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CHAPITRE I

COUP-D'OEIL SUR LA SITUATION, LE CLIMAT, LE SOL, LES MONTAGNES, LES FLEUVES ET LES PRODUCTIONS DE LA LORRAINE.

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Le pays dont nous entreprenons d'écrire l’histoire est compris entre les 2% et 6° degrés de longitude à l’orient du méridien de Paris, et entre les 47° et 50° degrés de latitude septentrionale ; mais sa largeur est loin d’être la même partout , et sa configuration générale est assez irrégulière ; ainsi, du côté du midi, son territoire ne descend pas beaucoup au dessous du 48° degré de latitude ; au nord, à l’est et à l’ouest, plusieurs de ses districts pénètrent profondément dans l’AÏlemagne rhénane, l'Alsace et la Champagne.

La Lorraine peut être naturellement divisée en deux par- . ties : la montagne, qui occupe le sud et l’est de la province; la plaine, beaucoup plus considérable, qui s'étend vers l’ouest

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et vers le nord. Cette plaine est loin cependant d’étre dépourvue de hauteurs ; des chaines de collines la sillonnent en tous sens et varient continuellement le paysage , et de distance ‘en distance on voit s'élever tout-à-coup de véritables montagnes ; telles sont celles de Ligny, de Ménil-la-Horgne, de Delme, de Mousson, d’Amance, de Léomont, de Saint-Michel, près de Toul, et la haute montagne de Sion. |

La chaîne des Vosges court du sud-sud-ouest au nord-nordest ; elle se divise en différentes branches ou ramifications, dont l’une s'étend au nord-ouest dans la direction de Plombières. Ces branches principales sont entourées de contreforts, qui s’en éloignent dans toutes les directions et forment une foule de chaînes secondaires, présentant quelquefois des cimes plus élevées que celles des chaines centrales. |

Les sommités les plus remarquables des Vosges sont les ballons d'Alsace, de Guebwiller, et de Servance au midi ; le Gresson, le Drumont, le Rotabac, le Honeck, le Bonhomme, les montagnes de Sainte-Marie-aux-Mines et celles du Champ-du- Feu. Le ballon de Guebwiller se dresse à quatorze cent vingt six mètres au dessus du niveau de la mer ; les têtes du Bonhomme, le Rotabac, le Honeck ont de treize à quatorze cents mètres de hauteur ; le ballon d’Alsace, le Grand-Ventron, les pointes du Bressoir et celles du Champ-du-Feu de douze à treize cents ; enfin, le ballon de Servance, celui de Lure, le Gresson, le Drumont, le Grand-Donon et plusieurs autres sommités ont une élévation qui varie de mille à douze cents mètres. La plupart de ces montagnes n’offrent pas d’escarpements très-prononcés ; leurs sommets sont en général arrondis par la décomposition lente des roches qui les constituent (4).

Quelques unes des vallées des Vosges sont encombrées par des moraines, dont la présence atteste qu'à une époque fort

(1) V. Description minéralogique ct géologique du : système des Vosges, . par M. Henri Hogard, passim,

reculée, et antérieure certainement aux temps historiques, de nombreux glaciers couvraient les montagnes. Ainsi, quand on remonte la vallée de Saint-Amarin, en partant de la plaine d'Alsace, on rencontre des moraines considérables à Wesser- Jing, à Krüth et ailleurs encore. On en observe également dans les vallées de Guebwiller, de Munster, de Massevaux, de Giromagny, de Travexin, de Cleurie, de Château-Lambert, dans les environs de Remiremont et dans plusieurs autres endroits. Enfin, les lacs de Gérardmer, de Longemer et de Fondromé doivent leur existence à des moraines, qui barrent les vallées et mettent obstacle à l'écoulement des eaux (1).

Ce n’est pas ici le lieu de faire connaître les différents terrains qui composent le sol de la Lorraine ; contentons-nous de rappeler que la chaîne de montagnes que nous venons de mentionner est presqu'exclusivement constituée par le grès vosgien, dont les bancs horizontaux s'appuient contre les flancs du massif éentral et primordial des Vosges ; tandis que les plaines voisines appartiennent en entier à la formation connue des géologues sous le nom de trias. Semblable à une vaste mer, cette formation entoure de toutes parts la .chaîne vosgienne , qui se dresse comme une ile entre l'Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté. Les marnes ‘irisées, le müs- chelkalk et le grès bigarré (trias) sont superposés, sans’ se recouvrir complètement. À une certaine distance des mon-

tagnes, ces couches disparaissent sous d’autres couches plus

récentes, sous le lias et les deux premiers étages oolithiques. Au dessus du second étage de l’oolithe, on ne rencontre plus en Lorraine que les terrains de transport ou d’alluvion ancienne, composés en général de cailloux, de sable et d'argile.

(4) V. Observations sur les moraines et sur les dépôts de transport ou de comblement des Vosges, par M. Hogard, dans le tome IV des annales de la société d’émulation d’Epinal, p. 524 ; Preuves de l'existence d’anciens glaciers dans les vallées des Vosges, par E. Collomb, passim.

cn AO Les formations minérales postérieures aux temps historiques sont peu communes ; il y a cependant quelques tufs calcaires

et des dépôts tourbeux, rares dans la plaine, mais assez nom-

breux dans les vallées des Vosges, où ils ont envahi des lacs peu étendus. | h

Les métaux ne sont pas très-abondants en Lorraine ; toutefois, on a longtemps exploité des mines d'argent, de plomb et de cuivre rouge, dans le val de Liepvre et dans les montagnes voisines ; des mines de cuivre, au Thillot, à Fresse, près de Remiremont, et des mines de plomb, à Hargarten dans les environs de Boulay. La Lorraine possède aussi un gîte métallique dont on n’a pas encore tiré tout le parti qu’il pourrait offrir ; nous voulons parler d'une couche de minerai de fer

oolithique, que lon trouve dans plusieurs cantons. La seule

exploitation minérale d'une véritable importance est celle du sel gemme, dont un banc immense, el d’une épaisseur moyenne d'environ 20 mètres, couvre le cinquième de la superficie du département de la Meurthe. On en a aussi découvert un autre banc au dessous de la vallée de la Sarre. Mais si la Lorraine ne recèle que peu de minéraux proprement dits, elle offre, en compensation, une multitude de matériaux de diverses sortes ; de magnifiques -carrières donnent, à bon marché, des pierres pour la sculpture, la construction des édifices et l’entretien des routes ; des argiles jaunes et grises fournissent la matière première à un grand nombre de tuileries et de briqueteries ; le gypse est commun; le sable propre aux constructions se trouve partout; enfin, on rencontre dans notre province les sables employés à la fabrication du verre, des glaces et du cristal (1).

De la chaîne des Vosges naissent d'innombrables cours d’eau, qui se jettent les uns dans la mer du Nord, les autres

(3) V. Coup-d’æœil sur la géologie (de la Lorraine), par M. Levallois, dans les mémoires de l’académie de Stanislas pour 1844, p. xlviij— Ixxxiij.

— 19 — | ; dans la Méditerranée. Par une singularité assez surprenante, le point de partage des eaux est loin de se confondre avec la ligne de faîte des montagnes : il est considérablement reculé vers l’ouest, sur le plan qui verse du côté de la Lorraine. Il en résulte que des cours d’eau qui devraient se diriger vers la Moselle et la Sarre, et augmenter le volume de ces deux rivières, se rendent dans le Rhin ou dans ses affluents, après avoir franchi les Vosges, en pénétrant à travers leurs profondes vallées (4). Le système hydrographique de ces montagnes présente encore une autre particularité digne d'être notée : à la limite, on pour mieux dire au point de jonction des trois cantons de Remiremont, Plombières et Xertigny, on voit un étang appelé le Void-dc-Cône, dont les eaux se jettent à la fois dans la mer du Nord et dans la Méditerranée. I sort, en effet, de cet étang deux ruisseaux, dont l’un va, vers l’orient, se joindre à la Moselle ; tandis que Fautre, connu sous le nom de Coney, est un des affluents de la Saône.

Les principaux cours d'eau qui traversent la Lorraine sont la Moselle, la Meuse, la Meurthe, la Sarre, la Nied, la Seille, le Madon, l'Orne et l'Ornain.

La Moselle a ses sources dans les Vosges, aux environs des villages de Bussang et de la Bresse. Elle passe à Remiremont, à Epinal, à Charmes et quitte la direction du sud au nord pour prendre celle de l'ouest, en faisant un coude qui l'amène devant Toul ; elle coule ensuite vers le nord-est, et de là vers le nord, en passant à Porit-à-Mousson, à Thionville, à Sierck. Abandonnant alors le territoire français, elle poursuit sa route vers le nord et mêle ses eaux avec celles du Rhin; après avoir baigné les murailles de Trèves et de Coblentz, Dans un cours aussi long, la Moselle reçoit une foule de rivières et de ruisseaux, dont nous ne donnerons pas ici la nomenclature. Nous mentionnerons seulement les suivants : la Vologne, dont les

(1) V. le mémoire cité.

— 20 — | eaux sont très-limpides, et dans un des affluents de laquelle on péchait autrefois en abondance des moules renfermant des : perles assez recherchées ; le Madon, qui cotoie Mirecourt et Haroué et vient sc joindre à la Moselle, près du bourg de Pont-Saint- Vincent ; la Meurthe, qui, descendant du Grand- Valtin et des montagnes voisines, coule au nord-ouest, recueille les eaux de la Faves, de la Vezouze, de la Mortagne, du Sanon, passe à l'extrémité d'un des faubourgs de Nancy, et va se jeter dans la Moselle aux environs de Frouard; la Seille, ainsi nommée parce que ses eaux ont une saveur salée ; l'Orne, qui coule du sud-ouest au nord-est ; enfin la Sarre, qui reçoit elle-mème lIsch, la Blise, la Rosselle et la Nied, dont les deux branches portent, avant leur jonction, les noms de Nied romande ou française et de Nied allemande.

La Meuse, qui prend sa source dans l’ancienne province de Champagne, entre en Lorraine à dix kilomètres de Bourmont, disparaît tout à coup au village de Bazoilles, à cinq kilomètres au dessus de Neufchâteau, et suit un lit souterrain, qui ne peut être exploré ; elle reparaît tout près de cette ville, reçoit le Mouzon, le Vair, traverse le duché de Bar et le temporel de l’évéché de Verdun, et conduit ses eaux à la mer du Nord, après avoir parcouru une vallée remarquable par sa richesse.

L'Ornain ou Orneyÿ coule d'abord en Champagne, entre . dans le Barrois près de Gondrecourt, passe à Ligny et à Barle-Duc, et va grossir les eaux de la Marne dans les environs de Vitry-le-Français.

Outre ces rivières sillonnant la Lorraine en tous sens, nous devons mentionner plusieurs cours d’eau qui descendent des Vosges et fertilisent d’autres provinces. Ainsi, la Saône naît près de Darney et se dirige vers la Bourgogne et la Franche- Comté ; ainsi, divers affluents du Rhin coulent vers ce fleuve, à travers les montagnes, après avoir arrosé quelques cantons de la Lorraine.

Les Vosges offraient anciennement une certaine quantité

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