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CHAPITRE II

L EPISODE THURGOVIEN.

La fin piteuse de l'équipée de Strasbourg, et surtout les protestations de reconnaissance et de repentir, adressées humblement à Louis-Philippe par Louis Bonaparte, avaient pleinement rassuré le gouvernement français.

Le prétendant fut promené en Amérique et mis en liberté sans condition. On le redoutait si peu que, lorsqu'au mois de janvier 1837, il aborda en Angleterre et voulut se rendre en

Suisse, auprès de sa mère malade, l'ambassadeur de France , M. le général Sébastian i lui procura de très-bonne grâce un passe-port.

Si le nom de Napoléon ne constitue pas au profit de ses neveux un titre à l'empire de la France, c'est du moins, pourvu qu'on se résigne à le porter avec une modestie pieuse, une recommandation puissante en tout pays.

Louis -Napoléon Bonaparte l'éprouva de bonne heure. En 1815 la reine Hortense avait trouvé un asile honorable dans le canton de Thurgovie. Elle s'était établie au château d'Àrenenberg. L'enfance et la jeunesse du prince Louis s'écoulèrent dans cette belle résidence.

Tant qu'il parut accepter paisiblement son sort, et se dispenser des soinè sublimes auxquels la Providence ne l'avait pas destiné , la Suisse lui prodigua des marques d'intérêt et de sympathie. 11 reçut de la commune de Salenstein, le droit de bourgeoisie et de la société fédérale des carabiniers de Thurgovie, le titre de président. Enfin l'Etat de Berne

— ttlni donna le grade de capitaine d'artillerie, juste récompense du zèle qu'il avait déployé aux exercices du camp de Thun, et du talent de compilateur exact , dont il et fait preuve dans son Manuel d'artillerie pour la Suisse.

Les républicains de Thtirgovie et de Berne ne se doutaient guère qu'ils réchauffaient sous leur tente* qu'ils enhardissaient, par ces honneurs tnodestes mais touchants, un ern* pereur de fantaisie. Les miliciens du camp de Thun eussent été saisis d'un fou rire, si on leur eût signalé dans cette vocation affec-tée par Louis Bonaparte pour l'arme de l'artillerie, l'arme du vainqueur de Toulon, le premier symptôme de la manie qui le porte à suivre en toute chose les traces banales de son oncle.

L'échauffouréé de Strasbourg avait fait un éclat scandaleux, mais éphémère. Toutà coup, dans le cours du premier semestre de 1838, un manifeste de parti, publié par l'un des conjurés de Strasbourg, apprit à la France

que le prétendant était incorrigible et opiniâtre.

Louis Bonaparte n'est pas l'auteur de la Relation historique des événements du 30 octobre 1836. Mais cette brochure, composée sous ses yeux, parut avec son agrément. L'apologie du prétendant fut déférée à la cour des pairs ; les juges eurent entre les mains le manuscrit, et remarquèrent que plus d'une page avait été remaniée par le prince. Sa modestie ne s'était point effarouchée de cet éloge dont la postérité cherchera vainement le sens :

« La destinée avait permis que, dans la fa- « mille de l'Empereur, il se trouvât un hé- « ritier de ce grand nom, qui eût les épaules « assez larges pour soutenir le poids de vingt « ans de malheurs et le fardeau, bien plus « lourd encore, d'un avenir qu'il lui fallait « conquérir peu à peu par son mérite et son « courage (1). » Répétons que c'est bien du

(1) Relation des événements du 30 octobre 1856. — Le prince Napoléon à Strasbourg, 1838, p. 8.

prince Louis qu'il s'agit dans ce passage.

L'héritier du nom de Napoléon proclamait donc de nouveau la légitimité de ses prétentions au trône de France. C'est pourquoi, le T r août 1838, l'ambassadeur français demanda expressément au directoire fédéral qu'il fût tenu de quitter le territoire helvétique.

La démarche était brusque ; le ton de la note diplomatique, impérieux. A la façon dont le gouvernement français entama et conduisit cette négociation, on sent le violent dépit d'avoir été abusé par Louis Bonaparte.

M. Mole, alors ministre des affaires étrangères, a honte d'être importuné de nouveau par un adversaire que la clémence du roi et la risée universelle ont vainement châtié.

Malheureusement , des démêlés antérieurs qu'il est inutile de rappeler pour l'honneur de la diplomatie, avaient froissé la fierté de la Suisse. Le sentiment d'indépendance nationale était monté au plus haut degré d'irri lation et de susceptibilité.

Le vorort siégeait alors à Lucarne. La note de l'ambassadeur de France ayant été présentée à la diète, le député de Thurgovie n'attendit pas que son État l'eût muni d'instructions. sur cette affaire soudaine. Il prit fait et cause pour le bourgeois de Salenstein, et le réclama comme un de ses concitoyens.

Il fut facile de prédire, dès cette première séance, que la querelle allait s'envenimer, à moins que le prince Louis ne fit son devoir et ne se retirât, de peur de devenir une cause de discorde entre deux nations amies.

Loin de là, le 20 août 1838, il adressa au grand conseil de Thurgovie une lettre officielle pour protester qu'il était revenu d'Amérique avec la ferme intention de rester étranger à toute espèce d'intrigue.

« On m'avait indignement calomnié, ajoute tait-il, On avait dénaturé des faits. J'ai per- « mis à un ami de me défendre. Voilà la « seule démarche politique qui, à ma con- « naissance, ait eu lieu depuis mon retour.

« Mais le ministère français, pour arriver au

« bol où il tond, continue toujours ses faus* « ses allégations. Il prétend que la maison « où ma mère vient de mourir, et où je vis « presque seul , est un centre d'intrigues.

« Qu'il le prouve, s'il le peut ! Quant à moi, « je démens cette accusation de la manière « la plu» formelle. Car ma ferme volonté est « de rester tranquille en Thurgovie et d'évi- « ter tout ee qui pourrait nuire aux relations « amicales de la France envers la Suisse. »

Qu'il le prouve, s'il le peut!... Le défi est hautain et semble lancé par une conscience indignée ; il est vraiment déplorable que celte preuve impossible, l'instruction du procès de Boulogne Tait fournie manifeste et écrasante. C'est le 20 août 1838 que Louis Bonaparte déclarait solennellement et de la manière la plus formelle, que, depuis son retour en Suisse, il n'aVait noué aucune espèce d'intrigue ambitieuse, et cependant il est prouvé aujourd'hui que, dès le mois de février de cette même année 1838, il se tenait à l'affût de tous les germes de troubles que son œil

— ft — inquiet pouvait découvrir dans les rangs de l'armée française ; il cherchait à gagner des officiers. Un chef d'escadron d'état-major, M. de Mésonan, ayant été admis à la retraite contre son gré, avait fait retentir de ses plaintes les journaux de l'opposition.

À l'en croire, l'armée était mécontente.

Aussitôt Louis Bonaparte, sans le connaître, lui avait écrit pour le complimenter, pour flatter sa colère, en un mot pour se l'attacher. M. de Mésonan devint, en effet, un des agents les plus actifs du prétendant. Arrêté à la suite de l'équipée de Boulogne, et interrogé sur la date première et sur la cause des relations qui l'avaient lié à la fortune du prince, M. de Mésonan , dans sa sincérité, (ixa une date qui dément les protestations d'innocence et de sagesse adressées par Napoléon II au grand conseil de Thurgovie.

Si Louis Bonaparte avait, comme il l'affirmait, le sincère désir d'épargner à la Suisse

et à la France une dissension funeste

que

ne prenait-il deux mois plus loi la résolution tardive qui mit fin à la querelle?

Devait-il être considéré comme Suisse ou comme Français? Cette question agitait la confédération entière. Loin d'éclairer la controverse, le prétendant n'eut d'autre soin que de l'entretenir par des déclarations ambiguës. Il n'avait garde de s'avouer Suisse franchement et sans détour, c'eût été renoncer à jamais à son titre d'empereur in partibus. Il évitait avec un soin égal de se déclarer hautement Français, de peur que la Suisse ne se désintéressât de la querelle, et qu'une grande occasion d'accroître son importance et d'occuper la renommée ne fût perdue. Le prince Louis se laissait donc attribuer, il se composait lui-même une nationalité amphibie mipartie thurgovienne, mi-partie française. Il avait soin d'en dire assez pour exciter des inquiétudes en France et des scrupules en Suisse. Citons un nouveau passage de la lettre qu'il écrivait le 20 août 1838 au grand conseil de Thurgovie :

a L'invasion étrangèro , q» 1 > e P 1*15, « renversa l'empereur Napoléon , amena « l'exil de tous les membres de sa famille.

« Depuis celle époque, je n'avais donc léga- « lement plus de patrie, lorsqu'on 1832 vous « me donnâtes le droit de bourgeoisie du « canton.

« C'est done le seul que je possède, Le « gouvernement français, qui maintient la « loi qui me considère comme mort civile- « mmt, n'a pas besoin de s'adresser à la « Suisse pour savoir qu'il n'y a qu'eu Thur- « govie ou j'*ie des droits de citoyen, s

Cette déclaration était faite de manière à ne pas satisfaire h France, et à provoquer la fierté des Thurgoviens, En effet, deux jours après, le 22 août 1838, le grand conseil de Thurgovie donnait à sa députation les instructions suivantes :

« L'Etat de Thurgovie repousse de la ma- « nière la plus positive la demande tendant « à ce que Louis-Napoléon Bonaparte soit « renvoyé du territoire de la Confédération,

« atteudu que ledit Louis-Napoléon Bona*-* « parte a été reçu citoyen du canton de Thun- « govie, et que par suite de cette naturalisa» « tion acceptée par lui, il n'est et ne peut être « que citoyen de ce canton, et cela, soit en « vertu de la constitution thurgovienne, soit « en vertu de là législation française, se réfé- « rant du reste à. la missive dudit L. N. B.

a adressée au grand conseil le 20 août. »

La décision prise par l'Etat de Thurgovie entraîna l'opinion et dicta l'attitude de la majorité des cantons. Cependant le gouvernement français devenait chaque jour plus pressant. M. Mole écrivait à l'ambassadeur de France en Suisse :

« Louis Bonaparte a assez prouvé, assuré* « ment, qu'il n'était accessible à aucun sen- « timent de reconnaissance, et qu'une plus « longue patience de la part du gouvernece ment français ne ferait que le confirmer ^ « dans son aveuglement et l'enhardir à de « nouvelles trames. »

Une armée se rassemblait à Lyon, à Be->

sançon, à Béfort. Le vent de la guerre soufflait sur la Suisse. Les Etats de Vaud et de Genève s'empressaient de mettre tout leur contingent sur pied. Les Genevois se distinguèrent par leur ardeur militaire. Dans l'attente d'une paix éternelle, ils avaient laissé les fortifications de leur cité s'abaisse* du côté qui regarde la France. Au premier cri d'alarme, la population tout entière releva les remparts, convertis en promenade. La ville fut mise en état de soutenir un long siège.

Des enfants, des adolescents, exclus par leur âge des rangs de la milice, se formèrent en corps francs sous le nom d'enfants de Genève. Cependant, sur toute la frontière on voyait briller des baïonnettes françaises. Le commencement des hostilités était à la merci d'une rixe d'avant-poste; hostilités odieuses! car l'on sait que les traités de 1815 ont déplacé les limites qui séparent la France et la Suisse. Des communes françaises ont été rattachées aux cantons de Genève et de Berne. Grâce au prince Louis, ces Suisses

d'hier, ces Français d'origine, étaient exposésaux premiers coups de nos soldats : il leur fallut opter entre leur cité nouvelle et leur patrie.

Le semi-Thurgovien comprit enfin l'odieux du rôle qu'il jouait. Il demanda ses passe-ports; le 14 octobre, il s'éloigna d'Arenenberg, et aussitôt l'armée française fut dissoute; il partit pour l'Angleterre, après avoir payé par de longs jours d'agitation dis* pendieuse et d'angoisses l'hospitalité qu'il avait reçue de la Suisse; après avoir semé entre les deux nations des germes de discorde que l'avènement de la république en France pouvait seul extirper.

En s' éloignant, le prince Lcuis avait adressé à la Suisse des remercîments, auxquels les hommes sérieux de ce pays n'avaient pas aspiré. Il écrivait, le 22 septembre 1838, au petit conseil de Thurgovie :

« Je n'oublierai jamais la noble conduite « des cantons qui se sont prononcés si cou- « rageusement en ma faveur. » Illusion de

-»prétendant , qui prend pour un témoignage d'une sytnpftthie personnelle, et peut-être d'un enthousiasme dynastique , l'émotion belliqueuse d'un peuple jaloux de sa propre indépendance

La Suisse s'était armée à l'occasion du prince Louis, non pas, certes, pour lui i les hommes d'Etat qui sont dans le sein de la diète helvétique, doit dans les grands conseils des différents cantons, résistaient arec le plus dé fermeté à la demande de la France , déploraient on même temps que le principe de la nationalité fût engagé dans de si malencontreuses circonstances. Dès le début delà querelle, le député de Lucerne, l'avoyer Kopp, tout en refusant d'expulser un citoyen de Thurgovie, sur la demande d'un ambassadeur, disait 1

« Il eût hérs de doute que Louis Bona* « parte a manqué à la France et à la Suisse.

« Gomme Français, il devait savoir qu'il re- « nonçait à oette qualité en se faisant rece- « voir citoyen do Thurgovie ; néanmoins il a

« tenté l'insurrection de Strasbourg. Lu- « cerne ne souhaite pas à la Suisse beau* « coup de républicains de cette espèce, et ne « saurait féliciter Thurgovie de l'acquisition « d'un citoyen qui cotnprend si « devoirs qu'Impose^ le titre de réptfbli- « cain. »

Un mois plus tard, au plus fort de cette fièvre militaire qui transportait toute la population de Genève, le professeur de là Rive, rapporteur de la commission nommée par le grand conseil pour formuler les instructions des députés en diète, commençait sort rapport par la déclaration suivante :

« Pour nous, Louis Bonaparte a été Uni- « quertientla personnification d'un principe, « et, comme tel, nous l'avons toujours en- <* visage sans haine ni faveur. »

Louis Bonaparte est-il légalement citoyen suisse? voilà l'Unique question qui préoccupait le grand conseil de Genève.

Nous ne craindrons pas d'emprunter au rapport de M. de la Rive de longues cita-

tions, car il est impossible de bafouer avec plus d'autorité et de bon sens le fantôme de la légitimité impériale, et d'exprimer plus franchement les véritables motifs du refus d'expulsion opposé par la Suisse au gouvernement français. Laissons parler M. de la Rive :

« On nous dit que Louis Bonaparte ne « peut pas être Suisse parce qu'il est un pré- « tendant. Est-il un prétendant? Non , ré- « pondra-t-on , si on veut trouver chez lui « les conditions que l'histoire et l'examen lo- « gique de la question exigent chez unpréten- « dant. Oui, diront les personnes qui, consulce tant uniquement ce que leur dicte une im- « pression générale, ne voient dans le chef de « l'insurrection de Strasbourg qu'un ambi- « tieux qui cherche un trône. — Louis Bona- « parte est-il Suisse? Oui, répondra-t-on , si « l'on veutbien se borner à envisager la ques- « tion sous le point de vue unique du droit et « de la légalité, »

Se plaçant sur le terrain de la légalité, le

seul qui présentât, disait-il, une base solide, M. de la Rive niait que Louis Bonaparte eût la moindre raison, le moindre prétexte d'affecter le titre de prétendant :

« Un homme a occupé un trône, disait le « rapporteur du grand conseil de Genève, peu « importe l'origine de sa souveraineté; il en jt

€ est tombé : certes, personne ne nieraqu'il ne *

« soit un prétendant. Napoléon, après Fabdi- §

« cation de Fontainebleau, était un préten- « dant; 18151'aprouvé. Un prince appartient « à une famille royale dans laquelle il y a eu, 3

« par hérédité, une série de souverains, mais ï

« à laquelle les événements ont enlevé le « trône; il est celui qui, dans l'ordre de suc- 5

« cession , aurait dû occuper ce trône : per- jtj

« sonne ne niera encore qu'il ne soit un pré- [jS

« tendant. Louis XVIII , après la mort de >

« Louis XVII, étaitun prétendant ; la restaura- E

« tion en est la preuve. Mais demanderons- m

« nous, Louis Bonaparte remplit-il Tune ou h

« l'autre de ces conditions ? Il n'a jamais oc- « cupé le trône. 11 n'appartient nullement à

« une famille daim laquelle le principe cThé~ « redite ait été mis en activité, Napoléon n'a « pas eu dedynastic, caria siennea commencé « et fini avec lui* D'ailleurs, en supposant « même qu'on pût regarder l'héritier direct « de l'empereur Napoléon comme un préten- « dant, le titre n'irait pas à Louis Bonaparte ; « il y en a au moins deux avant lui, son oncle « Joseph et son père Louis Bonaparte. Or, « d'après les exemples mêmes qu'on a cités, « les prétendants par droit d'hérédité onttou- « jours été les héritiers en première ligne*

«.. «Non, pour voir en Louis Napoléon un « prétendant, il faut être encore puissamment « sous le prestige du grand homme qui avait « voulu faire adopter sa famille à la France, « en essayant de la couvrir du manteau de sa «gloire. Et, quant au sénatus-consnlte qui « faisait entrer Louis Bonaparte dans la ligne « de succession au trône impérial, nous n'en « parlerons pas; car, aboli par la déchéance « de l'Empereur, il ne peut être invoqué en k faveur de prétentions qui, dans le cas même

« où elles onl quelquo fondement, ne s'ap*c< puient jamais sur des textes de loi», et en* « core moins sur des décrits. Nous sommes « convaincus que si Ton remonte à la cause « qui a assuré à Napoléon la souveraineté de « la France) on pourrait trouver d*n$ plus a d'un de ses compagnons d'armes des pré»

« tendants plus réels et plus dangers* que « le (ils obscur du troisième des frères de a l'Empereur. »

M* de la Rive 9 après une discqssion ap~ profopdie, concluait que Louis Bonaparte avait irrévocablement perdu la qualité de Français, et que, citoyen de Tlmrgovie* il de* vait être protégé par ce titre, mai* par ce ti<tre seul, contre la demande de l'ambassadeur français. M. de la Rive disait en terminant :

«Louis Bonaparte n'a«t~il pas déclaré, dans « sa lettre du 80 août, que la Tburgovie était « le seul pays où il eût les droits de bour-* « geoie et de citoyen? N'a<-t»il pas été, à son « retourd'Àmériqu6,d'abordauconsul$ui$se, « lui demander un passe -port en sa qualité

« de Suisse ayant de s'adresser à l'ambassa- « deur français? N'a-t-il pas exercé ses droits « de citoyen , exercice imcompatible avec le « titre honorifique de citoyen ; titre qui d'ail- « leurs est exclu par la constitution de Thur- « govie? Supposons un instant que le gouver- « nement actuel de France crût dans quelques « années, ce qui n'est point improbable, être « assez consolidé pour permettre à la famille « Bonaparte de rentrer en France, et que Louis « Bonaparte usant de cette faculté fût ensuite « élu membre de la chambre des députés.

« Croit -on qu'il ne serait pas repoussé u comme Suisse, et comme ayant renoncé à sa « qualité de Français , et que les arguments « qu'on invoquait contre Benjamin Constant « et le général Woirol, qui, certes, avaient « droit l'un et l'autre de se dire Français, ne « fussent pas invoqués avec bien plus de rai- « son et de force contre ce jeune homme? »

On voit que la Suisse n'avait nul désir de tenir rétrier à l'ambition du prince Louis.

Cette nation sensée acceptait avec résigna-

tion, avec dévouement, le confédéré que l'Etat de Thurgovie lui avait imposé. Elle ne se glorifiait pas de cette acquisition.

Les derniers sacrifices ne lui eussent pas coûté pour maintenir l'intégrité du principe personnifié dans Louis Bonaparte. Ce qu'elle pensait de l'homme, de sa conduite poétique, de ses prétentions, l'avoyer Kopp et le professeur de la Rive nous l'ont fait connaître assez clairement. Que seraitce si nous citions les jugements qui furent portés à cette même époque par les hommes d'Etat, par les journaux (1), par les cantons qui ne partageaient pas, sur la question de légalité, l'opinion des Etats de Lucerne et de Genève?

Cependant, Louis Bonaparte n'avait pas encore donné pleine carrière à son génie d'entreprises, et il lui restait à se surpasser lui-même par son expédition de Boulogne.

LU

(1) Voir entre autres journaux la Gazette univeeelle r suisse du 17 août 1838 et le Constitutionnel «eufchâtelois^ 4838. Passim.

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