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leligicuse. DevanL celle disposilion maladive des iiilelligences, Louis-Philippe, ne se sentant pas de force à réglementer la dangereuse ivresse de la liberté, essaya d'asservir ou d'énerver une fougue qui multipliait les obstacles et dédaignait les conseils.
Les temps de révolution sont des temps d'ignorance et de barbarie, quoique Ton y parle beaucoup de génie, de lumière et d'humanitarisme. La souveraineté de la raison individuelle s'était aflirmée à la tribune et dans les cénacles, au fond des bureaux de rédaction ainsi que parmi les enfants perdus de l'idée. Elle produisit le fanatisme de l'indifférence. De l'utopie saintsimonienne, du mysticisme panthéiste ou des théories du phalanstère, elle arriva sans transition à la république des Egaux, au Communisme et aux absurdités de ricario. Au milieu de cette moisson de désordres, Louis-Philippe assistait à la décomposition sociale que la révolution de Juillet inaugure et consacre.
Comme ces enfants menteurs dont Isaïe a Iracé le portrait, cl qui ne veulent point écouler la loi de Dieu, la jeunesse de 1850 disait aux historiens , aux soj)histes, aux orateurs, aux poètes et aux idéologues' : (.( Racontez-nous des choses qui noi;s agréent : que votre œil découvre des erreurs pour nous. » Et, dans une improvisation effrénée, historiens, sophistes, puëles, orateurs et idéologues se prenaient à renverser les fondements de la société. Barbares qui maçonnaient de petites con**lructions de lerreou de brique au pied
- !s;(ic. Pi'opk., x.\x, 10.
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des beaux marbres de l'aiiti(juilé, ils n'avaient pas, ainsi que lordByron, l'impitoyable ironie du mauvais cœur ; mais, pour flatter les plus misérables penchants de la l'oule, ils diffamaient la probité, la foi, la gloire, la vertu, les mœurs et le courage. Pétris d'une argile épicurienne, ils allaient à la célébrité et au luxe pai tous les chemins, et leur style, plein d'images incohérentes et de soubresauts inattendus, ne coula jamais, comme celui du grand siècle, avec la pureté des eaux d'un beau fleuve. Les plus heureusement doués ne furent que des moitiés avortées de grands écrivains. On les entendait se dire entre eux, afin de le persuader au public, qu'il y avait du neuf et du vrai dans leurs ouvrages ; mais le neuf n'était pas vrai et le vrai n'était pas neuf. N'étant pas « trop espargnants à parler de soi, » selon l'expression de Montaigne, c'étaient des géants qui offraient le bout de leur ongle pour la mesure de tout leur corps, et que le public devinait à l'instant même. Momanciers, philosophes ou dramaturges, ils s'attribuaient une mission. Ils avaient tous quelque chose à créer ou à régénérer, et ils prêtaient tant de beaux sentiments à leurs héros (|u'il ne leur en resta pas pour eux-mêmes. Dans le délire de leur orgueil , ils souffletaient sur les deux joues la religion, la liberté et l'indépendance des autres, afin de faire un sort à chacune de leurs phrases; puis on les voyait propager cette tristesse de l'âme qui donne la mort. Parce qu'ils avaient chargé la vérité de menottes, ils se croyaient aptes à tout enseigner, même avant
d'avoir appris les premiers éléments de la science. La parole ridiculement sacramentelle : l'art pour l'art! «'tait sans cesse sur leurs lèvres, et ils faisaient du métier pour gagner à la hâte le plus d'argent possible. Dans ce but, ils mettaient le génie en commandite et l'imagination en société industrielle. Ecrivant toute la journée et n'ayant pas d'esprit tous les malins, les gens de lettres fondèrent de petites boutiques assez mal famées. Alors, avec l'attache du gouvernement, de leurs leuilletons et de leurs romans, d'où le blasphème dé coulait comme un miel empoisonné, ils se formèrent un commerce peu considéré, mais très -lucratif. La littérature eut son marché des Innocents et sa rotonde du Temple, ainsi que les revendeuses à la toilette. Elle créa l'amour du laid, la tendresse pour la trivialité, la dépravation du cœur et la poésie des croquemorts. C'est tout au plus si, dans ce branle-bas universel de l'entendement humain, un petit nombre de muses honnêtes et de génies qui se respectent osèrent apparaître, comme ces fleurs brillantes qui flottent à la surface des eaux noires et bourbeuses.
Voué dès sa naissance à l'étiolement, ce siècle a hérité de l'épuisement successif de ses prédécesseurs, et, superbe dans sa débilité, il ne s'aperçoit pas avec Sénèque' « que depuis que l'on voit tant de savants, il n'y a plus de gens de bien. » Dans leur langage plastique, où l'épilepsie semble prêter une altitude à chaque période, les polémistes cl les écrivains, es-
' Senec. Epist., 95.
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pi'ils éniiiieuls, mais dangereux, égaux à toul cl impropres à loul, cherchèrent à sanclifier les passions. Leur élude spéciale consista à clianler un hymne sans lin en l'honneur du crime et de la débauche. Depuis l'académicien, vivant de son immortalité à courte échéance, jusqu'au plus intime des dramaturges cl des romanciers, il y eut une émulation coupable dans la perversité. Le théâtre, ramené au tombereau de Thespis par la cour des Miracles, se tacha de sang et de boue; il immola, sous l'odieux de ses fantaisies, la tiare et le diadème, le christianisme et les lois, la vertu des reines et l'honneur des princes. Il sacrilia tout cela à d'ignobles amours de laquais ou à des grandeurs imaginaires de bâiards. Dans cette réhabilitation de l'enfant naturel et de la femme pécheresse, la Religion subit le sort de la Royauté. Elle fut conspuée sur toutes les scènes et décrétée d'accusation eu prose ainsi qu'en vers, en opéra comme en ballet. L'hérésie ou la révolte, l'erreur ou la mauvaise loi, le larcin ou l'impureté eurent seuls droit à l'apothéose des tripots comiques el aux larmes tarifées des convenlicules de bas-bleus. Drames et romans, affectés d'asthmes oratoires et perclus de rhumatismes littéraires, enchantèrent les vicieux el tirent le bonheur de lous ces modérés qui, sans aimer ofliciellement le vice, se complaisent à l'idée de le voir de près. Les écrivains qui s'enorgueillissaient d'une folle rage contre la morale ne connurent plus rien de sacré que leur incommensurable orgueil. Ravageurs artistiques, ils
LE NAPOLEON DE LA l'AL\. H H
se prirent à n'étaler que ces mauvaises joies de l'àuie, mala mentis giuidia ', placées par Virgile à la porte des enfers, et ils se galonnèrent de respect sur tontes les coutures.
Un jour, Mirabeau, à bout de raisons, s'écriait : a Je méprise l'histoire! — Elle vous le rendra bien, » répliqua un membre de l'Assemblée nationale. Pareil dialogue s'établissait souvent entre les gens de lettres à la mode et le public honnête. Ils affectaient de se mépriser réciproquement; mais, sans tenir compte de ces répulsions, l'aristocratie et le menu peuple de l'écritoire se lançaient à fond de train dans l'immoralité. L'immoralité, même poussée par le torrent démagogique, n'avait pu souiller le sanctuaire de certains foyers privilégiés; elle s'y glissa sous le couvert du roman-feuilleton.
Les écrivains condamnés à perpétuité aux travaux forcés de la production passèrent la corde au cou de l'espérance, et voulurent jouir dès le soir des arbres «ju'ils avaient plantés le matin. Ils se livrèrent à de monstrueux égarements. On inventa des adultèi'es furibonds, des tableaux cadavériques, des incestes effrayants et des forfaits impossibles qui, dans ces multitudes blasées ou avides d'émotions alcooliques, acclimataient les plus sanglantes menaces contre la société. On étala des misères inénarrables; on établit le jmrallèle de la vertu en haillons et du vice en habit iioir. L'inégalité des conditions, des soulTiances et
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des mérilos fut le cancer que tous les faux monnayeurs d'apostolat entreprirent d'extirper en stimulant contre le riche la haine et la jalousie du pauvre. Ces parallèles, mis en action ou vulgarisés sur la scène à coups de métaphores échevclées, engendrèrent les mauvaises idées. Lacenaire et Peytel, deux types d'assassins, rimeur déclassé ou tabellion ambitieux, vinrent donc travailler au dictionnaire de l'échafaud comme Escousse etLebras, meurtris par les sifflets du parterre, se réfugiaient du désespoir dans le suicide, alin de se préparer une réclame suprême.
Avec un peu de bon vouloir et quelques généreux instincts, Louis-Philippe aurait pu refréner ou diriger loules ces effervescences. Le pape Jules II disait ; « Les belles-lettres sont de l'argent j)our le peuple, de l'or pour les nobles, du diamant pour les princes. » Le roicitoyen , Louis XIV de l'épicerie, ne fut à l'égard des lettres ni peuple, ni noble, ni prince. Il leur était antipathique sous toutes les formes, et ne comprenait même pas qu'il n'y eût des Virgiies que là où se rencontraient des Mécènes. Le rôle de Mécène était trop dispendieux ; il laissa les Virgiies naissants vaguer dans les broussailles du dévouement orléaniste ou se faire les croupiers de ses gloires hypothétiques. Lorsque, à force d'obsessions, le gouvernement de Juillet s'était décidé à se montrer prodigue en faveur d'écrivains bien numérotés par un bon scandale ou par une absence totale de mérite , on inscrivait leurs noms à la caisse des fonds secrets ou sur le livre
rouge de la police, succursale patibulaire de la Liste civile ou de l'Académie. Ils se prétendaient alors pensionnés du roi-citoyen, et ces avilissants honoraires, émargés sans pudeur, furent plus d'une fois le point de départ de services compromettants. Quand les fonds secrets étaient épuisés, la croix de la Légion d'honneur se vit malheureusement obligée d'y suppléer : on la distribua tantôt comme avance, tantôt comme arrérage, toujours comme pis-aller'.
Pour ne pas avoir à encourager royalement le génie et le talent, Louis-Philippe les abandonna au cynisme du hasard ou à la tentation des appétits sensualistes. Par avarice ou par faux calcul, il ne se mettait pointa la tête des idées ; les idées le traînèrent à leur remorque. Impuissant pour le bien, il n'eut d'autre occupation que d'assister, les bras croisés, au triomphe du mal. Il permit de corrompre et de tuer l'âme, afin de pouvoir veiller plus attentivement sur le corps que l'impôt rendait son tributaire.
' L"n homme de pltime qui, sous Louis-Philippe el sous les autres ^gouvernements, aurait toujours dû rester un homme de plumeau, sVtait, en désespoir de cause, rattaché à TOrléanisme. 11 s'imagina de 'faire élever gratuitement ses filles à la maison royale de Saint-Denis, et cominumqua cette idée au ministre de Tintérieur. « Mais, s'écrie le mmistre étonné, vous ne savez donc pas, mon pauvre X..., que la maison de baint-Denis n'ouvre ses portes qu'aux filles des chevaliers do la Légion a honneur. — Eh bien 1 répond le besogneux pétitionnaire, sans se déconcerter, faites-moi nommer chevalier de la Légion d'ho.menr... « Jl I est encore.
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l-.% Vl\ D'rXE L>il'RPA'l'10!^i
luls-Pliilippe et le clergé. — Premiers choix pour ré|ii«cop;il. — Les timorés et les complaisants. — La liberté d'enseigneiuent promise par la Charle de 1850, et refusée par TOrléanisme. — L'Université et les .lésuites. — Conspiration de publicité. — Panique des jo\n'nnux, de la tribune et du roman, — Les interpellations. — La reine des Français et les Jésuites. — Les pricres et la peste. — Kossi à Rome. — Sa mission. — Lettre de Louis-Pbili])pe au pape Pie T\. — Les siditerfiiges légaux et les majorités législatives. — Situation du royaume en 1846. — Politique matrimoniale de Louis-Pliilippe. — Les mariages espagnols. — Lord Aberdeen et lord Palmersfon. — Prélenilanfs dvnastiqnesà la main de la reine Isabelle. — La France et l'Angleterre à Madrid. — Diplomatie de subterfuges et de corruption. — La simultanéité des deux mariages. — Feinte colère de Louis-I'liilippe. — Il n'y a plus de Pyrénées. — Les Sociétés secrètes en Suisse. — Réfugiés et Corps francs. — Louis-Philippe et le prince de Metternicli.
— L'Angleterre se range du côté de la révolution. — Elle intervient moralement contre l'intervention armée. — Les rêves de bonheur et de durée de Louis-Philippe. — Le futur congrès du 15 mars 1848. — Hum est. — • Lettre du prince de Joinville au duc de Nemours. — AutJigonisme et misères de la famille dOrléans. — Louis-Napoléon Bonaparte au château de Ilam. — Son évasion. — La disette et les mauvaises mesiu'es. — L'agiotage. — Commencement des grandes lignes de chemin de fer. — Les promesses d'actions et les titres nobiliaire-;.
— Apparition du Communisme. — La Jacquerie et le d(''Sordre moral.
— Les assassinats de Duzançais. — Les plaies honteuses de l'Orléanisme. — Incendie du Mourillon. — Concussions à Pvochefort et à l'aris. — Le pays légal se met eu vente réglée. — Pots-de-vin et promesses de pairie à l'encan. — Juiverie et philanthropie. — ConnnenI opère la bienfaisance orléaniste. — L'adultère, la folie, le suicide, l'innnoralité et la prévarication dans les hautes classes. — Procès Teste et Cuiiières. — La concussion organisée. — Le duc de Praslin assassinera feiimie. — U s'empoisonne ou il est empoisonné, ^ — Cri''