‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 30 sur 48 · LA FIN D'UNE USURPATION. 42:S · texte numérisé non relu

LA FIN D'UNE USURPATION. 42:S

(liilitô (lu peuple. — La fête du château de Vincennes et le faubourg Saint-Antoine. — Changement de front des partis. — L'Orléanisme évincé du pouvoir se charge de renverser les orléanistes qui gouvernent. — M. Thiers et le rôle de Mazarin sous la régence de la princesse Hélène. — La réforme électorale et la réforme parlementaire acceptées comme drapeau d'opposition. — L'adjonction des capacités.

— Les partis inoculent la fièvre des banquets. — Dernier discours de Louis-Philippe. — Les passions ennemies ou aveugles. — Apothéose de 1850 devenue un reproche pour l'Orléanisme. — Le banque! du Xiï" arrondissement. — Marrast, en rédigeant Tordre et la marche du cortège, compromet tous les récalcitrants. — Louis-Philippe se croit maître de la situation. — Le banquet est interdit. — Les ouvriers et leur cours de fraternité. — Attitude de la garde nationale. — La commune de Paris sous les armes. — Ses protestations révolutionnairement pacifiques. — La garde nationale livre à l'émeute naissante ves fusils et ses munitions. — La journée des dupes. — Le ministère Mole et les lampions. — Le coup de pistolet du boulevard des Capucines et ses conséquences. — La collection de cadavres. — ■ Le tocsin et les barricades. — Le ministère Thiers et Odilon-Barrot. — Le maréchal Bugeaud destitué. — Il n'y a plus de gouvernement, jl n'y a plus d'armée. — La crosse en l'air. — Abdication de Loiiis-Philippp.

— La duchesse d'Orléans se croit régente du royaume. — La minorité royale de 1850 et la minorité de 1848. — L'Orléanisme à la Chambre des députés. • — Les plaidoiries pour ou contre, — L'insurrection envahit la salle et la tribune. —Fabrique de gouvernements provisoires. — Les Tuileries, hôtel des invalides civils. — LOrléanisme passe à la Piépublique. — 11 souscrit pour les blessés de Février et sert la force ouvrière. — Louis-Philippe ;!bandonné de tous. — La première étape de l'exil à hreux. — Le caveau funèbre. — Comme Charles X! comme Charles .\ ! — Les aventures de la proscription. — Louis-Philippe émigré pour la troisième fois. — Les faux noms et les faux passe-ports. — Son arrivée en Angleterre. — Le duc d'Aumale à Alger. — 11 accepte les faits accomplis. — Sa résignation expliquée.

— Louis-Philippe à Ciareiiioiit. — Sou monologue éternel. — Il demande quatre millions d"ii)ilemnité à la France pour les désàts commis dans ses palais. — La pension de retraite du plus ancien généial de la République française. — Mort de Louis-Philippe. — La Rév.ilnlion r'est l'Orléanisme. — Cas d'indignité.

I/Orléanisme, qui ;iitiiPi\i loujours à tirer (Iin

mauvaises passions plus qu'elles ne peuvent rendre, accepta comme la meilleure part de son héritage l'indifférence en matière de foi. De 1815 à 1830, les Libéraux, enfants adultérins de la République et de l'Empire, prirent pour mot d'ordre la haine au Sacerdoce. Après avoir inventé la Congrégation, créé le parti prêtre et agité contre les empiétements de l'Ultramontanisme les foudres de l'éloquence et les grelots de la chanson, ils s'étaient arrangé au gouvernement une espèce de religion dont un commissaire de police ou un avocat, esprit-fort déguisé en ministre des cultes, pouvait très-bien être le souverain pontife. Intolérants par système et se faisant de l'arbitraire un droit et une volonté, ils osaient affirmer qu'afin de mieux défendre la cause du peuple, il fallait attaquer la cause de Dieu. Ils combinaient à la même heure et dans le même laboratoire des dogmes ou des constitutions; ils fabriquaient des principes ou des formes de bon plaisir, et n'aboutissaient qu'à mettre des doutes à la place des croyances, des fantaisies à la place des devoirs. Ces parleurs de toute catégorie, hypothéquant leur amour à gros intérêts et prêtant leur cœur à bénéfice, se glorifiaient de faire niche au sacré. Leur but avoué était de provoquer un schisme et d'ébranler à coups de subterfuges légaux cette Jérusalem qui se bâtit comme une cité et qui ne fait tout entière qu'un seul corps. Le choix des premiers ecclésiastiques, appelés à l'Épiscopat par l'insurrection de Juillet, dut nécessairement se ressentir de ces

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dispositions. Le vent soufflait contre le Clergé. On se promettait de le séduire ou de l'effrayer; on désigna pour évêques certains abbés qui n'avaient que le moins possible les vertus de leur état. Devant celte moquerie jetée comme un défi, l'Eglise de France, profondément humiliée, ne cacha point sa légitime émotion. Les diocèses, honteux d'être régis par des chefs à la hauteur des idées du siècle, ainsi que la Révolution les baptisait dans ses journaux, firent entendre leurs plaintes. Ces chefs, accueillis avec défiance et tenus en suspicion par les prêtres et par les catholiques, s'aperçurent bientôt de l'inutilité e( du danger peut-être de leur présence sur des lieux où les incrédules seuls les entouraient d'une vénération aussi menteuse que provocatrice. La leçon avait été donnée et saisie; les élus de Juillet se laissèrent déposer au chapitre royal de Saint-Denis. Par leur retraite ainsi fâcheusement motivée, ils révélèrent au pouvoir qu'il y a, en France, quelque chose qui survil à tous les gouvernements et que, dans l'esprit du peuple, ce quelque chose l'emporte sur toutes les dynasties et sur toutes les chartes. C'est la foi qui, après avoir sommeillé dans les jours de calme, se réveille plus active et plus vivace à l'approche des périls dont elle se sent menacée par le gouvernement ; la foi, qui, ne tenant pas plus compte des pusillanimités cléricales que des intimidations politiques, proclame avec les saintes Écritures* : « Le Seigneur est

* Req. Lili. I, cap. ii, v. 5.

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t' Dieu (les sciences et c'est lui qui pn'pare louiez nos pensées. »

Malgré les concessions antireligieuses qu'il ne cessa de faire pour ne pas séparer sa cause de celle de la Révolution, marchant, front découvert, à l'assaut de l'F^glise romaine, Louis-Philippe n'était pas éloigné de celte idée qui traverse et illumine si admirablement les diverses phases de nos annales. On lui avait imposé deux ou trois prélats répudiés par le clergé et par les populations, de ces hommes qui devraient être dans Ephraïm des sentinelles pour leur Dieu, mais (pii deviennent des filets de ruine sur toutes les voies. Il s'attacha à recommander des choix moins suspects; il n'osa plus se démasquer en appelant à l'épiscopat des hommes dont la vie, les opinions et la doctrine se trouvaient en désaccord avec le sentiment chrétien. Ses ministres reçurent ordre de ne présenter que des vicaires généraux ardents à la fortune, des ecclésiastiques poussant la prudence jusqu'à la faiblesse de caractère ou accessibles à de ^'connaissantes frayeurs. On espérait les enguirlander ))ar de bonnes paroles, les enchaîner par des bienfaits législatifs, et obtenir ainsi la concession du silence. Il y eut quelques rares et regrel tables compromis. Des désirs ambitieux furent signalés dans les profondeurs du sanctuaire. On cita certains prêtres qui rampèrent jusqu'à l'évêché; mais la ph'nitude du sacerdoce, le soin tardif de leur dignité, le ferme mainlion du clergé et du peuple rendirent imililes {nu^

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ces calculs chez les élus purement orléanistes. La grande majorité de ceux qui avaient trop âprement brigué la crosse et la mitre parlèrent avec plus d'assurance peut-être que leurs collègues la parole de Dieu. Leurs lèvres purifiées furent les dépositaires de la science, et c'est de leurs bouches que l'on rechercha la connaissance de la loi. Un je ne sais quoi, dont l'Eglise romaine a le secret, ne redressait pas seulement les intentions des hommes et ne se contentait pas de leur donner des vues plus hautes; elle leur inspirait de se servir de ses lumières, elle dirigeait les volontés et les actions de ces prélats. Ils devenaient, comme on lit dans les saintes-Ecritures', « la vapeur même de la verlu de Dieu. » On en vil même racheter par de longs combats pour la justice el par un glorieux martyre des coi^iplaisances d'une heure fjiites en vue d'une promotion inespérée\

Les prêtres sont semblables à la vigne. Ils ne sauraient se tenir debout et subsister par eux-mêmes ; ils ont besoin d'un appui. Cet appui, dont les gouvernements forts peuvent retirer les plus larges bénéfices démoralisation populaire et d'ordre matériel, ne doit jamais être accordé à des conditions avilis-

' Sujjicnt., Vil, 2.4.

- C'est ce changement, toujours sigiiiilé ul toujours iut'vitiiiik', qui a lait if désespoir des héritiers de Juillet. En cherchant à expliquer luie l';aoille Iranslormation, un ancien avocat orléaniste, deveiui par niéijarde ministre de rinstruction puhlitjue et des cultes, disait, dans son •^tylc de basoche gallicane : u Ces prêtres! Une fois qu'ils sont évè(pies, on ne les reconnaît plus. Dès que l'Esprit-Saint est des-condu sur leut'c tèles, ils iint le dialile au corps. »

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sanles. Dans un accès de mauvaise humeur, le cardinal de Relz a écrit' : a Le clergé, qui donne toujours l'exemple de la servitude, la prêchait aux autres sous le titre d'obéissance. » Ces paroles, dont l'amertume frondeuse dissimule assez mal l'injustice, n'étaient pas plus vraies au dix-septième qu'au dix-neuvième siècle; et Louis-Philippe Texpérimenla souvent^ Ne tenant à rien par choix et à tout par circonstance, il n'entrait pas dans sa pensée, il ne devait pas entrer dans ses projets de persécuter la Religion ou de se faire un ennemi du Clergé. Mais, à ses heures de soupçon ou d'embarras, quand il se vengeait par de bonnes petites impiétés des témoignages ou des semblants de foi que les convenances royales lui arrachaient, la Révolution lui insinuait que les prêtres étaient les adversaires nés de sa dynastie. Pour rejeter sur les autres la responsabilité des malheurs à venir, Louis-Philippe, dans ces circonstances, délé-

' Mémoires du cardinal de Hetx-, loine 1, p;ige 90.

- Au milieu des discussions soulevées en France par la question de la liljerlé d'enseignement, le roi de .luillet voulut consulter un archevêque qui lui devait sa nomination, et qui, par les femmes, avait peut-être une [larenté très-éloignée avec un exécuteur des hautes et basses œuvres d'avant la révolution de 1789. Louis-Philippe s'aperçut bien vite que le prélat, quoique plein de respectueuse gialitude, était peu disposé ;i sacrifier ses principes et ses devoirs à une stratégie universitaire et sans heureux résultat. La lutte d'arguments devint plus pressante et la résistance plus vive. Louis-Philippe, mécontent de lui-même et irrité contre son interlocuteur impassible, perdit patience : « Ah! c'est inouï, s'écria-t-il. Comment, vous que j'ai tiré de la poussière, vous descendant du bourreau, vous osez me tenir tète! r> A cet outrage, l'archevêque répondit froidement : « Sire , mieux vaut encore être arrière-neveu d'un bourreau que fils d'un assassin. »

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guait adx sophistes de son entourage et à ses professeurs d'incrédulilé la charge de morigéner le Sacerdoce. Il aurait, selon la parole de saint Augustin', « poussé l'égoïsme jusqu'au mépris de Dieu. » Mais il fallait le violenter quelque peu au nom du salut public. Son thème favori était de dire qu'il se sacrifiait pour préserver la société. Il se plaisait à enveloppei' dans une môme réprobation et ceux qui combattaient pour le bien et ceux qui participaient au mal; avec cette différence significative, néanmoins, c'est que son gouvernement accepta de grand cœur d'être solidaire du mal et de se montrer toujours l'ennemi du bien. Dans ce temps de doute sur les vérités religieuses, morales et politiques, dans ce temps qui n'a vu d'entier et de hardi que la scélératesse, on a si effectivement méprisé l'héroïsme de la conscience, que tous les grands hommes fabriqués par le siècle légal furent des hommes de transaction et d'accommodement.

Faite, par l'indépendance et pour l'indépendance, l'insurrection de 1850, après avoir promis la liberté d'enseignement, la refusait d'une façon aussi persistante qu'hypocrite. Elle prétendait que ce serait d'un côté le triomphe du parti prêtre et de la famille, de l'autre, la ruine de TUniversité. La Révolution, qui vit beaucoup plus sur des mots sonores que sur des choses pratiques, s'est arrangé un thème dont elle n'aime point à se départir. A force d'invectives surannées et de grossières flagorneries à l'adresse du clergé

' De Civil. Dei, lili. \IV, p. 7.78.

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secondaire, elle s'imagine avoir enrégimenlé sous ^on drapeau ces bons curés de campagne, ces pauvres desservants el vicaires, dont elle déplore pharisaïqucmenl le sorî et qu'elle appelle de tous ses vœux à une émancipation idéale. Les ténébreuses manœuvre.^ qu'elle ourdit dans ce sens depuis la Constitution civile de 1790, les échecs qu'elle essuya ne l'ont point corrigée : elle persévère dans ses fausses appréciations. Inintelligente, parce qu'elle ne s'appuie que sur le mensonge et la violence, elle ne s'aperçoit pas que c'est au contact du clergé secondaire que les Evèques vont retremper leur énergie. Dans ces humbles prêtres, vivant au fond de quelque obscur village, il y a de hautes vertus, une profonde connaissance des choses du ciel et de la terre. N'espérant rien des hommes, et ne plaçant leur confiance qu'en Dieu, ils ne se laissent séduire par aucun mirage; leur attitude devient suuvcnt un conseil, un reproche ou un encouragement pour les administrations diocésaines. Cette vérité, (jue les événements ne cessent de mettre en lumière, échappe à tous les ennemis de l'Eglise. Ils se sont tracé ou ils ont reçu un plan; ils ne veulent pas en dévier. Ils rôdent donc à l'aveugle autour du sanctuaire.

Proclamée à grands cris par le Sacerdoce, implorée par l'Episcopat comme une garantie des familles et un droit naturel, la liberté d'enseignement est pour rOrléanisme une dette qu'il faut acquit tei'. A la vue des désordres moraux et physiques signalés dans les

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clablissL'iiieiils iiniveisitaires, désordres que propagent et qu'accréditent les orateurs et les écrivains le plus en vogue, le Clergé ne pouvait garder un silence coupable. Il })arla avec des ménagements infinis et une autorité qui, chez quelques-uns des plus modérés, ne demandait pas mieux que de s'excuser. Celte persistance à réclamer l'accomplissement d'une promesse consacrée par la charte de 1850 devenait inquiétante pour les vétérans du Libéralisme. Ils ne savaient alléguer aucune bonne raison au Clergé et aux pères de famille; ils inventèrent comme dérivatif la question des Jésuites. Du commencement de 1845 à la tin de I8i5, cette question passionna les journaux, les chaires de collège, les parquets, la Sorbonne, le liiéâlre, la li'ibune, le roman, l'Académie française el les estaminets de la banlieue.

Sans s'en douter, les citoyens de tous les âges et de toutes les conditions se trouvèrent, le même jour et à la même heure, avoir un jésuite sur le nez, ainsi ([uc le disait plaisamment le due de Clioiseul en parlant du fameux marquis de Pombal. Le Jésuite fit irruption partout: on ne vil que lui, on ne s'entretint que de lui. La Franc-macjonnerie universitaire et la Sorbonne philosophique se livrèrent à de telles débauches de terreur, que les plus effrayés ne purent s'empêcher d'en rire. Le cinquième acte de la grande comédie de quinze ans avait été inlerronqju par la révolution de Juillet. Le rideau se leva pour achever cel acte au bénéfice d'une révolution nouvelle. Dans un siècle qui a

déitié Voltaire et donné la Convention de 1795 à la fraternité des peuples et à l'égalité devant l'échafiiud, les libres penseurs du journalisme, de l'Académie, des calés et du barreau se mirent à trembler à l'évocation d'un fantôme de jésuite. Une croisade fut prêchée contre les disciples de saint Ignace, et afin de ne pab accorder la faculté d'enseigner, l'esprit d'insurrection décida qu'on poursuivrait, selon la belle expression de TertuUien', un nom innocent dans des hommes mnocents.

La crainte fut aussi savamment organisée que l'impudence. Des romanciers tels qu'Eugène Sue, des professeurs à la façon de Michelet, de Libri et de Ouinel, des écrivains de toutes les nuances dynastiques, des orateurs de toutes les oppositions constitutionnelles, des magistrats même, ligués avec le personnel de toutes les émeutes, favorisèrenl un complot ne tendant à rien moins qu'à établir l'intolérantisme en permanence et l'inquisition en expectative. Des rêves de plus d'une espèce se coalisèrent avec des folies de plus d'un genre. Une terreur feinte répandit dans les esprits un simulacre de peur. La presse, qui a la liberté de tout faire, excepté le bien, arrangea des fables absurdes ; et en se grisant de leurs alarmes, l'on vit tous ces champions de l'idée arriver à demander à la persécution le droit de sanctionner la proscription.

Dans cette panique de deux années dont les au-

' Tertul. Apolog., U\.

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leurs et les complices méritèrent si bien du ridicule. Louis-Philij)pc et son gouvernement avaient repoussé les conseils qu'on leur prodiguait et l'intimidation qu'on faisait autour d'eux. Louis-Philippe el M. Guizol surtout connaissaient de longue date avec quelle l'acililé les Éoles d'écritoire et de tribune soulèvent des tempêtes religieuses. Dans le principe, ils eurent le tort de ne pas s'en préoccuper assez; dans la suite, ils eurent le tort plus grave de s'en préoccuper beaucoup trop. La question des Jésuites était un pis-aller d'opposition; il ne fallait pas en faire un en cas gouvernemental et laisser solennellement porter à la tribune des deux Chambres les vieilles balayures du journalisme el du roman-feuilleton, M.ïï. Thiers elDupin, les chanterelles de la llévolution de Juillet, avaient soif d'un prétexte à bons mots constitutionnels cl à figures de ihéloiique. Les 2 el 5 mai 1845, ils interpellèrent le pouvoir et lui demandèrent comple de l'existence des Jésuites.

Celle exi>lencc n'élait un mystère pour personne, car elle est un droit et la sanction du principe de liberté. Aux Tuileries même, ce droit se discutait si peu, que la reine des Fran(;ais ne craignit pas d'entrer en communauté de prières avec les parias de la Société de Jésus. Depuis sa nouvelle fortune et ses rccenls malheurs, Marie Amélie ressemble par la tristesse à une amc du purgatoire. Le 6 avril 1845, un homme de sa confiance adresse au général des Jésuiles la lettre suivante :

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f( Mon très-Révérend Père,

« Notre auguste et pieuse reine, toujours préoccupée, toujours inquiète du sort réservé à l'ùme du fils bien-aimé qu'elle a si mallieureusement perdu, ne cesse de demander pour lui des prières. Klle a appris qu'une fois chaque semaine tous les prêtres de la So ciété de Jésus, en célébrant le saint sacrifice de la messe, doivent unir leur intention à celle de leur Père généial, et tout aussitôt la pensée lui est venue d'obtenir, s'il se pouvait, «pie vous voulussiez bien, dans votre charité, faire monter au pied du trône de la miséricorde divine le concert de tant de bonnes prières pour l'àinc de son pauvre fils.

H Je me suis chargé, mon très-révérend Père, de \ous ii'ansmetlre le désir de Sa Majesté. Le Père de Havignan m'a assuré que vous condescendriez de tout \otre cœur à ce vo'u d'une mère, et je puis vous affirmer qu'elle en gardera une profonde et fidèle reconnaissance.

'< Signé : Tnooiso>, secrétaire des connnandemeiits de S. A. R. Mgr le prince de Joinville. »

Ce vœu d'une mère fut pleinement rempli. L'Orléanisme a eu l;t sainte pensée de prier et de faire prier pour les morts. L'Orléanisme prend frayeur de ces communications secrètes, et, dans le Journal dea D*hats An 10 mars 1845, il insulte les \ivants, M. Tro-

Lv FIN it'LKNK usiini'ArroN, '^:^:^

g^noii, secrétaire des cumiiiandements du prince de .foinville, écril sous la dictée de Marie -Amélie; M. Cuvillier-Fleury, secrétaire des conimandements du duc d'Aumale, s'exclame eu se voilant la face : « Qu'importe que les moines de la rue des Postes ou de la rue Sala soient des saints, s'ils cachent dans les plis de leur robe d'innocence le fléau qui doit troubler l'Etat? Qu'ai-je affaire de vos vertus si vous m'apportez la peste ? »

Les deux courants de l'Orléanisme sont ainsi parfaitement indiqués et aflirmés. Il campe sur les confins du bien et du mal. D'un côté on réclame pieusement, mais discrètement, des prières ; de l'autre on s'exalte publiquement jusqu'au paroxysme. On parle de peste et de martyre, comme si les Jésuites allaient frapper dans l'ombre des victimes imaginaires'. Pour réduire le Clergé en servitude et intliger la peine de l'exil à des religieux mentalement coupables de tous les crimes prévus ou imprévus, la Révolution offre au

' Ce ii'es-t ni la première ni la dernière fois sans doute que toutes ces absurdes paniques seront à Tordre du jour. En 1852, le père Augustin Tlieiuer (de rOratuiro). cl ]iréfel des arcliives secrètes du Vatican, avait jugé bon et salutaire de publier luie Histoire du poniifïcuL de Clément \IV. Jélais assez uiahueiic dans ces trois indigestes volumes el le père Theiner m'y suscitait plus d'une querelle d'Allemand à propos de mon livre sur Clément X/l' et les Jésuites, cet ouvrage qui, eu 1847, "a l'heure des périls, déchira tous les voiles. Le père Theiner se ('râpait, lui aussi, en martyr futur, et il disait ; « Quoi qu'il nous en puisse arriver, calomnies ou jtersécutions, nous les recevrons avec joie, bénis>anl ceux qui nous les auront préparées et priant pour eux. » I/occasion était trop belle; je crus devoir la saisir, lai répondant au préfet des archives secrètes, je me permis de passer la revue de tous ceux qui s'étaient ima»

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