SIMON
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Simon I‘, qui est appelé Sigismond dans plusieurs titres anciens, et dans quelques-unes de ces médiocres histoires de Lorraine que l’on vit composer au X VIF siècle, Simon recueillit, comme on l’a dit, tout ce que son père Thierry avait possédé, à l’exception toutefois des domaines situés en Alsace, et de la seigneurie de Bitche donnée à un de ses frères, et à laquelle celui-ci renonça quand il fut maitre de la Flandre. Simon fut aussi, comme son père et son aïcul, voué des principales abbayes lorraines. Les premières années de son règne furent assez paisibles, et l’on n'a guère à enregistrer que des transactions avec des établissements religieux. Le duc Thierry avait fait construire à Neufchâteau une église dédiée à saint Nicolas, et avait obtenu de l’évêque Pibon que tous ceux qui s'établiraient dans la nouvelle ville de Neufchâteau n'auraient pas d'autre paroisse. Simon avait cédé cette église à l’abbaye de Molesme, à condition d’y entretenir un certain nombre de religieux; mais Ricuin de Commercy, successeur de Pibon, bläma cet arrangement, défendit aux moines de Molesme d'accepter la donation du duc de Lorraine, et aux habitants de la nouvelle ville d’avoir une autre paroisse que l'église Saint- Christophe située dans la ville ancienne. Simon reconnut comme fondée l’opposition de l’évêque de Toul, et, pour terminer la difficulté, donna l'église Saint-Nicolas à
l'abbaye de Saint-Mansuy, déjà propriétaire de la paroisse Saint-Christophe (1). Quelque temps après, le duc conclut avec Raimbaldus ou Raimbaut, prévôt de l’église de Saint-Dié, un traité ayant pour but de remettre dans leur premier état les privilèges de cette église, qui avaient subi plus d’une atteinte, sans doute par le fait du duc Thierry et de Sinon lui-même (2).
Ce prince régnait déjà depuis longtemps, lorsque dés évènements maintenant inconnus allumérent en Lorraine une guerre qui dura. plusieurs années. Albéron de Montreuil, archevèque de Trèves , Renaud I”, comte de Bar, et Etienne de Bar, évêque de Metz, se liguërent pour combattre le duc Simon. Ce dernier fut effrayé des menaces de ses adversaires et tâcha de trouver aussi des alliés. Le comte de Salm Henri [° et Guillaume de Luxembourg, comte-palatin du Rhin, lui pro- - mirent leurs secour. Le duc de Lorraine, ayant appris que ses ennemis étaient réuhis près de Sierck, petite ville lorraine située sur la rive droite de la Mosellé, au. déssous de Thionville, rassembla promptement son armée et s’avança dans cette direction, pour faire lever le siège du château de Sierck, que ses advérsaires avaient entrepris. Ceux-ci, fiers de la supériorité de leurs forces, n’attendirent pas que Simon vint les attaquer ; ils allèrent au devant de lui, et les deux armées se rencontrèrent près du village de Mäckeren, dans la Lorraine allemande, entre Saint=Avold et Sarreguemines. Simôn fut vainqueur, et les alliés lui ayant livré un nouveau combat, quelques jours après, furent défaits une seconde fois. Le duc profita de la consternation de ses ennemis pour continuer la
(4) V. Calmet, Hist. ,t. I, col. 2 et3.
(2) V. le texte de ” traité dans Calmet, ibid., t. {{, preuv., cest cclxeclxij; v. aussi, à la bibliothèque publ. de Nancy, deux chartes originales de Simon, postérieures à celle que donne Calmet, et relatives à des difficultés élevées entre le duc et le chapitre de Saint-Dié, au sujet d’exactions . commises par le premier à Coencourt (Coincourt), Ron et dans d’autres possessions du chapitre.
| 5 — | guerre , et réussit à s’emparer de plusieurs forteresses de larchevèché de Trèves. L'empereur Lothaire I, dont il avait épousé la sœur, jugea à propos d'offrir sa médiation et engagea son beau-frère à restiluer les places qu’il venait de conquérir. La paix se trouva ainsi rétablie, mais au bout de peu de temps, la guerre recommença tout-à-coup, sans que l'on sache pourquoi, entre Albéron de Montreuil et le duc de Lorraine. Simon, après avoir traversé la Lorraine allemand®, gagna les frontières méridionales de l’archevèché de Trèves et se mit à les ravager. Pendant ce temps, l’archevèque formait une armée assez considérable, dont | confia le commandement à son neveu, Geoffroy ou Godefroy, sire de Faulquemont, jeune homme de dix-huit ans, mais guerrier plein de bravoure et d'habileté. Celui-ci conçut un projet hardi, qui devait avoir pour résultat immédiat de délivrer les terres
+de l’archevéché. Ce fut de porter la guerre au cœur même
“de la Lorraine ; comme le duché s’étendait beaucoup dans Ja direction de Trèves, Simon avait eu intérêt à guerroyer sur la frontière, afin d'empécher l'ennemi de ravager la Lorraine septentrionale ; et ta détermination prise par Geoffroy obligea le duc à changer son plan de campagne. L'armée de l'archevèque, traversant le pays messin, où elle ne rencontrait que des amis, remonta la vallée de la Moselle et vint mettre le siège devant le château de Frouard, qui était de ce côté le boulevard de la Lorraine, et s'élevait sur une colline fort abrupte, près du confluent de la Meurthe et de la Moselle, en face des châteaux de l'Avant-garde ét de Condé, appartenant le premier aux comtes de Bar, le second aux évêques de Metz (1). C'était, au moyen-âge, une des plus importantes forteresses de notre pays, et Simon, qui ne tarda pas à apprendre le danger qu’elle courait, laissa des garnisons dans
(1) L’Avant-garde et Condé n’existaient pas encore.
les principaux châteaux de la frontière, el s’avança vers le château de Frouard pour le secourir. Le capitaine Richard, qui y commandait et craignait de ne pouvoir résister à un assaut, donna un signal dont on était convenu d'avance. Aussitôt les-garnisons de tous les châteaux voisins en sortirent et joignirent le duc Simon, qui campait avec son armée auprès de l’abbaye de Bouxières, à une petite lieue de Frouard. Simon traversa la Meurthe, qui le séparait de l’armée de l'archevêque et vint lui offrir le combat, pendant que le capitaine Richard faisait une sortie. Le duc était accompagné du comte de Salm, qui « estoit un bel homme très-brave el » très-savant dans son mestier de guerre », et qui s'était distingué à la bataille de Mackeren, où il avait eu deux chevaux tués sous lui, et son bouclier faussé en plusieurs endroits. Simon éprouva, en cetle circonstance, que la fortune des combats est variable ; ses troupes furent entièrement défaites ; le comte de Salm, son fidèle allié, fut blessé de deux coups de lance, « qui le percérent de part à autre el en » mourut » ; le duc lui-même « eut grosse blessure au » pougnet, qui li vint d’un coup de hachotte ». L'armée lorraine se dispersa complètement ; les garnisons des différentes forteresses se hâtèrent d’y rentrer, et Simon lui-même se réfugia dans le château de Nancy. La ville qui porte aujourd’hui ce nom n'existait pas encore. Il y avait seulement une forteresse où les ducs de Lorraine résidaient quelquefois (1}, et qui, selon toutes les apparences, était située sur l’emplacement de la rue de la Monnaie et des quartiers voisins ; près du château, se trouvait une bourgade appartenant aux descendants d'Odelric, frère de Gérard d’Alsace ; au nordouest de cette bourgade ,. et près de ses murailles, si elle en
(1) Gertrude femme du duc Thierry est appelée duchesse de Nancy par Albéric , Chronic., ad an. 1060.
avait, on voyait le prieuré Notre-Dame; et plus loin, au pied des collines fermant, du côté de l’ouest, la vallée de la Meurthe, était le bourg ou village Saint-Dizier, que l’on appelait aussi Boudonville (Bodonis villa), parce qu'il avait appartenu, en tout ou en partie, à Bodon-Leudin, qui fut évêque de Toul, au VIF siècle. Enfin, mais à une assez grande distance, du côté du midi, et sur le bord d’un ruisseau ombragé par des saules, on avait construit un autre château, qui était aussi la propriété des dues (1) et se nommait le château de Saulru (ou du ruisseau des saules ). Telle était, vers la fin du premier tiers du XIL° siècle, la situation des deux bourgades et des forteresses dont la réunion constitua plus tard la capitale du duché de Lorraine.
Simon ne tarda pas à être bloqué dans son château; en effet, le comte de Faulquemont leva aussitôt son camp et vint former le siège de Nancy, espérant finir la guerre d’un seul coup, s’il parvenait à s'emparer de la personne du souverain. Le comte savait que le château ne renfermait pas d’approvisionnements, et que le duc avait été pris tout-à-fait au dépourvu. En même temps, le comte de Bar et l’évêque de Metz, qui avaient d'abord refusé de prendre part à cette nouvelle campagne, élevèrent une seconde fois des prétentions sur différentes parties des états de Simon. Ils se mirent en possession des villes et des châteaux qui étaient à leur convenance. Le comte de Bar se vengeait ainsi du refus que Simon avait fait, quelques années auparavant, de le soutenir dans une guerre injuste contre Albéron de Chiny, évêque de Verdun (2).
Pendant que les voisins du duc de Lorraine se partageaient ses dépouilles, ce prince, toujours enfermé dans le châ-
(2) Il est probable que ce château existait déjà sous le règne de Simon Ier. (2) V. Hist. cpisc. vird., dans Calmet, ibid., 1. L, preuv., col. 232.
Ni teau de Nancy, voyait diminuer ses moyens de défense et arriver le moment où il subirait la loi de ses adversaires. Réduit à la dernière extrémité, il fit vœu de prendre la croix et de passer en Palestine, s’il obtenait d’être délivré, et ne tärda pas à recevoir un secours sur lequel il ne comptait guëre. Son beau-frère, l'empereur Lothaire IL, avait appris la défaite de Simon, et, malgré les embarras qu'il éprouvait lui-.
même, il ne voulut pas que le due tombât au pouvoir de ses |
ennemis. Par les ordres de Lothaire, une armée de huit mille hommes marcha pour secourir Simon; à cette nouvelle, le comte de Faulquemont leva le siège de Nancy; il n'osait se mesurer avec les troupes impériales et craignait, en continuant le siège, de se trouver pris entre ces dernières et les Lorrains, qui n'auraient pas manqué d'accourir de toutes parts, en apprenant l’arrivée du puissant secours envoyé par l’empereur. Celuici offrit de servir .de médiateur entre les parties belligérantes ; l'archevèque de Trèves n’accepta pas la proposition, mais l’évèque de Metz et le comte de Bar se montrèrent plus traitables et consentirent à recevoir une somme d'argent, en échange des places dont ils s'étaient emparés. Lothaire, irrité de la fermeté de l’archevèque, permit à Simon d'employer pour le réduire les troupes impériales qui avaient dégagé Nancy ; et le duc de Lorraine, encouragé par la présence de ces auxiliaires, recommença les hostilités, battit deux fois le comte de Faulquemont et le contraignit à se retirer sur les terres de l’archevéché. Non content d’avoir ainsi délivré ses états, il entra sur le territoire de Trèves et y commit de grands ravages. L'archevèque fut enfin obligé de céder, mais jura de prendre sa revanche. L'année suivante, Simon se rendit à Aix-la-Chapelle où était l'empereur, pour le remercier de lassistance qu’il en avait reçue ; l’archevèque de Trèves y vint aussi et prononça contre le duc une sentence d’excommunication ; ce dernier n’en ayant tenu aucun compte et s'étant présenté à l’église, avec l’empereur, le jour de Pâques (1136 ?), l’archevèque le força de sor-
tir, au moment où le diacre allait commencer la lecture de l'évangile (1).
Simon se trouvait dans celte position pénible et ne savait quel. parti prendre pour en sortir, lorsque l’empereur franchit les Alpes, pour aider le pape Innocent IE, vivement pressé par Roger roi de Sicile, qui.avait envahi les terres du Saint- Siège et voulait rétablir l’antipape Anaclet. Le roi de Sicile fut vaincu et repoussé, et le pape, sensible au service qu’il venait de recevoir de Lothaire, accueillit favorablement le duc de Lorraine, écouta les explications qu’il donna sur. ses querelles avec l’archevèque de Trèves, recommanda à Simon de réparer les torts dont il s’était rendu coupable à l’égard de ce prélat, et leva l’excommunication. Le duc écrivit alors à Albéron de Montreuil, pour lui faire connaître la décision d’Innocent A et lui offrir telle satisfaction qu'il jugerait convenable ainsi se termina une suite d’hostilités qui avaient, pendant trop longtemps, porté le trouble et le désordre dans la Lorraine et dans les pays voisins (2). |
L'empereur mourut, en 1137, à Bretten , petit village de Bavière, au moment où il revenait d'Italie, et Simon, qui l'accompagnait, regagna précipitamment ses états. On a dit plus haut qu’il était beau-frère de Lothaire ; en effet, il avait épousé, à une date qui n’est pas connue, Adélaïde fille de Gerhard, comte de Suplinbourg et de Querfort. Cette alliance avec uue princesse allemande et l'élévation de son. beau-frère àla dignité.de roi des Romains, en 1125, engagèrent Simon à prendre part aux affaires intérieures de l'empire. Conrad de
(1) V., sur tous ces faits, Louis d'Haraucourt, Mémorial des grands gestes
. et faicts etc. règne de Simon It; Chevrier, ibid., t. [, p. 107-115 ; Cal-
met, ibid., t, {, col. 1126 et 1127, t. IT, col. 6 et 7. Nous n’avons donné
aucune date à ce récit, parce que les historiens sont à cet égard tout-à-fait
en désaccord ; on sait seulement qu'il faut placer les événements que nous
venons de raconter entre l’année 1132, date de l'élection de l'archevêque de Trèves, et l’année 1135 ; car en 1136 Simon était en Italie. (2) V. Calmet, ibid., t. Il, col. 7; Louis d'Haraucourt, ibid.
Souabe, duc de Franconie, neveu de l’empereur Henri V, ne voulait pas reconnaître l’élection de Lothaire et prétendait lui-même à la couronne impériale ; il en résulta une guerre sanglante, et le roi des Romains, désirant mettre fin à ces tristes divisions, convoqua une diète à Spire en 4127 ; sur son invitation, le duc de Lorraine s’y rendit, avec son frère Henri, évêque de Toul, et une partie de la noblesse du duché (1). L’excommunication prononcée contre Simon et les exactions qu'il commit, ou laissa commettre, à l'égard de l’église de Saint-Dié pourraient faire croire que ce prince, marchant sur les traces de son père, était un homme peu soucieux des choses divines et disposé à s'entendre avec les oppresseurs de l'Eglise. Ce serait une erreur. Simon avait été élevé par un précepteur appelé Annuntius, qui appartenait, sans doute, au clergé et eut soin d’inculquer au jeune prince l'amour de la justice et de la modération (2). Les sentiments religieux du duc de Lorraine le mirent en rapport avec les deux saints les plus célèbres de son temps : saint Bernard et saint Norbert, fondateur de l’ordre de Prémontré. En 1151, saint Norbert, qui était alors archevèque de Magdebourg, traversa la Lorraine pour se rendre au concile de Reims; le duc le reçut magnifiquement dans le château de Prény, situé sur une montagne, près de la Moselle, entre Metz et Pont-à-Mousson. Saint Norbert n’y resta que peu de temps, mais donna une si haute idée de sa vertu, que Simon voulut fonder un monastère destiné à abriter une colonie de prémontrés. I choisit pour construire cette abbaye une vallée solitaire, entourée d’épaisses forêts, à peu de distance de Prény. Le lieu était, du reste, convenable; les eaux étaient abondantes, et les abbayes de Saint-Pierre-aux-Nonains, de Sainte-Glossinde,
(1) V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 411.
(2) Ce précepteur est nommé dans le titre de fondation du prieuré Notre- Dame ; v. Vignier, ouv. cité, p. 115.
de Gorze, de Saint-Mihiel, -et divers seigneurs laïcs, à qui appartenaient les terres des environs, s’empressèrent de faire des donations à la nouvelle abbaye. Elle posséda bientôt des domaines assez considérables pour l'entretien des religieux , et prit le nom de Sainte-Marie-au-Bois. Richard, un des disciples de saint Norbert, vint s’y fixer avec quelques prémontrés et réussit, en peu d'années, à former une communauté nombreuse (1).
Saint Bernard, qui se trouva mélé à toutes les: roues affaires de son temps, visita plusieurs fois la Lorraine. On dit qu'il s’entremit dans les négociations qui eurent pour but de rétablir la concorde entre le duc et Albéron de Montreuil, avant ou pendant la guerre dont on a lu le récit (2). On lui attribue aussi la conversion de l’épouse de Simon. Cette princesse, pour employcr l’expression d’un vieil historien, était « fortement détenue dans les lacs d'amour » (3); saint Bernard, se rendant en Allemagne pour réconcilier l'empereur Lothaire IL et le duc de Franconie, traversa la Lorraine, ‘apprit les désordres de la duchesse, et lui parla avec tant de force qu’elle mena dès lors une vie très-régulière. Elle avait, d'ailleurs, élé préparée à écouter les conseils de l'abbé de Clairvaux par un songe, dans lequel elle avait cru voir le saint homme lui arracher du cœur sept horribles serpents, qui représentaient les sept péchés capitaux (4). Saint Bernard demeura en relation avec le duc et la duchesse de Lorraine, et l’on rencontre dans sa correspondance deux lettres qu’il leur adressa pour les remercier de la bienveillance
(1) V. Hugo, Annales ordinis RERpArnene t. [l,article Sancta Maria in Nemore.
(2) V. Chevrier, ibid., t. 1, p. 120 et 121. |
(3) V. Mémoires de Thierriat , règne de Simon Ier, dans le recueil de Mory d’Elvange déjà cité. |
(4) V. différents biographes de saint Bernard cités ” par Comet, Hist., t. IH, col..8.
dont ils étaient animés envers l’ordre de Citeaux (1). En effet, la vénération que le duc ressentait pour saint Bernard s’exprimait autrement que par de vaines politesses ; en 1135, il fonda l'abbaye de Stulzbronn, dans laquelle il introduisit des religieux cisterciens. Elle était située dans la seigneurie de Bitche, rétrocédée à Simon par son frère Thierry, depuis quelques années ; et le duc, qui aimait beaucoup ce canton, s’y rendait souvent pour y prendre le divertissement de la chasse et de la pêche. L'abbaye de Stulzbronn fut, comme beaucoup d’autres monastères du même ordre, construite dans une vallée déserte et entourée de collines assez élevées et de nombreux étangs, qui rendaient le lieu encore plus sauvage (2). Ce monastère n’est pas, au reste, le premier que l’ordre de Citeaux ait possédé en Lorraine ; dés l’année 1130, Wirie de Valcourt avait fondé une abbaye de cisterciens à Freistroff, sur la Nied, à une lieue de Bouzonville ; le duc Simon etsa femme voulurent également contribuer à la dotation de cette abbaye et lui donnèrent, en 1137 , une maison à “FEATOIE avec ses dépendances (3). |
On ne connaît aucun fait important qui se rattache au règne du duc de Lorraine depuis son retour d'Italie. Quelques aa- - teurs ont avancé que, pour s'acquitter du vœu qu’il avait fait pendant le siège du château de Nancy, le due était parti pour la Terre-Sainte, et lé P. d'Auley, à qui sa riche imagination fournissait toujours les faits et les détails qu’il ne rencontrait pas ailleurs, donne les renseignements les plus précis et les plus circonstanciés sur le voyage de Simon et ses exploits en
(1) Epist. 119 et 120. Dans une de ces lettres, saint Bernard conseille au duc de Lorraine, qui préparait le siège d’un château, de bien se garder d'attaquer cette forteresse, si elle ne lui appartient pas, et il lui rappelle le passage de saint Matthieu (XVI, 26) : « A quoi sert à l’homme de ga- » gner le monde, s’il perd son âme ? n
(2) V. Benoît Picart, Origine de la maison de Lorraine, p. 217.
(3) V. idem, Dis P- 220. |
Orient; malheureusement pour le P. d'Aulcy, l'histoire se tait complètement sur ce voyage ; on trouve bien dans la liste des principaux croisés publiée par Bongars un personnage qualifié Simon, Ducis filius (4) ; mais il n’est guère possible d'identifier ce personnage avec notre duc ; en premier lieu, le prince adrait été appelé Simon Dux Lotharingiæ et non pas Ducis filius, car en 1156 le duc Thierry était mort depuis plus de vingt ans ; en second lieu, Simon étant décédé en 4139 et non pas en 1141, comme le dit le P. d’Aulcy, il est impossible qu’il ait pu dans l'espace de deux ans se rendre en Palestine, y prendre part aux opérations militaires et revenir ensuite dans son pays ; on sait qu'à celte époque les voyages et surtout les voyages maritimes étaient fort lents et fort -périlleux.
Quoiqu'il en soit, le duc de Lorraine mourut dans l'abbaye de Stu}zbronn, le 44 janvier 4139 ; Chevrier ajoute que le prince allait, tous les ans, passer quelques jours dans ce monastère, et qu’il fut dans une de ces retraites auaque de la maladie qui l’enleva (2).
Il laissait un grand nombre d'enfants : 4° Mathieu, son successeur ; 2° Baudouin, qui, probablement, ne survécut pas longtemps à son père, car on n’en trouve plus de trace après l'année 141492 ; 3° Agathe, épouse de Renaud IIT, comte de Bourgogne , et mére de Béatrix femme de l’empereur Frédéric- Barberousse ; 4° Robért, qui eut ‘en apanage le domaine de Florenges (près Thionville), et se maria avec la fille d’Oalde comte de Boulay ; 5° Helvide ou Hadwide, épouse de Frédéric comte de Toul ; 6° Adalbéron , qui, frappé, comme son père, de la vie austère et édifiante des religieux cisterciens, fil profession dans l'abbaye. de Clairvaux ; 7° Gauthier ou
(4) V. Gesta Dei per Francos, t. [, au commencement. (2) V. Calmet, ibid.,t. #, col. clvij et clvüj, ett. IE, col.9; Chevricr, ibid., t. 1, p. 125.
Vauthier, auquel on accorda la seigneurie de Gerbéviller , et dont la femme fut Anne d'Haraucourt (4) ; 8° Jean, nommé dans un titre de l’année 1148, et dont on ne sait rien de plus (2) ; 9° enfin, Berthe qui accompagna sa mète à l’abbaye du Tart.
La veuve de Simon prit, en effet, le parti d'aller passer le reste de ses jours dans cette abbaye ; d’après Chevrier (3), saint Bernard aurait conseillé à la princesse de se retirer dans un monastère, pour y effacer, par la pénitence ,. le souvenir des fautes qu’elle avait commises ; selon Thierriat (4) ,-le saint «. la tança vertement et la fit confiner en Fabbave de Tart, où » la contraignit de se rendre, après l’avoir grandement gour- » mandée, lorsqu'elle devint veuve ». Mais il est probable que les auteurs de lespèce de journal copié par Thierriat se sont trompés, et que la retraite de la duchesse, bien que hôtée peut-être par les avis de saint Bernard, fut purement volontaire. On ne connaît pas la date de la mort de cette princesse. En 1142, son fils Mathieu I°", à cause d'elle, avec ‘le consentement de Berthe son épouse, de son frère Baudouin et de sa sœur Agathe, donna à l'abbaye du Tart cinq poëles dans la saline de Vic, dont il possédait une partie, quoique la ville elle-même appartint au temporel des -évéques de Metz ; et la donation fut confirmée, la même année, par Frédéric comte de Toal et sa femme Hadwide, fille de Simon (5).
(4) Entre les témoins de l'acte par lequel le due Mathieu Ier donna à l'abbaye du Tart cinq poëles dans la saline de Vic, figurent Galterus de Gisleberviler et Raimbardus frater ejus; et ceci pourrait faire supposer que Gauthier, dont le nom est confondu parmi ceux d'autres nobles,
n’était pas fils de Simon.
(2) V. le titre de fondation de l’abbaye de V'Etanche, dans Less ibid. , t. IT, us col. ccexxxij.
(3) V . ibid. t. I, p. 124.
(4) Mémoires, règne de Simon Ier.
(5) V. les deux chartes, dans Calmet, ibid:, col. “ceexnj-cocxxi]