village sllué à peu de distance de Scheicstadt. Elle apprit alors que les paysans se trouvaient tout près de là et se disposaient à fermer le passage à l'armée lorraine. A cet effet , ils se rangèreni en bataille en arrière de Scherweiler, ayant leur front couvert par une ligne de chariots , qui devaient opposer un obstacle infranchissable aux charges de la cavalerie, tandis que lea ailes étaient protégées par des vignobles d'un accès diSdlato Les chefs des Rustauds s'emparèrent aussitôt du village, daM lequel ils placèrent un détachement nombreux, ce qui forfaii les Lorrains d'emporter d'abord cette position, ou de s'expoaer au feu du détachement , s'ils tentaient de défiler i droite ou à gauche pour assaillir le centre et les deux ailes. CnfiHv dix ou douze fauconneaux et environ cent trente arquebuses à crochet complétaient ces moyens de défense cl Tendaient fort dangereuse une attaque de vive force. Nicolas de Ludres n'avait pas assez de monde pour disputer aux paysans la possession de Scherweiler ; en conséquence , il occupa an bon poste un peu au nord du village, envoya dcf cavaliers
prévËDir le dac de ce qui arrivait , et lit une rcconnaissnDci: géDërsIe de l'anoée ennemie cl du Icrrain sur lequel on oilail combaltre. On n'est pas d'accord sur le nomlire des RuslaUds; Volcyr prétend qu'ils étaient vingt-quatre mille (t), et les moindres estimations leur donnent euviron seize mille hommes (â).
Antoine se Iroufait encore à une cerlninc distance de Scherweiier, lorsqu'il reçut le message de Nicolas de Ludres, et il accéléra sa marche pour le rejoindre. Il n'avait avec lui que I& cavalerie et environ trois mille hommes d'infanterie. La chaleur avait été accablante pendant toute la journée; la distance entre Molshcim et Scherweiicr est d'environ huit lieues, et beaucoup de piétons , notamment des lansquenets, chargés d'armes pesantes , étaient restés en arriére. Comme les chefs de l'armée commençaient à croire qu'ils Taisaient simplement une promenailc militaire, ils avaient laissé quantité de soldats s'écarter de lu colonne, et il en résulta qu'en abordant l'ennemi, l'armée lorraine lui était numériquement bien inférieure.
Il était six heures du soir quaad le duc arriva prés ds Scherweiler, et il réunit sans retard un. conseil de guerre pour délibérer sur le parti qu'il fallait prendre (3). Le comte de Guise fut d'avis de remettre l'action au lendemain ; il fit observer que la nuit viendrait avant que l'armée fût rangea en bataille et qu'elle eût parcouru la distance qui la sépanijl de Seberweiler ; il ajouta que la cavalerie était harassée par une longue marche sous un soleil brûlant; que plus de la moitié des fantassins manquait à l'appel; que l'on conoais» sait d'une manière très-imparfaite le terrain sur lequel se déployait la ligne ennemie, et qu'il était indispensable de l'examiner de nouveau. Cet avis fut goàté parla plupart des chefs, et il allait prévaloir ; mais un capitaine allemand i dont
(1)V. ibid-.MxtXïr".
(3) V.Trausdi, ibid., P> 99; Spockle, 1. ir, f> S12 ; IloTMg, IJT. Il, p. I6B.
(3) MJm. deThierrialcil&fMrOwTner, îbid.;p. lOO-IOS.
l'histoire n*a malheureusement pas conservé le nom» représenta que, malgré Theure avancée, on poavait livrer et gagner la bataille avant que Tobscurité fût complète; qu*une nuit passée en plein air, et au milieu d'alarmes continuelles, ne servirait qu'à accroître la fatigue des hommes el des chevaux ; que les piétons attardés paraîtraient bientôt, et enfln qu'en attendant au lendemain, on donnerait aux Rostauds le temps d'appeler à eux les bandes qui ne les avalent pas encore rejoints.
Tout le monde applaudit à ce discours, et le duc ordonna de faire les dispositions nécessaires pour le combat. On distribua du pain aux soldats , et on défonça plusieurs tonneaux de vin , afln que chacun se désaltérât a aon aise. Le sire de Ludres, frère cadet de Nicolas , fut chargé d'attaquer, avec les volontaires lorrains et une bande italienne, le village de Scherweiler, qu'il importait d'enlever avant de marcher contre le gros des ennemis. On s'approcha des maisons à la faveur de haies épaisses que les Rustauds n'avaient pas eu le soin de brûler, et au cri de Vive Dieu el Lorraine ! Le village fut emporté en un instant, et les deux mille paysau qui le défendaient cherchèrent leur salut dans la fuite. Le comte de Guise, qui s'était avancé , avec quelques Iroopeit pour faire craindre aux Rustauds d'être mis entre den iea« éprouva une telle admiration, à la vue de l'action hardie éê sire de Ludres , qu'il sauta à bas de son cheval , eowitt embrasser le jeune homme et lui dit : « Monsieur de LodMit
• vous fais chevalier , et vous tiens pour tel ; recevës » colade ». « Ce faict doit estre de remarque , cosli
• Thierriat, d'autant que ledict de Ludres Testoit bien (ebe-
> valier) de naissance ; mais ne crut pouvoir mieu faire » que recevoir telle marque d'honneur en champ de
> taille (1). >
(1) V. les fragaMiitt des Mëmoireft, régne d'Antoiot.
Le terrain «ne foû libre , les diflUrenU corps de l'armée vinrent prendre les postes qui lenr élatenl assignés. Celte manoBUvre s'opëra soui le Tes de l'arlillene ennemie, mais celte artillerie ne Gt presqne aacon ratage dans les rangs lorrains, i cause de l'tgnoranee des canonniers , qui aTsIenl placé leurs fauconneaux sur des cheTalets icllement élevés que les projectiles passaient au dessus des piques. L'aile droite était guidée par le comte de Gai», qui avait pour lieutenants son Trére le comte de Vandémont, Jean VIU comte de Salin et le bailli d'Allemagne; elle se composait d'un corps d'infonterie, des Albanais et de la cavalerie légère. Au centre, conduit par le duc en personne, se trouvaient un antre corps d'inranterie et la gendarmerie lorraine et française ; enfin, Talle gauche était formée d'une compagnie d'ordonnance, commandée par le capitaine dn Fny, cl de quelques détachements de fantassins et de cavaliers sous les ordres dn sire de Ladres.
Un instant afant que l'on donnât le signal de la bataille, beaocoup de gentilshommes vonlurent se hire armer cfaeTtliers par le duc de Lorraine, bien que plosienra d'enlr^en eussent reçu cet honnear dans d'antres circonstances.
Les lansquenets commencèrent l'altaqve. Comme le terrahi snr lequel s'engageait la lutte était asses inégal, et que lei assaillants ne pouvaient conserver leurs rangs , ils eurent d'abord du désavanlage , el on fut obligé de lenr envoyer dèt renforts ; ce qui permit aux lansquenets de reprendre l'ofliBiisive et de contraindre les Rustauds à chercher an abri déniera la ligne des chariots ; néanmoins, ce ne fut pas sans diffleoM que l'on parvint à les faire reculer. Volcyr , qui assistait à la bataille el voulut considérer de près la mêlée, avoue qu'il rétrograda précipitamment. ■ El comme le colleclear (c'est de > lui-même qu'il parle) se fust par trois fois ingéré d'entrer en
• ladicte plaine où le conflicl se faisoit poar mieux veoir l'af-
• faire et congnoistre la sitoatioa dydict lieu, forée ailoil qi^il
» se re(irast avec les autres plus de cent pas, si fort estoient » les Lorrains repoulsez des luthériens, par les charges » nouuelles qu*ilz faisoient sur eulx (i). » En ce moment, le sire de Ludres fit établir sur un mamelon une batterie , qui démonta la plupart des fauconneaux ennemis et jeta quelque désordre parmi les Rustauds. Un condottiere italien, nommé Dagobbio, profita de leur hésitation, s'approcha des chariots, avec sa troupe, et réussit à en soulever et à en écarter plusieurs. La gendarmerie passa par cette espèce de brèche, chargea les paysans avec impétuosité et renversa toat ce qui se rencontra devant elle. Le comte de Vaudémont la suivit avec Finfanterie qu'il commandait ; maid cette infanterie fut elle-même attaquée par une telle multitude d'ennemis» qu'elle ne put soutenir leur choc. Le comte perdit son casque et un de ses gantelets , et sa vie était en grand danger, lorsque Jean de la Marche, sire de Saulcy, accoarot avec cinq cents hommes et le dégagea. Les troupes lorraines qui n'avaient pas encore donné parurent alors à peo de distance, et les Rustauds, voyant que la bataille était perdue, tâchèrent de gagner les bois, à la faveur de la nuit qai commençait à tomber. Cette retraite précipitée leur coûta plus de monde que l'action elle-même. La cavalerie légère el les Albanais s'élancèrent à leur poursuite et en tuèrent quaotité. On évalua le nombre des morts à douze mille. Nous dons cette estimation comme entachée d'erreur; on ne nier toutefois que l'effusion du sang n'ait été considérable, et Dom Calmet assure que, de son temps, on montrai! eneore aux environs de Scherweiler des amas d'ossements entassés dans des chapelles construites çà et là, au milieu de la campagne (2).
L'armée lorraine passa la nuit sur le champ de balaiUe ;
(i)V. ibid.,f^xcjro.
(2) V. Hbl. de LoiT., t. Il, col. 1 174.
mais l'intanlcric seule pul prendre quelque repos. On nvnii annoncé, dans la soirée, que des bandes de paysans s'avunçaient pour rallier le rassemblement qui venait d'élre vaincu, el, comme on craignait une attaque nocturne, Antoine resta à cheval avec la gendarmerie jusqu'à la pointe du jour. Ces appréhensions n'étalent pas fondées ; les Rustauds, épouvantés de leur déraile, avaient jeté leurs armes ; les éclaireurs, que l'on avait envoyés de toutes parts, rapportèrent que l'on ne voyait plus d'ennemi?, et le duc ordonna à ses troupes de se mettre en marche pour rentrer en Lorraine, malgré les remontrances du margrave de Bade, selon lequel Antoine devait camper pcodanl trois jours sur le lieu du combat, pour recevoir les dépulations et les présents que les villes et les seigneurs d'Alsace lui enverraient dans le but de lui témoigner leur reconnaissance. Le prince, qui attendait, sans doute, peu de chose de leur gratitude, persista dans sa résolution. Il n'ignorait pas, d'ailleurs, que les actes de pillage commis par des soldats iDdisciplinés avaient vivement irrité les Alsaciens, qui ne pouvaient sans colère voir à la suite de l'armée lorraine un grand nombre de voitures chargées de butin. Quelques auteurs ont même avancé, mais sans en donner aucune preuve et contrairement i la vérité , que les nobles el les communautés d'Alsace prenaient les armes de tous côtés pour repousser les Lorrains au delà des montagnes, et que la retraite de ces derniers ne fut pas entièrement volontaire. Les seules causes du retour un peu précipité d'Antoine furent le désir de licencier une armée désormais inutile el d'un entretien trés-onéieux , et l'envie que le comte àé Gnise éprouvait d'aller an ptustôt reprendre sur la frontière de la Champagne le poste qui lui était confié.
Après avoir envoyé un délacbement occuper la petite ville de Saint-Ilippolytc ,' dont le curé avait, comme nous Tavons dit, séduit une partie de ses paroissiens, le duc s'engagea dans le val de Viller ; il espérait arriver de bwiRe heure
dans ce bourg, où Tarméc devait entendre la messe ; mais les paysans avaient fait des abatis tellement considérables, pour obstruer la route et empêcher les Rustauds de pénétrer dans les Vosges , que Ton fut obligé de travailler une partie de la journée pour rendre le chemin praticable. Le lendemain 23, Farmée rencontra dans les bois de Sales de nouveaux abatis, qui la forcèrent à faire une longue halte. Quatre ou cinq cents paysans des environs de Saint-Dié, que Ton avait mis en réquisition, parurent enfin, scièrent et détournèrent les arbres qui formaient Tobstacle, et Tarmée parvint a gagner Moyen-Moutier, puis Raon-PEtape , où elle passa la nuit. Le 23 , on célébra , dans celte ville , les funérailles de plusieurs gentilshommes qui avaient péri à Lupstein, à Saveroe et A Scherweiler, et on leur donna une sépulture honorable dans Féglise des cordeliers de Raon. Le 24, le duc, ses frérçsel les principaux seigneurs qui les accompagnaient rentrèrent dans la ville de Nancy , où ils furent accueillis comme en triomphe (i).
Le 25, Antoine et Renée de Bourbon se rendirent en pèlerinage dans l'église de Saint-Nicolas-de-Port, et le dac y fonda une messe quotidienne , que Ton annonçait par coups de cloche , pour rappeler qu'il était resté heures à cheval le jour où il avait vaincu les Rosiaiids k Scherweiler. Les différents corps de Tarmée ne tardérenl pas à arriver dans ce bourg ; les contingents fournis par les prévôtés furent licenciés, les troupes françaises retouroéreDi ea Champagne, et les lansquenets furent congédiés, après avoir reçu une double paie (2).
Le duc avait chargé Jean d'Helmstadl , capitaine de Houh bourg, et Jacob Bermeringer, prévôt de Château-Salins, de faire une enquête pour découvrir et punir les individus qui
(i) V. Volcyr, ibid., f» xcvj i».
(2) V. ibid., f«« xcvj \« d xcvij
xcvij r«.
avaient entraîné dans h révolte le» paysana da brilMage dlkl^ lemagne ; mais le nombre des coupables se trouva si grand, que Ton fat obligé d*abandontier les poursuitdSv Beaoeonp d'entr'eux avaient, du reste^ ainsi qae cela résalte def Ven^ quête, péri à Saveme ou dans les environs ; d'autres, cratgnaht un juste châtiment, s* étaient décidés à ne pas retoamer dans leurs maisons; ceux qui étaient revenos affirmaient qu'ils n'avaient suivi les rebelles que de forée ou par curiosité, et les plus compromis avouaient seulement qu'ils avaient aidé è boire le vin des monastères pillés par les Rustauds (f ).
On prescrivit des prières publiques pour remercier Dteu d'avoir épargné à la Lorraine cette nouvelle invasion de Bar^ bares. Antoine donna une tapisserie magnifique à là cathédrale de Toul , pour accomplir le voeu qull avait fait pendant la bataille qui termina la guerre, et it écrivit au pape Clé>ment VU et aux princes chrétiens, afin de leur annoncer sa victoire. Le souverain-pontife lui adressa un bref pour le féliciter et accorda un jubilé ou pardon général à tous les Lorrains (S). On remit à Antoine d'innombrables lettres de félicitation , et Chevrier prétend même que le poète Clément Marot, qui manifestait déjà à cette époque son esprit d'irréligion, voulut aussi complimenter le duc de Lorraine (3). Aux lettres succédèrent les présents; les villes, les abbayes, les chapitres offrirent au prince de l'argent ou des objets de prix ; les chanoines de Toul , entr'autres , lui firent porter six
(i) V., au Très, des ch., le regisU*e iotitulé : a Pappierdes noms et surnoms, du ftiit et gouuernement de reotreprinse des paysans Lutthéritfds des bonnes villes et villaiges du bailliaige dalleroaigne. Par ordonnance de Dostre souverain seigneur monseigneur le duc de Calabre, de Lorraine et de Bar. Visites rédigés et examinés {sic) en toute diligence par Jean de Helmestat, Cappitaine de Hombourg, et'Ja'ob Bermeringer, préuostde Qiastelsallin, depputés et ordonnés pour ce faire. Fait en Tan mil cinq cens et vingt cinq, n
(2)V. Benoît, ibid., p. 617.
(3) V. Hbt. de Lorr., t. !V, p. t08.
grandes tasses de vermeil par rarchidiacre Jean de Luester , aamônier de la duchesse Philippe de Gueidres (1).
Ces témoignages de contentement prouvent avec quelle appréhension on avait vu se former Forage qui avait iailli ravager la Lorraine, et quelle joie on éprouva quand on fut à Tabri du danger. Mais si le péril le plus imminent se trouvait écarté, on n*en avait malheureusement pas Gni avec Thérésie. Repoussée quand elle avait voulu s'établir par la violence, elle allait, sans doute, tenter de s'introduire en Lorraine par d'autres voies , et les prédications secrètes de quelques ecclésiastiques et de certains moines , favorablement disposés pour les nouvelles doctrines , semblaient désormais beaucoup plus à craindre qu'une invasion. Pour effrayer ceux qui auraient formé le projet de propager le luthéranisme, et afin de prouver que l'ordonnance du 2G décembre 4523 n'était pas destinée à rester une lettre-morte , Antoine prescrivit de punir sévèrement plusieurs novateurs. Le 44 juin , on décapita, comme on l'a vu, un individu qui avait essayé de tromper le Duc sur les projets des Rustauds ; le 20 du même mois, « fut desgradé uag » josne religieux, tenant l'hérésie de Luther ; mais pour ce qu'il • vint à vraye cognoissance et qu'il se repentoit très-fort» il ne » fut pas bruslé, ains mis d'une part qu'on ne sceut qu'il de- » vint » ; le lendemain, on fit monter sur le bûcher le curé de Saint-Ilippolyte. Woifgang Schouch, non content d'adresser au prince une apologie du luthéranisme, s'était rendu à Nancy pour exposer de vive voix les motifs de son changement de religioo, et avait opiniâtrement résisté aux efforts du P. BonaventureRennel , qui avait voulu l'engager à reconnaître ses erreurs (2).
(1) V. Beuoit, ibid., p. 617 et 618. Les EUls-Génénux réuoit à Nmcj. au mois de janvier 1î{27, volèrent un aide destiné à couvrir les fraîi àm U guerre qui n'avaient pas eneore été intégralement aequitlét. V. Layctis FAaU-Généraux^ II, n<>* 2 et 33 N.
(2) V. le compte du receveur-général pour lS2i-1528; CdaMt, K- Mioth. Ion., supplém., col. 90, et Les chroniques de Meti, p. 88i.
On prit ea même temps des mesures plus ou moins cQicaces contre les abuïqui servaient urdinaircmcnt de texte aux déclamalioos des prélcntlus rérormuteurs. Hector d'Ailly, évéque de Toul, sactinnl que les statuts synodaux qu'il avait promulgués, à l'exemple de llugues des Uazarits, rcncoii- (raient de l'opposition dans une partie du clergé, demanda au souverain- pontife de les coiiGrmcr et les fit ensuite observer avec rigueur (1). L'évêclié de Verdao, qui avait souffert, pendant les premières années duWl* siècle, parlameuvaiM adminislratiou de WarrydeDommartin, se rétablit sons les troH premiers successeurs de cet évèque ; car ils appartenaient à la maison de Lorraine et possédaient, par conséquent,' l'autorité nécessaire pour faire respecter leurs décisions. Le concordat germanique fut établi dans le diocèse de Verdun par plusieurs bulles du pape Léon X (2), et Paul III l'inlrodutsit dans la cathédrale de Toul, sous l'épiscopat de Toussaint d'Hocédy (5).
Malgré les précautions que prirent les évéques et le duc de Lorraine pour élever devant l'hérésie une barrière infranchissable, le luthéranisme se glissa dans quelques lieux, et l'ordonnance de 1523 parut bientôt ne plus suffire. Les Etats- Généraux, réunis à Nancy en 1b59, remontrèrent au prince la nécessité de revenir sur ce sujet, et le 13 octobre parut un édil qui défendait ■ que d'buy en avant, nul, de quel estât et » condition il fusl, ne llnsl en publicq ou privé aucun propos
■ de ceulx que Martin Luther, ses séquaces et adhérens ont
> escrits et publiez, et c« à peine de la mort par le feu
■ et de la confiscation des biens, ou aultre punition comme il
> seroil advisé ■■ Les articles suivants interdisaient à chacun d'acheter ou posséder des livres hérétiques, cl aux hôteliers
■ de tenir propos, paroles ou devis des articles de nostre
(1) V. Benoit, ibl<l.,|i. 619.
(2} Dem de ces bulles sont imprimées dtna Catmel, Hial., I. III, preuv., u>l. ccclxviij'CcdxxT. V. eepBDiUnI uotre lome III, p. SOS. (3) V. la bulis de Paul 111, dtns CaloMi, ibid., col. «eecI^j•ccceIvi.
> saiacte foy, soil avec estrangera ou gens da pays losgez » chez eaix, à peine d'amende arbitraire •. Ils detaient de plus prévenir la justice quand ils entendaient, dans- leurs auberges» des conversations qui avaient trait aux matières religieuses. Un article prohibait tout colloque sur les articles de foi, à moins que ces colloques n'eussent d'avance été autorisés par l'évèque, et ils ne pouvaient avoir lieu hors de la présence des officiers chargés de la police. Le duc re» commandait aux évèques de Metx, Toul et Verdun d'exercer la surveillance la plus exacte sur les prédicateurs ; aux baillia et prévôts d'appliquer avec fermeté les dispositions tant de l'ordonnance de 1523 que du nouvel édit; et aux simples particuliers de dénoncer les personnes qui prêchaient le luthéranisme. EnGn, il était défendu de répéter, même sans mauvaise intention, les discours hétérodoxes que l'on avait ouïs, et de vendre ou d'acheter des traductions françaises de la Bible ou de quelques-uns des livres qui la composent (1).
La principale cause des appréhensions que l'on éprouvai en Lorraine était la situation des esprits dans la cité de Mets. Le luthéranisme , un moment comprimé , ne tarda pas à reparaître dans cette ville. Pierre Tossany , chanoine de la cathédrale, revint de Bàle avec Guillaume Farel, espèce de prédicant nomade qui portait partout avec lui le trouble el la discorde. Tossany fit des démarches pour que l'on accordai à Farel la permission d*ouvrir un prêche ; mais sa demande fut mal accueillie , et tous deux furent obligés de partir précipitamment. Peu de temps après , un cardeur de laine nomaié Jean le Clerc, natif de Meaux et chassé de sa patrie pour avoir affiché à la porte de la cathédrale des placards séditieux, se fixa à Metz et séduisit plusieurs bourgeois, entr'autrei un imprimeur appelé Jacques. Sans se laisser intimider par
(1) Cette ordonoanoc etl ioipniDée dans Rogéville, ibid., t. I, p. Î)6S.
le sort de Jean Rougiers, curé de Saint-LiTîeri et do eoré de Seiot-Gorgon , qui venaient d'être emprisonnés pour cause d'hérésie, Le Clerc > Jacques et Pierron Guérard, clerc du palais et receveur de Sainte-Glossinde » se rendirent dans le cimetière Saint-Louis , où ils mutilèrent des images et proférèrent les propos les plus outrageants contre la religion catho* lique. On mit aussitôt ces trois individus en prison ; Le Clerc fut exécuté, Jacques eut les oreilles coupées et fut bAnni, Guérard parvint à s'enfuir. Les magistrats défendirent , sous des peines sévères, de répandre les doctrines protestantes et d'introduire dans la ville les écrits des novateurs; néanmoins, les sectaires ne se découragèrent pas et, soutenus secrètement par quelques-uns des patriciens, continuèrent à faire des prosélytes. En i558, trois anabaptistes trouvèrent même le moyen d'entrer à Metz et d'y gagner différentes personnes ; en i54i , deux dominicains apostats osèrent annoncer ouvertement les erreurs de Luther, et ceux des Messins qui avaient adopté le symbole du moine de Wittemberg, ayant appris que la diète de Ratisbonne avait promulgué une décision favorable aux luthériens , prièrent les magistrats d'autoriser le libre exercice de la nouvelle religion. La puissance de Gaspard de Heu, qui partageait leurs sentiments et fut élevé, l'année suivante, à la dignité de mattre-échevin, aqimait leurs espérances. Toutefois , se sentant trop faibles pour s'emparer eux-mêmes du gouvernement, irs demandèrent à plusieurs petits princes allemands de les aider à se rendre maîtres de la ville. Bientôt, une bande d'aventurjers, commandée par le comte Guillaume de Furstemberg, s'établit dans les environs de Metz, qu'elle menaça d'un blocus. Guillaume entra dans la cité avec une escorte peu nombreuse, afin d'obtenir par la ruse ce qu'il désespérait d'arracher par la force ; mais les catholiques, irrités de son audace, le mirent dehors et maltraitèrent ses compagnons. Le comte se logea alors dans l'abbaye de Gorze , s'y fortifia et de là écrivît aux ma-
gistrals messins une lettre menaçante. Ils eurent la faiblesse de céder; quelques malheureux furent emprisonnés, no autre fut exécuté, el les protestants, fiers de ce triomphe, mandèrent Farel, qui ne tarda pas à arriver et à montrer les prétentions les plus exorbitantes. Il prêcha publiquement dans le cimetière des Dominicains , et deux de ces religieux qui voulurent l'en empêcher coururent risque de la vie. Les Treize lui ayant fait signifier de cesser des prédications qui répandaient le trouble, il ne tint pas compte de cette injonction et voulut même continuer ses discours dans Tégiiie de Saint-Pierre-aux-Images ; on y mit obstacle, et Farel, secouant la poussière de ses souliers contre une ville aussi ingrate , se retira dans le village de Hontigny. On bannit en même temps les bourgeois qui, par leurs propos ou leurs actions, avaient causé les désordres dont nous venons de parler.
Le comte de Furstemberg occupait toujours Tabbaye de Gorze, et de là écrivait aux magistrats messins des lettres dictées par la colère. Farel le rejoignit dans les derniers jours de Tannée 1542, et sa présence fut le signal de nouveau désordres. Le i5 mars i543, il y eut une conférence entre le comte et les magistrats , conférence à la suite de laquelle ces derniers furent destitués et remplacés par des hommes plis ou moins favorables aux luthériens. On s'empressa d'aeeorder à ceux-ci la permission d'exercer librement leor calte; Watrin du Bois, ancien religieux et un de leurs ministres, s'installa dans une église qui leur fut abandonnée , el ib eurent même le crédit de faire décider que les curés seraieDi contraints d'annoncer au pi'ône l'heure du prèehe (I). Le comte de Furstemberg avait aussi résolu d'introduire lliérésie
(1) V. , tu sujet de tous ces éTèoenients, LetchrookiMi àm MeH, p. et suiv. ; Histoire de la naissance, du progrès et de la déoMlenee de lliérésie dans la ville de Meti et dans le pays messin, par Meuriste, édit., p. 16-79.
dans I evéché de Verdno. Nicolas Pseaulme, quP devait moo* ter plus tard sur le siège épiscopal de cette fille, était alors abbé de Saint-Paul. Il fortifia soigneusement le cfaâ~ teau de Woinville , situé entre Gorze et Sainl-Mihiel et qui * dépendait de son monastère, et y mit une bonne garnison, afin d'empêcher les soldats de Guillaume de faire des courtes dans cette partie du diocèse. La précaution n'était pas inutile, car, dès les premiers jours de mars 4545, le comte déclara la guerre aux Verdunois, pour les punir d'avoir engagé les bourgeois de Metz à ne pas céder et de leur avoir même expédié des secours. Il attaqua le cbâteau de Woinville, et, mal-^ gré le courage de ses défenseurs , il s'en empara , le pilla , le brûla, fit prisonniers plusieurs prêtres et quantité de laïcs, ei ne les relâcha qu'après avoir obtenu d'énormes rançons^ Il prit ensuite le château de Beauzey, propriété du chapitre de Verdun, et répandit une si grande terreur dans la ville, que Pseaulme et ses religieux quittèrent leur abbaye, qui s*élevait hors des murs et n'était pas à l'abri d'un coup dé main. Pendant ce temps, le cardinal de Lorraine et l'abbé de Saint-Paul ne cessaient de presser la cour de France d'envoyer des troupes pour expulser de Gorze le comte de Furstemberg, si elle ne voulait voir l'hérésie s'établir en maltresse sur les fronlières de la Champagne. Le comte, qui n'ignorait pas, les négociations du cardinal , comptait se saisir des passages de la Meuse, afin d'empêcher les Français de traverser le fleuve ; mais la résistance qu'il rencontra dans l'attaque des châteaux de Woinville et de Beauzey l'empêcha d'exécuter son projet (i). Le duc de Guise s'avança avec tant de secret et de diligence, que les hérétiques n'eurent pas la moindre connais-i sancc de sa marche, et il entra à l'improvisle dans le bourg de Gorze, le 25 mars, jour de Pâques. A la vue de ses soldats, les compagnons du comte de Furstemberg, qui étaient à table,
(1) V. Roussel, Hist. de Verdun, p. iS% et 433.
— refirent mine de défendre le château; toutefois, ils capitoléreat presque immédiatement. Farel monta sor une charrette remplie de lépreux y après s*èlre enfariné le ?isage et s*ètre muni de 'cliquettes, et réussit à s'échapper. La prise de Gorze eut lieu, du reste, sans effusion de sang, et Ton ne cita d*aulres victimes qu'une bourgeoise de Metz qui se noya dans la Moselle avec sa servante, en cherchant à s'enfuir, et un drapier nommé Adam. Ce dernier fut tué dans une espèce de rixe par des soldats qui avaient tenté de lui enlever son escarcelle (I). Les protestants firent néanmoins grand bruit de cette aflUre, et, pour se donner à peu de frais les honneurs du martyre, affectèrent de parler du massacre de Gorze. Les Slrasbourgeois écrivirent une lettre au duc de Lorraine pour se plaindre de la manière dont on avait chassé leurs coreligionnaires, et le prince, tenant à conserver de bonnes relations avec des voisins aussi puissants, leur répondit, le 5 avril, et affirma qu'il était demeuré complètement étranger à ce qui s'était passé à Gorze le 25 mars (â). Il s'entremit, probablement, auprès de son frère pour que Ton traitât les prisonniers avee bonté, et on relâcha, sans rançons, les Messins que l'on avait arrêtés dans le bourg, et parmi lesquels se trouvaient beaucoup de patriciennes, qui avaient fait le voyage pour entendre Guillaume Farel.
Ces événements s'accomplirent pendant les demièret aînées du règne d'Antoine. Nous ne les avons rapportés ici que pour ne pas interrompre le récit des efforts que les Luthé* riens firent, pendant la première moitié du XVI* siècle, pour établir leur culte en Lorraine, et il nous faut maintenant remonter à l'année 1 526. Le roi de France venait d'obtenir sa liberté, en signant un traité dont il refusa ensuite d'exécuter
(1) V. MeansM, ibid., p. 79-82.
(2) Une copie de ceUe lettre se trouvait du» b eoliaelioD de M. It comte Eminery (de Meti) ; elle est roentioDoée dans le calalogoe dt m manuscrits lorrains et meswis, d* 132.
les clauses, et la guerre recûmmettçail sur les frootiéres du royaume. Ou invita le duc à se déclarer pour François P% «i à prendre part à la ligue qui s^était formée dans le but d'à-* baisser la maison d'Autriche. Hais il annonça qu'il vsouUôl garder la neutralité la plus parfaite, et, sachant que des iitNir pes françaises s'avançaient pour occuper le chàAeau de Void, qui appartenait au chapitre de Toul, 11 pria les chaootAea de recevoir une garnison lorraine dans cette forteresse; L'évèqoe Hector d'Ailly joignit ses instances à celles du prince, et I9 chapitre ayant donné son consentement, le dac fit ealrer Phih'ppe de Mousson dans le château de Void el mit aussi une garnison à Liverdun , qui lui fut livré par le prélat (i). La ville de Metz prit également des précautions pour sa sâ«* reté ; non contente d'engager à son service quelques seigneurs et beaucoup d'aventuriers allemands, elle paya une peasioa au duc de Lorraine, qui promit de d^ndre les Hessias contre tous leurs ennemis. Ces mesures maintinrent la tran* quillité dans notre pays, tandis que la plus grande partie de l'Europe devenait le théâtre d'une guerre désastreuse.
C'est à cette époque qu'il faut rapporter un fait mentionné par Bournon (2). Ce compilateur assure que le comte de Guise, tourmenté par le désir de régner, demanda à son frère de lui céder , moyennant une forte pension , les duchés de Lorraine et de Bar , et lui conseilla de prendre le titre de roi de Naples et de Sicile, qui devait, disait Claude, être le partage de l'atné de sa maison. Il est inutile de réfuter cette historiette. En 1526, le comte de Guise était flxé en France depuis longtemps et ne songeait pas à s'approprier les domaines de son frère, qui avait des enfants. Ce qui ne laissaft pour ainsi dire à Claude aucune espérance de voir ses propres descendants gouverner un jour la Lorraine. D*un autre côté ,
(1)V. Benoît, ibid., p. 618.
(2) Cité par Chevrier, ibid., p. 113 et 113.
François P' , qui se regardait comme le légitime seigoear du royaume de Naples, n'aurait pas souffert que le duc en revendiquât la propriété 9 et les prétentions d'Antoine auraient indisposé également Tempereur Charles V^ possesseur des Deux-Siciles.
On a aussi rangé au nombre des fables la négociation que le duc de Lorraine aurait entamée auprès de ce monarque pour obtenir la liberté du pape Clément VU. Chevrier , qoi a puisé ce fait dans Bournon ou dans Thierriat , ne craint pas d'affirmer que le souverain-pontife dut sa délivrance non moins aux démarches d'Antoine, qu'à l'armée commandée par Lautrec, et il ajoute que Clément VU adressa un bref au doc afln de le remercier de ses bons offices (1).
La paix fut enfin rétablie en 1529 , et Antoine se rendit en France, en 1530, pour féliciter le roi relativement au retour de ses deux fils, que l'on avait livrés comme otages à l'empereur. Ce fut pendant le séjour que le duc fit alors à PartSy que Clément Marot lui présenta sa traduction du premier livre des Métamorphoses d'Ovide , à laquelle il joignit une ëpttre en vers (â).
Les marques de déférence que le duc de Lorraine aceordait à François V ne lui firent pas rompre ses relatimis avec Charles Y. En 1552, les Turcs firent des progrés alannanu dans le royaume de Hongrie , et l'empereur fit demander i la diète assemblée à Ratisbonne des subsides et des troupes. On leva en Lorraine , à cette occasion , un impôt particulier désigné sous le nom de landfrid et dont le produit devah être consacré à la guerre contre les Infidèles. Antoine envoya i Charles Y un contingent aussi considérable que ses ressources
(!) V. ibid.» p. 115. U P. Binoit (Hist. de Tool, p. 619) pwle égslerocnt des négocialions d'Âutoine en faveur de Gènienl VII , maîi i m dit pas sur quelle eutorité il s appuie.
(2) On peut voir ceUc pièce dans rédition des œuTres de Maroc «■ quatre volumes in-i", La Haye, 1731.
ie permettaient (i); il promit également de verser , tous leisi mois 9 une somme de quatre mille florins pour la paie de son contingent, et, comme il ne pouvait la faire parvenir régulièrement, il prit des arrangenïents à cet effet avec son « chier et bien amé Ulrich Clynguensmydt , marchant bour- > geois et résident en la cité d*Augsbourg • (2). On ignore pendant combien de temps le duc entretint des soldats en Hongrie , mais on a la preuve que le landfrid fut encore levé en1534eteni542(5).
Les dépenses que le duc fut obligé de faire, pour cette guerre et pour solder les troupes chargées de garder les
(1) V. , dans le Très, des ch. , le u Compte de !• recepte et despence faicte par Didier Bertrand , Trésorier-général de Monseignenr le Duc de Calabre, de Lorraine et de Bar, de Tayde de la résistance du Torck, faict par les moys d'aoust, septembre, octobre et novembre càtans en l'année mil dncq cens trente deux n.
La recette monta à sept mille sept cent quatre-vingt-dix francs deox deniers barrois. Le contingent d^Ântoine se composait d'une compagnie de cent hommes d'armes allemands conduits par le comte de Bitdie, d'une compagnie de cent quatre hommes d'armes formée de lorraîns, et d'une troisième compagnie forte de soixante-neuf hommes et commandée par le sire d'Âutrey . L'évéque de Toul , Hector d'Âilly , fournit aussi un contingent, pour Tentretien duquel le duc donna deux cent huit francs.
On trouve dans les archives de la famille de Widranges une lettre d'Anne reine des Romains, reconmiandant au duc de Lorraine Nicolas de Widranges , qui avait conduit , avec distinction , un corps de trois cents cavaliers dans la guerre contre les Turcs. Cette lettre est datée du 25 avril 15^.
(2) V. Layette Etats Généraux, li, n^ i. Charles V écrivit à Antoine une lettre , datée de Manlouc , le 24 novembre 1532 , pour le remercier d'avoir envoyé des secours en Hongrie. V., dans le cartulaire du Très, des ch., le regisirc Empire^ fo» cix v" et ex r®.
(3) V. Layette Etatt-Généraux du Duché de Bar, n^ 31. Ou voit dans les archives de la famille de Widranges l'original de la commission donnée, le 22 mai 1542, par le duc Antoine à Gérard de Pfaffenhofen , chevalier, seigneur de Thelod, et à Jean de Widranges, auditeur des comptes, pour lever le landfrid u sur les officiers, anoblis, franches gens et exempts, tt tant en villes que aux villaiges, marchands anoblis, et autres non conn traindables aux aydes générales , marchands tant banquiers, que venn deurs de draps de soye et de layné, etc.n
places fortes et les frontières de la Lorraine , tant qoe se prolongea la lutte entre François P' et Tempereur (i) » m Fempéchérent pas d'agrandir ses états. En 1527, le cardinal de Lorraine 9 évéque de Metz» donna à son frère rinfestitare des comtés de Sarrewerden et Bouquenom (Bockenheim) , qui étaient des Gefs de son évèché ; toutefois, le comte de Nassau* Sarrebriick ne voulut pas se dessaisir d*une partie de ces principautés, qu'il détenait comme époux de Catherine de Meurs , tante du comte Jean-Jacques dernier possesseur de Sarrewerden. Il en résulta un procès, qui dura plus d*0B siècle et ne fut terminé qu'en 1629, comme on le verra plus loin (2). En 11)45, Antoine acquit la ville de Chàtel-sar- Uosellc et la seigneurie de Bainville-aux-Miroirs, qui delà maison de Neufchàlel étaient passées è celle d'Isembourg; mais, pour obtenir la remise de ces deux places , il fut forcé d'abandonner au comte Valenlin la petite ville de Yaudrevange et le bourg de Beirain , lesquels, du reste, ne tardèrent pas à être de nouveau réunis à la Lorraine (3).
Ces acquisitions , au moins la première , entralnérest des dépenses considérables, et il fallut demander des sabsidei aux Etats-Généraux. Au mois de mai 1535, ils votèrent oi aide extraordinaire de trois francs par coudait, dool une portion devait être employée à mettre les places fh>Btière8 ci état de défense (4). La guerre allait recommencer entre Frauçois V et Charles Y et rendre nécessaires ces mesures de précaution. Le duc garda, comme précédemment, une
(1) Les Elats-Généraux accordèrent aa duc, vert la fin de décmiilir» 1531 , un aide de trois francs barrois par eoodoit, pour coarrir les dépenses que le prince avait faites dans le but de mainlenir la peii en Lor* raine ; v. Layette EtaU-Généraux, Fi^9 H DémmbrtmnU, n* 5.
(2) V. Benoit , Orig. de la maison de Lorr., p. 501 ; loppléB. è cri ouv., t. 11, p. 2i2.
(3) V. Calmet, Notice, t. I, col. 210. V. noCra 1 111, p. 399. (i) V. Layette EiaU-Généraux, Fiefi §i DémmbrmtmU, ■• 4.
neutralité (i), et se livra toat entier aux soins de l'administration. Les édita qu'il poMia de 4530 à iSM^ aoM aaaez nombreux, mais la plupart trop peu intéreannta peur être analysés danacet ouvrage ; nons devons seuleneni mentionner une ordonnance qu'il promulgtii, le iO octobre 1 SSS, pendant une session de la cour des Grands-Jours de Saint-Hihid. Elle conGrmait un édit de René O et y ajoutait quelques dispositions nouvelles. Elle prescrit c que les causes d'appel » se vuident «tfper eisdem actis, si foire se peut, sur lesquels » les parties soient contraintes à conclure, sinon qu'ils soient 9 vus avant que d'appoincter les parties en enqnestcs super-
> flues ; que les escriptures des avocats soient briefves, sans » redittes, et n'excèdent une addition ou deux, sans plus;. 9 que doresnavant ne soient examinez plus de dix tesmoings
> sur un mesme faict, et s'il y a plusieurs artides sur un » mesme foict, soient accolez, et sera comptée une tourbe pour » un tesmoing; que toutes sentences donnéez par les baillifo » ou leurs Iteutenans, en actions personnelles ou délicts qui
> n'excéderont cinquante francs et au dessous , seront exécu- » téez en principal et despens i nonobstant oppositions ou 9 appellations quelconques, sans préjudice d'icelles, en bail- 9 lant caution par la parlie de les rendre , s'il est dict en fin » de cause ». Ces dispositions avaient pour but d'abréger les procédures et de diminuer les frais; la disposition suivante devait prévenir les nullités et les fraudes dans les contrats.
« Est défendu, lit-on dans le texte, à tous notaires et ta-
> bellions de recevoir venditions, permutations, donations ou
> aultres contracts quelconques, si les parties contrahantes ne » sont présentes, ou que lesdicts notaires les cognoissent; » ne aussy fassent les rapports de la justice des lieux, ne aul-
(I) L*empereur la reconnut par lettres données, à Luxembourg, kii joillet iK36. On en trouve un vidi/nuê dans )a colleelioa de M.^ Justin Umoureux.
» très tierces personnes, sur peine de nollitë et d* amende ar- » bitraire ; mais est ordonné qae toutes personnes qui Yoa- 9 dront conlraher par escript, le fassent en leurs personnes, » ou par procuration spéciale pardevant lesdicls notaires (I). »
A cette époque, la tranquillité la plus parfaite régnait dans les duchés de Lorraine et de Bar; elle faillit cependant être troublée en 1555. Le chapitre de Toul entretenait une petite garnison dans le château de Vicherey, et celte garnison , qui était, sans doute, composée d*a?enturiers, fit des courses dans le comté de Yaudcmont et y commit des dégâts estimés sii mille francs barrois. Antoine se rendit à Vézelise, fit procéder à une enquête au sujet de celte affaire , invita les chanoines à payer immédiatement une indemnité, et, voyant qu*ils ne montraient pas beaucoup d'empressement à s'exécuter, il leur envoya un défi ou une déclaration de guerre, que Ton consenraii encore dans les archives du chapitre, vers le milieu du siècle dernier (2).
Non content d'entretenir la paix dans ses propres états, le duc désira encore la faire renaître chez ses puissants voisins. Les États-Généraux, réunis à Nancy, au mois de septembre 1 558, lui accordèrent un aide de trois francs par conduit poor le mettre à même de supporter les dépenses qu'avalent entraînées les négociations entreprises dans ce but (3). Les let* très de non-préjudice que le prince signa, dans cette eiroonttance, nous apprennent qu'il avait envoyé des ambassadcon au souverain-pontife, à Charles Y et au roi de France» pour tâcher de procurer un rapprochement ; et les mêmes lettres nous font connaître que le duc de Lorraine avait fait le voyage
(1) V. les article de cette ordonnance, dans RogMIe, îbid., 1. 1, 585 et 586.
(2) V. Calroet, ibid., t. Il, col. 839. Il eit inotOe d'ajouter qm PaAm s'arrangea.
(5) V. Layette £uUi-Généraur, // , n» 5 ; L. EJÊJê-GénérmuM, FiÊfè et Dénombrementi, n" 5.
de Nice, « pour ayder à traicier la tresve ». On mH que < le pape Paul III avait engagé I*empereur et François I*' A oofrir des conférences potir établir une paix durable. Les deux mo^ narques vinrent à Nice, mais ne voulurent pas se parler; leurs prétentions étaient inconciliableSy-et Ton ne put eondure un traité définitif, mais seulement une trêve de dix années. Antoine se donna beaucoup de mouvement pour obtenir' œ résultat, et les termes qu'il emploie dans les lettres de néopréjudice portent à croire que sa médiation ne fut pas sans utilité.
Il suivait alors avec ardeur une autre négocation relative au duché de Gueidres. Arnould, qui gouvernait ce pays vers le milieu du XV* siècle, avait un fils nommé Adolphe, dont la conduite fut tellement indigne que son père le déshérita et vendit ses états à Charles-le-Téméraire. Après la mort de ce dernier^ la Gueidres fut remise à Adolphe, qui pérH bientdt après et laissa deux enfants : Charles et Philippe, épouse de René II. Charles recueillit plus tard Théritage de son père,, mais se vit troublé dans la possession du duché par l'empereur Maximilien , époux de Marie de Bourgogne. Une transaction fut cependant conclue entre les deux princes , et Charles conserva la Gueidres , à condition qu'elle serait annexée aux Pays-Bas , s*il n'avait pas d'enfants légitimes (1). Il mourut, sans descendants, en 1558, et le duc de Lorraine, en qualité de neveu du défunt, se mit immédiatement sur les rangs pour lui succéder. Il ne regardait pas comme valable la transaction dont nous avons parlé ; les femmes pouvaient, d'ailleurs^ posséder la couronne de Gueidres ; il la réclama donc comme sa propriété (2). Ses prétentions ne furent pas admises par les Etats, qui s'étaient assemblés à Ruremonde et
(1) C'est du moins ce que rapportent certains historiens, mais b vie du duc Charles est racontée un peu différemment dans TArt d« vérifier tas dates.
(2) V., au Trésor des chartes, dans le volome du Cartnlatee intîUilé :
qui reconnarent comme souferain le duc de Oèfes, ptreol du dernier duc ; mais Tempereor ne fut pas plast6i hislrvil de ces événements qu'il Ot occuper le dudié par ses troupes et le réunit aux Pays-Bas.
Antoine comprit qu*il lui serait impossible de remporter sur un pareil compétiteur, et que Charles Y ne Toudraii probablement jamais renoncer à une acquisition qui lui conveiiiit si bien ; toutefois, il prit le titre de duc de Goeidres et de comte de Zutphen, et continua à négocier, moins, sans doolet dans Tespérance de réussir que pour obtenir un dédomaagemenl.
Les n^ociatioQs d* Antoine furent ralenties, pendant quelques mois, par un malheur qui vint le fhipper en 1539. La duchesse de Lorraine , qui était encore dans toute la force de FAge, fut attaquée d'une fièvre maligne et mourut le 6 nai, peu de jours après que le duc fut revenu de Nice. Antoioe fit inhumer son épouse dans Téglise des Cordeliers, où oa lu éleva un tombeau , dont il ne reste plus aujourd'hui vestige (1).
Sur la fin de la même année, Tempereur demanda à Fi çois P' raulorisation de traverser le royaume, pour aller soumettre les Gantois qui s'étaient révoltés. Le duc de Lorraine rejoignit Charles V et raccompagna dans ce voyaget € moins pour lui faire honneur, dit méchamment Chevrier, » que pour profiter de la contrainte dans laquelle il eroyail > que ce prince alloit être, et lui redemander «lors le duchi » de Gueidres » (2). Il ajoute que le duc, contenu par h frcilité du roi, qui agit noblement, n*osa fatiguer Tempereur de ses réclamations, mais il y a tout lieu de croire, au eoutrairuy que rafiaire de la succession de Gueidres Ait traitée do
GuetdrêM, VAeie emUênamt ia dewMndê de9 mmift 4ê MatTmim Bttati de Guêlàret de rtcomioUtre le Due uInIoIm jwiir iemr
(1) Thiemat cité par Qievrier, îbid., p. 117.
(S) V. ibfid.,p. 119 et 190.
?eaa ptr Antoioe, siaon avec Charles V kii-méflie, mu moîm arec les mioistres de ce prince. L'empereor, Wea décidé k ne jamais se dessaisir de la Gneidres , soumit aa d«e de Lorraine ane proposition qui foi acceptée avec empiesse^ ment (i). Cétait de marier Anne fille d'Antoine avec Rtaé de Giàlon^ priaee d*Orange, un des ÙLiom de diarles V el de faire épooser i François fils aine da due la princesse Christiaea fille de Christiem II, roi de Danemark» ei d'Elisabeth d'Autriche, sœmr de Tempereur. Les noces d*Anne el de René de Cbàlon furent célébrées, dans le château de Bar, an mois d'août 1540, et l^mpereor s'j fit représenter par le sieur de Montbardon, un de ses gentilshommes. La princesse reçut une dot de cent mille florins d'or et des pierreries pour vingt mille florins (â). Cbevrier remarque, à cette occasion, que la dot doit paraître bien considérable, si on la compare i celles que les ducs de Lorraine donnaient précédemment i leurs filles ; il ajoute qu'il aurait eu lui-même beaucoup de peine à admettre que le duc avait déboursé la somme en question, si Bar n'affirmait que « les siens l'ont nombrée ». Antoine n'avait, probablement, pas tant d'argent dans ses coffres ; mais les Etats-Généraux , dans leur session de novembre 4540, votèrent un aide extraordinaire de trois francs barrois par conduit, et cet impôt fournit la dot de la princesse (3).
Un des clauses du contrat de mariage fit naître un incident que nous devons rapporter ici, car il prouve que le duc ne regardait pas la loi sailque comme applicable dans notre patrie, et par conspuent ne pensait pas que le testament de René II eut obtenu l'approbation et la garantie des Etats-Généraux. La clause dont il s'agit réservait expressément à la princesse
(i) L'empereur avait déjà entretenu le duc de Lorraine de ces projets pendant les conférences de Nice.
(2) Mém. de Bar cités par Cbevrier, ibid., p. 121.
(3) V. Layette EuUi'Généraux, 11^ n« iO.
tous ses droits sur la Lorraine, et le duc de Guise se hAta de protester, mais, dans sa réclamation, il ne se préTalui que da testament de son père et garda le silence sur le vote des Etals. Le 19 août, Antoine sortait du château de Bar, pour aller «h tendre' la messe, lorsque son frère s*avança yers loi, avec Pierre Blandin et Jean Baudesson, notaires royaux au bailliage deVitry, et lui adressa la parole en ces termes : c Moo- » sieur, on m*a dict que par le tralcté de mariage que jom » faictes de Madamoiselle Anne ?ostre fille, vous la rappelléti
> vostre succession en deffault d*hoirs masies ; ce que foire m 9 pouvés pourceque audict cas vous sçavés que les libres da
> Royaume de Sicile , Arragon , duché d* Anjou et les dacba » de Lorraine et de Bar, comté de Provence et aullres lerres » ne peuvent se trouver ny escheoir à ladicte Anne oo ses » hoirs, mais bien à moy ou à mes hoirs masies; tout ainsy » que le testament du feu Roy nostrc père (que Dieu absolve!) » le porte et le contient, depuis confirmé, accordé et ralHBé 1 par vous , Monsieur, et moy. A ceste cause , vous dédare
> que je ne consens en rien audict traicté de mariage et pro- » teste qu'il ne me préjudicic à moy ny à mesdiels hoirs, 9 auxquels peut estre acquis ledict droict , le cas adveoeat » Monsieur, vous oyés ce que je vous dis ? » Antoine ayant répondu : « Ouy, je vous entends bien » , le duc de Guise « requit acte et instrument desdictes déclarations el proteilr
> lions >, et les deux notaires rédigèrent sur-le-champ procèsverbal de ce qui venait d'arriver (1).
Le mariage du prince François n'eut lieu que rannée suivante. Quoique toutes les conditions du contrat fussent arrêtéei dès 1540, Antoine fit demander solennellement le consentement de la princesse par le maréchal de Lorraine , Jean VIII comte de Salm ; par Claude de Beauvau ; par Nicolas Mengin,
(t) On Ut)uvo une copie de celle pièce dans le ctrUihire de la bM. publique de Nancy, p. 160 el i70.
président de la chambre dus comptes , el par René Boudot , maiire des re()uèle3 de Thôiel; • ceux d'espée pour Tiiire moD- ■ tre, dit Boumoo, et les autres à celles tins d'opérer > (1). Le contrai fut signé, il Uatisbonne, le 1"' mars (â); les no ces Turent célébrées, à Bruxelles, le 10 juillet, cl François, qui n'avait encore |)orlc d'autre qualificalion que celle de marquis de Pont'à- Mousson, prit, h ccUe occasion, le litre de duc de Bar. Il espérait que l'empereur lui céderait, comme il l'avuil laissé entendre, la Gueidres ou du moins une partie de celte principauté; mais le jeune duc comprit bientôt qu'il ne Tallait pas compter sur la générosité do Charles et quitta Bruxelles peu de jours après son mariage.
L'alliance que la maison de Lorraine venait de contracter avec la Tamille impériale déplut au roi de France, qui lil supporter au duc mille vexations au sujet de la mouvance d'une partie du Barrois, et trouva de complaisants ministres de sa vengeance dans les procureurs-généraux Nicolas Thibault et Noël Brulart (3j. On contesta d'abord à Antoine In souveraineté , puis la juridiction en .dernier ressaci dans le BarruiftmouTant ; on soutint ensuite que le duc était homme-lige de la France pour Neufchàteau , Commercy cl le bailliage de Clermont-en-Argonne, et on voulut le forcer à accepter une patente dans laquelle il avouait sa vassalité. Anloine ayant rerusé de recevoir celte pièce, on l'obligea, ainsi que son fils, de remettre au roi, le 22 avril 1541 , une déclaration par laquelle ils se reconnaissaient vassaux de la France pour la portion du Barrois qui est située à l'occident de la Meuse , s'engageaient, comme tels, à servir le roi envers et contre tous, et promettaient de laisser les troupes de ce prince traverser librement la Lorraine. Cet acte ne contenta pas encore
(1) Cité pu Ouvrier, ibid., p. 121 el 1S2.
(2) V. le contrat, daai CatiDet , Hbl., U (11, preuv., col. oeeluxTlj-
[3} Boumon cité par Ctievritr, ilnd., p. 1S3.
François P'» et, le 1 5 novembre saivant, oo contraignil le Ak et son fils i déclarer qn'ils ne jouissaient dans le Birroif* mouvant des droits de régale et de souverainelé que par use pure tolérance du roi , et que cette tolérance, limitée à la ? k d'Antoine et à celle de son fils , ne pourrait jamais ser? ir de base à une prescription quelconque au profil de leurs suceetseurs. De plus , et pour témoigner à François I*' leur reeoonaissance de ce qu*il voulait bien ne pas se montrer plai e^iigeant, ils lui cédaient à perpétuité les ville, terre, aaigneurie et prévôté de Stenay, petite forteresse qui couvrait» vers le nord -est, la frontière de la Champagne (i).
Le roi n'avait pas attendu la conclusion des deux mariagei pour manifester son ressentiment contre le duc de Lorraine. Les poursuites du procureur-général relativement i la aioavance du Barrois commencèrent presque aussitôi après let conférences de Nice^ pendant lesquelles les premières oaver* turcs concernant ces mariages avaient été fliites par l'eaape* reur, et François I*' cessa dès lors de ménager le due de Lorraine. Celui-ci avait eu, comme son père, l'impmdaMe d'accepter, peut-être même de solliciter le commandeaMH d'une compagnie de cent lances, ce qui le mettait bieo plv encore dans la dépendance du monarque ; aussi , dès le nois de septembre 1539, ce dernier fit-il parvenir k Animae, comme à un de ses prévôts, l'ordre d'arrêter et de loi Uvrcr un nommé Guillaume Arzant et ses complices , qui « » noient contre le roy et ses estats > (â).
On ne sait pas jusqu'où François I*' aurait poussé aoo gence , si la guerre n'avait pas éclaté de nouveau eoire tai et l'empereur. Charles V avait visité la ville de Meli ao aaois de janvier 4541 ; on lui avait fait une réoeplioa inagniSqva»
(I) L*acle du fâ •frO i5ii et celui du 15 oofflabrt tout dtos Calmet, ibid., coL cccxcj cccxdij.
(S) V. Layette Eiai$-Généraux, //, o«« 9 el 11.
malgré la riguear da froid , et c'est peot-ètre i celte cir^oih^ stance qu'il faut attribuer la brièveté de rallccolion que Jean Baudoche, doyen du chapitre, pronoviça lorsque Temperear se présenta dans la cathédrale. Le doyen se contenta de lui dire : « Vous soyés le bien-venu , Sire » ; et Charles ne put s'empêcher de murmurer à Foreille de son aumônier : « Voilà > bien peu d'entendement »• Il examina avec beaucoup de soin les fortifications et Tartilleriey et, comme il soupçonnait que tôt ou tard la France tournerait ses efforts contre cette grande cité , 11 recommanda aux bourgeois de se tenir sur leurs gardes et d'avoir paiement l'œil ouvert sur les apôtres de l'hérésie luthérienne (1).
Les hostilités entre la France et l'empereur recommencé* rent dans les premiers mois de l'année 1943 , et le duché de Luxembourg fut envahi par une armée française comiQandée nominalement par le duc d'Orléans , second fils du roi» et en réalité par le'duc de Guise. Antoine, effrayé de voir la gderre portée sur les frontières de ses états, redoubla de précautions afin de ne fournir à aucune des parties belligérantes un prétexte pour pénétrer en Lorraine. Il fit anssi quelques tentatives pour réconcilier le roi et son rival, mais elles ne furent pas cou-* ronnées de succès ; il obtint seulement que Ton respecterait sa neutralité, et Charles V signa, le 40 juillet 4542, des lettres par lesquelles il la reconnaissait d'une manière expresse (â).
Le duc profita de la faveur dont il jouissait auprès de ce prince pour régler définitivement les rapports de la Lorraine avec l'empire. On a remarqué , dans plusieurs passages de ce livre/que nos premiers ducs avaient pris beaucoup de part aux afiieiires de l'Allemagne, soit à cause de leurs alliances ou
(1) V. la chronique de Jean le Châtelain, dansCalmet, ibid., t. Il, preav., col. ckij.
(2) V. Recueil authentique des anciennes ordonnances de Lorraine , Iw part., p. i6.
de leur parealé avec quelques empereors , soit à raison de traités ou d'autres circonslaoces dont le détail ne peut troufcr place dans le présent chapitre ; mais bien qu'ils tient soafcnl assisté aux diêlcs, avant la réduction du nombre des élecleurii il est certain que les princes lorrains ne relevaient de Tempire que pour certains fiefs d*une nature particulière, comme Favoneriede Remiremont, la ville d*Yve^ le droit d'y battre monnaie, etc., (i). La Lorraine était cependant considérée comme faisant partie du corps germanique, et le Barrois*non-mouvuil était placé dans une position à peu près analogue, ainsi qie cela résulte de différents titres , et particulièrement de l'aeie que le duc Antoine et son fils signèrent le 22 avril 1541 , el dans lequel ils reconnurent les prétentions du roi de France, mais « sans préjudice des droicts du Sainct Empire >.
Claude des Pilliers , bailli d'Epinal ; Dominique Cbampe^ nois^ maitre des requêtes de l'hôtel; Nicolas de FEscui, cl Joachim Groninger, docteur en droit, furent* chargés par Antoine de négocier un traité qui ne laissât aucune incertitude sur les droits réciproques de l'empereur et du duc de Lor^ raine. Le roi des Romains Ferdinand P', frère de Charles V, écouta favorablement les plénipotentiaires ducaux , et , le M août 4542^ ce prince, agissant tant au nom de Charles qu*aa nom des électeurs, signa la convention de Nuremberg, qui assura l'indépendance de notre pays. Aux termes de eelle convention , les duchés de Lorraine et de Bar cessaient d*èlre regardés comme faisant partie intégrante du corps germanique; ce dernier les prenait sous sa protection, se chargeait de les défendre et les déclarait exempts de tous mandements, procédures et juridictions de l'empire, à charge pour les dnci de verser dans la caisse de la chambre impériale une laie
(I) V. notamment les reprUos faites en 1258 ptr le duc Fcrri lit, ci «■ U9!i par René II, dans Calmct, ibid , t. 11, preav. , col. ceechxxj H Gccclxxxij, et t. III, preuv., col. cccxiv.
égaie aux deux tiers de celle que payait un électeur. Charles V ratiûa^ le 28 juillet 1543, le traité de Nuremberg, qui Ait insinué ou enregistré à la chambre impériale de Spire le d9 aoûtl56i(i).
A partir de Tannée 1545, les ducs de Lorraine se considérèrent comme tout-à-fait indépendants. Ils s'attribuèrent le droit de sceller en or (2) et refusèrent de répondre aui demandes qui furent intentées contre eux devant la chambre impériale (3). Quant à la taxe qu'ils s'étaient soumis à payer, et que l'on appelait landfrid, parce qu'elle était levée pour Tenlrelien de la paix publique, ils l'acquittèrent chaque fois qu'ils en reçurent l'invitation, et nous possédons des pièces établissant que cette taxe fut soldée en 1548, 1558, 1560, 1567, 1568, 1569, 1594 et 1595. Elle variait suivant les circonstances, mais elle était souvent très-lourde, ei nous voyons qu*en 1594 elle s'éleva à cinquante-six mille cent trente francs huit sous un denier barrois (4).
Pendant que le duc de Lorraine prenait ainsi les mesures qu'il jugeait les plus favorables à la splendeur et à la prospé-
(1) V. le texte du traité, dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. ccczciijcccxcYJij. Il parait que la ratiGcation du traité souffrit quelques difficultés ; car ce fut, sans doute, pour les faire disparaître que le duc ordonna de rédiger une sorte de mémorandum , destiné à être placé sous les yeux de Tenipereur ou des princes allemands, et intitulé : Âdvertissement et instruction pour la souveraineté du duché de Lorraine. M. H. Lepage a publié celte pièce dans le Recueil de documeots sur l'histoire de Lorraine, t. I, p. 195-2iO. ^'
(2) V. Nouveau traité de diplomatique, t. IV, p. 21. Il parait, du reste, que le haut prix du métal en limita singulièremeot l'usage, car on ne connaît plus aucun sceau d'or des ducs de Lorraine.
(3) V., dans le Très, des ch., layette Bitsch, I, n" 5, un opuscule du présideut Alix, intitulé : Discours sommaire de la nature et qualité de la terre et seigneurie de Ritsche, et comme elle est retournée à Son Altesse.
W V., à la bibl. publ., le nis. n» «7 A, pièces 2, 3, 4, 5, 6 et 7, et, au Très, des ch., un registre contenant le dénombrement des conduits (dans le bailliage d'Allemagne seulement) pour la levée du landfrid en 1567, 1568 et 1569.
rite de ses élats, la guerre continoait sur les frontières. Le prince d'Orange^ profllanl de Téloignement d*ane partie des troupes françaises, avait reconquis le Luxembourg» et le gouverneur de Thionville avait pris le château de Gorze, dans lequel le duc de Guise avait mis une garnison française, après en avoir chassé le comte de Furstemberg, comme on Ta raconté plus haut. Peu de temps après, le duc d'Orléans reparut avec une armée, et pendant qu'il envahissait une seecnde fois le Luxembourg, un corps français attaquait le bourg et le château de Gorze, s'en emparait et les livrait au pillage^ U en était à peine sorti, lorsque les soldats lorrains chargés de faire respecter la neutralité se jetèrent à leur toar sur Gone, où ils espéraient trouver encore quelque butin , et incendièrent le monastère et la magniOque demeure abbatiale construite par Warry de Dommartin , dans les premières aimées du XVP siècle.
Tous ces désordres inspirèrent au duc de Lorraine Tidée de faire de nouvelles démarches dans le but de mettre *& â la guerre. Il demanda au roi de France et à l'empereur l'antorisation d'aller les trouver pour tâcher d'accommoder leurs différends. Les deux princes ayant agréé cette prière, par respect pour l'âge et la réputation d'Antoine, bien qu'ib n'eussent aucun désir de traiter, le duc partit de Bar le S4 oelobre 1543, avec le prince François et une suite peu nombreuse. Il fut obligé de se faire porter dans une litière, car il était tourmenté par les douleurs de la goutte. On Ini conseillait méoM de ne pas entreprendre, à l'entrée de l'hiver, un voyage qui pouvait lui être funeste. Mais le duc répondit que, dûl-il mourir en route, il ne renoncerait pas à un projet qai pouvait avoir pour résultat le rétablissement de la paix. Les princes lorrains furent reçus avec les plus grands honneurs dans tootes les villes qu'ils traversèrent, soit en France, soit dans les états de Charles V. La mauvaise saison avait interrompu les opérations militaires, et l'empereur s'était retiré i VakDciaD-
ees, où il accueillit le duc a?ecl)eaocoiip d'égards; ib enrenl ensemble plusieurs conférences, et Antoine réprit le chemin de ses états, avec la résolution de visiter plus tard François I*'. Il revit Nancy le 5 décembre ; malheureusement, ses inflrmi-> tés étaient devenues telles qu'il lui fut impossible de se remettre en route ; les espérances qu'il avait fondées sur son second voyage s'évanouirent complètement (4), et les hosti** lités recommencèrent avec le printemps de Tannée itt44« Comme la Champagne devait être le théâtre de la guerre^ Antoine se fit porter dans le château de Bar, afin de pouvoir encore, malgré ses soufirances que les froids de Thiver avaient aggravées, adresser à François I" et à l'empereur des propositions conciliatrices. Chevrier attribue à ce voyage un bot difiërent et assure que le duc, sentant que sa fin n'était pas éloignée, voulut mourir dans la ville de Bar, pour laquelle il avait de la prédilection (â). Si tel était son dessein, Antoine ne fut pas trompé par ses prévisions ; car, à peine arrivé, il fut contraint de garder le lit, et le mal fit des progrès rapides. Le ii juin, le duc dicta un testament qui ne renferme qu'un petit nombre de dispositions. Après avoir commandé de réunir sa dépouille mortelle à celle de Renée de Bourbon, il déclare laisser tous ses domaines à François son fils atné et prescrit de ne jamais séparer les duchés de Lorraine et de Bar ; il enjoint à son successeur de payer annuellement une somme de vingt-quatre mille francs barrois au prince Nicolas, qui était déjà pourvu des évèchés 4||^Metz et de Verdun; il ordonne que c ses serviteurs estans en son service.... au jour » et heure de son trespas soient.... satisOaiictzde leurs gaiges el » pensions de l'année entière », et il nomme pour exécuteurs testamentaires ses frères, le duc de Guise et le cardinal de
(t ) V. Emond du Boulay, La vie et trespas des deux Princes de le bon duc Anlhoine et saige duc Françoys. Cet ouvrage contient une lation versifiée du voyage d'Antoine.
(2) V. Hlsl.,t. IV,p. 132.
Lorraine; ses fils François et Nicolas; Jean d'Âgnerre, baroa de Yiennele-Châtel, son grand-maitre et chambellan, el François de Bassoropierre, bailli de Vosge (1). Il reçut cnsaite le saint-viatique , appela ses enfants auprès de son lit el leur adressa les exhortations les plus sages. Il les pria de demeurer toujours fidèles à l'église catholique, de ne pas imiter Texempie de certains souverains qui avaient introduit la prétendoe réforme dans leurs états pour s'emparer des biens ecclésiastiques, et de se tenir en garde contre les conseils de ce genre que l'on pourrait leur donner. Il recommanda en particalier à son fils François de traiter les Lorrains avec dooceor et bienveillance ; de ne demander que rarement des aides extraordinaires ; de réduire les dépenses et de diminuer le train de sa maison , si la chose paraissait indispensable ; de surveiller l'administration, et d'avoir continuellement présente à l'esprit la pensée qu'un jour Dieu exigera des princes un compte sévère de tous les actes de leur gouvernement (S). Antoine embrassa ses enfants, les bénit, puis, détournant la tète, leur dit : c Pour l'honneur de Dieu , qu'on ne me parle plus que de mon salut >. Il vécut encore trois jonrt, uniquement occupé d'exercices de piété, et expira tranquillement le i4 juin, a quatre heures du soir. Comme Tabsence de la plupart des nobles lorrains, et les circonstances critiques où l'on se trouvait ne permettaient pas de célébrer les Aînérailles avec la pompe convenable, le corps d'Antoine fui embaumé et déposé provisoirement dans la collégiale Sainl-Maie. Ce fut seulement au mois de septembre que le duc François fit transporter à Nancy les restes de son père; le cortège funèbre arriva le i8 dans la capitale de la Lorraine ; aussitôt après le service, auquel on ne put donner autant d'éclat qu'on l'aurait
(t) Le testament d'Antoine est imprimé dans CaUnet, ibîd., ool. eeexeiij-
(2) V. Jean Herquel, De rcbus gestis et vita lUustritiîiiii.... Lotharingorum... Ducis, dans Calmct, ibid.,coL dviij et dii.
désiré, Antoine fut inhumé auprès de Renée de Bourbon, et François remit à l'anniversaire de la mort du prince Taccom^r plissement des cérémonies qui accompagnaient d'ordinaire l'enterrement de nos ducs (i).
La nouvelle de la perte que venaient de faire les Lorrains se répandit avec la rapidité de l'éclair, et, quoique prévue depuis quelque temps , causa une douleur extrême. Ils croyaient avoir perdu un père, et les témoignages de leur chagrin étaient si vifs que l'armée impériale, dont les différents corps traversaient la Lorraine, saisie de respect à la vue de ce deuil public, épargna à notre pays les réquisitions qu'elle n'aurait pas manqué d'exiger dans un autre moment. Les regrets de nos ancêtres s'expliquent quand on se rappelle que, pendant un régne de trente-cinq ans, Antoine avait travaillé, avee une application continuelle, à maintenir la paix dans ses états, à étendre leur commerce, à favoriser leur industrie, en un mot à accroître leur prospérité et leur splendeur. Il était doué des plus belles qualités morales, et il y joignait une douceur et une aménité qui le firent surnommer le bon duc. Plein de vénération pour les membres du clergé, il avait beaucoup d'égards pour les gentilshommes ; quand on lui annonçait la visite de quelqu'un d'entr'eux, il allait à sa rencontre jusqu'à la porte de l'appartement, et la noblesse, flattée de cette condescendance, montra toujours pour le duc autant de dévouement que de respect. Ajoutons qu'il ne réservait pas toute son affabilité pour les deux premiers ordres de l'état ; il ac* cueillait, avec la même bienveillance, les bourgeois, les artisans et les laboureurs qui avaient des requêtes à lui présenter, et, quand il ne pouvait leur accorder ce qu'ils demandaient, il avait soin d'adoucir par de bonnes paroles l'amertume de ses refus.
(i) V. Du Boulay, ibid. Thierrial cité par Chevricr, ibid., p. i35.