‹ Histoire de Lorraine. Seconde édition. Tome sixièmeChapitre 15 sur 41 · RR RAR · texte numérisé non relu

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(1) Il existe une copie du mémoire dans la coïlection de M. Lamoureux.

« prince ». Le due dit à-son frère que le mémoire était trop roide, et, tout en feignant de montrer un peu de fermeté, pour ne pas s’exposer aux reproches de ses conseillers, il maudissait intérieurement leur zèle et cherchait avec avidité le moyen de se rendre, sans paraître céder aux ministres impériaux. Il témoïgna de rechef beaucoup d'humeur contre Bourcier, qu'il considérait comme le principal auteur de la résistance inattendue qu’il avait rencontrée, et il affecta; pendant un mois entier, de l’entretenir seulement de choses frivoles. Le procureur-général impatienté demanda la permission de revenir en Lorraine; mais le duc, affligé d’avoir blessé un aussi fidèle serviteur, lui ordonna de rester et le consulta relativement aux nouvelles propositions que l'Empereur venait de faire. Charles VI, comprenant que de pareilles négociations ne pouvaient pas éternellement durer, et pensant triompher avec facilité des dernières irrésolutions de son gendre, lui offrit le gouvernement des Pays-Bas autrichiens jusqu’au moment où le trône de Toscane deviendrait vacant. François regarda la proposition comme propre à le tirer d’embarras et parut disposé à y souscrire ; mais il avait compté sans les hommes dont sa mère l'avait entouré. « Nous lui fimes « connoitre, dit encore Bourcier,... que c’étoit un piége que le « ministère impérial lui tendoit ; qu’il n’y avait point de milieu « entre la souveraineté et la sujétion,et qu’un gouverneur étant « sujet ne pouvoit pas être souverain. Nous observämes que, « nonobstant toute l'autorité qu’on lui donneroit sur le civil ou « le militaire, cependant tous ses ordres pouvoient toujours « être sujets à réformation, d'autant plus que le conseil des « Pays-Bas, établi à Vienne et qui lui étoit supérieur, subsiste- « roit comme auparavant ; et d’ailleurs, que les gens d’Église, les troupes et tous les corps, de même que les particuliers, devant toujours prêter serment de fidélité à l'Empereur, c'étoit lui seul qui en conserveroit la souveraineté, et que Son Altesse Royale ne seroit jamais que son représentant et par

« conséquent son sujet. » François, malgré son envie de céder, craignait d'être momentanément réduit à une condition privée, et il fit part de ses appréhensions à l'Empereur, qui, pour y mettre fin, lui soumit un traité, destiné à demeurer d’abord secret, et par lequel la souveraineté des Bays-Bas était accordée au duc à certaines conditions. MM. Bourcier, de Richecourt et Jacquemin présentérent contre cette offre des objections, qui faisaient plus d'honneur à leur patriotisme qu'à leurs lumières. Il y eut,en présence de François III, une conférence entre les deux premiers et Bartenstein, un des ministres autrichiens, qui avait conçu et rédigé le traité dont il s'agit. « La conférence, « ajoute Bourcier,... se termina comme celles qui se tiennent « sur les différends de religion, c’est-à-dire que les choses, au « lieu de s’adoucir, s’aigrirent infiniment davantage. »

Depuis ce jour, le duc fut continuellement tourmenté d’un côté par les ministres impériaux qui le pressaient de donner enfin son consentement, de l’autre par MM. Bourcier et de Richecourt, dont les. protestations l’empèchaient de fléchir. Cédant à l’empire qu'ils avaient enfin réussi à prendre sur lui, il fit présenter à Charles VI, le 12 avril, une espèce de protocole, dans lequel il déclarait ne pouvoir acquiescer à l'abandon de la Lorraine qu'après avoir obtenu un équivalent convenable. Deux jours après, l'Empereur lui écrivit une lettre, où, après avoir rappelé tout ce que le duc lui devait, il disait que ce dernier avait, plus d’une fois, paru disposé à céder la Lorraine; que lui, Empereur, ne prévoyant pas un revirement aussi inexplicable, avait engagé sa parole envers Louis XV, et que le refus de François allait entraîner une guerre générale, En mêmetemps Marie-Thérèse ne négligeait rien pour amener son époux à ce que l’on exigeait de lui. Cependant, le duc, encouragé par ses conseillers et retenu par la crainte de causer aux Lorrains un trop vif mécontentement, chercha à trainer l'affaire en longueur ; mais les plénipotentiaires français et autrichien, perdant

patience, avaient signé, le 13 avril, une convention aux termes de laquelle les duchés de Lorraine et de Bar devenaient dès ce moment la propriété de la France, sauf à régler plus tard les conditions de la cession ; en ajoutant toutefois que, faute d'accord à cet égard dans un délai de six semaines, Louis XV serait mis en possession du Barrois (1).

Cette démarche décisive fit sentir au duc que le temps de la résistance était passé, et qu'il fallait obéir. « Nous continuions, « dit Bourcier, à nous y opposer de tout notre pouvoir ; les « conseils étoient fréquens et longs; on répétoit cent fois les « mêmes choses, et quelquefois les raisons que nous alléguions au maitre lui paroissoient si fortes, et le danger si évident, que, nonobstant le grand art qu'il a de dissimuler, et mal - « gré tous les efforts qu’il faisoit pour se contenir, il paroissoit « comme un homme hors de lui-même, et dans une situation si « affreuse qu'elle nous pénétroit l’âme de la plus vive douleur.» Enfin, le 22 avril, le duc demanda une audience à l'Empereur et lui annonça qu’il consentait à l'abandon immédiat de la Lorraine et du Barrois, à condition que les troupes impériales entreraient sur-le-champ à Florence ; que l'Espagne accéderait aux préliminaires ; que les fils de Philippe V renonceraient à leurs prétentions sur le grand-duché, et que les biens allodiaux situés en Toscane seraient compris dans l'équivalent. A cette nouvelle, rapporte. Bourcier, je me rendis au palais, et ayant été introduit près de François IIT, « je lui dis, les larmes aux « yeux, que je venois d'apprendre qu'il s’étoit dépouillé de « tout ses états, pour en tirer seulement les revenus, déduction « faite des charges, et que par là il abandonnoït deux souverai- « netés pour avoir le simple gouvernement des Pays-Bas;

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