‹ Histoire de Lorraine. Tome premierChapitre 10 sur 30 · — LS · texte numérisé non relu

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demain. Les soldats voulaient piller et brüler cette ville, que l'on regardait comme la tête de la révolte ; mais leur chef parvint à la sauver, traita les Treviri avec douceur et tâcha de les attacher à la domination romaine.

Au lieu de profiter, pour achever la défaite de l'ennemi, de la consternation qu’avaient répandue les victoires de Bingium et de Rigodulum, le général romain perdit son temps à Trèves. et se laissa surprendre par Civilis et par Classicus. Sa cavalerie fut immédiatement mise en fuite ; les Belges, les Bataves et les Germains étaient déjà maîtres du fameux pont de Trèves, que Cérialis ignorait encore l’arrivée de ses adversaires. Ce-

pendant, à force de présence d'esprit et de courage, il réussit

à reprendre le pont et à repousser les assaillants. Profitant cette fois de son bonheur, il poursuivit l'ennemi et le poussa jusque dans l’île des Bataves. Tutor, Classicus et cent treize sénateurs de Trèves accompagnèrent Civilis dans sa fuite, et s’enfoncèrent dans la Germanie, lorsque celui-ci eut fait sa paix avec les Romains (1).

L'opiniâtreté qu’avaient montrée les Treviri les fit regarder pendant quelques années avec défaveur ; ils perdirent momentanément le nom de liberi, ainsi que tous les droits attachés à ce titre, et furent placés dans une condition inférieure (2). Au reste, l'insurrection dont nous venons de tracer rapidement le tableau fut le dernier effort que firent les nations gauloises pour recouvrer leur ancienne indépendance. Comprenant l'impossibilité d’un nouveau soulèvement, elles se résignèrent et s’affectionnèrent à un gouvernement qu'elles

avaient si longtemps détesté ; le luxe, la civilisation, les arts, qui étaient florissants dans la province romaine et le midi de la Gaule, pénétrèrent dans la Celtique, la Belgique et les par-

(1) V. idem, ibid., lib. IV et V, passim.

(2) C'est ce qui résulte des expressions de Pline : Treveri liberi antea; v. lib. IV, 51.

== 20 = ties les plus reculées et les plus septentrionales de notre patrie. De jour en jour, on vit s’effacer davantage les distinctions et

les haines créées par la conquête. La plupart des cités, qui .

avaient conservé leur organisation et leurs magistrats, renoncérent successivement à leurs usages et à leurs droits, pour adopter les lois et les coutumes romaines ; nos ancêtres allèrent au devant de luniformité et de la centralisation qui devaient plus tard leur être si funestes ; et lorsque, au commencement du III siècle, Caracalla fit tomber les dernières barrières. qui séparaient les diverses nations soumises à son autorité, en accordant à tous les sujets de l'empire le titre de citoyen romain, il se borna, on peut en ètre certain, à consacrer un fait entièrement accompli.

Associée d’une manière plus étroite aux destinées de l’empire, la Belgique ne tarda pas à se trouver mêlée aux querelles intestines d’une société corrompue et croûlante.-D’un autre côté, les Germains, enhardis par ces divisions et par l’affaiblissement qu’elles causaient à la puissance impériale, prirent l'habitude de franchir le Rhin. Dès l’année 254, et au commencement du règne de Valérien , les Francs et d’autres tribus germaniques pénétrérent dans la Gaule et dévastérent les cités voisines du fleuve (1). Posthume, à qui Valérien avait confié l’administration de cette contrée, chassa les Barbares, mais se fit proclamer empereur (an. 260) , et son usurpation fut accueillie avec joie dans les vastes provinces qu’il était chargé de défendre. Son pouvoir ne dépassa pas les limites de notre patrie, mais le nouveau souvérain se trouva pendant quelque temps maître de la Gaule tout entière (2). Il régna sept années, et, pour surveiller plus facilement les Germains, il établit le siége de son gouvernement

(1) V. Zozime, liv. I.

(2) V. Trebellius Pollio, Vita Posthumii, dans les Scriptores Historiæ Augustæ, édit. Saumaise, p. 185.

dans la ville de Trèves, qui, à partir de cette époque, ne cessa guère d’être la capitale de la Gaule. Trèves gagna beaucoup à cette mesure. Le séjour des empereurs et des préfets du prétoire y attira une nombreuse population. Le passage continuel des troupes, des convois d'armes et de vivres y favarisa le commerce. Les arts et les sciences, qui accompagnent ordinairement la prospérité, jetérent un vif éclat dans cette ville. Au dernier siècle de l'empire, elle était regardée comme la cité la plus florissante des Gaules, et Ausone, qui y remplit les fonctions de préfet du prétoire, en fait une description magnifique (1). Toutes les villes voisines de Trèves participérent plus ou moins à cette richesse de la métropole ; Metz surtout vit augmenter rapidement son importance et le nombre de ses habitants. Cependant, le voisinage de la Germanie exposait la Belgique orientale à de terribles catastrophes. Vers l’année 264, une armée de Germains, conduite par un chef nommé Chrocus, passa le Rhin, prit et dévasta Mayence, marcha en-suite sur Metz, s'en empara et massacra ceux des habitants qui n'avaient pas eu le temps de fuir. Chrocus-fut bientôt après vaincu et mis à mort (2) ; mais les invasions, sans menâcer sérieusement la domination romaine, devinrent de plus en plus fréquentes ; il n’y eut plus guère de sécurité dans les campagnes , et les villes ne furent pas toujours à l'abri des Germains (5). | | É Constantin-le-Grand séjourna à Trèves, en 313 et en 314, pour contenir les mouvements des peuples barbares, qui venaient encore de commettre des ravages dans les parties septentrionales de la Gaule. Cette contrée dut à Constantin autre chose que la sécurité; elle reçut une organisation meil-

(1) De claris urbibus, Treveri, IV, édit. Souchay, p. 212.

(2) V. Grégoire de Tours, Hist. Franc, lib. 1, 50 et seq. Plusieurs écrivains ne placent cette invasion qu’au commencement du V: siècle.

(3) V. Vopiseus, Vita Probi, dans les Scr. Hist. Aug., édit. Saumaise, p. 238 et 239 ; Gefchichte Der Srevviren, par M. Steinenger, passim.

ne

leure. Les anciennes divisions territoriales furent changées, et la Gaule fut partagée en dix-sept grandes provinces, renfermant chacune plusieurs cités ou nations différentes. Les cités des Treviri, des Mediomatrici et des Leuci formèrent la Première Belgique ; mais à ces trois nations nous voyons associé un. quatrième peuple, dont le territoire fut créé aux dépens du pays médiomatricien. Il s’agit des Verodunenses, que les historiens et les monuments désignent aussi quelquefois sous le nom de Clavi, et tout porte à croire que cette nouvelle cité eut une existence propre dès la fin du HI‘ siècle ou le commencement du IV‘. Le territoire des Verodunenses était borné à l’est par la cité des Mediomatrici, et la limite suivait une direction diagonale du nord-est au sud-ouest, et avoisinait les villes ou villages de Saint-Mihiel, d'Aprémont, d'Hattonchâtel, de Fresne, de Conflans-en-Jarnisy, d’Etain et de Norroy. À l’ouest ses bornes étaient les anciennes limites du pays médiomatricien, c’est-à-dire les cités des Catalauni et des Remi. Au sud, ou pour mieux dire au sud-ouest, la cité des Verodunenses était voisine du pays des Leuci ; enfin, au nord elle confinait à celui des Treviri, et renfermait plusieurs cantons qui furent plus tard réunis à l’archevèché de Trèves. Ces divisions territoriales correspondaient à une nouvelle organisation administrative et militaire, qui semblait devoir donner plus de force au gouvernement et le mettre en état d’opposer une résistance plus efficace aux invasions des Germains. Les Romains furent souvent victorieux dans cette guerre interminable (1); mais les provinces, parcourues et pillées en tous sens par les hordes envahissantes et par les troupes des empereurs, se dépeuplèrent et devinrent de vastes

(4) C’est à la suite d’une de ces invasions que Jülien l’Apostat, traversant la Première Belgique pour aller attaquer les Barbares dans la vallée | du Rhin, faillit perdre, près de Decempagi, deux de sos légions, surprises .par l’énnemi au moment où elles s’armaient pour se mettre en route.

solitudes. La population urbaine était également bien diminuée. On comprit alors la nécessité de fermer de murailles les villes les plus importantes, et, sous le règne de Valentinien I", on commença avec activité ces travaux de fortification. Comme le temps pressait, et que le Christianisme était le culte dominant, on employa, pour construire les murailles, les débris des temples, les autels et les images des dieux et les tombeaux païens, qui étaient si nombreux dans le voisinage des cités antiques. Dans la partie méridionale de la Première Belgique, on fortifia de la sorte les villes de Toul, de Solimariaca, de Decempagi, de Scarponne et plusieurs autres (1). C'est aussi à la même époque qu’il faut rapporter l’établissement des camps romains, dont on retrouve les traces sur le sommet de quelques montagnes. Lorsque la présence des Barbares était indiquée sur un point quelconque, des signaux, transmis rapidement d’un poste à l’autre, avertissaient les laboureurs et les colons de se réfugier avec leurs troupeaux dans les lieux fortifiés. | | Ces précautions n'étaient pas inutiles, car les Barbares recommençaient sans cesse leurs courses et leurs ravages. Sous le règne même de Valentinien [°', ils envahirent de nouveau la partie orientale de la Belgique et défirent les généraux romains Sévérien et Carietton. Valentinien envoya contre eux une autre armée, commandée par Jovin, maître de la cavalerie. Celui-ci surprit à peu de distance de Scarponne, et sur la rive gauche de la Moselle, un grand nombre de Barbares et les massacra, avant même qu'ils eussent pu saisir leurs armes. Encouragé par ce premier succès, il traversa la Moselle sur les ponts de Scarponne et s’avança contre d’autres Germains,

(1) V. M. Beaulieu, ibid., t. I, p. 23, 226 et 227 ; Notice de la Lorraine, par Dom Calmet, t. Il, col. 600 ; Bibliothèque lorraine, par le même, p- äij. Les murailles gallo-romaines de Toul reposaient en partie sur de grandes pierres provenant des édifices publics, des temples et des cime. tières, et couvertes d'inscriptions la plupart sépulchrales.

qui s'étaient arrêtés près de la hauteur d’Atton, où ils se gardaient mal. Jovin, tournant la montagne Sainte-Geneviève, les attaqua à l’improviste et extermina tous ceux qui ne purent prendre la fuite (4). |

Les victoires de ce général et celles de Valentinien rétablirent, pour quelque temps, la tranquillité dans la Belgique et la Germanie romaine. Les empereurs, craignant toujours que les Barbares ne revinssent à la charge, en prirent beaucoup à leur solde et les incorporèrent dans les légions. D'autres furent transplantés sur le sol gaulois, et, sous le nom de lètes, cultivérent et défendirent les campagnes que leurs pères avaient ravagées tant de fois. Mais la Gaule ne put se relever ; les vices du régime municipal et le système adopté pour l'assiette des impôts achevérent lentement l’œuvre des Germains ; l'empire romain était condamné à périr, et lheure de sa chute allait sonner. L :

(1) V. Ammien Marcellin, lib. XX VIE, c. 2.

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