‹ Histoire de Lorraine. Tome premierChapitre 7 sur 30 · YA · texte numérisé non relu

YA

de lacs de petites dimensions ; mais la liste en est considérablement diminuée aujourd’hui par l'invasion et l'accroissement des tourbières. Ceux qui existent encore sont les lacs de Gérardmer, dont la longueur est de deux mille mètres seulement et la profondeur de trente-six à quarante, de Longemer, de Retournemer, de Lispach, de Fondromé, etc. On pourrait aussi ranger parmi les lacs l’étang de Lindre, à cause de son étendue, et parce qu'il est en partie alimenté par des sources

sortant du sol qu’il baigne de ses eaux. L'ancienne Lorraine comptait un nombre prodigieux d’étangs, et on en rencontre assez fréquemment les bassins au milieu de nos campagnes.

A côté de ces rivières, de ces lacs et de ces étangs, on doit mentionner différentes sources minérales. Nous ne parlerons pas des eaux: salées, si communes dans la ‘vallée de la Seille, mais que l’on a cessé d’utiliser presque partout depuis la découverte du grand banc de sel gemme. Nos principales sources minérales sont celles de Bussang, de Contrexéville, de Bains et de Plombières. On rencontre dans ce dernier endroit des eaux minérales froides et tièdes et des eaux thermo-minérales. La température de celles-ci varié de vingt-neuf à cinquantedeux degrés ; celles de Bains en ont de vingt-trois à quarantedeux. Les eaux de Plombières et de Bains attirent, chaque année, un grand nombre de malades et de visiteurs, et on verra plus loin qu'il en était de même dès la période galloromaine (4).

Les notions précédentes < sur la configuration du sol, les cours d’eau, les lacs et‘les étangs de la Lorraine doivent suffire pour donner une idée de son climat. Il ne faudrait pas, au reste, juger entièrement l’ancienne température de cette province d’après celle qui règne de nos jours. Avant les défrichements, le climat était plus humide qu’il ne l’est mainte-

Le

(t) V. le mémoire de M. Hogard sur la géologie des Vosges, dans la statistique de ce département publiée par M. Lepage, t. I, p. 59 et 60. "+

nant, et il devait en résulter une certaine élévation de la température pendant les hivers; on disait autrefois en Lorraine que « jamais sécheresse n'avait causé cherté », ce qui n'est plus exact aujourd’hui et prouve qu’au moyen âge Île climat était plus humide.

La Lorraine se divise, sous le rapport de la température, en deux zônes bien distinctes : les Vosges et la plaine. Dans les montagnes, les phénomènes météorologiques sont en généal variés et fugitifs. Cependant les hivers sont longs et froids, et la terre est ordinairement couverte d’épaisses couches de neige, qui ne disparaissent que fort tard sur les flancs et la cime des montagnes. Pendant l’été, les journées sont souvent chaudes, mais les soirées et les nuits sont d’une fraîcheur excessive. En somme, on peut dire que le climat des Vosges est plus froid que leur situation géographique ne semblerait T'indiquer. Les eaux vives qui arrosent en abondance toutes les vallées, et d’autres causes encorè contribuent à prolonger ou à reproduire le froid, et à faire varier à chaque instant la température (4). Quoique. cette température ne soit pas extrêmement humide, les pluies sont fréquentes dans les Vosges et amènent souvent des inondations, en enflant rapidement les eaux des rivières qui y prennent leurs sources (2).

Le climat de la plaine est assez variable. Il tombe ordinairement au commencement du printemps et vers la fin de l’automne des pluies longues et -abondantes ; l'hiver est temperé; il est rare que les froids soient très-longs et très-intenses, et l’on voit des hivers pendant lesquels le thermomètre

(1) V. le mémoire de M. Sarazin sur la météorologie des Vosges, dans la statistique citée, t. 1, p. 662 et 663.

(2) Nous ne voulons pas d’autre preuve de la fréquence “de ces pluies que ce proverbe en patois vosgien, usité dans les environs d’Epinal : ° Ce n°’ srôme let foire d’Epinau Si n° pieuvau.

Les foires d'Epinal ont lieu le 1er et le 3° mercredis de chaque mois. ]

ne descend guère au dessous de zéro. Mais si les gelées des mois de décembre, janvier et février ne sont pas assez fortes pour causer aux semailles un tort considérable, les récoltes ont beaucoup à craindre les changements subits de température produits par le voisinage des Vosges, et par ke brusque retour du vent du nord-ouest ou des Ardennes (1). Nos ‘chroniques sont remplies de mentions concernant les dommages causés aux récolles, et surtout aux vignes, par les gelées tardives ou trop précoces, et d'observations relatives aux gelées et aux froids des mois d'avril, de mai, de juin et de septembre (2). Néanmoins, et malgré les fréquentes variations de son atmosphère, la Lorraine est un pays fertile et abondant. Ces changements ne auisent pas non plus à la santé autant qu'on pourrait le croire. Il: semble, en effet, que le climat d’un. pays où l’atmosphère est humide, le ciel bien souvent couvert de nuages, et où les alternatives de chaud et de froid, de sécheresse et d'humidité sont brusques et nombreuses, il semble, disons-nous, qu’un pareil climat est peu favorable à la santé et à la prolongation de la vie. Toutefois, il n’en est rien ; on vit en Lorraine aussi longtemps que dansle reste de la France ; les octogénaires ne sont pas rares, la santé pubtique est aussi bonne qu'ailleurs, et les habitants des

(1) Voici ce que Volcyr de Sérouville écrivait, au XVIe siècle, sur le climat de la Lopraine : u .... Mais dès lors que l'apparence de tous » biens se monsire au plus beau quartier de printemps, ung vent colla- ” téral se esliève entre bize et zéphire, qui par gros desroys ameine n pluies, neiges et gresilz, et puis soubdainement s’en retourne donnant » lieu audit bize froit et sec, qui par sa grande impétnosité et véhémence, » non sans plains et pleurs du povre peuple, souventes fois nos vignes, # bleds, trémois, fleurs et fruictz congèle et destruict n. V. Le Quinternier du Parc d’honneur, fe 24 ve.

(2) V. Les Chroniques de la ville de Metz, publiées par M. Huguenin l'ainé, et la chronique en vers imprimée dans les preuves de Dom Calmet, : années 1346, 1362, 1370, 1426, 1430, 1452, 1434, 1435, 1437, 1443, 4444, 1446, 1449, etc. Ainsi, voilà au moins treize désastres de cette nature arrivés dans un siècle environ, de 1346 à 1449.

— 2% — Vosges eux-mêmes sont renommés pour la force de leur constitution. Cependant, quelques cantons de la Lorraine présentent des maladies endémiques, et les exhalaisons des marais salants causent dans la vallée de la Seille des fièvres intermittentes assez graves (1).

Nous venons de dire que notre patrie a toujours passé pour une contrée fertile; elle paraît même l'avoir été au moyen âge plus qu'aujourd'hui, et à la fin du XVII“ siècle on disait qu’elle produisait trois fois plus de blé que ses habitants n'en pouvaient consommer (2). Cet immense excédent de récolte doit être attribué en partie à la dépopulation de la Lorraine ; mais il n’en est pas moins vrai que ce pays donnait autrefois, toute proportion gardée, beaucoup plus de céréales que l’on n’en recueille maintenant. Alors on ne cultivait que les bonnes terres, et on les engraissait d’une manière suffisante. Les hauteurs étaient couvertes de vignes; les lieux secs étaient abandonnés aux troupeaux et formaient d'excellents pâturages ; on avait soin de laisser en prairies les. cantons humides et enfoncés, où les céréales ne réussissent guère ; enfin, les bois couronnant la cime des’montagnes, les haies épaisses sillonnant la plaine protégeaient les moissons contre les vents secs et chauds qui règnent assez souvent pendant l'été, et prévenaient une sécheresse nuisible.

Les cantons de la Lorraine qui produisent le plus de blé sont l’ancien comté de Vaudémont, le Vermois et la plaine de Voivre. Dans les Vosges on ne sème guère que le seigle, l’avoine et le sarrasin. L’orge, les pommes de terre, le chanvre, les plantes oléagineuses et fourragères sont aussi cultivées

(4) V. le mémoire de M. Simonin sur la météorologie de la Meurthe, dans la statistique de ce département publiée par M. Lepage, t. I, p. 108, 109 et 113-115. |

(2) V., à la bibliothèque publique de Naney, le mémoire nréieté à Louis XIV par l’intendant de Lorraine, et analysé par le comte de Boulainvilliers dans son Etat de la France, t. III, p. 390 et 391.

avec succès. Les prairies naturelles étaient plus considérables qu'elles ne le sont, et on a enfoncé le soc de la charrue dans un grand nombre d'entr'elles, pour substituer à de bons prés des terres arables extrêmement médiocres. Néanmoins, les vallées de la Meurthe, de la Sarre, de la Seille et surtout celle de la Meuse présentent encore beaucoup d'excellentes prairies. Dans les Vosges, les eaux vives, qui coulent de toutes parts, permettent aux habitants de pratiquer des irri- * gations, dont le résultat est d'augmenter la récolte des foins, etce procédé agricole est depuis longtemps parvenu, dans celle contrée, à un haut degré de perfection.

Le raisin ne mûrit pas dans les Vosges ; mais la vigne est cultivée dans la plaine depuis une époque très-reculée ; sa culture a même pris, depuis un siècle, une extension fâcheuse ; au Heu de circonscrire cette culture sur le flanc des côteaux arides et pierreux, où la vigne réussit à merveille, on l’a fait descendre dans des terres fortes et humides, où elle ne donne plus qu'un produit détestable. Non seulement on a oublié l'importance qu’il faut attacher au choix du terrain, mais on a fréquemment substitué aux plants anciens, qui étaient excellents, des plants nouveaux donnant un vin de mauvaise qualité (4).

La Lorraine possédait autrefois d'immenses forëts ; la chaîne des Vosges en était hérissée, et la plaine atteste encore que les bois ont occupé une partie de sa surface. Quelques unes de ces forêts ont conservé leur étendue primitive ; d'autres ont disparu complètement ; d’autres enfin ont envahi un sol jadis livré à la culture ou couvert d'habitations. Dans les bois de la plaine, les essences dominantes sont le chène, le hêtre, le charme, le bouleau, et dans les lieux bas et humides le frêne, le tremble et le saule. Il n’en est pas de même däns les Vosges.

(4) V. Description de la Lorraine et du Barrois, par Durival, t. I, p. 286-295. |

Les premières forêts que l’on rencontre, en y pénétrant, contiennent beaucoup de chères et de hètres, mélés à différentes espèces d'arbres résineux ; mais bientôt ces derniers deviennent dominants ; le pin silvestre occupe le bas des montagnes ; plus haut croît le sapin, et sur la partie la plus voisine des cimes on ne voit plus guère que la pesse, le pinus abies de Linnée. Ces arbres résineux finissent par acquérir des dimensions vraiment gigantesques ; il n’est pas rare de trouver des pesses et des sapins dont le tronc a plus de trois mètres de circonférence et plus de quarante mètres de hauteur ; les Sycomores, qui croissent aussi dans ces montagnes, acquièrent souvent un diamètre égal à celui des sapins, une élévation de vingt mètres et une envergure de plus de douze mètres. __ Malgré les trop nombreux défrichements qui ont eu lieu depuis un siècle, la Lorraine possède encore plus de bois que bien d’autres provinces. Le département de la Meurthe en à gardé cent quatre-vingt-dix mille hectares, et le département des Vosges deux cent douze mille heëtares. La Moselle et la Meuse renferment aussi beaucoup de forêts, quoique ces deux départements soient moins boisés que les autres (1).

Il est inutile, sans doute, de faire observer que l'existence de ces forêts a grandement contribué au développement du commerce et de l'industrie. On a pu exporter, soit au moyen du flottage, soit par la voie de terre, quantité de planches et de bois de construction ; d’un autre côté, le bas prix du combustible a permis d'élever et de soutenir une foule d’usines, telles que verreries, fayenceries, tuileries, etc., et de travailler, en grand, à la fabrication du sel.

Nous termingerons ici ces notions sur l’état physique de la Lorraine ; elles sont loin de donner une idée complète de la configuration géographique, de l’orographie, des cours d’eau,

| (4) V. le mémoire de M. Mougeot père sur la botanique des Vosges, dans la staistique de ce département, t. I, p. 165-167.

du climat et des productions de notre patrie, mais elles suffiront pour faire comprendre ce que nous aurons à dire plus tard, et aprés avoir parcouru ce chapitre, le lecteur ne nous suivra pas dans un pays inexploré.

Page 1