I.E NAl'OLKtlN DE I, \ l'AIV
gouvprnemciil russe nous a fa il parvenir, à plusieurs reprises, de la salisl'action que lui a causée le choix du nouveau représentant de Sa Majesté, et de l'empressement avec lequel il attendait votre arrivée. Il est difficile de ne pas voir, dans ces protestations multipliées, une sorte d'amende honorable d'un procédé dont on aura sans doute fini par comprendre l'inconvenance.
a Quoi qu'il en soit, si, malgré nos prévisions, l'empereur Nicolas reprenait à votre égard l'attitude qu'il a constamment observée à l'égard de M. le duc de Trévise, il vous indiquerait par là celle que vous devriez vous-même adopter. Renonçant dès lors à conserver avec l'empereur des rapports directs, contraires à la dignité de la France, et par conséquent à la vôtre, votre rôle se bornerait à entretenir avec le vice chancelier les relations officielles strictement exigées par lesnécessirés du service, et vous attendriez les ordres du roi.
c< S'il arrivait, ce que nous ne devons pas prévoir, puisque cette hypothèse ne s'est pas réalisée dans des circonstances où elle semblait bien moins improbable, s'il arrivait, dis-je, que le mécontentement de l'empereur Nicolas, réveillé par quelque nouvel incident, se manifestât à votre égard par quelque chose de plus prononcé que de la froideur et de la réserve; si, ce (|ui nous paraît impossible, il vous faisait entendre des paroles dont le gouvcrnemeni du roi eût le droil de se tenir offensé, je n'ai pas besoin de vous dire que, '<;ins attendre un ordro de rappel, vous devriez deman-
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(I».'r vos passe-porls el laisser à un chargé d'affaires la direction de l'ambassade. Mais, je le répèle, cette pénible supposition ne se réalisera pas. »
L'Orléanisme avait aussi mal supposé en cette occui'rence qu'en tant d'autres; mais comme il s'agissait moins de régner glorieusement que de vivre de hasard, il ne s'occupe de ces déboires que pour les alt(''nuer ou les présenter au pays comme la conséquence de sa révolution. La France n'a jamais élé habituée par ses gouvernants à une si déplorable modestie. Blessée dans son orgueil, elle s'irrite de celle succession d'outrages, lui anivant aussi bien du Nord que du Sud ; elle s'indigne de se savoir systématiquement écartée des négociations qui importent à son honneur. Le 25 juillet 1851, Louis-Philippe essaye de la rassurer. Dans son discours d'ouverture des Chambres, il annonce avec un orgueil enfantin que la conférence de Londres, où siègent les ministres des cinq grandes cours, adhère à la démolition des forteresses belges que les traités de \H\h firent élever contre la France» et maigri' la France.
Cette réparation, garantie par la parole de Louisl'hilippe, élail un mensonge, an moins diplomalique. Cinq jours après, le 28 juillet, sir Robert Peel, en plein parlement, interpelle lord Palmerston. L'entente cordiale était dans son plus complet épanouissemeni ; lord Palmersion la sanctionne par cette brutale promesse, (jui chatouille si douc<'ment la fibre palriulique de loul bon Anglais : (( La négoci.tlinii à inter-
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venir n'aura lieu qu'entre les quatre puissances et la Belgique, La France en est exclue «
[/Angleterre se proclamait la seule amie de l'Oi"léanisme; voilà le premier gage d'affection qu'elle lui offre. Louis-Philippe, dans une nécessité dynastique, a consenti à lier les mains et les pieds de la France; il s'efforce de comprimer son cœur au profit du cabinet brilannique. Ce cabinetlautorise-sous toules réserves de vasselage secret, à tirer l'épée à son commandement et à n'agir que d'après ses ordres. Le siège de la citadelle d'Anvers fut ainsi résolu. L'Angleterre ne veut pas, pour des raisons essentiellement britanniques, que l'armée belge participe à cette expédition qui délivrait son territoire : l'Angleterre craint que la fraternité des camps ne vienne renouveler entre les deux nations cette union cimentée depuis longtemps par la similitude des mœurs et du langage, ainsi que par le rapprochement des intérêts commerciaux. En haine du nom français, elle condamne la Belgique à assister, l'arme au bras, à son affranchissenienl. La Belgique, trompée sur les motifs de cette étrange abstention et prise d'un de ces accès de fol orgueil moulant parfois à la tète d'un petit peuple, accuse la jalousie des soldats s'avançant pour l'émanciper. Celle idée, soigneusemententretenuepar le cabinet deSaint- .lames, exaspère le patriotisme belge, au point qu'il lefuse de fournir la subsistance aux officiers de l'année libératrice. Ce malentendu, provoqué par des intrigues mvslérit'iisfs dont l'Oiléanisnic diMobait le fil à
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>;l'S niinislres oiix-memcs, oxcnn uno Ificlieusc influence sur l'esprit de l'armée. Malgré la bravoure litîployée par le duc d'Orléans, elle se senlail el se. disait mal engagée. Au début de sa première campagne sous le drapeau tricolore, elle rougissait d'avoir à verser son sang pour une mystification diplomatique. L'armée se plaignait de servir de gendarmes el de i' a rd es-côtes à la conférence de Londres. Sans lenii état de l'inextricable situation dans laquelle l'amonr du lucre et du pouvoir précipita Louis-Philippe, l'armée .se persuade qu'il déshonore le drapeau de la France. Ce soupçon, que les complications du siège d'Anvers firent germer dans l'esprit du soldat, s'étendit à tous les corps; il fut, durant le règne de l'Orléanisme, une cause permanente de méfiance et de désaf fection .
Le chef-d'œuvre de la bonne conduite est de prévoir et de saisir l'heure opportune. Par la force même des choses de Juillet, comme par l'inslabilité de son gouvernement, le roi-citoyen ne peut jamais utiliseï' ses ruses qu'au profit de l'Anglais. Ne sachant pas que, s'il est difficile de réparer les fautes qu'un autre a commises, il est à peu près impossible de réparer celles qu'on fit soi-même, Louis-Philippe, qui n'eut jamais le courage du bien et la haine du mal, i^e lance dans les aventures démagogiques à la suite du cabinet de Saint-James. Sans doute chaque esprit a sa lie, et dans l'existence des peuples ainsi que dans cel|p de«; hommes, il y a beaucoup de moments con'
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Iraiies h la vérilé. Cliez Louis-Philippe, ces iiiumeiils pai'aisseiit composer toute sa vie. De concert avec la Grande-Bretagne, il a basé le nouveau droit européen sur le principe de non-intervention. Ce principe admis, il est obligé d'intervenir d'une manière subreptice en Portugal et en Espagne, afm de changer l'ordre de succession au trône el de pincer ces deux royaumes sous l'égide d'une constitution de fabrique anglaise.
Dom Pedro et dom Miguel, les Étéocle et Polynicc du dix-neuvième siècle, s'acharnent à poursuivre uru! lulle Iratricide. Dom Miguel, maître du Portugal, a la possession et l'autorité du fait accompli, cette autoiit(' (ju'invoquenl toutes les révolutions. 11 gagne l'amour de ses sujets. Fidèle aux traditions nationales et à celles de la maison de Bragance, il a résisté à tous 'es empiétements des Anglais. 11 prétend régnei- librenientdansun pays libre. Les révolutionnaires, qui se servent avec autant d'aj)titude humanitaire du poignard que de la calomnie, firent de dom Miguel un monstre couvert de sang et de crimes. Puis, l'Orléanisme aidant, on gratifia de toutes les vertus dom Pedro, emper^îur congédié du Brésil, débarquant en Europe pour se former l'esprit et le cœur à l'école deb chartes constitutionnelles et des usurpations de famille. Dom Pedro n'a (jue le méiite assez mince de ^'improviser libéral. 11 promet de mettre le cleigé eu tutelle et de gouverner, pendant la minoi'ilé de dona Maria, sa tille, en despote ami des idées modernes, du })rogrcs social et des factoreries bi'itanniqucs.
:m CHAPITRE m.
Louib-Philip))(' l'accueille avec loiile sorte de careïsscN. On lui offre des fêtes publiques et des secours secrets, des conseils et des volontaires, des réfugiés polonais ayant ftoiii' chef un nomnn; le général Raniorino' et des Italiens qui ne se battront qu'après la bataille. Tandis que l'Orléanisme permettait d'importer sur les rives du Tage la guerre civile et les effusions d'une tourbe sédilieuse, l'Espagne se trouve encore par lui soumise au régime de l'arbitraire légal et des pronuneiamentos envers et contre tous.
Louis-Philippe, roi par une révolution de la rue, aspire à projiager son exemple au sein de toutes les familles souveraines. N'ayant pas évoqué d 'approbateurs sur les trônes, il cherche des imitateurs et des complices dans les branches cadettes. Il lient à leur disposition un assortiment complet de reines au maillot, de sceptres en quenouille, et de faits accomplis soumissionnés d'avance, comme si les anneaux des
' Ce jjéiiéral Kamoriiio, condoltière italien, iiicdail ^uii qjocau seivicc de toutes les causes qui escomptaient sa bonne volonté. 11 tenait son sljlet au sei'vice seul de ses amis, tels que Mazzini, dom Pedi'o, Louisl'iiilippe, Charles-Albert et la Pologne. 11 a été fusillé en 1849, après h défaite de Novare, par les Piémontais, ses comparses. l'accusant de trahison. Ce lut la première justice rendue ii cet honniie, dont la vie se fiassa à vendre sa conscience libérale et à traliquer de la vie dt!S aulre<. Raraorino, vierge de toute bonne action, se montrait toujours héroïquement, prêt pour le crime. C'était le chef de toutes les expéditions maaquées, I agent occulte quiles iu\enlait, qui les manipulait, qui les faisait échouer, et qui après accourait à Paris dissiper en orgies le prix de ses succès révolutiormaires. Alors on le voyait sur le boftlevard tirer de ïa poche une poignée d'or, et s'écrier : « Voilà ce ([ui me reste de ma dernière infamie. »
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générations se brisaient à volonté, de niénic que ces chaînes façonnées par l'ouvrier sur un nouveau niofièle. Il rêve d'échafauder partout, mais constitutionnellement, des tribunes parlementaires sur un égout drapé de pourpre; et il nesaperçoitpas que cet appétit d'usurpation dont il est tourmenté et qu'il développe parmi les siens, tue la monarchie. Ferdinand II, roi de iNaples, a, comme don de joyeux avènement, investi Ivéopold, comte de Syracuse, son frère, de la viceroyauté de Sicile. Léopold est jeune, ambitieux et prêt à sacrifier son honneur aux dieux inconnus de la démocratie. Dans cet homme, si naturellement enclin à toute espèce de forfaiture princière, Louis-Pliilippe reconnaît ([uelque chose de son caractère et de son sang, (l'est un joueur qui, comme sa vie entière le prouvera, ne doit reculer ni devant un crime ni devant une félonie. Louis-Philippe lui témoigne une affection particulière, mais intéressée. Il lui prodigue les encouragements; et, dans une correspondance aussi cauteleuse qu'instructive, il lui enseigne l'art de conspirer et de ne pas se eomprom(>ttre. Il l'initie à la science de parvenir' au pouvoir, sans éveiller de royales inquiétudes. Un pareil neveu ne pouvait que se montrer docile aux leçons d'un pareil oncle. La main d'une princesse de la maison d'Orléans est promise à Léopold en récompense future de son usurpation. Léopold, assuré de l'appui des .Vnglais et du concours de l'Orléanismc, travaille à la séparation des Deux-Siciles. Il va se laillei- un royaume dans l'héiitage de son
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rrèrc aîné, lurs(jii(j Fcrdiiinrid, qui se dc'-lic du comit' de Syracuse et encore plus des man(ruvi'es de Luuis- Pliilippe, coupe court à celle intrigue. Il rappelle l'un à Naples et prévient l'autre à Paris que la confiante longanimité de Charles X n'est pas obligatoire pour tous les rois.
Cet échec imprévu ne déconcerte point Louis-l'liilip|)e. Ses plans dynastiques et matrimoniaux n'oni pas réussi à Palerme; il porlc la désunion parmi les 13ourbons d'Espagne.
Lorsque Ferdinand Vil, après avoir épousé Christine <le Naples, voulut abroger la loi salique intioduite par Philippe V, le duc d'Orléans, qui n'élail pas encon^ le roi de Juillet, prolesta très-énergiquenienl contie cette abrogation en sa double qualité de |)rince l'ran- (;ais et de successeur éventuel au trône d'Espagne. Sa pi'olestation énumérait, faisait valoii' et réservait tous ses droits. Le duc d'Orléans avait, dans cette occasion, soutenu exceptionnellement les principes monai'chiques; le roi de Juillet s'empresse d'y renoncer. Poui* s'absoudre de son crime aux yeux des peuples, il s'ingénie à leur montrer des coupables dans tous les palais. Les artifices d'une jeune femme, combinées avec les intrigues et les menaces de donaCarlotla, sa sœui', arrachent aux tendresses d'un époux agonisant un testament qui change l'ordre de successibilité, et placr le sceptre espagnol, ainsi que le sceptre portugais, en- Ire les mains d'une princesse mineure.
Cette politique, favorable peut-être aux desseins de
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rOrléanismc, ne peut produire en Europe que de funestes résultats. L'Orlëanisme n'eut pas l'air de s'en apercevoir. Le 29 septembre 1855, Ferdinand Vil expire. M. Mignet, diplomate d'occasion et Antinous de bureau, est en toute hâte chargé par Louis-Philippe d'aller à Madrid édulcorer à la reine Marie-Christine une leçon d'histoire et d'usurpation. Ce conseiller improvisé, mettant la révolution sur l'air des Folies d'Espa(j}ie, doit promettre, au nom de la France, un concours efficace. La nouvelle régente reste maîtresse, en cas de besoin, d'en déterminer la nature et l'étendue.
Tel était le résumé des instructions tracées à M. Mignetpar l'Orléanisme. Ces instructions, si opposées au système de non-intervention, n'avaient pour but que de susciter la guerre civile dans la péninsule et d'enflammer les passions démagogiques. La guerre civil»' éclata au sein de la famille royale et au fond des provinces. Alors, ainsi que dans les livres sacrés', « on put, voir les oppressions qui se commettent sous le soleil, les larmes des bons qui n'ont personne pour les consoler, et l'impuissance où ils se trouvent de résister à la violence, privés qu'ils sont du secours de tous. » Pour manifester à l'Europe le néant de leurs principes et la malice de leurs calculs, l'Anirleterre et l'Orléanisme se jettent ofticiellemenl dans ces luttes de parti.
Le Napoléon de la paix ne rèi^ne que depuis trois ans. Après avoir fomenté dans son propre pays les ré-
' lùrles., !V, 1.
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bellions et les discordes intestines, il répand en Belgique, on Pologne, en Italie, en Poitugal et en Espagne, le uerme de ranarchie sociale. Cette anarchie dont malheureusement quelques princes osèrent donner le signal, fui inoculée et prêchée par des intrigants ou des ambitieux. Ils se flattaient de compenser les vices de leurs cœurs par la supériorité de leur esprit. Leur esprit, ainsi que celui de Louis-Philippe, succomba à la peine. Us ne conseillaient que ce qu'ils pensaient pouvoir imiter. En ne voulant corrompre les mœurs sociales que jusqu'à un certain degré, ils ne s'aperçurent pas qu'ils jugeaient l'espèce humaine encore meilleure qu'elle n'est : leurs filets avaient él('' tendus Irop haut. En punition de leur orgueil, après avoir fait des lois et des révolutions, comme Néron fabriquait des vers et jouait de la flûte, ces hommes se crurent sublimes lorsqu'ils n'étaient qu'insolenls, et dignes de toule admiration lorsqu'ils n'inspiraieni que la pitié.
Une fausse sagesse dynastique succédait à la folie des insurrections, et le mérite n'en peut être attribué à rOrléanisme, car ses infirmités se multipliaient avec les années. Plaçant à usure le peu de bien qu'il e^l contraint de faire, il proclame très-haul ses bonnes intentions, ce qui sera toujours la gloire la plus nt-gative pour un prince ou un homme d'Etat, car celuilà seul parle avec autorité dont la vie ne peut être exposée à aucun mépris. Louis-Philippe, encore jtius par ses discours que par ses exemples, eutretenail les
peuples d'un vague désir de liberté idéale ; mais, ainsi que l'a dit Bossuet', « quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appâl de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom. » La multitude avait recueilli ce nom ; il agitait toutes les effervescences comme la tempête agite les arbres. La flatterie, corrompante la fois celui qui la reçoit et celui qui la distribue, parsemait de fleurs le chemin des abîmes. Tous ces hommes, fatalement entraînés dans l'Orléanisme, passaient leur vie à s'étonner de voir les conséquences qu'ils ne voulaient pas sortir des causes qu'ils avaient voulues. Sans se demander s il était possible d'être honnêtes et habiles , ils arrivaient , par les oppositions soulevées autour d'eux, à comprendre que la niaiserie n'est pas toujours la compagne de la vertu. Au faite du pouvoir, ils reculaient devant toutes ces expériences faites. Ils ne s'apercevaient du feu qu'après l'incendie , et ils étaient condamnés à l'entretenir de leurs propres mains.
L'ambition suprême du roi des Français aurait été d'entrer dans les familles souveraines par de grandes alliances, et de jeter à son tour l'épée de la nation dans la balance où Dieu pèse les droits des princes et des sujets. Cette chance qu'il convoitait et sollicitait à deu.v genoux, s'éloigne de plus en plus. Le traité concernant les vingt-cinq millions diis ou non dûs aux Etals-Unis montrera aux moins clairvoyants à quelle
* Oraison funèbre d'Hcni icllc de l'twid', reine d'AnijIclcrre.
308 ciiAi'iini-; III.
faiblesse réelle es! rédiiile celte royaiilé, si foile en
apparence.
Soumis une première fois à la Chambre des députés, ce projet de remboursement a été repoussé comme entachant l'honneur français. Louis-Philippe se flatte de porter le culte de la Constitution jusqu'au fétichisme : ce fétichisme ne l'empêche pas de prendre les détours les moins parlenientairement orthodoxes ])uur arriver à son but. Oi', son but est de payer à l'Amérique une créance assez disputée de vingt-ci n(| millions. L'origine de celte créance remonte aux décrels napoléoniens de 1800 et de 1807, frappant de confiscation tout navire convaincu ou soupçonné d'avoir eu rapport avec le gouvernement, le territoire ou le commerce anglais. De pareils décrets ont évidemmcnls lésé beaucoup de négociants américains dans leur trafic. Ces cyclopes de l'industrie dureni faire alors des pertes énormes. Mais ce fait de guerre européenne était-il de nature à provoquer une indemnité? la France devait-elle en être passible? La liestauration, qui ne courba guère la tète devant l'élranger, accueillit jKir une fin de non-recevoir les réclamations des Etats- 1 iiis A peine monté sur le trône, Louis-Philippe n'a I oin( de ces susceptibilités nationales, et le 14 juillet iNôl il fait signer par le général Sébastiani, son ministre , un traité obligeant la France à paver à rAmi'riijnc une ^umme de vingt-cinij millions. Ce prince et celte lépublique, l'un et l'autre si constitutionnrllrinenl lni iiiali-te^, n'ont oublié qu'une chose
i.i: \ \i'Oi.i'.(t\ m-; i. \ i'\i\ .'(nt
cssenlii'llc, viciant le Iraité et rannulant dans son ensemble : le droit du peuple souverain n'a pas été réservé. La Chambre des députés, qui vole les subsides, a vu sa prérogative constitutionnelle méconnue dans un acte où la gloire et la fortune du pays sont directement engagées.
Une aussi inexplicable préméditation d'attentat législatif a éveillé de graves soupçons et fait naître dans les esprits des accusations insolites. Les uns prétendent, les autres assurent que Louis-Philippe n'a précipité le règlement de cette dette si controversable que par un motif de lucre ou de peur. S'a|)puyant sur celle pensée d'Horace' :
Cre^centem soqiiiliir cura jiociinniin Majoiiimque famés.
ils affirment, avec le poëte latin, « qu'à mesure qu'un Irésnr augmente, il amène les soucis et accroît la cupidité. » La France a sous les yeux le spectacle des complicités et des dénis de justice accumulés |>oni' s'approprier les richesses de la maison de (.'ond(''; la France se laisse assez facilement persuader qu'un partage des vingt-ein({ millions a été résolu, et que, pour ce seul motif, on a cherché à se melire au-dessus des lois en violant les plus simples convenances parlementaires. La preuve de cette transaction ne fut point fournie. Malgré les soupçons, les indices et les propos plus ou moins fondés, il y a même tout lieu de croire qu'elle n'aurait jamais pu être administrée. Mais
' WovA.Jh! . lili. m. 1 1.
ôlO CIIAPITIIK III.
Louis-Philippe portait la peine de son incurable péché et de ses calomnies passées, quand le message du président Jackson vint raviver ces inculpations. Le ii ossage, daté du P' décembre 1854, contenait les paroles suivantes : « Puisque la France, en violation des engagements pris par son ministre qui réside ici, a tellement ajourné ses résolutions, qu'elles ne seront probablement pas connues assez à temps pour être communiquées à ce congrès, je demande qu'une loi soit adoptée , autorisant des représailles sur les propriétés françaises pour le cas où, dans la plus prochaine session des Chambres françaises, il ne serait pas voté de loi pour le payement de la dette Si le gouvernement français continuait à se refuser à un acte dont la justice est reconnue, et, s'il voyait dans nos représailles l'occasion d'hostilités contre les Etats-Unis, il ne ferait qu'ajouter la violence à l'injustice, et il s'exposerait à la juste censure des nations civilisées et au jugement du ciel. »
De tous les gouvernements légitimes ou révolutionnaires qui, depuis trois quarts de siècle ont passé sur le Royaume, aucun n'aurait enduré de sang-froid un tel excès d'outrecuidance. Tout en faisant la part de la hâblerie américaine, aucun n'aurait pu braver l'indignation dont la France entière se sentit transportée à cette inqualifiable mise en demeure. Louis-Philippe seul ne daigna pas s'émouvoir. Lui qui avait refusé de payer les dettes de son père, lui qui, par les scribes et les pharisiens de son conseil d'Ftat et de ses tribu-