‹ Histoire de Lorraine. Tome premierChapitre 12 sur 30 · ST · texte numérisé non relu

ST

Belgique et y demeura pendant quelques années (1). Saint Martin visita aussi cette province pendant le cours de son glorieux épiscopat. Îl se rendit à Trèves une première fois, . en 373, pour sohiciter de l'empereur Valentinien plusieurs grâces, que ce prince était bien déterminé à refuser, et qu’il accorda cepéndant, quand il eut vu et entendu saint Martin. Celui-ci vint à Trèves une seconde fois, en 384, pour demander au tyran Maxime, qui s’empressa d'accéder aux prières du saint, la grâce de plusieurs personnages recommandables, qui avaient été persécutés après le meurtre de Gratien ; enfin, il visita Trèves de nouveau, en 386, au moment où Maxime était occupé de l'affaire des Priscillianistes. Ces trois voyages de saint Martin ont laissé des souvenirs ineffaçables dans la Première Belgique, où il opéra d’ailleurs différents miracles, et aujourd'hui encore une foule d’églises sont dédiées sous l'invocalion du saint évèque de Tours (2).

Le séjour fréquent des empereurs attirait dans la ville de Trèves la plupart des hommes célèbres de cette époque, et saint Ambroise s’y rendit deux fois, pour des négociations importantes dont il avait été chargé par-Valentinien IL (3).. La métropole de la Première Belgique avait alors pour évèque Félix, qui est honoré comme bienheureux dans son église, et dont Sulpice Sévère parle comme d’un saint personnage, digne de vivre dans un temps meilleur (4). Après un épiscopat de douze années, il se retira dans un monastère qu’il avait construit, aux portes de Trèves, sous l’invocation de la Sainte Vierge et des saints martyrs de légion thébaine (5), et on croit que, surpris par les ruses des sectaires, il

(1) V. Præf, lib. Il comm. in epist. ad Galat., ibid, col. 255 et 256.

(2) V. Sulpice Sévère, Dialog., Il, c. 6, 7, I, ec. 15; Vita s. Martini, c. 15 et 23. |

(3) V. s. Ambroise, t. Il, col. 1194.

(4) V. Dialog , I, ce. 15.

(5) V. Bolland., Acta sanctor. 26 mart.

avait eu le malheur de se laisser entrainer dans l’hérésie des Priscillianistes.

Cette rapide esquisse des premiers évèques de Trèves est presque tout ce que l'histoire nous a conservé. On en sait moins encore sur les évèques de Metz; car on ne connaît guère que les noms de saint Clément, de saint Céleste, de saint Félix et de saint Patient, qui en occupèrent le siège épiscopal à la fin du LIT° siècle et pendant une partie du 1V°. Saint Victor, cinquième évêque de Metz, assista, en 346, au concile de Cologne, où fut déposé le métropolitain Euphratas, et, en 347, au concile de Sardique (1). Ses successeurs immédiats, saint Victor II, saint Siméon, Sambuce et Rufus, ne nous ont guère laissé que leurs noms (2).

Le premier évèque de Verdun fut saint Saintin, qui se trouva également au concile de Cologne ; ses successeurs furent saint Maur, saint Salvin et saint Arator, dont les actions n’ont pas été enregistrées par l’histoire. Enfin, l’église de Toul ne parait avoir eu d'évêques que plus tard encore. En effet, saint Mansuy, réputé le plus ancien évêque de cette ville, ne commença à siéger qu'après la persécution de Julien, e’est-àdire vers l'année 365 ou 366 ; mais, d’après une tradition dont nous retrouvons les traces dans les livres liturgiques de Toul, il y aurait eu antérieurement à Julien un autre évêque, saint Euchaire, qui aurait babité Grandesina , la ville la plus peuplée et la plus importante de la civitas des Leuei (3). Quoiqu’il en soit, on est généralement d'accord que le premier évêque de Toul a été saint Mansuy (Mansuetus), que l'on croit avoir été originaire de l’île de Bretagne. Son culte est aujourd'hui, comme autrefois, très-populaire en Lorraine; néanmoins, on sait bien peu de choses sur sa vie, et la

(1) V. Labbe, Concil., t. If, col. 615.

(2) V. Hist. de Metz, t. 1, p. 198-221.

(3) V. notamment le bréviaire de 1512, le missel de 1550 et Ie bæéviaire de 1593, au 20 octobre.

ee même obscurité s’étend..à ses premiers suceesseurs, Amon, | Alchas et Celsin, qui sont tous trois Do au nombre des. bienheureux. :

Il semble, du reste, que le paganisme se | maintint. longtemps dans la Première Belgique ; qu’il fallut de grands éfferts pour le déraciner, et que pendant le IV° siècle on ne comptait dans les vallées de la Moselle et de la Meuse qu'un assez pétit nombre de chrétiens. Il en fut de même dans les contrées voisines, et malgré le zèle des évêques d’Argentoratum (Strasbourg), le temple d’'Hercule qui s'élevait dans cette ville ne fut détruit qu’en 449 (1). On a découvert en Lorraine une multitude de sépultures gailo-romaines, et l'on a reconnu sur

presque tous les tombeaux de indices de paganisme ; cependant, à partir du moment (an. 599) où l’empereur Honorius ; -

publia une constitution qui, confirmant les lois précédemment rendues contre l’idolâtrie, permettait de briser les idoles et d’anéantir les vestiges du polythéisme gréco-rdmain (2), celuici déclina sensiblement ; mais sa destruction fut lente, et nous verrons plus loin qu elle x n'était pas encore accomplie au milieu du VF siècle. |

Nous n’avons rien dit encore des martyrs qui cimentérent de leur sang l'établissement du christianisme dans la Première Belgique. Ils furent nombreux à Trèves, où la religion chréticnne s'était introduite d'assez bonne heure et avait fait des progrès; malheureusement les détails que l’on trouve dans divers ouvrages sont loin d'être authentiques ; les cités des . Mediomatrici et des Verodunenses ne paraissent pas avoir été le théâtre de persécutions bien sanglantes, ou du moins l'hisloire n’en a pas conservé le souvenir ; et quant à la civifas . des Leuci, elle fournit plusieurs martyrs sous le règne de Julien. On sait que ce prince ne rendit aucun édit prononçant

-(1) V. Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. 1, p. 157. (2) V. Code Théod., lib. XV, tit. 10, ce. 16.

en, la peine capitale contre ceux qui professaient la religion nouvelle, mais il toléra la persécution dans tous les lieux où il plut aux magistrats de la commencer. Saint Euchaire, qui passe à Lort ou à raison pour avoir été le premier évêque de la cité des Leuci, fut emprisonné et eut la tête tranchée auprès du village de Pompey, au confluent de la Meurthe et de la Moselle, dans un champ renfermant un cimetière galloromain et mérovingien (1).

Une autre victime de la même persécution est ‘saint Eliphe ou Elophe, qui, d’après une tradition peu authentique, aurait été le frère de saint Euchoire. Arrêté par une troupe de païens et de juifs (2), il fut martyrisé dans une plaine située entre Grandesina et Frumentosa (Fruze) (3). Enfin, on peut encore placer à la mème date les martyres de sainte Libaire et de sainte Menne , qui était spécialement révérée à Poussay ou Porsas (Portus suavis), près de Mirecourt.

La Première Belgique n’enfanta pas seulement des martyrs, elle produisit aussi des écrivains chrétiens, dont la renommée et les écrits ont traversé les âges. Sans parler de saint Ambroise, né à Trèves, où son père remplissait les importantes fonctions de préfet du prétoire, cette ville donna le jour à Salvien, qui déplora avec tant de vérité et d’éloquence les crimes et les malheurs de ses contemporains, qu’il fut surnommé le Jérémie du V° siècle. Il nous reste de lui un traité du gouvernement de la Providence , un livre contre l’avarice

(1) 1 existe encore en ce lieu une chapelle du XIVe siècle, sur les murs de laquelle se lisent deux inscriptions, l’une en latin, l’autre en vers français, qui rappellent, mais d’une manière fort inexacte, la vie et le martyre de saint Euchaire. Elles sont imprimées dans le Journal de la société d'archéologie lorraine, année 1852-53, p. 22 ct 25.

(2) Il parait qu’il y avait déjà des juifs établis dans la Première Belgique pendant la période gallo-romaine.

(5) Sa Vie a été écrite au XIIe siècle, mais d’après une vie beaucoup plus ancienne, par Rupert, abbé de Deutz (auprès de Cologne). Elle est imprimée dans Surius et dans les Bollandistes, au 16 octobre.

et des épîtres. Ces ouvrages sont écrits d’un style élégant et ferme, et l'on y rencontre des pages sublimes, notamment le fameux passage, si souvent cité, où Salvien décrit la. ruine et la désolation de sa patrie. Saint Vincent de Lérins était né à Toul, selon la plus commune -opinion. Après avoir consumé une partie de sa carrière dans les agitations du monde, il se retira dans l’île de Lérins, où s'élevait un monastère célèbre et y embrassa la vie religieuse ; c’est là qu’il écrivit le Commonitorium adversus hæreticos, dans lequel on trouve des armes pour combattre toutes les erreurs, quoique le but principal de l’auteur eût été de réfuter l’hérésie de Nestorius, qui venait d’être anathémisée. Cet illustre solitaire mourut vers le milieu du V° siècle. Il avait pour frère saint Loup, qui fut, comme lui, moine de Lérins, et que ses vertus firent “élever plus tard sur le siège épiscopal de Troyes. Sidoine - Apollinaire l’appelait le premier des prélats, et les évêques des Gaules le députèrent dans la Grande Bretagne, avec saint Germain d'Auxerre, pour arrêter dans cette île les progrès de l’hérésie pélagienne. Nous verrons plus loin qu il rendit encore d’autres services à la chrétienté.

Lorsque, plusieurs années après cette mission, saint Germain retourna dans la Grande Bretagne, pour y combattre de nouveau le pélagianisme, il se fit accompagner par un disciple de saint Loup : saint Sévère, métropolitain de Trèves, que l'on regardait comme un des prélats les plus distingués de la Gaule (1).

L'église de Trèves jouissait alors d'une grande réputation ; ce qui prouve la ferveur des chrétiens de la Première Belgique, c’est que, dès la seconde moitié du IV° siècle, la vie monastique commença à être connue et pratiquée chez eux, et saint Augustin rapporte que l’on rencontrait des

(4) V. Vita s. Eupi, dans Surius, au 29 juillet.

monastères aux portes mêmes de la ville de Trèves (1). Mais il n’y faut voir que des essais, et les premières communautés établies dans notre pays ne subsistèrent pas longtemps.

(1) V. Confessions, liv. VITE, c. 6.

Page 1