‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 27 sur 48 · I.K NAI'IU.KON m. I. \ l'.VlX · texte numérisé non relu

I.K NAI'IU.KON m. I. \ l'.VlX

eomln do Chambord fut-elle connue, que le parti li'g^itimiste jugea qu'il devait au prince et à lui-même une royale démonstration. La résidence de Belgravesquare fut un lieu de pèlerinage, le rendez-vous des fidélités anciennes et des nouveaux dévouements. S'obslinant à espérer, en dépit même de la fortune, ils accourent des diverses parties de la France, et, comme au I" lirre des Machabées, ils répètent à ce Grandisson de l'exil ' : a Heureux le jour où vous rentrerez dans la terre de vos pères, et où vous serez assis sur le trône de leur royaume. »

De même que tous les rois et les empereurs de passage, Louis-Philippe aime à proclamer que les vieux partis sont à tout jamais vaincus et qu'ils ne renaîtront plus de leurs cendres. Les journaux officieux ou serviles acceptent ce mot d'ordre, et il circule parmi les intéressés. Il s'y accrédite même jusqu'à la prochaine explosion, car, au dire du cardinal de Retz', « rien ne persuade tant les gens qui ont peu de sens que ce qu'ils n'entendent pas. »

entre ;iulres. Ce diicélail maire de son village. Un jour de 1" mai, après avoir assiste à une fête dynastique et à un Te Deiau de commande, il était reconduit à son château par le conseil nmnicipal. Ceint de l'écliarpe tricolore, il traversait ses salons où resplendissent dans leur auréole les nobles et fières images des premiers barons chrétiens. A l'aspect de toute cette lignée de connéttdjles et de maréchaux de France, une pensée, sœur du repentir, frappe son esprit. Il détache avec précipitation son écliarpe aux trois couleurs et s'écrie en courant : « 0 mon Dieu? s' tous ces vieux-là pouvaient descendre de leurs cadres, quel coup de pied ils me fl;iu(|ueraie!il. »

' Machab., liv. 1, cliap. x, .5."».

' Memiiires du curiliiidl de liel\, tome 11, page 11.

394 CllAI'lTRH III.

Cette tactique, qui ne trompe sérieusement personne, absorba durant quelques années le roi de Juillet dans la contemplation de ses mérites. Mais quand il vil tous les noms illustres de la France ancienne et de la France moderne traverser le détroit, il ne put dissimuler ses déconvenues. Alors il se baigna dans sa rage. Afin d'établir une diversion, Louis-Philippe a résolu d'opposer au prétendant le duc de Nemours, régent problématique du royaume orléanisé. Le duc de Nemours ne se prêta qu'à contre-coîur à la politique paternelle. Sa réserve excessive, son air de prince et la distinction de ses manières l'ont rendu suspect à celte tourbe de bourgeois enrichis ou affamés qui s'appelle la cour. On le disait passé mentalement à l'ennemi; c'est pour ce motif qu'on l'expose au feu des regards et à la mitraille des épigrammes. Placé en fiice du proscrit, que les traditions de famille et de monarchie saluent sur la terre étrangère du titre inaliénable de roi de France, le duc de Nemours se voit seul, isolé, au milieu de ce perpétuel concours de Français. Pour la première fois peut-être, les hommages de la multitude ne s'adressèrent pas à la puissance, mais à l'exil. Le prestige du pouvoir eut son éclipse. Cette déception, au-devant laquelle l'Orléanisme marchait avec tant de téméraire confiance, ne fut pas un de ses moindres sujets d'alarmes. L'Europe avait été mise à même de juger sur pièces ; la comparaison éiait écrasante.

Tl y avait là, autour <lu prince, les plus illustres et

les plus beaux noms de l'histoire, des femmes de tout âge et de tout rang, des avocats, de riches industriels de l'Est, du Nord et du Midi, des ouvriers de diverses contrées, des écrivains, des artistes, des prêtres, des magisirats et des paysans vendéens, bretons ou normands. Tous avaient au cœur cet ardent patriotisme, et ce courage de la foi que rien n'ébranle et que les événements les plus contraires ne font jamais chanceler. Ils croyaient; ils espéraient donc.

Il fallait amortir l'effet de cette manifestation, que tous les efforts de l'Orléanisme n'ont servi qu'à rendre plus éclatante. Belgrave square trouble ses rêves dynastiques; Belgrave-square démontre aux plus incrédules que treize années d'occupation du trône n'ont en rien modifié la conscience des partis. Ils vivent de la vie qui leur est propre au milieu de leurs funérailles, si pompeusement célébrées par le gouvernemeni en exercice. Et, comme dans Isaïe, l'Orléanisme stupéfait peut s'écrier' : a Mes morts vivront; ceux que j'ai tués ressusciteront. » Louis-Philippe aux Tuileries reste aussi complètement isolé que son fils, le duc de Nemours à Londres. Cette expérience est pour l'orgueil du roi de Juillet le plus amer des désenchantements ; il espère s'en venger par une circulaire à ses diplomates. Ce morceau de papier contenait, dans l'entortillage du style officiel, une menace indirecte don( l'Europe s'amusa beaucoup. A la date du 2 jan-

' Uiùir, xxvr, l'.l.

.ï9fî <:H.\PTTRK 111.

vier IS44, le ministre f.nsail les reeommandalions ^ui van les :

« Ce qui s'est passé à Londres pendant le séjour que vient d'y faire M. le duc de Bordeaux, a changé la situation de ce prince. Ce n'est plus un jeune prince malheureux el inoffensif, c'est un prétendant déclaré, a Dans cet état de choses, l'intérêt et la dignité de la France imposent au gouvernement du roi de nouveaux devoirs. \ous ne voulons point exercer sur les démarches de M. le duc de Bordeaux une surveillance inquiète et tracassière qui aggrave le malheur de sa position, mais nous ne saurions voir désormais avec indifférence les démonstrations dont il pourrait être l'objet dans les pays étrangers. Quelques vaines que fussent, en définitive, ces démonstrations, elles pouri-aient, au dehors, placer les représentants du roi dans une situation peu convenable, et fomenter, au dedans, des passions ou des espérances criminelles. Nous avons le droit de compter que partout où paraîtra à l'avenir M. le duc de Bordeaux , l'attitude des cours alliées (le la France ne permettra pas que ni l'un-ui l'autre de ces inconvénienls en puisse résulter. S'il en était autrement, la présence simultanée du représentant du roi ne serait ni convenable ni possible, et vous n'hésiteriez pas à le déclarer. »

A la lecture de cet interdit, frappant du même cou[i les puissances étrangères et le duc de Bordeaux, un lire universel éclata dans tous les palais el dans toutes les chancelleries. Des invitations, pleines de l'oyale el

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