‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 22 sur 48 · I.K >.VI'OLÉ(t.\ DE LA I'A1\. -,(jt · texte numérisé non relu

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dus sur tous les points du Iciriloire, se mellciil en rapport avec les Sociétés secrètes. La France a eu ses sans-culotles; l'EsjJagne a ses sans-chemises, ses dcscamimdos^ créant un progrès révolutionnaire dans la nudité. 11 n'y a entre eux qu'émulation de crimes. Le général Espartero, qui aime mieux battre les cartes que l'ennemi, a souscrit aux conditions que les Sociétés secrètes et l'Angleterre lui imposèrent. Son dévouement s'est transformé en révolte. Quelques succès insignifiants, enrichis de bulletins pompeux et que Brantôme aurait recueillis avec joie pour son livre des Rodomonlades et gentilles rencontres espagnoles, l'ont improvisé duc de la Victoire. Les Sociétés secrètes le consacrent régent d'Espagne, s'il ose, par la plus flagrante des ingratitudes, leur offrir des gages d'insubordination. Espartero, un La Fayette racorni, accepte ce rôle de duplicité. 11 entraine dans sa défection une partie de l'année; puis Christine, à' bout de subtei'fuges et d'intrigues, renonce au pouvoir, quitte la Péninsule, et vient demander à Louis-Philippe les causes de son abandon.

L'année 1840 était peu favorable aux usurpateuis. Louis-Philip})e chancelait sur son trône. Mis dans l'impossibilité de se protéger lui-même, il n'a pu songer à secourir une ju'incesse dont l'Anjjleleire av;iii résolu la perte. C'était la seule explication plau- •^ibli'; le roi-citoyen ne s'en fit jias faute. Un(! pareille excuse, d;ins un pareil moment, dut inspinr à la reine Chiistiiie des sentiments [tleins d'anieitume.

nofl c II A Mil; t; m.

Elle cuinpiil (|iril n'y avait licii à allciidrc d'un lioninie l'aisanl à sa propn; cunscrvalion des sacrilices aussi peu avouables. Christine, exilée à Paris, ne cacha ni ses dédains, ni son opulence. En roi philosophe, mais en oncle peu soucieux des vivacités d'une nièce, Louis-Philippe ne se formalisa point de celte irritation de femme qu'il espère amadouer par des projets de mariage. Après avoir conjuré la tempête par toute espèce de palliatifs, il cherche, dans le spectacle d'une cérémonie nationale, à raviver sa popularité. Sans prévoir l'avenir, M. Thiers a voulu offrir les gloires napoléoniennes pour base et pour holocauste à sa ferveur dynastifjue. 11 s'est imaginé d'abriter ses reculades derrière le cercueil impérial; il demande aux cendres de Sainte-Hélène de protéger les faiblesses du roi de Juillet. Geôliers de ce tombeau, que l'inquisition du Foreign-Office ouvrit avant l'heure, les Anglais n'ont pas refusé à l'Orléanisme de se laver par une splendide mise en scène de tous les affronts qu'ils lui réservaient. Louis-Philippe et son ministère sollicitent la grâce d'être les derniers fossoyeurs du conquérant. Le cabinet de Saint-James n'a plus que faire d'un en neini mort depuis vingt ans. Son cadavre sent toujours bon. La Grande-Bretagne trouve assez doux d'arriver à l'oubli du supplice par les hommages rendus au martyr. Elle croit effacer ainsi devant le ciel et devant le monde le dernier anathème du testament de Napoléon : .( Je lègue l'opprobre de ma mort à la maison n'gnante d'Angleterre, o Cet anathème se perd dans

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une double hypocrisie. Méditant de blesser li> Fiançais par l'humiliation de leur roi, le cabinet de Saint- James consent à ce que Louis-Philippe fasse trophée du retour des cendres. Le prince de Joinville sur la frégate la Belle-Poule^ traverse les mers afin d'accomplir le pèlerinage des pompes funèbres.

Désigner pour l'apothéose du grand empereur l'année même où la grande nation va subir le plus douloureux des abaissements par le fait de l'Orléanisme, c'était le comble de l'impudeur. Le peuple ne se laissa point abuser par un solennel mensonge. Il se défia autant de la colonne de Juillet (jue de la colonne Vendôme, au sommet desquelles Louis-Philippe élevait la liberté ailée et la statue de l'Empereui , comme si l'idée insurrectionnelle et révolutionnaire pouvait s'abriter sous l'idée napoléonienne. Le peuple n'accepta point ce monstrueux amalgame. Il répudia de même la pensée dynastique, excluant de la commémoration bonapartiste l'héritier de l'Empereur, prisonnier à Ham, et tous les Bonaparte maintenus eu exil parle gouvernement de Juillet. Le peuple fut un plus éloquent, un plus juste interprète du sentiment national et des convenances de famille. Le 15 décembre 18 iO, lorsque à travers une foule prodigieuse, le cortège pénétra dans les Champs-Elysées, une interminable acclamation salua le char triomphal. Cette acclamation, retentissant autour des restes mortels de Napoléon, était un réquisitoire contre l'Orléanisme ; il ne s'en aperçut (ju'au dernier moment. La pous-

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sièi'L' (ruii loinbeau avail effacé IN'chiUlc la coiiroiiiic; la puissance do la pelitesso disparaissait sous celle grandeur légendairo. En face de Tombre héroïque, (jui a si noblement représenté et défendu la dignité du pays, chacun sinlerrogeail, chacun se demandait ce (jue la France avait fait au ciel pour être ainsi conspuée devant les nations. Il n'appartenait pas à Louis-Philippe de répondre.

Travaillé de ce stupide besoin d'une immobilité impossible, qui croit arrêter le monde en s'arrêlant soi-même, Louis-Philippe feignait d'ignorer que, pour les Fran(;ais, vi^Te c'est changer. Il n'a pas vu que cette année, si funeste à la dynastie de 1850 et s'aclievant dans une apothéose bonapartiste, marque le commencement d'une nouvelle ère. Les insurrections sans motifs ont fait leur étape; les partis mieux avisés se réservent pour de meilleures occasions. La France souffre du régime auquel les d'Orléans l'appliquent conslitutionnellenienl, mais elle --^ail, avec Isaïe ', « qu'ils n'ont été ni plantés ni semés: que leur tronc n'a pas jeté de racines dans la terre et qu'un souftle les enlèvera comme la paille. » La France attend ce souffle. A.U moment le moins prévu, ce souftle passe sur la maison d'Orléans; et, comme le Pharaon du temps de Moïse, Louis-Philippe se voit subitemenl frappé dans l'ainé de sa race.

Fils jteu respectueux surtout envers sa mèie, le duc d'Orléans n'accordait à son père qu'une affection

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cundilionnclle. EnAmt du siècle et élevé avec son siècle, il en avait adopté les idées sceptiques et les préjugés humanitaires. En sa qualité de prince courtisant les passions delà fouie, le duc d'Orléans, qui ne l'ut jamais revêtu des armes de lumière, avait outré en public ces idées et ces préjugés. La politique, les hommes et les choses de Louis-Philippe, tout lui élail à charge : tout lui fournissait matière à opposition. Dans l'intérieur de la belle et nombreuse famille, il portail, notamment depuis son mariage, un visage contraint et embarrassé. Fier de se croire et surtout de se dire Bourbon, il rougissait au souvenir des crimes de son aïeul, qu'à certains moments il se prenait à excuser, quelquefois même à célébrer par esprit d'indifférence ou par calcul dynastique. Mais son supplice de tous les jours était de voir accolé à son nom le sobriquet d'Égalité. 11 n'avait étudié la Révolution que dans les livres; il s'en faisait une nécessité politique, une théorie sociale et une garantie de règne, car il était trop d'Orléans pour ne pas chercher, par des expédients, à endormir sa conscience et celle des autres. Dans son attitude, dans son silence, et même dans le flux de ses paroles aussi prolixes que celles de son père, il y avait une certaine impertinence, moitié despotique, moitié libérale, qui est le cachet distinctif de la génération de Juillet. Ainsi que CCS Perses dégénérés dont parle Montesquieu, cette génération s'est crue tioj) gi'ande pour se corriger, et • Ile a suivi dans ba conduite la vaiiitt' de ^e^ j)unsées. 11. U

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rruIcclcLir des arts plulôl (juc des loLlres, ami des artistes dont il se fit un moyen oL non pas un plaisir, le duc d'Orléans mesurait la chaleur de son radicalisme sur la lempéralure de sa ))opularilé. Il souffrait visiblement des appétits vulgaires et des airs bourgeois que le sans-gêne de 1850 introduisit à la cour. 11 en riait avec ses frères ou avec les jeunes gens de son intimité; mais plus d'une fois ce mécontentement prit des proportions sérieuses et s'éleva jusqu'à la menace. Le duc d'Orléans pressentait vaguement un sombre avenir. Il espérait le conjurer, en ne créant pas plus obstacle à la Révolution qu'aux idées folles ou malsaines dont elle a l'art de composer l'évangile du progrès.

Avec ses qualités et ses défauts, qui en faisaient un revenant de 89, atteint de la monomanie des grands principes, ce lils aîné de la race aurait peut-être eu la chance de voir l'usurpation se continuer par l'hérédité. Dieu ne permit pas qu'il en fût ainsi. Le 15 juillet i84'2, le duc d'Orléans, prêt à partir pour une inspection militaire au camp de Saint-Omer, va prendre à Neuilly congé de sa famille. Tout à coup à la hauteur du bois de Boulogne, les chevaux de sa voiture se cabrent. Elfrayé de leur course vertigineuse et se liant à sa soui)lesse gynniasti(|ue, il ouvre la portière et saulr à pieds joints sur la route. L'élan fut si irrélléchi, le eontre-coup si rapide, que la tète du prince retomba lourdement sur le pavé. Le duc d'Orléann'cbt (ju'un souille tjui passe et qui ne revient plus.

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Celle Juiijcntable inorL relenlissaiiL connue un c()U[) de lonnerre dans un ciel serein, fut pour la famille d'Orléans une douleur aussi légilimc que profonde. Il y eut bien des larmes versées autour de ce corps si pi'émalurément refroidi ; et la France s'associa par des paroles de compassion à un deuil royal, qui était le précurseur de celui de la dynastie. Mais la pitié, que les grandes catastrophes provoquent tout naturellement, cherchait dans celle-ci plus qu'une émotion passagère. Les partis y découvrirent de mystérieux enseignements. En rapprochant les circonslances de cette chute, ils leur attribuèrent une terrible signitication. C était la veille de la prise de la Bastille, dans ce mois de juillet, le mois des révolutions, que le fatal événement avait eu lieu sur le chemin de la Révolte. La tète de l'héritier de la monarchie des barricades s'était brisée sur un tas de pavés. Il avait été recueilli, il avait rendu le dernier soupir dans une boutique d'épicier, l'emblème et la force du gouvernement de 1 850. Et le duc d'Orléans qui, afin de s'emparer de la couronne, donna pour mot d'ordre : « Surtout point de régence et pas d'enfant! » se trouve, par une su- Idime ironie du ciel, obligé d'avoir recours à un enfant et à une régence. Mais dans cette famille toujours |»leine d'ingratitude et de folie, le berceau, dérogeant à la loi commune, ne peut pas faire oublier la tombe.

Affaissé sous un châtiment sans consolation, ce châtiment réservé à ceux tpii vivent longtemps, le malheureux vieillard a soutenu de son bras chancelant la

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iiiaJliL'uriuise mère, siiivaiil à pied jumju'mu château de Neuilly, le cadavre de son premier-né, de ce lils (ju'en ISlO. à l'alerme, elle salue, dans sesentrailles', du titre, déjà convoité, de roi de France. Durant ce lugubre trajet, les larmes se mêlèrent aux prières; les tristes images se confondirent a^ec les tristes souvenirs. Bientôt cependant le désespoir paternel dut céder la place aux préoccupations terrestres. Le coup était rude, l'enseignement implacable : Louis-Fliilippe ne voulut pas recevoir sans contrôle la le(;on que Dieu lui inlligeait. Ses plus longs chagrins faisaient à peine le tour du cadran, il était trop enseveli dans la matière pour s'avouer que la douleur seule comple dans la vie, et qu'il n'y a de réel que la douleur. Aussi le vil-on, après s'être persuadé qu'on ne rem- ])lace rien ici-bas, songer à maintenir son œuvre dynastique.

Ouatre lils majeurs lui restaient; mais le duc d'Orléans en laisse deux en tiès-bas âge. Quoique l'Écriture Sainte et les annales des peuples aient plus d'une fois démontré la justesse de ce cri" : « Mallieur à la terre «jui a pour roi un enf^mt! » Louis-Philippe n'a pas même la pensée de choisir son héritier parmi ses propres fils. Le principe de la légitimité est, disent les novateurs, un dogme usé et inconciliable avec les progrès de la raison et le génie des sociétés modernes. Cependant ce dogme se trouve repris en sous-

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LE NAPOLÉON hE LA l'AI\. -,7.-)

œuvre à l'instant même que, du cliaosivvolulionnaire, surgit un nouvel état de choses. Comme tous les usurpateurs ou les parvenus qui combattirent l'héréditc, lant qu'ils n'en bénéficièrent pas, Louis-Pliilippe veul la perpétuer dans sa famille, car le vieux dogme devien I toujours neuf selon les circonstances et les hommes. La succession de mâle en mâle, t-t par ordre de primogénilure, est une garantie de durée et une consécration du temps. Après l'avoir altérée chez les autres, il ambitionne de la rétablir à son profit. Et, chose qui ne sera jamais assez signalée, tous les praticiens de la légalité fictive qui, en 1850, se rendirent les complices de sa rébellion, viennent se rallier autour du trône de Juillet, afin de sanctionner par une loi ce principe qu'ils ont oblitéré par une autre loi. L'inconséquence de ces génies procéduriers était flagrante, elle ne trompa que ceux qui avaient besoin d'èlre trompés. Le comte de Paris, à qui monseigneur de Quélen souhaitait si ardemment et si spirituellement l'héritage de la couronne des cieux, fut le successeur très-hypothétique du roi Louis-Philippe.

Au moment de partir pour l'expédition des Porlesde-Fer, le duc d'Orléans avait , dans une heure de mélancolique abandon, rédigé quelques pages sous l'orme de testament. Ces pages, qu'il aurait peut-être mieux valu anéantir, par respect pour la mémoire du niorl, étaient l'expression d'une àme vouée au doute et incertaine «le l'avenir. l/inexp(';rieneo du jeune lioinine, ainsi que les troubles de sa foi religieuse et

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inonaiTliiquc, s"y lonl jour n cliaque phrase. Dans un lemps où la Révolution allribuc tous le.sdroils au peuple, c'esl-à-direà elle-même, et où les princesse ])laisent à ne s'en reconnaître que le moins possible, nne pareille profession d'anarcliie fut acceptée comme un (lcploral)]e phénomène. On lit dans ce document :

« J'ai la confiance que, lors même que les devoirs d'Hélène vis-à-vis des enfants que je lui ai laissés ne l'enchaîneraient plus au sort de ma famille, le souvenir de celui qui l'a aimée plus que tout au monde l'associerait à toutes les chances diverses de notre avenir et à la cause que nous servons. Hélène connaît mes idées ardentes et absolues à cet égard, et sait ce que j'aurais à souffrir de la savoir dans un autre camp (jue celui où sont mes sympathies, où furent mes <levoirs. C'est cette confiance, si pleinement justifiée jusqu'à présent par le noble caractère, l'esprit élevé et les facultés de dévouement d'Hélène, qui me fait désirer qu'elle demeure, sans contestation, exclusivement chargée de l'éducation de nos enfanis.

c( Mais je me haie d'ajouter que si, par malheur, l'autorité du roi ne pouvait veiller sur mon fils aîné jusqu'à sa majorité, Hélène devrait empêcher que son nom ne fût prononcé pour la régence, etdésavouer hautement toute tentative qui se couvrirait de ce dangereux prétexte pour enlever la régence à mon frère Nemours, ou, à son défaut, à l'aîné de mes frères.

c( C'est une grande et difficile tache que de préparer le comte de Paris à la destinée qui l'attend ; car

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