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CHAPITRE III ÉTAT DE LA LORRAINE SOUS LE RÈGNE DE LÉOPOLD

La justification de l'éloge qui termine le chapitre précédent résulte non seulement des faits que nous avons eu l’occasion de rappeler, en retraçant les diverses phases du règne de Léopold, mais encore de ceux que nous avons à produire, et on achèvera de se convaincre que, malgré les dépenses excessives et les embarras de ce prince, la Lorraine lui dut son rétablissement et sa prospérité. |

Il aurait pu sortir aisément de Ïa position gènée où il se trouvait en augmentant les impôts, et les Lorrains auraient payé sans murmures, mais il ne voulut jamais recourir à ce moyen ruineux. Il consentit même toujours à laisser la Cour souveraine et les deux Chambres des comptes examiner ses édits bursaux et lui représenter leurs remontrances, avant de procéder à l'enregistrement. Sans parler de la corvée en nature pour les chemins, de la capitation et de quelques autres taxes, qui furent comme celle-ci, perçues momentanément, par exemple pour l'équipement et la solde des arquebusiers, il n’y avait alors en Lorraine qu'une seule contribution directe : la subvention, dont le taux était très-modéré. Les contributions indirectes, peu nombreuses, se réduisaient à un droit de marque sur les fers, à une imposition sur les vins étrangers et à quelques autres

perceptions douanières (1). Malgré leur peu d'’élévation, ces impôts finirent par rendre des sommes considérables. En 1700, la subvention était de six cent quatre-vingt mille livres, et les domaines rapportaient à peine un million; en 1729, la subvention montait à un million neuf cent quinze mille six cent vingt livres, et, en 1731, le revenu des domaines dépassait deux millions et demi (2).

Une augmentation aussi extraordinaire tenait presque uniquement à l'accroissement de la population. Cette population, si faible au moment de l’arrivée de Léopold, comptait en 1737 cent vingt-cinq mille sept cent soixante-huit ménages imposables; ce qui, avec les personnes exemptes et les indigents, représentait plus de sept cent soixante mille âmes (3). Les villes s’agrandissaient, pour ainsi dire, à vue d'œil, et Nancy, qui n’avait en 1698 que sept mille cinq cent quatre-vingts habitants, en avait dix-neuf mille six cent quarante-cinq en 1733 (4). |

Léopold enrichit plusieurs bourgades en y fondant des établissements utiles, fit réparer et augmenter les thermes de Bains et de Plombières (5), et ordonna de créer un haras dans le village de Sarralbe (6). Les colons français conduits dans la Lorraine allemande, sous lerègne de Louis XIV, furent soigneusement conservés par le duc, malgré les réclamations des anciens habitants, qui demandaient l'expulsion des étrangers, et comme ces

(1) V. Mory d’Elvange, États, Droits, Usages en Lorraine, p. 39 et 31; Rec. des Ord.,t. I, p.390et441;t.II, 322 et 450; t. IT, p. 101.

(2) V. les registres du receveur-général. Les baux avaient été renouvelés, et la ferme des domaines rapporta deux millions six cent mille livres à partir de l’année 1731.

(8) V. Durival, ibid., p. 162.

(4) V. Annuaire de la Meurthe pour 1852, p. 71.

(5) V. Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Baîins et Niederbronn, par M. Beaulieu, p. 131, 159 et 160.

(6) V. Calmet, Notice, t. IL, col. 406 et 407,

derniers se multiplicrent, il en résulta que la langue germanique perdit encore du terrain au commencement du XVIII siècle ; mais ce fut pas pour faire place au français, car les colons picards et autres, de même que les paysans lorrains, parlaient des patois barbares, et les bourgeois eux-mêmes s’en servaient habituellement, quoiqu’ils eussent tous une connaissance plus ou moins parfaite de la langue française (1). | | |

Si l'augmentation des revenus tenait à l'accroissement de la population, cet accroissement lui-même était le fruit de l’aisance qui régna presque constamment dans les deux duchés, et de la paix que Léopold sut y maintenir. L’abondance des denrées conservait aux espèces monnayées une plus grande valeur que dans les États voisins, et cette circonstance, dit un écrivain de notre pays, « assuroit un bénéfice clair à « tous les étrangers qui tiroient d’ailleurs les fonds de leurs « dépenses. Le François arrivé en Lorraine se trouvoit avec son « argent, riche d’un quart et d’un sixième du quart plus « que chez lui. Son louis d’or de 24 livres y valoit 31 livres. « Tout cela procuroit à Nancy une multitude d'étrangers, qui « ne s’en retiroient qu'avec peine et pour cause d’affaires « importantes (2). »

Pour employer une expression presque triviale, la vie était à bon marché en Lorraine, et cet avantage inappréciable était produit par la modération des impôts et par l’état florissant de l'agriculture, du commerce et de l’industrie. Il a été si souvent parlé de l'état de l’agriculture, que nous jugeons inutile de revenir sur un pareil sujet; mais 1l est bon de rappeler en peu de mots quelles étaient les principales branches d'industrie et de commerce.

(1) V. idem, ibid., col. 425; Recherches sur les commencements de l'imprimerie en Lorraine, par M. Beaupré, p. 365.

(2) Lionnois, ibid., t. E, p. 4.

On exportait, comme dans les siècles précédents, d'immenses .

quantités de sel; les électorats de Trèves et de Mayence, les évêchés de Spire et de Worms, le Palatinat, l'Alsace et le Brisgau ayant depuis longtemps l'habitude de se pourvoir en Lorraine (1). Des trains de bois de construction, tirés des forêts des Vosges, continuaient à descendre la Meurthe et la Moselle etse vendaient jusqu’en Hollande (2). Le commerce des denrées coloniales et des étoffes avait reçu un grand développement. Lorsque Léopold prit possession de la Lorraine, dit le Père Leslie, « à peine y « avoit-il dans sa capitale trois ou quatre gros marchands ; on « en vit le nombre s’augmenter sensiblement, chaque année de « son règne, non seulement dans cette ville, mais dans tout « l'État ». On établit à Nancy des manufactures de draps (3), de chapeaux (4) et des tapisseries (5). L'ancienne maladrerie de Maréville, transformée en renfermerie, devint le siége d’une fabrique de draps et de bas au métier (6). Pendant les années 1724 et suivantes, on planta beaucoup de müriers, et on fit de nouvelles tentatives pour élever des vers à soie; mais on reconnut, comme antérieurement, que le climat de la Lorraine est trop froid et trop variable pour que cette industrie puisse donner des bénéfices certains (7).

Léopold réglementa la fabrication des dentelles et favorisa la création de manufactures de toiles de coton à Épinal, Ramber-

(1) V. Calmet, ibid., col. 358.

(2) V. idem, ibid., col. 262.

(8) V. Lionnois, ibid., t. II, p. 501, 502 et 505. (4) V. idem, ibid., t. IT, p. 108 et 109.

(5) V. l'ouvr. de M. Noël, t. IT, p. 149.

(6) V. Mémoire historique, statistique et médical sur l'asile d'aliénés de Maréville, par M. Archambault, dans les Mém. de V’'Acad. de Stanislas pour 1847, p. 413-428.

(7) V. Quelques notes pour servir à l’histoire de l’industrie

séricicole en Lorraine, par M. H. Lepage, p. 4-7 et 9 ; Durival, ibid., p. 137. |

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villers, Saint-Dié, Senones et Remiremont; d’une rubannerie à

Saint-Dié, et de fabriques d'étoffes de laine à Neufchâteau, Senones et Mattaincourt. Il y avait à Mirecourt des luthiers renommés, et dans plusieurs lieux des tanneries, qui occupaient des centaines d'ouvriers (1). On voyait à Longuyon une manufacture d'armes à feu; à Sainte-Marie-aux-Mines une filerie d'argent, et la matière première sortait des mines que l’onavait recommencé à exploiter dans le val de Liepvre, et qui fournissaient, mais peu abondamment, de l'argent, du plomb et du cuivre rouge (2); à Fontenoy-le-Château, Plombières et Autrey des tréfileries de cuivre ; des forges ou des hauts-fourneaux à Bains, Fontenoy-le-Château, Harsault, Uzemain, Chanteraine près d’Épinal, Rambervillers, Sainte-Hélène, Xertigny, Alangy, Claudon, Hennezel, Bazoilles, Barville, Sionne, Fruze, Vrécourt, Villouxel, Attignéville, Bellefontaine, Ruaux, Grandfontaine, Brouvelieures , La Salle, Framont, Vadonville, Robert- Espagne, etc. (3); des manufactures d’acier et de coutéllerie aux Voivres, à Bellefontaine et à La Hutte aux environs de Darney (4); des fabriques de fer-blanc au Thillot et à Bains. Cette dernière parvint à un haut degré de prospérité; elle employa jusqu’à cinq cents ouvriers, et ses produits, qui atteignaient annuellement le poids de deux millions de livres, se répandaient dans toute la Lorraine, en Suisse, en Italie, et même dans des pays plus éloignés (5). Les différentes usines métallurgiques conte naient plus de deux mille ouvriers, et le travail des forges était

(1) V. Statist. des Vosges, par MM. H. Lepage et Me t. I, p. 1000; Calmet, ibid., col. 901 et 921.

(2) V. Calmet, ibid., t. I, col. 685, 739 et 741.

(8) V. Statist. des Vosges, ibid., p. 997 et 998 ; Calmet, ibid., t. II, col. 690.

(4) V. Calmet, ibid., t. 1, supplém., col. 68 et 131, t, Il, col. 467 et 821; Statist. des Vosges ibid., p. 997. .

(5) V. Calmet, ibid., t. I, col. 62 et 63; Durival, ibid., t. III, p.

4038 ; Statist. des Vosges, ibid. p. 996 êt 997.

si actif, que les hauts-fourneaux, bien que nombreux, ne pouvaient leur fournir une assez grande quantité de fonte, et que l’on était obligé d’en faire venir de la Franche-Comté (1).

Les verreries occupaient peut-être autant de bras; sans rappeler celles de Tonnoy et de Porcieux, où l’on se borna à fabriquer du verre, quand la concurrence des manufactures françaises ne permit pas d'y couler des glaces, on vit naître une foule d'usines de ce genre. Celles de Mayssenthal, près de Bitche, et de Creutzwald, dans les environs de Bérus, furent créées, en 1702 et 1705, par des ouvriers allemands. Le comte de Lutzelbourg rétablit celle des Trois-Fontaines ou de Saint- Louis, qui avait été détruite pendant les guerres, et recut l'autorisation « de la faire travailler en verres, cristaux, cristal- « lins, etc. » Il fonda, vers la même époque, la verrerie de la Plaine-de-Walsch. Le comte de Tornielle en éleva une autre près de Darney, en 1716. Celles de Gœtzembrück et de Gæœtzbrück, non loin de Bitche, furent bâties, la première en 1718, et la seconde en 1721 : et l'on exécutait dans celle-là, outre de la gobelèterie, des verres de montre, que l’on exportait jusque dans les Indes Orientales. On établit, en 1723, la verrerie de Dannelbourg ; en 1730 et 1731 celles de la forêt de Belru, à peu de distance de Darney, et en 1737 les deux usines de Saint- Quirin (2). Quelques-unes ne manquaient pas d'importance, et on assure que la verrerie de Porcieux, à laquelle on réunit celle de Tonnoy, avait une centaine d'ouvriers (3). |

L'existence de couches d'argile propre à la fabrication de la poterie avait permis de fonder dans les Vosges plusieurs fayenceries; il y en avait à Rambervillers, Épinal, Saint-Dié, Raon-

(1) V. Statist. des Vosges, ibid., p. 998.

(2) V. Recherches sur l'industrie en Lorraine, par M. H.Lepage, chap. I, des verreries, dans les Mém. de l'Académie de Stanislas

pour 1849, p. 56-76.

(8) V. Statist. des Vosges, ibid., p. 999.

l'Étape, et deux dans la petite ville de Senones. Plus de cent ouvriers y confectionnaient, chaque année, au moins douze cent mille pièces de toute nature (1); mais aucune de ces usines ne pouvait être comparée à la fayencerie de Lunéville, qui ne se développa , il est vrai, que sous les règnes de François III et de Stanislas. On y travailla la terre de pipe, et les produits de cette manufacture étaient justement renommés (2).

Les rives de la Meurthe et de la Vologne voyaient sortir de leurs ruines les papeteries qui avaient autrefois procuré de si grands bénéfices aux habitants lorrains. On en comptait trois à Épinal, trois à Docelles, deux à Rambervillers, et d’autres à Laval, Aydoilles, Arches, Archettes, Trémonzey, Plombières, Étival, Dommartin ; et on estime que ces seize manufactures employaient cinq cent cinquante ouvriers et donnaient, annuellement, quatre-vingt mille rames de papier (3). La prospérité des papeteries vosgiennes n'avait pas causé un préjudice notable à celles du Barrois, et, sous les règnes de Léopold et de son fils, il y en avait dans le village de Robert-Espagne (4) et ailleurs. On en éleva même une près de Hombourg, et un libraire de Nancy, appelé Jean Le Né, obtint la permission d’en construire une autre à côté des Grands-Moulins. On défendit sévèrement d'exporter les drilles et chiffons, afin qu’il fût possible aux fabncants d’approvisionner à meilleur marché leurs usines, et l'on prit toutes les mesures propres à favoriser une industrie aussi lucrative (5). Les papiers lorrains eurent bientôt reconquis leur ancienne réputationet furent recherchés dans différents

(1) V. ibid. |

(2) V. Calmet, ibid., col. 700 et 701.

(3) V. Statist. des Vosges, ibid., p. 998.

(&) V. Calmet, ibid., t. II, col. 341.

(5) V. Recherches sur l'industrie en Lorraine, par M. Lepage, chap. Il; des papeteries, dans les Mém. de l’Acad. de Stanislas pour 1850, p. 18-21.

pays. On reconnaissait leur provenance à des marques particulières ; et chaque manufacturier , pour empêcher de confondre ses produits avec ceux de ses confrères, faisait encastrer dans la façade de sa maison une pierre sur laquelle était sculptée la marque servant à distinguer ses marchandises.

Les usines lorraines fournissaient le papier nécessaire à la fabrication des cartes à jouer dont Epinal et Nancy faisaient encore un trafic étendu, et aux imprimeries qui fonctionnaient dans les principales villes des deux duchés, et jusque dans des bourgades. Il y en eut à Epinal, Neufchâteau, Saint-Dié, Étival, Champ-le-Duc, et dans la plupart des lieux où nous en avons précédemment rencontré. Nancy possédait plusieurs typographes, entre autres l'habile Cusson, dont les ouvrages peuvent presque rivaliser avec les plus belles productions des presses françaises. Au reste, cet imprimeur n'était pas lorrain, et Léopold l'avait fait venir de Paris, en lui assurant de grands avantages.

Le duc de Lorraine étuit fort instruit; il parlait et écrivait, avec une égale facilité, en latin, en français, en allemand et en italien ; il nous a laissé divers mémoires rédigés sinon avec élégance, du moins avec précision, clarté et profondeur (1), et il a composé pour ses fils des instructions admirables sur l’art de gouverner. Il avait étudié les mathématiques, la mécanique et la géographie. « Il raisonnoit, dit un de ses biographes, avec « les savans en homme cultivé, avec les Artistes en connoïisseur « délicat, et s’appliquoit à inspirer le goût des sciences, à ses « enfans, et à les faire fleurir dans ses États (2) ». Lès efforts qu’il fit dans ce but n’ont pas été, sans doute, couronnés

(1) V. à la bibl. publ. de Nancy, cabinet des mss., n° 27 G, pièces 2 et 3, les copies (la première n’est pas complète) de deux. mémoires de Léopold sur le rêgne de Louis XIV et la majorité des princes héréditaires de Lorraine.

(2) V. Leslie, ibid., p. 165 et 166; Durival, ibid., p. 135.

d’un succès complet, et on est obligé d’avouer que le règne de Léopold ne fut pas, en général, aussi brillant que ceux de Charles HI et de Henri; mais on doit reconnaître qu'il leur est supérieur peut-être sous certains rapports (1), et il ne faut pas oublier qu'à la fin du XVII° siècle la plupart des Lorrains distingués avaient abandonné leur pays; que Léopold eut parfois beaucoup de peine à les y rappeler, surtout à les fixer près de lui, et qu'il fut trop souvent contraint d'employer des étrangers.

L'Université de Pont-à-Mousson, où s'étaient formés les littérateurs et les savants qui avaient illustré notre patrie, à la fin du XVI° siècle pendant la première moitié du XVII, attira d’abord l'attention du prince. Quelques personnes, croyant que l’Université serait mieux à Nancy, demandèrent au duc d’en opérer la translation, en alléguant que « la ville de Pont-à- « Mousson étoit très-déréglée;, que la jeunesse n'y étoit pas « assez retenue, ni par les bons exemples, ni par l'autorité des « magistrats ; que cette ville étoit si décriée, que l’on n’y voyoit « presque plus d'écoliers étrangers ; que ces derniers viendroient « volontiers à Nancy, parce qu'ils y trouveroient tout ce qu'ils

« alloient chercher dans les grandes villes du royaume dé « France ; que les bourgeois de Nancy y rencontreroient cet « avantage: que les étrangers trouveroient aisément des échanges « à Nancy; ce qui leur faciliteroit les moyens d’avoir leurs « enfans dans les pays étrangers, pour y apprendre la langue ; « tandis que ces sortes d'échanges n’étoient pas praticables à « Pont-à-Mousson, à cause de la pauvreté des bourgeois et de « la corruption de la jeunesse ; que les étudians en droit pour- « roient fréquenter les Cours souveraines, converser avec les « avocats, se mettre en pension chez eux, assister à leurs con-

(1) Ainsi, plusieurs des édifices élevés sous le règne de Léopold l’emportent sur les constructions de Charles IH et de

« férences; qu'ils trouveroient plus aisément à Nancy des «a maîtres pour toutes sortes d'exercices, et auroient plus de « moyens d'y recevoir une bonne éducation; que la faculté de « médecine verroit avec plaisir ses élèves rechercher l'entretien « des habiles médecins de Nancy, assister aux conférences qu'on « y pourroit établir, se trouver dans les hôpitaux, se perfec- « tionner dans l'anatomie; et enfin, que la ville de Pont-à- « Mousson n’y perdroit rien, puisqu'elle seroit dans l'obligation « de travailler, de commercer et de profiter des avantages de la « situation la plus commode du pays pour le commerce, au lieu « qu'elle étoit pauvre, qu'elle l’avoit toujours été et qu’elle le « seroit toujours, tandis qu’elle demeureroit dans la fainéantise, assurée de trouver de quoi vivre dans les pensions des écoliers qu'elle entretenoit (1) ».

Léopold ne se laissa pas seduire par de pareilles raisons, toutes spécieuses qu’elles fussent, et comprit de lui-même que les études doivent être plus florissantes dans une petite ville que dans une capitale, où les jeunes gens rencontrent de trop nombreuses distractions. Il savait, d’ailleurs, que le meilleur moyen d'assurer la prospérité des États n’est pas de dépouiller les provinces au profit de la capitale. En conséquence, il déclara que l’Université demeurerait à Pont-à-Mousson et se contenta d'en améliorer les études. Il créa, en 1707, une chaire de droit public ; en 1724, une chaire de droit municipal ou coutumier ; en 1707, une chaire de chirurgie (2), dont le titulaire jouit des mêmes droits et prérogatives que les professeurs en médecine ; ce qui releva un peu la condition des chirurgiens, que l’on avait jusqu'alors confondus avec les barbiers, et que l’on forçait à « tenir boutique ouverte et avoir bassins pendans ». Léopold honora de distinctions flatteuses les professeurs de la faculté de

(1) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 649 et 650.

(2) V. Rec. des Ord., t. I, p. 526 et 540, t. II, p. 682.

médecine, et ebligea les individus qui voulaient pratiquer l'art de guérir à prendre leurs degrés, |

On a vu, dans le chapitre second, que le duc avait cédé à l'Université un terrain domanial pour y établir un jardin des plantes. Ce terrain n’était rien moins que le jardin du château, et la ville de Pont-à-Mousson, à laquelle on abandonna, pour y construire une halle, l’ancien jardin des plantes mal placé et trop exigu, éleva dans le nouveau une serre et une vaste salle, où devaient se faire les cours de botanique et d'anatomie. Bientôt, grâce à la générosité de La Peyranie et aux soins du sieur Chevreuse, conservateur de l’établissement, qui ouvrit des correspondances avec les meïlleurs botanistes, le jardin de Pont-à-Mousson fut enrichi d’une foule de plantes rares, et les élèves y trouvèrent ce qui était indispensable à leurs études (1).

L'Université, devenue l’objet de la bienveillance de Léopold, n’avait pas tardé à recevoir une nouvelle vie; si elle n'attirait plus guère d'étrangers, elle voyait au moins tous les étudiants lorrains suivre ses cours, et le duc pouvait dire avec raison, dans le préambule d’une ordonnance: « L’attention particulière « que Nous avons eue jusques à présent à procurer à notre Uni-

versité de Pont-à-Mousson les moyens de la rendre florissante, a excité avec tant de succès l’émulation dans chacune de ses facultés, que Nous voyons avec plaisir qu’elle se distingue par la capacité de ses professeurs, et par le con- cours de ceux qui cherchent à y acquérir du mérite et de la réputation ».

On vit alors sortir de l'Université une foule d'hommes renommés dans tous les genres : thévlogiens, jurisconsultes, médecins, littérateurs et érudits. Les leçons et les écrits des professeurs

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