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gout, qui renferme maintenant le grand séminaire du diocèse de Nancy (1).
Cé prince n’était pas uniquement occupé du bien spirituel : de ses sujets ; il cherchait encore, et avec empressement, les : moyens d'augmenter leur prospérité. EH regarda comme un des plus efficaces de procurer aux enfants du peuple une instruction convenable. « Voulant, dit-il, étendre ses soins sur : » l'éducation des enfants pauvres de ses Etats, et pourvoir, » en même temps, à la correction de ceux dont le libertinage . » pourroit tendre au déshonneur de leurs familles, et prévenu . » des progrès que faisoient, dans ce gere, les Frères des » Ecoles chrétiennes et charitables établis dans plusieurs » villes de France », il traita avec ces derniers, qui, moyennant une somme de trente-trois mille livres tournois une fois
payée, et la cession de l’ancienne maladrerie de Maréville,
reconstruite, sous le règne de Léopold, et transformée en manufacture et en renfermerie, s'engagèrent à fournir sept . Frères au moins, et plus s’il était nécessaire, pour diriger la maison de correction de Maréville, et enseigner gratuitement « aux pauvres enfans mâles des trois paroisses de la ville- . » neuve de Nancy et des faubourgs..…, à lire, écrire, chiffrer, » l'orthographe, les quatre premières règles de l’arithmétique, » ct la religion, suivant le catéchisme du diocèse, le tout » conformément à Ja méthode de leur Institut ». Les intérêts . de la somme de trente-trois mille livres étaient insuffisants pour l'entretien des deux communautés ; nn on accorda aux Frères l'autorisation d'ouvrir un noviciat à Maréville et d’y recevoir les pensionnaires que leurs parents y enverraient; on promit de leur payer annuellement une somme de trois cents livres pour la nourriture de chaque individu enfermé en vertu d'une.leitre de cachet; on leur abandonna les revenus
(4) V. Recueil des fondations et établissemens faits par le Roi de. Pologne, etc., p. 1-18 et 188-190.
de la maladrerie; enfin, la fondation du roi fut considérablement augmentée par la générosité de divers ecclésiastiques, et notamment de l'abbé de Bouzey, qui donna cinquante-huit mille livres, tant pour accroître le nombre des Frères, que pour l’achèvement des constructions et pour la fourniture des livres, papier, plumes et encre à trois cents écoliers appartetenant aux familles les plus malheureuses (4).
Une autre fondation extrêmement utile, à laquelle le roi . prit part, fut celle du baron de Meszeck pour l'opération de la taille. Léopold avait, comme on l’a dit, confié la chaire d'anatomie créée dans l'université de Pont-à-Mousson au célèbre Denis Rivard, qui, chaque année, se rendait deux fois à Lunéville et taillait gratuitement les personnes travaillées de la pierre. Le baron acheta le domaine de Chanteheu et le céda à l'hôpital de Lunéville, à condition que l’on y recevrait et que l’on y traiterait les malades disposés à subir l’opération, et Rivard, dont les services ne finirent qu'avec la vie, laissa d'excellents élèves, qui en ont formé d’autres, à leur tour (2). À
Stanislas, après avoir visité Plombières, agrandit les bâtiments des thermes, en améliora l'administration et fonda douze lits, pour autant d’indigents, qui devaient, tous les ans, aller à Plombières , y séjourner et retourner chez eux, sans être obligés à faire la moindre dépense ; et comme chaque malade ne prend ordinairement les bains que pendant trois semaines, il en résultait que soixante pauvres venaient successivement profiter de la générosité du roi (3).
Il s’occupa, vers la même époque, d’autres établissements religieux ou charitables , qui allaient devenir vraiment indis-
(4) V. Lionnois, ibid., t. IL, p. 317-320; Mémoire historique, statistique et médical sur l'asile d’aliénés de Maréville, par M. Archambault, dans les Mém. de l’acad. de Stanislas pour 1847, p. 415 et suiv.
(2) V. Recueil des fondations, p. 59-62 ; Durival, ibid., p. 172.
(3) V. Rec. des fond., p. 51-59 ; Rec. des ord., t. VI, p. 218.
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pensables ; car la misère faisait des progrès effrayants dans notre patrie. L'hiver de 1739-1740 avait été très-rigoureux ; le thermomètre s'était maintenu, pendant quelque temps, à douze degrés au dessous de zéro, et des voyageurs avaient rencontré la mort dans l'épaisse couche de neige qui couvrait la terre. L'hiver suivant fut également désastreux. Dès le commencement d'octobre, il était tombé beaucoup de neige dans les Vosges ; il y eut ensuite une pluie douce qui dura deux jours et la fondit complètement, et, le 16 octobre, une terrible inondation dévasta les vallées de la Moselle, de la Meurthe, du Madon, et plusieurs autres lieux. Les regains et les chanvres, qui n'étaient pas encore rentrés, ainsi que les planches et les bois de construction entassés dans les ports, furent dispersés par la violence des courants; des moulins furent détruits ; les salines de Rosiéres et de Dieuze eurent à souffrir, et dans cette dernière, les magasins à sel furent envahis par les eaux. Quantité de personnes furent noyées , et les communications se trouvèrent presque généralement interrompues. Les ponts de Saint-Nicolas et de la Neuveville, celui qui conduit de Nancy aux Grands-Moulins, et le pont de Ceintrey, sur le. Madon, furent renversés. A Pont-à-Mousson, la Moselle envahit les rues basses, et les habitants, forcés de se réfugier dans les étages supérieurs de leurs maïsons, perdirent une partie de leur mobilier. Le dégât fut plus considérable encore à Mirecourt. L'eau s’éleva à sept ou huit pieds dans les rues peu éloignées du Madon, et les bourgeois, qui craignaient de voir leurs demeures s’écrouler, les abandonnèrent, au moyen de nacelles et de radeaux. À Neufchâteau , la Meuse et le Mouzon débordérent en même temps, rompirent ou ébranlérent les ponts, enlevérent la halle, avec les bestiaux que l’on y avait enfermés, rasérent quelques maisons , et montèrent jusqu'aux chambres hautes dans les rues les plus enfoncées. Ce déluge local était à peine terminé en Lorraine, lorsque le Barrois fut à la veille
d’éprouver un semblable malheur ; au mois de décembre, l'Ornain s’enfla au point que l’on eut des'inquiétudes pour Ligny, ainsi que pour la ville-basse et les faubourgs de Bar, et les eaux causèrent bien des dommages dans les.campagnes (1).
Le chancelier avait, malgré la misère des laboureurs et des vignerons, exigé le paiement d'une somme de six cent mille livres pour l'entretien de la cavalerie française cantonnée dans notre pays, et il n'avait pas diminué les autres contributions ; il en résulta que beaucoup d'individus ne purent s'acquitter, et l'on commença de toutes parts des poursuites contre les ” retardataires. La chambre des comptes, touchée de la malheureuse situation du peuple, envoya, le 49 novembre 1740, une députation demander au roi, de la manière la plus respectueuse, l’allégement des charges qui pesaient sur la Lorraine , ruinée par la médiocrité des récoltes, la perte des vendanges, et les suites « d’un hiver tel qu'à peine on en » retrouveroit des exemples dans la mémoire des hommes » (2). La députation de la chambre fut accueillie avee peu de politesse et n’obtint que des promesses vagues. Sur ces entrefaites, un des conseillers, François-Georges Bagard, eut l'imprudence d'écrire au marquis de Stainville, ministre du grandduc de Toscane près la cour de France, une lettre qui contenait une critique amère de la conduite du chancelier. Cette lettre, qui fut rendue publique par indiscrétion ou à dessein, déchaina un véritable orage contre la chambre. Le 17 mars 4741, M. Bagard reçut une lettre de cachet, par laquelle il était exilé dans le village de la Bresse. Quand on leva les scellés qui avaient été apposés sur ses papiers, on y découvrit les registres des délibérations secrètes de la chambre des comptes, la minute des remontrances et les projets de
(4) V. Durival, ibid., p. 174.
(2) V. Très-humbles et très-respectueuses remontrances de la chambre
des comptes au Roy. La bibl. publ. de Nancy possède une Fan de cette pièce, qui n’a jamais été: nponee
plusieurs arrèts, dont le contenu blessa vivement M. de la Galaizière. Stanislas prescrivit d'apporter le tout à Lunévitle, fitbrüler, en sa présence, la minute des remontrances et les projets d’arrèts et renvoya les registres, avec une lettre du chancelier, qui admonestait sévèrement les magistrats. Ceux-ci furent contraints de rendre un arrêt constatant la remise des registres, de faire transcrire à la suite la lettre de M. de ja Galdizière, et d'admettre un nommé Malcuit, comme conseiller, en remplacement de M. Bagard (1). Ce dernier n'eut la permission de quitter la Bresse et de revenir chez lui qu’après avoir donné sa démission, et, à peine de retour, il vendit ses biens et partit.pour la Toscane. La duchesse-douairière, qui l’estimait et avait pour médecins deux de ses proches parents, pria le roi de ne pas le traiter avec tant de rigueur ; mais le prince fut inflexible (2). On s’était attendu à voir la cour souveraine intervenir ; il n’en fut rien ; une animosité sourde, alimentée par des conflits de juridiction, régnait entre la cour et la chambre des comptes ; la première ne témoigna aucun déplaisir des ‘humiliations qu’éprouvait la seconde ; Join de prendre parti pour M. Bagard, elle condamna, sous la qualification de libelle, la lettre dont nous avons parlé, et elle ordonna, le 18 mars 1741, qu’une copie de cette lettre serait lacérée et brülée par l’exécuteur des hautes-œuvres (3).
La fermeté du chancelier ne pouvait rien malheureusement contre l’inclémence des saisons, et le prix des denrées s’éleva d'une manière inquiétante. Les intendents ne laissaient pas enlever les grains pour Îles transporter des généralités les mieux pourvues dans celles qui l’étaient moins, et tandis que daas certains lieux le pain se vendait à assez bon marché, ailleurs on ne parvenait à s'en procurer que très-difficilement.
(4) V., à la bibl. publ. de Naney, le second registre, des délibérations secrètes de la chambre des comptes, fos 95 et 96. (2).V. Durival, ibid., p. 475 ; l'ouv. de M. Noël, t. 1, p. 252-254. (3) V. Rec. des ord.,t. VI, p. 265.
Les bourgeois de chaque ville, imitant l'exemple des intendants, voulurent aussi empècher l'enlèvement des grains et maltraitèrent les individus qui venaient en acheter. Les injonctions de l'autorité furent méprisées, et il y eut des émeutes violentes à Lunéville, à Einville, à Dieuze et à Vézelise. La maréchaussée et les troupes françaises rétablirent l’ordre ; on procéda à de nombreuses arrestations, et on intenta, à cette occasion, une foule de poursuites qui se terminérent, au rapport de Durival lui-même, par des châtiments rigoureux. |
. Stanislas, qui était absent au moment de l’émeute de Lunéville, s’empressa de modérer la sévérité des juges, fit mettre en liberté plusieurs femmes que l’on avait arrêtées comme complices des désordres, représenta aux conseillers d'état la nécessité de prendre quelques mesures pour remédier à la cherté des vivres, et présida, les 2, 5 et 4 juin, différentes séances du conseil, qui furent consacrées à cet important sujet. La Lorraine et le Barrois furent partagés en un certain nombre de districts, dans chacun desquels se “rendit un membre du conseil, qui procéda ou fit procéder à la visite des greniers, taxa.les grains et enjoignit de les conduire successivement au marché, de manière à y entretenir un approvisionnement convenable (1).
La misère obligeait néanmoins beaucoup de, lorrains à émigrer ; les habitants de l’ancien bailliage d'Allemagne, dont le sol est peu fertile, avaient, depuis longtemps, contracté l’habitude d'abandonner momentanément leur pays pour demander ailleurs une existence plus douce au travail, et même parfois à la mendicité. La pénurie qui afiligea notre patrie, pendant les premières années du règne de Stanislas, fortifia ces habitudes de vagabondage,<et on comprit qu’il était urgent d'y mettre un terme. Un arrèt défendit aux habitants du bailliage d’Allemagne de passer en pays étranger; une
(1) V. Durival, ibid., p. 176.
ordonnance étendit la prohibition à tous les sujets du roi de Pologne, et un second arrêt enjoignit aux maires et aux officiers des justices seigneuriales de prévenir le procureurgénéral, quand ils sauraient qu’une personne voulait émigrer, et de faire connaître les noms de celles qui auraient quitté clandestinement leurs demeures (1).
Cette envie d’émigrer qui avait saisi tant de lorrains fut encore augmentée par les rigueurs impolitiques de M. de la Galaizière à l'égard des contrebandiers, déclarés sujets dès l’âge de quatorze ans aux peines indiquées dans les édits (2), et par les levées de milice, inconnues pendant les règnes de Léopold et de François HI. Le 20 octobre 1741, Stanislas prescrivit de former six bataillons de milice, forts de six cents hommes chacun. On leur donna les noms de bataillons de Nancy, Sarreguemines, Epinal, Etain, Bar et Neufchâteau, et le roi de France, qui venait d'entreprendre contre Marie-Thérèse. la guerre la plus injuste et la plus impolitique, les prit à son service et à sa solde, le 4°" février 1742, et régla qu’ils composeraient trois régiments de deux bataillons chacun. Ces régiments eurent rang dans la milice française, de même que celui des gardes lorraines dans l’infanterie, et ils portérent les noms de leurs coloncls : MM. de Croix, de Polignac et de Marainville. L'organisation des trois régiments ne fut terminée qu’au mois de juin 1742, et dés le mois de janvier suivant, Stanislas ordonna de créer trois autres bataillons. On les appela Dieuze, Mirecourt et Saint- Mihiel ; Louis XV. les reçut également à son service, et ils constituèrent le troisième bataillon de chacun des régiments formés en 1742 (3). Eette levée, intempestive et contraire aux traités, détourna des travaux des champs, dans un pays
(4) V. Rec. des ord., ibid., p. 32 et 252, t. VII, p. 191. (2) V. ibid., t. VI, p. 50.
(8) V.ibid., t. VI, p. 296, t. VII, p. 3. d
où les bras manquaient déjà à l’agriculture, cinq mille quatre cents jeunes gens, dont la plupart périrent sur ‘les champs de bataille ou dans les hôpitaux ;: mais ce ne fut pas tout; la nécessité de tenir les cadres au complet contraignit à faire des appels réitérés. Quantité de recrues furent incorporées dans la milice au mois de mai 1743. Le 30 janvier suivant, on tira des trois régiments dont il s’agit près de deux mille hommes d’élite pour composer le régiment Royal-Lorraine, qui eut trois bataillons de six cent cinquante hommes chacun, et qui, sous la conduite de son cotonel, le eomte de Mareil, fit les campagnes de 1744, 1745 et 1746, pendant lesquelles il perdit beaucoup de monde. Afin de combler les vides que la création de ée corps avait faits dans les rangs de la milice, Stanislas prescrivit d'appeler dix-neuf cent cinquante hommes; et, pour prévenir les murmures des paysans et des habitants des petites villes, on soumit, pour la première fois, au reerutement les bourgeois de D de Lunéville et de Bar-le- Duc (1).
La manière dont il s *opérait le rendait encore ee onéreux et plus vexatoire. Pour conserver son fils, il fallait qu'un laboureur eût au moins deux charrues; les hommes mariés et même les pères de famille n'étaient pas toujours exempts ; les remplacements n'étaient que difficilement autorisés ; chaque communauté devait un certain rombre de miliciens ; elle en était responsable ; elle était obligée de fournir un autre soldat pour tenir lieu de celui qui désertait ou disparaissait ; elle payait vingt et une livres pour l’habillement de chacun des hommes qu’eHe avait donnés ; enfin, on imposa sur les deux duchés une contribution spéciale pour subvenir aux dépenses de Péquipèment (2).
Malgré les sacrifices que faisait la Lorraine pour une que-
(4) V. Durival, ibid., p. 180 et 183.’ (2) V. Rec. des ord., t. VI, p: 300.
— 223 — | relle qui n’était pas la sienne, elle se trouva complètement dégarnie de soldats. Quoique Louis XV eût violé les pre- . messes que l'empereur Charles VI avait autrefois reçues de lui, il se flatta de voir respecter la neutralité d’un pays dont il avait pris les troupes à sa solde, et il en retira les régiments qu’il y avait entretenus jusqu'alors. Celui de Foix quitta Naney, le 1° mars 1742, et comme on éroyait que la ville ne pouvait se passer de gardiens quelconques, on rétablit, le 6 mars, la miliee bourgeoise, qui occupa les portes Saint-Nicolas et Saint-Georges, ainsi que la citadelle (4). Mais on se repentit bientôt d’avoir pris cette mesure ; les chefs de la milice enjoignirent aux tambours de battre à la lorraine, et un ordre semblable, donné dans un pareil moment, révéla des intentions peu agréables au chancelier, qui se hâta de renvoyer chez eux des bourgeois aussi in-
dociles (2).
On ne tarda pas à demander à notre pays de nouveaux efforts. Le 4° novembre 1745, Louis XV ordonna, avec le consentement de Stanislas, que le troisième bataillon du régiment Royal-Lorraine se rendrait à Pont-à-Mousson pour former le noyau du régiment Royal-Barrois, dont le complément fut tiré des neuf bataiHons de milice, et ce corps était à peine organisé par son colonel, le comte de Gisors, qu’il fut envoyé en Italie. M. de la Galaïizière fit une levée de quinze cent trente-huit hommes pour remplacer les miliciens que l'on venait d'incorporer dans le régiment Royal-Barrois, et ceux qui avaient péri (3). Quelques mots de Durival autorisent à croire que leur départ n’eut pas lieu sans résistance ; néanmoins, on leva encore treize eent soixante-trois hommes
(1) La porte Saint-Jean resta fermée.
(2) V. l’ouv. de M. Noël, t. I, p. 257 et 258.
(3) On gn avait déjà levé six cent quatre au commencement de l’année 1745. ; . |
en 14747, et deux mille trois cent quarante-cinq en 1748 (1). Ces divers recrutements et les enrôlements volontaires coùtèrent à la Lorraine près de vingt mille hommes. « Aucune » province n’en avoit tant fourni, dit Durival, dont le témoi- » gnage n'est pas suspect ; aussi l'espèce des miliciables étoit » devenue rare, et on voyoit à la suite de nos charrues des » vieillards, des femmes, des enfans. » Heureusement pour notre pays, la guerre ne fut pas extrêmement longue ; aussitôt aprés la signature du traité d’Aix - la - Chapelle (octobre 1748), on licencia les régiments Royal-Lorraine et Royal-Barrois, ainsi que les neuf bataillons de milice, qui servaient à les tenir au complet, et de toutes les troupes recrutées dans notre patrie on ne conserva que le régiment des gardes lorraines, dont le premier et le troisième bataillons étaient composés de lorrains (2). Ce licenciement, qui eut lieu en novembre et en décembre 1748, rendit à l’agriculture un assez grand nombre d'hommes robustes ; mais ce ne fut pas pour longtemps, et, dès le mois d'avril 1750, on appela six nouveaux bataillons de milice, et l’on en tira six compagnies de grenadiers, qui, réunies à deux autres compagnies venues de Metz et d'Alsace, formèrent un régiment, dont le chevalier de Chabrillant fut nommé colonel (3).
Pendant que nos ancètres versaient leur sang pour la défense des prétentions injustes de Louis XV, M. de la Galaizière, fidèle aux instructions du cabinet de Versailles, continuait à faire disparaître les monuments qui rappelaient l'indépendance de la Lorraine. On démolissait l’église Saint- Jacques de Lunéville, dont la destruction avait, il faut le reconnaître, été résolue sous le règne de François II, et
(4) V. Durival, ibid., p. 190, 191, 193 et 195. En 1747, on tira encore de la milice les éléments du troisième bataillon des gardes lorraines.
(2) V. idem, ibid.. p. 197. Le troisième bataillon n'avait été formé qu’au mois de septembre 1747.
(3) V. idem, ibid., p. 202.
Durival rapporte que les bourgeois ne pouvaient s'empêcher de murmurer en voyant anéantir les tombeaux de leurs pères (1). La collégiale Saint-Georges eut bientôt le même sort. La Primatiale était à peu près terminée, lorsque, dans les derniers jours d'avril, l’architecte annonça que la poutre principale de la primatiale provisoire était pourrie, et les chanoines, saisis d'une terreur panique, décidèrent qu'ils entreraient dans la nouvelle église le 4° novembre, et qu’en attendant ils célébreraient leurs offices dans l'église des Tiercelins, où l'on porta processionnellement le Saint- Sacrement et la châsse de saint Sigisbert, dès le 5 mai. On reprit alors le projet d’unir les chapitres de Saint-Georges et de la Primatiale, et Stanislas signa, le 40 septembre 1742, des lettres-patentes, dans lesquelles il dit que, après avoir considéré « combien il est difficile que le service soit fait avec » la dignité et l'édification désirables dans les deux chapitres » séculiers de sa bonne ville de Nancy, soit par le mauvais » état des églises et autres bâtimens”actuellement à leur usage » respectif, soit par le petit nombre de sujets dont l’un et .» l’autre se trouvent composés, il n’a pas trouvé de meilleur » moyen, parmi ceux qui lui ont été proposés, pour remplir » les vues louables de ses prédécesseurs, fondateurs desdits » chapitres, que de réunir ceux-ci, en les fixant dans la nou- » velle église primatiale et dans les bâtimens en dépendant ». Les dignités de la collégiale Saint-Georges étaient supprimées, mais les prêtres qui en étaient pourvus devaient les conserver jusqu’à leur décès. Le roi régla que, aussitôt après l'extinction des dignités , les biens des deux collégiales se confondraient en une seule mense , et que le chapitre de la primatiale serait formé du primat, du grand-doyen , du chantre, de l'écolâtre, de vingt-un chanoines, de deux sous-chantres , de huit chapelains ou vicaires et d’un sacristain. On transporta dans
(1) V. idem, ibid., p. 491 et 192.
| — 296. — Po la Primatiale une partie du mobilier de Saint-Georges. et ” l'église elle-même fut abandonnée au conseil.de ville, comme comprise dans l'ascensement de l’ancien palais dueal. On la - transfofma d’abord en magasin à blé ; mais, “Fannée suivante, on résolut de’ la démolir, pour élever sur.son emplacement lès cuisines du palais construit à l'extrémité. septentrionale de la Carriére. | Fe | ANSE
. «Le grand-duc de Tostane, informé de ce projet, demanda que les restes des’ ducs dé Lorraine qui reposaient encore
dans la nef fussent exhumés et déposés dans. le caveau de la
| chapelle ducale. Le baron Charvet, dont neus avons déjà
“parlé, fut délégué..par François EL pour Je représenter dans
cette circonstance. Le 4 février 1743, assisté de l'abbé de . |
| Bouzey, grand-doyen de la Primatiale, et de l'abbé Willemin, que l'on avait appelé à cause de sa réputation d’érudit,. le. baron se rendit dans la collégiale, et là, en présence. de l'abbé de Vence, ancien. prévôt, et de l'abbé de Ravinel, ancien chanoïiné de Saint-Georges, on procéda à la ‘reconnaissance | des sépultures princièrés. On trouva d'abord plusieurs petites
“urnes, dans lesquelles on avait enfermé, sous le règne et par des ordres de Léopold, les os'de Charles ‘II : de sa femme, Marguerite de Bavière ; de Jean II ; de Marie de Bourbon, | son épouse, et de Nicolas, leur fils ; dés eercueils en plomb, recouverts.en chène et coritenant les corps de. Henri IL et-de Marguerite de Gonzague ; enfin, des boîtes en plomb, ren-
* fermant les cœurs et les entrailles de ce duc ei de sa. femme, ainsi que les entrailles de Charles-le-Téméraire. On transporta Jes urnes, les boîtes et les cercueils dans l'église dès Cordeliers, où ils furent reçus par le P: Joseph Labarthe, ex-provincial , par le P. Joseph Breton, gardien, et par la cominunauté , et, -après la récitation des prières d'usage, on © descendit le tout dans le caveau de la chapelle ducalé (1).
1 V. Liornois, ibid. t 1, p. 275 et 276 ; L'insigne église collégiale
+ Les Lorrains.se consolaient de tant de mesures odieuses, eh ss berçant de l'espérance de revoir bientôt les fils de Léopold, La guerre que Louis XV.et ses. alliés . avaient entreprisé, pour dépouiller Marie-Thérèse , n'avait pas eu le succès. qu'ils s’en étaient promis. Le maréchal de Broglie, trop faible .poür lutter contre l'armée autrichienne commandée per le prince Charles de Lorraine, avait, non sans peine, opéré. sa retraite sur Le Rhin, abandonnant au courroux de la reine de Hongrie le malheureux électeur de Bavière, qui était | parvenu, comme on sait, à se faire élire empereur, et qui * fut obligé. d'accepter ; le 27 juin, un traité par lequel il - renonçait à’ toute prétention sur l'héritage de Charles VI,
s’engagéait à demeurer neutre, répondait de la neutralité de
. l'empire et laissait la Bavière en dépôt, -entre les mains de | Marie-Thérèse, jusqu’à la conclusion de la paix. Le jour même où l’empereur signait ce traité, le maréchal de Noailles
.… perdait Ja bataille de Dettingen, et la vallée du Rhin devenait
: ". Xe théâtre de la guerre. La nouvelle des revers essuyés par
r armée française inspirait en Lorraine, il faut bien l'avouer, un sentiment tout autre que le chagrin et l’effroi. On fit circuler des proclamations. et des écrits, dans lesquels on
excitait nos pères à.s’armér, à se réunir et à se déclarer en
7 faveur du prince Charles, dont les troupes allaient, disait-on,
| paraître au premier moment. Celte manœuvre n'eut pas le. résultat qu’en attendaient ses auteurs ; personne ne remua, el on se contenta de faire des vœux en faveur de. la reine de Hongrie. On n’eut pas néanmoins la prudence de les tenir assez secrets, et le maréchal de Belle-Isle conseilla de tirer de notre pays les ressources qu’il aurait offertes, le cas échéant, à une armée étrangère. M. de la Galaizière et M. de Creil, inteddant de la généralité de Metz, eurent une entrevue à
ne par M. H. ie dans le Bulletin de la société d’areh. | lorr., t.; P- 169-174 et 190-192.
Belleville , le 27 juillet, et on imposa à la Lorraine et au Barrois une réquisition de deux millions trente-cing mille rations de foin et de paille. On répartit ces rations sur les communautés, qui eurent ordre de les conduire à Schelestadt. « Les voitures étant arrivées presque en même temps, dit » Durival, ne ‘purent être déchargées, ni les conducteurs » expédiés assez tôt ; ce fut une confusion, des vexations et » des pilleries horribles ; rn n’eüût pas été traité plus mal par » l'ennemi (4). » Louis XV craignit lui-même que de pareilles violences ne fussent plus nuisibles qu'utiles à sa cause, et enjoignit: de châtier les employés qui seraient trouvés coupables ; quelques-uns furent exécutés, mais leur supplice ne calma pas l'indignation des Lorrains.
Où ne s’était pas contenté de leur demander plus de deux : millions de rations de fourrage. On exigea encore une fourniture de bois de chauffage ; on frappa les deux duchés d’une forté contribution, destinée à acquitter les dépenses qu’entrainait la reconstruction de l'enceinte de Bitche, et on les contraignit à approvisionner cette importante forteresse (2), qui semblait menacée d’un siége prochain. Le prince Charles n’était pas néanmoins parvenu à passer le Rhin. Le cours en était gardé par l’armée vaincue à Dettingen, et par une autre armée cantonnée dans la partie méridionale de l'Alsace, et dont le maréchal de Coigny venait de prendre le commandement ; mais le fleuve pouvait être franchi au moment où l’on s'y atlendrait le moins; et, d'un autre côté, le baron de Mentzel s’avançait rapidement à travers le Palatinat et l’électorat de Trèves, avec une horde de hongrois et de eroates, dont l’indiscipline inspirait partout de justes appréhensions. H publia deux manifestes, datés de Kreutznach et de Traerbach, et continua sa marche vers la Sarre, qu'il traversa, le.
(1) Ibid., p. 180.
(2) V. idem, ibid.; p. 476, 180 et 184.
— "229 — | 21 août, dans les environs de Reling. Cette nouvelle arriva le surlendemain à Lunéville, où elle répandit la consternation (4); il n’y avait pour ainsi dire pas de troupes françaises dans notre pays, et Stanislas se croyait sur le point d’être enlevé par les hussards de Mentzel, ou par les partis lorrains que l’on s'attendait à voir se former dans divers lieux. La reine de Pologne quitta sa résidence le 24 août et rejoignit Stanisias, qui se trouvait dans le nouveau château de la Malgrange, où il délibérait, avec le chancelier et les membres du conseil d’état, sur les mesures qu’exigeaient des circonstances aussi critiques. Le séjour de la Malgrange n'ayant paru assez sûr, le roi et la reine s’établirent à Nancy, le premier dans les restes du vieux palais, la seconde dans l'hôtel du primat. On apprenait, chaque jour, quelque nouvelle course des soldats de Mentzel; mais M. de Bercheni, . qui occupait Sarreguemines ayec de la cavalerie, les tenait en échec et ne leur permettait pas de pénétrer dans le cœur de la Lorraine. M. de Bercheni se posta ensuite auprès de Bitche et fut remplacé, à Sarreguemines, par un corps français qui s'était réuni à Verdun, sous les ordres du duc d'Harcourt. Le comte Maurice de Saxe, qui devait être nommé maréchal de France l’année suivante, prit le commandement des troupes assemblées dans les lignes. de Wissembourg. On commençait à se rassurer un peu, lorsque, dans les derniers jours de septembre, le prince Charles fit les préparatifs nécessaires pour franchir le Rhin. La bonne contenance des Français l'engagea à renoncer à son projet, le 27; mais trois jours après, il se présenta derechef et ne disparut qu'en menaçant de revenir encore. Pendant la nuit, on apercevait distinctement des feux allumés, sur le Donon et sur le sommet de plusieurs autres montagnes, par les paysans
(1) Les chanoinesses de Bouxières se réfugièrent à Nancy, avec la châsse de saint Gauzlin. |
— 230 — | vosgiens, qui voulaient, de cette maniére, révéler aux Autri
4 chiens qu'ils trouveraient au-delà dufleuve des partisans et.
des secours. Le ministère français fut instruit de cet’ évène-. ment, et M." d’Argenson, secrétaire d'état de la guerre, prescrivit une enquête, dont les résultats ne furent pas-rendus publics. On se contenta. de déclarer que les feux observés sur les montagnes étaient des signaux placés par les membres de l'académie des sciences qui dressaient la carte dite de Cassini :
fable mal imaginée et dont chacun connaissait la fausseté .en
Lorraine. La haine de nos ancêtres contre les Français n’était
que trop notoire ; assoupie pendant les règnes de Léopold et de François III, elle avait été ravivée par. l’imprévoyante . àdministration de M. de la Galaizière, et le chancelier eraignit : L longtemps une explosion. Une chose diminua cependant : un peu l'enthousiasme qu'inspiraient à beaucoup de lorrains les
succès du prince Charles. Le baron de Mentzel,. qui était :
maître de presque toute la vallée de la Sarre, autorisait ses soldats à y vivre comme en pays conquis. Il avait enjoint à M. de Barst, prévôt de Siersperg, de lui payer trente-deux
mille florins et de faire conduire dans son camp quatre- -
vingt-sept mille ‘rations. de pain et cent soixante-quinze . ille rations de fourrage. On ne lui répondit pas, et, au mois d'octobre, il permit de piller le comté de Bitche et la prévôté de Schaumbourg, à l'exception de l’abbaye de Tholey. Blessé
près de Landau, il avait été contraint de se retirer.à Deux- : :
Ponts; il mourut bientôt, et les Hongrois ‘s’éloignérent, | après avoir remis en. liberté le prévôt de Schaumbourg (1). M. de Bercheni leur dohna la chasse et en prit quelques-uns, mais on ne put atteindre les chariots sur lesquels le -butin avait été chargé. Stanislas envoya M. de Béla représenter au duc d’Aremberg, un des ne de DA ee que ka .
(4) On dit que sbsenrs lorrains les suivirent et $ ehrélèrent dans les cite de Marie-Thérèse, ;
| — 951 — L neutralité de la Lorraine avait été reconnue par les puissances
européennes, et demander une indemnité pour les ravages que Mentzel avait commis dans la vallée de la Sarre. Le duc s’empressa de désavouer, au rom de sa souveraine, la conduite | de ce chef de-partisans:; toutefois, on ne restitua rien de ce qu'il avait enlevé.
Le prince Charles, jugeant que la saison était trop avancée pour songer à quelque. grande entreprise, partit à son tour, et le roi de Pologne, délivré de toute crainte, revint à Luné- : ville, avec.la cour, le 19 octobre. Les habitants de cette ville, pour lesquels la présence du prince était une source -de richesses, le récurent, ‘au rapport de Durival , avec des cris de joie indicibles.. La reine-ne rentra dans son palais que le surlendemain, et les principaux bourgeois avaient formé une compagnie de cavalerie qui lui servit d’escorte (1).
Réinstallé dans son château, Stanislas consacra les loisirs que lui laissait l'administration à la composition d’un écrit : destiné à glorifier la politique. de son gendre, qui venait d’être
attaqué trés-vivement dans un factum intitulé : Ce qu'il faut faire. L’écrit du roi de Pologne avait pour titre : Lettre d’un
Suisse à son correspondait en Hollande ; cette lettre offre quelques considérations remarquables > mais la cause était “trop mauvaise pour ‘être défendue avec avantage, et les rai- * sonnements de Stanislas ne firent aucune “impression. Louis. XV comprenait bien qu’il fallait: autre chose que des apologies pour préserver ses frontières, et l’on prépara, : pendant l'hiver, ce qui était nécessaire pour pousser la guerre : : avec vigueur, au retour de la belle saison. Le maréchal dé .Coigny reçut le commandement des troupes stationnées en Alsace, en Franche-Comté et dans le temporel de Metz. Le roi de Rene non Le.4 décembre, toute autorité sur.
.& Y. Duriväl, ibid. Le set et 182 ; lour. de M. Noël, t. LP p. 258 et 249, |
celles qui occupaient la Lorraine et le Barrois, et dont il semblait, en qualité de souverain indépendant, regardé comme le chef direct. On avait reconnu la faute que l’on avait commise, l’année précédente, en laissant notre pays presque complètement dégarni, et, vers la fin de l'automne, on y envoya divers régiments, entr'autres celui des gardes lorraines, qui yint tenir garnison momentanément à Lunéville.
L'hiver se passa tranquillement, et nous n'avons à mentionner qu’un violent incendie qui se déclara, le 44 janvier 1744, dans la demeure du roi, et détruisit en peu d'heures une aîle extérieure du château, voisine du canal. Les appartements du chancelier et de quelques grands dignitaires se trouvaient dans cette aîle, et l’on ne réussit pas même à sauver complètement leur riche mobilier (4).
La guerre recommença avec le printemps, et les agents de la France ne tardèrent pas à observer en Lorraine une fermentation, qui, en cas de revers, pouvait devenir dangereuse ; on prit, en conséquence, différentes mesures pour prévenir tout complot de la part des mécontents, et on renouvela les ordonnances des 29 novembre 1733, 24 mars 4734 et 16 novembre 1739 contre le port d'armes. La défiance du ministère français était arrivée au plus haut point. Plusieurs gentilshommes lorrains servaient cependant avec distinction dans l’armée française, et on doit nommer ici Louis-Antoine marquis de Beauvau-Fléville, qui fut tué, le 23 juin, à l’attaque du chemin-couvert d’Ypres, et fut trèsregretté de Louis XV (2). |
La nouvelle de la mort du marquis parvint à Lunéville le 29, et, quatre jours après, un courrier du maréchal de Coigny annonça que le prince Charles avait traversé le Rhin à Spire,
(1) V. Durival, ibid., p. 182 et 183.
(2) Alexandre de Beauvau, marquis de Craon, périt, l’année suivante, sur le champ de bataille de Fontenoy, à la tête du régiment de Hainaut, dont il était colonel.
le 4° juillet, avec quatre-vingt mille combattants. On apprit, les jours suivants, qu’il s'était emparé des lignes de Wissembourg et avait repoussé les troupes du maréchal, trop faibles pour opposer une résistance efficace. La cavalerie légère du prince se répandit de tous côtés, et les partisans de Pancienne maison ducale firent circuler un manifeste de Marie-Thérèse, où on lisait que, si Dieu accordait la victoire à l’armée autrichienne, François LEE viendrait reprendre possession de la Lorraine ; que la France ne pouvait légitimement garder ce pays, pour l’acquisition duquel elle n’avait donné aucun équivalent ; attendu que la Toscane n'avait jamais äppartenu à cetle puissance, et que d’ailleurs l'héritage des Médicis était revendiqué par différentes familles princières. Ce manifeste produisit un certain effet, et on vit, comme en 4743, des feux allumés sur les montagnes, dans les environs de Saint-Dié, pour annoncer aux Autrichiens que l’on se préparait à les seconder. : La peur gagna encore la cour de Lunéville ; la reine partit pour Meudon, le 6 juillet, et le roi prit le chemin de Metz, où il comptait demeurer jusqu'à ce que tout danger eût disparu. M. de la Galaizière avait fait mille efforts poùr retenir Stanislas dans ses états, car il craignait que cette espèce de désertion n’encourageât les individas malintentionnés à tenter un coup de main; et, quand il vit que ses représentations étaient inutiles, il voulut au moiris arrêter, de concert avec les généraux français, les mesures qu’il jugeait les plus convenables pour mettre la Lorraine à l'abri d’une invasion. On éleva précipitamment des fortifications dé campagne dans le voisinage des routes qui menaient vers le platpays à travers la chaine des Vosges ; on envoya des fusils dans les salines pour armer les ouvriers, que l’on regardait comme en état de se défendre contre les attaques de la cavalerie légère ; on enleva les douze canons de fonte placés derrière le château de Lunéville, ainsi que les armes déposées
| — 954 — | L dass l'arsenal de Nancy ; à le 34 juillet, on embarqua 8 au j-Crène quarante-deux pièces d'artillerie, que | l'on transporta à Metz; enfin, les subdélégués, qui remplissaient les fonctions des sous-préfets actuels, eurent ordre de faire conduire quätrevingt-cinq mille rations de fourrage à Sarre-Louis, Bitche, Sarreguemines, Bouquenom .et Fénétrynge, et le chancelier écrivit aux recéveurs des finances de tenir compte aux com- “.munautés, sur leurs impositions, de la réquisition dont elles ‘ venaient d’être Pape ‘en payant trente sous de France le ” quintal de foin (1).
- Les nouvelles que Yon reçut aprés le départ de la reine ‘furent d’abord favorables ; le maréchal. de Coigny avait repris “les lignes de Wissembourg ; mais, peu de jours après, les Autrichiens le forcérent derechef à reculer, envahirent la F Basse-Alsace et s'emparérent de Haguenau. Le 12, une troupe de hussards parut devant le fort de Bitche, et leurs chefs demandérent au prieur. de Stulzbronn un certificat constatant leur arrivée. Profitant,.avec habileté, de l’éloignement du maréchal de Coigny qui. s'était: retiré derrière la Zorn; le princé Charles se disposait à attaquer. Saverne, où le marquis du Châtelet s'était enfermé avec quinze cents hommes seulement, et à pénétrer dans:la Lorraine allemande. On sentit l'immimence du péril, et M. de Nadasti fut détaché ayec un corps de. six mille soldats pour renforcer la garnison de Saverne, pendant .que. les troupes du duc d'Harcourt se postaient sous le canon de Phalsbourg, qui commande la route d'Alsace. Néanmoins, c’étaient là de faibles barrières contre une armée victorieuse, et le prince Charles se croyait tellement sûr de rentrer dans son patrimoine, qu'il. écrivit à Stanislas, dont il ignorait le départ, pour l'inviter à ne pas abandonner Lunéville, l’assurant que lon aurait pour lui et pour la reine tous les égards imaginables, et que lui, prince
(1) V. Rec. des ord., t. VIE, p. 48.
Charles, logerait dans le petit château qu'il avait fait constrnire sur ses propres plans. | : :
* Il présumait trop de son bonheur. Le roi de France, qui, à l'ouverture de la campagne , ‘avait pénétré dans les Pays-Bas autrichiens à la tête de cent mille hommes, avait, en apprenant les succès du prince. Charles, confié .au maréchal de Saxe le soin de défendre les: villes conquises-et . de couvrir la frontière de la Flandre, et s'était mis en marche, avec la moïtié de l’armée, pour délivrer l'Alsace de la présence :
de l'ennemi. Les troupes gagnèrent le Verdunois et le pays
messin : dès les premiers jours du mois d'août, et le 3 les. gardes françaises et les gardes suisses campaient devant Metz. Eouis XV eritra lui-même dans-cette ville le lendemain. . Stanislas, ‘instruit du projet de son gendre, avait quitté Metz, depuis plusieurs jours, afin de faire préparer ce qui était nécessaire pour la subsistance de tant de monde..Il était à Nancy le 25 juillet, à Lunéville le 25, et le 34 à la Malgrange.. Louis avait prescrit de diriger l’armée vers Saverne, par Sarrebourg et Phalsbourg, lorsqu'il reçut des dépêches du duc d’Harcourt , annonçant que le prince Charles paraissait vouloir se porter vers la Haute-Alsace, après avoir préalablement essayé de rejeter sur Strasbourg ou vers les montagnes. les troupes du maréchal de Coigny. : Ces: nouvelles obligèrent
le roi à modifier ses plans, et il décida que l’on traverserait la … |
Lorraine, en marchant du nord-ouest au sud-est, et que l’on
entrerait en Alsace par la gorge de Schirmeck, afin de pouvoir
rejoindre le maréchal, avant que ses troupes eussent été écrasées par l’ennemi. Stanislas, qui avait formé sur la route de la Lorraine allemande les magasins de vivres et les dépôts de :
fourrage réclamés par le secrétaire d'état de la guerre, se disposait à partir pour Metz, le 5 août ; mais, sachant que les projets du monarque étaient changés, il resta chez lui, pour faire refluer sur le chemin de Saint-Dié les vivres et les fourrages accumulés dans la Lorraine allemande, et pour
survéiller lui-mème les préparatifs des fêtes magnifiques qu’il voulait offrir à Louis XV , lorsqu'il passerait à Nancy et à Lunéville. | Le 9, on annonça à Stanislas que le roi était tombé malade la veille ; le 40, la maisgn militaire, qui était déjà parvenue à Saint-Dié, eut ordre de s’y arrêter ; le lendemain, on renvoya dans les villages les chevaux que l’on avait mis en réquisition, et, le 12, les bureaux du ministère de la guerre rétrogradérent de Lunéville sur Metz. La maladie du roi, dont sa maîtresse, la duchesse de Châteauroux, et le duc de Richelieu essayèrent d'abord de dissimuler la gravité, était une fièvre putride très-maligne. Louis XV, docile aux conseils de M. de Fitz-. James, évêque de Soissons, renvoya la duchesse et reçut les derniers sacrements ; et Stanislas, qui était venu habiter momentanément la maison de la mission royale, afin d’avoir plustôt des nouvelles de son gendre, invita les curés et les communautés religieuses de Nancy à faire des prières publiques pour le rétablissement du prince. On apprit enfin qu'il était hors de danger, le 16 août. La reine et le dauphia arrivèrent à Metz, et Stanislas, charmé de savoir Louis XV en voie de guérison et réconcilié avec son. épouse , fit chanter un Te-Deum dans la Primatiale. Il y eut à Nancy des salves d'artillerie, des feux de joie, des illuminations ; Durival assure même que les bourgeois s’y prétérent « de très-bonne » grâce », et l’évêque de Toul enjoignit de chanter un autre Te-Deum dans toutes les églises du diocèse, le dernier jour du mois d'août. ‘ — |
La reine de Pologne était revenue de Meudon, quatre jours auparavant. La Lorraine était alors en sûreté, et le prince Chärles, profitant du trouble que la maladie de Louis. XV avait répandu parmi ses ministres ét ses généraux, avait repassé le Rhin, le 23 août, sans avoir été entamé et s'était dirigé rapidement vers la Bohème, que le roi de Prusse avait envahie à l’improviste, et sans déclaration de guerre.
Le mois de septembre fut consacré tout entier à des fêtes et à des réjouissances, et le château de Lunéville abrita successivement nombre de princes et de grands. seigneurs français. Stanislas, en revenant l’habiter, le 8 de ce mois, y amena avec lui la duchesse de Chartres et la princesse de Conti, sa mère. Le duc de Chartres y était le lendemain, et le dauphin le 21. Il s'était détourné pour visiter la saline de Rosières. Le 22, cet excelleht prince se fit voir au peuple sur un des balcons du palais et jeta de l'argent à la multitude. Il partit le 23 pour Versailles, mais ses sœurs, Mesdames Henriette et Adélaïde, le remplacérent, dans l’après-midi du même jour, et furent accueillies par deux cents jeunes filles vètues de blanc et portant des écharpes bleues. Marie Leckzinska arriva le 28, et Louis XV le lendemain. Le château était splendidement illuminé, et, pendant les trois jours que le roi y demeura, Stanislas n’omit rien de ce qui pouvait rendre agréable le séjour de Lunéville; la reine y resta même jusqu’au 7 octobre, et son père la reconduisit et ne la quitta que dans la capitale du Barrois.
Louis XV, à peine rétabli, avait résolu d’assiéger la ville de Fribourg en Brisgau, qui appartenait à Marie-Thérèse. Après avoir passé en revue la gendarmerie dans la plaine de Chanteheu, le 2 octobre, il était parti pour Strasbourg, d’où il se dirigea vers la Haute-Alsace, afin de rejoindre à Neuf- Brisach sa maison militaire, qui avait pris des cantonnements en Lorraine, en attendant la guérison du monarque. Le 25 septembre, les subdélégués des Vosges avaient reçu lordre de lever et d'envoyer en Alsace trois mille paysans robustes, pour servir de pionniers au siége de Fribourg, nouvelle infraction à la neutralité dont Stanislas entendait réclamer le bénéfice en faveur de ses états. Le siége ne fut pas long; la ville capitula le 4° novembre, et le roi retourna aussitôt à Versailles. Les trois mille pionniers, que l’on avait, aprés Ja reddition de Fribourg, chargés de démanteler les fortifications
de Vieux-Brisach, furent congédiés dans les premiers jaurs de novembre, et remplacés par quinze cents paysans” tirés des prévôtés d’Epinal, Arches, Saint-Dié, Châtel et Bruyères ; et ces derniers ne furent licenciés qu'après la démolition des rémparts de Brisach et la capitulation des châteaux de. Fri-
‘bourg, qui se rendirent seulement le 25 novembre (1). Tant que le prince Charles était resté dans le voisinage de la Lorraine, la duchesse-douairière s'était trouvée dans - la: posi-
2 tion la plus difficile. Princesse de la maison de Bourbon, elle
ne devait pas applaudir aux revers de la France, et, d’un ‘autre côté, son intérêt .et sa conscience ne lui permettaient: pas de demeurer spectatrice indifférente d’une lutte dont l'issue pouvait avoir pour résultat la ruine de sa famille. Les gentilshommes et les anciens serviteurs de son mari et de son fils affluaient au château de Commercy pour la complimenter, mais elle refusait de les accueillir ét tâchait de conserver au moins l’apparence de la neutralité (2). Elisabeth-Charlotte . d'Orléans touchait alors à la fin de sa. carrière: Aù mois de. juillet 1743, et à la suite d’une fête brillante donnée à là noblesse des environs, elle avait été frappée d’apoplexie ; on crut d'abord qu'elle ne se reléverait jamais ; cependant la ‘force de son tempérament la sauva, et, à la grande satisfaction | des habitants de Commercy, elle recouvra bientôt une partie de ses forces. Au mois de novembre 1744, il y eut encore . dans le château des réjouissances, et un festin - auquel g'assi- : rent sept ou huit cents convives; mais, le 23 décembre, une seconde attaque enleva la duchesse dans quelques heures. Le . lendemain, ses entrailles furent portées dans l'hôpital Saint- Charles (3) ; son cœur fut déposé dans la collégiale, et le-corps : ‘esta dans la chapelle du nes ont 16 février 4745.
oO V. Durivel, ibid, p. 183-186 ; l’ouv. de M. Noël, t.[, b. 240268. (2) V. l’ouv. de M. Noël, ibid., p. 265 et 264. | (8) De Commércy.
| — 239 - — | On célébra, ce jour-là, un service dans la collégiale, magnifiquenrent ‘décorée. par ‘Girardet. L'évèque de Toul voulut
: + officier lui-même, assisté des abbés de Riéval, de Saint-Beñoft- | en-Voivre, dé Bainte-Marie- au-Bois et de Saint-Léopold de . . Nancy; l’oraison funèbre fut prononcée par le Père Aubert,
de la compagnie de Jésus, et, deux jours après, le-cercueïl fut conduit à Nancy et descendu dans le caveau ducal (1).
- La princesse Charlotte, qui avait continué de résider à + Commereÿ, afin de présider.ellé-même aux funérailles de sa
mére, partit le 2 miars, et-quoiqu'’elle fût abbesse de Rémire-
. mont, elle ne fit, pour ainsi. dire, quetraverser la ville, et elle
. .. se rendit à Insprück. ‘Elle avait succédé, le. A0 mai 1738, à. . Béatrix-Hiéronyme de Lorraine-Lillebonne, et ‘Stanislas, qui
maÿait pas’ intérêt à voir cet important bénéfice entre. les mains d’une princesse lorraiñe, avait néanmoins chargé M. ‘de la Galaizière d'assister, en son nom, à l'élection et d'engager les Dames à. donner leurs-suffräges à là fille de Léopold. Cette dernière ne revit jamais son pays. ñatal, et, |
après la mort de François LIL, elle prit le parti d'aller se fixer dans les Pays-Bas autrichiens, dont son frère, le prince
Charles, avait été nommé gouverneur. Elle mourut à Mons, en 4775, et son corps rapporté en. Lorraine fut déposé. dans
le caveau -dueal, le 12 décembre. Le 93, il y eut, dans l'église .
des Cordeliers, un service auquel se trouvèrent presque tous ‘| les gentilshommes ; le peuple, ne pouvant entrer dans la nef, trop étroite pour le contenir, se fit un devoir.de rester dans la. Grand’rue, tant que dura la cérémonie, et l'abbé Bexon æaiposa ure oraison funèbre, dont le défaut de temps l'em= pêcha de donner lecture. Cet empressement des Lorrains ne fut pas seulement une espèce de: protestation contre le traité
(4) Ily eut dans l’église des Cordeliers un nouveau service, et une .
seconde oraison, funèbre y fut prononcée, le 10 mars, par le Père Cuny. V. Hist. de Sen ReRe par M. Dumont; t. Il, cp. 323-330. :
qui avait rayé leur patrie de la liste des étais indépendants; il faut y voir encore un hommage aux vertus de la princesse. Eloignée par les événements d'une contrée qu'elle aimait, Charlotte ne l’oublia jamais. Elle ne cessa d’y répandre des bienfaits, et l’on dut à sa munificence la reconstruction de l'hôtel abbatial de Remiremont, où elle dépensa des sommes
considérables (1).
Stanislas, qui h'avait entretenu que peu de relations avec la duchesse-douairiére, lui rendit les honneurs funèbres auxquels elle avait droit, sans même attendre la notification du grand-duc de Toscane. Dès le 4 janvier, il fit prendre le deuil à sa maison et envoya des lettres de cachet à la cour souveraine et à la chambre des comptes, pour leur enjoindre d'assister au service qu'il avait ordonné de célébrer à la Primatiale. Quelques jours auparavant, il avait invité l’évèque de Toul à publier un mandement prescrivant de prier, dans toutes les églises du diocèse, pour l’âme de la duchesse (2).
. Le 20 mai, le roi de Pologne visita pour la première fois le château de Commercy et le prit aussitôt en affection. Les bâtiments , les eaux, la forêt, l'aspect général du paysage lui plurent également, et, par ses ordres, on exéenta, pendant les années suivantes, les constructions et les travaux qui firent de Commercy un séjour enchanté. La belle avenue plantée par le prince de Vaudémont menait à un kiosque, soutenu par seize colonnes, et sur les côtés duquel se trouvaient deux . galeries élégantes, terminées par des pavillons en pierres de taille, dont l’un servait d'appartement, et l’autre de cuisine. Une fontaine, dont les eaux abondantes formaient une cascade, sortait du soubassement du kiosque et alimentait plusieurs bassins, entourés de charmilles artistement taillées. Les eaux de la cascade arrivaient en ce lieu, nommé la fontaine royale,
(4) V. Durival, ibid., p. 163, 165 et 188. »
(2) V. idem, ibid., p. 187.
après avoir traversé des bassins creusés devant un autre kiosque. L'architecture et les ornements de celui-ci rappe- : laient les maisons chinoises, et les baies étaient closes, si l’on peut employer une pareille expression, par de légères nappes d’eau , faisant l'office de stores. Le château, précédé d’un fer-à-cheval d’un style sévère, comme celui de l'édifice luimême, était soutenu, du côté des jardins, par une terrasse richement décorée. Deux rampes fort larges et fort commodes conduisaient dans un parterre, à l'entrée duquel on rencontrait un pont jeté sur le canal et appelé le pont d’eau, parce que les parapets étaient chargés de quatorze colonnes, revêtues d’eau et supportant un entablement splendide. Au pied de chacune, on voyait un mascaron versant dans une coquille l'eau qui simulait les colonnes, et, la nuit, des bougies enfermées dans des globes de cristal éclairaient ce pont extraordinaire. Au delà, et dans l'éloignement, on apercevait le château d’eau; pour y parvenir, on cotoyait d’abord une immense pièce d'eau, dite pièce de Neptune, au milieu de laquelle on avait placé la statue de ce dieu menant son char ; puis le cours du canal, dont les bords offraient de charmantes promenades, entre des avenues de charmilles ; puis enfin une seconde nappe d’eau, entretenue par trois cascades et huit fontaines sortant de la façade du château. Ce dernier se composait d'un pavillon assez élevé, et de deux aîles, qui dépassaient de beaucoup la largeur de la pièce d’eau ; et l'édifice, pour la décoration duquel on avait épuisé les ressources du style si fleuri du X VIT siècle, était surmonté d’une terrasse, d’où on jouissait, aussi bien que du balcon, de la vue la plus étendue et la plus riante (1). Le courtisan de Louis XV, transporté à Commercy, croyait, pour ainsi dire,
se retrouver à Versailles , et les Lorrains contemplaient avec
(4) V. Hist. de Commerey, par M. Dumont, ibid., p. 342-347 ; Recueil de Héré, t. IL, pl. 2-19.
admiration ces jardins , dont le bosquet de Lunéville, malgré son élégance, pouvait à peine leur donner une idée.
Le château de Commercy ne fut pas le seul monument agrandi et embelli par le roi de Pologne. On a mentionné déjà, deux ou trois fois, le château de la Malgrange ; ce qui a dû étonner, parce que l'on a dit plus haut que Stanislas avait fait démolir le palais ébauché par Léopold, et avait employé les matériaux à la construction de la nouvelle église de Bonsecours. Mais, bientôt aprés, on avait élevé, par ses ordres, un autre palais, dont la façade regardait l'avenue actuelle. Il avait quinze fenètres de largeur et se composait de trois espèces de pavillons réunis par deux corps-de-logis. A droite et à gauche se développaient deux portiques ou galeries couvertes. Celle de gauche conduisait à un bâtiment qui renfermait la salle à manger et le billard ; celle de droite rattachait le palais à un vaste édifice, formé d’un corps-delogis et de deux aîles, dans lequel se trouvaient la salle des gardes du corps et les logements destinés au grand-aumônier, au confesseur du roi, au maréchal, au grand-écuyer ét aux principaux officiers de la cour. La façade du palais vers l'avenue était entièrement revêtue de carreaux de fayence de Hollande bleue et blanche ; ce qui, dit-on, augmentait notablement l'effet des illuminations ; enfin, diverses salles avaient été décorées d'ouvrages en stuc par les frères Mansiaux, que nous aurons encore l’occasion de nommer. En avant et en arrière du château, on avait tracé d'admirables parterres, au milieu desquels on rencontrait, de distance en distance, des jets d’eau, des bassins de rocaille, des kiosques et des cabinets de verdure. Plus loin, entre l’orangerie et la route de Mirecourt, était le parc royal, où l’on avait ménagé de larges allées, à l'extrémité desquelles on apercevait Heillecourt, Houdemont, Vandœuvre, Nancy et le cours sinueux de la Meurthe. Stanislas séjournait souvent dans cette délicieuse habitation, surtout pendant les chaleurs de l'été. Il y venait
aussi à l’occasion de chacune des fêtes de: la Sainte Vierge, parce qu'il avait l'habitude de n’en laisser passer aucune sans communier dans l'église de Bonsecours (1); mais bien qu'il fréquentât de préférence cette dernière, il visitait néanmoins de temps en temps celle d'Heillecourt, qui était la paroisse du château. « On se souvient avec attendrissement, dit » Durival, d’avoir vu plusieurs fois le roi de Pologne, sans » gardes, porter le dais (2) ou en tenir le cordon, à la » procession de la Fête-Dieu d'Heillecourt, avec les seigneurs » de sa cour, le marquis du Châtelet-Lomont et le maréchal de Bercheni (3). »
Le château de Lunéville eut également sa part dans les travaux d'embellissement entrepris par le roi de Pologne. François Richard, horloger et mécanicien fort habile, né à Charleroy en 1678, s'était fixé à Lunéville, sous le règne de Léopold, qui l'avait employé à différents ouvrages ; mais ces derniers ne sont rien auprès de ceux qu'il exécuta pour Stanislas. On dressa près de l’aîle gauche du château, et non loin de la Vezouze, un immense rocher, sur les quinze plans duquel Richard plaça près de trois cents automates. < Sans » remuer, lit-on dans une description contemporaine, ces » figures paraissént animées ; et quand elles sont en mouve- » ment, elles donnent à la vue un spectacle qui charme et qui » amuse. On entend tout-à-la-fois des concerts d'instru- » mens, des voix humaines, des cris d'animaux, des ramages » d'oiseaux, le bruit du tonnerre et celui du canon, qui » surprennent en même temps et charment l’ouie, celui des » sens le plus difficile à contenter (4). » La description d’un
(4) V. Le château de la Malgrange, notice historique et descriptive, par M. L. Lallement, passim.
(2) Ce dais, en soie verte, avait été donné par Stanislas. Il existe encore.
(3) V. ibid., t. IL, p. 62.
(4) V. La Clef du Cabinet, an. 1733, novembre, p. 321 et suiv. Le Cd
ouvrage aussi compliqué ne doit pas entrer dans noire livre, et nous ajouterons seulement que le rocher de Lunéville était probablement le plus complet des travaux de ce genre.
Il est malheureusement impossible de nommer les édifices créés ou embellis par Stanislas sans se rappeler ceux qu'il a fait détruire. Ces démolitions faisaient murmurer; mais il faut avouer, pour être juste, qu’il existait en Lorraine un parti nombreux toujours prêt à critiquer les projets et les décisions du roi de Pologne ; soit parce que l’on ne pouvait, selon ces patriotes aveugles, rien attendre de bon d’un prince étranger à la famille de Léopold; soit parce que les formes austères et despotiques du chancelier rendaient plus dures des injonctions auxquelles on aurait obéi, sans peine, si elles eussent été conçues en termes différents. Parmi les mesures dont il s’agit, nous mentionnerons la construction de la route qui traverse le grand /ond de Toul, sur la lisière de la forêt de Haye. Ce passage extrêmement rapide était même autrefois très-dangereux, et les voyageurs redoutaient d'y ètre dévalisés par des malfaiteurs certains de trouver dans la forêt une
retraite assurée. On commença par construire dans la partie
la plus basse du vallon un aquédue, long de trois cents pieds,
large de quatre et haut de six, qui permit aux eaux pluviales
de s’écouler aisément, et sur l'aquéduc on disposa un remblai, afin que la route püt franchir l’anfractuosité, en conservant le même niveau. Les travaux indispensables furent entrepris au mois de septembre 1745, et, malgré leur utilité, donnèrent lieu à bien des plaintes (1). On feignit de déplorer le sort de beaucoup de cultivateurs obligés de quitter momentanément leurs demeures pour charrier les matériaux du remblai, et lon fit un crime à M. de la Galaizière d'avoir formé une
musée lorrain possède un beau tableau de Joly qui représente le rocher de Lunéville. | (4) V. Durival, ibid., t, I, p. 189.
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entreprise que lon aurait portée aux nues si elle avait été exécutée par Léopold.
__ On n’accueillit pas mieux une déclaration de Stanislas, datée du 27 juin 1746, et qui, interprétant une clause de l'édit du 30 juin 1738, disposait que la discussion générale des biens possédés par le même débiteur, tant en Lorraine qu’en France, aurait lieu devant les juges de son domicile (1). Ilétait évident pour toutes les personnes non prévenues que la déclaration, conséquence nécessaire de l'édit de 1738, devait être suivie d’une autre déclaration émanant du roi de France et établissant la réciprocité ; mais comme Louis XV n'avait pas encore signé l’acte, la cour souveraine, qui n’était pas fâchée de mortifier le chancelier, ne voulut pas se contenter de la promesse formelle que renfermait le préambule, et adressa, le 20 juillet, à M. de la Galaizière des remontrances, qui, sous une forme respectueuse, étaient injurieuses pour les deux rois. Stanislas, mécontent, expédia à la cour, dans le mois de septembre, des letires de jussion. Les magistrats, alléguant que l'enregistrement devait aÿoir lieu par les chambres assemblées, et non par la chambre des vacations, . refusérent de prendre connaissance des lettres avant le 17 novembre, et, au lien de procéder à l'enregistrement, ils firent d'itératives remontrances, qu’ils chargèrent une députation de
= porter au roi de Pologne ; tant il est vrai que le noble senti-
ment du patriotisme peut souvent dégénérer et engendrer les plus graves abus. Stanislas ne consentit pas à recevoir la députation et fit seulement introduire le premier-président, auquel il affirma qu’il forcerait le chancelier de France « à » exécuter la réciprocité promise, et qu’autrement la dé- » claration cesseroit d’avoir lieu dans ses états ». En même temps, le roi enjoignit à M. Alliot-de partir pour Versailles, dans le but d’arranger immédiatement l'affaire. Toute résis-
(4) V. Rec. des ord., t. VI, p. 93.et 125.
tance ultérieure de la cour devenait incompréhensible, puisque l'enregistrement auquel on lui demandait de procéder était purèment conditionnel, et que la disposition , source de tant de difficultés, devait être considérée comme non-avenue, dans le cas où Louis XV ne consentirait pas à accorder la satisfaction que l’on désirait. Les magistrats firent néanmoins de nouvelles tentatives pour négocier avec Stanislas, à l'insu du chancelier ; mais on Jeur annonça que le roi était irrité et disposé à donner à la cour des marques de son indignation, si elle continuait à résister. Les magistrats se décidèrent enfin à obéir et enregistrèrent la déclaration , le 5 janvier 1747, en faisant observer néanmoins que c'était « du très-exprès com- » mandement du Roy », et en ajoutant que l'on réitérerait, dans tous les temps, très-humbles et très-respectueuses remontrances audit seigneur Roy, pour qu'il lui plût ré- » voquer ladite déclaration ». De pareilles réserves déplurent à Stanislas, et le conseil d'état rendit, le 30 janvier, un arrêt supprimant les réserves et ordonnant de les biffer sur le registre , attendu , lisait-on dans le préambule, qu’il importait « d'effacer avec éclat un monument qui, s’il subsistoit, » laisseroit des traces d’une prétendue violence si contraire
» aux intentions du Roy ». Le procureur-général fit exécuter
les volontés du chancelier, biffer les réserves de la cour et transcrire en marge l'arrêt du conseil, dont un exemplaire fut adressé à chacune des juridictions inférieures. La chambre des comptes, plus prudente cette fois, avait enregistré la déclaration dès le 31 décembre, avec mention de la promesse faite par Stanislas, et l'événement se chargea de démontrer combien les craintes vraies ou prétendues de la cour souveraine étaient mal fondées ; car Louis XV publia, le 9° avril 4747, la déclaration qui concédait aux magistrats lorrains les droits précédemment reconnus aux magistrats français (1).
(1) V. Durival, ibid., p. 19 ; l'ouv. de M. Noël, t. 1, p. 271-274.
Les préoccupations que lui causaient la guerre et ses démélés avec les compagnies souveraines n’empêchaient pas le roi de Pologne d'augmenter le nombre de ses fondations charitables. Le 15 juillet 1746, il donna une somme assez forte pour agrandir les bâtiments de la maison de charité de Lunéville ; l’année suivante, il commença la construction d’un vaste corps-de-logis attenant à l'hôpital Saint-Julien, et dont la belle façade orne la rue du même nom, qui est malheureusement bien étroite et bien déserte ; en sorte que cette façade est, pour ainsi dire, ignorée. Le nouvel édifice fut destiné au logement de vingt-quatre pauvres enfants orphelins : douze garçons et douze filles. Les premiers devaient être, à leur entrée, âgés de neuf à douze ans, les secondes de huit à dix ; ils passaient dans l'hôpital quatre années, pendantlesquelles on leur enseignail les principes de la religion, la lecture et l'écriture ; on leur apprenait un métier ; ils recevaient, à leur sortie, les garçons trois cents livres, les filles cinq cents, et on procédait à leur remplacement par la voie du sort. Le 27 novembre, le roi fit une autre fondation, dans le même hôpital, en faveur des enfants de ses domestiques (4); le 31 mai 1748, il approuva l'association formée par trente dames distinguées, qui, sous le nom de dames de charité et sous la direction des curés, contraciaient l'engagement de visiter et de secourir à domicile les indigents de la ville neuve de Nancy (2) ; le 7 juin, il constitua une rente perpétuelle de trois mille six cents livres de France applicable, dans les proportions ci-après, aux pauvres malades des villes et villages dans lesquels ou près desquels se trouvaient les résidencee royales : Nancy, dix-huit cents livres; Heillecourt, cent; Vandœæuvre, cent; Jarville, cent; Lunéville, six eents; Chanteheu, cent; Jolivet, cent ;
(4) V. Rec. des ord., ibid., p. 98, 138 et 173: Rec. des fond., p. 25- 32 et 62-68.
(2) V. Rec. des ord., ibid., p. 202.
Einville, trois cents, et Commercy, quatre cents (1); le 47 septembre, il publia une déclaration, qui indiquait les mesures à prendre contre Îes contagions et les épidémies, et décidait qu'il serait accordé des indemnités aux personnes dont les maisons auraient été dévorées par l'incendie (2) ; enfin, le 44 . du mème mois, il avait fondé douze bourses, dans le collége annexé à l’université de Pont-à-Mousson, pour autant de jeunes gentilshommes que la médiocrité de leur fortune aurait privés du bienfait d’une éducation libérale (5).
L'année précédente , il: avait été frappé par un grand malheur domestique. Son épouse, Catherine Opalinska, fille de Stanislas Opalinski dont les ancêtres appartenaient à la famille royale des Piasts, tomba malade et fut en peu de jours réduite à l'extrémité. Le 19 mars, comprenant que sa fin “approchait, elle appela le roi; elle Jui dit : « Enfin, c'en est fait ; adieu donc pour toujours, mon cher ami », et elle rendit l'esprit, une heure après, en murmurant les paroles suivantes : € Mon Dieu, vous m'avez donné une âme, ayez-en pitié ; je la remets entre vos mains ». Catherine était âgée de soixante-six ans et quelques mois, et il y avait cinquante années qu’elle avait épousé Stanislas. Etrangère aux mœurs de l’Occident, elle pe prit aucune part aux évènements politiques, depuis son départ de la Pologne; elle menait, d’ailleurs, une vie assez retirée; mais elle était compatissante et charitable, et les pauvres des lieux où elle résidait la pleurèrent amérement, Le 20 mars, son corps fut exposé, pendant la plus grande partie de la journée, aux regards de la foule, et, le soir, on le ptaça sur un char funèbre et on le transjorta dans l’église de Bonsecours. Il fut descendu dans le caveau, après un simple service; mais il y én eut un autre très-solennel, le 49 mai, et
(4) V. ibid., p. 220; Rec. des fond. p. 81-84. (2) V. Rec. de ord., ibid., p. 230 ; Rec. des fond. p. 324. (3) V. Rec. des ord. +4 ibid. ., p. 261.
l’abbé Clément prononça l’oraison funébre de la reine. Le roi
- fit célébrer des sérvices pour elle dans toutes les églises de la Lorraine et du Barrois, et confia à Nicolas-Sébastien
Adam, second fils du sculpteur dont nous avons parlé, le soin
d'élever à Catherine Opalinska un mausolée digne d’elle (4).
Adam remplit l'attente de ceux qui le regardaient comme un des premiers artistes de son temps, et le tombeau de la reine
de Pologne a toujours passé pour un chef-d'œuvre. Il occupe le côté oriental du chœur, sur une largeur de dix-huit pieds et une hauteur de.trente. Câtherine, agenouillée sur un sarcophage de portor, vient de déposer le sceptre et la couronne;
un ange lui annonce que les épreuves de la vie sont terminées pour elle et lui montre le ciel, où elle va recevoir la récom-
pense due à ses vertus. L’aigle de Pologne, sortant de dessous le sarcophage, paraît vouloir s’envoler. pour accompagner la reine. Derrière ce groupe, se dresse une pyramide, supportant une urne funéraire, à laquelle sont attachés des festons de cyprès, qui descendent sur un écusson armorié et le cachent à moitié. À droite et à gauche de la pyramide, on voit deux cassolettes fumantes. Ce monument repose sur un socle composé d’un avant-corps, contre léquel est fixée une
inscription latine, aussi simple qu’éloquente, et de deux arrière:
corps embellis par des médaillons représentant la religion
et la charité. L'ange, la reine, l'aigle et les médaillons sont en
marbre blanc, et les diverses parties du mausolée en marbre
de couleurs variées et du plus haut prix.
Vis-à-vis, sur la face occidentale du chœur , se trouvait la tribune dans laquelle le roi prenait place lorsqu'il assistait à l'office divin dans l’église de Bonsecours, en sorte qu'il avait fréquemment sous les yeux le tombeau de son épouse, et ne pouvait oublier le néant des grandeurs humaines. On avait tâché, du reste, de l’arracher le plustôt possible aux tristes
(1) V. Durival, ibid., p. 192 et 493.
pensées qui l’obsédaient ; on le conduisit successivement dans les châteaux qu’il aimait le mieux, et on multiplia pour Jui les distractions. La chose était facile, car la cour de Stanislas était une des plus brillantes qu'il y eût en Europe. On n'y comptait pas, il est vrai, comme dans celle de Léopold, une foule de nobles appartenant aux illustres familles de l’Ancienne Chevalerie. Plusieurs de ces familles s'étaient éteintes depuis le commencement du XVIIT siècle ; d’autres avaient pris le parti de s'établir soit à Paris, soit dans différentes villes de France ; et Chevrier affirme que, vers le milieu de ce siècle, les maisons de l’Ancienne Chevalerie devenaient si rares, que les quatre chapitres nobles de Bouxières, Epinal, Poussay et Remiremont se remplissaient de dames allemandes, les seules, pour ainsi dire, qui fussent en état de faire les preuves exigées pour la réception (1). Les vieilles familles lorraines avaient été remplacées par des gentilshommes français, allemands et polonais, à côté desquels figuraient des artistes, des savants, des hommes de lettres, et même quelques-uns de ces écrivains qui se décoraient du beau nom de philosophes.
Stanislas aimait les arts et les cultivait lui-même avec succés ; il était musicien et peignait au pastel. On a dit plus haut qu’il entretenait continuellement à son service un grand nombre d'architectes, de peintres, de sculpteurs et de musiciens ; mais, non content de répandre ses bienfaits sur tant d'hommes dont les travaux ont immortalisé sa mémoire, il accueillait avec bienveillance les artistes qui se bornaient à traverser Lunéville ; il leur faisait souvent des commandes et les récompensait généreusement. Les savants n’étaient pas moins bien reçus, et le docte Schæpflin quittait de temps en temps sa studieuse retraite pour venir résider près du roi de
(4) V. Hist. de Lorr., t. IV, p. 188 et 189.
Pologne (1). Montesquieu séjourna pendant quelques semaines à Lunéville, en juin et juillet 1747. Il y avait été amené par Madame de Mirepoix, et, de retour à Paris, il écrivait à l’abbé de Guasco : «. J'ai été comblé de bontés et d’honneurs à la » cour de Lorraine, et j'ai passé des momens délicieux avec » le roi Stanislas » (2). On y vit également Maupertuis, ainsi que le fameux Helvétius, qui était alors aussi pieux qu'il devint incrédule dans la suite, et dont le mariage avec Mademoiselle de Ligniville fut célébré chez Madame de Graffigny, fille d’un sieur d’Isembourg, major dans les gardes de Léopold, et d’une petile-nièce du célèbre Jacques Callot (3).
Une visite plus étonnante fut celle de Voltaire. Cet écrivain avait déjà, en 1754, cherché un asile en Lorraine, puis dans le château de Cirey, placé près de la frontière du Barrois et appartenant à la marquise du Châtelet. Il resta assez longtemps dans ce dernier lieu, et beaucoup plus tard, en 1748, il accepta l'offre que lui fit la marquise de le mener à la cour de Stanislas. Le poète, qui était inquiété à Paris, se mit en route sur-le-champ et arriva au château de Lunéville-vers la fin de janvier. En abordant le roi, il lui présenta un exemplaire de la Henriade et lui dit :
« Le Ciel, comme Henri, voulut vous éprouver.
» La bonté, la valeur à tous deux fut commune ;
» Mais son bonheur enfin fit changer la fortune, » Que votre vertu sut braver. »
Le monarque, flatté d’un compliment aussi délicat, donna
(1) La bibliothèque de la ville de Nancy possède un exemplaire, magnifiquement relié, du premier volume de l’A/satia iHlustrata qui fut présenté par Schæpflin au roi de Pologne, ainsi que le rappelle l’Aommage inscrit sur une des gardes.
(2) Lettre du 17 juillet 1747, dans les OEuvres de Montesquieu, édit. de 1767, t. III, p. 679 ; v. aussi une lettre du 30 mai, ibid., P- 677.
(3) V. Durival, ibid., p. 189.
à l’auteur un logement somptueux dans son propre palais, et répondit aux personnes qui l’engageaient à se défier de Voltaire, dont les discours étaient devenus très-mesurés : « C'est lui-même et non-pas moi qu'il fait dupe du rôle qu'il joue. Son hypocrisie du moins. est un hommage qu'il rend à la vertu. Et ne vaut-il pas mieux que nous le voyions hypocrite ici que scandaleux ailleurs ? » Voltaire se plaisait à Lunéville et se louait des prévenances dont il était l’objet. « Me voici, écrivait-il à M. d’Argenson, dans un beau palais, » avec la plus grande liberté (et pourtant chez un roi), avec » toutes mes paperasses d'historiographe, avec Madame du » Châtelet. (1) » Il écrivait à D’Argeñtal : « En vérité, ce » séjour est délicieux ; c’est un château enchanté dont le » maître fait les honneurs. On va tous les jours dans un » kiosque ou d’un palais dans .une cabane ; et partout, des » fêtes et de la liberté... Il (le roi) m'ordonne de vous prier » de sa part de venir le voir. Vous serez bien à votre aise ; il » vous fera bonne chère ; c’est le seigneur de château qui fait » assurément le mieux les honneurs de chez lui. Je vois déjà » votre philosophie effarouchée , mais si vous avez quelque » idée du rai de Pologne, elle doit s’apprivoiser (2). » Plein d'une admiration presque involontaire pour ce prince, il disait : « J'ai trouvé le vrai sage qui se prépare à la gloire » des saints en faisant le bonheur des hommes » ; mais Stanislas, ayant appris que le philosophe cherchait à répandre secrêtement ses principes (5), lui témoigna beaucoup de froideur ; Voltaire feignit de ne pas s’en apercevoir, et le roi
(1) Lettre du 19 juillet 1748.
(2) Lettre du 2 août 1748.
(3) Voltaire fit même imprimer quelques-uns de ses ouvrages en. Lorraine. L’édition-princeps de Zadig sortit des presses de Leseure, et le même lypographe imprima un pamphlet contre le Journal de Trévoux, et la cinquième édition du panégyrique de Louis XV. La quatrième édition avait été donnée, à Bar-le-Duc, par le typographe Briflot.
demanda à M. Alliot de lui faire connaître le moyen de se délivrer d'un hôte si incommode. « Sire, lui répondit l’in- » tendant, Hoc genus dæmoniorum non ejicitur nisi in » oralione et jejunio. » Comme la prière n'aurait probablement pas été trés-utile, Alliot employa immédiatement le jeûne et défendit de fournir des vivres au poête. Si Voltaire avait voulu aller s'asseoir à une des tables qui étaient servies, tous les jours, aux dépens da roi, il aurait pu déjouer le plan dressé contre lui ; maïs comme il avait la prétention de manger dans sa chambre, H ne tarda pas à être réduit à l'extrémité, et le 29 août, à neuf heures, à neuf heures un quart et à neuf heures trois quarts du matin, il écrivit trois billets pour réclamer l'envoi du repas qui se faisait attendre si longtemps. Les deux premiers billets, remis à M. Alliot, demeurèérent sans réponse ; mais dans le troisième, destiné au roi lui-même, Voltaire employa un argument auquel Stanislas n'eut pas le courage de résister. « Sire, lui disait le philosophe, il faut » s'adresser à Dieu quand on est en paradis. Votre Majesté » m'a permis de venir lui faire ma cour. Elle sait que je suis » très-malade, et que des travaux continuels me retiennent » dans mon appartement autant que mes souffrances. Je suis » forcé de supplier Votre Majesté qu’elle ordonne qu’on » daigne avoir pour moi les bontés nécessaires et eonvenables » à la dignité de sa maison. Les rois sont , depuis Alexandre, » en possession de nourrir les gens de lettres, et quand » Virgile était chez Auguste, Alliotus, conseiller aulique » d’Auguste, faisait donner à Virgile du pain, du vin et de la » chandelle. Je suis malade aujourd'hui, -et je n'ai ni pain, ni .» vin, pour diner. » |
Stanislas, estimant que la plaisanterie avait été poussée assez loin, enjoignit de porter à. Voltaire ce dont il avait besoin, et étant parti pour Paris, quelques jours après, H emmena le poête avec lui, espérant s'en débarrasser de cette manière. Il connaissait mal son hôte. Voltaire revint, avee le
roi, au château de Lunéville et y demeura encore pendant plusieurs mois, jusqu'au décès de la marquise du Châtelet, qui mourut, des suites d’une grossesse, dans le petit appartement de la feue reine de Pologne. L'auteur de la Henriade, qui vivait depuis longtemps dans une intimité scandaleuse avec la marquise , parut inconsolable de sa perte (1), quoiqu'il n’en fût certainement pas l’auteur, et que la charmante Emilie lui eût donné des rivaux. Un des biographes de Voltaire dit que Stanislas essaya de le retenir dans son palais; mais nous n’en croyons rien, et nous pensons que le philosophe ne rencontra aucun obstacle lorsqu'il se décida à retourner à Paris, où il rentra le 40 octobre 1749 (2).
La Lorraine devait le revoir, quelques années plus tard. Après avoir séjourné à Berlin et s'être brouillé avec le roi de Prusse, il habita momentanément Colmar et quitta cette ville, au mois de juin 1754, pour aller prendre les eaux à Plombières. En 4748, peu de jours après son arrivée à Lunéville, il avait conçu le dessein d'aller trouver Dom Calmet, dans son abbaye de Senones, et il lui écrivait, le 13 février : « Je préfère, Monsieur, la retraite à la cour et les » grands hommes aux rois. J'aurais la plus grande envie de » venir passer quelques semaines avec vous et vos livres... » Je ne veux pas avoir à me reprocher d'avoir été si près de » vous et de n'avoir point eu l'honneur de venir vous voir. .» Je veux m'instruire avec celui dont les livres m'ont formé » et aller puiser à la source ; je vous en demande la permis- » sion. Je serai un de vos moines. Ce sera Paul qui ira » visiter Antoine. » Différentes circonstances empéchèrent Voltaire de réaliser son projet ; mais en 4754, étant pour
‘ (4) Durival assure que Stanislas eut la bonté de se rendre trois fois u dans la chambre de M. de Voltaire, pour calmer son extrême affliction ».
(2) V, Durival, ibid., p. 496; Proyart, ibid., p. 417 et 418 ; Vie de Voltaire, par Lepan, p. 52, 34, 47, 69, 70 et 73 ; Le Correspondant, t. IX, p. 865-866.
ainsi dire à la porte de Fabbaye, il résolut d'y entrer, et comme il reçut une lettre qui lui annonçait la présence à Plombiéres de deux de ses ennemis, il resta trois semaines à Senones, afin de donner à ces personnages (1) le loisir de s'éloigner. « Il employa tout ce temps à converser avec Dom » Calmet, dit le biographe de ce dernier, ou à travailler dans » la bibliothèque. Ces deux savans hommes se témoignèrent » une estime réciproque, et si Dom Calmet admira le grand » savoir et le bel esprit de M. de Voltaire, celui-ci à son tour ne put refuser à Dom Calmet le respect que sa vertu, l'étendue de ses lumières et sa rare modestie méritoient. » La conduite que tint M. de Voltaire tout le temps qu’il » séjourna en l’abbaye de Senones rend témoignage à la vé- » nération qu'il avoit pour le chef qui la gouvernoit. Il y » vécut en quelque sorte en religieux, n’ayant voulu, pendant tout ce temps-là, manger qu'au réfectoire et ne converser qu'avec les religieux. Il assista le jour de la Fête-Dieu à la procession et à tout l’office, qui se fait » avec beaucoup de pompe et de majesté, ayant témoigné » être salisfait de cette cérémonie (2). » Ces démonstrations hypocrites n’avaient d'autre but que d'engager les bénédictins de Senones à préparer des matériaux pour l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, ouvrage dont Voltaire s’occupait alors. Dom Calmet lui avait, sans le vouloir, fourni les éléments de plus d’un livre impie, en ramassant dans son commentaire sur la Bible les objections faites contre l'Ecriture-Sainte par les incrédules anciens et modernes; cette fois, les religieux de Senones eurent la simplicité de mettre à contribution leur riche bibliothèque pour. aider le philosophe à achever une
production trop connue; Dom Fangé, neveu de Dom Calmet,
(1) Maupertuis et La Condamine.
(2) V. La vie du Très-Révérend Père Dom Augustin Calmet, par Dom Fangé, p. 142-146 et 176.
et qui devait lui succéder, déploya surtout une complaisance extrême et donna à Voltaire le droit de lui écrire plus tard : « Vous souvenez-vous du temps où vous montiez si agilement » àl’échelle pour me dénicher un livre ou pour me montrer la » page dont j'avais besoin ? » (1) Pendant qu'il usait et abu- sait d'une hospitalité si généreusement accordée, il écrivait à ses amis : « Je vous sacrifierai bien gaîment le fatras d’erreurs dont » je suis entouré... Vous me laissez faire un long noviciat » dans ma Thébaïde. Je suis comme une fille passionnée qui » s’est jetée dans un couvent, en attendant que son amant » puisse l'enlever. Voilà qui est bien plaisant d’être au » couvent et de dire Benedicite..….. Le commerce des Pères » de l'Eglise et des savans du temps de Charlemagne ne vaut » pas le vôtre... J'ai passé un mois avec un Bénédictin de » quatre-vingt-quatre ans qui travaille encore à l’histoire. On » peut s'y amuser quand l'imagination baisse. Il ne faut point » d'esprit pour s'amuser des vieux événemens ; c’est le parti » que j'ai pris. J’ai attendu que j'eusse repris un peu de santé » pour m'aller guérir à Plombières. Je prendrai les eaux en » n’y croyant pas, comme j'ai lu les Pères... Ne dites pou » de mal des livres de Dom Calmet.
__» Ses antiques fatras ne sont point inutiles ; » Il faut des passe-temps de toutes les façons, » Et l’on peut quelquefois supporter les Varrons, » Quoiqu’on adore les Virgiles (2). » |
Il parut néanmoins se repentir plus tard d’avoir déchiré dans ses lettres ceux dont il avait mangé le pain; il leur donna des livres pour leur bibliothèque; il adressa à Dom Fangé des épitres flatteuses, et en 1757, lorsque la mort enleva l'historien de la Lorraine, Voltaire improvisa les vers
(4) Lettre du 14 juin 1757.
(2) V. Le Correspondant, ibid., p. 866-869.
suivants, qui furént gravés au-dessous du portrait de Calmet :
«Des oracles sacrés que Dieu daigna nous rendre » Son travail assidu perça l'obscurité ;
» fit plus : il les crut avec simplicité,
.» Et fut par ses vertus digne de les entendre »..
Le poëte ne fut pas aussi reconnaissant envers Stanislas et parut avoir oublié complètement l'hospitalité qu’il avait reçue dans le château de Lunéville. Il'eut cependant plus d’une fois l'occasion de brûler un encens dont il était si prodigue envers les. souverains et les personnes qui pouvaient lui être utiles ; car Stanislas, non content de rédiger quelques fragmerits de mémoires, céda à la tentation de composer divers ouvrages, et Durival, ordinairement bien informé , assure que Voltaire conseilla au roi de Pologne de donner au public les productions de sa plame (4). La plupart de ces écrits roulent sur la philosophie, les règles du gouvernement et l'économie politique, qui commençait à devenir de mode. Le roi avait adopté avec empressement plusieurs maximes de-cette science, dont les adeptes affichaient modestement la prétention de réformer l'univers, et il crut servir les Lorrains en détruisant partiellement leurs anciennes institutions, pour leur en substituer de nouvelles qui étaient loin d’avoir la même valeur.
Au nombre des changements qui eurent lieu, vers cette époque, sans profit pour l'état, ni pour le prince, il faut ranger la réorganisation de l'administration forestière. Un édit publié au mois de décembre 1747 supprima les offices des six grands-maîtres des eaux et forêts et les soixantequatorze grueries entre lesquelles était divisé le territoire de la Lorraine et du Barrois. On créa, pour tenir lieu de ces | juridictions, quinze maîtrises, et le sieur Gällois, conseiller d'état, fut chargé, en 1756, de remplir seul les fonctions de
(1) V. ibid., p. 200. | T. VL | | 17
grand-maître (1). Un édit du 27 septembre 1748 disposa que dans la Lorraine allemande les actes et contrats seraient rédigés en français, à peine de nullité (2) ; mais pendant que l'on semblait vouloir rendre notre pays plus homogène, si l'on peut employer une pareille expression, on laissait re-, mettre en vigueur la coutume locale de Blâmont, qui n’était plus connue de personne, même dans cette ville (3).
Le commerce, sujet habituel de méditations pour les économistes, dépérissait en Lorraine, à cause des guerres et d’autres circonstances, et Stanislas, croyant qu’un état ne peut vivre privé de cette source de richesse, cherchait les moyens de la faire renaître. Après bien des réflexions et des projets, il donna à la corporation des marchands de Nancy une somme de cent mille livres tournois, qui devait être prêtée, par parties, aux négociants dont les affaires étaient embarrassées. Elle produisait un intérêt de deux pour cent, qui.servait à accroître le capital. La fondation était du 30 mai 1749, et dès le 45 mai.1752 le roi porta l'intérêt à cinq pour cent, sur la demande des commerçants eux-mêmes, effrayés, sans doute, de la concurrence de confrères empruntan! des sommes plus ou moins fortes à un taux aussi bas (4). Un remède plus efficace fut le rétablissement de la paix. Malgré le gain des batailles de Fontenoy, de Raucoux:et de Laufeld, malgré les victoires du roi de Prusse, malgré les succès des Français et des Espagnols en Italie, Louis X V et ses alliés désiraient voir finir la guerre. Il était évident que le but que l’on se proposait en la commençant ne pouvait plus. être atteint, et qu'il fallait renoncer à l'espérance de démembrer la monarchie autrichienne. Le roi d'Espagne était las de faire des sacrifices ; Frédéric ne demandait que la cession de la
(1) V. Rec. des ord., t. VII, p. 177 et 189.
(2) V. ibid., p. 241.
(3) V. ibid., p. 45.
(4) V.ibid., p. 32; Rec. des fond., p. 102-108.
Silésie ; l’empereur Charles VII était mort, le 20 janvier 4745, et son fils, Maximilien-Joseph, auquel le roi de France aurait voulu assurer la couronne impériale, s'était hâté de traiter. avec Marie-Thérèse, lui avait promis sa voix pour le grandduc de Toscane et avait reconnu la légitimité du vote de la Bohème, que l’on avait refusé d'admettre lors de la précédente élection. Louis XV fit quelques tentatives pour empêcher, où du moins retarder la réunion de la diète; mais François IIE, à la tête d’une armée nombreuse, couvrit Francfort, contraignit le prince de Conti à repasser le Rhin et fut proclamé empereur, le 45 septembre. Cet évènement avait augmenté l’envie qu’on avait des deux côtés d'en venir à un accommodement, et un congrès, ouvert à Bréda, et tenu depuis à Aix-la-Chapelle, réussit enfin à terminer ce difficile ouvrage. La convention définitive fut signée le 18 octobre 1748. Elle ne changea rien aux limites de la Lorraine, et présenta à Stanislas l’occasion d'offrir une hospitalité généreuse au prince Charles-Edouard, petit-fils du malheureux Jacques IT roi d'Angleterre. Il paraît qu’il y avait dans le traité d’Aix-la-Chapelle un article secret concernant ce prince ; car Louis XV, après lui avoir conseillé, puis enjoint, inutilement, de quitter la France, le fit transporter au delà des frontières. Ce fut à Lunéville que Charles-Edouard trouva un asile, mais il fut obligé de garder l’incognito pour ne pas donner d'ombrage à l'Angleterre. Il séjourna en Lorraine à diverses reprises, pendant le cours des’ années 1749 et 1750, et passa encore à Lunéville au mois de jain 4756 (1). On vit avec grand plaisir rentrer dans notre pays les neuf bataillons de milice, ainsi que les régiments Royal-Lorraine et Royal-Barrois ; ils furent tous licenciés, comme on l’a dit plus haut, et le régiment des gardes lorraines, réduit à deux faibles bataillons, vint tenir garnison à Lunéville, où il remplaça trois compagnies de bas-officiers invalides, qui
: (4) Y. Durival, ibid., p. 200 et 201.
partirent [es deux premières pour Arras, et l'autre pour Besançon. On fut ainsi déchargé de l'entretien de treize bataillons ; auxquels il fallait fournir l'habillement et l’équipement, objets pour lesquels on avait levé, au mois de janvier 4748, une somme de cent onze mille cent trente-sept livres quatorze sous tournois (1). Il était bien urgent, d’ailleurs, que les hommes enlevés à l’agriculture par tant de recrutements retournassent dans les campagnes, où l'on manquait de bras. Les terres négligées ne produisaient plus des récoltes aussi abondantes qu'autrefois, et le prix des denrées s'était élevé progressivement. Le 6 juillet 4746, un affreux orage, mêlé de grèle, avait ravagé la partie orientale de la Lorraine, depuis Lunéville jusqu'aux montagnes qui la séparent de l'Alsace. La récolte fut presque complètement perdue dans les prévôtés de Lunéville, Bémont, Badonviller, Fénétrange, Lixheim, Bitche et Sarrewerden. Les rivières et les ruisseaux, enflés par une pluie torrentielle, débordèrent subitement, emportèrent les foins qui étaient eoupés, et couvrirent de boue et de gravier les prairies dont la récolte était sur pied. Le dégât fut estimé à quinze cent mille livres, et le roi s'empressa de secourir les communautés qui avaient le plus souffert, eu ordonnant de leur distribuer, pour les semailles d'automne, dix mille saés de froment tirés des. greniers d’abondance formés par. Léopold (2). L'année 1749 fut encore plus malheureuse. Le 1° juin, une gréle d’une grosseur extraordinaire dévasta le territoire de Bar-le-Due et quelques autres lieux ; la pluie entraîna dans les vallées la terre des meilleurs vignobles ; à Bar, il y eut des maisons renversées par la violence des courants, et à Resson plusieurs personnes furent noyées. La récolte de 1748 avait été médiocre, et celle de 1749 ne semblait pas devoir être plus.
© (4) V. idem, ibid., p. 473, 195 et 197.
(2) V. Rec. des ord., ibid., p. 103.
abondante. Le mois de juin fut extrémement fâclieux ; il y eut même des gelées assez fortes le 23, le 24 et le 25. La disette se fit sentir dans la vallée de la Sarre, dans les Vosges, où l’on ne récolte pas beaucoup de blé, et, chose extraordinaire, dans le comté de Vaudémont, que l’on regarde, à juste titre, comme le grenier de la Lorraine. Il y eut des émeutes dans différents endroits, et l'on fut obligé de prendre des mesures pour soulager les laboureurs, et notamment de faire cesser les travaux de la route de Toul, qui s FR CEIRt au moyen de corvées (1).
(14) V. Durival, ibid, p. 194 et 198.