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luanisiiic ^ur la joue du ^icc-I•oi d'Ejïyptc. Le J9 août 1840, leurs consuls à Alexandrie lui présentent une note dans laquelle on lit :
« Croire encore à la possibilité d'un changement ou d'une modification des conditions de la convention du 15 juillet, ce serait se bercer d'un vain espoir. Ces stipulations sont inaltérables et irrévocables; les termes péremptoires qui ont été fixés pour leur acceptation sont une preuve de l'impossibilité de tout chanoemenl ultérieur
u Une conséquence immédiate d'un tel refus serait l'emploi de mesures coercilives. Le vice-roi est trop éclairé, et connaît trop bien les moyens et les ressources dont les quatre grandes puissances peuvent disposer, pour se flatter un seul instant de pouvoir, par ses faibles moyens, résister même à l'une ou à l'autre d'entre elles, et ce serait se bercer d'un espoir bien funeste que de compter, dans les circonstances actuelles, sur un appui de l'étranger. Qui pourrait arrêter la décision des quatre grandes puissances ; qui oserait les braver? Loin de lui être favorable, une telle intervention, en sa faveur, ne ferait que hâter sa perte, alors devenue certaine.
« Ijes quatre grandes puissances développeraient des forces plus que suffisantes pour combattre tout ce qui pourrait s'opposer à l'exécution de la convention. On porlera là où le cas l'exigera une force suffisante pour rendre toute résistance impossible et pour l'anéantir d'un seul coup. »
•"-.M"' CIIAl'ITIiK III.
(^c n'élail poiiil h un misérable pacha, devenu tout à coup un homme qui cherche, en automne, des raisins après la vendange, que l'Europe prenait la peine d'adresser cet ultimatum. D'aussi arrogantes mesures allaient frapper plus haut; la France le sentit bien, l^our lever sa dernière incerlitude, l'Angleterre, toujours expédilive en fait de destruction, s'empare de plusieurs bâtiments égyptiens dans le port de Beyl'outh. Sir Charles Napier, un ami de Louis-Philippe, un de ces marins anglais qui font la guerre régulière ou la piraterie, selon les calculs des marchands de la Cité, s'est embossé devant cette ville. A la tête de dix mille hommes, choisis sur les vaisseaux anglais, autrichiens ou turcs, Napier s'avance dans les terres, tandis que l'amiral Stopford, le 11 septembre 1840, bombarde Beyrouth.
Ouelquc's jours auparavant, la flotte française, sous le commandement de l'amiral Lalande, croisait dans ces parages. Résolue à soutenir l'honneur du pavillon en face d'une aussi brutale aggression, elle n'a besoin ni de conseils, ni d'ordres; les canons seraient |)arlis d'eux-mêmes. Louis-Philippe et son ministère en (»nt eu le pressentiment. Afin de laisser place libre à l'Anglais, la flotte est condamnée à une déploi'ablc inaction. Maîtresse de la mer, il faut qu'elle se relin; dans les eaux de Salamine, d'où elle ne peut jias plus coMJiirci' un désastre qui- frapper un Lirand coup. l/Aiighilerre avait l'opprobre : l'Urléanisnie n'a pas voulu que la Fi'ance eût la gloire. A celle nouvelle,
los souivles colères qui remplissaient les amcs débordent enfin, Louis-Philippe tremble; il y a même de ses officiers d'anticlianibre , le général Jacqueminol, entre autres, (jui, dans leurs états de service, ne manquèrent pas d'énumérer leur peur de 1840. Les vœux collectifs de la presse et du pays ne sont pas exaucés ; la garde nationale de Paris, l'élément de force dynastique et de salut orléaniste, se prépare à manifester ses vœux. Depuis dix ans elle a fait assez pour le maintien du trône ; elle exige qu'en récompense de ses sacrifices et de son dévouement, Louis-Philippe fasse à son tour quelque chose en faveur du peuple, avili malgré lui.
Les baïonnettes citovennes ne doivent être inlelligentes que lorsqu'elles font de la révolution au profit de rOrléanisme, et de l'ordre public au service de la dynastie. Le maréchal Gérard, un ami de la maison, est à la tète de la garde nationale. Il refuse de recevoir ses chers camarades, prêts au bien quelquefois, au mal toujours. Gérard dédaigne d'écouter, encore moins d'apprécier leurs doléances. C'est le règne des faits accomplis et l'ère des lâchetés consommées. Louis- Philippe se renferme dans un mutisme prudent, el charge son ministère de la responsabilité qui incombe à tous. Depuis que l'Europe ne coupe pas dans son jeu de la guerre, M. Thiers sonne de la trompette devant lui. Il porte armes à ses combinaisons stratégiques, il prépare ostensiblement la paix militante, et, à voix basse, il implore une paix qui ne sera point une pai\.
358 CIlAPITnK III.
Sos audacieuses turbulences se résiunenl en camouflels ; ses fanfares triomphales annoncent à la pitrie qu'elle peut prendre le deuil de ses grandeurs. Belliqueux dans ses notes diplonialiques, mais plein de réserve dans ses casm Iclli^ M. Thiers, au nom de l'Orléanisme, enseigne l'art d'abandonner, à l'heure du péril, les alliés qu'on a compromis. Méhémet-Ali-Pacha en fait la dure expérience. Les victoires qu'il a remporlées ne servent qu'à son abaissement ; l'Europe le dépouille de la Syrie, dont Louis-Philippe lui avait garanti la possession. Mais, pour ne pas réduire aux mesures extrêmes un pays aussi chatouilleux sur les choses de l'honneur que La France, l'Europe enjoint au Divan de signer l'exclusion de Méhémet-Ali, même en qualité de vice-roi d'Egypte. Celte exclusion est, aux yeux des quatre cours, un en cas de conciliation préventive : elles savent que la France n'en voudra pas plus qu'elles. Les quatre cours se montreront heureuses d'accéder à ses prières en faveur de la viceroyauté.
Une condescendance de plus ou de moins, de la part de rOrléanisme, était si bien dans son caractère, que la Grande-Bretagne voulut avoir le dernier mot du roi de Juillet. Lord Palmerston ne manquant pas d'élévation dans l'esprit , mais n'en ayant aucune dans l'Ame, fit le matamore quand même. Pour calmer ses arrogances, Louis-Philippe s'adresse en ces humbles termes à Léopold de Belgique-Cobourg, son gendre et son intermédiaire officieux: «...Qu'on sache donc bien
IJ'] XAl'ôi.KON ])\: l,.\ l'M\. TmO
:\ f.ondres, lui mande-l-il secrèlcmenl à In d.ilc du (» uovom!)iv 1840, quelle est la nature de la lulh^ dans l;iquolle (je ne récrimine pas sur la cause, que je crois pourlani avoir été si futile, ou du moins si facile à éviter; n'importe, je prends les faits accomplis sans ni'occuper du passé), dans laquelle, dis-je, nous sommes engagés neck or tiolhitKj. Cette lutte n'est ni plus ni moins que la paix ou la guerre ; et si c'est la guerre , que lord Palmerston et ceux qui n'y voient peut-être que dangers pour la France sachent bien que, quels que puissent être les premiers succès d'un côté ou de l'autre, les vainqueurs seront aussi immaniables que les vaincus; que jamais on ne refera ni un congrès devienne, ni une nouvelle délimitation de l'Europe; l'état actuel de toutes les têtes humaines ne s'accommodera de rien et bouleversera tout. The u'orld shall be unkinged , l'Angleterre ruinée prendra pour son type le gouvernement modèle des Etats-Unis , et le continent prendra pour le sien l'Amérique espagnole. c( Mais laissons cela; si c'est la paix qui l'emporle, tout se calmera, non sans doute sans beaucoup de craintes et de dangers; mais la leçon de l'impuissance des partisans de la guerre nous donnera des forces. Nous commencerons, comme je le f;us depuis dix ans, par gagner du temps, et le temps aujourd'bui c'esl tout. Cela nous ramènera d'abord les fins observateurs de la girouette; et plus on se persuadera que nous sommes les plus forts, plus nous aurons de lacililé pour eonlinuer à l'êlre.
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a N(i nous y trompons pas. Le poiiil de dépari, c'est le renversement ou la consolidation du ministère actuel. S'il est renversé, point d'illusions sur ce qui le remplace; c'est la guerre à tout prix, suivie d'un 95 perfectionné, etc. S'il est consolidé, c'est la paix qui triomphe, ce n'est que par la paix qu'il peut Tôtre; mais il faut se dépêcher, car vous savez que les têtes gauloises sont mobiles. On va soutenir ce ministère , parce qu'on croit qu'il apportera la paix ; mais s'il ne l'apporte pas tout de suite, on ne tardera pas à croire qu'il ne l'apportera pas dji tout, et alors on croira aussi que la guerre est inévitable, et qu'il faut l 'entamer bien vite pour prendre les devants sur ceux qu'on appellera tout de suite les ennemis. Dépêchons nous donc de conclure un arrangement que les cinq puissances puissent signer, car alors, croyezmoi, c'en est fait de la guerre pour longtemps, pour bien longtemps... »
Lorsque le gouvernement d'une grande nation faiblit une seule fois, chaque pas accélère la rapidité de sa chute. L'empereur Nicolas et le cabinet de Saint- .lames prirent date, puis ils laissèrent Louis-Philippe rompre des lances avec M. Thiers. ils se disputaient entre eux les tristes débris d'un patriotisme rétrospectif. Mais, dans ces querelles du ménage orléaniste, la sincérité ne dominait pas plus qu'un courroux sérieux. En ravaudant la situation , en s'arrangeant tantôt pour tourner la difficulté, tantôt pour la faire naître, ces deux hommes, (jui furent
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d'Iiabilos })reslidigilateurs conslitiilionnels, ne renoncèrent jamais à l'espoir de tromper encore une fois le pays. Leur petit commerce de victoires et conquêtes ne va plus au dehors; leur association à Tintéiieur ne se ressent point de cet orage passager. Louis-Philippe, duc de Chartres, avait assisté et applaudi à la prise de la Bastille. Louis-Philippe, roi des Français, éprouve le besoin d'entourer Paris d'une enceinte continue, formée deci et delà de foi'ts détachés et de citadelles qui, selon les nécessités politiques ou sociales, peuvent avantageusement remplacer une vieille prison d'Elat.
M. Thiers, qui se joue de l'argent comme s'il était né dans l'abondance, et son roi décrétant des économies aux dépens des contribuables, ont la démangeaison (le la truelle, lis bâtissent pour eux, ils bâtissent contre les autres; ils auraient bâti durant un tremblement de terre. Sans rechercher les motifs qui poussaient les Spartiates à prier les Dieux de ne leur donner comme ennemis que des souverains el des peuples tourmentés du prurit de la conslruclion, M. Thiers et son roi ne s'effrayent d'aucune entreprise téméraire, ii'un se croit artiste, l'autre est maçon. Dans le but d'offrir un dérivatif aux préoccupalions, ils complotent d'urgence l'embastillement de la capitale. Le vœu le plus ardent de Louis Philippe roi a toujours été de tenir en respect cette partie de la poj)ulation parisienne si remuante, si indisciplinée, et t|iril ap|M'lle «ses aimables faubourgs. » L'occasion de
'frl i:il MMTIIK III.
donner le change sur ses inlcnlions t'inil Irop Ix'lle ))our qu'il ne la saisît pas. La France esl menacée d'nne Iroisièmc invasion; el, en l(SI4, Bonapaite a plus d'une fois regretté de n'avoir point Fait de P.ums une place de guerre, afin de pouvoir y attendre l'ennemi. Cette idée de puissante conception, mais d'exécution impossible, que le grand homme a léguée à la postérité, M. Thiers l'a recueillie; Louis-Philippe; se détermine à la mettre en œuvre. C'est contre leurs adversaires de l'intérieur qu'ils la tournent. Les fortifications n'ont pour but, dans la pensée orléaniste, que de jeter autour de Paris une ceinture de pierre el de fer qui enserrera la capitale et la bouclera sur les lY'ins. Li^ despotisme légal voudrait avoir à tout événement une sorte de terrier d'où il tiendra tête à l'insurrection, el permettra à la dynastie de se retirer dans une citadelle pour rallier l'armée et les corps de l'Etat. Le '24 février 1848, au moment où cette pensée doit préserver la dynastie de Juillet d'une chute el d'une fuite incompréhensibles , Louis-Philippe, éperdu, passe au pied du Mont-Valérien. Dans la prostration de son esprit, il ne se souvient plus qu'audessus de sa tête s'élèvent des bastions menaçants, son œuvre privilégiée et sa dernière ancre de salut. Il était vaincu et chassé par ceux même qui l'aidèrent dans ce gigantesque travail. Après avoir coopéré à l'enceinte continue el aux forts détachés, qui devaient protéger Louis-Philippe el sa dynastie, les ouvriers se mirent, pendant une nuit, à élever d(s
harricndos conlre l'Orléanismo. Ccllo nuil-là su vérifièrent les paroles de Balzac. En 1840, l'auteur de la Comédie hnuiaine ^ légitimisle par principe et j)ar lempérament, avait jjrodigiié aux usufruitiers de .luiliet des conseils qui furenl méprisés. Ces conseils portent avec eux un tel degré de divination et de prescience, qu'ils appartiennent à l'histoire. Balzac écrivait^ : c< Le jour où les deux cent cinquante mille ouvriers qui campent dans Paris, et qui vont arriver au nombre de trois cent mille, par le fait de l'entreprise des fortifications, seront sans ouvrage, vous n'aurez aucune force morale pour repousser leur agression : la force militaire sera tout à fait impuissante, parce que les ouvriers chanteront ce chœur des amis de la liberté que vous savez, et seront appuyés parle plus énergique des partis, par le parti républicain, que vous combattez depuis dix ans, sans avoir su ni osé l'atteindre. Les ouvriers sont l'avant-garde des barbares. »
Deux fois président du conseil au milieu de circonstances que ses fautes aggravaient encore, M. Thiers, en 1S56 comme en J8iO, a jeté l'Orléanisme dans d'inextricables difficultés. Il va les accroître en faisant au cabinet de M. Guizot, son rival, une opposition si savamment dirigée, que, du même coup, elle tuera le ministère et la dynastie.
Pans cette complication d'événements, où Louisliiilippe ne met jamais la main que pour porter
' lii'VUt' pari^ictnic, pnv llmiori- île lînlziic i IS'iOi.
-Oî CIMPITRI'; III.
niallu'ur à ceux dont il >'osl l'iiil mi moyon d'aclion révolutionnaire, l'Espagne avait été oubliée. Mais l'Angleterre, qui se dispose à affaiblir le prestige du nom français en Orient, ne veul pas le laisser subsister dans la Péninsule. Les discordes civiles y ont créé dos généraux plus ambitieux qu'héroïques, et des illustrations de caserne procédant beaucoup plus de don Quichotte que du Cid Campéador. Ces généraux, que le traité dérisoire de la quadruple alliance garantit contre les revers, n'ont vaincu les carlistes qu'à l'aide de la trahison. Ils ne cessent d'invoquer le concours de mercenaires français, italiens et anglais, guerroyant pour l'honneur du libéralisme espagnol, au nom du principe de non-intervention. Marie-Chrisline , régente du royaume, lutte comme elle peut contre le torrent qu'elle déchaîna.
Tour à tour maîtresse du terrain ou reine sans autorité, elle se voit exposée aux insurrections des sergents de la Granja ou au dévouement imposteur des chefs de son armée. Des rivalités de corps de garde succèdent aux rivalités de palais. Christine a foi dans les promesses de Louis-Philippe, son oncle, se faisant à Bourges le çreôlier de don Carlos et de ses enfants. Elle aspire, ainsi que le roi-citoyen, à concentrer la Piévolution dans un juste milieu idéal, et à la placer en tutelle sous la sauvegarde d'un parlement qui fera du libéralisme à l'encan. La Grande-Bretagne s'est fait lin plaisir et une loi de lutter d'influence avec les Orléanistes, Les agents du cabinet britannique, répan