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a Nous nous rendîmes sur-le-champ atix Tuileries, où, peu de moments après, tout le Cabinet se trouva réuni. Nous causions, nous conjecturions, nous pesions les chances, nous préparions des instructions éventuelles, nous discutions les mesures qui seraient à prendre dans les diverses hypothèses. M. le duc d'Orléans se disposait à partir. Nous passâmes là, auprès du Roi, presque toute la nuit, attendant des nouvelles qui n'arrivaient pas. La Reine, madame Adélaïde, les princes, allaient et venaient, demandant si l'on sav.iil quelque chose de plus. On s'endormait de lassitude; on se réveillait d'impatience. Je fus frappé de la tristesse du Roi, non qu'il ])ariit inquiet ou abattu ; mais l'incertitude sur la gravité de l'événement le préoccupait ; et ces complots répétés, ces tentatives de guerre civile Républicaines, Légitimistes, Bonapartistes, cette nécessité continuelle de lutter, de réprimer, de punir, lui pesaient comme un odieux fardeau. Malgré sa longue expérience et tout ce qu'elle lui avait appris sur les passions des hommes et les chances de la vie, il était et restait d'un naturel facile, confiant, bienveillant, enclin à l'espérance ; il se lassait d'avoir sans cesse à se garder, à se défendre, et de rencontrer sur ses pas tant d'ennemis. >^
Ces ennemis, c'était lui qui sciemment et de gaiett' de cœur, les infligeait à sa famille. Enproieà une véritable monomanie du sceptre, il a, pour parvenir à ses fins, joué tous les partis et tenté de les faire alternativement servir à sa fortune. La mortification d'avoir été
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ainsi dupés lour souffla an cnMij- un désir inextinguible de vengeance. Louis-Napoléon, le dernier, venait à Strasbourg lui apporter les prémices de la résurrection bonapartiste. Pendant quinze années de manœuvres déloyales, le duc d'Orléans s'est borné, affirmait-il, à se tenir à la disposition de la France. Louis-Napoléon joue le même jeu, mais ouvertement et à main armée, (jomme le roi de Juillet, il dispose de la France en attendant qu'elle songe à utiliser sa bonne volonté.
Le 7}0 octobre, à six heures du matin, Bonaparte est au quartier d'Austerlitz, occupé par le A'' régiment d'artillerie. Son colonel en a répondu; les artilleurs ne laissent pas protester cet engagement. Un cri de joie, sorti de tous les rangs, adhère h la reconstitution improvisée de l'Empire. Sous le coup d'une émotion bien naturelle, Louis-Napoléon prend la parole, puis mêlant aux effusions impériales certains faits con- Irouvés et des mensonges politiques, il se forme de ce l'égiment une escorte et une avant-garde. La conspiration du oénéral Mallet se renouvelle, mais en sens contraire. Avec des canonniers pour auxiliaires, M. de Persigny s'empare du préfet; vSchaller du général commandant le département, et Pétri du télégraphe. Lombard s'installe de vive force dans une imprimerie: il y fait composer les proclamations d'avènement.
Les pontonniers, les soldats et les quelques citoyens dans le secret sont aux divers postes à eux assignés. La ville commence à s'éveiller en sursaut et le prince, (jui alors se dit Napoléon H, arrive chez le lieutenant-
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général Voirol. Voirol résisle. Le prince le laisse à In <(arde du chef d'escadron Parquin, puis il continue sa marche, se dirigeant vers la caserne Finckmatt , où réside le 46* de ligne. La tête du cortège Bonapartiste s'égare dans les ruelles do la ville. Louis-Napoléon, à peine entouré, mais déjà certain du succès, — car toutes les autorités sont entre les mains de ses complices, — pénètre hardiment dans la cour de la caserne. A la vue de ce cortège inattendu, les soldats se consultaient pour savoir quel parti ils allaient adopter. Un lieutenant, nommé Pleignier, se précipite sur le prince dans l'intention de l'arrêter. Le colonel Taillandier survient et rallie le régiment.
Une mêlée confuse s'engage. Les artilleurs veulent défendre Lonis-Napoléon; les fantassins se disposent à le saisir. C'est la minute qui décide du sort des armées cl des peuples, la minute qui fait les victorieux ou les vaincus. Pâle, mais non tremblant, intimidé peut-être, mais non effrayé, Louis-Napoléon n'ose pas donner l'ordre de faire feu; il aime mieux se laisser appréhender au corps sans résistance. Ce fut peut-être une pensée d'humanité qui inspira pareille détermination , cette pensée aur;iil dû venir plus tôt ou, dans l'intérêt des conspirateurs, no pas se faire jour à la dernière extrémité.
La sédition militaire fut promptement apaisée. La plupart des conjurés de la ville n'eurent point le temps di^ se réunir et les autorités, tout à l'heure en étal d'arroslation, s'empressent de capturer ceux-là mêmes
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qui les ont Tuiles prisonnières. M. de Persigny échappe aux recherches. Ce bonheur, funeste dans la circonstance', fit douter ])ar quelques-uns de ses camarades d'une loyauté qui ne paraît pas s'être démentie et qui néanmoins sera encore suspectée dans l'échauffourée de Boulogne. Le prince n'avait été trahi que par les événements; et le duc d'Orléans en témoigna sa gratitude au ciel par un mol qui peint bien les hommes et les choses. En apprenant l'insuccès de la conjuration, il s'écria : « Nos actions vont remonter. »
Trois années auparavant, la dynastie de Juillet s'était trouvée en face d'une Bourbon et d'une nièce. Cette nièce fut achetée, assiégée, à moitié brûlée et emprisonnée. Après de longues tortures morales, on la fil accoucher avec le forceps de la publicité. Louis-Napoléon a le bonheur de ne tenir par aucun lien de pa-
' ÏAi clt'liancc est l"arme l'avorito des iiarlis: c'est par la conviction il'unc trahison, conviction très-souvent injuste ou sans fondement, qu'ils expliquent leur déroute et lâchent de s'en consoler. Après avoir reçu la lettre du prince, datée du 14 août 1856, le général Voirol apprit que des embauchages étaient pratiqués dans la garnison de Slrasliourg. 11 lui fut révélé qu'une insurrection serait possihle ; Voirol fit part de ses inquiétudes au préfet, Clioppin d'Aruonville. (le derniir |,rassura, eu lui affirmant qu'il avait des intelligences au|)rès de I.ouis-N'apoléon et que son espion le tenait au courant de toute la trame.
f.a veille du jour où le complot éclata, et au moment de la dislritmtion des aigles et des rôles, M. Fialinde Persigny s'étail chargé de s'emparei' delà personne du préfet, coup de main qu'il exécuta avec une vingtaine lie canonnieis. Lorsque la tentative impériale échoua, M. Fialin pu), sans danger et sous un déguisement de marmiton, sortir de la place de Strasbourg. I.e préfet n'aurait pas été, murmuraienl les incarcérés, étranger à Tt-vasion. Ces coïncidences parurent peu naturelles à des esprits chagrins qui se hâtèrent beaucoup tiop de prendre leur soupçon pour une réalité.
rente à la tamillo d'Orléans; il ne peul donc èlre expose aux mêmes violences. Louis-Philippe, alin d'honorer l'empereur dans le neveu et de révéler à tous sa générosité native, lui fait spontanément, mais arbitrairement, grâce pleine et entière. On l'embarque sur ï Andromède le 'Jl novembre, en lui offrant comme pacotille pour l'Amérique une somme de 10, 000 francs destinée à pourvoir à ses premiers besoins. L'exilé la reçut, et dans les ennuis de la traversée comme dans les songes dorés qu'il caressait, Louis-Napoléon dut s'avouer tout bas avec Machiavel que a la plupart des hommes périssent parce qu'ils ne sont qu'à moitié méchants. »
Louis-PIiilippe avait, de son autorité privée, acquitté l'auteur et le principal inculpé de Strasbourg; il en livrait seulement les complices à la Cour d'assises du Bas-Rhin. Le jury à son tour veut faire acte de souveraineté ; il amnistie par son verdict tous les coujtables. Avant de partir pour les États-Unis, le prince a\ait cru remjdir un devoir en plaidant la cause de ses amis. De la citadelle de Port-Louis, lô novembre l'S5(i, il adresse à M. Odilon Barrot une lettre rendue J3ublique par l'avocat Parquin, et qu'il est impossible de soustraire à l'histoire. En voici les piincipaux fragments :
u Malgré mon âc^W de l'ester avec mes compagnon.'? d'infortune et de parlager leur sort, malgré mes réclamations à ce sujet, le roi, dans sa clémence, a ordonné que je fusse conduit à Lorient, pour passer de là en
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Âiuériqui). Quoique vivement louché de la générosité du roi, je suis profondément affligé de quitter mes coaccusés, dans l'idée que ma présence à la barre, que mes dépositions en leur faveur, auraient pu influencer
le jury, et l'éclairer sur |)lusieurs faits importants
« Certes , nous sommes tous coupables envers le gouvernement d'avoir pris les armes contre lui ; mais, le plus coupable, c'est moi. C'est celui qui, méditant depuis longtemps une révolution, est venu tout à coup arracher des hommes à une position honorable, pour les livrera tous les hasards d'un mouvement po|)ulaire. c( Vous voyez donc que c'est moi qui les ai séduits, en leur parlant de tout ce qui était capable de toucher au cœur français; ils me parlaient de leurs serments, je leur rappelai qu'en 1815 ils avaient juré fidélité h Napoléon et à sa dynastie. Pour leur ôter tout scrupule, je leur dis qu'on parlait de la mort presque subite du roi et que la nouvelle paraissait certaine. On verra par là combien j'étais coupable envers le gouvernement; or, le gouvernement a été généreux envers moi, il a trouvé que ma position d'exilé, que mon amour pour la France, que ma parenté avec l'empereur, étaient des circonstances atténuantes. »
Peu de joui-s auparavant, Louis-iSapoléon ("?t accusé d'avoir écrit au roi citoyen une lettreque lesUrlétUiistes ne publient pas, mais dont ils aiment à se faire un titre et une arme. Ils en colportent des extraits ampliliés ou entièrement falsifiés. Asdrubal s'étant mis aux genoux du général romain, fut montré dans cette pos-
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luic à ses anciens amis, et Carlhage ne lui imposa pas d'autre châtiment. Pour Louis-Napolé(»n, l'Orléanismc se contente de sa lettre apocryphe. Mais l'expérience faite par Louis-Philippe ne l'a point corrigé de sa malencontreuse passion pour les gloires plutôt que j)Our les idées Napoléoniennes. Bonaparte ou Napoléon P'', général ou empereur, tout appartient à la dynastie d'Orléans, excepté le neveu dont celte dynastie a déporté les silencieuses aspirations.
L'exilé est bientôt de retour sur le continent. Sous le prétexte filialement spécieux de recevoir le dernier soupir d'une mère, Louis-Napoléon, retiré à Arencmherg, vit dans la solitude de ses regrets et peut-être dans l'espérance d'un complot nouveau. Ce séjour à la frontière inquiète Louis-Philippe; ce voisinage le tourmente. La Suisse n'est pas une puissance bien redoutable; on lui notifie de ne plus accorder l'hospitalité à l'héritier impérial. La Suisse devra violer ce droit d'asile que réclament tous les proscrite, le citoyen Égalité fils lui-même. La Suisse ne s'empresse pas d'obéir à l'injonction dynastique. Louis- Philippe la menace de toutes les calamités d'une guerre; et, le 'iO septembre 1858, Louis Bonaparte transfère à Londres ses projets, son étoile et ses rêves. 11 y fut suivi par la haine de l'Orléanisme.
Celte haine ne s'épanchait que [)ar de petites médisances aiguisées en calomnies ou par des ridicules pei sonuels escomptés dans les bureaux de l'esprit public. Elle aimait à procéder par insinuation, et sans jamais
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.«rticuler un liiil pos.itif, elle déversait ^ur son banni privilégié toute ramertume de ses sarcasmes. A leur acharnement contre Louis-Napoléon Bonaparte, on eût cru les d'Orléans doués de la seconde vue. Ils l'épiaient par leurs ambassadeurs, ils le faisaient conspuer pinleurs journaux de France et de l'étranger. On dénaturait ses actes les plus inoffensifs; ici on l'accusait de connivence avec les Sociétés secrètes; là on lui imputait à crime ses relations plus ou moins directes avec quelques réfugiés comme lui. Un autre jour, on annonçait avec toute espèce de joyeuse satisfaction la nouvelle suivante' : c( Le prince Louis-Napoléon vient de faire une singulière démarche, qu'il doit regretter d'autant plus qu'elle n'a pas eu le moindre succès. Pendant le séjour que l'empereur Nicolas a fait dans le midi de l'Allemagne, il a sollicité de ce prince l'honneur de lui être présenté et a même demandé ensuite à prendre du service dans ses armées. L'empereur Nicolas lui a refusé l'un et l'autre. »
Nous avons quelques raisons de croii'e que les choses lie se passèrent point tout à fait ainsi, et que les avance^ de Louis-Napoléoji ne furent pas repoussées avec le peu d'affaliilité impériale que les d'Orléans étaient si désolés d'inspirer au czar. Quoi qu'il en soit, les manœuvres incessantes de Louis-Philippe et de ses agents, se transformant presque en persécution, devaient avoir un terme. L'année 1840 l'offrit, et Louis Bonaparte pourra une première fois dire comme Sam-
' lUuuf trivirsLrirllc. luiiic\, i>;igc 189. ( I5^e|(tciiibn' 1M3S).
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son en parlant des Philistins' « Je leur ai l'cndu le mal qu'ils m'ont fait. »
Le 12 mai, M. Adolphe Thiers étant président du conseil, M. Charles de Rémusat, ministre de l'inlérieur, paraît à la tribune de la Chambre des députés. 11 annonce avec des phrases pleines de solennité que le roi de Juillet a donné ordre au prince de Joinville de se rendre à Sainte-Hélène. Du consentement de l'Angleterre, un vaisseau français ramènera à Paris les cendres de l'empereur. « Désormais, ajoutait le ministre orléaniste, la France, et la France seule, possédera tout ce qui reste de Napoléon. Sa renommée, comme son tombeau, n'appartiendra à personne qu'à son pays. La monarchie de 1(S50 est l'unique et légitime héritière de tous les souvenirs dont la France
s enorgueillit. »
Il aurait fallu avoir toutes les vertus d'un ange pour résister à cette tentation de grandisonnance qu'un néologisme peut seul caractériser. Louis-Napoléon Bonaparte les possédait à un assez faible degré. Alin de [nouvel' à Louis-Philippe qu'il n'est pas de politique plus maladroite que la politique des habiles, il répond par un autre complot à l'exhibition des cendres impériales, dont l'Orléanisme se déclare l'usufruitier au détriment des Bonaparte.
Le complot de Strasbourg fut un coup de tocsin contre la dynastie du Palais-Boyal ; m ieu.x avisée, elle tourne celui de Boulogne en vaudeville. On le baptise
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