‹ Histoire de LorraineChapitre 6 sur 16 · SUITE DU RBGNE DE CHARLES IV · texte numérisé non relu

SUITE DU RBGNE DE CHARLES IV

Il était facile de prévoir qu'un traité dicté par la ruse et imposé par la violence n*était pas destiné à subsister longtemps. Le duc de Lorraine, furieux d'avoir été de nouveau la dupe de Richelieu, se h&ta de quitter Paris, où Ton essayait, en lui donnant des fêtes brillantes, de lui faire oublier les douloureux sacrifices qu'on lui avait arrachés. Il se rendit à Bar-le-Duc, d'où la garnison étrangère venait de sortir, et il y fut rejoint par plusieurs gentilshommes. Il y vit arriver aussi un officier français qui lui apportait, avec invitation de le revêtir de sa signature, un acte dans lequel le duc déclarait ratifier le traité. Richelieu, connaissant la mauvaise foi de Charles, avait voulu, par cette sage précaution, l'empêcher de soutenir plus tard qu'il n'avait pas été libre de refuser son adhésion à la convention du 29 mars^ et le duc, qui devina les intentions de son habile adversaire, signa en frémissant la formule dressée par le cardinal. De Bar, il gagna la ville d'Épinal,et, ayant fait appeler un notaire et des témoins, il protesta, de la manière la plus formelle, contre la plupart des clauses du traité, particulièrement contre les articles secrets et ceux qui concernaient la cession du Clermontois et des villes de Stenay, Dun et Jametz. La protestation, datée du 28 avril, fut, du reste, tenue fort secrète,

car Charles désirait se faire remettre les places dont la restitution lui avait été promise. Immédiatement après, il prit le chemin de Nancy dans le but de visiter l'église de Notre-Dame-de-Bonsecours. Sur toute la route, il rencontra le clergé et les fidèles des paroisses rurales, qui s'avançaient à sa rencontre avec la croix et l'eau bénite, et on ajoute qu'un curé fut assez simple pour y porter le Saint-Sacrement. Charles IV avait ordonné de préparer son logement dans le château de la Malgrange, et la foule, qui en fut avertie, se porta aussitôt dans cette direction. Écoutons le naïf récit de Conrard de Malzéville, que nous avons déjà cité plus d'une fois. « Ce fut, dit-il, le dernier jour d'avril « 1641 que Son Altesse est venue à Nostre-Dame-de-Bonse- € cours, et qu'il a fait son entrée à la Malgrange, environ les « cinq heures du soir. . . Estoit chose merveilleuse le nombre c de peuple qui l'attendoit par le chemin qu'il devoit venir ; et « pour moy et quatre ou cinq de Marzéville (Malzéville) lui « avons été des premiers au devantjusquesà dessous de Fléville, « où, l'ayant abordé, l'avons salué le mieux que possible nous c a esté, et criant : Vive Son Altesse ! Le bon Prince nous a « tendu les bras et mesme touché dans nos mains. Depuis là c jusqu'à la Malgrange le nombre des gens estoit si gros, qu'il c estoit quelquefois impossible qu'il puisse avancer, nonobstant c qu'il estoit monté sur un grand cheval d'Espagne sous poil

< gris, tant le nombre estoit infini, et tendoit le bras à un chac cun et touchoit dans la main de tous ceux qu'il pouvoit à c gauche et à droite. On lui déchira toutes ses manchettes et « ses gants, et il y eut une femme qui en emporta une, laquelle « disoit qu'elle ne bailleroit pas pour mille écns ; mesme avoitc il une écorchesse (écorchure) sur la main qui saignoit, tant

< on le désiroit. C'estoit chose horrible de voir tant de monde

< et ouïr les cris qu'ils faisoient : Vive Son Altesse ! Le lende- « main, premier jour de mai, il alla ouïr la messe à Nostrc- « Dame-de-Bonsecours. Ce fut encore pis ; car la foule estoit si

« grosse que pour voîr quelquefois vingt-cinq ou trente perc sonnes tombées sous le cheval, sans estre personne blessé, « sinon la pauvre Isabelle Pierrard de Marzéville, laquelle eut « un bras rompu. C'estoit chose merveilleuse de voir rafTection <t qu'il avoit à son peuple, et le peuple envers lui. Le bon € Prince sourioit sans cesse et consoloit bien le pauvre « peuple (1). >

Un mois plus tard, il visita Pont-à-Mousson et y fut reçu avec autant d*empressement. Des bourgeoises et des dames nobles baisèrent ses bottes, enlevèrent différents morceaux de ses vêtements, ainsi que les aiguillettes de ses culottes, et lui arrachèrent même quelques cheveux et quelques poils de la barbe, afin de les conserver comme des reliques. Malgré la popularité de Charles, on peut supposer que ces démonstrations avaient pour but moins de témoigner l'amour des Lorrains pour un homme qui avait causé leurs malheurs, que de faire éclater la haine de nos ancêtres contre les oppresseurs de leur pays.

Le cardinal de Richelieu, instruit de toutes ces particularités, en conçut de Tombrage ; il n'osa néanmoins différer la remise des places qui devaient être restituées aux termes de l'arrangement, mais il invita Charles à joindre ses troupes à celles du maréchal de Chàtillon, chargé de réduire le comte de Soissons et le duc de Bouillon, que les procédés violents du cardinal et d'autres causes avaient poussés à la révolte. Le duc refusa, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, d'obtempérer à l'invitation de Richelieu, et, pendant ce temps, il mettait de bonnes garnisons dans les villes qu'on lui avait rendues, y faisait entrer des vivres et des munitions, et pressait le ministre français de raser les fortifications de Marsal. Cette dernière demande parut d'abord très-extraordinaire, et on apprit seule-

(1) Cité pw LionnoU, ibid., 1 1, p. 511 et 51B.

ment pins tard que le duc s* était proposé de pénétrer dans la ville dès qu'une brèche y aurait été pratiquée, de réparer aussitôt le dégât et de placer à Marsal une garnison qui aurait tenu en bride celle de Nancy (1).

Richelieu fit de nouvelles instances plus vives que les premières; mais Charles, au lieu de lui donner satisfaction, se lia par un traité secret avec les princes révoltés ; et le maréchal de Ch&tillon^ désespérant d*étre rallié par les troupes lorraines, livra bataille à ces derniers, le 6 juillet, et essuya une défaite complète. Ce malheur acheva de pousser à bout le cardinal, qui prescrivit à Du Hallier d'enlever le duc de Lorraine. Heureusement pour celui-ci, Du Hallier commit l'imprudence de montrer à sa femme l'instruction du ministre, et Charlotte des Essarts, craignant de voir une rupture définitive entraîner la ruine des espérances qu'elle avait fondées sur la réconciliation du roi et de Charles IV, écrivit un billet à la Mère Angélique Milly, supérieure du monastère de la Congrégation établi à Nancy, dans le but d'engager cette religieuse, dont les lumières n'étaient pas moins estimées que les vertus, à prévenir le duc et à le prier de ne pas se brouiller derechef avec la France.

Le prince fut bientôt décidé. Il réunit tout ce qu'il avait de soldats disponibles et occupa une forte position sur la côte de Delme. Richelieu enjoignit sur le champ à Du Hallier de commencer les hostilités, et comme Tannée lorraine n'était pas assez nombreuse pour tenir la campagne, les Français reprirent facilement la plupart des villes restituées en vertu du traité de Paris. Sur ces entrefaites, le duc, voulant rejeter sur ses ennemis l'odieux de la guerre, fit passer au cardinal un mémoire dans lequel il prétendait justifier sa conduite, et il joignit à cette pièce le billet de Charlotte des Essarts, que la Mère Angélique avait jugé à propos de lui transmettre. Une pareille

(1) V. Mém. de Beauvau.

communication faillit devenir funeste à Du Hallier. Il reçut ordre de reléguer immédiatement sa femme dans une de ses terres, de placer à Nancy en qualité de major un nommé Belcastel (qui passait pour être l'ennemi personnel du gouverneur), et de venir lui-même rendre compte de sa conduite, dès qu'il aurait soumis Châtel-snr-Moselle, dont il avaitformé le siège. La Cour souveraine, que le duc avait réorganisée le 7 mai, et h laquelle il avait attribué juridiction sur la Lorraine et le Barrois, se retira à Vaudrevange et y prononça, le 30 août, un arrêt annulant le traité du 29 mars et les actes qui Tavaient précédé et suivi, sous le prétexte qu'un prince ne peut aliéner une portion de ses États à l'insu du peuple dont la Providence lui a confié le gouvernement (1) ; le 28 septembre, Nicolas- François, qui se trouvait à Vienne, protesta contre le même traité (2); mais Richelieu ne tint aucun compte de ces futiles déclarations et résolut de continuer la guerre avec vigueur. Du Hallier, dont les explications avaient été agréées, revint en Lorraine, sur la Gn de Tété, et prit ses mesures pour réduire les villes de Longwy, Dieuze et la Mothe. Il n'essaya pas d'assiéger la dernière dans les règles, et comme elle était mal pour\'ue de vivres, il la bloqua, dans l'espérance que la disette contraindrait promptement le gouverneur à capituler. A cette nouvelle, Charles fit préparer un convoi considérable pour ravitailler la place et accompagna le convoi avec toutes ses troupes. Le général français, dont les forces étaient bien diminuées, parce qu'il avait été obligé de laisser des garnisons dans les villes et les châteaux reconquis depuis peu, n'osa attendre les Lorrains dans ses lignes et opéra sa retraite sur Li (Toi -le- Grand, après avoir envoyé son artillerie à Chaumont. Le duc, ayant escorté

H) V. Rogéville, ibid., t. T, p. 42d-425. L*arrêt est imprimé dans Calmet, ibid., t. III, Preuves^ col. dxviij-dxx.

(2) La protestation est imprimée ibid., col. dxxiy et dzxv.

le convoi jusqu'à la Mothe, franchit la Meuse sur le pont de Bazoilles, avec la plus grande partie de son armée, tandis que le reste allait traverser le fleuve un peu plus haut, non loin du village de Haréville. Du Hallier accepta le combat, et la victoire était encore incertaine, lorsque le détachement qui avait passé la Meuse près de Haréville parut à Timproviste sur la droite des Français. Du Hallier, appréhendant de se voir tourner par Tennemi, abandonna précipitamment le champ de bataille, après avoir perdu quinze cents hommes tués ou blessés, et en laissant entre les mains de ses adversaires un millier de prisonniers, sa caisse militaire et ses bagages. Le duc ne songea pas à le poursuivre et se dirigea rapidement vers Neufchàteau, qu'il croyait enlever aisément; mais le sieur de Battillj, qui commandait dans la ville pour le roi, fit si bonne contenance, que Charles, content d'en tirer quelques vivres et une petite somme d'argent, s'éloigna et, quittant ses États, prit le parti d'occuper une bonne position, entre la Meuse et la Sambre, et de continuer à guerroyer contre les Français (1).

Telles furent les suites du traité de Paris, que les historiens ont appelé la petite paix, La Lorraine, qui avait cru entrevoir l'aurore de jours moins mauvais, retomba dans le découragement, et Richelieu résolut de ne plus négocier avec Charles IV, d'annexer notre pays à la France et d'interdire toute communication entre les Lorrains et leur duc (2).

Ce dernier, qui s'était réconcilié avec l'Empereur et le roi d'Espagne, alla passer l'hiver à Bruxelles, où il amena avec lui Béatrix de Cusance. Son union avec cette dame lui causait une foule d'embarras et de difficultés, dont il aurait pu s'affranchir

(1) V. Hugo, ibid.; Oaillemin, ibid. ; Mém. deBeauvau; Calmet, ibid., t. III, col. 410-417; M. d'Haussonville, ibid., p. 124-139.

(2) Du Hallier défendit, le 12 décembre 1641, d*avoir aucune communication, ni correspondance avec Charles IV. V. lo Recueil de François de Neufchàteau, seconde partie, p. 56.

en reprenant son épouse légitime ; mais sa passion et son orgaeil Tempèchaient d*écouter les conseils de la religion et de la prudence. Il avait malheureusement rencontré des théologiens aveugles ou peu scrupuleux, qui entretenaient ses illusions en lui déclarant que son mariage avec Nicole était nul pour plusieurs raisons. Le P. Didier Cheminot, Jésuile, confesseur du prince, s'était rendu à Rome et avait présenté une consultation favorable à la nullité du mariage et signée par quatorze théologiens. En même temps, on faisait imprimer des factums où Ton reproduisait les arguments misérables à l'aide desquels on avait essayé, dans l'origine, de tromper l'opinion publique, et où reparaissait la lamentable histoire de Melchior de la Vallée (1). Loin de produire l'effet que l'on attendait, ils indisposèrent les honnêtes gens contre les flatteurs du duc de Lorraine ; un de ses plus fidèles sujets, le sieur Cueillet, gruyer de Nancy, combattit avec avantage ces écrits révoltants, et on doit ajouter que Charles ne lui en sut pas mauvais gré (2).

Ses émissaires et ses mémoires furent mal accueillis à Rome ; néanmoins, comme le Souverain-Pontife voulait examiner la question avec beaucoup de maturité, le procès dura longtemps, et l'on a dit plus haut que l'espérance de se voir appuyé par Richelieu fut un des motifs qui portèrent Charles IV à signer le traité de Paris. On a dit également que le cardinal avait joué le duc. Après la nouvelle rupture, Richelieu conseilla à Nicole de poursuivre l'affaire avec plus de vivacité, et la duchesse ayant demandé au pape de statuer définitivement, Urbain VIII, qui avait déjà prescrit au duc de quitter Béatrix, sans pouvoir le faire obéir, les excomunia, le 23 avril 16&2 (3). L'interdit n'eut

(1) Deux de cm écrits sortirent de la Plume du chancelier Le Moleur. V. Calmet, Bibl. lorr.. col. 665.

(2) V. Chevrier, ibid., p. 141-143.

(3) La balle est imprimée dans Calmet, HisU^ t. III, Preuves ^ col. dzxv-^zzviy.

pas été plnstôt signifié par Tarchevèque de Malines, que Charles ordonna au procureur-général de Lorraine d*en inteijeter appel comme d*abas, et ce magistrat fit imprimer l'acte d'appel, qui était conçu en termes presque injurieux pour le pape et renfermait des menaces, heureusement fort vaines, contre toutes les personnes disposées à suivre, en cette occasion, Timpulsion de leur conscience. Le prince protesta dans un acte particulier contre la sentence d'excommunication, qu'il déclarait contraire au droit canonique et attentatoire aux privilèges dont jouissaient les ducs de Lorraine. Malgré l'inconvenance de la forme, Urbain consentit à recevoir l'appel, mais à condition que le duc se séparerait de sa concubine et se ferait relever de l'excommunication. Charles feignit de condescendre aux désirs du pape, s'éloigna momentanément de Béatrix, qu'il continua cependant de voir en secret^ et présenta l'énumération des moyens qu'il comptait employer pour établir que son mariage avec Nicole était radicalement nul. On l'admit à en faire la preuve ; mais, comme plusieurs des témoins à entendre étaient morts, et que l'enquête offrait de nombreuses difficultés^ le duc, fatigué d'attendre une décision, qu'il savait bien d'ailleurs devoir être contraire à ses volontés, reprit Béatrix et vécut avec elle, comme auparavant (1).

Bien différente de Nicole, qui ne savait que se plaindre, Béatrix montrait plus d'activité que Charles IV lui-même; elle le suivait partout, souvent à cheval et par les temps les plus rigoureux; ce qui faisait dire aux Lorrains qu'elle était la femme de campagne de Son Altesse, et ce qui ne contribua pas peu à maintenir son ascendant sur l'esprit d'un prince renommé pour son humeur inconstante. Elle l'avait accompagné lorsqu'il était revenu en Lorraine, au mois d'avril 16&1 ; elle ne le quitta pas

(IJ V. Hugo, ibid.; Guillemin, ibid.; Mém. de Beauvau ; Calmet, Hist., t. III, col. 37S, 873, 385, 386, 418 et 419.

davantage pendant la campagne de 16ili2, qui ne donna lien à aucun événement important.

Le cardinal de Richelieu mourut le k décembre, et le roi se hâta de rappeler les exilés et reconnut le mariage de Gaston et de Marguerite. On croit que si Charles avait profité de ce moment pour entamer des négociations, il aurait obtenu son rétablissement à des conditions supportables ; mais il ne voulut faire aucune démarche dans ce but et attendit, croyant que la disparition de Richelieu ne manquerait pas d'amener la fin d'une . guerre qu'il avait seul intérêt à entretenir.

Le duc se trompait ; les hostilités recommencèrent avec la belle saison et ne furent pas interrompues par la mort de Louis XllI, arrivée le H mai 1643. La France ayant déclaré la guerre à l'électeur de Bavière, Charles IV partit, avec son armée, pour secourir ce prince, qui avait épousé, en premières noces, une des filles de Charles III. La campagne se passa en marches et en contremarches; mais, en automne, le duc d'Enghien, qui avait gagné la bataille de Rocroy le 19 mai, pris Thionville le 10 août, et enlevé Sierck le 2 septembre, amena des renforts au maréchal de Guébriant, sous la direction duquel était placée l'armée française. Désirant faire hiverner ses troupes dans la Souabe, ce dernier assiégea Rothweil, s'en empara et y reçut une blessure mortelle. Le comte de Rantzau et le général Rosen, qui commandaient sous les ordres du maréchal, ne pouvant s'accorder, résolurent de retourner en Alsace et choisirent des chemins différents. Instruit *de cette circonstance, le duc de Lorraine, accompagné de Mercy et de Jean de Werth, se mit à la poursuite de Rantzau, le surprit à Tuttlingen, le 25 novembre, se saisit de l'artillerie, que les ennemis avaient laissée hors de la ville, et les força à déposer les armes. Rosen, averti par le bruit du canon, essaya d'atteindre la Forêt-Noire avec le corps qu il conduisait ; mais, entouré par les troupes lorraines et impériales, il fut contraint de se rendre à discrétion.

Les deax chefs, quatre maréchaox-de-camp, sept on hait cents officiers, neuf mille soldats, Fartillerie et le bagage des Français et des Suédois demeurèrent au pouvoir de Charles IV et des généraux de TEmpereur, qui se le^ partagèrent.

Cette victoire ne donna heureusement pas à Charles IV Tenvie de rentrer en Lorraine. L'hiver de 1640-1641 avait été trèsrigoureux, car la gelée avait commencé au mois d'octobre pour ne finir que le 7 mai ; et pendant Tété des débordements avaient au rapport de DomCassien Bidot, c causé une infinité de dégasts, c rompu grand nombre de ponts et de moulins, démoli plusieurs c maisons, mesme des murailles de villes, et ébranlé des tours». L'hiver de 1641-1642 fut, au contraire, extrêmement pluvieux, et les récoltes furent presque entièrement perdues. L'été ne fut pas moins humide, et le raisin n'étant pas mûr au mois d'octobre, on jugea à propos de le laisser sur les ceps pendant la mauvaise saison. En divers endroits, on vendangea seulement dans les premiers jours de février, et, ce qui étonnera, le vin fut passable, si l'on peut ajouter foi au témoignage de Conrard. Toutes ces circonstances réunies produisirent une véritable disette. En 1642, lit-on dans le journal de Bidot, c la famine a esté si c extraordinaire, que d'âge d'homme l'on n'a vu le grain si € cher » (1). L'espérance d'être délivrés des calamités qui duraient depuis près de douze ans porta les magistrats et les habitants de Nancy à faire un pèlerinage à Notre-Dame de Benoite-Vau, où des miracles avaient été obtenus récemment par l'intercession de la Sainte Vierge. Le 6 mai 1642, plus de quinze cents bourgeois et bourgeoises de Nancy, accompagnés d'ecclésiastiques, de religieux, de représentants des tribunaux et des corporations, et marchant processionnellement, prirent la route de cette chapelle, qui dépendait de l'abbaye de l'Étanche.

(1) Jaumaua de Conrard et de Dom Bidot cités par Lionnois. ibid., t m, p. 244 et 245.

Chaque jour, on faisait halte vers midi pour se reposer et manger, et le soir on s'arrêtait dans une ville pour passer la nuit. Toul, Commercy et Saint-Mihiel furent les trois étapes du pèlerinage. Le quatrième jour, vendredi 9 mai, on parvint à Benoite-Vau, où Ton resta jusqu'au dimanche, et on regagna la capitale par le même chemin. Les Nancéiens furent accueillis avec le plus grand empressement. On sonnait les cloches, on allumait des feux de joie, on répandait des fleurs dans les rues, et on se disputait l'honneur d'héberger les pèlerins. Ces pieux voyages, qui avaient commencé en 1641, se prolongèrent pendant le cours des années 16&2 et 1643, et presque toutes les paroisses de la Lorraine, du Barrois et du temporel des Trois- Évêchés visitèrent la chapelle de Benoite-Vau, celle de Bonsecours, l'église de Saint-Nicolas et d'autres sanctuaires renommés (1). Lionnois rapporte (2) que M. du Hallier voulut accompagner la procession de Nancy, pour prouver aux Lorrains combien il compatissait à leurs souffrances. Il avait tâché, en effet, de cicatriser, autant que possible les plaies de notre patrie ; mais le mal était plus fort que les remèdes, et d'ailleurs M. du Hallier obtint le bâton de maréchal de France, peu de mois après^ et abandonna son gouvernement. Il fut remplacé par le marquis de Lénoncourt(3), dont le nom semblait devoir rassurer nos ancêtres. Le nouveau gouverneur ayant été tué au siège de Thionville, le cardinal Mazarin désigna pour lui succéder le marquis de Ferté-Senneterre, homme dur et avide, et qui doit figurer au premier rang sur la liste de ces gouverneurs français que l'on appela les Bâchas de la Lorraine. Lorsqu'il

(1) V. Histoire des monastères de VÉtanche et de Benoite- Yau^ par M. Dumont. p. 109-116, 124-141 et 146-149 ; /ouma/ de la Sêciété d^archèologie lorraine, 1852-53, p. 129-139.

(2) V. ibid., t. Il, p. 249 et 250.

(3) Claude de Lénoncourt. Il appartenait à la branche aînée, établie en France depuis longtemps.

entra à Nancy» le conseil de ville lui donna une bonrse remplie de jetons d'or, offrant d'an côté les armes du marquis et de l'autre une perspective de la capitale. Il demanda ce que le dessin représentait, et quand on lui eut répondu que c'était la ville de Nancy, c Je ne la reconnaissais pas, dit-il. Vous Pavez faite trop petite ; faites-moi faire des jets (jetons) plus gros, et vous verrez qu'on la reconnaîtra mieux. » C'était clairement solliciter un présent considérable, et le conseil fut obligé d'imposer un autre sacrifice à la bourgeoisie. Néanmoins cette avidité, qui rappelait l'avarice des proconsuls romains, s'alliait chez le marquis de la Ferté à un zèle très-vif pour l'ordre et la justice. Il maintint la discipline la plus sévère dans son armée, et, pourvu que l'on payât sans murmure les énormes contributions qu'il exigeait on était sûr de cultiver la terre en paix et de profiter de la récolte. Il admirait souvent le courage, l'activité et l'économie de ses administrés, et il répétait volontiers que pour ruiner les Lorrains il fallait leur couper les bras.

La première année de son gouvernement fut cependant troublée par quelques hostilités. Le comte de Ligniville avait pénétré en Lorraine, au commencement de l'année 16&&, avec un faible corps de troupes, et s'était emparé de diverses places qui étaient mal gardées. Le marquis de la Ferté se mit alors en campagne, chassa le comte et reprit les villes et les ch&teaux dont nous venons de parler, de sorte qu'il ne resta guère aux soldats de Charles IV d'autre refuge que La Mothe (1). Le bailliage de Vosge y avait été transféré, le 12 mars 16/i2, et, quoique le territoire tout entier fût occupé parles Français, les Vosgiens continuaient à faire juger leurs procès par les magistrats ducaux. Le 25 avril suivant, M. du Hallier avait défendu, sous peine de mort, de s'adresser à d'autres juges qu'à ceux du baillage créé à Mirecourt par Louis XIII ; et le Parlement de Metz, qui avait,

(1) Longwy était encore occupé par une garnison lorraine.

dès le 27 janvier, prescrit d'informer contre les individus correspondant avec La Mothe, interdit, le 22 septembre, c à peine c de confiscation de biens et punition exemplaire, de se poorff voir aux jurisdictions establies à la Mothe, Vaudrevange, € Sierck, etc. (1) ».

Ces prohibitions furent infructueuses, et, d*un autre côté, la nombreuse garnison de la forteresse ne cessait de faire des courses dans la Champagne. La Ferté n'eut pas plustôt pris possession de son gouvernement, qu'il représenta au cardinal Mazarin l'urgence de réprimer de pareilles excursions. 11 se flattait d'être lui-même chargé d'assiéger La Mothe; mais le cardinal confia cette tâche à un de ses compatriotes nommé Magalotti, qu'il se proposait d'élever à la dignité de maréchal de France. Au mois (te décembre 16/(&, Magalotti parut devant La Mothe, avec les régiments des gardes françaises, des gardes suisses, des Irlandais, d'Espagny, de Grand-Pré, Vervins, la Meilleraie, Francières, Brézé, Buss^y, Saint-Étienue et La Mothe-Houdancourt. L'hiver ayant été fort doux, les Français achevèrent la ligne de circonvallation avant le mois d'avril. Cette ligne, qui partait de la rive droite de Mouzon, auprès de Soulaucourt, gravissait la colline de Frébaut, passait au pied des montagnes de la R( cLe et de Chàtillon et se terminait sur la même rive du Meuzon, presque vis-à-vis Sommerécourt. Trois forts et huit redoutes défendaient les points les plus accessibles. Magalotti avait d'abord espéré que la famine contraindrait la garnison à capituler; mais Cliquet, qui commandait dans la place, avait en soin de remplir les magasins, et le général français, voyant que les Lorrains continuaient à faire bonne contenance, ouvrit la tranchée, dans les premiers jours de mai. Cliquet manquait malheureusement d'ingénieurs habiles, et les assiégeants^ s'étant

(1) V. le Recueil de François de Neufchdteau^ seconde partie, p. 57-59.

rendus maîtres de la contre-escarpe, traversèrent le fossé et attachèrent le mineur au bastion Sainte-Barbe. Bientôt, ils firent jouer une mine, qui ouvrit une brèche suffisante, et Magalotti se disposait à donner un assaut, lorsqu'il fut tué dans la tranchée. Le marquis de Villeroi, qui le remplaça, offrit à Cliquet la composition la plus honorable, et les officiers, les ecclésiastiques et les principaux bourgeois ayant exprimé Tavis qu'une plus longue résistance était inutile, M. du Boys de de Riocour, lieutenant-général an bailliage de Bassigny, dressa un projet de capitulation, que le marquis ratifia, bien qu*il eût reçu une lettre par laquelle Mazarin lui commandait de ne pas laisser le gouverneur se retirer librement. On convint qfie la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre, tambours battants, enseignes déployées, et qu'elle emmènerait deux pièces de canon ; que M. de Riocour pourrait faire transporter dans les Pays-Bas les meubles appartenant au duc de Lorraine ; que les habitants de la Mothe ne souffriraient aucun dommage dans leurs personnes, ni dans leurs biens, et que les ecclésiastiques continueraient à jouir de leurs bénéfices (1).

Le 7 juillet. Cliquet prit le chemin de Luxembourg avec sa garnison que le siège avait peu diminuée, et à son égard la capitulation fut respectée scrupuleusement ; mais, deux ou trois jours après la reddition de la ville, le marquis de Villeroi enjoignit aux bourgeois d'enlever leurs meubles et de s'éloigner. On fit sauter les bastions et les autres fortifications, au moyen de la mine, et les troupes françaises, renforcées de quinze ou seize cents paysans champenois, commencèrent à démolir les églises et les maisons. M. de Riocour fut chargé par les habitants c d'aller en la Cour de France démontrer le peu de fondement c d'une si effroyable exécution, faite contre la bonne foi et au

(1) Les articles de la capitulation sont imprimés dans Calmel, ibid., t. III, Preuves^ col. dxxix-dxxxj.

- su -

c préjudice d'une capitulation convenue si solemnellement avec c un général d*armée ». Le député s'adressa d*abord à la duchesse d'Orléans ; c mais cette princesse n'en ayant osé parler, c ni dire un petit mot à la reine », il se rendit chez Le Tellier, secrétaire d'État, qui lui déclara que toutes les sollicitations seraient infructueuses. Le clergé emporta processionnellement les reliques des saints; les prébendes de la collégiale Notre- Dame furent attachées à l'église de Bourmont, et on transféra dans le même lieu le bailliage de Bassigny et la sénéchaussée de La Mothe. Les habitants se dispersèrent pour la plupart dans les bourgades voisines, et quelques-uns d'entre eux se fixèrent dans lé hameau d'Outremécourt, lequel devint an village et représente seul aujourd'hui cette ville infortunée (1).

Charles, qui avait repris, aussitôt après la victoire de Tuttlingen, son ancien poste entre la Sambre et la Meuse, n'avait pas voulu abandonner la Mothe à ses propres forces et s'était avancé, avec ses troupes, jusqu'à Longwy; mais le duc d'Enghien, qui était en marche vers l'Allemagne, avec un corps d'armée, pour'secourir le maréchal de Turenne menacé par un ennemi supérieur en nombre, eut ordre de s'arrêter dans le Barrois jusqu'à la reddition de la ville, et de manière à couvrir les travaux du siège. La capitulation ayant eu lieu peu de jours après, Charles IV retourna dans les Pays-Bas, avec la garnison de La Mothe qui l'avait rejoint, rallia l'armée espagnole et fit avec elle les campagnes de 16/15, 16&6 et années suivantes, dont la relation ne peut figurer dans une histoire de Lorraine.

Il était tout occupé à cette époque des négociations relatives

(1) On ffrava en France une ^ande planche représentant le second siège de la Mothe, et le cuivre se trouve encore à la chalcographie impériale. Y. Du Bop de Riocour, Histoire^ etc., p. 188-205; Hugo, ibid.; Gaillemin, ibid.; Mémoires de Beauvau; Calmet, ibid., t. III, col. 422-428, M. d*Hau88onville, ibid., pagei 236-244. ^

à son prétendu mariage avec Béatrix de Cusance. Les princes lorrains établis en France avaient résolu de ne rien négliger pour le réconcilier avec Nicole, et le duc, prévoyant bien quelle serait la décision du Souverain-Pontife, parut d'abord se prêter de bonne grâce à un rapprochement. Il eut même Thypocrisie de dire qu'il avait recherché la main de Béatrix seulement après avoir été convaincu, par les rapports de plusieurs personnes dignes de foi, que Nicole n'avait jamais entendu donner son assentiment à son mariage avec lui. Il demandait en conséquence que la princesse quittât Paris et vint le trouver dans les Pays- Bas. Nicole, qui se souciait peu d'abandonner un asile oii elle avait enfin rencontré le repos, pour aller jouer en Europe le rôle d'aventurière (1), répondit qu'elle regardait et avait toujours regardé son union comme parfaitement valide, offrit de se rendre auprès de Charles, mais exigea des garanties' que le duc ne pouvait ou ne voulait fournir. D'un autre côté, et, comme elle se défiait avec raison de l'humeur inconstante de son époux, elle désirait que le pnpe prononçât d'abord son jugement (2). Il en résulta que les négociations traînèrent en longueur et furent définitivement rompues, en 16&7. Pendant ce temps, Béatrix continuait à vivre avec Charles IV, et cette dame, qui avait déjà une fille, baptisée sous le nom d'Anne de Lorraine, accoucha, le 17 avril 16&9, d'un garçon que l'on nomma Charles-Henri, et que l'on décora du titre de prince de Vaudémont. L'autorité ecclésiastique fit, à cette occasion, de nouvelles défenses au duc de retenir auprès de lui Béatrix de Cusance, mais il n'eut pas plus d'égards à ces interdictions qu'aux précédentes.

Sa sœur Henriette ne donnait guère meilleur exemple à la Cour de Bruxelles. Quand elle eut perdu l'espérance de se

(1) V. Chevrier, ibid., p. 216.

(3) y. une sorte de procès-verbal dressé par le nonce du pape, dans Cabnet, ibid., t. ill, Preuves, col. dxxxj et dxxxij

marier avec Puy-Lanrens, elle épousa en secondes noces, le 16 octobre 16/i&, Carlos, comte de Guasco, marquis de Solanos, gentilhomme espagnol que ses talents avaient élevé à un poste important. Cette union, assez sortable encore, n*ayant pas duré longtemps par suite de la mort du marquis, la princesse prit pour troisième mari un autre gentilhomme, appelé Christophe de Moura ; enfin, Christophe étant aussi décédé, elle convola en quatrièmes noces avec un banquier italien, Joseph-François Grimaldi; ce qui parut si révoltant, qu*ils furent arrêtés tous deux et emprisonnés momentanément par ordre de l'archiduc, gouverneur des pays- Bas.

Le duc de Lorraine se plaignit beaucoup de ces mésalliances, et on pensa même qu'il n'avait pas été étranger à la mesure décrétée par l'archiduc ; il s'empara d'une partie des meubles de Henriette et prescrivit à la Cour souveraine, qui siégeait alors à Luxembourg, de réunir au domaine ducal la petite principauté de Phalsbourg et Lixheim. Ces derniers événements se passèrent en 1652, et il n'était pas à cette époque en excellents termes avec Béatrix de Cusance. Elle s'était fixée à Anvers pendant une absence de Charles, et, pour charmer ses loisirs, elle avait noué une intrigue avec un prince Radziwil. Quand le duc eut acquis la certitude de ce qu'il appelait son déshonneur, il courut à Anvers, occupa avec violence l'hôtel de Béatrix, enleva les pierreries et les joyaux qu'il lui avait confiés et lui fit signifier, par le ministère de l'official, qu'il jurait de ne plus la revoir. Il aurait évité bien des embarras en prenant plustôt cette sage résolution. Après avoir redouté une décision pontificale qui ne lui aurait pas permis de rester avec Béatrix, il était impatient de voir prononcer un jugement qui lui ordonnât de s'en séparer pour toujours. Le moment approchait où ce jugement devait être rendu. En effet, le pape Innocent X, successeur d'Urbain VIII, promulgua une sentence de la Rote, datée du 23 mars 165&, qui déclarait valide le mariage de Nicole et de

Cbarles, et illégitime celui qn*il avait contracté avec Béatrix de Cusance (1).

Le duc, tout entier aux soins de la guerre qui se faisait en Flandre, et aux négociations relatives à ses embarras matrimoniaux, semblait parfois avoir presque oublié la Lorraine. La petite ville de Lougwy, la seule place qu'il eut conservée, était tombée au pouvoir des Français, le 12 juillet 16&7, et le sieur de Saint-Amour, qui en était gouverneur, s*était retiré dans les Pays-Bas, avec sa garnison. Le marquis de la Ferté, Tintendant de Lorraine et le parlement de Metz prenaient de concert les mesures qu'ils jugeaient les plus propres à rétablir la sécurité et le bon ordre. Le 3 janvier 16&5,le Parlement avait renouvelé la prohibition de se pourvoir devant les tribunaux que le duc avait installés dans les villes les plus rapprochées de la frontière ; le 25 octobre 16&6, Tintendant, M. de Marie, averti que Ton recrutait pour le service de Charles, interdit les levées de gens de guerre sans commission du roi ; le 10 septembre 16&8, il défendit de quitter les deux duchés, sans une autorisation expresse du monarque ou du gouverneur; enfin, le 9 juillet 1650, il publia une troisième ordonnance contre les émigrants et contre les individus qui s'enrôlaient dans les troupes de Charles IV et du roi d'Espagne (2). Comme les menaces ne suffisaient pas pour retenir dans leurs foyers des hommes qui se flattaient de trouver à l'étranger une existence moins pénible, on accorda des soulagements aux communautés et aux particuliers, et on déclara, le 2 octobre 16&7, que les capitaux des rentes constituées ne seraient pas exigibles pendant un certain

(1) La sentence de la Rote se trouve dans Calmet, ibid., col. dxxxv-dxlj ; elle avait été imprimée séparément, in-folio, en 1654. V. Hugo, ibid.; Guillemin, ibid.; Mém. de Beauvau; Calmet ibid., t. III, col. 483, 445, 446, 475-478, 485 et 486.

(2) Y. le Recueil de François de Neufch.^ seconde partie, p. 62, 64, 65 et 67.

nombre d'années (1). Néanmoins, malgré raffermissement de la tranquillité, la disparition de la peste et le retour de Tabondance, fruit de plusieurs bonnes récoltes, la Lorraine se remettait bien lentement, et la population, tant de fois décimée, n'augmentait pas d'une manière sensible. Nous en pouvons juger, soit par les registres des receveurs, soit par Tétat de la ville de Nancy. Chaque année on y levait une contribution de trois francs barrois par conduit pour subvenir aux dépenses municipales ; or, Timpôt produisit en 16&9, quatre mille deux cent quatre-vingt-douze francs (2) , qui , divisés par trois, donnent quatorze cent trente-six conduits ; si nous multiplions quatorze cent trente-six par cinq, nous obtenons sept mille cent quatre-vingts individus ; mais comme il y avait à Nancy beaucoup de veuves ne payant qu'une demi-cote, ce qui accroît la quantité de conduits imposables, on peut, sans craindre de se tromper, évaluer le nombre total des habitants à sept mille cinq cents individus (3) ; faibles restes d'une population bien considérable avant la guerre, puisque la ville neuve avait perdu de neuf à dix mille personnes pendant une période dix années, ainsi que nous l'avons dit un peu plus haut.

L'espérance de la paix soutenait seule les Lorrains. Des conférences avaient été ouvertes à Munster et à Osnabriick, au mois de décembre 16il&, et elles se prolongèrent pendant les années 1645, 1646 et 1647. Différents traités, signés l'année d'après, terminèrent la guerre entre la France, l'empereur, la Suède et les deux grands partis qui divisaient l'empire.Charles IV ne voulut pas demander à la reine-mère et au cardinal Mazarin

(1) V. ibid., p. 64.

(2) Nous serions plus exact en disant : devait produire; car il y avait à Nancy un assez grand nombre de personnes exemptes, dont les cotes furent classées dans les non- valeurs.

(8) y. le rôle de cette contribution, aux archives du dép. de la Meurthe.

des passe-ports pour les négociateurs qa*il se proposait d'envoyer aux conférences, et TEmperear, qui invita la France à les y admettre, éprouva un refas formel. Cependant un secrétaire du duc, le sieur Rousselot d*Hédival, se rendit à Munster, visita les ministres des principales puissances et leur recommanda les intérêts de son maitre. On ajoute qu*il était peu propre à accomplir convenablement une tâche aussi délicate. Les plénipotiaires français s'opposèrent à ce que Charles fût compris dans le traité, et y firent insérer une clause portant que les difficultés relatives à la Lorraine seraient soumises à des arbitres nommés de part et d'autre, ou terminées par l'accommodement projeté entre la France et l'Espagne, en réservant à l'Empereur, aux électeurs, aux princes et aux états de l'Empire le droit t d'aider et d'avancer cet accord par une c amiable interposition et aux offres pacifiques », Les villes de Metz, Toul, Verdun et Moyenvic furent définitivement cédées à Louis XIV, et François de Lorraine-Chaligny fut réintégré dans son évêché de Verdun, à charge de prêter serment de fidélité au roi. Le duc Nicolas-François, qui habitait Vienne au moment où fut conclu le traité de Westphalie, se plaignit aux ministres de Ferdinand III de l'indifférence que l'on avait montrée à l'égard de la Maison de Lorraine ; mais ils lui répondirent que les princes de cette Maison, ayant autrefois désiré rompre le lien qui les attachait à l'Allemagne, ne pouvaient raisonnablement exiger que l'Empereur refusât, pour les satisfaire, d'accepter une pacification nécessaire à tout le monde. Ils ajoutèrent que le duc était l'allié de l'Espagne plutôt que de l'Empire, et que la première de ces deux puissances ne l'oublierait pas, lorsqu'elle traiterait avec la France. Mais les ministres de Ferdinand oubliaient eux-mêmes les services que Charles IV avaient rendus à leur maitre, et semblaient n'avoir conservé aucun souvenir des victoires de Nœrdlingen et de Tuttlingen. N'ayant plus d'espérance de ce côté, le duc voulut négocier

directement avec le cardinal Hazarin et chargea on religieux minime d*aller trouver le ministre et d*ofifrir la cession dn Barrois-moQvant tout entier, du Clermontois, des villes de Stenay, Dan et Jametz, et des acquisitions faites par les prédécesseurs de Charles dans le temporel des Trois-Évèchés, à condidition que la France restituerait la Lorraine et le Barrois-nonmouvant dans Tétat où ils se trouvaient, et ne démolirait pas les fortifications de Nancy. La proposition fut soumise à Texamen du Conseil, et le duc d*Orléans insista pour qu*elle fût accueillie favorablement; mais le prince de Coudé la fit repousser, en alléguant que Ton ne pouvait, pendant la minorité du roi, choisir pour traiter avec Charles des bases différentes de celles qu*il avait agréées précédemment.

Le chagrin que cette réponse causa au duc de Lorraine ne Tempècha pas de donner à Bruxelles, au mois de mai 16/i9, une fête des plus magnifiques. Proclamé roi de la Kermès, pour avoir abattu le papegay du premier coup qu*il avait tiré, il représenta rentrée de Godefroy de Bouillon dans la ville de Jérusalem ; sujet qui avait pour but de rappeler, non moins que rinscription placée sur une des bannières : rkgnvm itoeTRVM QViEiOMVs LOTUARiNGLe, Ics prétcutious du prince sur Tancien royaume d'Austrasie. Après une marche triomphale dans les rues de la capitale des Pays-Bas, il y eut un tournois, un feu d'artifice et un banquet splendide, où furent admises les personnes de distinction ; tandis que le peuple s'asseyait devant des tables dressées en plein air et se désaltérait à des tables de bière et de vin.

Pour subvenir aux dépenses de pareilles fêtes, Charles continuait à faire lever des contributions dans la Lorraine et le Barrois (1), et, malgré l'épuisement de ces deux pays, elles

(1) V. une lettre de Charles IV, eu date du fèS février 1655, dans Calmet, ibid., col. 516 et 517.

produisaient encore des sommes considérables. Le prince Nicolas- François reprochait même à son frère de tirer plus d'argent de ses États depuis son départ qu'il n*en avait obtenu pendant les premières années de son règne ; exagération évidente, mais qui prouve combien le patriotisme de nos pères leur faisait accepter de sacrifices. Les revenus du prince étaient presque exclusivement consacrés à la satisfaction de ses fantaisies, et, depuis plusieurs années, Tentretien de sa petite armée ne lui coûtait rien, pour ainsi dire. Tant que durait la campagne, les soldats vivaient de pillage et d'exactions, et Charles fermait les yeux sur des désordres qu'il aurait dû réprimer sévèrement ; quand l'hiver approchait, le duc envoyait ses troupes prendre leurs quartiers dans l'évèché de Liège et dans les électorats de Trêves et de Cologne ; ce qui causa des plaintes sans nombre et même des hostilités (1).

Non content de vouloir ressusciter le royaume d'Austrasie, il songeait à se faire élire empereur, et il eut la simplicité de révéler ce projet chimérique à ses confidents, qui le laissèrent transpirer (2). Un autre dessein, moins extravagant, qui l'occupa en 1650 et 1651, fut celui de secourir les Irlandais, lesquels étaient sur le point d'être accablés par l'Angleterre. Après la mort de Charles I*', qui monta sur l'échafaud le 9 février 1649, le duc de Lorraine écrivit au fils aîné de ce malheureux prince pour lui offrir ses services, et, l'année d'après, il s'aboucha avec le comte de Taafe, chargé d'une mission par le duc d'Ormond, lord-lieutenant d'Irlande pour le roi Charles II. Dans une lettre, datée du 25 avril 1650, les archevêques et évéques irlandais peignaient avec les plus sombres couleurs la triste situation de leur patrie et conjuraient Charles IV de les aider. Une entreprise

(1) V. Hugo, ibid.; Qoillemin, ibid.; Mém. de Beauvaa; Galmet, ibid., col. 484-448, 446, 488 et 484.

(2) V. Quillemin, ibid.

aussi aventoreuse loi plat extrêmement. II remit sar-Ie-champ au comte de Taafe une somme de cinq mille livres sterling, manda au Souverain-Pontife qu*il allait consacrer toutes ses forces et ses ressources à la délivrance de Tlrlande, et dépécha dans ce pays Etienne de Hennin, coadjuteur de l'abbé de Lon* geville, pour reconnaitre Tétat des choses et porter aux catholiques une grande quantité d'armes et de munitions. Il montra beaucoup de désintéressement dans cette affaire^ et offrit de se rendre lui-même en Irlande, avec une petite armée, et de fournir une partie de l'argent nécessaire aux frais de la guerre (1); en retour, il exigea, à la vérité, qu'on lui accordât le titre de protecteur royal, qu'il devait conserver jusqu'au moment où Charles II pourrait rembourser intégralement les sommes que le duc aurait dépensées. La crainte de se donner un maitre, en cherchant un libérateur, empêcha d'accepter immédiatement les propositions de Charles IV ; il y eut à ce sujet de longues délibérations en Irlande et dans le Conseil du roi ; enfin, comme les progrès de l'armée anglaise devenaient plus alarmants de jour en jour, on se décida à ne pas refuser au duc ce qu'il demandait, et il promit, de son côté, de s'embarquer le plustôt possible. Le traité signé, Charles s'occupa des préparatifs de l'expédition, fitenrôler des soldats, prit à son service des officiers de marine et acheta un vaisseau de guerre, qu'il appela YEspérance de Lorraine^ et dont il confia le commandement à un anglais nommé William Monkloa. Malheureusement pour l'Irlande, le duc rencontra des difficultés qu'il n'avait pu prévoir et renonça à l'entreprise, avant que les préparatifs fussent complètement terminés. Les calomnies dont il fut l'objet ne contribuèrent pas peu à lui faire abandonner son dessein, quoique l'évèque de Ferms

(1) II résulte du récit de Lingard aue, sans parler de l'argent remis au comte de Taafe, Charles IV fit tenir aux Irlandais une somme de quinze mille livres sterling, dont il ne fat jamais remboursé.

eût publié ane apologie da prince et ane réfutation des accusations répandues contre lui, soit par les émissaires de Cromwell, soit même par quelques partisans de Charles II (1).

Un autre obstacle qui empêcha le duc de Lorraine de s'embarquer pour rirlande fut la part qu'il jugea à propos de prendre aux troubles de la France. On sait que le cardinal Mazarin, en butte à Tanimosité des parlements et d'une foule de grands seigneurs, avait été forcé de quitter Paris, avec le jeune roi et la Cour, au mois de janvier 16il9 ; un accommodement, ménagé par le prince de Coudé, avait rétabli la paix momentanément ; mais les brouilleries se renouvelèrent l'année suivante. La reinemère et le cardinal firent arrêter et enfermer au Havre le prince de Coudé, le prince de Conti et le duc de Longueville. Le duc de Bouillon, la duchesse de Longueville et le maréchal de Turenne s'échappèrent, et le dernier, s'étant retiré à Sienay, conclut un traité avec l'archiduc gouverneur des Pays-Bas, reçut le commandement d'une partie de l'armée espagnole et commença les hostilités du côté de la Picardie. Charles IV crut voir dans les troubles dont nous parlons un moyen facile d'obtenir de la France des conditions plus avantageuses, et, pour opérer une diversion favorable à la cause des princes, il chargea le comte de Ligniville de rentrer en Lorraine, avec quatre mille hommes, d'enlever les villes mal défendues et de harceler le le marquis de la Ferté. Philippe-Emmanuel de Ligniville, né dans le château de Houécourt, en 1611, était alors l'homme de confiance de Charles, qui lui avait donné le titre de maréchalde-camp-général. Il avait passé par tous les grades depuis celui de capitaine et s'était distingué dans plusieurs circonstances. Les débuts de cette nouvelle campagne furent heureux. Le général lorrain, après avoir dispersé, près de Vincey, un corps

(1) V. Lingard, Hist. d'Angleterre, trad. franc., t. XI, pages 18a-144.

de quinze cents Allemands levé pour le service du roi, s*empar& des villes d*Épinal, Châtel-sur-Moselle et Mirecoart, et des châteaux de Void, Haroué, Tonnoj et Savignj. Le marquis de la Ferté, qui, sur l'ordre du cardinal Mazarin, s*était renda en Champagne, avec ce qu*il avait pu réunir de soldats, se hâta de retourner dans son gouvernement. II avait des inquiétudes pour la conservation de la ville de Nancy elle-même, parce qu'il avait fait vendre à son profit les grains que Ton y avait amassés, et si Li gniville était parvenu à bloquer la capitale pendant quelques semaines, la disette aurait obligé la garnison à capituler. La Ferté prit sur le champ les mesures nécessaires pour mettre la place en état de défense et pour remplir les magasins ; et, comme on était en pleine moisson, et que le marquis n'épargnait ni les menaces, ni les violences, les paysans eurent bientôt conduit à Nancy une grande quantité de blé. Le comte de Ligniville étant retenu devant la ville de Neufchâteau, le marquis chargea le sieur de Bereau d'attaquer le château de Tonnoy, qui n'était gardé que par seize soldats, commandés par un tailleur nommé Jean le Borgne. Bereau ne put réussir dans son entreprise, et il fallut que le gouverneur lui-même vint proposer aux Lorrains une composition très-honorable (1).

Il partit ensuite, avec huit cents chevaux, sous prétexte d'aller rejoindre le roi, mais en réalité pour essayer de surprendre l'armée lorraine, qui, après la reddition de Neufchâteau, avait commencé le siège de Bar-le-Duc. Lorsqu'il arriva dans les environs de cette ville, on lui annonça qu'elle venait de se rendre, et que Ligniville s'était dirigé du côté de Saint-Mihiel. Les Lorrains s'étaient arrêtés à Lignières et dans les villages voisins, pour y passer la nuit du 9 au 10 octobre, lorsque les Français parurent tout à coup, tombèrent sur la grand'garde,

(1) V. La prise du fort Château de Totmoy en Lorraine^ par le Marquis de la Ferté; Paris, 1650, petit in-8*.

la sabrèrent et dispersèrent plusieurs régiments. Le désordre fut tel, que le comte ne put pas même rallier un escadron pour protéger la retraite de ses troupes, qui se retirèrent à Saint- Mihiel, non sans laisser des prisonniers entre les mains de Tennemi, et après avoir perdu nombre de soldats et quelques officiers, entre autres le sieur du Parc, quartier-maitregénéral (1). Cet échec, que le comte aurait pu éviter, car on Tavait prévenu de rapproche des Français, eut des conséquences funestes, et les Lorrains furent contraints d*évacuer le Barrois et de se réfugier à Épinal, en attendant qu'ils eussent reçu des renforts. Le marquis de la Ferté, devenu maître du plat-pays, résolut d*assiéger successivement les places qui ét^ent tombées au pouvoir de l'ennemi. Il se présenta d'abord devant Ligny, et, s'étant trop exposé dans une attaque, il fut dangereusement blesssé et forcé de revenir à Nancy, pour se mettre entre les mains des chirurgiens, après avoir abandonné le commandement au colonel allemand Falkenstein, qui prit le château d'Aigremont et celui de Void, où le colonel Gamier fit une belle défense (2).

Cette action fut la dernière d'une campagne qui valut au marquis de la Ferté le bâton do maréchal, et attira de nouvelles calamités sur la Lorraine. Charles, qui avait espéré recouvrer

(1) V. La Défaite de l'armée du duc Charles, commandée par le comte de Liffneville, par M. le marquis de Senneterre, lieutenant-aénéral des armées du Roi, et le nombre des tués et blessés, avec la prise de tout leur canon, bagage et munitions, apportée à M. de Lhopital, gouverneur de Paris, le i5 octobre iôSO; Pariti, Guillaume Sassier, (sans date), 7 pages.

(2) V. Calmet, ibid., col. 447-460; Notice, t. I, Supplém., col. 101 et 103; Relation véritable des victoires remportées sur les ennemis par les armes du Roi en Lorraine, Barrois et Bassigny, depuis la signalée bataille gagnée sur eum par M. le marquis de la Ferté Senneterre, lieutenant- général de l'armée de Sa Majesté et son gouverneur es dites provinces de Lorraine et Barrois, avec la prise du château de Voys; Paris, Guillaume Sastier, (1650), 8 pages.

ses États, reconnat, mais trop tard, la faute qu*il avait commise en divisant son armée et en ne donnant qae quatre mille hommes au comte de Ligniville. La portion de ses troupes qu*il avait confiée au maréchal de Turenne ne fut pas plus heureuse. Le maréchal, après s* être emparé du Catelet et de la Capelle, marcha vers la Meuse, à l'entrée de Thiver, pour faire lever le siège de Réthel, qui capitula le 13 décembre. N'ayant pu sauver cette ville, il livra bataille, le 15, au maréchal du Plessîs-Praslin et fut entièrement défait (1). Le comte de Ligniville, lequel avait joint Turenne, avec ce qui lui restait de cavalerie, reçut, dans cette circonstance, une blessure que les chirurgiens jugèrent mortelle, et dont il guérit cependant, après avoir fait un vœu à Notre-Dame de Benoite-Vau (2).

Le mauvais succès de la plupart des entreprises formées en 1650 ne découragea pas le duc de Lorraine et ne le porta pas à déserter la cause des princes. En 1650, il n'avait prêté à Turenne que deux de ses régiments, et encore avait-il exigé de la duchesse de Longueville une somme de deux cent mille livres (3) ; en 1651, au contraire, il promit qu'au mois de mai il joindroit l'armée du maréchal avec un corps de quatorze mille hommes (&). Des événements inattendus dérangèrent ces com* binaisons. Le cardinal Mazarin s'était brouillé de nouveau avec le Parlement de Paris, et cette compagnie avait demandé d'une manière si impérieuse la mise en liberté des princes^ que la reine-mère ne jugea pas prudent de refuser. Le cardinal les

(1) V. Lettre du Roi envoyée à messieurs les prévôts des mar^ chands et échevins de la ville de Paris sur la grande défaite des troupes espagnoles, lorraine (sic) et autres rebelles de ce royaume, et pour assister au Te Deum où Sa Majesté sera en personne ,' Paris, Pierre RocoUet, 1650, 4 pages.

(2) V. Hugo, ibid.; Quillemin, ibid.; Mém. de Beauvau.

(3) n est vrai que le duc donna au maréchal sept mille setiers de blé.

(4) V. Journal des savants, 1852, p. 683, et 1853, p. 56.

relâcha Ini-mëme, croyant s*en faire un mérite auprès d*eax ; mais il en fut mal accueili, quitta presque immédiatement la France et se réfugia dans la ville de Cologne. Le Parlement prononça un arrêt qui le bannissait à perpétuité, et le Parlement de Metz, lequel avait montré la plus grande servilité envers le ministre tant qu'avait duré sa puissance, rendit également contre lui un arrêt de bannissement (1). £n même temps, la reine engageait le maréchal de Turenne à revenir à la Cour, sans doute dans le but de s*en faire un appui contre les princes, qui voulaient devenir maîtres absolus des affaires. On peut voir dans les historiens français le tableau des troubles qui agitèrent le royaume pendant Tannée 1651 ; nous dirons seulement que le prince de Condé, mécontent des divers partis et appréhendant d*étre arrêté une seconde fois, se retira dans son gouvernement de Guyenne et se prépara à la guerre; que le duc d'Orléans, entraîné par le coadjuteur de Paris, se mit à la tête des Frondeurs ; et que la reine-mère toujours conseillée par le cardinal Mazarin, s'occupa, de concert avec Turenne, à prendre les mesures nécessaires pour ressaisir Tautorité.

Il en résulta que la guerre languit sur les frontières, et que Charles resta presque inactif en Flandre ; mais les hostilités recommencèrent en Lorraine avant la fin de l'hiver. Le maréchal de La Ferté vint assiéger Épinal, qui était défendu par d'excellentes troupes, sous les ordres des colonels Béru et Remenécourt. L'artillerie ouvrit une large brèche ; néanmoins, la garnison faisait si bonne contenance, que le maréchal n'osa hasarder un assaut, et les deux colonels lui mandèrent que, si la brèche ne lui paraissait pas suffisante, ils allaient l'augmenter, afin qu'il pût entrer plus facilement dans la ville. Cette bravade déplacée

(l) V. Arrêt de la Cour de Parlement de Metz, contre le cardinal Afcurartn; du 20 mars 1651; Toul, S. Belgrand et J. Laurent imprimenn du Roi, 1651, 8 pages.

irrita les ennemis, qui donnèrent un assaut. Les Lorrains, anaés de faulx, les repoussèrent après un grand carnage, et La Farté leva le siège, en s'excusant sur la rigueur de Thivcr. Le froid ne l'empêcha pas cependant de se présenter devant Neufchàtean, qu'il comptait surprendre, grâce à des intelligences qu'il y avait pratiquées ; mais il n'eut pas un meilleur succès et retourna dans le chef-lieu de son gouvemement, en attendant Tarrivée des renforts qu'il avait sollicités. Il ne les reçut que vers la mijuillet et attaqua sur-le-champ la petite ville de Ghàtel, dont on avait soigneusement réparé les fortifications. Le colonel de Beaufort défendit la place avec ténacité, et après quarante-trois jours de tranchée ouverte, il refusait d'entendre parler de capitulation. Enfin, le duc de Lorraine, craignant d'exposer à la mort tant de braves soldats, chargea le sieur d'Agéconrt, un des capitaines, de ses gardes, d'aller trouver le maréchal et de lui remettre la ville, à condition que la garnison en sortirait avec les honneurs de la guerre et pourrait gagner le Luxembourg. La Ferté, auquel la reine-mère redemandait les troupes qu'elle lui avait récemment envoyées, accorda tout ce qu'on voulut (13 septembre). La chute de Chàtel entraîna celle d'Épinal et des autres villes que les Lorrains tenaient encore, k l'exception seulement de Bar-le-Duc, qu'ils conservèrent jusqu'en

La résistance que le maréchal avait rencontrée l'irrita et le rendit intraitable. Il interdit aux nobles et aux personnes de distinction l'entrée de Nancy, bannit quantité d'individus qu'il regardait comme suspects, et imposa sur un pays qui commençait à peine à se rétablir des contributions si exorbitantes, que bien des personnes ne pouvant y satisfaire résolurent d'abandonner leurs demeures, malgré toutes les menaces de l'intendant, et d'aller se fixer dans des contrées étrangères.

Les Chanoinesses de Remiremont firent exposer à la reine-mère qu'avant le traité de 16&1, elles avaient obtenu des lettres de

Louis XIII qui déclaraient territoire neutie ane partie du bailiage de Vosge et des districts voisins, et elles demandèrent qli*un semblable privilège fut accordé de nouveau au moins à la ville siège du chapitre. La reine y consentit, et le roi signa, le 3 mars 1651, des lettres-patentes qui étendaient la neutralité à toute la sénéchaussée de Remiremont, ainsi qu'aux prévôtés d* Arches et de Bruyères (1). Un pareil exemple porta ses fruits. Beaucoup de particuliers, las de souffrir pour la cause de Charles IV s'imaginèrent qu'ils pouvaient en conscience prendre aussi des arrangements avec le vainqueur. Les uns acceptèrent les fonctions qui leur étaient offertes par le maréchal de La Ferté ; d'autres s'enrôlèrent dans les troupes du roi ; d'autres enfin (et la chose parut très-grave) marièrent leurs filles à des Français. Le duc en ressentit une violente colère et envoya à la Cour souveraine la minute d'un arrêt, qui fut rendu par cette compagnie, et dont les dispositions étaient des plus rigoureuses. Il prononçait la peine du bannissement contre les femmes qui auraient contracté des mariages de cette nature ; ordonnait qu'elles seraient marquées d'une croix de Lorraine sur l'épaule ; enjoignait d'expulser les sujets du roi, même les religieux et les religieuses, ainsi que de ch&tier sévèrement les individus qui étaient entrés au service de Louis XIV, et prescrivait aux habitants des villes occupées par les troupes ducales et à ceux des villages situés dans un rayon de trois lieues de prendre les armes et de courir sus à l'ennemi.

Cet arrêt, qui avait au moins le tort d'être inexécutable, fut plus nuisible qu'utile aux intérêts de Charles. Aussitôt après la chute des places dont le comte de Ligniville s'était emparé, la paix se rétablit en Lorraine, et nos ancêtres, enfin convaincus de l'impuissance de leurs efforts, se décidèrent à demeurer

(1) Le duc de Lorraine sippua des lettres semblables. V. le Rec, de Fr. de N., seconde partie, p. 68.

tranquilles spectateurs de la lutte dans laquelle leur souverain était encore engagé. Charles se croyait, du reste, plus près que jamais de traiter à des conditions avantageuses. Le cardinal Mazarin était rentré en France, au commencement de Tannée 1652, et cette démarche imprudente avait indisposé le duc d'Orléans et le Parlement de Paris, qui se rapprochèrent du prince de Gondé. Les deux partis firent des propositions au duc de Lorraine; on ne sait pas trop quelles étaient celles des princes^ mais la reine-mère et le cardinal ne lui offraient guère plus que ce qu'il avait déjà refusé. 11 résolut de pénétrer dans le royaume, en continuant à prêter l'oreille aux négociateurs qu'on lui envoyait chaque jour, et de se décider ensuite comme son intérêt le lui conseillerait. A la tête d'une armée de dix à douze mille hommes, il franchit, sans rencontrer d'obstacles, les défilés de l'Argonne, traversa la Marne, à peu de distance de Châlons, marcha vers Paris et publia un manifeste emphatique, dans lequel, après avoir rappelé impolitiquement ses démêlés avec Louis Xlll et Richelieu, et les malheurs qui étaient venus fondre sur la Lorraine, il annonçait qu'il n'avait d'autre but que de rétablir la concorde (1). 11 s'efforçait de rassurer les Français, qu'effrayait le passage d'une armée presque entièrement composée d'aventuriers, et il donnait les ordres les plus sévères pour maintenir parmi eux une exacte discipline. Les vingt-trois colonels qui commandaient les divers régiments firent les mêmes efforts que le duc ; mais tout fut inutile, et comme les troupes lorraines étaient mal payées, elles livrèrent au pillage la plupart des villages où elles logèrent. Arrivé près de Paris, le 31 mai, Charles se déclara en faveur des princes et entra dans la capitale, aux acclamations du peuple et avec un cortège de plus de

(1) V. Lettre du duc de Lorraine, avec la déclaration de ses bonnes intentions pour le secours de Paris et la conclusion de la paix générale, à tous les bons et véritables François ; Paris, veuve J. Guillemot, 1652, 8 pages.

quarante carrosses (1). On le conduisit au palais du Luxembourg, et ses soldats furent cantonnés dans les environs de la ville, où ils vécurent comme en pays ennemi. Non contents d'enlever ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance, ils s'appropriaient les objets dont ils pensaient tirer de l'argent et les vendaient sans scrupule (2). Paris lui-même ne fut pas à l'abri de leur rapacité, et il fallut prendre des précautions pour préserver le faubourg Saint-Antoine.

Les Parisiens, qui avaient fondé les plus grandes espérances sur le secours que leur amenait le duc de Lorraine (3), s'attendaient à le voir immédiatement, avec les princes, pour combattre le maréchal de Turenne. Ce dernier était parvenu, par d'habiles manœuvres, à enfermer la plupart des troupes de ses adversaires dans la ville d'Étampes, et il en poussait le siège avec vigueur ; mais Charles , qui continuait à négocier secrètement avec la reine, différait son départ, tantôt sous un prétexte, tantôt sous

(1) V. Varrivèê du due de Lorraine dans cette ville^ avec la réception de Son Altesse Royale et de messieurs les princes ; Paris. François Pousset, 1652, 7 pages.

(2) V. Élégie de la France aux Frondeurs^ par le sieur Montflêury, comédien ordinaire du Roi, (s. 1.), 1652, 4 pages. On y lit les vers suivants :

a Les Lorrains, enrichis de mes champs désolés, c Revendent, dans leur camp, les biens qu'ils m'ont volés ; « Et leur perfide prince, où votre espoir se fonde, « Qui se trompe lui-même, en trompant tout le monde, c Ce juif-errant, que Dieu ne peut voir sans courroux, c S'en rêva sans combattre et se moque de vous. »

(3) y. Le désespoir de Jules Mazarin sur Varrivée du due Charles en France; (s. 1.); 1652, 6 pages;

La mort du cardinal Mazarin prédite par les troupes du due de Lorraine, avec la retraite de la reine au bourg de Chilly, ensemble la lettre, etc.; (s. 1.), 1652, 7 pages.

Le torche^barbe de Mazarin et du maréchal de Turenne à Varrivée de V armée du due de Lorraine, et leurs espérances perdues, en vers burlesques ; Paris, 1652, 8 pages.

an autre. Un jour, il disait que son artillerie n*était pas encore arrivée ; le lendemain, il alléguait qu'il manquait de munitions. Si on essayait de lui parler d'affaires et de le lier à la canse des princes par un traité définitif,, on ne pouvait en obtenir qne des bouffonneries. Le coadjuteur ayant voulu lui faire quelques ouvertures, en présence du duc d'Orléans, Charles lui répondit: c Avec les prêtres, il faut prier Dieu; qu'on me donne un chapelet ; ils ne doivent se mêler d'autre chose que de prier et de faire prier les autres. » Mesdames de Chevreuse et de Montbason ne furent pas plus heureuses, et, dès qu'elles lui eurent dit un mot de la négociation, il s'écria, en accordant une guitare qui lui tomba sous la main : c Dansons, Mesdames ; cela vous convient mieux que de parler d'affaires ! » Le prince de Condé et Mademoiselle de Montpensier, fille du duc d'Orléans, échouèrent malgré tous leurs efforts. Quand celle-ci entamait une conversation un peu sérieuse, Charles lui baisait les mains, se jetait à ses genoux, fabait Téloge de sa beauté et de son esprit, et ne lui permettait pas de continuer.

Il conclut enfin avec la reine-mère un arrangement, aux termes duquel la Lorraine devait être évacuée par les Français. La reine s'engageait de plus à donner ordre de lever le siège d'Étampes, et le maréchal de Turenne, qui commençait à désespérer du succès, s'y prêta de bonne grâce. Charles IV avait occupé Villeneuve-Saint-Georges et établi sur la Seine un pont de bateaux, au moyen duquel il communiquait avec les troupes qui allaient quitter Étampes. Turenne s'imagina (et les historiens français prétendent que ce fut avec raison) que le duc avait le projet de rallier l'armée des princes et de poursuivre celle du roi. En conséquence, le maréchal décampa sans bruit, marcha, par derrière la forêt de Senart, jusqu'auprès de Villeneuve, et somma le duc de lui livrer le pont de bateaux et de partir sans retard. Après avoir hésité quelques heures, Charles fit ce que l'on exigeait, reçut un faible à compte sur les cinq cent mille

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livres qa*on loi avait promises, et reprit le chemin de ses États, à la vue da prince de Condé^ qni accourait par la rive gauche de la Seine, avec tontes ses forces, et qni accusa le duc de l'avoir indignement trahi.

Charles IV traversa une seconde fois la Champagne et gagna lentement la frontière du Barrois. Les commandants des garnisons françaises avaient ordre de se retirer, aussitôt après son arrivée. Quand il fut près de Sermaize, il invita le gouverneur de Bar à lui en ouvrir les portes; cet ofBcier répondit, on ne sait pourquoi, qu'il ne pouvait abandonner une place dont le roi lui avait confié la défense, et le duc, se regardant, non sans motif, comme victime d'une nouvelle fourberie, fit tirer deux coups de canon et se dirigea vers le Luxembourg et ensuite vers la Flandre. Il j fut très-mal accueilli par les Espagnols, qui lui reprochèrent d'avoir, par ses tergiversations et sa duplicité, renversé les projets des princes ; mais ce fut surtout à Paris que sa conduite devint l'objet des critiques les plus vives et même des récriminations les plus violentes (1); et pour consoler les Frondeurs, on fut obligé de leur annoncer mensongèrement

(1) Y. Relation générale de ce qui s'est passé entre les deux armées, à Viileneuve-Saint'Oeorges, entre te quiniihne et le sei~ zièmejuin iÔSt; Paris, Pierre de Mirevilie, 1652, 7 pages;

L'illusion publiquef ou la Jtévélation du secret de la retraite du due de Lorraine ; Discours et raisonnement sur ce sujet, avec, etc.; (s. 1.), 1652, 14 pages;

Lettre de Varchidue Léopold envoyée à Son Altesse Royale, détestant la trahison du duc Charles, avec rapproche de son armée au service des princes; Paris, Claude le Roy, 1652, 7

Lettre de madame la duchesse d^ Orléans envoyée au due Charles son firère, sur le sujet de son infâme trahison; Paris, Jean du Prat, 1652, 7 pages (pièce fausse);

Lettre au due de Lorraine au maréchal de Turenne qui a été interceptée, par laquelle il tdohe de couvrir sa trahison manifeste; Paris, A. Chouqueux, 1652, 7 pages;

Articles du traité accordées {sic) entre le duc de Lorraine et le cardinal Maxarin ^ pour retirer son armée d^avee celle de

qne l'armée lorraine avait essayé plusieurs échecs dans la Champagne (1).

Quoique le dépari de Charles IV e&t donné une certaine supériorité aux armes du roi, la guerre civile paraissait devoir durer longtemps encore, et les amis du cardinal Maiarin le conjurèrent de céder derechef à Forage et de sortir momentanément du royaume (2). Cette retraite, que beaucoup de personnes regardèrent comme définitive, enleva aux princes la moitié de leurs partisans, et la position devint si critique, que, malgré sa répugnance, le prince de Condé résolut d*acheter à tout prix les secours du duc de Lorraine. Les pourparlers ne furent pas longs, et Charles, se laissant tromper comme précédemment par de belles promesses, fit savoir au prince qu*il allait se réunir à lui, avec son armée, à laquelle Tarchiduc avait joint un petit corps de troupes espagnoles (3). Pour gagner Paris» il devait passer à

Son Altesse RoyaUfPnÏB^iMn Brunet, 1659, 8 pages (pièce fiauise);

Les particularités du traité du duc de Lorraine avec le cardifuil Maxarin, et de tout ce qui s'est passé entre les deux armées, avec Vétat, etc.; Paris» Jacques le Gentil, 1658, 7 pages;

Le manifeste de Dom Gabriel de Tolède, commandant l'armée d'Espagne envoyée en France pour messieurs les princes, contre les perfidies du duc de Lorraine, où sont ajoutées (sic) fes violements des traités faits par ce duc depuis iï ans, notamment celui du 16 juin dernier fait avec S. A. M»; Paris, Audré Chouqueux, 1652, 16 pages;

Le tour burlesque du duc Charles; (t. I., 1652), 19 pages;

Le véritable traité et articles de paix accordée entre le roi et le duc Charles de Lorraine dans la ville de Melun, le 15 juin 1652; Paris, Salomon de la Fosse, 1652, 7 pages.

(1) Y» La Défaite des troupes du due de Lorraine par la noblesse et les communes de Brie et de Champagne, où U est demeuré plus de i,%00 hommes ; Paris, A. Chouqueux, 1652, 8 pages.

(2) V. Lettre du Parlement de Metz à monseigneur le due d'Orléans, lieutenant-général du royaume pendant l'absence et la captivité du Roi, touchant la retraite du cardinal Masarin dedans la ville et citadelle de Metz; Paris, Jacob Chevalier, 1652, 7 pages

(pièce fiiusse}.

(S) y. Avis très-important de don Gabriel de Tolède apporté à

proximité de Compiègne, où le maréchal de Tnrenne était campé avec des forces bien sapérieures, et le duc ne vit d'autre moyen de tourner cet obstacle que d'amuser la Cour par de feintes négociations. Turenne reçut ordre de ne pas inquiéter la marche de Charles IV ; il essaya toutefois d*empècher la jonction des armées ennemies, mais il ne put réussir et se contenta d'occuper un excellent poste à Villeneuve-Saint-Georges, au confluent de la Seine et de l'Yères. Les troupes des princes et du duc de Lorraine s'étendirent dans le pays compris entre la Seine et la Marne, et les Frondeurs se flattaient hautement de contraindre leur adversaire à capituler ou à mourir de faim ; mais quand Turenne jugea que les Parisiens étaient suffisamment fatigués du séjour des aventuriers qui suivaient Charles IV, il traversa l'Yères sur des ponts qu'il avait préparés d'avance et se relira dans les environs de Corbeil. Cette manœuvre imprévue dérangea les combinaisons de Charles et de ses alliés, et le peuple de Paris témoigna tant de mécontentement, que les princes se décidèrent à abandonner la capitale. Le duc de Lorraine, ayant voulu retourner dans son camp, avec une suit« peu nombreuse, fut arrêté à la porte Saint-Martin, sous prétexte qu'il n'avait

messieurs les princes, de la part du roi d'Espagne^ pour faire avancer l'armée du due de Lorraine en France; Paris, Louis Hardouin, 1652, 7 pages;

Lettre du duc de Lorraine envoyée à Mademoiselle, la suppliant de dire à Son Altesse Royale qu'tl désire revenir à Paris pour joindre ses troupes à celles de messieurs les princes pour la des^ truction du Mazarin; Paris, André Moreaa, 1652, 4 pages (pièce fausse).

Les raisons de la retraite {sic) et du retour du duc de Lorraine; Problesme, sçavoir s'il a manqué de parole ou non, en vers bur^ lesques; Paris, 1652, 8 pages.

Outre les brochures rappelées dans cette note et dans les précédentes, la Biblioaraphie des Mazarinades de M. G. Moreau mentionne quantité d'autres pièces relatives au duc de Lorraine ; v. 1. 1. p. 134, 135, 268, 301, 302, 359 et 402, t. II, p. 8, 10, 175, 176, 184, 188, 225, 226, 245, 253, 338, 383 et 387, et t. III, p. 25, 63, 131 et 176.

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