II
e-)80 CHAPITRE III.
la pruderie, élail, aux yeux de Louis-IMiilippe, le plus charmant des à-propos et la plus délicate de toutes les surprises. La Reine eut le bon goût de ne pas comprendre; lord Aberdeen, son ministre responsable, celui de ne pas sentir. Mais les d'Orléans, émerveillés de leur i'aste de cinq jours, plus émerveillés d'avoir renoué le fil de l'entente cordiale, se crurent en droit de tout obtenir de la cour de Windsor. Ils étaient heureux à la sueur de leur front. Le voyage à Londres du petit-fils de Charles X leur parut une occasion de prouver à l'Europe que la dynastie de
Je brave les ordres sinistres Qui brisent leur pouvoir tout net; Et plus heureux que les ministres.
J'entre en tout temps au cabinet.
Des flatteurs vantent leur science Et la beauté île leurs budgets; Mais souvent leurs plans de liiiance Comprouiettcnt nos intérêts.
Moi, j'ai la visière plus nette, Et vous en serez étonnés; Lorsque je me sers de lunettes.
,1e ne les mets pas sur mon nez.
.le nie complais dans mon empire.
Il ne me cau^c aucun souci ; J ainie I air pur qu'on y respire.
On voit, on sent la mer dici.
Partout l'aisance et le bien-èlic.
Ma vie e^l un bouquet de fleiii - :
.\ujsi j aime beaucoup mieux être Maire d'Eu que maire d'ailleurs.
Vieux château, bâti par les Guises, Mer d'azur baignant le Tréporl, Lieux oii chacun fit des bêtises, Je suis à vous jusqu'à la mort.
Je veux, sous l'écharpe française, Mourir en sénateur romain, Calme et tranquille sur ma chaise Tenant mes papiers à la main.
LE NAPOLÉON DE LA l'A IX. 587
Juillet coniplait pour quoique chose dans le monde. Au mois d'octobre 18iô, le duc de Bordeaux arrive en Angleterre. Ce n'est ni un prétendant qui vient faire valoir ses droits ni un conspirateur qui recrute des complices. Souriant à l'espérance, et portant sur son front avec une dignité sans orgueil toutes les splendeurs de cette royale maison de Bourbon, si privilégiée par la fortune et par le malheur : « On le voit, ainsi que s'exprime Bossuet^, plein des secrets de Dieu ; mais on voit qu'il n'en est pas étonné comme les autres mortels à qui Dieu se communique. 11 en parle naturellement comme étant né dans ce secret et dans cette gloire. » Son enfance et sa jeunesse s'écoulèrent sous la pression d'un exil immérité; exil que, par un respect peut-être exagéré pour des erreurs vulgarisées à dessein, il ne consentit jamais à abréger, en commettant des fautes qui sont quelquefois une destinée. Après l'avoir suivi et apprécié, au milieu de cette existence de calme, d'intelligentes études et de résignation qu'il s'est faite, on s'aper- (joit aussitôt que, dans ce détrôné au berceau, il y a un principe qui pourra mourir avec lui, mais qui vivra toujours en lui. Duc de Bordeaux, Henri V ou comte de Chambord, il représente le droit des nations, garanti et sanctionné par le droit des monarques. Sa beauté a reçu un si grand éclat, que tout le monde en est ravi. Doux au malheur, mais fort contre la félonie et la Révolution, il a trouvé un
^ Discours stir /Vus/, intivcrs.."!' pari., di. X.l\, j». '270.
."iss ciiAi'iii;!': III
iigrciiicnl imiiKirlcl dans l'Iionnôleld Son ànic est cni'icliic (le Ions les trésors de In science cl (h; In grâce. IMiis liant que son temps, il a souvent entendu ses ennemis eux-mêmes rendre justice à une vertu (jui ne se dément pas plus dans l'âge mûr que dans la jeunesse. C'est à lui, et à lui seul de tous les princes vivants, que l'on doit appliquer ces belles paroles d'Horace' : «Fuir le vice est déjà une vertu, et la première sagesse est d'être guéri de la folie. »
Virtusost vitiuin tugfre ; et sapientin |iriiii;i Stnltitia caruissc.
Les d'Orléans avaient tant de reproches à s'adresser, qu'ils ne consenlirent jamais à pardonner au successeur de Charles X les crimes commis |)ar eux. Le pire des coupables est effectivement celui qui viole une loi sociale, n'importe la provocation derrière laquelle il lui plaît de s'abriter. Le voyage de Londres développa cette persécution, se compliquant d'un remords inavoué. Ce fut un Rohan-Chabol, premier secrétaire de l'ambassade, qui eut la charge, assez ('Irange pour son nom, de venir réclamer en cette circonstance les bons offices du cabinet de Saint- James. Louis-Philip])e n'ose pas demander, mais il fait timidement insinuer. Le but de ces commérages souverains et diplomatiques est de bouleverser tontes les lois de l'étiquette, et d'empêcher le chef de la maison de France d'être rcrn par une petite descendante de
' iioiMl., Episi., lll'. 1, 1.