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CHAPITRE PREMIER

CHARLES IV ET NICOLE (1624 ET 1625). FRANÇOIS H (1625). CHARLES IV (1625-1629).

L'arrangeraent conclu entre les deux branches de la Maison de Lorraine sembla d*abord satisfaire tout le monde. Charles IV et Nicole gouvernaient conjointement ; les actes se faisaient au nom de Tun et de l'autre, et le duc et la duchesse figuraient sur les monnaies et sur le grand sceau du duché. Ils promulguèrent des règlements destinés à réformer divers abus. Le 9 septembre 162&, ils renouvelèrent les anciens édits contre les jurements et les blasphèmes. Ils défendirent aussi d'entretenir des concubines, de laisser séjourner des filles publiques dans les villes et

même dans les villages ; de tolérer les foires et marchés les dimanches et jours de fêtes (1). Comme la guerre s'était approchée de nos frontières, ils publièrent, les 28 novembre et 3 décembre 162/i et le 2 janvier 1625, des ordonnances prescrivant d'armer une partie de leurs sujets, de mettre les forteresses en état de défense, de dresser une liste des Lorrains qui servaient à l'Étranger, ej de conduire les blés et les vins dans les places de refuge (2).

Mais pendant que le prince feignait d'être content de sa part d'autorité, il prenait secrètement, avec son père, les mesures nécessaires au coup-d'état qu'il méditait. Il changea les magistrats, les commandants militaires et les fonctionnaires de toute espèce sur lesquels il ne pouvait compter, et il les remplaça par des gens dont il était sûr ; en même temps, pour préparer l'opinion publique à la révolution qui allait avoir lien, il fît rédiger des ouvrages où l'on essayait de prouver que la loi salique était en vigueur chez nous aussi bien qu'en France. Michel Thévenin, qui fut secrétaire d'État, écrivit un gros volume intitulé : La loy Salique de Lorraine démonstrée ou Traicté juridique et historique sur la masculinité du duché de Lorraine (3) ; bientôt après, Charles d'Haraucourt de Chambley, bailli de Nancy, composa nn Discours sur la loy salique de Lorraine^ et un anonyme donna un mémoire sur le même sujet, mémoire qui fut imprimé en 1625, mais qui n'ofA-e pas le nom du typographe, ni la date (&).

Le comte François témoignait tout haut son mécontentement et disait que son fils n'aurait jamais dû consentir à un arrange-

(1) V. Calmet, Hist., t. III, col. 191

(2) y. le Recueil de François de Neufchdteau^ p. 288, 289» 242, 243, 247 et 248.

(3) Cet ouvrage n'a jamais été imprimé, mais il en existait plusieurs copies.

(4) In-4«, de 40 pages.

ment qui ne lui permettait de régner que du chef de sa femme. Ces manœuvres déloyales mécontentèi ent la duchesse, et beaucoup de Lorrains ne voyaient pas sans inquiétude approcher le moment de la crise. Plusieurs prirent la plume et défendirent avec force les droits de Nicole ; mais il est, sans doute, superflu d'ajouter que les auteurs furent en butte à plus d*une persécution, et que les ouvrages furent saisis et lacérés (1). Quand tout fut prêt, Charles IV déclare (novembre 1625) qu'il a des scrupules ; qu'il ne peut conserver la couronne comme mari d'une princesse qui n'en est pas héritière légitime ; que la loi salique est applicable en Lorraine, et que le duché appartient au comte de Vaudémont. Celui-ci se fait aussitôt proclamer duc de Lorraine sous le nom de François 11^ paie ses dettes avec les fonds de l'État, frappe des monnaies à son effigie, accorde des lettres de noblesse et de grâces, et, quelques jours après

(1) Un de ces ouvrages fat publié par un écrivain qui se cacha sous le pseudonyme de Gabriel-Barthélémy Gramandus. Outre les pièces rappelées dans le texte et un factum composé par un partisan de Nicole, lequel prit le nom de Cyriacus, on peut mentionner les écrits suivants, dont les titres indiqueront aisément le but :

Mémoire pour montrer ce qu'on observait anciennement en la succession du duché de Lorraine^ et comme il ne tomboit en que^ nouille; manuscrit in-4<> de 20 pages.

Observationes Salicœ in Franciam Orientalem Lotharingiam eœ historicis, quas observavit^ sub ficto nomine Gabrielis de Curia, D. Claudius Mareschal, Canonicus Sandeodatensis^ Serenissimi Caroli quarti Lotharingiœ et Barri Dueis Consiliarius, in Urbe agens et in causa specialiter deputatus; ms. petit in-f* de 6 pages.

Epitomica Lotharingiœ masculinœ Tractatio ; ms. in<^« de 64 pages ;

Mémoire pour justifier que les Etats de Lorraine et de Bar sont toujours tombés en quenouille, et que la Maison régnante n'y est parvenue que jfar les femmes; ms. in-f» de 5 pa^es.

Ces quatre pièces appartiennent à la bibliothèque publique de Nancy.

La plupart des écrits relatifs à la question de la masculinité se trouvent dans les tomes IV, Y et VI des papiers de Lorraine aux archives des affaires-étrangères, dans la collection lorraine de la biblioUièaue impériale, et dana la collection Du Puy, qui fait partie de la même bibliothèque.

(26 novembre), abdique en faveur de son fils aine, qui règne alors de son chef et sans partage (1).

Le comte de Vandémont ne manqua pas de s*appuyer sur Tarticle du testament de René qui établissait la loi salique dans les deux duchés. Il avouait, du reste, avoir lui-même ignoré pendant longtemps Texistence du testament (2) ; ce qui prouve qu'il n* était pas regardé comme jouissant d*nne bien grande autorité, et le Trésor des chartes n*en renfermait, ainsi que nous Tavons dit plus haut, ni Toriginal, ni la copie. Néanmoins, la production de cette pièce, que Ton assurait avoir été approuvée par les États-Généraux, bien que la chose ne fût pas vraie, fit impression sur certaines personnes. D*un autre côté, quoique la révolution de palais qui venait de s*accomplir eût dépouillé Nicole du peu de pouvoir dont elle jouissait. La princesse semblait toujours entourée de respect et d*égards, et Ton n*eut pas pour elle autant de pitié que si on Peut vue contrainte de rentrer dans la vie privée ; enfin, on réussit, par des mesures violentes, à effrayer ceux qui étaient tentés de soutenir les droits de Nicole, et un silence général accueillit la proclamation de François II, son abdication et l'avènement de Charles IV.

Le duc donnait, en effet, carrière à son ressentiment contre les individus qu'il regardait, à tort ou à raison, comme les conseillers de Henri, et comme ayant cherché à l'éloigner du trône, en y faisant monter le baron d'Ancerville. Pendant que Riguet, le meurtrier du comte de Lutzelbourg, était nommé capitaine des gardes de la duchesse et obtenait des lettres de

(1) V. Cession et transport faicts par François duc de Lorraine à ses fils Charles et Nicolas-François, et à leurs descendans masles en loyal mariage, des droicts qui lui appartenoient aux duchez de Lorraine et de Barrois; ledict transport faict Tan 1625, le 26 novembre; dans Calmet, Hist,, t. III, Preuves^ col. ccccxciijccccxcvij .

(2) V. la pièce citée dans la note précédente.

gentillesse (1), on traîna dans les prisons et ensuite sur Téchafaud quelques-uns des conseillers du feu duc. Dès le 28 janvier 1625, Abraham Racinot, plus connu sous le nom d*Ândré des Bordes, seigneur de Gibaumeix, gouvemeur de Sierck et ancien valet de chambre de Henri, fut condamné à être étranglé, comme pleinement c atteint et convaincu du crime de magie >, mais en réalité pour avoir été opposé aux projets du comte de Vaudémont (2). Quelque temps après, Melchior de la Vallée, chantre de la collégiale de Saint-Georges, qui avait rempli les fonctions d'aumônier de Henri, et qui était fort aimé de ce prince, fut, malgré son grand âge, arrêté et enfermé au château de Condé, également sous la prévention de sorcellerie. Cet ecclésiastique avait baptisé Nicole, et Charles IV, qui était déjà dégoûté de sa femme et songeait à faire annuler son mariage, présuma qu'il y parviendrait s*il prouvait que la duchesse avait été baptisée par un sorcier, et que, son baptême étant nécessairement nul, elle elle n'était pas chrétienne et n'avait pu épouser canoniquement un chrétien. Victime de cette combinaison abominable, Melchior de la Vallée fut condamné et brûlé comme sorcier, en 1631 (3). On poursuivit avec plus de rigueur que jamais les livres renfermant des propositions contraires aux prétentions de Charles IV, et une nouvelle édition de l'histoire de René II par le fameux procureur-général Nicolas Remy fut saisie et détruite presque entièrement, parceque l'auteur avait démontré que les femmes pouvaient succéder au duché de Lorraine (&).

(1) V. le nobiliaire manuscrit de la bibliothèque publique d'Ëpinal.

(2) V. Tarrêt, dans Lionnoia, Hist. de Nancy, t. IL p. 847-349; y. aussi Mémoires de Beauvau, p. 10 et suiv.

(S) y. Beauvau, ibid., et le compte de Nicolas Henry receveur du domaine de Nancy pour Tannée 1631. Nous devons ajouter, pour être juste, que Melchior de la Vallée était un homme peu estimable.

(4) Il s'agit de l'édition mise en vente à Epinal, chez Pierre Houion, en 1626.

Malgré Tassarance que montrait Charles IV, il n*osa pas assembler les États-Généraux et leur demander immédiatement d^approuver sa conduite. Ce fut seulement au mois de février 1626, et lorsque toute opposition fut étouffée, que le duc se décida a les réunir. Ler États étaient convoqués pour le 1*' mars, et le moitié jour, Charles se présenta devant la porte Saint-Nicolas pottr faire son entrée solennelle dans la ville de Nancy. Il fut haraîigué par Philippe-Emmanuel de Ligniville, prévôt de Saint- Georg(?f^« qui lui prodigua les plus basses flatteries (1). On le conduisit ensuite à la collégiale, et le prévôt qui avait été délégué par ks États, reçut le serment du prince.

Le lendemain, le duc se rendit dans la galerie des cerfs, où les trois Ordres Tattendaient, et sollicita la reconnaissance de tout ce qui avait eu lieu, c Son Altesse fît entendre à Messieurs « des Estats, lit-on dans une espèce de procès-verbal, que, pour « monstrer le dessein qu'EUe a de conserver à jamais sesdits <r Estats en leur ancienneté. Elle leur a donné part de ce qui <r s'est passé entre Monseigneur le Duc son père et Elle pour <r assurer Tunion des deux duchés de Lorraine et de Bar, et en ff perpétuer la succession en ligne masculine, en sorte qu*ils ne <r puissent jamais estre séparés de leurs noms et Maison; et ce « ensuite du testament du Roy René de Sicile (René II), duc de « ces deux duchés, fait en Tan 1506, lequel, bien qu'il eust « esté, tost après la mort audit seigneur Roy, publié et exécuté a entre ses enfans, au sceu, agrément et consentement des <r Estats desdicts duchés, néantmoîns auroit du depuis esté ff ignoré et mis en oubly par l'espace de plus de quatre vingtz c ans, et jusques à tant qu'estant retourné à la connoissance de

(1) V. la harangue d*Einmannel de Ligniville, dans la layette Nancy, IV, n«» 76, et dans le Cartulaire de la bibliothèque publ., p. 1644-1646. Les lettres contenant la confirmation des oriviléges des trois Ordres se trouvent dans la layette Etats-éénéraux^ Additions, n« dO.

€ mondit Seigneur le Duc (1), il anroit yolontairement cédé tou^ c ses droits en faveur de Son Altesse, son fils aine, pour ne c sortir de Tordre de la succession prescrit par ledit testament» c et demeurant dans Tintention dudit Seigneur Roy ; ce qui c assure aussy longtemps la durée et conservation desdits Estais € que leur Maison mesme ; pour lesquels subjects et occasions € si importantes, Elle a cru que ses Estats, auxquels tel bonheur c et confirmation en arrive, contribueront volontiers à mainc tenir la dignité et splendeur de sadite couronne et Maison, c pnisqu*à icelle est attachée la conservation de sesdits c Estats. »

L'harmonie n'avait pas toujours, comme on Ta vu, régné enti'e ceux-ci et le duc Henri, et plus d'une fois l'aigreur et l'animosité s'étaient glissées dans les relations qu'ils étaient contraints d'entretenir. Charles, qui connaissait les griefs des gentilshommes contre son beau-père, affecta de flatter leurs prétentions et laissa espérer qu'il suivrait, dans son administration, d'autres règles que son prédécesseur. Les États- Généraux félicitèrent Charles IV et approuvèrent entièrement la conduite qu'il avait tenue ; mais ils ne dissimulèrent pas, dans l'espèce d'adresse qu'ils lui envoyèrent en réponse à son discours, qu'ils n'avaient eu jusqu'aux démêlés de Henri et du comte de Vaudémont aucune connaissance du testament de René II (2).

11 ne suffisait pas de faire sanctionner l'usurpation par les États, il fallait encore en obtenir la reconnaissance par les puissances étrangères. Claude Mareschal, chanoine de Saint-Dié, négociateur habile, fut dépêché à Rome et parvint à engager le pape Urbain VIII à garder le silence. L'Empereur avait besoin de Charles IV et ne témoigna aucun ressentiment de ce qui avait

(1) François II.

(2) V. Estât du Résultat des Estats-Oênêraux convoqués à Nancy le i*r mars i6i6 et finis le i3 dudit mois, etc., ms. de la bibf. publ. de Nancy.

eu liea. Mais le roi de France, qui avait déjà, sans donte, quelques vues sur la Lorraine, ne fut pas aussi accommodant. D^Ailiy, le meilleur diplomate que le duc eût à son service, sollicita vainement une réponse favorable, et le roi déclara, par Forgane du chancelier d*Aligre , que s*il n'avait pas à s'occuper des nllaii es intérieures de la Lorraine, il n'en était pas de même du Barroîs, attendu que la moitié du pays relevait de la couronne de France. Le duc offrit l'hommage pour le Barrois-mouvant; on refusa de recevoir cet hommage au nom de Charles spul, pni ce qu'on eût de cette manière admis indirectement sa

Les États-Généraux, avant de se séparer, avaient accordé au duc un aide extraordinaire de deux francs par paire sur les héritages des roturiers, deux gros et demi par fauchée de prés et trois gros par jour de vignes ; de trois gros, par mois, sur chaque conduit dans les villes, et deux gros et demi dans les villages ; de six deniers par franc sur les marchandises, et du dixième pot des bières et vins vendus en détail ; le tout pour trois années (1). Ce vote obtenu, le duc résolut de rendre les sessions des États aussi rares que possible, et les trois Ordres virent bientôt qu'ils avaient trouvé un maître dans la personne de ce prince violent et ambitieux. Dès l'année 1627, il détruisit dans le bailliage de Vosge la juridiction des Assises et la remplaça par un tribunal composé de gradués (2). En 1629, les États, se défiant de leur souverain et craignant qu'il n'enlevât et ne détruisit les titres constatant leurs droits, décidèrent que toutes les pièces qui les concernaient seraient enfermées dans

(1) V. Rogéville, ibid., t. I, suppL, p. 87.

(2) Y. idem, ibid., p. 1-8. L^établissement da tribunal de Mirecourt ne fat pas la seule atteinte portée par Charles IV à la juridiction des Assises. Le duc prétendit qu*il était seul juge des titres des gentilshommes qui demandaient a y siéger, et, malgré les réclamations des Etats, il ne voulut pas renoncer à une pareille usurpation. V. Bermann^ ibid., p. 57.

on dépôt particulier, t aSn, porte le résultat, qu'il se puisse € aux occasions qui se rencontrent donner ordre pour la lecture € et communication d*iceux titres et papiers. En conséquence, € les Estats prient Son Altesse qu'elle n*aye désagréable

c qu'à l'imitation de toutes les communautés du monde,

c ils fassent mettre la garde de leurs papiers communs et généc raux es lieux séparés, et sous la clef de ceux qui seront choisis c par les susdicts Estats (1).

Après avoir lu cette requête, il ne faut pas s'étonner que la session de 1629 ait été la dernière. Charles n'eut cependant recours à aucun acte d'autorité pour atteindre son but ; mais, tantôt sons un prétexte, tantôt sous un autre, il évita d'expédier les lettres de convocation ; les États de 1629 avaient voté un aide extraordinaire pour plusieurs années, et le duc, qui n'aurait pas osé solliciter d'autres subsides, se riait des murmures de la noblesse. Quant au clergé et à la bourgeoisie, ils ne paraissent pas avoir vivement regretté l'ancienne constitution de la Lorraine, et ils ne firent aucune réclamation pour en obtenir le rétablissement. L'aide accordé par les États cessa d'être exigible en 1633, et Charles employa pour lever une nouvelle contribution un moyen déjà employé par quelques-uns de ses prédécesseurs. Il consistait à demander un aide au tribunal des Assises, que l'on regardait comme une sorte de commission intérimaire, représentant les États dans l'intervalle qui séparait deux sessions. Malgré le mécontentement témoigné par les trois Ordres lorsque ce tribunal avait fait quelque concession, les commissaires du prince entrèrent, le 1*' mars 1633, dans la salle c où € les sieurs prélats et vassaux estoient réunis > pour rendre la justice^ et remontrèrent que le duc avait déjà prescrit d'assembler les États ; que différentes circonstances l'avaient ensuite forcé de les contremander, et qu'il comptait ouvrir la session

(1) Y., à la bibl. publ., le ma. n** 27 C, pièce 9.

dans six mois ; mais que Taide n'étant pins exigible, et le besoin d'argent se faisant vivement sentir, on engageait les prélats et vassaux à autoriser la perception de Taide pour six mois encore; ce qu'ils accordèrent avec on empressement dont le duc eut tout lieu d'être satisfait (1). Il est inutile d'ajouter que les lettres de convocation ne furent pas expédiées an bout des six mois, et, le 5 décembre, le tribunal des Assises vit arriver de nouveau les commissaires de Charles IV. Ils représentèrent que divers obstacles n'avaient pas permis d'appeler les États, comme on l'avait promis, au mois de mars, et qu'il était indispensable de consentir à la levée de l'aide pendant l'année 163&. Les Assises ne se montrèrent pas plus rebelles que la première fois, et l'aide fat octroyé, comme le duc le demandait (2). Néanmoins, les gentilshommes composant le tribunal nommèrent des commissaires pour solliciter la radresse des griefs que le second Ordre avait ou croyait avoir, et pour requérir, t en toute € humilité », la convocation des États-Généraux c au plustôt c que faire se pourroit > (3); réquisition qui n'eut et ne devait avoir aucun résultat.

Au nombre des causes qui empêchèrent la noblesse d'opposer aux entreprises de Charles une résistance sérieuse, il faut ranger les inquiétudes que causaient l'attitude de la France et les troubles de l'Empire. On croit, et non sans raison, que le duc de Lorraine, jeune, remuant^ ambitieux, avide de renommée, avait pris part, en 1627, à une sorte de coalition formée contre la France par le duc de Buckingham, ministre de Charles !•% roi d'Angleterre. Au dire de ce ministre, aussi incapable que présomptueux, trois armées anglaises allaient débarquer à la fois à la Rochelle, dans la Guyenne et dans la Normandie ; pendant

(1) y. Layette Ètats-Gênêraux^ II, n« 28.

(2) V. ibid., no 29.

(8) V. Essai historique^ par M. Beaupré, p. 136, note

que les mécontents essayeraient de faire soulever plusieurs provinces; que le dac de Savoie attaquerait le Dacphiné et la Provence, et que des troupes allemandes, envoyées par TEmpereur, envahiraient les Trois-Évêchés et la Champagne. Buckingham engageait Charles IV à rallier cette dernière armée avec toutes ses forces, et lui faisait espérer une riche récompense lorsque Ton procéderait au partage dés dépouilles. La duchesse de Chevreuse, qai avait reçu du cardinal de Richelieu, après Tavortement de la conspiration de Chalais, Tinjonction de quitter le royaume, fut Tinstrument le plus actif de la négociation. Elle ne pouvait pardonner au cardinal de Tavoir exilée de la Cour et ne négligeait aucune occasion de lui créer des ennemis et de lui susciter des embarras. Elle fut, du reste, vivement secondée par le chevalier de Montagu, espèce d'aventurier qui parcourait l'Europe afin d'ourdir cette trame immense. Montagu vint à Nancy, s'aboucha avec le duc, en obtint quelques promesses et continua sa route. Mais ayant appris, peu de mois après, que les ministres de France avaient ou croyaient avoir des preuves de la participation plus ou moins directe qu'il avait eue aux projets de l'Angleterre, Charles résolut de se rendre à Paris, pour effacer, si la chose était possible, l'impression fâcheuse produite par son inprudence.

Une autre affaire encore loi inspirait le désir d'avoir une entrevue avec Louis XIIL Dès l'année 1624, le roi avait prescrit d'élever une citadelle à Verdun. L'évêque de cette ville, François de Lorraine-Chaligny, s'y opposa^ probablement à l'instigation de Charles IV, et fit afficher, le 21 décembre 1626, un monitoire, qui défendait, sous peine d'excommunication, de continuer les travaux, attendu que leur achèvement devait entraîner la destruction de plusieurs églises. Le sieur Gillet^ lieutenant pour le roi en la justice de Verdun, ayant fait enlever les affiches, François l'excommunia, ainsi que les ingénieurs et les ouvriers, adressa ses plaintes à r<^mpereur, dont l'autorité

était nominalement reconnae à Verdun, confia ses pouvoirs aux grands vicaires et se retira dans la \ille de Cologne. Michel Charpentier, président royal de Metz, déclara aussitôt Texcommunication abusive et scandaleuse, ordonna que les copies en seraient lacérées et brûlées par la main du bourreau, condamna le prélat à une amende de dix mille livres et fit saisir son temporel. Ces mesures violentes du président répandirent en Lorraine une alarme générale, et le duc pensa qu'il ne pouvait se dispenser d'intervenir (1). Quand le roi connut la détermination de Charles, il enjoignit à Marillac, gouverneur de Verdun, de partir pour Nancy et d'engager le duc à ne pas se rendre à la Cour ; mais le prince s'était déjà mis en route, et Marillac qui le suivit immédiatement, ne l'atteignit que dans les environs de Paris. Charles IV y entra sans se faire connaître, prit un logement dans l'hôtel de Chevreuse et demanda une audience à Louis XIII. Craignant que le monarque ne lui adressât des reproches relativement à ses liaisons avec l'empire d'Angleterre, il se plaignit, avec beaucoup de vivacité, du traitement infligé à l'évêque de Verdun, et des entreprises du sieur le Bret, Intendant de Metz, qui, chargé de revoir le texte des anciens traités conclus entre les évoques de cette dernière ville et les ducs de Lorraine, avait, de son autorité privée, prononcé la réunion aux Trois-Évèchés de quelques petits territoires légitimement acquis par les prédécesseurs de Charles, s'en était mis en possession, et avait eu l'audace de faire afficher ses arrêts dans différentes villes de notre pays et jusque dans sa capitale. Le roi, surpris de la manière dont le duc défendait ses droits, n'osa lui parler des soupçons que l'on avait conçus, répondit qu'il voulait vivre avec lui en bon parent et en bon ami, et que le jugement des difficultés actuellement pendantes serait aban-

(1) V. Roussel, Hist. de Verdun, p. 513-516.

donné à des commissaires nommés par les deux parties ; néanmoins, il refusa de recevoir Thommage pour le Barrois au nom de Charles IV seul, et déclara que cet hommage, loin de se borner à un simple baise-main, serait fait dans toutes les formes. Le duc,appréhendant que Ton n*insistàt, quitta Paris assez brusquement et revint dans ses États. 11 croyait Taffaire assoupie, mais Richelieu, bien convaincu que Charles avait des engagements avec les ennemis de la France (1), n'attendait qu'une occasion favorable pour faire tomber sur la Lorraine le poids de son mécontentement, et cette occasion ne tarda pas à se présenter. Le cardinal ayant su queMontaguse disposait à traverser de nouveau la Lorraine, chargea le sieur de Bourbonne de Fenlever. Le coup de main réussit. Montagu, arrêté dans le Bassigny lorrain, à deux ou trois lieux de la frontière, fut conduit dans le château de Coiffy, et on s'empara de tous ses papiers, dans lesquels on trouva, dit-on, des pièces qui compromettaient Charles IV. Celui-ci fit d'abord grand bruit de la violation de son territoire, envoya successivement le marquis de Ville et de Lénoncourt demander une réparation, et ne dissimula pas que, si on la lui refusait, il allait assiéger, avec l'aide des soldats du colonel Kratz, le château de Coiffy, où le négociateur anglais était encore.

Pour bien entendre cette menace, il faut savoir que, depuis peu de mois, l'empereur Ferdinand II avait envoyé le colonel, avec un bon corps de troupes, occuper les villes de Vie et de Moyenvic, que l'on regardait comme des dépendances de l'Empire. Kratz avait ordre de fortifier Moyenvic et d'attendre les événements; mais Louis Xlll ne se méprit pas sur la nature des instructions que ce chef avait reçues et devina que les

(1) Le duc de Lorraine faisait ostensiblement des levées et avait ordonné d'organiser plusieurs régiments d*in£aQterie, composés chacun de dix enseignes ou compagnies de deux cents hommes.

troupes allemandes avaient poar mission de tenir en respect les garnisons de Metz, Toul et Verdun, et de prêter au besoin mainforte au duc de Lorraine, il prescrivit en conséquence de transférer Montagu à la Bastille, et Charles comprit la nécessité où il se trouvait d*entamcr une nouvelle négociation. 11 eut recours, dans cet embarras, au prince de Phalsbourg, son frère, qui depuis quelques années, vivait dans une sorte de disgrâce. Le prince se rendit à Paris, sous un prétexte, et demanda à la reine-mère (car le roi et son ministre étaient dans la Rochelle) que Ton ne fit pas à Charles Taffront de retenir en prison un agent diplomatique arrêté sur le territoire lorrain, et au mépris du droit des gens ; il n'obtint d'abord que des réponses évasives; toutefois, les succès de l'armée française contre les Protestants ayant fait penser au cardinal de Richelieu que les manœuvres de Montagu n'étaient plus à craindre, le roi relâcha ce dernier, permit à la duchesse de Chevreuse de reparaître à la cour, et dissimula son ressentiment contre Charles IV. Celui-ci profita du séjour que Louis XIII fit à Paris, du 2k février au 3 avril 1628, pour venir le remercier, et la prise de la Rochelle, qui succomba le 28 octobre suivant, acheva de renverser les projets du duc de Lorraine (1).

Ces mouvements ne causèrent heureusement aucun dommage aux deux duchés, et, malgré ses préoccupations politiques, Charle3 ne perdit pas de vue les soins de l'administration. La guerre qui ravageait l'Allemagne depuis plusieurs années, avait forcé beaucoup de Protestants à se retirer dans le bailliage de Vaudrevange, et l'on craignait de voir ces nouveaux-venus communiquer leur hérésie aux anciens habitants. Le 26 octobre

(1) V. Hugo, Histoire de Charles IV, passim (comme il existe plusieurs copies de cet ouvrage, nous ne pouvons renvoyer à la page); Mémoires de Richelieu, t. II, III et lY ; Histoire de la réunion de la Lorraine à la France , par M. le comte d^Haussonvillo. t. I, p. 198-221.

1626, le duc défendit, sous peine de confiscation de biens et de bannissement, de garder des livres condamnés (1), et, le 5 octobre 1629, il rafraichit les édits promulgués contre les hérétiques par ses prédécesseurs. En 1624^ il avait de concert avec Nicole, renouvelé la prohibition d'envoyer des enfants en échange dans les villes où le culte catholique n'était pas libre, et disposé que dans les villes mixtes les enfants ne pourraient être placés chez des familles protestantes (2). On continuait, en même temps, à appliquer les mesures précédemment décrétées pour bannir Fhérésie des petites principautés réunies à la Lorraine. Un jugement de la chambre impériale de Spire, en date du 7 juillet 1629, ayant définitivement adjugé le comté de Sarrewerden au comte de Vaudémont, on résolut sur le champ d'y établir la religion catholique, et on y dépêcha des commissaires, qui convertirent un grand nombre d'habitants. Néanmoins,* le Luthéranisme y avait jeté de si profondes racines, que l'on fut obligé de le tolérer (3) ; mais, pour préparer la ruine totale de l'erreur, le comte créa, en 1630, à Bockenhcim ou Bouquenom un collège tenu par les Jésuites (4); et, l'année suivante, la congrégation de Notre-Dame fonda un couvent dans le même lieu, afin de procurer aux jeunes filles une éducation convenable.

Les Maisons religieuses se multipliaient et s'affermissaient, en 1629 et en 1630, la môme congrégation établissait des monastères à Provins, Vézelise, Étampes et Joigny (5); l'évêque de Toul se disposait à ouvrir un séminaire dans sa ville épiscopale,

(1) V. Rogéville, ibid., t. I, p. 575-576.

(2) V. idem, ibid., p. 573 et 574.

(3) V. Galmet, Notice, t. I, supplém., col. 81.

(4) L'acte de fondation est imprimé dans Calmet, Hist, t. IIl, Preuves f col. dlxxv-dlxxvg.

(5) V. Hist. du B. Pierre Fourier, par M. l'abbé Chapia, t. L p. 309 et 310.

et Charles IV reprenait les négociations autrefois entamées par son aïeul et par son oncle pour obtenir Térection d'un évèché à Nancy. Le prince Nicolas François, frère de Charles, qui était évèque de Toul, appuya la demande ; mais les chanoines s*y opposèrent, envoyèrent des députés au pape, au roi et à l'archevêque de Trêves, et parvinrent à faire avorter le projet (1). Les efforts des Lorrains pour avoir dans la ville de Rome une église nationale eurent, au contraire, un plein succès. Deux confréries de Lorrains s'y étaient organisées dans la seconde moitié da XV* siècle ; la plus ancienne comprenait également des Français, des Bourguignons et des Savoyards ; l'autre, qui était placée sous la protection de sainte Catherine et de saint Nicolas, s'assemblait dans l'église de Saint- Louis-des-Français. Au commencement du XVII* siècle, les Lorrains se retirèrent de la première. En 1622, la seconde abandonna Saint-Louis, où elle avait une chapelle magnifiquement décorée, et, le 5 octobre, elle reçut du pape Grégoire XV la concession à perpétuité de l'église Saint-Nicolas-m-i4^one, qui tombait en ruine. La confrérie en prit possession Tannée d'après, et s'occupa aussitôt de la faire reconstruire. Le nouvel édifice, élevé sur les plans de l'architecte romain Charles Fontana, forme un quadrilatère allongé, mais sur chacun des flancs on a ménagé deux saillies peu considérables, qui donnent au plan par terre l'apparence d'une croix de Lorraine. L'église se compose seulement de deux travées, dont la première est couverte par une coupole à peu près elliptique, peinte à fresque et représentant le ciel ouvert. L'intérieur est richement orné de marbres^ de peintures et de stucs dorés, et sur le portail on lit cette inscription :

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