‹ Histoire de Lorraine. Tome premierChapitre 26 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SIMON Hi (1476-1203).

ts —

Mathieu I" n’eut pas plustôt fermé les yeux, que sa veuve, Berthe de Souabe, s’empara du gouvernement. Cette princesse, altière et impérieuse, ne voulut pas se contenter de l'influence que sa qualité de mère devait lui donner sur un esprit aussi faible et aussi irrésolu que celui du duc Simon. Sœur de l'empereur Frédéric-Barberousse , elle se flatta que personne n’oserait lui contester l'exercice de l'autorité ; elle en prit par conséquent tous les dehors et fit même frapper des monnaies portant son nom et son effigie (4). Le jeune duc supporta d’abord patiemment l’usurpation ; mais on lui fit comprendre .qu’il était temps de revendiquer ses droits. La noblesse lorraine s’assembla dans le château de Gondreville, et déclara que l'espèce de tutellé ou de maiïnbournie que Berthe s'était arrogée devait cesser immédiatement, le duc Simon ayant l’âge et la capacité nécessaires pour gouverner ses états. Cette intervention de la noblesse dans une querelle de palais mérite d’être notée ; d’autant plus que la déclaration faite en faveur de Simon renfermait autre chose que la reconnaissance du droit de ce dernier ; en effet, dans la charte

(1) Ces deniers, publiés pour la première fois en 1841, portent au droit le buste de Berthe avec la légende BERTA, et au revers ung croix cantonnée de deux points et la légende NANCEI ; une autre variété, dont le revers est presque semblable, présente du droit le buste de la duchesse, avec une légende inexpliquée jusqu’à présent.

donnée, la même. simée (1176), pour la confirmation des biens de l’abbaye de Beaupré, le prince avoue que s’il succède au duché comme héritier de Mathiü F il y arrive aussi par le choix de la noblesse (1). es

Berthe se soumit, en frémissant, à la décision des « seigneurs lorrains; mais au lieu de se résigner noblement à la perte d’un pouvoir qu'il lui était impossible de conserver, elle paraît avoir employé, pour le reconquérir, une machination vé- ritablemént indigne de sa naissance et de son caractère. Il y avait alors en Lorraine un trouvère nommé Enguerrand, « que les bonnes gens sçavoicnt avoir grande réputation de .» Sorcier et de sçavoir magicque, comme estoient réputez les » ménestrels et troubadours ». Berthe s’entendit avec lui et lui dicta les paroles qu’il devait prononcer ; à la fête de | Noël (1176 ?),. elle répandit le bruit qu’un « esprit sans tache » lui était apparu, et lui avait révélé certaines choses qu’elle n’osait répéter. Le lendemain, la princesse venait de se retirer dans son appartement, lorsqu'une voix lamentable, qui semblait venir du dehors, s’écria : « Tant que li Duc Simon » sera seul ès gouvernement de ses eslats, et n’écoutera les » saiges avisemens de la Dame sa mére, toutes choses s'en -» iront de maux en pis, et bientost ne seront pierre sur piérre » ës pays, et sera la Duché à mercy de maux, guerroïiement, » famine et malencontreux sortilèges ». Ces menaces et les cris des suivantes de la duchesse réveillèrent tout le monde dans le château. Simon. courut à l'appartement de sa mère, où l’on commença immédiatement des recherches, « et le » premier object qui fut mis à déscouvert fut le susdict » malavisé fourbe Enguerrand , qu'estoit couché par derrière. » un grand morceau de tapisserie, qui fut pénaud et malen-

(4) u .... Licet justo desiderio et vocatione legitima virorum nobilium ” terræ, ct hereditario jure, patri meo successerim in ducatüm... " V. Calmet, ibid., col. ecclxix; v. aussi Mory d'Elvange, Etats, Droits, Usages en Lorraine: p. 4. |

| — 345 — | contre, ainsi que la Dame et assistans. Mais le susdict » paure prophétisant paya cher sa fourbe ; car le lendemain fut pendu, et la hart paya le service qu'avoit voulu rendre » à l'ambition de ia mère de Monseigneur (1). »

Quand Simon IL se crut paisible possesseur du trône, ilexécuta les dernières volontés de son père et rendit à l'église de Toul les domaines qui lui avaient été enlevés. La malice des courtisans, et peut-être le ressentiment de ceux qui avaient profité de cette usurpation propagèrent mille bruits fâcheux contre l’évêque Pierre de Brixey ; le prélat fut « grandement » attaqué d’avoir agencé et faict li testament du Duc (Mathieu), » que faisoit grands dotemens et avantaiges audict Brixey, » qu’avoit entendu à confesse li Duc Mathieu és jour qu’avoit » faict le sien testament (2) ». Mais ces accusations sont évi- | demment calomnieuses, et Pierre de Brixey n’était pas homme à recourir à de telles manœuvres pour se procurer un avanage temporel, même considérable. Il ne craignait pas de faire entendre aux souverains des paroles sévères et même des menaces, quand il les voyait s’écarter du sentier du devoir. Louis d'Haraucourt cite un exemple, vraiment remarquable, de cette fermeté épiscopale. « En la cour du Duc fut très-bellement » et gracieusement festée Gertrude de Sancey, qui fut moult » grandement en amour de Thierry de Roncourt, et avoit » grandes accointances avec li dict Roncourt, qu’estoit en » grande amitiance et faveur à l’encontre du Duc. L'évesque » Pierre en print ombrage et chagrin qu’en fit force plainte » à li Duc; que ni voulant mettre empeschement, ne voulant s’en mesler, ne croire, disant que ........... gens de cour aimer grandement à faire médisance et fabliaux, li dict Pierre menaça li Duc, en disant : Et moy pour Dieu » VOUS guerroirai (5). »

sv

(4) V. Mémoires de Florentin le Thierriat, r règue de Simon II. (2) V. Mémorial etc., règne de Simon I.

(3) V. ne

Quoique Simon ft naturellement ami de la paix et de la tranquillité, il ne pouvait en jouir, et de nouveaux embarras venaient sans cesse fondre sur lui. Son frère Ferri avait eu la . seigneurie de Bifche, sorte d’apanage que l’on donnait aux cadets de la maison de Lorraine ; mais, loin d’être satisfait de son lat, il se plaignait de n’avoir pas assez reçu et demandait une “augmentation de territoire ; la seigneurie de Bitche était, en effet, bien petite, et les limites en sont indiquées, avec une grande précision, dans une lettre adressée par le due Mathieu 1° à Wenceslas , comte de Sarrewerden (1). Ferri, qui connaissait le caractère de son frère, se flatta de lui arracher par la force ce qu’il n'avait pu obtenir par la persuasion. Il arma ses sujets, réunit des aventuriers et commença les hostilités, vers la fin de 1176 ou plutôt dans les premiers mais de l’année suivante. Îl menaça d’abord le château et la ville d'Amance, qui avaient une véritable importance, et où les dues avaient, dit-on, placé le dépôt de leurs archives ; mais Simon, sortant pour un moment de son apathie, s’avança rapidement, avee une armée plus considérable que celle de Ferri. Celui-ci s'éloigna d’Amance, traversa le vallon de l’Amesule et vint se poster près du prieuré de Lay-Saint-Christophe, à une liene et demie de Nancy ; le duo le suivit et le défit complètement ; la plupart des soldats du seigneur de Bitche restèrent sur Île terrain, et lui-même fut obligé de chercher son salut dans la fuite pt de se réfugier en Allemagne. L'empereur s’intéressa au sort de ce prince, qui était son neveu, et pria Simon de lui accorder son pardon et d’augmenter son apanage. Le duc de Lorraine consentit à ce que l'empereur demandait, céda à Ferri Neufchâteau , Chàtenoy et quelques autres places, mais lui imposa l'obligation de l'aider de toutes ses forces dans une guerre dont

(4) V. cette pièce dans Calmet, ibid., col. ccexxxv et cecxxxv).

” a Lorraine était menacée (4). Des bandes de pillards, ravageaient les frontières septentrionales du duché, et il était à craindre que ces brigandages n’eussent bientôt la Lorraine entière pour théâtre. Louis d'Haraucourt et la plupart des historiens lorrains disent que beaucoup de seigneurs allemands s'étaient établis dans notre pays ; qu’ils favorisaient les courses d’ua grand nombre d’aventuriers de leur nation, qui venaient dévaster les campagnes, et qu'eux-mêmes guerroyaient sans cesse contre tous leurs voisins, aprés leur avoir préalablement envoyé, en signe de défi, une plante connue sous le nom de gant de Notre-Dame. Mais, malgré son apparente vraisemblance, celte version n’est pas exacte, et Louis d'Haraucourt a lui-même laissé échapper une expression qui donne le mot de l'énigme ; il dit que « li étrangers faisant révoltes » avaient . reçu le nom de cotterezx. Il est dès lors évident que les bandits dont il s’agit étaient une ramification de ces armées de cottereaux, qui, précisément à la même époque, parcouraient et ravageaient une partie de la France (2) ; d’un autre côté, il est bien probable que ces bandes, en arrivant sur les limites de la Lorraine, furent grossies par une multitude de pillards allemands, et ceci explique l'erreur de nos historiens.

La noblesse lorraine; réunie « en son convent », c'est-à-

dire pour sa session ordinaire, accorda immédiatement au duc . les secours dont il avait besoin ; ét le prince, ayant réuni son.

armée, descendit la vallée de la Moselle, dans la direction de Thionville, et fut rejoint par son frère Ferri, qui lui amenait un contingent fort de deux cents hommes seulement. Les Lorrains rencontrèrent les Cottereaux à Remich, petite ville située sur la rive gauche de la Moselle, à quelques lieues au dessous de Thionville, et les défirent complètement (an.

(4) V. Chevrier, ibid., p. 150 et 151.

(2) V. Les routiers au XIIe siècle, par M. H. Géraud, dans la Bibliothèque de l’école des chartes, 1° série, tome IIL, p. 125 et suiv.

en

1177). On espérait que le duc de Lorraine allait châtier les ° seigneurs allemands qui avaient favorisé cette dangereuse. invasion ; mais il leur pardonna et les obligea seulement de promettre qu'ils « n’envoiroient plus, sans que fust griève rixe » et désaccord, li gant de Nostre Dame, pour guerroïer à » tout venant (1) ».

" Il paraît que Ferri se distingua dans le combat de Renmicli ; ; aussi ne tarda-t-il. pas à demander à son frère de nouveaux domaines pour prix des services qu’il lui avait rendus. Le duc refusa et Ferri, qui craignait de recommencer une lutte inégale, abandonna sa seigneurie pour sé retirer chez son cousin Philippe d'Alsace, comte de Flandre (an. 1178). Ce dernier, Berthe de Souabe et Pierre de Brixey tâchérent de réconcilier les deux frères et de prévenir les hostilités ; mais Simon, cirrilé de l’ambition de Ferri, montra une fermeté qu’il n’avait pas ordinairement et ne voulut rien accorder. Il présenta le testarnent de son père et déclara qu'il l'exécuterait fidèlement ; Berthe lui fit entendre quelques paroles impérieuses, qui n’eurent pas un meilleur succès ; « Maistre si-je, lui dit Simon, et le » serei-je (2) ». Le comte de Flandre, fâché, sans doute, de ce que le duc.de Lorraine n’avait pas accueilli sa requête en faveur de Ferri, et s’imaginant que les prétentions de ce dernier étaient fondées, lui fournit des soldais pour l'aider. à obtenir ce qu’il ambitionnait. Le seigneur de Bitche allait revenir en armes et se disposait à combattre son frère, lorsque celui-ci, qui était fatigué de ces luttes sans cesse renaissantes et des ebsessions dont il était l’objet, consentit à conclure un second traité. Il céda à Ferri l’alleu d’Ormes et le château de Gerbéviller, comme représentant cent livres qu’il devait lui assigner en domaines ; le fief du comte Seybert ; le domaine de Chancey ; toute la partie de d. Lorraine qui s’étendait dans la vallée

0 V. Mémorial etce., règne de Sion IL.

” (2) V. Chevrier, ibid. …, p. 451 et 152.

— 547 — | de la Sarre, et le pays compris entre Metz et Trèves ; il lui abandonna aussi le droit de recevoir l’hommage de l’arche- -vêque de Trèves et du comte de Sarrebrück, pour les terres

-de leurs états relevant du duché; l'hommage de leur oncle

Robert de Florenges et de différents seigneurs dont les possessions étaient situées en Allemagne ; mais Simon stipula que le seigieur de Bitche lui ferait hommage à lui-même ; qu'il n'introduirait pas une nouvelle coutume, ni d’autres formes judiciaires dans les territoires qui lui étaient cédés ; qu’il remettrait au duc le château de Bruyères et l'aiderait de toutes ses forces contre quelqu’ennemi que ce fût, excepté contre l’em- pereur. Enfin, Simon déclara que s’il mourait sans laisser : d'enfants légitimes, Ferri lui succèderait. Pour rendre leur accord inviolable, Ferri et son frère fournirent chacun deux cautions et prièrent Philippe de garantir le traité. Cette convention onéreuse fut-conclue, à Ribemont en Vermandois, la veille de l'invention de la Sainte Croix (2 mai) 1179 ; le ‘titre mentionne, comme témoins, Berthe de Souabe, Conon . comte de Soissons, Gilbert de Nivelles, Syger de Gand, W. châtelain de Saint-Ouen, Walther d'Arras, le voué Robert, . Mathieu de Valancourt, Robert neveu du comte de Flandre, Gérard de Prény, Ulric de Forenges: et Arnould de Bui- :Sarenges (1).

: Trois mois après ce traité, c'est-k-dire au. commence. ment d'août, le duc assembla la noblesse lorraine dans la ville de Neufchâteau et déclara son frère héritier de la couronne , au cas où il viendrait à mourir lui-même sans enfants (2) ; déclaration assez singulière, cor l'hérédité semblait reconnue dans le duché d’une manière formelle.

À partir de ce moment, la Lorraine se trouva partagée en deux états à peu prés indépendants l’un de l’autre, malgré

(4) V. le titre, dans Calmet, ibid., col. os et ccchrxxif. (2) V. Chevrier, ibid., p. 162.

l'hommage que Simon avait stipulé; ce prince continua à jouir de la Lorraine française, qui comprenait ce qu’on a appelé plus tard les bailliages de Vosge et de Nancy; Ferri fut maître, pour ainsi dire absolu, de la Lorraine allemande, beaucoup plus vaste alors qu’elle ne l'était au siècle dernier ; car depuis le moyen âge la langue germanique a reculé devant le Français dans plusieurs lieux, et notamment aux environs de Dieuze, où les villages ont eux-mêmes changé de noms et portent aujourd'hui des dénominations françaises, tandis que les titres anciens leur donnent des noms allemands. Ambitieux comme il l'était, Ferri devait supporter impatiemment, bien qu'elle fût presque nominale, l'espèce de suprématie que son frère s'était réservée ; aussi, quoique dans le diplôme où il confirme la fondation de l’abbaye de Stulzbronn, il se qualifie seulement de seigneur de Bitche (1), nous sommes disposé à croire qu’il fit plus d’une tentative pour prendre le titre de due; celte qualification lui est donnée dans une charte de Henri VI, datée du mois de mars 4188 (1189), et Ferri porte également le titre de due dans une charte de Ferri ILE, de l’année 1295 (1296) (2). Quoiqu'il en soit, il est certain que l'établissement de Ferri dans la Lorraine allemande ne peut . pas être comparé aux apanages attribués à plusieurs des descendants de Gérard d'Alsace. Les ducs cédaient souvent certains domaines à leurs fils et à leurs filles, mais toujours à charge d'en faire hommage à l’aîné, qui jouissait de la souverainelé. et possédait le duché presque entier.

.. (1) Dominus de Bites ; v. le titre dans Calme, ibid., col. ceccix-cccex). Il renferme les noms de plusieurs nobles de la Lorraine allemande, et fournit beaucoup de détails précieux sur la topographie des environs de Stulzbronn.

(2) V. ces deux diplômes, ibid. , eol. ccccij et cccciij et pxlij-nxliv. Nous devons cependant faire observer que, dans le diplôme de 1189, le mot dur est peut-être le mot dominus abrégé et mal lu ; et que, dans le diplôme de 1296, le titre de duc pourrait bien avoir été douné à Ferri parce que ce prince a régné un instant, après l’abdication de Simon I.

Le seigneur de Bitche n’était pas encore satisfait et ne jugeait pas sa principauté assez vaste; n’osant plus rien demander à son frère, il tâcha de s’agrandir aux dépens de larchevéehé de Trèves et s’empara successivement de plusieurs lieux qui lui convertaient, L'archevèque Arnold était un homme fort pacifique. Connaissant l'humeur belliqueuse de son remuant voisin, it mit tout en œuvre pour l’engager à se tenir tranquille; mais voyant que ni les prières, ni les présents, ni les menaces n'avaient aucun succès, il se décida à recourir à la voie des armes, fit venir Thiébaut de Bar, gouverneur du Barrois en l'absence de son frère Henri E°, et lui donna le commandement de ses troupes. Thiébaut, qui avait amené avec lui un bon corps de barrisiens, commença la guerre avec vigueur. Il attaqua le seigneur de Bitche, qui se trouvait près du château de Siersberg, sur la Nied, près du confluent de cette rivière et dé la Sarre. Ferri fut vaincu et fait prisonnier, avec son fils aîné qui portait le même nom que lui. L’archevèque les tint captifs pendant quelque temps, et ne les relâcha qu'après en avoir obtenu la cession du château de Siersberg et la renonciation aux droits qu’ils prétendaient avoir sur le château de Neubourg (1).

Pendant que Ferri compromettait de la sorte ce qu’il avait eu tant de mal à obtenir, le due Simon s’engageait, bien malgré lui, dans une guerre contre les habitants de Metz. Les historiens ne signalent pas l’origine et la cause de cette guerre, qui fut d’abord malheureuse pour les Lorrains ; en effet, ils furent battus dans diverses escarmouches; mais un peu plus tard, le duc gagna une bataille sur les Messins dans la plaine de Boulay ; et comme ceux-ci n’osaient plus quitter l'abri de leurs murs, Simon alla mettre le siège devant Freistroff, où les gens de Metz avaient laissé une garnison; il prit, démantela cette petite ville, et revint en Lorraine, avec beaucoup de

(4) V. Brower, Ann. Trev., t. IE, p. 75.

— 350 — | prisonniers et un butin considérable. On ne sait rien de plus sur ces hostilités, et il est probable que L paix les suivit de près (1). |

Délivré enfin de tous ces troubles, Simon s'occupa avec plus de solicitade du gouvernement de la Lorraine. Si Fon

pouvait ajouter une foi entière aux récits de Louis d' Harau:.

court, ce prince aurait tenté, dès l'année 1181 ou 4182, dé: réaliser, en matière de législation, une amélioration qui n’eut lieu que bien longtemps après. « Il volut, dit Louis d'Harau- » court, faire agglober en un seul et mesme cahier les us et » coustumes des siens estats de Lorhaine, mais oncques ne purent estré réunies, car gens mal voulans firent empeiche » que ne fust faict (2). » Ces gens mal voulans ne peuvent

être que les nobles, qui craignirent, sans doute, de voir une :

pareille mesure anéantir des droits ou des usages qui n avaient __ pas toujours la double consécration de la prescription et de la justice. Réunie eñ son convent quelques années auparavant, la noblesse avait accordé à Simon des secours extraordinaires ; : celte fois, elle mit obstacle à une db de qui devait aug- menter le pouvoir ducal. | Simon fit tous ses efforts pour favoriser le commerce en augmentant la sûreté des communications et en réprimant les

brigandages de quelques hommes puissants. Dès l’année 4476,

il avait fait « épenre à un gibet le capitaine Guillemot Re- » gnauld, qu'estoit le capitaine en la ville de Toul et avoit » pillé, par vol et violence, certains mercanteurs qu’avoient

» esté porter mercantille en la ville susdicte (5) ». Cet évè- .

nement a singulièrement embarrassé quelques historiens, parce |

. qu'ils se sont imaginé, bien à tort, que Guillemot Regnauld élait comte de Toul. Frédéric comte de cette ville n'avait laissé

(HV. Mémorial ete., règne de Se il.

(2) V. ibid.

(5) V. ibid.

— 351 — à qu’une fille, qui avait épousé Mathieu frère de Simon Il; on supposait que Regnauld était issu de ce mariage, et on ne comprenait pas comment le duc de Lorraine pouvait avoir eu la barbarie de faire pendre son neveu, pour un crime alors aussi léger que celui d’avair pillé « certains mercanteurs » (4).

Simon publia une loi somptuaire, fixa les rangs et régla les habits sur la qualité des personnes ; c’est du moins ce que rapportent d'anciens mémoires -qui n’ont pas toujours beau-

‘coup d'autorité; il expulsa de sa cour, et peut-être même de

ses états, les jongleurs et les trouvères ; il se rappelait, pro- - bablement, le rôle qu'avait joué le trouvère Enguerrand et la ruse grossière de ce misérable; il promulgua aussi une ordonnance sévère contre ceux qui proféraient des jurements et. des blasphèmes, et les condamna à être jetés dans la rivière. Une autre ordonnance dépouilla de leurs biens et expulsa de la Lorraine les Jaifs, accusés de parodier, dans leurs syna- gogues; les cérémonies de la religion chrétienne (2).

On a écrit, mais sans aucun fondement, que Simon avait pris part à une des croisades ; le duc a pu avoir l'intention de se rendre en Palestine et même en faire la promesse ; mais

rien ne prouve qu'il ait quitté la Lorraine et soit parti pour. .

l'Orient. Il était cependant fort pieux, car il augmenta les biens de plusieurs monastères et fit des donations aux églises de Saint-Dié et.de Remiremont, à l’abbaye de Saint-Mansuy, au prieuré de Châtenoy et à celui de Neufchâteau, dont il était voué (3). Dans la charte par laquelle il confirme les possessions de l’abbaye de Beaupré, il reconnaît qu’il est confrère des religieux et associé à leurs prières pendant sa vie et après -sa mort; il dit « qu’il doit ses états à la bonté de Dieu ét

(1) Y. Benoît, Origine ds la maison de Lorraine, P. 952 ; Colmet, Hist., t. IL, col. 126 et 127.

@ V . Chevriér;ibid., p. 163-166.

(5) V. Benoit, ibid., p. 252 et: suiv,

Fr

» aux prières des gens de bien, et qu'én retour il sera le dé- » fenseur des églises, le consolateur des pautres, le protec- » teur des veuves et des orphelins » (4).

Simon IL avait épousé, à une date inconnue, Ida fille de

"Gérard comte de Mâcon. Il n’en eut pas d'enfants, ou du moins ses enfants moururent très-jeunes, puisque dans le traité de Ribemoht on suppose déjà que le due n’aura pas d’héritier, et que le seigneur de Bitche prend ses mesures pour lui succéder. Voyant que le duché allait bientôt tomber entre les mains de son frère, dégoûté du monde et sentant péut-être que le terme de sa carrière n’élait plus très-éloigné, Simon obtint le consentement de son épouse et se retira dans l’abbaye de Stulzbronn. Il avait toujours, à l'exemple de son père et de son aïeul, professé une grande vénération pout les religieux cisterciens, et ce sentiment ne fut pas étranger aù choix que le due fit de ce monastère pour y finir en paix son existencé. Chevrier affirme, 6n ne sait d'après quelle autorité, que le prince ne voulut pas faire de vœux (2) ; la cliose est possible ; cependant il prit l'habit de religion et pratique toutes les observances de la vie monastique, selon la règle de Citeaux. C'était en 1205 que Simon avait de la sorte renoncé aux grandeurs humaines ; il vécut deux ans au milieu des rehgiéux et mourut en 4207. Il avait demandé, par humilité, à être enterré à la porte de l’église ; cêtte recommandation fut suivie, et peñdant longtemps où a vu le tombeau de Simon à la place qu'il avait désignée @)-

&v V. la charte dans Calmet, ibid. € t Il, preuv., col. ceclxix et ccclxx.

(2) V. ibid., p. 169.

(3) Cartulaire de Stulzbronn cité par Calmet, ibid., t. Il, col. 430. V. Recherches sur les sépultures des premiers ducs de la maison de Lorraine . dans l’abbaye de Sturzelbronn (ou Stulzbronn), par M. G. Boulangé.

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