‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 19 sur 48 · I.r. NAI'OLKON 1)K l.A l'AIX. ôi · texte numérisé non relu

I.r. NAI'OLKON 1)K l.A l'AIX. ôi

(oiite espèce de scrupules, était la seule garantie offerte à la dynasiie. Ce fut dans cette attitude de méfiance mutuelle que le roi et le ministre de Juillet abordèrent la question d'Orient.

Nous touchons à l'heure la plus solennelle du règne de Louis-Philippe. L'honneur de la France est mis en cause, son roi insulté, son gouvernement bafoué par les princes de l'Europe. La France a vu venir les jours de la visite du Seigneur, et, dans son désespoir, elle murmure^ : « Apprends, ù Israt'l, que tes prophètes <onl des insensés; les sages, des fous, à cause de la multiplicité de tes iniquités et de la grandeur de la démence. » A ce cri de la sainte Ecriture, manifestant et expliquant les cris d'indignation que poussent le peuple, l'armée et la marine, nous allons voir de (|nelle incroyable manière répondent le roi, le parlement et le ministère; mais ce qui est incroyable est souvent vrai. Pour la première fois, roi, parlement et ministère prouveront que c'est sans cause que le chef de la nation porte l'épée.

Depuis longtemps cette question insoluble s'était offerte aux méditations ties penseurs et des philosophes. L'histoire démontre que tout ce qui va vers l'Orient tend vers la servitude et la mort. Il importe donc, dès le principe, de trancher dans le vif et de ne pas adopter des demi-mesures ou des atermoiements qui, sans sauver le malade, doivent finir par compromettre le médecin. L'F.urope n'adopla point cette sage

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iniliative. Elle ne discerna point ce que pouvaient les passions et les intérêts, les temps et les conjectures, les bons et les mauvais conseils. Heureuse de tenir en échec la révolution de 1850, (jui tremblait devant les rois, après avoir voulu les faire trembler devani elle, l'Europe se contenta d'indiquer les difficultés et de les aggraver par d'impuissants palliatifs.

Les cinq cours, Autriche, France, Grande-Bretagne, Prusse et Russie, assistaient insoucieusement à la décomposition graduelle de l'empire turc. Sans se préoccuper des causes, elles espéraient naïvement en atténuer les effets, lorsque l'ambition de Méhémet-Ali, j)acha d'Egypte, et les victoires d'Ibrahim, son fils, précipitèrent la catastrophe. Les grandes cours s'émurent, car, dans la fantastique intégralité du territoire ottoman, qu'elles aspirent à maintenir, elles cherchent toutes la proie qui leur agréera le mieux et qu'elles pourront saisir en temps opportun. Les Osmanlis savent cela de longue main. Petits Grecs du Bas-Eni- |)ire, quoique sectateurs du prophète, ils ont expérimenté, dans le sérail, que les partis lâches se prêtent à tout, et que tout leur réussit. Ils établissent un système de ruses et de prolongements indéfinis sur ces convoitises dont la Sublime Porte a percé le mystère. Méhémet-Ali , sujet rebelle et novateur travaillant dans le vieux, fait du progrès à force de concussions et de la liberté à coiqjs de despotisme. Il entretient les agents consulaires accrédités auprès de lui, les Sainlsimoniens en quête de la Ccmnie lil)re. et les hommes

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A projols (|ni nfflneiit dans sa capitale d'Aloxandrio, do son désir lointain d'nne constitution de forme anglaise ou française, selon l'interlocuteur. La presse révolutionnaire lui décerne, à beaux deniers comptants, un brevet de libéralisme. Ibrahim, que les poètes et les prosateurs orléanistes de 1825 ont anathémalisé comme le plus implacable adversaire de la nationalité grecque, Ibrahim-Pacha, le farouche Ibrahim, marche sur Constantinople afin de ressusciter l'Egypte au profit des ambitieux desseins de son père. Arrêté dans sa course victorieuse, et néanmoins maître delà flotte et de l'armée turques, Méhémet-Âli réduit le Divan à fléchir sous sa volonté. Le Divan s'est résigné. Un firman déjà libellé accorde à Méhémet-x\li le gouvernement héréditaire de l'Egypte et de la Syrie, avec les districts d'Adana, d'Orfa, de Diarbekir et l'île de Candie, lorsque, le *27 juillet 1839, les ambassadeurs d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de la Prusse et de la Russie remettent aux ministres du sultan une note ainsi conçue : a Les soussignés, conformément aux instructions reçues de leurs gouvernements respectifs, ont l'honneur d'informer la Sublime Porte que l'accord entre les cinq grandes puissances sur la question d'Orient est assuré, et qu'ils sont chargés d'engager la Sublime Porte à s'abstenir de toute détermination définitive sans leur concours, et à allendrc l'effet de l'iiUérêt qu'elles lui portent. »

C'était arracher le couteau que Méhémet-Ali tient sur la gorge de son nnître. Le maître a l'inl^dligence

(le cel acte; sa première pensée fut de retirer les concessions territoriales promises au sujet révolté. Dans ce coup de théâtre diplomatique, le jeu des puissances se développe et s'explique d'une manière toute naturelle. Il est impossible, en revanche, de comprendre le rôle que le gouvernement français veut s'attribuer. Louis- Philippe a pris S0USS.1 protection le vice-roi d'Egypte. L'un des points essentiels de sa politique orientale, c'est d'assurer à Méliémet, indépendamment même du sultan, l'hérédité des provinces sur lesquelles le paclin a établi le régime du sabre, en attendant l'ère de la constitution. Par une inconséquence sans excu.se ou par une impardonnable làche[(', nu moment oi^i les Turcs viennent de leur propre mouvement consacrer leur défaite et leur .'spoliation, Louis-Philippe tourne le dos à cette bonne fortune inespérée. Il s'oppose à une solution conforme à ses désirs et à ses intérêts. L'Orléanisme a peur de la guerre : il redoute un isolément qui est parfois une grandeur. Au point de vue dynastique, il lui faut marcher dans l'ombre des pui.ssances, se faire humble afin d'être supporté et accéder à tout afin qu'on puisse dire que la France compte encore pour quelque chose en Europe. L'Orléanisme se trace sur le |)apier ou dans les harangues officielles un vaste programme d'influence. Les ministres et les porte-voix de la couronne brodent sur le même thème des variations patriotiques; mais tous ces rêves d'équilibre ou de prépotence ne dépassent jamais la rampe. La paix à tout prix, celte paix qin

est un niveau, égalant les esprits actifs et les esprits paresseux, élait la condition du règne. Pour se la ménager envers tous et avec tous, les sacrifices d'honneur ne coûtent lien à ce gouvernement. L'énergie n'est pas dans sa nature, et il voit perdre la sagesse des sages et anéantir la prudence des prudents. Suspect au pays et à l'Europe, il n'a trouvé qu'en Angleterre un appui conditionnel. L'Angleterre, aujourd'hui fatiguée de son alliance, a calculé qu'une monarchie de hasard ne pouvait jamais lui faire obstacle ou ombrage; elle l'abandonne pour infliger à la France un Waterloo moral. Empruntant les paroles du prophète, elle lui signifie en notes diplomatiques celte terrible menace ' : «Votre fracture est incurable ; la gangrène est dans votre plaie et il n'y a plus de remède, il n'y a plus pour vous de baume ni de ligature, tous ceux qui vous aimaient vous ont oublié et ne vous rechercheront plus ; je vous ai frappé d'un coup d'ennemi. » Dans une de ses dépêches, M. Guizot, ambassadeur à Londres, résume on ces termes la politique anglaise: « Elle redoute la Russie à Constanlinople; la France l'offusque en Egypte. » De cette double appréhension, le cabinet de Saint-James tire une conséquence fatale à rOrléanisme. les obséquiosités de Louis-Philippe, encore plus que ses manœuvres souterraines contre les Whigs au pouvoir, ont irrité le système nerveux de lord Palmerston. Elles donnent à son caractère fantasque une audace sans péril que les Anglais sont

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lout fiers d'accppler comme un Ir.iif dogoiiio. En faisant signer par l'amiral lloussin, son plénipotentiaire près laSublimePorle, la convention du :27 juillet, Louis-Philippe n'avaitqu'une pensée et un but. Son entrée dans le conccrteuropéen vivifie cette pensée et atteint ce but. Mais, dè> que l'opinion publique lui eut fait comprendre par ses inquiétudes le danger et l'opprobre d'une telle mesure, il s'efforce par des ftuix-fuyants d'échapper à des conséquences dont l'Angleterre se charge de poursuivre la réalisation sans merci et sans pitié.

L'accord contre la dynastie de 1850, que la Grande- Bretagne n'a pas permis d'opérer à cette époque, se cimente en 1859 et 1840. L'Angleterre qui, selon une expression de Diderot, n'est jamais fausse pour peu qu'elle ait d'intérêt à être vraie, et jamais vraie pour peu qu'elle ait d'intérêt à être fausse, laisse la Russie se livrer à son rêve traditionnel sur l'empire des Osnianlis \ et sur la domination moscovite dans les eaux (lu Bosphore. L'Autriche ne se souvient plus des immixtions et des invasions du czar à travers les provinces danubiennes; l'empereur Nicolas lui-même, heureux (le voir l'Europe épouser ses ressentiments monarchiques, oublie, dans la satisfaction de ses justes griefs, les convoitises assez mal déguisées de l'Angleterre sur la Syrie, la Grèce et la mer Rouge. Un rap-

' On tvoiive dans les Lettres édifiantes (édition Ac 1780, tome 11, [lage 2")9),co curieux passage dune lellio ér.rile [lar un jésuite résidant à Salonique : « Les Grecs sont persuadés, ou ne sait sur (|ni'l fondement, (|Ui' le czai' lie Mdscrtvie les délivi-era lui jour dn la doniinalion d,vs Tin-.s. V

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pioclicmc.nl significatif a lieu entre ces liuis cuiiii;, (|ui enliaînent la Prusse dans leur orbite. Mis de côte par l'Angleterre, Louis -Philippe croit s'apercevoiique le prince de Metlernich lui tend à la dérobée ujie planche de sauvetage ; il s'y cramponne.

Il fait à In chancellerie autrichienne toutes Icb avances et les concessions qu'elle peut désirer. Il la provoque à une alliance intime; il parle, dans ses communications officieuses, de plans conservateurs et de projets anlirévolutionnaires. Metternich, se tenant sur la réserve, écoute d'une oreille, charmée en apparence, les confessions de cet usurpateur pénitent. 11 l'encourage dans son repentir, il l'enlretienf dans son feime propos. 11 n'y a pas de rupture à craindre, pas de mystères à l'égard de la France, pas de secrets envers son gouvernement. Les ambassadeurs de l'Orléanisme sont pour la forme admis aux conférences ; ceux de l'Europe viennent chaque jour aux Tuileries ou dans le cabinet de M. Thiers, président du conseil, apporter le tribut de leurs hommages ou le poids de leurs réflexions. On ne se cache point de la France ; on ne pratique aucune intrigue ; on ne trame aucun complot. M. Thiers et Louis-Philijipe s'imaginent qu'en gagnant du temps, ils auront résolu le problème.

Le temps, encore celte fois, ne fit rien à l'affaire. M. Guizot écrivait à son gouvernement, le 11 juillet 1S40: « Il serait bien étrange de voir les puissances s'opposer au rétablissement de la paix, ne pas vouloir qu'elle revienne, s4 elles ne la ramènent pas de

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Ieur!> propres mains el sejclci' une sgcuirIc l'ois entre le suzerain el son vassal, pour les séparer de nouveau ;iu moinenl où ils se rap})rochenl. Il y a un an, eellc intervention se concevait; on pouvait craindre que la Porte, épuisée, abattue par sa défaite de la veille, ne se livrât pieds el |. oings liés au pacha et n'acceptât des conditions périlleuses pour le repos de l'avenir. Mais aujourd'hui, quand la Porte a retrouvé de rap[)ui, (|uand le pacha prend hii-meme, avec une modération empressée, l'initiative du rapprochement, quel motif aurait-on pour s'y opposer? » .

M. Guizol, esprit élevé, sérieux et honnête, le seul peut-être des hommes de Juillet que le pouvoii' aura rendu meilleur, s'adresse cette question révolutionnaire presque à son corps défendant; il n'ose pas s'avouer que la situation anormale faite à la France en 1850 autorise les représailles. La France a procédé démagogiquement contre l'Europe; dix ans plus laid, l'Europe réagit monarchiquemenl contre elle. . Les puissances l'enveloppent dans des égards étudiés, elles la garrottent dans des subterfuges pleins d'une cruelle délicatesse. On ne lui laisse ni le droit d'écouter, ni l'occasion de se plaindre. La coalition s'avance les armes à la main et le sourire aux lèvres. Pour mieux abuser Louis-Philippe el ses agents, elle les convie, par des paroles trompeuses, à une sécurité plus trompeuse. L'OrléanismC; qui dressa tant de pièges, est pris à celui-là. Confiant dans les embûches amicales de la chancellerie aulriehienne, il n'oïe ja-

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îiiais se persuader que rAii|j;lelerre reM(»iicera tic gaieté de cœur à cette entente (jui, selon lui, a préservé le monde d'une crise sociale.

Ce fui dans cet aveuglement que le traité du \h juillet 1840 le trouva. Le secret avaitété sibien gardé, que Louis-Philippe el ses ministres, que M. Guizot à Londres et tous les ambassadeurs français dans les diverses cours n'en eureni pas même un vague pressentiment. Quarante-huit heures après, lord Palmerston, au Foreign-oftice, en notifie à M. Guizot l'existence et non pas la teneur. Ouverte et débattue par les cinq puissances, la question d'Orient se vidait à (piatre. Les quatre, par cette insolente et brusque sé- |)aration, signifiaient virtuellement à la France qu'après l'avoir retranchée du concert européen, elles étaient disposées à lui faire subir linsulte, sans que rOrléanisme pût ou voulût s'en formaliser. Isolé chez lui, isolé chez les autres, impopulaire chez tous, il n'a que l'excès de son étonnement pour légitimer l'excès de sa crédulité. Mais, après s'être si longtemps joué de la conscience publique, l'Orléanisme peut-il s'accuser d'avoir laissé surprendre sa candeur et mis ^on ingénuité au service de ses adversaires? Une pareille excuse semble un outrage et un défi à la raison universelle. La raison universelle ne les accepta point.

Les partis avaient étudié à fond la dynastie de Juillet, Ils savent qu'elle reculera devant toute guerre sérieuse qui, en lui mettant l'Europe sur les bras, ne les rallierait point autour de son tronc menacé. Moi-

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lié par palriulisiuu siiicèic, moi lié par bravade, ils sîjinnienl rOrléanismc do lépondrc à une injure si clairement préméditée. Us lui réjièleiil avec une elial(!ureusc insistance que l'empire delà terre, que la domination même des esprits est l'apanage des violents. Us lui enseignent que le ciel appartient à ceux qui le ravissent et que l'audace plaît toujours aux hommes. De pareilles leçons élaient pour le combattant couronné de Jemmapes et de Valmy un artifice dont il ne consent pas à être sérieusement dupe. Acculé dans ses derniers retranchements, Louis-Philippe balbutie qu'il est de taille à en appeler à l'épée de la France. La France lui répond qu'elle n'a jamais prétendu confier son honneur à la vieille rapière dynastique. La Révotion ameute alors ses clubistes; la Révolution annonce (ju'elle ramassera pour son propre compte le gant que l'Europe lui jette d'une manière incidente. Puis- (jue Louis-Philippe reste insensible à tant d'affronts, la Révolution se propose d'entrer en campagne, d'agiter les peuples et de prêcher une guerre de propagande. Ces rodomontades étaient inopportunes, car les puissances connaissent aussi bien que l'Orléanisme la situation intérieure du pays. Elles n'ignorent point que les arsenaux militaires sont vides et que les budg^ets de la guerre et de la marine n'ont jamais pu suppléer au gaspillage.

Gênés dans leurs aspirations pacifiques par ce sentiment de lierlé nationale dont ils n'osent pas régulariser l'essor, Louis-Philippe et M. Thiers se distribuent

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luts rôles dans la comédie de la guerre qu'ils s'apprè- Icnt à jouer. M. Thiers, qui se complaît à l'inoffensif plaisir de publier chaque matin ses bans de mariage avec la gloire militaire, a praliquédes reconnaissances parmi les liépublicains. Il leur promet la liberté; il leur parle de l'honneur national froissé, des frontières du Rhin à conquérir, des fortifications d'ÏTuningue à relever, d'un nouveau passage du Saint-Bernard et de la haine de l'Anglais, toujours vivace au cœur de la France. La Marseillaise a hurlé ses sanglants refrains dans les rues ; Louis-Philippe les psalmodie comme aux beaux jours de 1850. Il arme et lait armer; il met ses flottes à la mer, et ses troupes sur le pied de guerre. Puis le Chanl du dépari annonce une reculade. Les Anglais en sont si bien convaincus (jue, sur tous les théâtres de Londres, on répète chaque soir, aux applaudissements de la foule, ce refrain insultant : « Le coq gaulois chante, mais ne se bat pas. » Pour amortir ce défi, le vieux jacobin insinue au corps diplomatique qu'en cherchant un peu, il saul'ait encore retrouver dans sa poche son bonnet rouge de 1795. Le roi de Juillet n'oubliait qu'une chose, c'est que ce symbole du terrorisme a déteint sous son diadème d'emprunt.

Belliqueuse même avec un prince qui, doué d'un vrai courage personnel, ose cyniquement se faire d'une paix mendiée la seule condition de son existence, la France s'avoue instinctivement que Louis-Philippe n'aura jamai^> l'audace de fauniwcll, cl <iii'il s<'i"a (ou-

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