‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 9 sur 23 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PBAifçois 1*' (4544 ET 4545).

François P% né le 45 février 4547, avaiCDB peuplas de vingt-sept ans lorsqu'il monta sur le tràne ; il éliil ptr conséquent en âge de gouverner par lui-même) et tonl fusait espérer aux Lorrains que le régne de ce prince aenit la continuation du régne d*Anteine, et que Ton relrouvenll dans le fils les vertus que Ton avait admirées chez le péra. Celui-ci avait eu soin de faire donner à son héritier l'édMition à la fois la plus brillante et la plus solide, et, vers rauée 4532, le roi de France avait demandé que Ton envoyai à sa cour le jeune prince , dont il était parrain , en sorte qve es dernier fut élevé auprès du dauphin, qui lai témoigna toqoaii beaucoup d'amitié. Le marquis de Pont-è-Moosson (tel esl le titre que portait le fils d'Antoine) demeura en Fraoee sii oa sept ans et ne revint en Lorraine qu'en 4559, lorsqu'il ilii question de son union avec Christine de Danemark (I). Hasieurs années auparavant, le duc de Lorraine avait désiré loi faire épouser Anne fille de Jean II, doc de Clèves et eonte de la Marck. Les négociations entamées dans ce bal

(i) V. Du Bouliy, ibid.

réussi (i) ; mais Anne et François étaient encore si jeunes à cette époque, que Ton ne pouvait raisonnablement songera les marier ; plus tard les événements empêchèrent la réalisation du projet d'Antoine, et la princesse devint la femme du roi d'Angleterre Henri VIII, qur la répudia bientAt après.

Le nouveau duc n'eut pas plustôt donné les ordres nécessaires pour que le corps de son père fût déposé dans la collégiale Saint-Maxe, qu'il se dirigea vers Metz, où l'empereur était arrivé dès le 6 juin (2). Charles Y réunissait , près de cette ville et dans le Luxembourg, une armée nombreuse, à la tète de laquelle il espérait pénétrer jusque dans le cœur de la France. Ferdinand de Gonzague, un de ses généraux, qui venait de reprendre Luxembourg , dont les Français s'étaient emparés de rechef l'année précédente, reçut ordre d'assiéger Commercy, où le duc de Guise avait fait entrer une garnison française , et la ville de Ligny, où s'étaient enfermés le comte de Brienne (5), plusieurs gentilshommes, quinze cents hommes d'infanterie et cinquante gendarmes. Commercy, que Gonzague attaqua d'abord, opposa une vigoureuse résistance, mais la place n'était pas capable de tenir longtemps contre une armée ; elle se rendit , et les Impériaux y commirent de grands désordres; les halles furent incendiées, les (ours du château démantelées , le pont de pierre démoli et quantité de maisons saccagées et détruites (4). Ligny n'eut pas un meilleur sort ; le comte de Brienne , voyant que l'artillerie avait pratiqué une brèche dans la muraille, demanda

(i) V. Hago, Traité histor. et crit., p. 2 13. Il cite les Registrei à Tappui de son récit et veut indiquer le carlulaire du Trésor des chartes ; malheureusement le renvoi est trop vague pour que Ton puisse découvrir ce qui concerne les négociations d'Antoine. Les tables du Cartulaire n'en font aucune mention , mais on trouvait dans la layette Gueldrei, n" 20, une liasse de pièces relatives à cette affaire.

(2) V. Les chron. de Metz, p. 863.

(3) Il était seigneur de Ligny.

(^) V. llist. de Commercy , par M. Dûment, t. 1, p. 3i8-350.

à capituler ; mais il se garda si mal pendant les pourparlers que les Impériaux entrèrent dans le château par surprise, et les Français se trouvèrent trop heureux de mettre bas les armes à condition d*avoir la vie sauve. On les conduisit les uns en Flandre, les autres en Allemagne, et la ville fui abandonnée au pillage, le 2 juillet.

Quand Charles eul appris ces heureux succès, il quitta Metz , visita Pont-à-Mousson et se présenta devant Tool , le 44 du même mois ; les magistrats lui apportèrent les clés de la ville , et Tévèque Toussaint d'Hocédy vint le recevoir, à h tète du clergé, et le conduisit dans le palais épiscopal, ci Tempereur demeura jusqu'au lendemain. Il était accompagié de son neveu Tarchiduc Maximilien , du prince d'Orange, de beaucoup de seigneurs, et d'un corps d'armée qui commit bien des excès dans tous les lieux qu'il traversa (4). Le temporel de Metz et celui de Toul, qui faisaient partie de Tcmpiret n'eurent pas seuls à souffrir du passage des troupes impériales , et celles-ci ne ménagèrent pas davantage les duchés de Lorraine et de Bnr, malgré la neutralité de ces deux pays. Antoine, prévoyant ce qui allait arriver et sachant bien qu'en pareille circonstance un cordon militaire est bien plus utile que les promesses des souverains et que les ordres des généraux , Antoine , disons-nous , avait assemblé les Etats dans la capitale, au mois d*avril précédent, et leur avait fait remontrer que la lutte entre l'empereur et le roi de France exposait la Lorraine à être foulée par les gens de guerre, et qu'il importait de prendre des mesures efficaces pour prévenir lenn déprédations. Les Etats s'empressèrent d'adopter les propositions du prince ; c assavoir, lit-on dans le réiultat, que pour > ceste fois tant seulement l'on lèvera quelque nombre de » gens de pied et de chevaulx pour mettre es lieux les pl« » convenables es dicts pays, et ainsy que trouvé sera estre

;t) V. Benoît, llist. de Toul, p. 65t et 632.

> requis > selon roccasion du temps et nécessité des aftires. » Et seront lesdicls gens de pied et de Ghevaaiz entretenus « et soldoyez le temps et espace de quattre moys commen-> B céans au mois de may> juing, juillet et aoust prochainement » venans, et continuans jusques au mois de septembre après » ensuivant. Pourquoy satisfaire et fournir au payement des^

> dicts souldars se lèvera » pour chascun mois durant ledict s temps , sur les subjects du domaine et sur les subjects

> des prélats, comtes, barons et la chevallerie, la somme

» de neuf gros par chascun desdicts quattre mois, laquelle * somme sera imposée et gectée par les esleus et déléguez

> desdicts prélats^ comtes et susdicte chevallerie, avec un 9 clerc des finances pour adjoinçt aux commissaires députez 9 pour veoir (et) nombrer les feuz en chascun bailliaige... (!) *

Heureusement pour la Lorraine, l'empereur était pressé d'entrer en Champagne. Ses troupes y pénétrèrent dès tes premiers jours de juillet et formèrent le siège de Saint-Dizier, qui était défendu par Louis de Beuil, comte de Sancerre, et par le capitaine De la Lande. Le 47, René de Châlon, prince d'Orange et gendre du duc Antoine, fut blessé d'un éclat dé pierre et mourut le lendemain. Cet événement funeste causa un profond chagrin à la famille ducale, et le cœur de René ayant été déposé dans la collégiale Saint-Maxe^ François fit placer sur le mausolée une statue représentant la mort (2), et que Ton regarde comme un des plus beaux ouvrages du sculpteur Ligier Richier de Saint-Mihiel.

L'empereur était encore arrêté devant Saint-Dizier, qui résista pendant plus de six semaines, lorsqu'il vit arriver le duc de Lorraine. Le jeune prince, fidèle à la politique adoptée par son père, venait proposer samédiatfonà Charles Y. Celui-

(i) La bibl. publ. de Nancy possède une copie authentique de ce ré~ tuUat. On remarquera que les deux premiers ordres furent seuls convoqués pour la session de \ 54i.

(2) Ou plutôt un cadavre à moitié dévoré par les vers.

— iOO —

ci rayant acceptée, François écrivit au roi pour Finstraîre de sa démarche, en reçut une réponse favorable et s'achemina vere Tabbaye de Notre-Dame d*Avenay, dans laquelle le monarqoe lui avait donné rendez-vous; mais il n'alla pas au delà d*Epernay, car il fut attaqué dans cette ville d'une indisposilioa tellement grave, qu'il fut forcé de se retirer dans le chAteai de Bar, où il se mit entre les mains des médecins. De U, 3 dépécha des courriers au roi et à l'empereur, pour leur faire connaître sa maladie et les prier de l'excuser s'il ne poarsuivait pas la négociation qu'il avait entreprise (i).

La fatigue des parties belligérantes amena, bientôt après, la paix que le duc de Lorraine aurait voulu rétablir, et des conférences s'ouvrirent , dès le mois de septembre, à Crtipy près de Laon. Pierre du Châtelel, abbé de Saint-Martin, et le héraut d'armes Emond du Boulay furent chargés par Françob de se rendre dans cette ville pour veiller à ce que les intérélf de la Lorraine ne fussent pas oubliés. Il obtint la restilotioD de Sjenay, que son père s'était vu contraint, comme non l'avons dit plus haut, de céder au roi de France, moyeanait une compensation qui n'avait pas été donnée. Le roi s*élait engagé à remettre au duc non seulement la place ellemême, mais encore l'acte de cession; toutefois, il cherchi mille prétextes pour se dispenser de tenir sa promesse; il ran les fortifications qu'il avait construites et même une partie dei anciennes murailles; il demanda que le duc lui € fit oavers ture (de la ville), toutes les fois qu'il lui phiroit, poar bin » parachever le surplus *que reste à démolir », et il bllat de nouvelles négociations pour obtenir une restitution pare cl simple (3).

La Lorraine , qui n'avait pas eu à se louer de la diadpiÎM

(t) V. Du Bouby, ibid. Ce fut Emond du Boulay que le due d'aUer trouver le roi pour lui demander une enUvvue.

(2) V. cinq pièces relatives à cotte aiïuire dans t^almet, îbkL, col.

des Impériaux lorsqu'ils se dîrigeaîeDt vers la ChainpBgDC, ea soulfril davantage encore h leur retour. Aussitôt après la cODcIusion de la paix, l'empereur licencia la plus grande partie de son armée , et les Allemands Iraverscrent noire pays pour s'en retourner chez eux. Une bande de sept mille lansquenets forma le projet de piller le bourg de Saint-Nicolas. Ces étrangers en avaient entendu vanter l'opulence et espéraient y faire un riche butin, mais ils avaient compté sans la vigilance de François, qui, à peine guéri de la maladie dont nous avons parlé, se mit à la léte de sa noblesse et des troupes composant le cordon , poursuivit les lansquenets et les contraignit à sortir de la Lorraine plus vile qu'ils ne l'auraient désiré. Ce fut, selon toutes les probabilités , une bande semblable qui voulut, peu de temps après, s'emparer du château de Void, afin de faire ensuite acheter chèrement son départ, lîn chanoine de Toul , qui s'était enfermé dans cette forteresse avec une poignée de soldais , se défendit si bien que les assaillants furent obligés de renoncer à leur entreprise (1).

Le passage des Allemands, pour la plupart luthériens, exposa notre patrie à im autre danger , el le doc craignit , non sans raison , qu'ils n'eussent fait quelques prosélytes. Pour j remédier, il promulgua , dans les derniers jours du mois de septembre 1944, un édit qui renonvetail les dispositions des ordonnances publiées les S6 décembre lSâ5 et 13 octobre 1559 (2).

Le calme ne fut entièrement rétabli que dans les premier! mois de l'année 1945, et François en profita pour prendre solennellement possession de la Lorraine. Dans ce but, il coD' voqua les Etats-Généraux dans la capitale, A la Un de mars oa

(1) V. Benoil, ibid., p. 63i. Le P. Benoit Bsnire que Void fut atUqné par ordre de CharJea V , qui voulait faire de ce ctilleau un poste d'otMervalion sur la fronUèrcdc Champagne.

(2) V. Rogéville, ibid., 1. 1, p. !!«!!.

vers le commencement d'avril . Quand il se présenla deTant h porte Saint-Nicolas, il trouva les trois ordres qui Tenaienlè sa rencontre, et il fut harangué par Pierre du Chàtelet, abbé de Saint-Martin ; il prêta le serment ordinaire et fut ensuite conduit processionnellement à la collégiale Saint-Georges ; en uo mot, on accomplit toutes les cérémonies dont nous avons précédemment donné le détail (1). Peu de jours après, il retomba malade ; ses médecins : Antoine Champier et Nicolas le Pott, lui conseillèrent de changer d*air, et il se rendit dans le château de Blâmont, où il resta environ trois semaloei, sans éprouver aucun soulagement. On appela des médecins célèbres, entr*autres Bouquet, Morlet et Geoffroy; mais, malgré le concours de tant d'habiles praticiens, k mal ne fit qu'empirer. On demanda des consultations aux lacultes de Paris., de Louvain , etc. ; au milieu d*avis fort divergents , on crut deviner que la majorité se prononçait pour Tusage des bains de Plombières , et François se fit porter sur une chaise à bras dans la ville de Remiremont, assex voisine de rétablissement thermal que nous venons de nommer, T«os les jours, on amenait à Remiremont des tonneaux remplis d*eau puisée aux sources de Plombières, et le duc prit des bains jusqu'au 4 juin , sans que la douleur diminuât ; le 10 du même mois , la position du prince empira tellement qa*OB le crut sur le point de rendre Tesprit. Le Icndemaîn cependant , il se trouva mieux , reçut les sacrements , dicta quelques dispositions testamentaires, et recommanda ses-enbnts à son frère, Nicolas évêquo de Metz, il expira le 4S, à quain heures après midi. Il n*avait pas encore accompli sa vingthuitième année et ne survécut à son père que trois ceal soixante-trois jours (2). Ses biographes ne fournissent pas beaucoup de lumière sur la nature de la maladie qui IV

(1) V. DuBouUy,ibid.

(2) V. DuBoulay,ibid.

porta , mais on a lieu de croire qu'il succomba à une série d'attaques d'apoplexie.

Ses entrailles furent inhumées dans Tcglise abbatiale de Remiremont, et son corps fut déposé dans la collégiale de Deneuvre, où Ton célébra des services funèbres pendant trois jours. On remit la cérémonie des obsèques au mois d*aoât de l'année suivante, parce que la peste l'égnait dans plusieurs villes j que les princes de la maison de Lorraine étaient absents, et que la duchesse douairière était fort avancée dans sa grossesse. £n effet, trois mois après la mort de son mari, elle mit au monde une fille, qui reçut le nom de Dorothée. François laissait deux autres enfants : un prince âgé de trois ans , qui fut le grand duc Charles lil , et une princesse appelée Renée, qui épousa Guillaume fils d'Albert 111 duc de Bavière.

Dom Calmet a consacré dix colonnes de son ouvrage à la description des funérailles de François (i), et quoique les détails dans lesquels il est entré ne soient pas dépourvus d'intérêt , il nous est impossible de les reproduire ici; nous aurons, d'ailleurs, occasion de revenir sur ce sujet, et nous ferons seulement observer que le fils d'Antoine est le premier duc de Lorraine dont on ait prononcé l'oraison funèbre. Pierre Caroli, docteur en théologie, remplit cette tàche^ mais son discours ne nous est pas parvenu (2). Chevrier, dont le soin principal est de dénigrer l'abbé de Senohes, ajoute que les personnes « qui aiment à s'instruire apprendront (dans » le récit du Bénédictin) que le prince mort avoit des

> gants riches , des bas cramoisis et des souliers de velours

> blanc » (3).

Le cardinal de Lorraine et le duc de Guise ne survécurent

(1) V. t. il, col. 1277-1287.

(2) V. Chevrier, ibid., p. 138.

(3) V. ibid., p. 139. V. aussi les fragnienU des Mémoires de Thienriat, règne de Françob l".

l>as loDgIemps à leur neveu. Le cardinal , qui passa presqie toute sa ?ie en France, y mourut le 48 mai 4550; mais m rapporta son corps en Lorraine , et il fut enterré dans l'églbe des cordellers de Nancy» avec des cérémonies dont le rai d*armes Emond du Boulay nous a conservé la description (I). Créé coadjuteur de Metz en 4 504 , Jean devint évéqae de cette ville en 4505, après le décès de Henri de Lorraine-Vaudémont; il obtint révéché de Toul en 4547 et eut ensuite, à la fois ou successivement , les archevêchés de Lyon , de Reims et de Narbonne» les évèchés de Verdun, de Térouanne, d*Alby , de Luçon et de Valence , ainsi que les abimyes de Marmoutier, de Cluny, de Gorze et de Fécamp. Il fit toujoars, au reste , le meilleur emploi des immenses revenus de ses bénéfices, encouragea les savants par des largesses et contribM au progrès des lettres et des sciences.

Le duc de Guise avait précédé son frère dans la tombe (43 avril 4550); sa vie est trop connue pour que nous teotiotts même de Tesquisser , et nous nous contenterons de rappeler que 'ce prince, habile et brave, fut, grâce aux services qu'il rendit à la France , le véritable auteur de la puissance de la famille , que Ton vit s*élever pour ainsi dire jusqu'au trtee pendant la seconde moitié du XVI* siècle.

(t) V. Le cttbolicquc entcrremeot de feu Monâeiir le BeuerandiMas il IlIuslrittiiDe Cardinal de LorraÎDc, etc. ; Paris, Jehan d*Allier «I LaMC Grenet, petit in 8*.

Page 1