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Col-Puygellier, le lieutenanl de douanes Bally à Boulogne, et beaucoup d'autres sous le drapeau lurent mis à l'épreuve de leur fortune à faire et à la séduction des promesses d'argent.
Cette séduction, dangereuse sous divers aspects, el contre laquelle il est rassurant de voir protester la lidélilé militaire, car les bons exemples survivent aux mœurs, élait un acte plus blâmable que tous les complots. Si en effet, dans un pays tel que la France, où, à des heures néfastes, le peuple semble avoir tout perdu, jusqu'à la pudeur de la servitude, les soldats devenaient des prétoriens ou des manches à sabres à qui on distribue des bouteilles de Champagne comme stimulant et des pièces d'or en guise de munitions, ils aimeraient les vices du prince comme jadis ils honoraient ses vertus. Louis-Napoléon l'a si bien reconnu plus tard que, le '2*2 juillet 1849, il lit amende honorable sur les lieux mêmes où il avait subi sa peine. Dans un banquet à lui offert par la ville de Ham, il parla ainsi : « Âujourd hui qu'élu par la France entière je suis devenu le chef légitime de cette grande nation, je ne saurais me glorifier d'une captivité qui avait pour cause l'attaque contre un gouvernement régulier. (Juand on a vu combien les révolutions les plu*? justes entraînent de maux après elles, on comprend à peine l'audace d'avoir voulu assumer sur soi la terrible responsabilité d'un changement. Je ne me plains donc pas d'avoir expié ici, par un emprisonnement de ^^i\ années, une lé-mérité contre les lois de ma pairie;
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el c'est avec bonheur que, dans les lieux mêmes où j'ai soufl'erl, je vous propose un toast en l'honneur des hommes qui sont déterminés, malgré leurs convictions, à respecter les institutions de leur pays. »
11 est beau, il est profitable surtout d'afficher après le succès un repentir triomphant, et de venir, lorsqu'on commande, donner un exemple de subordination à un peuple qui, comme au temps de César, ne sait ni la royauté ni la liberté. Mais il aurait peut-être mieux valu ne pas écrire des lettres telles que celle réservée au général Magnan et cette autre adressée au général Voirol, commandant la b" division mili-
taire à Strasbourg
« L);nlo, 14 août 1830.
.« Général, comptant partir bientôt pour retourner en -Suisse, je serais désolé de quitter la frontière de France sans avoir vu un des anciens chefs militaires que j'iionore le plus. Je sais bien, général, que les lois et la politique voudraient nous jeter, vous et moi, dans deux camps différents; mais cela est impossible; un vieux militaire sera toujours pour moi un ami, de même que mon nom lui rappellera sans cesse sa glorieuse jeunesse.
« Général, j'ai le cœur déchiré en ayant, depuis un mois, la France devant les yeux, sans pouvoir y poser le pied. C'est demain la fête de l'Empereur, et je la passerai avec des étrangers. Si vous pouvez me donner un rendez-vous dans (pielques jours dans les environs
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de Bade, vous effacerez par votre présence les» tristes impressions qui m'oppriment. En vous embrassant, j'oublierai l'ingratitude des hommes et la cruaulé du sort. Je vous demande pardon, général, de m'exprimer aussi amicalement envers quelqu'un que je ne connais pas; mais je sais que votre cœur n'a pas vieilli.
« Recevez, général, avec l'expression du bonheur que j'aurais à vous voir, l'assurance de mon estime et de mes sentiments distingués. »
« Louis-Napoléon Bo>ai'.\iiti;. »
Ce sentimentalisme rétrospectif devait avoir peu de prise sur un soldat qui sait sa fortune faite et ses passions amorties. Voirol ne répondit pas plus que le général Exelmans. Madame Gordon, celte Armide de concert, dont une beauté virile fit tolérer le talent douteux, employa de plus habiles séductions auprès des Renaud du 4' d'artillerie'. Elle étendit ses conquêtes sur d'autres régiments, et, une nuit, plus de trente officiers se réunirent autour d'un bol de punch, attendant le prince conspirateur. Malgré hi loi qui lui défend l'entrée du territoire français, Louis-Napoléon ^'est rendu à Strasbourg. On l'introduil, il parle; et, au témoignage du lieutenant Laity, l'un des conjurés', a il les quitta plein de confiance et d'espoir. »
La trame du complot avait été bien ourdie. Les so-
' La fille de iiiiulame Gordon a épousé M. Campiiiia, dont l'euipeicur Napoléon lit vient d'aclioter, au nom de la France, une partie du mu^éc pour la sonniie de 1.800,000 francs.
- Laity. J.e prince P\opoléofi à Strasbourg.
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ciétés secrètes, dont Mazzini était déjà râmo, agitent les cantons helvétiques. La ténébreuse affaire de l'espion Conseil ' a porté le trouble dans les relations diplomatiques et commerciales entre la France et la Suisse. Des plaintes retentissent à la double frontière; puis la Jeune Suisse, la Jeune Italie, la Jeune AJIrmagne, la Jemie Polotjne, toutes les jeunesses, enfin, créées par de vieux exilés, se mettent en mouvement. La guerre intestine éclate, sous le couvert de la fraternité universelle, dans le camp de la Jeune Europe. Des tiraillements y naissent à chaque pas. L'orgueil et la cupidité ont enfanté la confusion des langues et des races de cette Babel. Le gouvernement de Juillet s'irrite à propos de la Diète. La Diète ne craint pas à son tour de formuler ses doléances. Dans une note du 59 août 1856, le libéralisme suisse répond au libéralisme français : « La Confédération ne devail pas surtout s'attendre à voir la France se faire un grief contre elle des complots tramés dans quelques cantons. En effet, les enquêtes judiciaires et adminis-
' Vu nommé Conseil, jikis connu dans la police sous le nom de >'a- |i(ilénn Chéli que sous le sien propre, avait été chargé de surveiller et d'espionner les manœuvres des émigrés en Suisse. Le château d'Arenembi'rg et ses habitants n'élaienf pas, on le pense bien, à l'abri de son inquisition. Afin de tromper plus sûrement les sociétés secrètes, Conseil se prétendait l'ami et le complice de Fieschi. Ses mystérieux rapporis avec le duc de Monicbello, ambassadeur de Louis-Pliilippe en Suisse, donnèrent l'éveil aux réfugiés. Conseil leur faisait concurrence, quoiqu'il ne fût qu'un novice en fait de trahison. Quatre Italiens lui tendent unguet-apens; le 10 août 1836, Conseil y tombe à Nidau et on le trouve nanti de trois passe-ports, tous sous des noms différents, tous visés par l'autorité française.
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tratives ont prouvé jusqu'à l'évidence qu'aucun des complots constatés n'a été dirigé contre la France, mais y ont été conçus ; que le foyer des conspirations est à Paris; que les ordres pour ces milices secrètes des conspirations partent de Paris. »
Ces récriminations sont aussi fondées d'un côté que de l'autre. La Suisse s'était ouverte, comme un»* Botany-Bay d'espérances antisociales, à tous les manœuvres du Prolétariat-Voleur et de l'Alliance des Justes. Sentinelles avancées du communisme, ces apôtres de la dissolution avaient vu l'Angleterre et la France danser et dîner en faveur de leurs infortunes protégées par le Palais-Royal; la Suisse les accueille comme les initiateurs du progrès cosmopolite. Vivant parmi tous ces réfugiés, dont les vagabondes turbulences peuvent être pour lui un .Utniit ou un péril, Louis-Napoléon se tient dans une prudente réserve. Les cbefs des Sociétés secrètes le convient à des menées souterraines ou à la complicité de leurs crimes cacbés. Ces ouvriers de la pensée démagogique, mordant nu pain de toutes les infamies et poussant dans toutes les ruines amoncelées par les révolutions, font briller à ses yeux un diadème quelconque. Louis-Napoléon ne veut pas descendre dans leurs ateliers d'anarchie, où Mazzini et Breidenstein organisent l'assassinat comme intermède aux révoltes, et se servent du poison ou du stylet pour cadencer leurs bucoliques humanitaires. Il ne s'affilie ni à leurs sonp-es, ni à leurs agapes. Du moins ne découvre-t-on
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encore nulle Iracc diine participation directe aux Sociétés secrètes ou aux ventes des Carbunari. Louis- Napoléon s'arrêta toujours au vestibule: seulement, l'exil pauvre vint plus d'une fois frapper à la porte de l'exil riche. Comme tous les princes bannis, le fils de la reine Hortense, trompé peut-être par de faux noms étalant de fausses misères, accorda souvent dos subsides à divers membres de ces associations, qui exploitaient et trahissaient sa générosité. Il promettait selon ses espérances, il prodigua plus que dans la mesure de ses forces. A le juger ni timidement ni témérairement, il eut alors pour toutes les insurrections une faiblesse véritablement paternelle. Celte bonté dépensière, qui s'explique par son ambition et par le .santj de créole coulant dans ses veines, manqua de retenue et fut assez mal interprétée. Louis-Napoléon était déjà semblable à ces arbres d'où les fleurs tombent, mais où l'on commence à voir les fruils qui se nouent.
Dans ce moment les réfugiés polonais, allemands el italiens, de jour en jour plus insatiables, étaient plutôt pour lui un embarras qu'une force. 11 a pratiqué des reconnaissances dans l'armée; il s'appuie sur elle; el son complot, dont les ramifications s'étendent bien an delà de Strasbourg, a un côté aussi triste que réel. 11 importe donc de ne pas trop prendre au sérieux certain mémento échappé à l'ambitieuse vantardise de Richard de Querelles. Croire qu'il résume toute la politique du chef serait se tromper lourdement. Querelles avait griffonné sur son carnet les recommandation'; ^ni-
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vailles' : a II me faut des croix, des lilres, des grades, des cordons, et mon sabre saura les conquérir... Nous vivrons bien. Vingt mille livres de rentes suffisent. Nous aurons des honneurs, un chapeau à plumes, »
Lnuis-Philippe ne règne que depuis six ans, et déjà son système a entamé le cœur de l'armée. Ce n'est plus le bonheur de mourir sous le drapeau qui l'anime. Elle s'est aperçue qu'on spéculait, elle spécule malgré elle sur son avancement ou sur sa retraite. Elle a vu des Séjans de synagogue, des Iscariotes d'arrière-bonlique, des Turcarets, des Figaros et des Basiles comblés de faveurs et de dignités. Ils ne pouvaient pas s'élever jusqu'à la croix de la Légion d'honneur; l'ordre impérial descendait jusqu'à eux. Los professeurs de bassesse dynastique prétendaient avec Horace « que l'argent donne même la noblesse et la beauté. » Il fallut de l'argent à tout prix, et pardessus le marché des titres et des chapeaux à plumes comme aux nègres. Cette intempérante théorie aurait frappé de stupéfaction sous les lis ou sous l'aigle. Le coq gaulois en fit une vérité; l'armée la subira.
Le complot de Strasbourg n'a pas réussi. Il fut taxé de folie; mais Louis-Philippe ne s'y trompa point. Le tableau d'intérieur tracé par M. Guizot doit rester comme un témoignage et une expiation. Le télégraphe n'a encore transmis que la nouvelle du mouvement Napoléonien et le ministre du roi de Juillet raconte" :
' Procès de Sl)'n>iI)Our<i. Moniteur ilo 1857, [lago ÏU. = Méitidirex de M, Gvixot, loitn' IV, pngps 198 ci 19'J.