‹ Histoire de Lorraine. Tome premierChapitre 18 sur 30 · TE · texte numérisé non relu

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qu’il appelle Aza, se retirérent à Ps pour y vivre en reclus (1).

Une des principales causes de la décadence et de la destruction des monastères fut leur assujettissement à des évéchés ou à des monastères étrangers. Ainsi, l’église de Toul possédait en commende douze abbayes et finit par en absorber plusieurs. Ces abbayes, presque toutes lorraines, étaient celles de Saint-Epvre, Saint-Mansuy, Bouxières-aux-Dames, Saint-Gengoult de Varennes, Saint-Dié, Moyen-Moutier, Montier-en-Der, Saint-Germain-sur-Meuse, Saint-Pient de Moyenvic, Poulangy, Bon-Moutier et Offonville (2).

Antérieurement, l’abbaye de Saint-Denys, près de Paris, avait sous sa dépendance les abbayes de Saint-Mihiel et de Saint-Dié, et les prieurés de Liepvre, de Celles et de Salone. Charlemagne avait cédé à Saint-Denys le monastère de Saint- Dié, à condition qu'on y entretiendrait une communauté de dix ou quinze religieux (3). La plupart de ces-unions ne durérent pas longtemps ; cependant, à la fin du IX° siècle, le prieuré de Salone appartenait encore à l’abbaye de Saint- Denys (4). D’autres monastères tombèrent au pouvoir de seigneurs laïcs, qui en dissipèrent les biens, et dont l'influence funeste amena la ruine de la discipline et des mœurs. En 899, l'abbé de Prum Réginon fut obligé de se démettre de son abbaye, qui fut livrée à la rapacité de Richard, frère des comtes Gérard et Matfrid. Cette usurpation fut tolérée et même approuvée par l’empereur Arnoul, qui craignait de mécontenter les comtes Gérard et Matfrid, et quelques années après, les mêmes seigneurs s'emparèrent, à main armée, des

(4) V. Valcandus, de Successoribus sancti Hidulfi in Vosago, c. 5, dans Calmet, Hist., t. Il, preuv.. col. lij.

(2) V. Hist. ecclés. de la province de Trèves, par M. Clouet, t, Il, p. Ixj.

(8) V. le titre de donation, dans Félibien, Histoire de l'abbaye de Saint- Denys, preuv., p. xxxij.

(4) V. idem, ibid., preuv., p. Ixxviij.

: — 179 — abbayes d’Horréen et de Saint-Maximin ; au préjudice du comte Conrad-l’Ancien et de son frère Gebhard ; mais le comte Conrad-le-Jeune parvint à expulser les envahisseurs (1). Ces usurpations et ces violences expliquent les désordres qui s’introduisirent dans divers monastéres, après le milieu du IX° siècle. Les moines d’'Epternach s’établirent dans les différents domaines qui appartenaient à l’abbaye, quittérent l’habit religieux et vécurent comme de simples laïes ; plus tard, cependant, ils furent obligés d'adopter un régime un peu plus réguliér, mais il s’écoula bien des années avant que la règle bénédictine reprit son empire (2). Vers le même temps, l’abbaye de Moyen-Moutier, dépouil-

lée de ses biens, fut désertée par presque tous les re-

ligieux qui l'habitaient. Ils se dispersérent pour chercher ailleurs leur subsistance, et ceux qui n’abandonnèrent pas l'abbaye ne se crurent plus liés par les règles monastiques vt perdirent tellement l'esprit de leur état, que l’on fut contraint de les remplacer par des chanoines (3). Le monastère de Senones était dans une situation plus déplorable encore. Il s'était fait remarquer jusqu'alors par sa régularité; mais Adalard, son quatorzième abbé, attira autour de lui une foule d'individus qui lui ressemblaient, et le bruit de leurs désordres ne tarda pas à scandaliser les fidèles ; l'abbé, non content de fermer les yeux sur toutes ces indignités, les autorisait par son exemple. Bientôt, les domaines de l’abbaye furent aliénés ou engagés pour fournir aux profusions d’Adalard ; les moines furent contraints de fuir le monastère; la plupart dépouillérent même l'habit religieux et se confondirent avec les serfs. Ce misérable état de choses dura sous le gouvernement de six abbés , et ce fut seulement le pieux Rembert

(4) V. Mabillon, Ann. Bened., t. Il, p. 303 et 323. (2) V. idem, ibid., p. 83.

(3) V. idem, ibid. p. 91.

qui rétablit l’observance régulière à Senones, après l’année 930 (1).

Presque tous les faits de ce genre que l'histoire a été forcée d'enregistrer ont été la conséquence de l’usurpation des biens ecclésiastiques par des séculiers, ou de l'élection de certains abbés, qui furent imposés à plusieurs monastères par les familles puissantes auxquelles ces abbés appartenaient.

Les cathédrales et les abbayes avaient alors des biens très-considérables, et, comme il arrive toujours, ces biens réveillèrent l'envie et la cupidité. Au VILLE: siècle, l’église de Verdun avait des possessions jusque dans l’Aquitaine, en- ‘tr’autres les domaines de Maderniac et de Puliniac et l'abbaye ‘de Saint-Amant, qui faisait partie du diocèse d’Angoulème (2). Dans le siècle suivant, Moyen-Moutier avait plus de quinze cents familles de serfs, établis sur les terres défricbées par les moines ou sur les domaines qui avaient plus tard été donnés au monastère (5). Mais à ces grands biens étaient attachées des obligations fort onéreuses, telles, par exemple, que le service militaire. Au moment où Bernard, roi d'Italie, se révolta contre son oncle Louis-le-Pieux, celui- : ci assembla une armée, et les archevêques, évèques et abbés furent invités à envoyer , le plustôt possible, les contingents que devaient fournir leurs cathédrales ou leurs abbayes. On a encore la lettre que le métropolitain de Trèves, Hetti, écrivit à Frotaire, évêque de Toul, pour lui prescrire d’'avertir immédiatement les abbés, abbesses, comtes et seigneurs de son diocèse d'organiser leurs contingents et de-les tenir prêts, de manière à ce.que si l’ordre du départ arrive le matin ils puissent partir L soir, et que si l’ordre arrive le soir ils soient

(4) V. Richer, Chronicon senoniense, lib. 11, c. 48, dans Came, H Hist., t. IL, pu col. xv et xvj.

@) V . Bertaire, Hist. episc. virdun., dans D’Achéry , Spicil., t. XII, p. 259.

(3) V. Mabillon, Annal. Bened., t. III, p. 94.

en état de se mettre en route le lendemain matin (1). Moyen- Moutier était obligé de fournir trente soldats. Mais les moines, gênés par des guerres sans cesse renaissanies et par des exactions de toute nature, se trouvèrent, sous le règne de Lothaire, dans l’impossibilité d'envoyer leur contingent. Le roi, pour les forcer à s'acquitter, livra le monastère au duc de la province. Celui-ei vexa les religieux et confisqua non seulement les quinze cent onze familles -de serfs qui fai-

. salent la richesse de cette abbaye, mais encore les domaines

et les prieurés en dépendant. Il contraignit ainsi tous les moines à venir résider dans le monastère lui-même, et comme on ne. leur avait laissé, pour leur subsistance, qu’un seul domaine très-peu étendu, la difficulté de vivre dans cet état de misère amena la décadence de Ja discipline et mit cette célèbre abbaye à deux doigts de sa perte (2).

Outre cette obligation du service militaire, certaines abbayes étaient astreintes à d’autres redevances souvent assez bizarres. Sous le règne de Louis-lé-Pieux, l'évêque Frotaire rétablit l’abbaye de Saint-Epvre et lui fit restituer les biens qu’elle avait possédés autrefois ; pour rappeler le service qu'il venait de rendre à ce monastère, il stipula que, chaque année, les moines donneraient à lui et à ses successeurs un repas le jour de la fête de saint Epvre, un cheval du prix de trente sous, ou sa valeur en argent, un bouclier, une lance, deux cuirs, deux cilices ; plus, en temps de guerre, un chariot altelé de bœufs; ce chariot et son attelage étaient entretenus aux frais de l'évêque, et si les bœufs revenaient sains et saufs, ils devaient être rendus à l’abbaye (3).

Quelques. usages particuliers observés dans les églises cathédrales, paroissiales ou monastiques méritent d'être rap-

(4) Cette lettre est imprimée dans Duchésne, t. Il, p. 724.

(2) V. Mabillon, Annal. Bened., t. IL, p. 91.

(3) Le diplôme de Frotaire, que nous avons déjà cité, est imprimé dans Calmet, Hist., t. L pren col. 301-303.

portés. Un des plus singuliers est la coutume de suspendre soit avec des chaines, soit même seulement avec des cordes, à la voûte ou au plafond des églises les châsses qui contenaient les corps des saints (1). Les grandes églises et beaucoup de monastères possédaient des clochers et des cloches, mais d’autres n'en avaient pas, et pour annoncer les offices, on frappait avec un gros maillet sur une pièce de bois. On enterrait déjà dans les églises des monastères les bienfaiteurs de ces maisons et quelques personnages puissants, tandis qu’il n'était pas . encore d'usage d’inhumer dans les cathédrales. Ludelm , évèque de Toul, qui mourut en 905, se fit enterrer dans sa cathédrale, devant l'autel de saint Martin, quoique ses prédécesseurs reposassent dans les abbayes de FUNEDYEE et de Saint-Mansuy (2).

Ce serait ici le lieu de parler des écrivains qui ont illustré la province ecclésiastique de Trèves, pendant la domination des princes carlovingiens ; mais la suite naturelle du récit a amené successivement sous notre plume les noms de la plupart de ces auteurs. Nous avons parlé de Smaragde, d’Amalaire métropolitain de Trèves, d'Amalaire diacre de Metz, des évêques Frotaire et Dadon, des maitres distingués qui ont dirigé les écoles épiscopales et monastiques ; il ne nous reste à mentionner que Donat, diacre de l’église de Metz, auteur d’une vie de saint Trudon (3); un autre agiographe, Umnom, qui écrivit une histoire de saint Arnould, dans laquelle il paraît s'être proposé de prouver que les Carlovingiens descendaient, par les femmes, de la famille de Clovis (4) ; et les chroniqueurs Réginon et Thégan, dont les noms se sont déjà présentés au

(4) V. Calmet, Notes inédites sur les titres imprimés dans l'Histoire de Lorraine, ms. appartenant à la bibl. publ. de Nancy, p. 5.

(2) V. Hist. epise. tull., dans-Calmet, Hist., t. I, preuv., col. 150.

(3) Cette vie de saint Trudon est imprimée dans les Acta ss. ord. s, Bened., sæc. 2,-p. 1071 et suiv.

(4) L'ouvrage d’Umnom est imprimé dans les Bollandistes, au 18 juillet.

lecteur. Thégan, qui était chorévêque dans le diocèse de Trèves, sous le règne de Louis-le-Pieux, composa des annales qui s'étendent de l’année 813 à l’année 819 ; le style en est bien médiocre, mais l’amour de la vérité n’a pas cessé d’inspirer le narrateur (1). La chronique de Réginon, qui est divisée en deux livres et ne s'arrête qu’à l’année 907, est bien supérieure à celle de Thégan. Réginon écrivit encore d’autres ouvrages ; sans parler de son commentaire sur le grammairien Martianus Capella, il a laissé deux livres intitulés : De la discipline ecclésiastique et De la religion chrétienne, dans lesquels il traite du droit canonique et des devoirs imposés aux laïcs (2), et une lettre adressée à Ratbod, métropolitain de Trèves, et relative à la musique ancienne (3).

(1) Ces annales ont été imprimées plusieurs fois.

(2) Cet ouvrage a été publié, avec d'excellentes notes, par : Baluze, Paris, 1671, in-80.

(5) V. Dom Ceillier, Hist. des auteurs ecclésiastiques, 1, XIX, p. 510 et suiv.

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