‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 17 sur 48 · I.K .NAl'OI.KÛ.N l)K LA l'AIX · texte numérisé non relu

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(|u'iin mol, un geste, un signe, durent siiflijc puiir s'entendre. Ce mot fut-il prononcé? ce geste, ce signe ont-ils été faits? Là est le problème que tout le monde s'empresse de résoudre à la charge de Louis-Phili[)pe. Sa complicité au moins morale avec les Américains est hors de doute; il ne reste à l'Orléanisme qu'à se rejeter sur les inlenlions. Il explique sa conduite par ce besoin de paix à tout prix dont il était obsédé, et que les Yankees exploitèrent comme une denrée coloniale ou une partie de nègres.

Quand les officiers du d'Aasas débarquèrent à New- York, ils se virent l'objet de démonstrations très-peu amicales. La populace les hua; elle osa même les menacer, tandis que la presse américaine enflammait les imaginations et attisait les hostilités. Peu habituée à un tel accueil, la marine française ne se laissa point intimider par les vociférations de la multitude; mais Jackson s'aperçut bien vite qu'il ne fallait pas pousser trop loin l'abus d'un patriotisme vantard. Des excuses furent adressées aux officiers outragés. Dans l'espérance que l'Orléanisme tiendrait la parole jurée, le congrès ne prit parti ni pour ni contre le message du président. 11 se borna à différer l'expression de la pensée américaine. Cet ajournement était dans les vœux secrets des contractants. Louis-Philippe soumit une seconde fois la question à la chambre des députés dont il surexcite les instincts pacifiques, et les peureuses condescendances.

La discussion fut sans contredit l'im des plus mé-

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inorables tournois oratoires dont les fastes parlementaires gardent le souvenir. La légitimité de la dette et le jDoint de droit étaient susceptibles de controverse; mais les impertinences américaines, appuyées sur de folles menaces, mais l'attitude du roi de juillet, gar- 'dien infidèle de la dignité nationale et passant à l'ennemi, lorsque l'épée allait sortir du fourreau, ne laissaient à personne une sage liberté d'appréciation. Les uns sont émus, les autres courroucés; tous se sentent placés par l'Orléanisme sur un terrain dangereux. Les accents de la passion, les éclats du patriotisme, l'éloquence des cbiffres n'y pouvaient rien. Louis-Philippe a discipliné sa majorité; le 1(S avril 18/>5, deux cent quatre-vingt-neuf voix contre cent trente-sept lui donnèrent raison aux dépens du pays. La parole si vibrante de Berryer^ et du duc de Fitz-James ne put qu'à grand'peine amener la majorité orléaniste à une concession, qui sauvegarda au moins l'honneur du drapeau. Un amendement, que le ministère n'osa pas repousser, fut introduit dans le projet de loi. Il stipule que le payement des vingt-cinq millions ne sera effectué qu'après que le gouvernement aura reçu des explications satisfaisantes sur le message du général .lackson.

Si la France n'eut pas été déjà édifiée sur les errements de l'Orléanisme, les complications de la créance

' lliuis cette solennelle discussion. M. Berryer fui si enlrainanl que le duc de Fitz-James écrivait le jour même à son ami. le comte Hunibert de Sesmaisons : « Si Berrver eût touIu conduire la Chambre à l'assaut des Tuileries, il le pouvait l'aire en descendant de la tribune. »

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américaine ne lui auraient plus permis le doute. Elle était destinée à s'incliner sous la main des foris et à pressurer les faibles n'ayant pas de protecteurs. Ce rôle n'allait guère aux instincts généreux du peuple; Louis-Philippe l'impose constilutionnellenionl. 11 subit, sans mot dire, le traité d'Unkiar-Skélessi, qui, le 26 juin 1855, ouvre à la Russie seule les Dardanelles et le Bosphore, première étape de la question d'Orient. Trois mois auparavant, le 22 mars 1855, il est atteint d'un accès de philanthropie, inspiré par l'ambition britannique. Pour exaucer le vœu de l'Iiumanitarisme en faveur des nègres, il accorde à la marine du Pioyaume-Uni le droit d'examen et de visite sur nos bâtiments. Cette concession livre la paix ou la guerre à la merci du hasard. La brutalité d'un officier anglais, l'exaspération d un marin français peut, au bout du monde et à l'heuie la plus imprévue, soulever un sanglant conflit entre les deux rivales. Lord Palmerston ne témoigne sa reconnaissance à l'Orléanisme que par de plus mauvais procédés. Poursuivant beaucoup moins l'effacement de Louis-Philippe que celui de la France, l'Angleterre prend à tâche de l'isoler, de l'amoindrir, de l'afficber et de la ruiner à Ions les points du globe.

Les trois cours prolectrices de la Grèce émancij ée, après lui avoir, en 1855, désigné pour souverain un prince bavarois, ont garanti un emprunt de soixante millions à la nouvelle monarchie des Hellènes. Les deux tiers de cet emprunt sont bientôt absorbés par

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fies dépenses injiistitiables. Celte nalinn.ililé uppi'iniéc, qui eut de la prose et des vers jusqu'aux genoux pour célébrer ses gloires passées, ne s'est pas contentée de cet enthousiasme aussi vide que sonore. L'Europe a chanté sur tous les modes académiques et libéraux ces cadavres de noms, essayant de reconstituer un peuple avec les restes de cinquante révolutions. Ils firent payer tribut à leurs admirateurs et à leurs sauveurs; puis ils organisèrent la profusion et sanctionnèrent le gaspillage. Les deux premières séries de l'emprunt étant épuisées, le gouvernement du roi Otlion demande à la France, à l'Angleterre et à la liussie l'autorisation d'émettre la dernière. Les Grecs n'avaient des Miltiades et des Périclès que dans les cantates patriotiques et orléanistes dont on les satura. Corsaires de terre et de mer, pratiquant le système r(>présentatif à leur temps perdu ou le fusil h la main, ils font de leur régénération politique un commerce assez lucratif. Louis-Philippe s'imagine qu'il peut sans danger les gratifier de quelques leçons d'économie bouro-i'oise; le duc de Rrog^lie. ministre des affaires étrangères, est chargé- d'en solliciter la permission auprès du gouvernement britannique. Le Foreign of fice l'accorde; et, pour ne pas faire les choses à demi, il s'engage à joindre ses remontrances à celle de l'Orléanisme. Mais une question de prépondérance se dé- JKittait au même moment à Athènes entre les trois cours protectrices. La Russie conseillait aux Grecs de sr» di'fier de^ lilierté<5 modernes; l'Ansleterre voulait

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les jelcr dans les lurbulences sociales cl dans les exagérations révolutionnaires; Louis-Philipjjc, d'accord avec Coletti, ministre de Grèce à Paris, prêchait au roi ainsi qu'au peuple les béatitudes de son juste milieu. Ce fut sur ces entrefaites que le cabinet de Saint- James et celui des Tuileries se concertèrent pour lenii' au gouvernement des Hellènes un langage identique. Les dépêches furent rédigées; néanmoins Lord l'almerston ne renonce pas, même en cette occasion, au bonheur tout britannique de faire échec à l'alliance anglo-française. Il trace, en cachette, à M. Lyons, plénipotentiaire du Foreign-office, un plan, destiné à contrecarrer tous les projets des Tuileries. Il lui mandait : f( Pressez le gouvernement grec d'envoyer un ministre à Paris pour y déjouer les intrigues de Coletti. Cet homme a inspiré à M. de Broglie la malheureuse idée de rendre la délivrance du dernier tiers de l'emprunt dépendante de rétablissement d'une Constitution en Grèce et du renvoi des troupes bavaroises. » Frédéric le Grand disait que s'il avait l'honneur d'être roi de France, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans sa permission. Louis-Philippe, que ce génie du commandement aurait effarouché, se vantait, lui, de pénétrer les mystères de toutes les chancelleries et de connaître à fond leurs plus secrètes dépêches. Quand toutes les cours allemandes eurent commenté celle nouvelle manifestation de l'entente cordiale, le prince de Metlernich, qui a ses motifs pour cela, — car il sait que la diplomatie est lait de

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ne rien dire el de tout faire dire, — révèle nu eomte de Saint-Âulaire l'acte de malveillance de lord Palmerston. Louis-Philippe n'ose pas s'en montrer offensé. Les affronts glissaient sur lui comme l'eau; ils le trouvent aussi insensible pour son pays que pouisa famille.

En France, on passe vite de la furenr à la moquerie. L'on finissait donc par prendre l'Orléanisme en railleuse commisération. Cette petite guerre de sar casmes, s'attaquant au mal et vilipendant le bien, lorsque par hasard il apparaissait, n'épargne aucun des membres de la maison alors régnante. Le duc d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe et son héritier présomptif, est particulièrement dévolu aux épigrammes et aux gais propos de l'Europe. Elle l'a déclaré immariable, quoiqu'il soit jeune, élégant et spirituel toutconmie un autre. Si ce prince, né sur les marches du trône, y était resté à la place que Dieu lui assigna, toutes les filles de sang royal auraient ambitionné l'honneur de sa main. Elevé au rang suprême par la fatalité des révolutions, il se voit, il se sait instinclivement repoussé par les familles souveraines. Ce blocus matrimonial, dont il découvre la trame et la preuve à chaijue pas, est pour ses parents el pour lui une cause permanente d'amertume. Le duc d'Orléans subit avec des rages non dissimulées l'ostracisme dont il esl le martyr. Mis en quarantaine conjugale par les cours, en butte soir et matin aux quolibets des journaux, allant faire rire à ses dépens le mouile entier, ce jeune

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homme demande, il exige qu'un le marie à tout prix. Madame Adélaïde, sa tante, a pris la malencontreuse habitude de lui donner, dans son enfance, un de ces petits noms que l'intimité autorise et fait accepter. Madame Adélaïde l'appelait Grand-Poulot. Ce surnom, que les échos du Palais-Royal et de Xeuilly murmuraient seuls avec une respectueuse discrétion, tombe dans le domaine public. Il devient pour le duc d'Orléans une source de mystilications et d'obstacles. La presse le vulgarise et le prince s'exaspère des grandes douleurs d'une aussi petite blessure. Les portes des résidences royales paraissent murées devant ce Grand- Poulot; Louis-Philippe et M. Thiers, son ministre, s'ingénient pour rompre le charme. Les cours de Berlin et de Vienne furent habilement sondées par la duchesse de Dino, la Sunamite du prince de Talleyrand et par la princesse de Leignilz, l'épouse morganatique du roi Frédéric Guillaume Ul. Leur réponse fut une invitation pleine de cordialité officielle et de courtoisie de gentilshommes. Les ducs d'Orléans et de Nemours se présentent à Potsdam et à Schœnbrunn, le cordon bleu de l'ordre du Saint-Esprit sur la poitrine et les fleurs de lis rétablies sur leur écusson. C était annoncer qu'à l'étranger, du moins, ils s'honorent des traditions françaises et ne partagent pas la servilité dérao^^-ratique de leur père. Ils furent les bienvenus en Prusse de même qu'en Autriche, et ne firent repentir personne de l'accueil qui leur était fait. Mais là devaient s'arrêter les complaisances et les dé-

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nionslratioiis. Il existe bien à la cour de Vienne une arcliiduchesse, âgée de vingt ans, Marie-Thérèse-Isabelle, lille de l'archiducCharles, dont les guerres de l'Empiie popularisèrent le nom glorieux. Celte archiduchesse a été le Lut secret du voyage. Le comte deSainl-Aulaircî, ambassadeur de Louis-Philij)pe, se voit autorisé à communiquer oflicieusement au prince de Metternich les désirs et les espérances de la lamille d'Orléans.

L'Autriche a pour règle de ne reculer devant aucun mariage qui doit augmenter sa prépondérance ou sauver la monarchie d'une crise imminente. L'Autriche ('pouse en désespoir de cause ; c'est ce qui la fera surnommer heureuse par les poètes. Dans la circonstance, la maison de Habsbourg-Lorraine n'avait pas besoin de recourir à ce moyen extrême ; le prince de Metternich se rejette sur de douloureuses sentimentalités. Il prétend qu'après l'épreuve de Marie-Anloinelte et de Marie-Louise, l'une mourant sur l'échat'aud, l'autre vivant en exil, il ne faut pas songer à choisir une archiduchesse pour reine de France. Ce refus, ainsi molivé, ménage les susceptibilités de l'Oi-léanisme, mais ce n'en est pas moins un refus pénible pour lui, cai-, en évoquant le souvenir de la reine Marie-Antoinelle devant le pelit-fils du citoyen Egalité, le prince de Metternich, au nom de la maison de Habsbourg, ne met-il pas en présence le calomniateur et la calomniée, la victime et le bourreau? On en jugea ainsi dans les deux capitales. Les ducs d'Orléans et de Nemours ne tardèrent pas eux-mêmes à s'apercevoir que l'idée

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(l'une alliance de lamille ne serait jamais acceptée à Vienne. On décida (ju'il valait mieux y renoncer de prime abord que de la poursuivre à travers les mille impossibilités morales entrevues.

L'Almanach de Gotha, interrogé, fouillé dans ses profondeurs, n'offrait au duc d'Orléans aucune lille de roi, aucune princesse de maison souveraine dail^nant condescendre à s'asseoir sur le trône de France. M. Thiers et son maître avaient perdu leur peine et leur temps ; ils se déterminèrent à prendre un parti héroïque. Une circulaire confidentielle, mais qui sera communicjuée, sous le sceau du secret, à toutes les chancelleries germaniques, est adressée aux envoyés français près des différentes cours d'au delà du Rhin. M. Thiers, déguisé en agent matrimonial , déclare, dans celte circulaire, (|ue le duc d'Orléans, ne tenant compte que du mérite personnel des princesses allemandes, fixera son choix sur la première qui consentira à l'épouser. L'exiguïté des Etats ne fera pas plus obstacle au mariage que la différence des cultes.

A la lecture de ces instructions de fiançailles ambulatoires, que les archives de la Confédération gardent conmie un document unique en son genre, le roi de Prusse se prend d'un beau zèle piétiste et luthérien. I/Orléanisme fait proclamer que la croyance religieuse lui est indifférente, pourvu qu'il puisse parvenir à marier l'aîné de sa race. Le roi de Prusse, entiché de prosélytisme , lui garantit la main de la princesse Hélène de Mecklenibourg-Schwcrin. C'est le premier II. 21

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fils de France, et le dernier infailliblement qui, pour trouver femme, passe à pieds joints sur toutes les considérations nationales, considérations dont les cours, retranchées de l'unité catholique, ne se départent jamais. La Russie ne veut que des princesses qui, au jour de leurs fiançailles avec un grand-duc, embrassent le schisme grec ; l'Angleterre et la Prusse n'acceptent pour l'héritier de la couronne ou pour les descendants de la maison royale que des épouses professant la religion de TEtat. Et, dans le royaume de saint Louis, oiJ il n'y a qu'un honneur, qu'une foi et qu'une conscience, l'Orléanisme vicie cette règle que respectent les cultes même les plus entachés d'un tolérantisme voisin de l'indifférence.

Au milieu des événements de juillet, la Révolution avait établi en dogme qu'afin d'orléaniser la patrie commune, il fallait la proteslantiser'. Dans l'espoir d'accomplir cette œuvre impossible, Louis-Philippe, (]ui a placé sa majesté sous la sauvegarde d'une loi, permet de mêler l'outrage à l'encens du à son Dieu. Il essaye, par des subsides ])ublics ou par des trames occultes, de raviver dans le Royaume le calvinisme

' Pour rcî-ler lidclo à cotte tradition de f;uiiilk', M. le duc dAuiualc s'est empressé, au mois d'octobre 180-, de placer son (ils aine, prince dcCondé par espagnolette, chez M. Aubert, républicain suisse et protestant bien entendu, ainsi que madame Aubert. Ce jeune d'Orléans suit le> cours du collège de Lausanne et se liou\e ainsi élevé dans un milieu tout calviniste. Sous ce rapport, son éducation ne doit rien laissera désirer. Ses professeurs et ses condisciples le nomment tout simplement Condé. Lorsqu'ils veulent l'aire acte de courtisanncrii- démocratique, il- l'appellent le petit Esralitc.

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ilivisé et expirant. A l'ombre de la liberté des cultes, (| ni n'existe jamais lorsque la Révolution se ebarge d'en proclamer et d'en appliquer le principe, on multiplia les temples et les prêches dans des contrées où il n'y avait que de très-rares brebis séparées du Pasleur. On les combla de tendresses administratives et de faveurs budgétaires, afin de les amener par une propagande subventionnée à faire concurrence à l'Eglise. L'abbé Châtel lui-même, sacré primat des Gaules par un pédicure, grand maître anonyme des Templiers de la droguerie parisienne, jouit, dans les beaux jours de sa religion française, de la faculté de créer des renégats et de se composer un clergé d'apostasie. Lassé de tant d'efforts, dont la dispendieuse stérilité lui devenait à chai'ge, Louis-Philippe a cru que le pays se conformerait à l'exemple du roi. Déjà ses deux filles aînées, Louise et Marie d'Orléans, se sont vues dans la nécessité d'épouser Léopold de Cobourg et Alexandre de Wurtemberg, deux protestants. Une mort prématurée ne tardera point à frapper ces princesses ainsi sacrifiées à la raison d'Etat orléaniste, aux mariages mixtes et à une neutralité religieuse dont le scepticisme a quelque chose d'effrayant pour la foi des peuples et le bonheur des familles.

Hélène de Mccklembourg est à peu près sans charmes et absolument sans dot. L'Harpagon royal, qui a le culte des petites affaires de famille, passe sur ce défaut, en toute circonstance capital à ses yeux. Le beau Léandic épouse de confiance. La maison d'Orléans

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se souniil :ivc'C une gralilude, éloquente d'empressement, à toutes les elauses qu'il plut à la princesse de formuler. Les obstaeles à une alliance si dispropoi'lionnée ne vinrent que de la famille de Mecklembour^ et de la noblesse germanique. A la nouvelle que, sans consulter ses frères, ses proches et ses amis, Hélène s'est brusfjuemenl décidée à renier ses croyances j)oliliques, il veut, dans toutes les cours d'Allemagne, un L'Ionnemenl mêlé de colère. La iiancée orléaniste entendit de sombres présages; elle recueillit de lugubres souvenirs. A toutes ces évocations, elle ne répondait ([ue par un sourire d'illusion ou par l'espérance bien \aine de goûter, aux Tuileries, sous la protection de ridée révolutionnaire, ces joies paisibles et cette céleste sécurité de la famille qui seules ont survécu à la chute de l'homme.

Retirée dans sa solitude de Ludwigslust, Hélène, presque déjà vieille fille, n'a jamais reçu de proposition de mariage. A la demande inespérée de l'Orléanisme, sa raison s'exalte bien longtemps avant son cœur. Romanesque à froid, elle se croit destinée tout à coup à devenir une Clotilde luthérienne ou la reine Blanc lie du ])rotestanlisme. Ce n'est évidemment point l'amour (jui lui inspire cette résistance aux [trières de sa famille. Hélène ne connaît pas, elle n'a jamais vu le duc d'Orléans. S'il faut tout dire, elle n'a point, jusqu'à ce jour, témoigné aux usufruitiers lie la révolution de Juillel une estime très-syjnpathiquc. ^'e> |)iV'fiicii(,L- élaicnl ailleurs, et madame la

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Daupliino en savait quelque chose. Mais ces préférences pour la fille de la reine Marie-Antoinelle et pour la sœur du jeune Louis XVII durent se taire devant le mirage d'un trône. L'ambition fit naître la passion. Immariable à cause de sa pauvreté, Hélène accepte le duc d'Orléans, que d'autres motifs ont rendu aussi immariable qu'elle. Le 50 mai 1837, ces deux impossibilités conjugales s'unissent à Fontainebleau. Des fêles de toute nature, fêtes intimes, fêtes populaires, fêtes artistiques, se succédèrent à Saint-Cloud, à Neuilly, au Champ de Mars et à Versailles, pour célébrer des noces que tant de catastrophes allaient suivre.

Sept mois auparavant, le 6 novembre 1836, le roi Charles X, plein de jours et de vertus, avait rendu son âme à Dieu. En bénissant le duc de Bordeaux, son petit-fils, l'exilé chrétien, sur son lit de mort, a pardonné au proscripteur de sa famille les trahisons, les parjures et l'ingratitude qui firent de Louis-Philippe d'Orléans un roi de Juillet. Dans sa résignation sereine, Charles X a tout oublié. Louis-Philippe s'obstine à se souvenir. Quand toutes les cours de l'Europe, et la France monarchique entière prennent U' deuil de celui qui régna avec tant d'affectueuse majesté et de glorieux patriotisme', Louis-Philippe seul refuse de donner à son Roi, à son bienfaiteur, à

' lu tVrivaiii sceptique, m;iis l'unrtionnairc île l;i royauté île iSTid, lîeylo-Sleiiiihiil a fait, sans le vo\iloir peut-être, la plus belle el la |iln> juste (le tontes les oraisons funèbres pour Cbarles \, si digne d'être ainit" .'I si làelienient trahi. Beyle-Stendhal s'exprime ainsi (Promenailes diin^ Hitiiic, \'' scrir, paqf '21 (18.')ô): « Il faudra peut-èlir îles siècles à lu

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son parent ce dernier témoignage de respect, passé dans les convenances et dans les mœurs de la famille. Louis-Philippe ne veut point pleurer Charles X, ni prier pour lui; mais il a résolu, dans ses injustices préméditées, que la France ne prierait pas davantage. Son ministre des cultes enjoint au clergé de Paris de s'abstenir, pendant un certain laps de temps, de célébrer aucune messe en noir. Les autorités départementales suivent l'exemple. De par le roi de rOrléanisme, le deuil fut supprimé dans toutes les églises pour tous les morts et pour toutes les classes de citoyens, sous le prétexte que Louis-Philippe, craignant de déplaire à la Révolution, se condamne à une insensibilité réfléchie, mais odieuse.

Les fêtes du mariage furent assombries par un désastre. Le 14 juin 1857, une foule immense était agglomérée dans le Champ de Mars afin de voir un feu d'artifice, la joie suprême et le bonheur éternel du Parisien. Âpres le bouquet, la plus horrible et la moins explicable des confusions a lieu h la grille de l'École militaire. On s'y presse, on s'y étouffe. Les mourants s'entassent sur les morts, et plus de trente cadavres sont relevés sur ce Champ de Mars devenu un champ de suffocation. Le peuple aime les rapprochements luo^ubres. Il se souvient aussitôt de la cata-

pliipart de? peuples de rEiiio[ie pour alleiiulre ou degré de bonlieiir dont jouit la France sous le règne de Charles X. »

Après cela, (pie dire du rc/ parjure et du dcrxier tyra)) inventé iiar rinsurrection orléaniste de IS-IO?

Strophe qui attrista les noces de Louis XYI et de Marie- Antoinette. L'esprit frappé d'une calamité soudaine, il se livra à de sinistres pressentiments.

Louis-Philippe n'avait guère la superstition des présages; cependant il s'inquiétait des doutes populaires et du peu de foi que sa dynastie inspirait. La durée problématique de cette dynastie lui est fatalement démontrée. Son œil, encore perspicace, découvre les écueils lointains, et ce n'est pas dans un accident fortuit qu'il va puiser le motif de ses frayeurs raisonnées. Après sept ans de règne, son pouvoir lui apparaît plus précaire que le premier jour. Les difficultés naissent autour de lui aussi bien par la force des choses que par la faute des hommes. Quand son chevet a une épine, il est obligé de la briser ou de l'user à force d'y piquer ses membres palpitants.

Roi constitutionnel par méfier plutôt que })ar vocation, il a cru, en sentant la glace se rompre, que, pilote expérimenté, il saurait échapper à la débâcle. Puis, oubliant que les Saintes Ecritures disent ' : « La maison des méchants sera détruite, » il s'efforce de la récrépir et de la consolider, comme si elle devait perpétuellement l'abriter. Louis-Philippe a bien tenté de verser l'huile de sa patience dans la lampe de ses féaux de Juillet, dont il surexcite toutes les ambitions. Néanmoins, en présence de tant de vanités affamées, qu(' peuvent les timides efforts d'un prince aussi affamé qu'elles? Les orateurs de ses parlements, les minisires

* Pnnyrh., x!v, '2.

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do son choix, pour la plupart mcsuraiU leur génie à la longueur de leurs phrases, se sont pris d'une naïveté d'orgueil représentatif à faire peur. En parlant des grands politiques de son temps, Cicéron écrivait à Atticus' : « Ils ne pensent à autre chose qu'à leurs champs, à leurs petites maisons, à leur petit pécule. » Le roi-citoyen fait la même épreuve, il la constate chaque jour; mais il se garde bien de la divulguer.

Ne négligeant pas l'art des complaisances utiles, surtout quand elles ne sont pas honnêtes, Louis-Philippe se fera un jeu de semer la corruption pour mettre en œuvre le sophisme des cœurs. Quand il s'aperçoit que, par ces compétitions honteuses et par ces misérables tripotages, le pouvoir, allant d'une main faible à une main souvent indigne, ne laisse à découvert que l'orgueil de l'homme qui monte aux prises avec l'orguei 1 de l'homme qui descend, Louis-Philippe, selon la parole d'Isaïe", «se heurte en plein midi comme s'il était dans les ténèbres : il se trouve dans l'obscurité comme les morts. » 11 aimerait à reculer ou à maîtriser; son principe, son esprit, ses paroles et ses actes étaient, malgré lui, un appel aux passions révolutionnaires et aux ambitions non repues. Il ne fallut songer qu'à satisfaire les unes et à gorger les autres. Insatiables d'autorité et de fortune, parce qu'elles se placent en dehors des lois de l'ordre éternel et que la logique du

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mal est implacable, ces passions et ces ambitions s'agitent autour du trône de 1830. Pour arriver à la domination, c'est-à-diro à la richesse, elles établissaient la bataille des rues dans les conseils du souverain et à la tribune des deux Chambres. Un avocat quelconque, transféré par le coche électif de la barre de son petit tribunal à la Chambre des députés, se juge de plein saut apte à tous les emplois. Les finances et les travaux publics, les affaires extérieures et les cultes, l'instruction publique et la marine sont bien plus de son ressort que la justice. Les professeurs de toutes les facultés, les industriels de toutes les banques, apprenant à parler aux autres et non pas à eux-mênnes, se croient doués d'un semblable privilège, car ce qu'on voit influe à la longue sur ce qu'on fait.

Aussi jamais, sous aucun régime et dans aucun temps, on ne signala une pareille consommation d'hommes d'État de toute espèce, de fonctionnaires de tout rang et d'orateurs de tout genre. Il ne s'agit pas de gouverner, mais de parler. Les cabinets succèdent aux cabinets avec une rapidité sans exemple. Ministère Dupont (de l'Eure), ministère Laffitle, ministère Casimir Périer, ministère Montalivet, ministère du maréchal Soult, ministère du maréchal Morlier, ministère de Broglie, ministère du maréchal (iérard, ministère Sébastiani, ministère Thiers, ministère Mole, ministère Guizot font chacun son relais. il y a même le ministère Cunin-Gridaine, les ministères d'intérim et celui des Trois- Jours, sempiternelle

ÔÔO CHAPITRE III.

nomenclature qui, étiquetée et désignée pnr la date du mois et de l'heure, offre autant d'anniversaires au calendrier que de crises gouvernementales.

La crise est l'état normal de cette monarchie végétant entre les partis et se divisant, se subdivisant à l'infini, pour mieux éparpiller ses forces. Il n'existe ni homogénéité de principes ni homogénéité de caractères et de vues. Tout est fiction, la couronne, la représentation nationale et le vœu du peuple. Tout est livré au hasard et à l'intrigue. Une lutte, tantôt sourde, tantôt patente, entretient la discorde dans les esprits et manifeste la misère des âmes. On est toujours en quête d'une majorité et l'on se heurte à des découragements, à des refus, à de honteux marchés ou à des cadavres. Les ministres, nés ou à naître, moribonds ou défunts, se coalisent pour faire obstacle au système personnel. La couronne se ligue avec des ambitieux subalternes afin de renverser ceu.v qu'elle a élevés. La prérogative royale empiète sur les privilèges constitulionnels. Le centre droit, le centre gauche, le centre pur, le tiers parti, les doctrinaires et toutes les fractions orléanistes mettent forcément en discussion, par le vague de leur rhétorique, la majesté souveraine. C'est le régime constitutionnel dans son épanouissement. 11 enfante le désordre intellectuel; et alors on souffrit nutantdos lois quejadis on souffrait des crimes. Ce qu'on appelait les grands pouvoirs de l'Etat ne s'entendirent que sur un point. Tous s'acharnèrent à faire rendre à l'impôt plus qu'il ne devait rendre. Tous,

LE MPOLKON DK F. A l'AlX. .-^^^I

minislres, députés ou agents du Trésor, mirent leur ferveur dynastique dans In recherche de la matière imposable, el on se créa pour tache de mesurer avec une sordide parcimonie l'air, la lumière et la vie à l'ouvrier et au laboureur.

Dans cette guerre civile des portefeuilles conduisant tout naturellement à la guerre civile des hauts cl petits emplois salariés, il est impossible de discerner le vrai d'avec le faux, le juste d'avec l'injuste. Personne ne peut suivre dans leurs mystérieuses péripéties les combinaisons avortées, les pièges tendus, les défections méprisantes, les promesses mensongères et les servilités orgueilleuses. Tous s'accordent le génie du commandement; aucun n'ose se résigner à la gloire d'obéir. Aucun n'obéit en effet. La vanité de ces hommes, qui se sont servi de l'échelle représentative pour devenir quelque chose, tient du prodige. Ils se disent tous amis de la liberté, mais ils ne sont réellement que les amants de la puissance. Néanmoins il serait difficile de trouver, sous un seul règne, autant de talents dans les fonctions, autant de grandes intelligences qui, comme Périer, Soult, Mole, Broglie, Guizot, Thiers, Humann et Duchâtel, se vouent au périlleux honneur du gouvernement. Par le malheur de la situation, tous ces talents si divers sont condamnés à l'insuffisance, à la jalousie, à d'obscures rivalités. Pour se faire des prosélytes et se recruter des partisans, il leur faut encourager et glorifier, dans la presse et à la tribune, ces médiocrités indiscrètes et

".'2 CIIAI'ITHE III.

stériles, sans cesse travaillées d'un besoin immodéré de se produire. Jl faut acheter des votes à tout prix, escompter des tendresses et solder de chancelantes fidélités, La traite des blancs se pratique aussi bien aux Tuileries que dans les ministères. L'on s'avilit à qui mieux mieux, car, selon le juste jugement de Tacite \ « l'opprobre incombe surtout à celui qui préfère donner de l'argent pour corrompre que pour prévenir la corruption. »

Au milieu de cette anarchie de tous les pouvoirs, les Saint-Simon et les Dangeau surnuméraires de la cour citoyenne recueillent pour la galerie les bons mots ou les personnalités qui s'échangent. M. Thiers définit ainsi son roi : a Louis-Philippe, c'est la gravure en creux; Napoléon était la gravure en relief, n Et le roi de M. Tliiers réplique : « M. Tliiers à la tribune me produit l'effet d'un melon sur une borne.» M. Thiers a surnommé le maréchal duc de Dalmatie : « l'illustre fourreau. » Le maréchal Soult ne l'appelle militairement que : « le petit Foutriquet. » Ces rivaux d'euxmêmes qui, tout en usant ou en perdant la France, l'amusent plus par leurs discordes intestines que par leur fraternité constitutionnelle, dérangent, à chaque instant, le commerce interlope de Louis Philippe. Ballotté de scrutin en scrutin, tiré à quatre ministères et livré aux voraces de ses corps électif, législatif et municipal, il intrigue, trompe et trahit, h lui seul, plus que tous les compétiteurs ensembb*. Il

' T;..il. AniKil., lil). XIV, l-i.

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discute avec les uns, il pérore avec les autres. 11 uuachande ici, il achète là. 11 éperonne les dévouements incertains et récompense l'ardeur du zèle; puis, il t'ait à tous les révélations les plus imprévues et les contidences les moins sincères. 11 s'agite dans cette tour de Babel dont l'Orléanisme est l'architecte et l'orateur. Ouand les avocats, les généraux d'antichambre et les industriels formant son cénacle, l'interrompent poui' placer leur mol, Louis-Philippe semble toujours leur répéter avec Job' : « Souffrez que je parle, et, après cela, moquez- vous, si vous voulez, de ce que je dis. »

Sa conversation ne tarissait sur aucun sujet, mais elle n'en éclairait aucun. Dans un pays aussi original «jue la France, où l'on ne s'aborde qu'en s'interrogeant sur ce qu'il y a de nouveau et où personne ne met d'intérêt à la réponse qu'il a provoquée, ce monologue, interminable et insaisissable, était à la longue pour ses auditeurs une corvée mélangée de curiosité. On s'ennuyait tant avec lui que cela finissait par devenir une occupation. Plus d'une fois l'occupation trouva sa récompense dans un ministère ou dans une grasse sinécure. Ce ne fut pas sous de pareilles conditions que M. Thiers, le ducdcBroglie, M. Guizotetlecomte Mole arrivèrent au pouvoir.

Ce dernier a représenlatit partout avec autorité et gravité, ainsi que l'écrivait Montaigne en parlant de Commynes, l'homme de bon lieu élevé aux grandes aflaires, » exen^ait même sur le roi boui'geois une

' JoIk, XXI, r>.

"Mi CIIAl'lTKE III.

cerlaiiie inllueiice. Mole n'était pas sans doute le lavori de ses privautés et de son choix. Il le tenait à respectueuse distance; mais Mole, ministre de Napoléon et de Louis XVIII, grand seigneur littéraire répandant sur la tribune le parfum des salons de l'Europe, savait se faire accepter de haute lutte. Son administration, née sous d'heureux auspices, ouvrait un nouvel horizon à Louis-Philippe. Tout lui arrivait à souhait. Mole, ayant l'art de persuader (ju'il était modéré lors même qu'il agissait sans ménagement, s'était empressé d'évacuer Ancône, où le drapeau français, flottant sur la citadelle, devenait, malgré la France, un appel aux révoltes et un encouragement mis à proiit dans les États pontificaux par les Sociétés secrètes. Mole avait obtenu des Chambres une dotation en faveur du duc d'Orléans. Il avait conclu le mariage du prince et signé une large amnistie, qui ne coûta guère plus au roi des Français que l'ingratitude. Mole a vu terminer le gigantesque musée de Versailles, les amours de bricà-brac de Louis-Philippe et le joujou de sa vieillesse. Sous la main tour à tour caressante ou dédaigneusement superbe de ce ministre, les passions politiques parurent se calmer. Les esprits se rassérénaient en effet. Cette éclaircie entre deux tempêtes ne pouvait pas durer. Les Légitimistes et les Républicains ont tacitement accordé à l'Orléanisme la trêve du Seigneur; rOrléanisme voit surgir de son propre camp des amis de la veille et du lendemain, ([ui se changent en adversaires imjdacables. Le Ijtinhcur du comte Mole pt'ut

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rélerniser à la présidence du conseil. M. Tliiers et M. Guizot battent le rappcsl des factions qu'ils ont tant de lois analhémalisées. Ils en réunissent le ban et l'arrière-ban; ils les disciplinent aussi bien dans le journalisme que dans les Chambres. Ils se jettent à leur tête, puis la coalition s'avance à l'assaut du ministère pour le compte de MM. Thiers et Guizot, mais en réalité à la ruine du trône de Juillet pour le bénéfice des partis belligérants.

Placé entre ces deux rivalités politiques, oratoires et littéraires, comme un isthme entre deux mers, Louis-Philippe, devant ce César doctrinaire et ce Pompée de centre gauche, a dû plus d'une fois s'écrier avec le poëte de la Pharsatc^.

^ec quL'iiuiuaiii jam i'crrc polesl, t'œsar vc jtnoreai Pompeiusvo parom.

César-Guizot ne veut rien qui le domine : Thiers- Pompée ne veut rien qui l'égale. C'est du bon sens public que M. Guizot attend la popularité; M. Thiers l'accapare et s'en décerne les honneurs dans les colonnes des journaux. Coalisés tous deux contre un ennemi commun, ils ont déposé sur l'autel de leur ambition les sourdes rancunes qui les animent et les hostilités jalouses qui les divisent. Mole avait espéré (pi'à l'aide de son beau nom, de sa haute position de fortune et de société, que par son caractère princi}>alement, il lui serait plus facile qu'à tout autre de concilier tant d'intérêts opposés et de satisfaire, dans une

ôôr. cHAi'iïiii; m.

juste mesure, lanl de passions insatiables. Mole avait étudié le mécanisme constitutionnel et pesé le fort et le faible du système représentatif. Il voyait le pays sans cesse à la veille d'une crise, et attendant chaque matin son salut ou sa perte du pugilat de paroles auquel s'étaient livrés, le soir, les orateurs en icnom ou les ministres en disponibilité. La loi et l'autorité ne sont honorées que lorsqu'elles savent se faire respecter par la crainte. Le mépris engendrait la désobéissance.

Pacifier les esprits avec de tels éléments de trouble parut au comte Mole chose impraticable. 11 s'agissait donc avant tout de réglementer les effervescences libérales et de leur apprendre à savoir ce qu'elles disaient'. Le souffle de Dieu avait plus d'une lois balayé la place où peuples et souverains s'arrachaient misérablement quelques lambeaux d'autorité. Les myrmidons parlemenlaires, médiocrités inconnues, qui se lagotent en grands hommes, avaient fait ou brûlaient de faire leur fortune à la suite des révolutions. Ils s'imaginèrent et se persuaderont toujours que Dieu

'Lu jour, boiis la licstauralion, le comte de ^.MaiYelliis [irojiosa à la Cliaiiibi'e lies Députés de placer au-dessus de la tribune Tiiuage de .lésus- Lhrist con)nie téiiioijinage de justice, de respect et de fui. L'assemblée restait indécise et muette. Le comte Beugnot demande et prend lu parole : >' Je viens, déclare-t-il très-gravement, appuyer la pro[)osition de notre pieux et bonorable collègue ; mais je me permettrai d'y ajouter un amendement qui sera toujours de circonstance ici. Je prie la Cliainbre de faire inscrire en lettres dor, aux pieds du Christ, ces paroles de grâce et d'oubli que Jésus mourant adresse a Dieu : « Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ni ce qu'ils fout ni ce qu'ils disent. » Ln éclat do rire universel enterra la proposition.

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ne produit ces cataclysmes que pour rappeler aussitôt, dans la même arène, les mêmes combattants aux mêmes combats. Mole chercha quel remède il fallait appliquer aux envahissements de ce mal périodique. Il trouva le remède dans l'absorption du tiers parti et dans le démembrement du centre gauche, aspirant toujours k être pilote lorsque la mer est calme. Délanger l'équilibre parlementaire et imprimer au va-etvient constitutionnel un cours plus réglé, était le plan adoplé et suivi par le ministère. MM. Thiers et Guizot n'entraient dans cette combinaison qu'à titre de jirinces de la parole. Leur orgueil d'hommes d'Etat s'effaroucha de cette retraite anticipée. Une belle nuit, le cabinet Mole fut jugé insuffisant. Tous les séditieux de la Chambre et de la presse se mirent en campagne contre lui. Tous déclarèrent à l'envi, comme Tertullien, a que la loi est suspecte, dès qu'elle ne veut pas qu'on l'examine. » Ils l'examinèrent si bien (ju'ils rendirent impossibles la loi et le législateur.

I^a lutte s'engagea dans des conditions qui, nécessairement, devaient tourner au préjudice de l'Orléanisme, car les révolutions ont basé son pouvoir sur le droit de l'anéantir qu'elles se réservent. Louis-Philippe eut l'intuition des calamités (ju'une telle guerre présageait; il s'efforça de les conjurer. Son intervention était méconnue, ses prières furent impuissantes. 11 ne s'agissait plus d'inviolabilité de la couronne ou de respecta l'égard de la prérogative royale. Les amourspropres individuels, l'égoïsmc des uns, l'oi-gueil des II. -J'J

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autres s'claieiit surexcités au contact de tous les atlversaircsde la luonarchie de 1850. Avec eux, les coalisés, eu quête de places et d'honneurs, foulaient aux pieds la couronne et la prérogative. Le gouvernement personnel de Louis-Philippe, ses caressants apartés, se.» finesses répréhensihles, ses coups de Jarnac, ses distributions de poignées do main pour former ou pour déprécier un ministère, tout était révélé, l=intôt à la tribune, tantôt dans les bureaux de la Chambre. Débarrassés de leur costume d'emprunt et de leur élo- (|uence officielle^, les acteurs du drame orléaniste se faisaient un plaisir de vengeance de raconter en mille anecdotes plus vraies qu'intéressantes le pourquoi et le comment des choses. Ils initiaient les partis aux mystères de la diplomatie, aux aifronts éprouvés, aux colloques secrets, aux lâchetés commises, aux négocialions entamées; puis les orateurs de couloirs, dont M. Léon de Malleville fut le ty})e, allaient de l'un à l'autre, répandant sur tout curieux cette manne de petits scandales qui tombait du ciel de M. Thiers ou de l'empyrée de M. Guizol. Louis-Philippe dut s'apercevoir alors quel'on a plus de peine, dans les partis, à vivre avec ceux qui en Nont qu'à agir contre ceux (jui y sont opposés.

Ces querelles de ménage n'avaient qu'un but. Poui reconquérir l'autorité, les confidents de la pensée immuable mettaient à nu cette pensée. A l'esprit insolent, sceptique et envieux de notre siècle, ils en déduiraient les petit-i moyeii>, la force coiiii(|ue et les iugé-

1,K N AT 01. KO. \ m; I. \ i'AlX. r..j:i

nit'uscs roueries. Après l'avoir servie, ils venaient, dans l'espoir de la servir de nouveau, l'exposer au l'eu roulant de ses ennemis et proclamer que le roi ëlail aussi désireux de régner (jue de gouverner. M. Thiers n'est plus appelé à nouer des intrigues avec Louis- Philippe, ou à signifier des ordres impitoyables; M, Thiers s'improvise le champion de la prérogative jtarlementaire. M. Guizot ne peut plus être courtisan; il maudit les courtisans et prouve, dans son beau langage, (pi'ils vont infailliblement perdre la monarchie et les institutions de 1850. Berryer et Garnier-Pagès, ))réréranl se montrer plus dignes des honneurs qu'ambitieux de les conquérir, acceptaient cet augure. Odilon Barrot, solennel comme le désert, et se tenant sur les confins de l'utopie républicaine, formait de son opposition et du centre gauche un dernier rempart à la royauté qui s'effondre sous tant d'efforts combinés. Le ministère Mole succombe. Louis-Philippe se met à l'afl'ùt d'un nouveau cabinet, d'une majorité et d'un gouvernement. C'est le rocher que du matin jusqu'au soir doit rouler ce Sisyphe constitutionnel.

Assailli par cette bourrasque de phrases qu'il n'a pas prévue, (ju'il n'a pas conjurée, mais dont il calcule toutes les conséquences, le roi de Juillet a, dans le môme temps, perdu le conseiller et le véritable directeur de sa politique étrangère. Le prince de Talleyrand vient de mourir, et ce génie clandestin, qui sut mettre de la grâce dans l'impertinence et faire de la grande diplomacie avec de petits monosyllabes, lui

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manque à J'iiciirc décisive. Louis-lMiilippL' vcul criluLirer d'hoiiiniagos iniisilés le lil de douleur sur lequel ce maille en fait de parjures s'exei'ce au moment suprême à tromper Dieu, après avoir si longtemps trompé les hommes. Le ministre octogénaire, l'évêque apostat s'est déterminé à faire une fin convenable. Il pense, comme saint Jérôme', que « la conversion n'arrive jamais trop tard et que le larron a passé de la croix au paradis. » 11 se berce de la même chance. Le 1 7 mai 1(S58, Louis-Philippe dérogea l'éti- (juette des rois et va visiter son ami agonisant. Cet ami, dont les transes de la mort ne peuvent comprimer un dernier sarcasme, se soulève avec peine et, parcourant de son œil vitreux cet hôte royal qui le salue dans le trépas : a Sire, murmure t-il, c'est le plus grand honneur qu'ait jamais reçu ma maison. » Talleyrand mourut quelques jours après, officiellement réconcilié avec l'Eglise', et prévoyant de nouvelles révolutions auxquelles il regrette mentalement de ne })ouvoir plus s'associer après succès.

Pour la seconde fois, vainqueur de son auguste maî-

' liicionym. E])is[. titl Lail.

- Le coi'iis (lu j)iiiice de T;illi'\r;tnd dcviiil, selon ses dernières intentions, èlre inliunié a sa terre de Valenç n , cliàteiui situe dans le déjtartenient de l'Indre. Il fallait jirendre la lonte d'Orléans. A dix heures (lu soir, quand le cereueil l'ut déposé sur la voilure des jiom[ies l'unèbies, et que les |M'rsonnes loiinant le denil de i'anidle eurent pris place daii.s les carrosses de suite, le postillon adressa la question d'usa^'c : » Bour- ;j,eois, par quelle Lairière? « Une \oix lugubrement accentuée répond.t : Barrière dEnlèr!

Il n'y eut pas d'autre or.iisim iMiiclire ( onsacrée à cet lionniie qm. Mvaiit, se serait empressé d ;i|4il,unlu ù un aussi laconique à-piopos.

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