‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 28 sur 48 · I.K N AI'OI.KOX m: I.A l'AI\. :,!t · texte numérisé non relu

I.K N AI'OI.KOX m: I.A l'AI\. :,!t

Initeniollc couiioisie, lurent adressées au jeune prince, eonime une réponse pérenij toire à un communi(jU(' dont personne n'avait à prendre acte ou souci. L'Orléanisme, vaincu sur le terrain des procédés, n'eut plus (|u'à metlre en cause devant sa majorité les députés léfj-itimistes. Dans les conditions d'un gouvernement où la liberté individuelle était entourée d'un certain respect, l'Orléanisme ne pouvait pas faire incriminer par ses procureurs généraux les trop nombreux pèlerins de Bel grave-square. Quelques membres de la Chambre des députés, ayant Berryer à leur tête, s'élaient crus en droit de participera cette expression du sentiment monarchique. Louis-Philippe fait peser sur eux le poids de son courroux. Lui qui s'est, pendant une longue vie, joué de tous les serments prêtés à la République et à la Royauté, lui qui, en 1795, déserta le drapeau tricolore en face de l'ennemi, lui qui, à peine couvert du pardon royal si généreusement accordé aux crimes de son père et à ses erreurs personnelles, fit de la conspiration libérale ou bonapartiste pour son propre compte, il reproche à ces députés de s'être parjurés. 11 prétend, il exige que, dans l'adresse votée par les Chambres, en réponse au discours de la Couronne, ces députés soient publiquement anathématisés. Cette réprobation atteindra, par la même occasion, tous les Français fidèles au grand principe sdcial. Les commissaires de l'adresse étaient orléanis- [e^ pour la plupart. Ils épousèrent les fureuis de la dynastie , portèrent l'excès du zèle jusqu'à l'on-

:vjs (iiM-iTiiH m.

Irngc L'I iiiinulèrenl leur arrùL en ces termes : « Lu conscience publique llélril de coupables manifestalions. »

Sans songer qu'une flétrissure est comme une pierre lancée en l'air et qui retombe sur la tête de celui (|ui l'a jetée, Louis-Philippe et ses adhérents s'obstinent dans cette inqualifiable malédiction'. Fiers de leur

' Il serait Ircs-clifficile maintenant de relrouvcr les noms de tous les honorables citoyens qne lOrléanisine a prétendu flétrir. Kous prenons au liasanl [larini toutes ces notoriétés. En les déclarant ses ennemies les plus irréconciliables, l'Orléanisme se séparait à tout jamais des vieilles l'amilles qui, parles services rendus dans la paix et dans la guerre, ont conquis ou mérité des titres que la l'econnaissance nationale a sanctionnés. Il prouvait par la même occasion que, dans le haut coiimiercc la bourgeoisie et les classes agricole et ouvrière, sa dynastie rencontre d'énergiques et nombreux adversaires. Un roi de France faisant déclarer par un acte législatif que tous les royalistes français lui sont hostiles, c'est un spectacle que l'histoire n'avait pas encore eu à enregistrer dans ses annales. On cite parmi ces privilégiés de l'ostracisme orléaniste;

Chateaubriand, le général Auguste de la Rochejaquelein, Berryer, Villaret-Joycuse, les ducs de Levis. de Filz-James, deGuiche, d'Avaray, de Richelieu, de Tourzel, de Caylus, de Berghes, des Cars, de Rolian, de Mirepoix et ses deux fds, Guy et Sigismond de 31irepoix, de Rivière, de Valmy, de Lorge, les princes de Broglie, deChalais, de Croy-d"Havré, de Lucinge, de Léon, de Montmorency, le comte de Brissac, h vicomte de Damas, Jankowitz, de !Nugent,de Lépme, deTocqueville, de liancher, de Boulray, de Charnacé, le marquis et le comte de Durfort, le comte du Lau, le comte de Biencourt, le comte de Bélhune-SuUy, de Blancmesnil, de Boisgautier, le comte de Caux, le général Brèche, le vicomte de Flamarens, le marquis de Malet, le comte de Cosnac, Grimounrd de Saint-Laurent, le marquis de la Ilaye-Moiitbault, les comtes Charles et Gaspard de Bourbon-Busset, de Qumsonnas, de Nouaillan, le marquis de Vibraye, de Clianlieu, de Banville, de Fontaine, le marquis de Monterot, le marquis du Ouesnoy, de Chênedollé, le comte de Canisy, de Pracontal, le marquis de la Ferté-Meun, de Carondelet, de Cacheleu, de Malart, de Briment, le comte de Riencourt, de Lamarre, le baron de Viviers, le manjuis Uesmoutiers de Mérinvdle, le statuaire Flatters,

LE NAPOLEON UL I^A l'AIX. ÔDO

majorilc, tbrls tle Iciii' audace sans péril, ces législa- Iciirs, qui vendaient leurs consciences en gros et leurs suffrages en détail, se font un devoir de ne regarder

le conile d'Imécourt, le marquis de Sominery, Pichon de Longueville, le comte de Rastignac, Ragon de Kerkaradec, de Sévoy, le comte de la Motte-Rouge, le marquis d'Argence, le comte de Beaurepaire, le comlo de VaiifUruvre, le comte de la Barthe, le comte d'Espiuds, le vicomte de LJaulny, Arthur de Jobal, le baron de Torsy, le comte de Monlbruii, le baron d'Argenton, le comte de Bouille, le comte Olivier de Sesmaisons, le comte de Bonneval, le comte de Divonne, le comte de Chàteau- Villars, de Kernienguy, le comte de Galonné, de Courteille, Bérard des Glajeux, le comte de Bourmont, le comte de Marcillac, le comte de Favernay, le comte d'Auger, le marquis de la Roclietulon, le marquis de Nicolaï, le général de Lamalle, le comte de Chaumont-Quitry, le comte de Nadaillac, le vicomte Waish.le comte de Neuville, le marquis deLangle, le comte de Maupas, le général vicomte de Saint-Priesl, le vicomte de la Salle, le comte de la Fare, le marquis d'Ecquevilly, le comte d'Osseville, le conUe de Bourdeille, le comte de Sainte- Aldegonde, le comte de ChaslcUux, le comte de Montholon-Sémonville, le comte d'Oillams(tn, le comte dWmlioise, le marquis de Frotté, le comte d'Auticliamp, de Taverny, de Montaigu, de Montbreton, Laville-Baugé, le marquis de Itarbançois, le comte de Mcyronnet, de Tarades, Charles de Fitz-James, le marquis d'Iiervilly, le marquis de Chamois, le comte de la Bédoyère, le comte de Tramecourt, le marquis de Villette, le comte de Lambertyc. le comte de la Roche-Aymon, le général de Farincourt, le comte de Corner, de Conny, le comte de Rocheplalte, de Laage, de Solérac, le comte de Cerminy, le vicomte d'Astorg, de la Fruglaie, Albert de la Boëssière, le comte du Couëdic, de Kergariou, le comte Le Mintier, de Lorgeril, de Trégomain, de Trobriand, le comte de Chabannes, le baron d'Hautecloque, le comte de Drout't, le comte d'Anglade, le marquis de Balleroy. le comte de Maupou, de Sepmanville, le comte de Béarn, d'Aulane, le comte de Nicuwerkerke, le vicomte de Richemond, Louis Paira, le comte de la Ferronnays, le comte de Malartic, Guy de la Tour-du-Pin, le vicomte d'Arguzon, Ludovic et Emile de Franqueville, le comte de Montesquieu, le marquis de Roncherolles, de Triqueville, le comte de Buisscret, d'Haussonvillc, Postel d'ivry-la-lîat.aille, Alfred Nettement, le marquis de Rochefonteuillc, le comte de Valori, le comte de Lostange, le vicomte de Quélen, le baron de Larcy, le maniuis Henri de la Rochejaquelein, Blin de Bourdon, le comte de Boissard, La Villatte, de

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ni en avant ni en arrière. Ils ne réfléchissent pas que les révolutions sont aussi monvantes que les sables de la mer, et qu'un jour les d'Orléans peuvent aussi bien connaître les misères de l'exil que les Bourbons ou les Bonaparte. En 1848, les d'Orléans furent proscrits à leur tour. Alors on vit les plus ardents fïétrisseurs

Fiiycl, (le Villobois, le comte de (Juatrel);iiljes, le oointe crindy, tic Cor- Millier, le coinle d'Aulieterre, le iiiarqirs de Saint-Amand, le comte do Licliy, le baron de Mnrilhac, le vicomte de Saint-Didier, de Matharel, Espivent de la Ville-Boisnet, le vicomte de Cnssy, le comte de Montmol'ency-Liixembourg, le vicomte d'Orglande, le marquis deCroismare, le comte de la Rochefoucanld, Gagelin, le vicomte d'Allion, le colonel 'nuiehet, lîoscal des Mcals, le marquis de Catuélan, le comte de Carné, le comte d'Andigné de Maynenf, le comte de l>oispcan, Urvoy de Closmadeur, le comte d'Erlach, le comte de la Châtre, le marquis de Goulaine, le comte de Montrichard, le marquis d'Hérouville, le marquis de Lastic, (le Turet, le baron de Colbert, Hector, Louis et Eugène de Rosuy, le comte de Jumilhac, le comte de Knsamho, le comte de Grasse, le comte (TAulterville, le comte de Dam|iieri'e, Raoul de Poix de Fréminville, le comte de Kerdrel, de Boncourt, de Corbière, le marquis de Rétbisy, le comte de la Bourdonnaye, de Courzon, le marquis de Gontaut-Saint- Rlanquart, vicomte de Gontaut-Riron, Jules d'Adliémar de la Raume, de Worogues, le baron de Pierres, Victor du llainel, le marquis Anjorranl, le comte du Roberil, le comie Ilay de Nétumières, le vicomte de Crevecœur, Emmanuel de Dreux-Rrézé, général marquis dllautpoul, deVaufreland, le comte de Florac, le général Dutertre, le comte de Lardemelles, Bertier de Sauvigny, de Veauce, le vicomte de Pleumartin, le comte de Cossé, le marquis de Champigny, le comte de Fressinet, le marquis de Beaumont-Villemanzy, le comte de Beaucorps-Créquy, le vicomte de Puy-Ségur, le comte de Trogoff, le marquis de Sainte- Maure, le vicomte de Bonneuil, le vicomte d'Armaillé, le comte de Pcrigord, etc.

Nous arrêtons ici cette liste des llétris de TUrléanisme, qui pouirait s'étendre indéfiniment, toujours avec les noms les plus considérés et les plus considérables du Royaume. On voit ceux (pie la dynastie du 18Ô0 anatliématisait : il n'est pas besoin dédire ceux (Qu'elle lionorail. La comparaison se l'ait d'elle-même.

de 1844 prendre en très-petit nombre le chemin dr Claremont ou d'Eisennch. Ils allaient saluer Louis- Philippe sur son lit de mort, et le comte de Paris dans les joies de sa majorité. Personne en France ne demanda raison à ces saint Remy de l'usurpation exilée de leurs larmes ou de leurs vœux, qui étaient évidemment attentatoires à une loi quelconque. On respecta leur douleur ; mais on ne partagea point leurs espélances, et les flétrisseurs ne furent pas flétris.

Louis-Philippe avait décidé qu'une bataille en règle serait livrée à la tribune : la bataille eut lieu. Jamais tempête parlementaire ne jeta autant d'écume oratoire sur un trône et sur un ministre. M. Guizot était l'arcboutant du gouvernement. Dans cette querelle, qu'il soutenait sans conviction politique , mais non sans dignité personnelle, son rôle le force à dire tout au plus la moitié de ce qu'il pense, et au moins le quart de ce qu'il ne pense pas. Louis-Philippe l'a chargé d'être l'exécuteur de ses hautes et basses justices. Une stratégie ordinaire aux tribuns transforme l'accusaleur en principal accusé. Les pèlerins de Belgravesquare, secondés par l'opposition républicaine et dynastique, font expier au légitimiste de ISlo son pèlerinage de Gand. La diversion était heureuse peut-être, mais inique sans aucun doute; car, en 1815, M. Guizot fit œuvre de bon français, l'œuvre que Louis-Philippe n'accomplit qu'après la catastrophe de Waterloo.

Il ne restait plus aux députés flétris qu'à en appeler de l'outrage orléaniste au pays légal. Leur démission II. m

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lui donnée; pui^, in;ilgié les eiiipurlcnirnb royaux el les objurgations adminislratives, la souveraineté des électeurs fit Irionipher au scruliji la fidélité légitimiste.

Dansée voyage du duc de Bordeaux à Londres, élevé par Louis-Philippe à la hauteur d'une affaire d'Etal, le cabinet de Saint-James a tenu à lui prouver que la Grande-Bretagne savait, elle aussi, pratiquer l'entente cordiale. Elle a servi les passions de la dynastie de 1850; il faut maintenant que celte dynastie acquitte la dette contractée. C'est le droit de visite el l'indemnité Pritchard que les Anglais se proposent comme salaire ou comme récompense. Dans leurs arsenaux et à leur Eoreign-Office, ils ont des chaînes à fournira tous les tyrans; dans leurs manufactures ils fabriquent des [)oignards ou des bombes pour tous les conspirateurs. Tracassière avec les forts, impérieuse avec les faibles, la Grande-Bretagne aime à s'attribuer sur les mers une suprême juridiction. Cette juridiction doit être universelle, autant pour flatter l'orgueil des Anglais que pour développer leur commerce. Naturellement, elle ^e formalise et prend ombrage de tout ce qui peut offrir à la France une occasion d'accroître sa puissance maritime. L'avénemcnt de Louis-Philippe au trône des barricades fut pour la cour de Windsor une bonne fortune à exploiter contre sa rivale. Dès le 50 novembre 1851 , celte cour lui impose un acte qui, sous prétexte d'empêcher la traite de^? nègres, accorde aux croiseurs de la marine britannique le droit de visite sur nos bâti-

LK .\Ai'Oii:u.\ m: LA l'Ai \. iur.

nieiils de cummerce. Cet acte, que le Uiniiille de.s émeutes fit passer inaperçu, est, p;ii' une eonventii»n supplémentaire, du 2'2 mars 1855, modifié de telle sorte que les Anglais peuvent, à tout momeni, à tout propos et sur le moindre soupçon, détourner un navire de sa destination, le séquestrer dans le premier port venu, en attendant une enquête et un procès. C'était, de parti pris, abaisser la marine française et permettre de la ruiner par philanthropie.

La Révolution aime à déployer le charlatanisme d'une humanité furibonde, qui caresse les assassins et déchire les victimes. Elle avait prononcé sa fameuse sentence : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! » Nos colonies ont péri, mais les principes ne s'en trouvèrent pas mieux. Bonaparte vint, qui heureusement annula le décret du IG pluviôse an II, et les Bourbons, dans l'intérêt du commerce, ne voulurent jamais adhérer aux sollicitations britanniques. Louis-Philippe n'eut pas de ces réserves. Le Libéralisme était négrophile par tempérament, anglomane ])ar système. Tout orgueilleux de briser les chaînes des noirs, il laissait assez facilement opprimer les blancs; il les opprimait lui-mèrne au nom du progrès. L'Orléanisme se mil à la dévotion du cabinet de Saint-James et des industriels de la Grande-Bretagne dans une question qui touchait à l'honneur de notre marine et à la liberté de notre négoce. Tyrans humanitaires de la mer, les Anglais, sous une hypocrite l'oideur, i\m est le déguisement de leur vie, cachent des abîmes d'immo-

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lalitc; ils ne laidèienl pas à porler l'insulcncc aux dernières limites.

Une clameur de haro était sortie des ports de France. A la nouvelle de tous les outrages subis par notre pavillon, les esprits les plus modérés avaient demandé, coule que coûte, l'abolition du droit de visite réciproque. Ce droit de visite aboutit nécessairement à une faiblesse ou à une folie : l'Orléanisme le maintenait dans l'une ou l'autre alternative. De crainte de froisser l'Angleterre, l'Orléanisme s'obstine à fermer les oreilles aux vœux de la France ; la France enfin l'emporte sur de faux calculs dynastiques. Malgré les objurgations de Louis-Philippe, la Chambre des députés arlache au ministère la promesse qu'un pareil étal de choses ne se renouvellera point. Il fallut quatre années de luttes oratoires et de persévérance nationale pour arriver à un traité moins dangereux et forcer la main au gouvernement.

Ce gouvernement, si désireux de complaire à l'Anglais, se trouve à chaque instant, par la seule force des choses , entraîné dans un courant opposé. La France se révolte contre cet abaissement continu ; les ministères whig ou tory, qui se succèdent à Londres, se font tous un cas de conscience britannique d'afficher des pi'étentions insoutenables. Plus leur exagéralion est injuste, plus le cabinet de Saint-James met d'entêtement à les faire prévaloir. En 1838, la France, poussée à bout par les républicains du Mexique, véritables écumeurs de terre et de mer, toujours prêts au

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pillage, songe à liror venge;uîce dos déprédations dont ses nationaux furent les victimes. L'Angleterre ne voit cette expédition qu'avec dépit; elle tente de s'y opposer par toute espèce de moyens dilatoires et de menaces indirectes. Les opérations des fabricants de Liverpool et de Manchester se sentent gênées par le blocus établi à la Vera-Cruz et sur le littoral mexicain. Des cris de désolation se font entendre, comme si l'honneur et les droits de la Grande-Bretagne étaient violés. La prise du fortdeSaint-Jean-d'Ulloa détermina les Mexicains à être équitables et à payer enfin leurs dettes par extraordinaire.

Le prince de Joinville, en sa qualité de marin, est obligé de ne pas montrer envers r.\nglais cette humilité de déférence, qui sera l'un des plus cruels griefs adressés par l'histoire à Louis-Philippe, son père. Le prince de Joinville a bravement combattu dans les mers du Mexique; six années plus tard, il va Gravement commander sur les côtes du Maroc. Tangei' et Mogador sont bombardés sous les yeux des Anglais, et malgré leur ingérance diplomatique. Louis-Philippe a vu avec autant de déplaisir qu'eux ces écoles buissonnières d'indépendance; il en redoute l'effet, car mieux que personne il connaît les embarras de la situation. 11 sait de science certaine que l'Orléanisme n'a duré et ne durera que par la grâce du cabinet britannique.

Afin de venger les insultes faites au pavillon fi'.iuçais, le canon de la France retentit sur des rivages

m; ciiAi'iTiiK III.

lointnins. ï.o liasard d('5 ('vrnonienls, plus foris que la volonlrdo Louis-lMiiiippe, loiijours pacMfiquo dans sos complaisantes faiblesses, a réveillé les susceptibilités d'ouIre-Manche. L'Angleterre met à profit un incident ridicule pour prouver qu'en temps et lieu elle règne sur le roi de 1 ^.lO et le domine plus que jamais paila crainte d'une rupture.

Au mois d'avril 1845, l'amiral Dupetit-Thouars accepte le protectorat des îles de la Société et des îles Marquises. Cet établissement dans lOcéanie n'est pas plus un coup de fortune pour la France qu'un présage de ruine pour l'Angleterre. Noire marine doit avoir sur les mers la même égalité de prépondérance que la marine britannique. Tous les territoires, anciens ou nouveaux, sur lesquels le pavillon anglais est arboré appartiennent dûment ou indûment à l'Anglais ; il s'en empare à litre de conquête, d'épave ou de protectorat. La France veut et doit exercer, dans la mesure de ses intérêts, la même autorité du premier occupant. Elle Texerce à Taïli ; et Pomaré, .« la reine infortunée, » selon une expression de lord Aberdeen dans ses dépêches à lord Cowley, .s'est volontairement soumise au régime du protectorat français. Au sein des îles de l'océan Pacifique l'Angleterre entretient, pour son trafic de Bibles et l'écoulement de ses produits manufacturiers, des agents marrons, ouvriers émigranis ou porte-balles évangéliques. Sous prétexte d'acclimater le Christianisme parmi ces peuplades, ils y implantent les vices de la métropole, la

^riiorro civile entre les chefs, et lebaplême marchand.

Dans ce temps-h'i, il se trouvait à Taïti un nommé Fritchard, moitié consul, moitié apothicaire, mais prédicanl britannique et accoucheur juré avant tout. Ce singulier personnage, légalisant l'impudeur ou tarifant la volupté, avait établi son prêche, son industrie, et sa domination sous le couvert de Pomaré. Il régentait In multitude et soufflait au cœur des indigènes les plus absurdes préjugés contre les Français. Taïti était le champ clos où l'Angleterre laissait développer par ses méthodistes et par ses quakers les dernières effusions de l'entente cordiale.

Lord Aberdeen, ministre des affaires étrangères, donne ses instructions à Pritchard : « Vous surveillerez avec une vigilance incessante, lui mande-t-il, la conduite des Français à l'égard de nos missionnaires, et vous ne manquerez pas de rapporter minutieusement au gouvernement de Sa Majesté toutes les circonstances qui vous paraîtraient à cet égard dignes d'attention. » Et pour obtenir à ce Pritchard plus de crédit auprès de Pomaré, lord Aberdeen intercale dans sa dépêche un compliment de condoléance à l'adresse de celte femme. On y lit: « Le gouvernement de Sa Majesté déplore sincèrement l'affliction et l'humiliation que la reine Pomaré a souffertes. »

Au-dessus de la reine Pomaré et du consul missionnaire, il y a dans ces parages deux grandes puissances, représentées par des officiers de marine, cachant sous In politesse des formes une hostilité qui, pour éclater.

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guette son heure et l'occasion propice. L'amiral Diipetit-Thouars et le capitaine de vaisseau Bruat ne sont pas gens à reculer devant les injonctions du Commodore Toup Nicholas. Une insolence épistolaire du capitaine Tucker ne les assouplira certes point. Pritchard avait exagéré et envenimé cet état de choses auprès de Pomaré. Tout en se répétant à lui-même ce mot du Mariage aecref de Garrick' : « Âh! Lovewell, un marchand anglais est le plus respectable type qui soit au monde,» il était parvenu, à force de basses intrigues et de feintes terreurs, à fomenter chez les indigènes une révolte intentionnelle. Sous la pression de ces flibustiers, commis voyageurs en protestantisme et sentinelles avancées de l'industrie britannique au fond des baies les plus ignorées, on organise la disette contre les Français. On les affame, on les maudit, on se dispose peu à peu à les faire attaquer. C'esf Pritchard qui est la tête et la main du complot, c'est lui qui agite les populations, lui qui inspire et dirige les officiers de la marine britannique. Afin d'échapper aux embûches du méthodiste et aux armes de l'apothicaire, un acte de vigueur est indispensable. L'attendre de l'Orléanisme serait peine inutile. Le capitaine d'Aubigny fait arrêter et expulser Pritchard sous le canon anglais. C'est un cas d'expropriation pour cause d'utilité nationale; l'expropriation s'opère aussi légalement que lestement . Le canon anglais est mis en demeure de venger son consul et

' l'he ddnde^tinp Miirriagr. ndi' I, sct'iie I.

M' WPOLÉON ])[] LA PAIX. 40^»

son pavillon; il reste muel devant notre artillerie prête à faire feu.

Les provocations avaient été outrageantes pour la France; la réparation fut une véritable insulte à l'Angleterre. Sa marine, habituellement si susceptible, excepté contre ses frères ennemis d'Amérique, ne crut pas devoir en demander raison les armes à la main. Elle chargea de cette mission le cabinet de Saint-James, les meetings, les sociétés évangéliques, le parlement, les cokneys, les journaux, et toutes les sectes de Saints qui pullulent dans le Royaume-Uni, et s'y forment aux commerces les plus interlopes. Une tempête de récriminations gronda sur les Tuileries; un concert d'imprécations sortit de tous les centres bibliques ou industriels. Ce concert menace Louis- Philippe d'une guerre à outrance. Il avait fait tant de sacrifices pour éviter une crise européenne, qu'un dernier ne doit pas lui coûter. Les Anglais savent que le roi-citoyen met sa gloire ou plutôt son désir de conservation dans le maintien d'une paix systématique; ils battent le rappel et sonnent la charge. Louis-Philippe se confond en excuses; ils parlent d'un second Waterloo et brandissent déjà l'épée de Wellington, leur Achille septuagénaire. Louis-Philippe avait imposé aux ministres et aux repus de I Orléanisme une obéissance passive à sa volonté; cette volonté est parfaitement connue du gouvernement britannique. Le roi des Français n'a-t-il pas écrit au roi des Belges, sous la date de : Neuilly, dimanche,

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Isii. c( l,a (léprche Ho (iiiizot siirTaïli ol ses Irisles l)êtis«^s floil avoir été conimuniquéo hier à lord Aberilf^en... Je n'ai jias de paliencr jtdur la manière dont on magnifie si souvent des bagatelles de misère en rffs?/s belli. Âh! malbeureux que vous èfes! si vous saviez comme moi ce que c'est que bellnin, vous vous garderiez bien d'étendre, comme vous le faites, le triste catalogue des^ cams belli que vous ne trouvez jamais assez nombreux pour satisfaire les passions ])opulaires de votre coupable soif de popularité. »

Ces exclamations, qui auraient charmé le bon abbé de Saint-Pierre dans ses rêves de paix universelle, étaient plutôt l'expression des craintes dynastiques de Louis-Philippe qu'une conviction basée sur un besoin moral. Les tristes bêtises de Taïti, pour nous servir (lu langage orléaniste dans sa crudité native, ne toucliaient pas le roi-citoyen; mais dans le pays elles produisirent une vive émotion. En effet, dès qu'on entend certains hommes discuter s'il est ou s'il nest pas de leur honneur ou de leur devoir envers la patrie de faire telle ou telle démarche^ on peut être assuré qu'ils sont déjà convaincus que cette démarche est à leur avantage. Chacun connaissait son Louis- Philippe par cœur ; chacun s'avoua que ce n'était pas Louis-Philippe que l'Angleterre s'effor(;ait d'abaisser, mais la France. Louis-Philippe acceplo l'abaissement; la France refuse de s'y soumettre. Elle passe pardessus la tête de Pritchard pour répondre au défi lancé. Les deux peuples se mitraillent aux doux tri-

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liimo>: ; ils ne domandenl pas mieux que rie vider la querelle |)arlementaire sur les champs de liataille. Mais pour les besoins de son égoïsme, le roi de Juillel s'est créé une école de diplomales ambulants qui doivent, sui'toutà Londres, chanter un hymne sans fin à la paix. Ces diplomales éprouvent quelques scrupules; ils s'aperçoivent à la longue que l'affaire Prilchard et l'indemnité Pritchard sont un hors d'œuvre mis en avant dans le but de couvrir des menées plus inquiétantes.

Pritchard n'est qu'un effet; le Maroc est la cause. L'empereur du Maroc, écrasé par nos armes, trouve un allié et un avocat dans le gouvernement britannique. Le cabinet de Saint-James discute pour lui, stipule pour lui, se porte garant pour lui, sans même daigner consulter le vainqueur. Le prince de Joinville et le maréchal Bugeaud brûlent de tirer parti, 1 lin de ses heureuses attaques sur la côte, l'autre de sa victoire d'Isly. Tous deux se font un devoir de dicter la loi aux Marocains battus. Les Anglais ont promis à Abder Rhaman qu'il serait aussi indemne après la guerre qu'auparavant. Louis-Philippe considère comme vertu de ratifier ces promesses. La France orléaniste a désavoué l'amiral Dupetit-Thouars; elle acquitte entre les mains de Pritchard le solde de ses Bibles et de son épicerie. Elle se décide à ne pas même réclamer du Maroc les frais de la guerre, à défaut de plus honorable compensation; et elle entend le .Imnnnl dm T)(''bnls s'é-crier : '< La Fronce est nsspz

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riche pour payer sa gloire.» L'échu oulreciiidanl des mots dissimulait à peine la honte des complaisances. Ce traité du 10 septembre 1844 pesait beaucoup plus sur la conscience publique que sur celle de Louis- Philippe. L'armée, la marine, les deux chambres, le peuple tout entier viennent, par le fait de l'Orléanisme, de passer sous les fourches de l'Anglais. Le léopard, en jouant avec le coq gaulois, l'a broyé dans ses griffes. Louis-Philippe, bravant tout respect national, traverse le détroit pour savoir si les exigences britanniques sont enfin satisfaites.

Une visite à la cour de Windsor, dans un pareil moment ((S octobre 1844), était peu de nature à calmer les irritations populaires. Le roi-citoyen ne mesure plus le fardeau aux épaules, et se croyant constitutionnel parce qu'il s'est façonné une niajorilé légale, il court en aveugle sans s'apercevoir du précipice. La reine Victoria et son g-ouvernement le reçurent avec une cordialité notée d'avance. Radieux de bonheur et se félicitant à haute voix d'être rentré dans les bonnes grâces de l'Angleterre, Louis-Philippe s'enivre des hommages trompeurs dont il est l'objet. Ne régnant que pour lui et pour les siens, il communique à la reine Victoria des projets longtemps caressés. L'Europe ne lui a pas encore permis de conclure un mariage sortable en faveur de ses enfants. La reine d'Espagne est nubile, sa sœur aussi ; mais Louis-Philippe, en matrone dont l'avenir déjouera l'expérience, se persuade à tort que la jeune Isabelle

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est vouée à une stérilité forcée. C'est donc sur l'infante qu'il jette le dévolu du duc de Montpensier. Avec leur intime allié, les Anglais ont pris à contre-sens le précepte d'Horace ' :

Percontatorpin fugito, nain garrulus idem est.

Les Anglais n'évitent pas le curieux sous prétexte qu il est indiscret ; les Anglais le font parler et l'écoulenl. Louis-Philippe initie la reine Victoria et ses ministres à des songes dynastiques et à des projets matrimoniaux. Il interroge l'un, il chapitre l'aulre; et supposant que tout homme (jui interroge fait l'homme de bien, car il fait semblant de chercher la vérité, Louis-Philippe les consulte tous. « Mais, sous ce calcul extérieur, ainsi que le dit si excellemment Bossuet ', on cache souvent beaucoup d'artifices. On tend des pièges aux autres, on en tend à soi-même, et il n'y a rien qui soit plus mêlé de fraudes que les consultalions, parce que chacun veut qu'on lui réponde selon sa passion . »

La passion du roi des Barricades était l'agrandissement des siens et la prise de possession d'un trône dans des éventualités que le cant de la pudique Angleterre ne pouvait jamais autoriser. On le laisse dévclop[ter ses plans au milieu des fêtes consacrées à la réconciliation ; puis, afin de savoir jusqu'à quel point l'amour de sa race allait l'égarer, le cabinet de Saint James, qui veut toujours qu'il y ait des Pyrénées, ne

' [loi-A.EpisL., lib. 1, 1«.

- Ijossuet. Médilaliuits, lu'nr II, page -iùO.

il 1 i:iI.\IMTHK III.

lépoiidil à SL'î> ouvertures que pur d'évasives promesses de bon accord. Bientôt les tories de lord Aberdeeti passeront parole aux whigs de lord Palmerston ; ils fclont expier à Louis-Philippe ses velléités d'émancipation de famille.

Nous ne l'avons encore vu que régnant et gouvernant ; il importe d'étudier de quelle manière il s'est révélé moralisateur. Venu en des temps mauvais, le roi-citoyen, — etc'étail le vice radical de sa nature et de son usurpation, — ne pouvait exercer aucune salutaire influence sur les mœurs et les impétuosités irréfléchies de celte génération de 1850. On l'avait rassasiée des crimes et des excès de la démagogie de 1 795, que l'histoire, ameutée contre la vérité, uli're commi" des grandeurs nationales ; cette génération se lit révolutionnaire par un stupide orgueil ou par un incurable besoin de parodie.

M'ayant pas assez la conscience de son audace pour marchera la tète du siècle ou pour l'enrayer, Louis- Philippe ne s'arrêta jamais à la pensée qu'il était de son devoir de maîtriser ces impatientes extravangances qui ne parlaient que d'affranchir l'esprit humain et de manipuler à la hàle le redressement de tous les griefs. Des imaginations en délire, des enthousiasmes naïfs, de fiévreuses inexpériences se jetaient à la poursuite de la perfectibilité indéfinie. On se flattait d'ouvrir des voies plus commodes à l'apostolat de la rébellion, et d'innover tout à la fois, aussi bien en politique et en économie sociale qu'en matière

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