‹ Histoire de Lorraine. Tome premierChapitre 22 sur 30 · CT · texte numérisé non relu

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étaient conférés par. les empereurs ; dans un diplôme epétil qui devait être renouvelé à l’avènement de chaque prince. Les-dues ont toujours soutenu que leurs droits de marchis s’étendaient de la Meuse au Rhin ; néanmoins, leur prétention a été fortement combattue, et il ne semble pas qu'ils aient exercé les fonctions de gardiens hors des limites de leurs états héréditaires et des Trois-Évêchés. Dans l’impossibilité où ils se trouvaient .de s'acquitter par eux-mêmes des soins. d'une pareille charge, ils déléguërent leurs pouvoirs à des officiers subalternés, qui ‘prirent plus tard le nom de prévôts |. de marche et avaient sous leurs ordres une espèce de gendrmerie. La marque distinctive de la dignité de marchis était une longue et large épée, souvent empreinte sur les monnaies ducales (1).

Il est vraisemblable que l'empereur Henri IT avait réglé, dans un acte quelconque, les rapports qui devaient exister entre le nouveau duc héréditaire et les seigneurs lorrains. On. ne connait, il est vrai, sous le règne même de Gérard aucune assemblée de la noblesse, et on.ne voit pas .qu'elle ait pris une part directe ou indirecte dans le gouvernement ; mais sous le règne de Thierry, fils «et successeur de ce princes la noblesse joua un rôle assez important. |

Les commencements de l'administration de Gérard furent fort agités. Le duc Godefroy ne pouvait se résoudre à aban- donner les duchés de la Haute et de la Basse-Lorraine,' et continuait la guerre avee quelque succès. Il attaqua Verdun ; mais, pendant ce temps, Frédéric, duc de la Basse-Lorraine, entra dans les Ardennes, où se trouvait le centre de la puissauce de Godefroy. Gérard d'Alsace, qui l'attaqua d’un autre côté, ne fut pas heureux dans cette entreprise ; il fut battu et’ fait prisonnier, et son rival le relint dans les fers uné ânnée environ. Enfin, en 1049, saint Léon, étant venu en France,

© (4) V. Calmet, Hist., t. IE, col, j-xij et xxxiv. | Tu ni É | 19

engagea Godefroy à poser les armes, puis à relâcher Gérard, et obtint de l’empereur la grâce du vassal rebelle (1).

Le duc de Lorraine, plein de reconnaissance pour le saint pontife, l’'accompagna dans presque tous ses voyages et l’invita à séjourner dans l’abbaye de Bouzonville. Il voulut s’acquitter d’une autre manière envers l'Eglise et aider. l'évèque Udon, successeur de saint Léon, à châtier le seigneur de Vaucouleurs, qui ravageait et pillait les alentours de la ville de Toul. Déjà saint Léon avait essayé de s'emparer du château de Vaucouleurs ; mais la forteresse, située sur une hauteur près du bourg, avait opposé une vigoureuse résistance, et les assiégés, ayant reçu des secours que leur envoyaient les seigneurs de Rinel et de Fliste, avaient obligé les troupes épis-

copales à se retirer. Cet échec aagmenta l'audace des brigands,

et l’évêque Udon, ayant résolu de détruire leur repaire, pria Gérard d'Alsace et Louis, époux de la comtesse Sophie et comte de Bar, de lui prêter main forte ; ceux-ci lui donnèrent cinq cents soldats, et avec l’aide de ees auxiliaires, il assiégea le château de Vaucouleurs, le prit.et le détruisit complètement (2). Environ dix années après, Gérard eut occasion de rendre un autre service à l'église de Toul. En 1067, Rollo, seigneur de Rollainville, se mit à la tête d’une troupe de huit cents aventuriers et enleva, par escalade, le château de Vicherey, qui appartenait au chapitre de Toul; les chanoines eurent recours à Gérard et le supplièrent d’assiéger Vicherey, en ui promettant de lui en céder la vouerie. Le duc se mit aussitôt en campagne avec ses troupes, et celles de l'évêché commandées par le comte Arnoul, reprit la forteresse et châtia les brigands qui s’y étaient logés (3).: -

Gérard ne paraît avoir eu à soutenir aucune guerre contre

(4) V. Jean de Bayon, Chronic. , lib. Il, c. #4 : Albéric, ad an. 1049. (2) V. Benoit, Hist. de Toul, p. 581.

(3) V. idem, Supplém. à l'hist. de la maison de Lorraine, p. 20.

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des ennemis extérieurs, pendant les vingt-deux ans que dura son règne: Ïl avait eu, vers 1057, des difficultés graves avec le comte et la comtesse de Bar (1), et l'on était sur le point d'en venir à de. véritables hostilités, lorsque l'évêque Udon ge porta comme médiateur et parvint à réconcilier deux princes dignes de s’estimer réciproquement (2). Mais si Gérard n’eut rien à redouter de ses voisins, il eut tout à craindre de la part. des seigneurs lorrains, qui voyaient, avec inquiétude et colère , s'élever au milieu d'eux une autorité dont ils craignaient de subir plas tard l’ascendant. Le dac de Lorraine, de son côté, n’avait pas les qualités propres à détourner l'orage. D'un caractère entreprenant et inflexible, il prit toutes les mesures qu’il jugea convenables pour rétablir la paix dans son duché et affermir sa puissance, et différents seigneurs, dont les prétentions se trouvèrent blessées par ces : mesures, se. liguèrent contre Gérard. et se révoltèrent contre lui. Les chroniqueurs du XE siècle ne nous ont conservé aueun renseignement particulier sur ce fait important ; on sait seulement que le roi des Romains Henri IV, dont le duc de Lorraine avait invoqué l'appui, lui envaya un secours de deux mille hommes , et que Gérard réussit à comprimer la rébellion (3). Mais, malgré leur défaite, les mécontents parvinrent à rendre vains la plupart des projets de Gérard, et quoique ce prince fût, suivant Jean de Bäyon,. un hommé d'un génie vif, et qu’il eût fait preuve d’une certaine habileté, il ne fit cepen- . dant, ajoute le chroniqueur, rien qui soit digne de mémoire (4). .

Bournon assure que Gérard publia une espèce de code, qui aurait renfermé divers règlements pour la réforme et la

() Nous appelons conte sde Bar Louis de Montbéliard, quoiqu'il ne fût, en réalité, que le mari de la eomtesse et qu il n'ait jamais été Propre | . taire du Barrois. :

(2} V. idem, Hist. de Toul, p. 381.

(3) V. Chevrier, ibid., t. E, pi 62 et 63.

(&) V. lib. H,e. 64,

police des mœurs, et particulièrement disposé que le di-

manche on ne pourrait boire qu'après vépres, et qu’on

n’épouserait pas sa lignée (4) ;. mais le passage de Bournon ne nous semble pas mériter grande attention; on sait que ce compilateur écrivait à la fin du X VI siècle, bien que sur des documents plus anciens, et qu’il ne craignit pas d'attribuer.

à différents ducs de Lorraine des dispositions législatives

qu'il avait ramassées à droite et à gauche, et souvent même dans les codes des Barbares. qui démembrérent l'empire -

romain. Nu

Gérard régnait depuis plus de vingt ans, hace plusieurs seigneurs lorrains formèrent contre lui une nouvelle ligue, dans le but de mettre fin à des tentatives qu'ils regardaient comme destructives de leurs droits (2). Le duc, qui résidait ordinairement à Châtenoy, se rendit alors à Rerairemont, peut-être pour surveiller de plus près les menées de quelques-uns des conjurés (3). Il y mourut subitement en 4070, et on crut qu'il avait été empoisonné par un émissaire de ses ennemis. Ce soupçon fut confirmé par quelques signes extérieurs qui pouvaient annoncer la présence du poison ; néanmoins, on a tant abusé de ce moyen pour expliquer la mort prématurée des princes, + il est sage de ne pas l’admettre légèrement.

Gérard fut enterré dans église de Re il laissait

trois fils encore bien jeunes : Thierry, son successeur ; Gé-

rard, et Bertrice, qui fut abbé de Moyen-Moutier. Hadwide

(1) v. Due ibid. , p. 70.

(2) .... Conjuratio Principum, in extremo ejus vite termino, molieba-

tur cum en ut dicitur, novum dolum:, V. Jean de Bayon, lib. IL, c. 64. . Les éditeurs de Jean de Bayon ont lu novam delam au lieu de novum

dolum ; Dom Calmet propose elam ; mais l'un ne vaut pas mieux que l’autre. (3) Chevrier prétend même (ibid. P. 7A et 72) qu'une seconde.insurrection avait éclaté, et que les révoltés avaient commis de grands ravages dans les Vosges ; ce qui avait obligé Gérard à se rendre à Remiremont.

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survécut assez longtemps à son mari elle avait fondé, en 1069, le prieuré de Châtenoy, qui dépendit primitivement de : l'abbaye de Molesme et fut ensuite donné à l’abbaye de Saint- Epvre. Elle fut enterrée dans le cloître de ce prieuré, et au ‘commencement du siècle dernier, on montrait encore un tom- beau que l’on disait être celui de cette princesse, et qui n’of- - frait.ni inscription ni armoiries (4).

(4) V. Calmet, Hist., t. [, col. 1108 et 1109,

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