‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 13 sur 48 · II · texte numérisé non relu

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•J7i CHAPITRF, (I.

flu nom d'échauffourée. En exploilanl avec un artperlide deux ou trois circonstancos malheureuses, mais accessoires, on salue cet événement de toute espèce de quolibets administratifs et de lazzi officiels. Après avoii' émoussé sur le prince et ses adhérents les traits de la plaisanterie, on leur inflige en dernier châtiment la Cour des pairs pour juge. Ce complot étail aussi sérieux dans ses ramilications et dans son ensemble que l'affaire de Strasbourg. Il ne faut donc compter que ad refercndumhs incitations de la police el les guet-apens ministériels. Ce sont les arguments ordinaires des partis ; ils s'en servent dans la polémi- «[ue, mais il est sage de les répudier dans l'appréciation des faits. Cinquante-six volontaires, ayant h leur tête Louis-Napoléon Bonaparte, osaient débarquer sur un point du littoral et venir apporter la guerre civile dans le royaume ou détrôner tranquillement Louis-Philippe, car plus un homme est perspicace, plus il règle sa marche sur les moyens que le hasard lui fournil el qui, le plus souvent, ne sont pas ceux qu'il a préparés ou prévus. Seulement, contre ses habitudes de savoir-faire el son incontestable talent de mise en scène, Louis - Napoléon n'a point réfléchi (|ue le temps n'est pas tiop favorable à sa prise d'armes.

Une cause célèbre occupe la France. Le procès i\c madame Lafarge, qui eut des rapports assez intimes avec le Palais- Royal, tient en suspens tous les esprits. Ils s'agitent beaucoup plus pour une question d'empoisonnement conjugal que pour la question d'Oiient

LES l'.VRTIS ET LES COMPLOTS. 27,S

soulevée ou même pour celle de Louis Bonaparte. Le moment d'enirer en campagne fut donc mal choisi". Les forces que l'insurrection déploya ne répondirent ni à la grandeur du but ni à la grandeur du nom; mais, comme l'histoire n'est pas tenue de se prononcer avec le vulgaire d'après la réussite, nous croyons que cette trame militaire, étouffée en germe, n'était pas l'œuvre d'un novice. Des tentatives d'embauchage avaient été pratiquées auprès de certains généraux; tout porte à croire maintenant qu'elles n'essuyèrent pas de refus bien positif. Un premier succès pouvait provoquer plus d'une défection, ou tout au moins entacher d'hésitation les mesures à prendre. Avec son caractère résolu à froid, et ne procédant que par coups de têle mûris dans le silence, puis imposés en énigmes à d'aveugles dévouements, Louis-Napoléon était un conspirateur dangereux. L'Orléanisme l'a déjà éprouvé. C'est à cette intention qu'il fait tous ses efforts pour l'amoindrir ou le tuer sous le ridicule.

L'entreprise de Boulogne, que le gouvernement de 1830 s'empressa de taxer d'insensée, et qui, selon nous, n'était que hasardeuse, comme toutes les entreprises de ce genre, dépendant de mille incidents im- |trévus, a tristement échoué au port. Elle fut blâmée cl maudite par cette raison que donne le duc de la Kochefoucauld, le célèbre frondeur : « Comme la plupart du monde, écrit-il dans ses Mémoires^ ne s'attache qu'à l'apparence des choses, l'événement seul règle

' Mc'iiioirr^ lie la Hoilu'Iuacuulil. (laiio 2fll . ((^olo-iiio, Iti75.)

leurs jugenienls ; et jamais un dessein ne leur paraît bien formé ni bien suivi lorsque l'issue n'en est pas lavorable. » Ce qui était vrai du temps de la Fronde ne l'est pas moins à l'égard de Strasbourg et de Boulogne, de même qu'à l'égard de toutes les eonjuratioiis. Cette dernière cependant eut pour l'avenir du prince Louis-Napoléon et pour la dynastie orléaniste des résultats si différents, que le vaincu est évidemment sorti vainqueur de la lutte engagée.

La France n'a jamais eu horreur des mauvaises têtes, ni de l'audace, qui est la moitié du génie. Elle nedélesie pas les coups de théâtre auxquels son ^ort est si souvent lié. Elle aime cette intrépidité d'un chef de parti qui affronte le trépas et qui, sans autre souci que son idée, se confie au zèle de quelques amis et à l'influence d'une étoile. Dans un siècle où rien ne dure que les impôts, la persistance de Louis-Napoléon devint une force parmi nous, ainsi que celle de Robert Bruce en Ecosse. Il était ombrage, sujet d'inquiétude ou d'embarras pour la royauté citoyenne; les partis, qui ne voyaient pas en lui un conçu l'rent bien redoutable, l'acceptèrent comme auxiliaire. Ils le défendirent coii- Ire les attaques du journalisme salarié; ils lui laissèl'cnl prendre une place au soleil de l'opposition.

Conspirateur émérile, quoifjue jeune encore, Loui^ Bonaparte s'est payé à Paris un organe spécial. En I 850, un homme mêlé à tous les factieux et qui se faufile dans toutes les intrigues, M. de Crouy-Chanel, lui jifopose lie fonder le Cuinlolc avec son nom et surtout

i.i;s l'viiTis i:t i.r.s cdMi'i.oTs. -jtt

i^voc son or. I^e princo connaissait la puissance du journal et celle des journalistes, enfants terribles qui s'amusent à tirer des pétards sur la cime du Vésuve en éruption, ou qui, d'un trait de plume, renversent les trônes les plus solides. A l'exemple du général Bertrand, le commensal de Sainte-Hélène, il ne jurait alojs que par la liberté illimitée de la presse. Il aimait à se servir de ce levier; il l'employa. Louis-Napoléon voyait l'argent couler entre ses doigts comme l'eau. Pour arriver à son but, il avait dissipé sa fortune; il sacrifiait ses dernières ressources. Le Commerce fut acheté, afin d'être, simultanément avec le Capitale, la trompette et l'écho du Bonapartisme. La prospérité matérielle de ces deux feuilles napoléoniennes n'eut rien à envier à leur désastre littéraire. Une mauvaise gestion les réduisit bientôt aux expédients. Cet échec fut pour l'Orléanisme un succès qui l'aveugla. Le Capitale et le Commerce mouraient d'une double inanition : les Orléanistes s'imaginèrent qu'il n'y avait qu'eux en Franc(> capables d'exploiter le grand homme et de tirer de son cercueil tout ce que la redingote grise pouvait rendre. Fiers de cette conviction, ils ne se tinrent plus sur leurs gardes contre le Bonapartisme.

Le 6 août 1 840, le City-Ëdinburgh ^hdiieau à vapeur, frété en Angleterre par Louis-Napoléon, est en vue de Boulogne. 11 a pris à son bord quelques complices de Strasbourg, notamment le chef d'escadron Parquin, Lom])ard et Fialin, dit de Persigny, ainsi que s'exprime l'acte d'accusation. De nouveaux conjurés, le général

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comte de Monlliolon, les colonels Voisin, F>aboide, le chef d'escadron Mésonan, Alfred d'Almbert, Bouffet- Montauban, d'Ornano, le comle Dunin, Bataille, Conlîeau, Faure, Orsi ctGalvani, entoiirenl le prince, qui leur adresse l'allocution suivante : u Mes amis, j'ai eoîi<;u un projet que je ne pouvais vous confier à tous, car, dans les grandes entreprises, le secret seul peut assurer le succès. Compagnons de ma destinée! c'est en France que nous allons. Là, nous trouverons des amis puissants et dévoués. Le seul obstacle à vaincre est à Boulogne. Une fois ce point enlevé, notre succès est certain, de nombreux auxiliaires nous secondent. Et si jô suis secondé comme on me le fi\it espérer, aussi vrai que le soleil nous éclaire, dans quelques jours nous serons à Paris, et l'histoire dira que c'est avec une poignée de braves tels que vous que j'ai accompli cette grande et glorieuse entreprise! »

C'est le retour de l'île d'Elbe mis en action, et l'Ame des conseils est, on le voit, plus que jamais le secret. Le prince a foi en son étoile; ses compagnons croient en lui : le courage ne fait défaut à personne. Le débarquement opéré sur la côte de Wimereux, ces cinquante-six hommes marchent résolument à la conquête d'un trône. Couverts d'uniformes français, ils se présentent au quartier d'infanterie, occupé par deux compagnies du 42* de ligne. Le lieutenant Aladenise leuifait connaître le nom du prince Un cri de : Vive l'Empereur! le salue. Elles vont passer à l'ennemi, lorsque le capitaine Col-Fuygellier se précipiteau-devant d'elles.

Il a dt's paroles énergiques pour leur rappeler l'obéissance au drapeau; ses soldats se montrent dociles à sa voix. Il repousse les offres et les prières qui lui sont faites. Puis, au milieu de celte altercation, la balle d'un pistolet que Louis-Napoléon tenait à la main va frapper au visage un grenadier du 42\

A Strasbourg, le prince n'a pas brûlé la cervelle au général Voirol, meurtre qui lui eût assuré la victoire. On prétend qu'à Boulogne il n'a pas consenti à être aussi timide ou aussi humain, et qu'en tuant Col-Puygellier, il avait espéré se débarrasser d'un obstacle. Cette version de l'Orléanisme' a été contredite par le prince lui-même, expliquant ce malheur par un accident ou par un mouvement involontaire, et déclarant qu'en aucun cas il ne peut et ne doit être allribué à une préméditation. Quoi qu'il en soit, la partie élail perdue pour Louis-Napoléon avant d'être sérieusement entamée. Il veut tenter sur la citadelle un coup de désespoir; mais déjà l'éveil a été donné. Ce n'est pas un Bonaparte qui surprend la ville, ce sont les Anglais (jui débarquent. C'est contre les Anglais que la garde nationale, unie à la troupe de ligne, se met en mou-

' On lit flans le rapport île la coinniission d'instruction de la cour des pairs, par M. Persil : « Vous savez comment furent aceiieillies ces propositions, et comment, de son côté, Louis Bonaparte répomlil au nohle langage du capitaine Col-1'uygcllier. Expulsé de la caserne une première fois et revenant plus vivement à la ctiarge sur cet officier, il répondit y l'honorable et courageuse résistance de celui-ci par un coup de pistolet qui alla blesser un grenadier |)lncé derrière ou h côté de lui; joignant ainsi un crime contre les personnes à un crime contre l,i paix piiblii|ue et contre l'existence du gouvernement. »

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vemenl. La cordiale cntonte de l'Orléanisnie avec TAnglais n'a pu Irouver que ce prétexte, toujours national, pour enlever la population.

Vaincu et cerné, Louis-Napoléon ne doit chercher de salut que dans une prompte fuite. Une hnrque est ;iu rivage; il s'y jette avec Voisin, Mésonan, Persipjny, Kaure, Galvani et Dunin. D'autres conjurés s'effoicciil de gagner à la nage leur paquebot. En ce moment, un feu bien nourri, selon l'expression orléaniste, se fait entendre. C'est la garde nationale, ce sont les douaniers et les soldats qui fusillent à peu près à bout portant dos hommes désarmés et ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. La barque de Louis-Napoléon était exposée ainsi qu'une cible. Elle compte bientôt autant de blessés que de passagers ; elle chavire par les soubresauts que la douleur imprime. Le comte Dunin expire sous les balles; le sous-intendant Faure se noie. Les uns se débattent contre les flots, les autres contre cette clKome aux ranards, dont l'Orléanisme fit une de ses plus douces jouissances. Ils auraient tous péri sous l'application d'une loi martiale aussi sauvage, lorsque des canots vinrent recueillir ces malheureuses épaves de l'Impérialisme.

Prisonnier de guerre avec ses compagnons, Louis Honaparle n'a rien perdu de son sang-froid et de ses espérances. La destinée s'est trompée deux fois, il attendra l'occasion de la faire s'expliquer plus clairement. Par l'indécence de ses joies et l'excès de son bonheur, la dvnastie de 1850 va lui reconstituer une au-

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réolo. lai Frnnce était sous l'impression du trailé du do juillet 1840, fatal traité l\ quatre, par lequel les grandes puissances de l'Europe ne laissent à Louis- Philippe que le choix entre la réputation d'hypocrite ou celle de lâche. La France avait besoin de consolation et de gaieté; l'Orléanisme se mit en frais pour provoquer le rire.

Le commandant Parquin, au moment de s'embarquer sur le City-Edinhurgh, a découvert la boutique d'un marchand d'oiseaux. Le vieux soldat veut charmer les ennuis de la traversée; il achète un aigle en assez piteux état. Cet aigle, qui n'a rien de très-impérial, esl trouvé à bord après la débâcle. Ce sera une pièce de conviction, l'éternel sujet des plaisanteries du Palais- Royal et de tous les corps constitués. Cet aigle, tour à tour empaillé, déplumé, mort ou vivant, selon les caprices du narrateur législatif ou du folliculaire zélé, devait marquer les étapes en volant de clocher en clocher. On accrédita d'autres fables. Il fut publié qu'un certain nombre de domestiques, d'origine anglaise, avaient été revêtus de l'uniforme des soldats français. On parla d'une pi'odigieuse quantité de bouteilles de Champagne vides, laissées sur le bateau à vapeur comme lémoignage de l'orgie précédant l'attentat. On inventoria les papiers saisis ou non saisis dans ce paquebot; mais lorsque la Cour des pairs s'assembla en audience solennelle pour juger les vaincus de Boulogne, chacun comprit que celte échauffourée ne devait passe résumer dans des moqueries de mauvais aloi.

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l.e jury avait été récusé par le gouvernement, el le .loanial des Débats, du H août 1840, en donne les motifs, a Comme prétendant au trône, ainsi s'exprime la feuille orléaniste, M, Louis Bonaparte est ridicule, nous le savons, ridicule aux yeux de tout le monde; accusé, il n'est pas impossible, peut-être, que le neveu de l'Kmpereur trouvât un second jury de Strasbourg.

ce C'est assez de deux tentatives comme celles de

Strasbourg et de Boulogne. Nous serions presque aussi ridicules que M. Louis Bonaparte si nous ne mettions pas un terme à ses invasions. Sans doute un verdict de Strasbourg ne ferait pas M. Louis Bonaparte empereur des Français ; mais un pareil verdict augmenterait en lui l'envie et l'espérance de l'être, et, ce qui est bien pis, déshonorerait la justice. »

On invoquait la justice politique; la Cour des paii's va la rendre. Mais l'Orléanisme, qui ne sut pas plus triompher avec modération que tomber avec dignité, ne se contente point de cette juridiction exceptionnelle. Dans l'année même où il s'abrite derrière les cendres de l'Empereur afin de se faire pardonner la plus insigne couardise, il n'a pour toute prison à voter au neveu de l'Empereur que le cachot où fut renfermé Fieschi. C'était sans doute la preuve que, dans son rapport fait au nom de la commission d'instruction de la Cour des pairs, M. Persil déduisait u d'un ardent amour de la liberté et de l'égalité et du profond respect pour les droits des citoyens. » On

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lil un effet dans ce document : « L'acquittement do Strasbourg est devenu, à leurs yeux, une preuve de la sympathie de toute la population pour la cause napoléonienne; et lorsque plus tard le roi eut la noble pensée de restituer à la (erre de France les cendres glorieuses de l'Empereur, ils n'ont vu, dans la manifestation de l'enthousiasme excité par les souvenirs d'une époque où se sont opérées de si grandes choses, qu'une occasion de satisfaire, par de coupables moyens, des opinions insensées, et de renverser nos institutions au nom de celui dont le premier titre à la reconnaissance de ses concitoyens fut d'avoir détrôné l'anarchie. Rien ne les a arrêtés, ni les leçons de l'expérience, qui auraient dii les éclairer sur l'impopularité, sur l'isolement et l'abandon universel de leur cause, ni l'élal prospère de la France, attachée chaque jouidavantage à sa dynastie et au gouvernement qu'elle s'est donné; ni ce refroidissement des passions que le temps et la puissance irrésistible de l'opinion publique ont amené au sein même des partis les plus exaltés. Ils ont tout méconnu, tout attaqué, avec la même présomption et une confiance plus folle, s il est possible, que celle qui les avait conduits jusque dans les murs de Strasbourg.

« Nous serions heureux de penser que les difficultés internationales qui préoccupent et inquiètent le monde n'ont pas aussi décidé et précipité leurs coupables projets. Mais que ne peut-on pas croire de ceux qui, par une surprise sur Boulogne, avec quel-

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quos officiers on retraite pour la pliiparl, avec quelques hommes sans nom, inconnus à la France, et nne trentaine de soldats déguisés en domestiques ou de domestiqnes déguisés en soldats, ont conçu la pensée de s'emparer de la France, et d'y établir au nom du peuple et de la liberté, sous l'égide d'une renommée Irop haut plac('!e pour qu'il soit donné à personne de lui succéder, un système de gouvernement qui nous a l'ait, il est vrai, recueillir d'amples moissons de gloire, mais que ne signalaient à notre reconnaissance ni un ardent amour de la liberté et de l'égalité, ni un profond respect pour les droits des citoyens? »

La force publique amène Louis-Napoléon et ses complices devant la Cour des pairs, où ne siègent que des créatures de l'Empire, des obligés, des enrichis ou des thuriféraires de l'Empereur. La comédie solennelle des formes judiciaires va se jouer. Le chancelier Pasquier interroge le prince et ses coaccusés. Ils avouent tout; ils se font gloire de tout; ils s'attendent îi tout.

Vingt-trois ans sont écoulés depuis ce procès, ouvert le 28 septembre et terminé le 6 octobre 1840. La dynastie de juillet a disparu dans une tempête. L'Empire s'est refait à la suite d'une république déclarée impuissante même par ses fondateurs; et, en consultant la liste des célébrités du barreau qui, soit comme ministres, soit comme sénateurs, députés, procureurs généraux, présidents ou conseillers d'État, défendent aujourd'hui sa politique avec des paroles

LKS l'AKilS Kl LtS COMl'LOiS. l'xô

si pleines d'enthousiasme, mais qui n'auraient peutêtre détendu qu'avec crainte ou répugnance la vie et l'honneur du proscrit, Napoléon III ne veut conlîer cette délicate mission (|u'à un légitimiste. C e.-«l mm tradition de t'amille que la reine Hortense a léguée à son lils. Berryer lut désigné par lui. En tlétrissant ses accusateurs et en faisant rougir ses juges, Berryer le réhabilita. Louis-Napoléon Bonaparte n'encourul quun emprisonnement perpétuel dans une lorleresse située sur le territoire continental du royaume. C'était le condamner au supplice de l'espérance.

Les courtisans, dont la piété envers les dépositaires du pouvoir est inamovible', et qui savent très-bien fac-

' Après FavorlciiienL de la coiisjiiialioii tic Boulogne, Louis-l'liili|i|ii' voulut témoigner à celte ville la reconnaissance tic rOriéaiiisnic. Us'enibar({ua près tlu château tl'Eu, et lit tle cette excursion maritime une ])artie de plaisir. La tempête survint. L'avocat Dupin, toujours procurt iir géntn-al à la cour de cassation et sénateur tle l'empire, prend texte de cet ouragan pour comparer son roi de Juillet à César. 11 lui adresse de Halligny, le "26 août 1840, une lettre qu'il a, par mégarde sans doute, ou- Itlié dinsérer dans ses volumineux Mémoires. Nous sonnnes heureux de pouvoir restituer à son auteur un document admiralif qui a bien son prix devant la constance des opinions.

« Sire,

ti Vous avez pu dire aussi au capitaine de votre bateau : « (^lue crains- " lu? tu portes César et sa fortune, ii — C'était aussi la fortune de la i'rancel Et ce péril couru, noblement surmonté, fécond eu incitlcnls ipii l'ont éclater le courage, le sang-froid, la grandeur d'âme, riiumanilc, u'a fait qu'accroître l'intéièt de la visite rendue par le roi à la ville 11dèlc. Ce discours au pied de la colonne m'a semblé l'un des plus nobleentre les meilleurs; et à présent que tout est heureusement accompli . d ne doit rester à Votre Majesté que le senlinient de bonheur qui s'attache à tant d'acclamations si justement méritées et si libéralenient accordées.

<< Je liai plaint que la reine, dont le cieur soumis à tant d'éprcu\es

W< r.HAPITKE II.

luier leur dévouement, n'eurent pas assez de frlicilations à adresser an vainqueur. Louis-IMiilippe triomphait d'un aventurier, presqued'un fou; Louis-I'hilippe s'enivrait d'encens, d'hommages et de protestations d'éternelle fidélité. Pendant ce temps, seul, dans sa prison de Ham, le neveu de l'Empereur n'entendail (|ue des anathèmes grondant sur sa tête; il ne recueillait que des insultes ou des mépris. Ses proche.s eux-mêmes le fuyaient ou le vilipendaient. Mais la scène du monde change encore plus vite que la scène des théâtres; et, comme un suaire, le manteau d'Aiiequin tombe avec tant de rapidité sur les Césars de la veille, qu'ils disparaissent sans laisser d'autre^ traces qu une froide indifférence et une ingratitude absolue.

Un jour, le H décembre 1851, un nouveau IN brumaire vint dégager l'étoile de Louis-Napoléon des nuages qui l'obscurcissaient. Alors les pairs de France qui l'ont jugé, les magistrats qui l'accusèrent, les généraux, les députés, les ambassadeurs, les conseillers, les fonctionnaires hauts et bas, les poètes et les professeurs de toutes les antichambres, les écrivains de tous les offices, qui le maudirent à Vielles dents, forment la haie sur le passage du coup d'Klat victorieux. Seuls convaincus qu'ils mirent autant de mesure dans leur brusque changement que de finesse dans leur affection prochaine, ils lui offrent des cœurs qui ont

n"avail p;ts besoin de iiouvflles ;tiigoisse>. Un moins elles nonl \>Ht\[ duré, el lebonlieur de la famille ro\ale a lini |uir être cuniiilel. >

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déjà beaucoup servi. Avec une cruauté de flalterie qui damnerait un anachorète, ils ont tous des palmes à la main, des bénédictions sur les lèvres, des éclairs d'amour, de joie et de reconnaissance dans les yeux. Moins le zèle est sincère, plus il y a d'exagération. Tous, fonctionnant comme les rouages d'une machine, lui répètent ce qu'ils affirmèrent à tant d'autres princes. Tous s'écrient avec Tacite^ : « C'est à ce Vespasien, ainsi qu'à ses enfants, ([ue les arrêts du destin, que les prodiges, que les oracles réservaient l'Empire, ou du moins c'est ce que nous avons c7ii depuis son élévation. »

La réticence apportée par le grand écrivain comme correctif aux prodiges et aux oracles n'est acceptée que sous bénéfice d'inventaire silencieux par les thaumaturges du fait accompli. Elle n'en existe pas moins, cl Louis-Philippe ne sera pas le dernier à en faire la dure expérience. Strasbourg et Boulogne, les deux plus heureuses fautes du siècle, créent à Louis-Napoléon une notoriété que d'obscures vertus et une philosophique résignation aux décrets de la Providence ne lui auraient jamais acquise. En s'el'forçant de le rendre impopulaire et impossible, on le popularisa. Insensiblement on habitua le peuple à le croire possible. Le peuple, en effet, par une propension naturelle, aime à prendre le contre-pied des idées que ses gouvernants tâchent de lui inculquer. Le peuple es( toujours prêt à se ratlaciier à un homme; il faut

• iiitil.. Hùsl., iiv. 1\ , ].. lil.

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un siècle entier pour faire pénétrer une idée au cœur des multitudes. De temps à autre, la F'rance est un peu femme. Elle a ses coquetteries, et il lui plaît de voir un prince risquer parfois sa vie pour elle. Louis- Napoléon iavaitfait. Louis-Napoléon expiait ses complots dans une prison d'Etal, et sous les verrous, amant déclaré de tous les droits constitutionnels, il démontrait à Louis-Philippe d'après saint Amhroise ', « qu'il n'est pas digne de la majesté impériale de refuser la liberté de parler. »

Le Bonapartisme n'est pas encore un parti , ni même une faction; c'est un homme qui ne s'oublie pas, et ijui, à aucun prix, ne veut être oublié. Il a des amis de sa mauvaise fortune et des escompteurs de la bonne. Parmi eux, ainsi que dans les camps légitimiste ou républicain, on trouve des cœurs dévoués, des tètes chaudes, des tiaîlres, des brouillons, des besognenx, des parasites, et surtout de très-braves gens. Ces braves gens aiment le martyre chez, les autres. Toujours disposés à s'excuser, comme Cicéron, de s'i'tre réconciliés avec César et de vivre en paix sous sa dictature, ils déclarent à l'oreille de chacun que Caton a bien fait de se tuer pour ne pas être témoin de l'asservisseinenl de Home, et, ajoutent-ils avec l'orateur romain : < Un doit mourir plutôt que de voir le visage d'un lyran. w

Le visage du tyran de ce temps- là était celui de Louis-Philippe, pauvre lyran qui ne vaut ni les coups

' AiiiIjios. UpiTU, loiii. 11,L'|M>I., |i. 'Jill.

i.i;s l'AUTis i-:t i,i;s citMi'i.ius. 2x0

fie ciiuoii ni les coups de plume dirigés cuiilie lui. -M;iis les pyrlis, ayant tous des marlyrs à Hani, à Doiillens, au monl Saint-Michel ou au bagne, avaient résolu sa ruine. Nous allons voir comment les Lésilimistes, les Uépublicains et les Bonapartistes, puissamment aidés en cela par les d'Orléans eux-mêmes et pai' les ministres du règne, vont procéder pièce à pièce à la démolition du trône de juillet, car, selon une prophétique parole de l.ouis-Napoléon, vinaigrant l'allusion à l'adresse de Louis Philippe' : «Tous ceux qui ont fondé leur autorité sur l'égoïsme et Icj? mauvaises [tassions ont bâti sur le sable. «

' t'roijrcs du l'as-dc-Cdais, miiiiciu du G jiiiUi;! iS'tj.

^'U)^-]'llillj)|le cil taco ilcs |jitis^;mfOs étrangère^-. — La princesso dr. Melternicli el le comte de Saint-Aulaire. — L'empereur Mwlas et \f^ ambassadeurs orléanistes. — Instructions qui leur sont données. — . L'entente cordiale exclut la France du concert européen. — Protection de l'Angleterre. — Le siège de la ciladelle d'Anvers. — Le caliinet de Saint-James ne veut pas ipic les lielges cumbatlent même pour leur cause. — Dom l'edro et dom Miguel. — La lutlc des frères ennemis — Dom Pedro elles réfugiés italiens et polonais représentant l.i nationalité portugaise. — Louis-Philippe et Léopold, comte de Syi'acuse. — Assortiments de sceptres constitutionnels. — Mort de Ferdinand VU, roi d'Espagne. — La reine Christine el M. Mignet, envoyé orléaniste. — Négociations du Napoléon de la paix. — Le traité des vingl-cinq millions d'Amérique. — Origine de la dette. — Le président Jackson et le roi des Français. — Le cabinet de ^\asilington menace le cabinet des Tuileries. — Intrigues en partie double. — Le brick le d'Assas à New-York. — Berryer, le duc de Filz-James et )1. Thiers à la tribune. — Traité d'Lnkiar-Skelessi. — Ihoit de visite accordé aux Anglais sur la marine marchande liançaise. — La Grèce émimcipée et les trois cours protectrices. — Lord Palmerston toujours contraire aux projets et aux vues de l'Orléanisme. — Le duc d'Orléan;^ immariable. — Blocus matrimonial établi contre lui. — Son \o\age à Berlin et à Vienne. — Demande ofiuieuse de l;i mnin de l'archiduchesse Marie-Thérèse. — Politiijiie sentimentale du prince de Metternicli. — Circulaire secrète de 31. Thiers demandant à toutes les cour^ de l'Kurope une princesse à marier. — Trois mariages piotestants dans la lamille d'Orléans. — La piincesse Uéièue de Meckleinbnurg. Le roi de l'russe tait de cette union nue affaire de prosélytisme luthérien. — La tiancée sans dot. — Les fêtes du mariage. — La première catastrophe. — .Mort de Charles X. — Louis-Philippe fait dé-

LE NAPOLÊO.N DK LA PAIX. 291

fendre de célébrer des messes en noir. — Corruptions [larlemcnlairo et compérages représentatifs. — Les ambitions et la logique du mal.

Les ministères faisant leur relais. — Crises et fictions. — Le beau

ilu régime constitutionnel. — .\narchie dans tous les pouvoirs. — Les bons mots et les scrutins. — Le comte Mole président du conseil.

— Ses premiers bonheurs. — Son portrait. — Thiers et Guizot ballant le rappel des partis. — Leurs rivalités. — Plans du comte Mole.

— La coalition. — Les orateurs de couloirs. — Les roueries de Louisl'iiilippe divulguées. — La bourrasque parlementaire emporte le ministère Mole. — Mort du prince de Tallejrand. — La barrière d'Entier. — M. Thiers président du Conseil — La question d'Orient. Les cinq puissances en quête d'un moyen pour assurer l'intégrité du territoire ottoman. — Les Turcs, (irocs du Kas-Empire. — Méhémel- \li et Ibrahim-Pacha son fils. — Leurs victoires. — La France protège Méhémet -Ali. — M. Guizot ambassadeur à Londres. — Les combinaisons de Louis-Pliilippe avortent Tune après l'autre. — Les quatre i^randes cours se séparent secrètement du cajjinetdes Tuileries. — Le traité du 15 juillet. — Exclusion de la France. — L'Orléauisme isolé et impopulaire. — ■ La Révolution et les partis poussent Louis-Philippe à la guerre contre TEurope. — La Marseillaise et le Clianl du Dcpaii. — Louis-Phili[ipe menaçant l'jùn'ope de son bonnet rouge. — M. Thiers et son cri de guerre. — Ilappel de la flotte française. — Bombardement de Beyrouth par les Anglais. — Les indignations de la Fi'ance. — La garde nationale de Paris mise en mouvement. — .Vbandon du pacha d'Egypte. — La Bastille ressuscitéc et les fortifications de Paris. — Pensée immuable du règne. — Marie-Christine expulsée d'Espagne par son général Espartero. — Les cendres de rempereur.

— .*^ou apothéose au milieu des abaissements de la France. — L'idée révolutionnaire et l'idée napoléonienne. — Le duc d'Orléans. — Ses qualités et ses défauts. — Sa mort sur le chojnin de la lîévolte. — l'oint de régence et pas d'enfant! — Les douleurs de l'Orléanismc. — Les usurpateurs refaisant pour leur com}ite le dogme delà légitimité.

— Le testament du duc d'Orléans. — Les serviteurs passionnés et exclusifs de la Révolution. — Louis XIV et le duc d'Orléans. — L'Algélie et les partis. — Louis-Philippe avait-d promis aux Anglais d'abandonner la conquête de Charles \? — Les généraux et les administrateurs. — Nouvel art de la guerre. — Abd-tl-Kader et ses combats. — La reiue Victoria au château d'Eu. — Vatout et le maire d'Flu. — Le duc de Bordeaux en Angleterre. — Son portrait. -— Négociations secrètes de Louis-Phihppe pour que le jeune prince ne soit pas reçu à la cour de Windsor. — Le duc de Bordeaux ne s'y pré-

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seiik' |i;is. — Fêles (| lie lui (Idiiiic rarisluinilie aiij^lai.ve. — \a'.s pèlerins de Belf,'ravc-S(|ii;;re. — Le duc de Nemours à Londres. — Son isolement |)anni les Français. — Les ilétrissenrs et les flélris. ■ Belj;ravc-Sqnarc, Eisenacli et Cluremont. — Le droit de visite et Findeiniiilé l'riUliard. — Le consul anglais a|iotliicairc, marchand de Hihlcs et li'^Mslaleur. — Les iles de la Société et l'omaré. — Le gouvernement français désavoue sa marine. — Les cusus helii de I>ouis-I'lnlippe. — Le prince de Joinville homharde Tanger el Mogador. — La France est assez riche pour payer sa gloire. — Louis-Philippe au ciiàteau de AVindsor. — La morale el la lillérafine. — Etat des mœurs et des esprits.

l'n biitleaux difforcnls partis qui agitaient la Fi"iiicr cl nu se coalisaient que pour l'envei'ser l'établissement (le Juillet. rOrléanisme, batbué au dedans, ne trouve au deliors aucune compensation. C'est la l'orce qui lui a dontK' un litre royal, mais ce titre ne donne pas de force. L'Europe a mesuré Louis-Philippe de la tête au cœur. S'apercevant que tout y est vide ou faux, elle l'ail (le ce roi de nouvelle édition et de son gouvernement le perpétuel objet de ses railleries. Les grandes puissances affectent à son égard une pitié qui dissimule assez mnl le mépris; les cours secondaires se modèlent sur un pareil exemple d'ostracisme. La dynastie de iSoO, mise au ban de toutes Tes cours, est condamnée à n'attendre que de l'Angleterre le plaisir d'avoir une alliée. L'Angleterre doit lui faire payer luen cher cet appui (qu'elle entoure de toute espèce de dédains. Le lem|ts était \enu, — temps pai' bonlieuc exceptionnel dans les annales de la [Monarchie Iraneaise, — où un membre du cabinet de Saint-James )iouvail se permettre de dire (pi'il ferait passer Louis-

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